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Vivement l'Ecole!

Articles avec #litterature tag

Coup de coeur... Ahmed Marzouki...

27 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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La prière, on l’a remarqué aussi chez les otages occidentaux au Liban, a occupé une place importante dans notre vie de bagnard. On peut même dire qu’elle l’a rythmée. En acceptant de nous soumettre à la volonté de Dieu, nous avons sans doute trouvé la force morale de surmonter une épreuve inhumaine. A cet égard, je suis frappé de constater aujourd’hui qu’aucun ancien détenu de Tazmamart n’est devenu extrémiste ou fanatique. Cela s’explique, à mon sens , d’abord par le fait que l’Occident n’est en rien impliqué dans notre tragédie. Non seulement il ne porte aucune responsabilité dans notre malheur, mais c’est à lui ou à certaines de ses institutions que nous devons d’être toujours en vie. Militaires instruits en français plus qu’en arabe, nous bénéficions d’une ouverture sur une autre culture qui nous a permis d’éviter les raccourcis idéologiques stupides ou les dérapages fanatiques. Au delà de ces excellentes raisons, durant toute notre détention nous avons privilégié la relation avec Dieu.

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Coup de coeur... Mohamed Choukri...

26 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Je sentais de plus en plus le désir sexuel s'éveiller en moi. Il m'habitait avec force et insistance. Mes femelles n'étaient autres que les poules, les chèvres, les chiennes, les génisses... La gueule de la chienne, je la retenais d'une main avec un tamis. La génisse, je la ligotais. Quant à la chèvre et à la poule, qui en a peur ? ...

Ma poitrine était comme endolorie. Les adultes à qui j'en parlais me répondaient : "C'est la puberté". J'avais mal aux seins surtout au moment de l'érection. Je découvrais la masturbation de manière naturelle. Alors je ne me gênais pas. Je me masturbais sur toutes les images et les corps interdits ou tolérés. Quand j'éjaculais, je sentais comme une blessure à l'intérieur de ma verge.

Un matin, je montai sur le figuier et je vis Assia à travers les branches. Assia, ce devait être la fille du propriétaire de ce jardin. Elle marchait lentement vers le bassin. Elle va peut être me voir et prévenir son père, un homme qui ne souriait jamais, tel mon père qui, par sa violence, devait ressembler à bien d'autres hommes. La fille se retourna comme pour observer quelque chose ou quelqu'un, ou pour entendre des voix. J'aperçus ses yeux. Noirs et immenses. Très vifs. Elle faisait presque peur. Si je ne la connaissais pas, j'aurais dit une diablesse. Elle s'approchait avec délicatesse du bassin en se retournant. Avait-elle peur ? Pourquoi ce tâtonnement et ces hésitations ? Pourquoi marchait-elle ainsi ? Debout sur la marche qui mène vers le bassin, elle se regardait comme si elle était seule au monde. Elle retira sa ceinture. Son corps m'apparut dans toute son innocence. Sa robe s'ouvrit telle les ailes d'un oiseau qui tente en vain de s'envoler . Elle glissa sur ses épaules et je découvris son buste d'une blancheur éblouissante. Ele se retourna de nouveau. J'eus comme un vertige tant le plaisir était fort. J'étais ravi et stupéfait. Jamais auparavant mon corps n'avait connu un tel bouleversement. Je tremblai. Une figue tomba. J'en avalai une autre. Mon panier perdait ses figues. Le soleil se leva. Il était d'un rouge vif : un oeuf renversé dans un plat bleu. Les animaux saluaient cet éveil. Certains chantaient et roucoulaient. Au loin brayait un âne que je ne voyais pas. En fait , je ne voyais que celle qui ... se dévêtait. Assia nue. Je m'imaginais toute la planète dans sa nudité : les arbres perdant leurs feuilles, les animaux quittant leur chevelure. Nu. Tout l'univers se mettait nu. La robe glissa sur le corps d'Assia. Toute nue. Assia complètement nue. La fille du propriétaire du jardin était nue !

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Coup de coeur... Fatima Mernissi...

25 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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«Le portail de notre maison était une arche gigantesque, avec de monumentales portes de bois sculpté. Il séparait le harem des femmes des étrangers de la rue. L'honneur de mon père et de mon oncle dépendait de cette séparation»

 «Lalla Mani commence souvent la discussion en disant que si les femmes n'étaient pas séparées des hommes, la société ne pourrait avancer et aucun travail ne serait fait. Si les femmes étaient libres de courir les rues, dit-elle, les hommes s'arrêtaient de travailler car ils ne penseraient qu'à s'amuser. Et, malheureusement, ce n'est pas en s'amusant qu'une société produit la nourriture et les biens de consommation nécessaires. Si l'on veut éviter la famine, les femmes doivent rester à leur place, c'est-à-dire à la maison .»
 «Alors que les Arabes étaient très occupés à enfermer leurs femmes derrière des portes,les Romains et les autres chrétiens se réunirent pour décider de changer les règles du jeu dans les pays méditerranéens»
 «Les autres femmes comprirent qu'il y avait plusieurs manières d'être belle. Une femme peut être irrésistible parce qu'elle sait se battre, refuse l'impuissance, jure fort et se lance dans des cavalcades étourdissantes. Tamou ignorait totalement les traditions, et tout le monde n'avait d'yeux que pour elle.»
 «Personne ne sait vraiment pourquoi les hommes nous forcent à porter le voile. C'est sans doute une question de différence. La peur de la différence fait agir les gens de façon très bizzare.»
 «Ne te couvre jamais la tête !a hurlé ma mère. Tu entends? Jamais! Je me bats pour l'abondon du voile, et toi tu en mets un? Quelle est cette absurdité? Je lui ai expliqué le problème des juifs et des Allemands, des bombes et des sous-marins, mais elle n'a pas paru impressionnée. «Même si Hitler, le roi tout puissant des allemands, est à ta poursuite, à-t-elle dit, il faut que tu lui tiennes tête les cheveux découverts. Il ne sert à rien de se couvrir la tête et de se cacher. Ce n'est pas en se cachant qu'une femme peut résoudre ses problèmes. Elle devient au contraire un victime toute désignée.Ta grand-mère et moi avons assez souffert avec cette histoire de masque et de voiles. Nous savons que ça ne marche pas. Je veux que mes filles aient la tête haute sur la planète d'Allah en regardant les étoiles.»
 «Mon père répondait que les frontières protégeaient l'identité culturelle, et que si les femmes arabes commençaient à imiter les Français se mettaient à porter des vêtements indécents, fumer des cigarettes et se promener tête nue, il n'y aurait plus qu'une seule culture. La nôtre mourrait. «Si c'est vrai , argumentait Chama , alors comment se fait-il que mes cousins se promènent en ville comme autant d'imitation de Rudolph Valentino, les cheveux coupés commes les soldats français, et personne ne leur rappelle que notre culture est sur le point de disparaître?»

" La beauté est dans la peau ! Prends-en soin, hydrate-la, nettoie-la, parfume-la, mets tes plus beaux vêtements même s'il n'y a pas d'occasion particulière et tu te sentiras comme une reine. Si la société est dure avec toi, réagis en étant aux petits soins pour ta peau. "

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Coup de coeur... Driss Chraïbi...

24 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Cet homme à tarbouch est sûr de lui : une mouche ne volera que s'il lui en donne la permission. Il sait que chaque mot qui tombe de sa bouche sera gravé en moi. Sur son masque il n'y a pas un frisson. Je supprime ce masque et je lis : il est analphabète et partant fier de soutenir n'importe quelle conversation de n'importe quelle discipline. Je le comparerais volontiers à ces petits vieux qui savent tout et qui ont tout eu : enfants, petits-enfants, diplômes, fortune, revers de fortune, maîtresses, cuites, chancres... - s'il n'y avait, à cause de cet analphabétisme même, le facteur haine. Il sait que cet Occident vers lequel il m'a délégué est hors de sa sphère. Alors il le hait.

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Coup de coeur... Molière... Le Tartuffe, ou l'imposteur...

23 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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TARTUFFE

 L'amour qui nous attache aux beautés éternelles,
N'étouffe pas en nous l'amour des temporelles.
 Nos sens facilement peuvent être charmés
Des ouvrages parfaits que le Ciel a formés.
Ses attraits réfléchis brillent dans vos pareilles:
Mais il étale en vous ses plus rares merveilles.
Il a sur votre face épanché des beautés,
 Dont les yeux sont surpris, et les cœurs transportés ;
Et je n'ai pu vous voir, parfaite créature,
Sans admirer en vous l'auteur de la nature,
Et d'une ardente amour sentir mon cœur atteint,
Au plus beau des portraits où lui-même il s'est peint.
 D'abord j'appréhendai que cette ardeur secrète
Ne fût du noir esprit une surprise adroite;
Et même à fuir vos yeux, mon cœur se résolut,
Vous croyant un obstacle à faire mon salut.
Mais enfin je connus, ô beauté toute aimable,
 Que cette passion peut n'être point coupable;
Que je puis l'ajuster avecque la pudeur,
Et c'est ce qui m'y fait abandonner mon cœur.
Ce m'est, je le confesse, une audace bien grande,
Que d'oser, de ce cœur, vous adresser l'offrande;
 Mais j'attends, en mes vœux, tout de votre bonté,
Et rien des vains efforts de mon infirmité.
En vous est mon espoir, mon bien, ma quiétude:
De vous dépend ma peine, ou ma béatitude;
Et je vais être enfin, par votre seul arrêt,
 Heureux, si vous voulez; malheureux, s'il vous plaît.


ELMIRE

 La déclaration est tout à fait galante:
Mais elle est, à vrai dire, un peu bien surprenante.
Vous devie, ce me semble, armer mieux votre sein,
Et raisonner un peu sur un pareil dessein.
 Un dévot comme vous, et que partout on nomme...


TARTUFFE

 Ah! pour être dévot, je n'en suis pas moins homme;
Et lorsqu'on vient à voir vos célestes appas,
Un cœur se laisse prendre, et ne raisonne pas.
Je sais qu'un tel discours de moi paraît étrange;
 Mais, Madame, après tout, je ne suis pas un ange;
Et si vous condamnez l'aveu que je vous fais,
Vous devez vous en prendre à vos charmants attraits.
Dès que j'en vis briller la splendeur plus qu'humaine,
De mon intérieur vous fûtes souveraine.
 De vos regards divins, l'ineffable douceur,
Força la résistance où s'obstinait mon cœur;
Elle surmonta tout, jeûnes, prières, larmes,
Et tourna tous mes vœux du côté de vos charmes.
Mes yeux, et mes soupirs, vous l'ont dit mille fois ;
 Et pour mieux m'expliquer, j'emploie ici la voix.
Que si vous contemplez, d'une âme un peu bénigne,
Les tribulations de votre esclave indigne;
S'il faut que vos bontés veuillent me consoler,
Et jusqu'à mon néant daignent se ravaler,
 J'aurai toujours pour vous, ô suave merveille,
Une dévotion à nulle autre pareille.
Votre honneur, avec moi, ne court point de hasard;
Et n'a nulle disgrâce à craindre de ma part.
Tous ces galants de cour, dont les femmes sont folles,
 Sont bruyants dans leurs faits, et vains dans leurs paroles.
De leurs progrès sans cesse on les voit se targuer;
Ils n'ont point de faveurs, qu'ils n'aillent divulguer;
Et leur langue indiscrète, en qui l'on se confie,
Déshonore l'autel où leur cœur sacrifie:
 Mais les gens comme nous, brûlent d'un feu discret,
Avec qui pour toujours on est sûr du secret.
Le soin que nous prenons de notre renommée,
Répond de toute chose à la personne aimée;
Et c'est en nous qu'on trouve, acceptant notre cœur,
 De l'amour sans scandale, et du plaisir sans peur
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Coup de coeur... George Bernard Shaw...

22 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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La peur pousse les hommes à n'importe quelle décision extrême.
George Bernard Shaw ; Sainte Jeanne (1924-1939)

Dire la vérité, c'est la plaisanterie la plus drôle du monde.
George Bernard Shaw ; L'autre île de John Bull (1906)

Au Ciel, un ange n'a rien d'exceptionnel.
George Bernard Shaw ; Maximes pour révolutionnaires (1905)

Quand un imbécile fait quelque chose dont il a honte, il déclare toujours que c'est son devoir.
George Bernard Shaw ; César et Cléopâtre (1898)

Liberté implique responsabilité ; c'est là pourquoi la plupart des hommes la redoutent.
George Bernard Shaw ; Maximes pour révolutionnaires (1905)

Il est dangereux d'être sincère, à moins d'être également stupide.
George Bernard Shaw ; Bréviaire d'un révolutionnaire (1929)

Le manque d'argent est la racine de tout mal.
George Bernard Shaw ; L'argent n'a pas d'odeur (1892)

Le plus grand des maux et le pire des crimes, c'est la pauvreté.
George Bernard Shaw ; Major Barbara (1905)

Le pire péché envers nos semblables n'est pas de les haïr, mais d'être indifférent à leur égard.
George Bernard Shaw ; Le disciple du diable (1896)

Qui n'a jamais espéré ne peut désespérer.
George Bernard Shaw ; César et Cléopâtre (1898)

Ne fais pas aux autres ce que tu voudrais qu'ils te fassent ; leurs goûts peuvent être différents.
George Bernard Shaw ; L'homme et le surhomme (1903)

L'art du gouvernement consiste à organiser l'idolâtrie.
George Bernard Shaw ; L'homme et le surhomme (1903)

La vie égalise tous les hommes ; la mort en révèle les éminents.
George Bernard Shaw ; L'homme et le surhomme (1903)

L'assassinat est la forme extrême de la censure.
George Bernard Shaw ; Maximes pour révolutionnaires (1905)

Toutes les grandes vérités sont d'abord des blasphèmes.
George Bernard Shaw ; Annajanska (1919)

Les gens du commun ne prient guère, ils mendient uniquement.
George Bernard Shaw ; Mésalliance (1910)

Ce n'est pas l'incrédulité qui est dangereuse dans notre société, c'est la croyance.
George Bernard Shaw ; Androclès et le lion (1912)

Le secret du succès est d'offenser le plus grand nombre possible de gens.
George Bernard Shaw ; Maximes pour révolutionnaires (1905)

Il est bien assez temps de penser à l'avenir quand il n'y a plus d'avenir.
George Bernard Shaw ; Pygmalion (1912)

Quand on ne peut pas apprécier ce qu'on a, il vaut mieux avoir ce qu'on peut apprécier.
George Bernard Shaw ; Pygmalion (1912)

La fidélité n'est pas plus naturelle à l'homme que la cage au tigre.
George Bernard Shaw ; L'homme et le surhomme (1903)

Celui qui peut, agit ; celui qui ne peut pas, enseigne.
George Bernard Shaw ; Maximes pour révolutionnaires (1905)

La règle d'or, c'est qu'il n'y a pas de règles d'or.
George Bernard Shaw ; Maximes pour révolutionnaires (1905)

La haine, c'est la vengeance du poltron.
George Bernard Shaw ; Major Barbara (1905)

Le premier amour réclame un peu de sottise, et beaucoup de curiosité.
George Bernard Shaw ; La seconde ile de John Bull (1904)

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Coup de coeur... Tennessee Williams...

21 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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L'étranger solitaire, effrayé par son ombre, inquiet du bruit de ses pas, avance parmi les rangs attentifs des divinités inférieures aux noirs desseins. Il regarde moins les maisons que les maisons ne le regardent. Il se sent épié par les rues ; les pancartes, les fenêtres, les portes ont des yeux qui l'observent et des bouches qui murmurent sur son passage. La tension monte en lui et le serre de liens de plus en plus étroits. Qu'un passant vienne à lui sourire, pour lui souhaiter la bienvenue, ce simple sourire déclenche en lui une explosion. La peau de son corps, rétrécie comme un gant de peau neuf, semble craquer sur les sutures, libérant son esprit qui s'en va danser par-dessus les toits et embrasser les pierres des murs.

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Coup de coeur... Madame de La Fayette...

20 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Le prince feignit d’être malade, afin qu’on ne s’étonnât pas de ce qu’il n’entrait pas dans la chambre de sa femme. L’ordre qu’il reçut de s’en retourner à la cour, où l’on rappelait tous les princes catholiques pour exterminer les huguenots, le tira de l’embarras où il était. Il s’en alla à Paris, ne sachant ce qu’il avait à espérer ou à craindre du mal de la princesse sa femme. Il n’y fut pas sitôt arrivé, qu’on commença d’attaquer les huguenots en la personne d’un de leurs chefs, l’amiral de Châtillon, et, deux jours après, l’on fit cet horrible massacre si renommé par toute l’Europe.

Le pauvre comte de Chabannes, qui s’était venu cacher dans l’extrémité de l’un des faubourgs de Paris, pour s’abandonner entièrement à sa douleur, fut enveloppé dans la mine des huguenots. Les personnes chez qui il s’était retiré l’ayant reconnu, et s’étant souvenues qu’on l’avait soupçonné d’être de ce parti, le massacrèrent cette même nuit qui fut si funeste à tant de gens. Le matin, le prince de Montpensier, allant donner quelques ordres hors la ville, passa dans la rue où était le corps de Chabannes. Il fut d’abord saisi d’étonnement à ce pitoyable spectacle ; ensuite, son amitié se réveillant, elle lui donna de la douleur ; mais le souvenir de l’offense qu’il croyait avoir reçue du comte lui donna enfin de la joie, et il fut bien aise de se voir vengé par les mains de la fortune.

Le duc de Guise, occupé du désir de venger la mort de son père, et, peu après, rempli de la joie de l’avoir vengée, laissa peu à peu éloigner de son âme le soin d’apprendre des nouvelles de la princesse de Montpensier ; et, trouvant la marquise de Noirmoutier, personne de beaucoup d’esprit et de beauté, et qui donnait plus d’espérance que cette princesse, il s’y attacha entièrement et l’aima avec une passion démesurée, et qui dura jusqu’à sa mort.

Cependant, après que le mal de Madame de Montpensier fut venu au dernier point, il commença à diminuer. La raison lui revint ; et, se trouvant un peu soulagée par l’absence du prince son mari, elle donna quelque espérance de sa vie. Sa santé revenait pourtant avec grand peine, par le mauvais état de son esprit ; et son esprit fut travaillé de nouveau, quand elle se souvint qu’elle n’avait eu aucune nouvelle du duc de Guise pendant toute sa maladie. Elle s’enquit de ses femmes si elles n’avaient vu personne, si elles n’avaient point de lettres ; et, ne trouvant rien de ce qu’elle eût souhaité, elle se trouva la plus malheureuse du monde, d’avoir tout hasardé pour un homme qui l’abandonnait. Ce lui fut encore un nouvel accablement d’apprendre la mort du comte de Chabannes, qu’elle sut bientôt par les soins du prince son mari. L’ingratitude du duc de Guise lui fit sentir plus vivement la perte d’un homme dont elle connaissait si bien la fidélité. Tant de déplaisirs si pressants la remirent bientôt dans un état aussi dangereux que celui dont elle était sortie : et, comme madame de Noirmoutier était une personne qui prenait autant de soin de faire éclater ses galanteries que les autres en prennent de les cacher, celles du duc de Guise et d’elle étaient si publiques, que, toute éloignée et toute malade qu’était la princesse de Montpensier, elle les apprit de tant de côtés, qu’elle n’en put douter. Ce fut le coup mortel pour sa vie : elle ne put résister à la douleur d’avoir perdu l’estime de son mari, le cœur de son amant, et le plus parfait ami qui fut jamais. Elle mourut en peu de jours, dans la fleur de son âge, une des plus belles princesses du monde, et qui aurait été sans doute la plus heureuse, si la vertu et la prudence eussent conduit toutes ses actions.

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Coup de coeur... Hervé Guibert...

19 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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« Le noir était pour les aveugles une couleur aussi inconnue que le blanc ou le rose. Aucun œil ne voyait noir, tout comme aucune oreille de sourd ne pouvait transmettre un silence, mais une absence de silence ou de stridence. Les aveugles ne voyaient rien, tout simplement. Ils ne vivaient pas dans les ténèbres, car le nerf qui aurait pu leur en donner la conscience était amorphe. »

Hervé Guibert, Des Aveugles, Paris, Gallimard, Collection, Folio, 1991, p.33.

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Coup de coeur... Gustave Flaubert...

18 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Les Barbares n'avaient pas besoin d'une circonvallation du côté de l'Afrique ; elle leur appartenait. Mais pour rendre plus facile l'approche des murailles, on abattit le retranchement qui bordait le fossé. Ensuite, Mâtho divisa l'armée par grands demi-cercles, de façon à envelopper mieux Carthage. Les hoplites des Mercenaires furent placés au premier rang, derrière eux les frondeurs et les cavaliers ; tout au fond, les bagages, les chariots, les chevaux ; en deçà de cette multitude, à trois cents pas des tours, se hérissaient les machines.

Sous la variété infinie de leurs appellations (qui changèrent plusieurs fois dans le cours des siècles), elles pouvaient se réduire à deux systèmes : les unes agissant comme des frondes et les autres comme des arcs.

Les premières, les catapultes, se composaient d'un châssis carré, avec deux montants verticaux et une barre horizontale. A sa partie antérieure un cylindre, muni de cables, retenait un gros timon portant une cuillère pour recevoir les projectiles ; la base en était prise dans un écheveau de fils tordus, et quand on lâchait les cordes, il se relevait et venait frapper contre la barre, ce qui, l'arrêtant par une secousse, multipliait sa vigueur.

Les secondes offraient un mécanisme plus compliqué : sur une petite colonne, une traverse était fixée par son milieu où aboutissait à angle droit une espèce de canal ; aux extrémités de la traverse s'élevaient deux chapiteaux qui contenaient un entortillage de crins ; deux poutrelles s'y trouvaient prises pour maintenir les bouts d'une corde que l'on amenait jusqu'au bas du canal, sur une tablette de bronze. Par un ressort, cette plaque de métal se détachait, et, glissant sur des rainures, poussait les flèches.

Les catapultes s'appelaient également des onagres, comme les ânes sauvages qui lancent des cailloux avec leurs pieds, et les balistes des scorpions, à cause d'un crochet dressé sur la tablette, et qui, s'abaissant d'un coup de poing, faisait partir le ressort.

Leur construction exigeait de savants calculs ; leurs bois devaient être choisis dans les essences les plus dures, leurs engrenages, tous d'airain ; elles se bandaient avec des leviers, des moufles, des cabestans ou des tympans ; de forts pivots variaient la direction de leur tir, des cylindres les faisaient s'avancer, et les plus considérables, que l'on apportait pièce à pièce, étaient remontées en face de l'ennemi.

Spendius disposa les trois grandes catapultes vers les trois angles principaux ; devant chaque porte il plaça un bélier, devant chaque tour une baliste, et des carrobalistes circuleraient par derrière. Mais il fallait les garantir contre les feux des assiégés et combler d'abord le fossé qui les séparait des murailles.

On avança des galeries en claies de joncs verts et des cintres en chêne, pareils à d'énormes boucliers glissait sur trois roues ; de petites cabanes couvertes de peaux fraîches et rembourrées de varech abritaient les travailleurs ; les catapultes et les balistes furent défendues par des rideaux de cordages que l'on avait trempés dans du vinaigre pour les rendre incombustibles. Les femmes et les enfants allaient prendre des cailloux sur la grève, ramassaient de la terre avec leurs mains et l'apportaient aux soldats.

Les Carthaginois se préparaient aussi.

Hamilcar les avait bien vite rassurés en déclarant qu'il restait de l'eau dans les citernes pour cent vingt-trois jours. Cette affirmation, sa présence au milieu d'eux, et celle du zaïmph surtout, leur donnèrent bon espoir, Carthage se releva de son accablement ; ceux qui n'étaient pas d'origine chananéenne furent emportés dans la passion des autres.

On arma les esclaves, on vida les arsenaux ; les citoyens eurent chacun leur poste et leur emploi. Douze cents hommes survivaient des transfuges, le Suffète les fit tous capitaines ; et les charpentiers, les armuriers, les forgerons et les orfèvres furent préposés aux machines. Les Carthaginois en avaient gardé quelques-unes, malgré les conditions de la paix romaine. On les répara. Ils s'entendaient à ces ouvrages. Les deux côtés septentrional et oriental, défendus par la mer et par le golfe, restaient inaccessibles. Sur la muraille faisant face aux Barbares, on monta des troncs d'arbre, des meules de moulin, des vases pleins de soufre, des cuves pleines d'huile, et l'on bâtit des fourneaux. On entassa des pierres sur la plate-forme des tours, et les maisons qui touchaient, immédiatement au rempart furent bourrées avec du sable pour l'affermir et augmenter son épaisseur.

Devant ces dispositions, les Barbares s'irritèrent. Ils voulurent combattre tout de suite. Les poids qu'ils mirent dans les catapultes étaient d'une pesanteur si exorbitante, que les timons se rompirent ; l'attaque fut retardée.

Enfin le treizième jour du mois de Schabar, - au soleil levant, - on entendit contre la porte de Khamon un grand coup.

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