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Vivement l'Ecole!

litterature

Coup de coeur... Tom Wolfe...

14 Décembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Je louai donc une auto et commençai à me balader dans San Francisco. Mes plus fortes impressions de la ville me ramènent à une formidable conduite intérieure de louage vrombissant sur les +côtes, montées et descentes, et patinant sur les rainures et les bords ds rails de tramway. Elle glissait et dérivait sur la route de North Beach, la fabuleuse plage de North Beach, Mecque de la bohème de la côte ouest, toujours pleines de fils-à-papa-Untel et de m'as-tu-vu et de petites Wasps et de petites Juives aux longs cheveux qui s'en donnaient à cœur joie avec les négrillots _ et voilà que North Beach était fini. North Beach n'était plus que revue à tétons. Au célèbre Q.G. de la Beat Generation, la librairie City Lights, Shig Murao, l'oracle nippon du lieu, trônait, la barbe pendante comme une de ces enluminures de lierre et de fougère que les architectes mettent sur leurs dessins ; il sombrait dans les œuvres de Kaklil Gibran, près de la caisse enregistreuse, tandis que des dentistes rassemblés pour un congrès de la profession fouinaient ici, entre deux spectacles de tétons, à la recherche des beatniks. North Beach n'était que Seins Nus et strip-teaseuses qui s'élargissaient la poitrine avec des injections de silicone.

Tom Wolfe - Acid test

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Coup de coeur... Mathieu Palain...

13 Décembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Le bouton rouge, je suppose qu'on appuie dessus quand les choses dégénèrent, quand des petites amies qui n'en peuvent plus d'attendre viennent un jour dire qu'elles n'en peuvent plus d'attendre, justement, et qu'elles refusent de perdre leur temps. voilà, c'est la dernière fois. Une claque part, ça gueule, la femme en danger presse le bouton rouge et les surveillants déboulent. Le type est ceinturé, il hurle à la mort dans le couloir, sa voix chargée d'insultes s'éloigne dans les étages tandis que sa femme hoquette, le souffle court, se disant au fond d'elle, c'est bon, c'est fini.

Mathieu Palain - Ne t'arrête pas de courir

NE T'ARRÊTE PAS DE COURIR - Iconoclaste

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Coup de coeur... Fernando Pessoa...

12 Décembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Le monde, ce tas de fumier de forces instinctives, qui brille malgré tout au soleil en tons pailletés d'or et de clair-obscur.

Pour moi, si je considère pestes, tempêtes et batailles, j'y vois le produit de la même force aveugle qui s’exerce tantôt grâce à des microbes inconscients, tantôt par le jeu des coups de foudre et de trombes d'eau, eux aussi inconscients, tantôt par le canal d'hommes tout aussi inconscients. Entre un tremblement de terre et un massacre, je ne vois pas d'autre différence que dans un assassinat perpétré avec un couteau ou avec un poignard. Le monstre immanent aux choses utilise tout autant – pour son plus grand bien ou son plus grand malheur, qui, d'ailleurs, semblent lui être indifférents – le mouvement d'un rocher dans les hauteurs que celui de la jalousie ou de la convoitise dans un cœur humain. Le rocher tombe, et vous tue un homme ; la jalousie ou la convoitise arment un bras, et le bras tue un homme. Ainsi va le monde, tas de fumier de forces instinctives, qui brille malgré tout au soleil en tons pailletés d'or et de clair-obscur.

 

Fernando Pessoa - Le livre de l'intranquillité

 

Un autre extrait...

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Coup de coeur... Andrée Chedid...

11 Décembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Le message de Andrée Chedid - Grand Format - Livre - Decitre

 

Depuis l'aube des temps, les violences ne cessent de se chevaucher, la terreur de régner, l'horreur de recouvrir l'horreur. Visages en sang, visages exsangues. Hémorragies d'hommes, de femmes, d'enfants... Qu'importe le lieu ! Partout l'humanité est en cause, et ce sombre cortège n'a pas de fin.

Dans chaque corps torturé tous les corps gémissent. Poussés par des forces aveugles dans le même abîme, les vivants sombrent avant leur terme. Partout.

Comment croire, comment prier, comment espérer en ce monde pervers, en ce monde exterminateur, qui consume ses propres entrailles, qui se déchire et se décime sans répit ?

 

Andrée Chedid - Le Message

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Coup de coeur... Antoine Wauters...

10 Décembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Mahmoud ou la montée des eaux - Antoine Wauters - Babelio

Mon cabanon est là. Planté entre deux pics, trois mètres au-dessus du niveau de l’eau. Bien caché, à l’écart.

Extrêmement bien caché.

Je m’enroule dans ma chemise jaune.

Je marche.

À quelques kilomètres seulement (il montre le sud), des civils sont tués.

Là (il continue de montrer le sud), on coupe des têtes.

Et là (il montre l’ouest), c’est le noir et la nuit.

D’autres têtes coupées, Sarah.

Des enfants aux doigts raidis pour toujours.

Je sens ton souffle.

Tu es là.

Tu viens de fumer, je le sais. C’est ton secret.

Tu as toujours fumé en cachette.

Où vas-tu ?

Pourquoi pars-tu déjà ?

Je t’entends murmurer des choses à mesure que tu t’éloignes.

Tous les jours la même chose, mon amour.

Tu me demandes, disparaissant, si j’ai plongé comme je le voulais.

Si j’ai pu lire et écrire comme je le voulais.

Mahmoud.

Tu dis mon nom.

Doucement.

Avec tendresse.

Fais chauffer l’eau du thé, Mahmoud.

Puis tu t’en vas et, pendant que je pense à nos enfants partis et que le poids de la terre écrase mes tempes, je sens que j’ai besoin d’être seul et de pleurer.

Quand sait-on qu’un de nos enfants est mort, Mahmoud ? Quand en a-t-on la certitude ?

Tu reviens sur tes pas.

Tu poses ta main sur moi.

Aujourd’hui, dis-tu, j’ai eu l’impression d’accoucher de Nazifé. La même douleur. Sauf que cette fois elle rentrait dans mon ventre. Notre fille rentrait en moi.

Je caresse ta joue froide en regardant la lune, Sarah. Je ne dis rien.

Mon plat de concombres est vide.

Le monde entier est vide.

Sommeil, viens !

 

Antoine Wauters - Mahmoud ou la montée des eaux

 

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Coup de coeur... Salomé Kiner...

9 Décembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

 La date de péremption c'est une arnaque du marketing, disait ma mère en fourrant son poison au fond de nos cartables.
Arnaque ou pas, je mangeais mon goûter cachée dans les toilettes. Pendant que mes camarades rouaient la porte à coup de poings, je m'empiffrais, les poches pleines de fruits secs, de biscuits au sésame, de Balisto dans les bons jours. C'était pas les goûters de ma mère qui me posaient problème. Il y en a même que j'aimais bien. Mon problème, c'était les autres. Ca a toujours été les autres. Leurs yeux cireux de poissons morts sur vos mœurs particulières, la vénération des vies droites et la religion cathodique. Leurs pères, premiers sur les courts de tennis, leurs mères, toutes assistantes de direction. Leurs virées à Auchan, les allées de gravier brossé, le papier peint relief, les casseroles en cuivre assorties, les doubles bols olives-noyaux. Et la moquette dans les chambres à coucher. Chez moi, j'avais du lino gris chiné. C'est plus facile à nettoyer, disait ma mère. Tu m'étonnes : même quand c'est propre, c'est sale.

Salomé Kiner - Grande couronne

https://actualitte.com/uploads/images/salome-kiner-grande-couronne-editions-christian-bourgois-9782267044522-60fee079d4701095969190.jpeg

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Coup de coeur... Dominique Fourcade, Hadrien France-Lanord, Sophie Pailloux-Riggi...

8 Décembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Vous m'avez fait chercher

 

Le bain dans l’océan est le seul moment où je revis intacte

     imparable une sensation d’enfance

     depuis

     il ne s’est rien passé que le tonnerre du vide

     au point que seule sur l’immense plage l’enfance tient tête à l’océan

     l’enfance qui me tient tête

    magdaléniennement

Dominique Fourcade, Hadrien France-Lanord, Sophie Pailloux-Riggi - Vous m'avez fait chercher

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Coup de coeur... Montaigne, pas à pas... (Vidéo)

7 Décembre 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Littérature

"La principale charge que nous ayons, c'est à chacun sa conduite". De quelle marge de manœuvre disposons-nous, par rapport à ce que nous avons appris ? De quel recul disposons-nous par rapport aux coutumes et aux opinions en vigueur autour de nous ?

De quelle autorité dispose le jugement pour en faire la critique ? Sur ces questions, Montaigne s'essaie, se met à l'épreuve, s'interroge. "Que sais-je ?" Si la philosophie que nous découvrons dans les Essais peut se lire comme l'émergence d'une pensée à la première personne, une lecture attentive nous oblige à y voir une situation plus inquiète que jubilatoire. La pensée qui s'y donne à voir, c'est paradoxalement une pensée qui "ne marche qu'à tâtons, chancelant, bronchant et chopant".

Une rencontre enregistrée en septembre 2021.

Marc Foglia, ancien élève de l'ENS, professeur agrégé et docteur en philosophie, enseignant dans l'Académie de Besançon, auteur notamment de l'ouvrage Montaigne pas à pas, Ellipses, nov. 2021.

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Coup de coeur... Jean-Paul Sartre...

6 Décembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

La chose, qui attendait, s'est alertée, elle a fondu sur moi, elle se coule en moi, j'en suis plein. - Ce n'est rien: la Chose, c'est moi. L'existence, libérée, dégagée, reflue sur moi. J'existe.

J'existe. C'est doux, si doux, si lent. Et léger: on dirait que ça tient en l'air tout seul. Ça remue. Ce sont des effleurements partout qui fondent et s'évanouissent. Tout doux, tout doux. Il y a de l'eau mousseuse dans ma bouche. Je l'avale, elle glisse dans ma gorge, elle me caresse - et la voila qui renaît dans ma bouche, j'ai dans la bouche à perpétuité une petite mare d'eau blanchâtre - discrète - qui frôle ma langue. Et cette mare, c'est encore moi. Et la langue. Et la gorge, c'est moi.

Je vois ma main, qui s'épanouit sur la table. Elle vit - c'est moi. Elle s'ouvre, les doigts se déploient et pointent. Elle est sur le dos. Elle me montre son ventre gras. Elle a l'air d'une bête à la renverse. Les doigts, ce sont les pattes. Je m'amuse à les faire remuer, très vite, comme les pattes d'un crabe qui est tombé sur le dos. Le crabe est mort: les pattes se recroquevillent, se ramènent sur le ventre de ma main. Je vois les ongles - la seule chose de moi qui ne vit pas. Et encore. Ma main se retourne, s'étale à plat ventre, elle m'offre à présent son dos. Un dos argenté, un peu brillant - on dirait un poisson, s'il n'y avait pas les poils roux à la naissance des phalanges. Je sens ma main. C'est moi, ces deux bêtes qui s'agitent au bout de mes bras. Ma main gratte une de ses pattes, avec l'ongle d'une autre patte; je sens son poids sur la table qui n'est pas moi. C'est long, long, cette impression de poids, ça ne passe pas. Il n'y a pas de raison pour que ça passe. A la longue, c'est intolérable... Je retire ma main, je la mets dans ma poche. Mais je sens tout de suite, à travers l'étoffe, la chaleur de ma cuisse. Aussitôt, je fais sauter ma main de ma poche; je la laisse pendre contre le dossier de la chaise. Maintenant, je sens son poids au bout de mon bras. Elle tire un peu, à peine, mollement, moelleusement, elle existe.

 

Jean-Paul Sartre - La Nausée

 

La Nausee (Folio) von Jean-Paul Sartre

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Coup de coeur... Françoise Sagan...

5 Décembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

BONJOUR TRISTESSE - ROMAN. par SAGAN FRANCOISE: bon Couverture souple  (1957) | Le-Livre

Cet été-là, j’avais dix-sept ans et j’étais parfaitement heureuse. Les « autres » étaient mon père et Elsa, sa maîtresse. Il me faut tout de suite expliquer cette situation qui peut paraître fausse. Mon père avait quarante ans, il était veuf depuis quinze ; c’était un homme jeune, plein de vitalité, de possibilités, et, à ma sortie de pension, deux ans plus tôt, je n’avais pas pu ne pas comprendre qu’il vécût avec une femme. J’avais moins vite admis qu’il en changeât tous les six mois ! Mais bientôt sa séduction, cette vie nouvelle et facile, mes dispositions, m’y amenèrent. C’était un homme léger, habile en affaires, toujours curieux et vite lassé, et qui plaisait aux femmes. Je n’eus aucun mal à l’aimer, et tendrement, car il était bon, généreux, gai, et plein d’affection pour moi. Je n’imagine pas de meilleur ami ni de plus distrayant.

A ce début d’été, il poussa même la gentillesse jusqu’à me demander si la compagnie d’Elsa, sa maîtresse actuelle, ne m’ennuierait pas pendant les vacances. Je ne pus que l’encourager car je savais son besoin des femmes et que, d’autre part, Elsa ne nous fatiguerait pas. C’était une grande fille rousse, mi-créature, mi-mondaine, qui faisait de la figuration dans les studios et les bars des Champs- Élysées. Elle était gentille, assez simple et sans prétentions sérieuses. Nous étions d’ailleurs trop heureux de partir, mon père et moi, pour faire objection à quoi que ce soit. Il avait loué, sur la Méditerranée, une grande villa blanche, isolée, ravissante, dont nous rêvions depuis les premières chaleurs de juin. Elle était bâtie sur un promontoire, dominant la mer, cachée de la route par un bois de pins ; un chemin de chèvre descendait à une petite crique dorée, bordée de rochers roux où se balançait la mer.

Les premiers jours furent éblouissants. Nous passions des heures sur la plage, écrasés de chaleur, prenant peu à peu une couleur saine et dorée, à l’exception d’Elsa qui rougissait et pelait dans d’affreuses souffrances. Mon père exécutait des mouvements de jambes compliqués pour faire disparaître un début d’estomac incompatible avec ses dispositions de Don Juan. Dès l’aube, j’étais dans l’eau, une eau fraîche et transparente où je m’enfouissais, où je m’épuisais en des mouvements désordonnés pour me laver de toutes les ombres, de toutes les poussières de Paris. Je m’allongeais dans le sable, en prenais une poignée dans ma main, le laissais s’enfuir de mes doigts en un jet jaunâtre et doux ; je me disais  qu’il s’enfuyait comme le temps, que c’était une idée facile et qu’il était agréable d’avoir des idées faciles. C’était l’été.

Françoise Sagan - Bonjour tristesse

 

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