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Vivement l'Ecole!

litterature

Coup de coeur... Hans Christian Andersen...

26 Décembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Livre: Contes, Hans Christian Handersen, Hans Christian Andersen, Lito, Les  contes, 9782244417325 - Leslibraires.fr


—Vas-tu me raconter des histoires maintenant? dit le petit Hjalmar.

—Nous n'avons pas le temps ce soir, dit Ole en ouvrant au-dessus du petit son plus beau parapluie. Regarde ces Chinois!

Et tout le parapluie ressemblait à une grande coupe chinoise ornée d'arbres bleus et de ponts arqués sur lesquels des petits Chinois hochaient la tête.

—Il faut que le monde entier soit astiqué pour demain, dit encore Ole, car c'est dimanche. Mon plus grand travail sera de descendre toutes les étoiles pour les astiquer aussi. Je les prends toutes dans mon tablier mais il faut d'abord les numéroter et mettre le même chiffre dans les trous où elles sont fixées là-haut afin de les remettre à leur bonne place.

—Non, écoutez Monsieur Ferme-l'œil, vous exagérez, s'écria un portrait accroché sur le mur contre lequel dormait le petit garçon. Je suis l'arrière grand-père de Hjalmar. Merci de lui raconter des histoires, mais vous ne devriez pas lui fausser ses notions. On ne peut pas décrocher les étoiles et les polir.

—Merci à toi, vieil arrière-grand-père, mais moi je suis encore plus ancien que toi, je suis un vieux païen, les Romains et les Grecs m'appelaient le dieu des Rêves. J'ai toujours fréquenté les plus nobles maisons et j'y vais encore; je sais parler aux petits et aux grands! Tu n'as qu'à raconter à ton idée maintenant.

Ole Ferme-l'œil partit là-dessus en emportant son parapluie.

Hans Christian Andersen - Contes

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Coup de coeur... Joan Didion...

25 Décembre 2021 , Rédigé par AOC Publié dans #Littérature

J’ai bien entendu volé le titre de cette intervention, à George Orwell – Why I Write. L’une des raisons pour lesquelles je le lui ai volé, c’est que j’aime le son de ces mots : Why I Write. Vous avez là trois petits mots brefs et dépourvus de toute ambiguïté qui ont une sonorité en commun, et la sonorité qu’ils ont en commun est celle‑ci :

I

I

I

Je.

Par bien des aspects, écrire, c’est l’acte de dire « je », d’imposer sa présence à autrui, de dire écoutez-moi, voyez les choses à ma façon, changez de point de vue. C’est un acte agressif, hostile, même. Vous pouvez déguiser cette agressivité autant que vous voulez en la voilant de propositions subordonnées, de qualificatifs et de subjonctifs précautionneux, d’ellipses et de dérobades – en convoquant tout l’arsenal qui permet d’intimer au lieu d’affirmer, de suggérer au lieu de déclarer –, mais inutile de se raconter des histoires, le fait est que poser des mots sur le papier est une tactique de brute sournoise, une invasion, une manière pour la sensibilité de l’écrivain d’entrer par effraction dans l’espace le plus intime du lecteur.

J’ai volé ce titre non seulement parce que les mots sonnaient juste, mais parce qu’ils me paraissaient résumer, de la façon la plus simple et directe, tout ce que j’ai à vous dire. Comme beaucoup d’écrivains, je n’ai que ce seul « sujet », ce seul « domaine » : l’acte d’écrire. Je ne peux vous livrer le reportage d’aucun autre front. J’ai d’autres centres d’intérêt, sans doute ; je « m’intéresse », par exemple, à la biologie marine, mais je ne me pique pas de croire que vous vous déplaceriez pour m’entendre en parler. Je ne suis pas une érudite. Je ne suis en aucun cas une intellectuelle, ce qui ne veut pas dire que lorsque j’entends le mot « intellectuel » je sors mon revolver, simplement que je ne pense pas en termes abstraits. 

Joan Didion - Inédit publié par AOC

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Coup de coeur... Frédéric Verger...

23 Décembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

FRÉDÉRIC VERGER, SUR les toits / RENTREE 2021 - EUR 5,04 | PicClick FR

 

Au sommet d’une montée légère entre deux hautes cheminées, j’avais tendu un drap qui protégeait un espace étroit mais plat et cimenté jonché de vieilles couvertures trouvées dans l’appartement. Nous pouvions nous abriter du soleil et même nous y étendre tête-bêche. Au printemps, lorsque nous avions dû y passer trois journées (nous retournions la nuit dormir dans l’appartement), j’avais complété cette installation en allant fouiller dans les maisons en ruine – nombreuses dans le quartier – ou sur les chantiers de celles qu’on rénovait pour y trouver des planches. J’ai toujours aimé travailler de mes mains et je pris plaisir grâce aux quelques outils volés à rehausser notre drap en le soutenant par des planches dressées contre les montants de ciment qui protégeaient les cheminées. Avec des planches plus étroites, j’avais même construit deux rangées d’étagères un peu branlantes mais qui tenaient le drap lorsque soufflait le vent et où nous pouvions ranger nos affaires, quelques provisions ainsi que les crayons de couleur et les morceaux de carton sur lesquels Liola dessinait et découpait une maison de poupée un peu particulière, mais j’aurai l’occasion d’y revenir. Comme pour une fête, Liola avait passé une petite robe blanche de joueuse de tennis miniature et enfilé de petites chaussures noires brillantes, molles comme du carton mais qui semblaient vernies d’un glaçage étincelant de pâtisserie.

 

La matinée se déroula aussi joyeusement qu’un pique-nique. Une fois rangées nos boîtes, notre bouteille d’eau, la cage de l’oiseau suspendue au crochet d’une cheminée, je proposai à Liola une promenade à condition qu’elle ne lâche pas ma main. Car j’avais vite compris lors de mes premières explorations que le sentiment d’être perdu au milieu d’un océan de tuiles était une illusion. Ses remous paraissaient s’étendre à l’infini comme ceux de la mer mais dès qu’on se mettait à l’arpenter, très vite on manquait de tomber dans la fente étroite d’une ruelle. Elles couraient partout, aussi dangereuses que les crevasses d’un glacier car lorsqu’on se promène sur les toits le regard est attiré par le ciel.

 

À côté de l’abri, il y avait d’autres cheminées, assez hautes, que nous escaladâmes pour apercevoir sur les quais filer des silhouettes. Nous avions l’impression d’être des enfants de géants qui, après avoir renversé une boîte d’humains-jouets, observaient leurs allées et venues ridiculement affairées. Peu de bateaux. Deux ou trois vieux navires aux voiles grenues, miroitantes comme un mur où tremble le reflet d’un seau. Et au sommet d’un petit bois qui semblait le décor d’une féerie de théâtre, une grande église surmontée d’une statue d’or de la Vierge, son enfant sur le bras. D’où nous étions, elle inspirait une confiance calme dans la vie.

 

Les pentes des toits n’étaient pas très raides, nous en parcourûmes quatre ou cinq car elles se touchaient et nous pouvions, sautant à peine pour passer de l’un à l’autre, flâner sans crainte, le nez au vent, comme dans un jardin où nos pas entrechoquaient des pierres. Liola aimait la danse, les tuiles sonnaient sous ses entrechats. Les cheveux noirs coupés au bol tressautaient en une masse si compacte qu’on croyait entendre quand ils retombaient un soupir de soie. Pour qu’elle se rende compte du danger, je lui pris la main et la conduisis au bord d’un de ces gouffres étroits qui nous entouraient. Je lui fis faire le tour de ce que j’appelai notre domaine afin qu’elle les voie tous. Il était encore tôt, aucun bruit n’en montait, seulement des courants d’air plus ou moins frais, plus ou moins puants. L’odeur de pourriture des murs se mêlait à celle des ordures que dans notre quartier beaucoup jetaient dans la rue, à peine enveloppées dans des vieux journaux. Parfois on y entendait résonner des claquements de talons. Et, bien que nous ne soyons sur les toits que depuis deux heures, ces bruits de pas semblaient déjà mystérieux et étranges. En dehors des tuiles, nous n’apercevions que les volets des derniers étages, entrouverts sur des trous noirs où parfois tintait quelque chose, et ce bruit avait un air fantastique car il paraissait impossible qu’on puisse vivre dans cette encre.

 

Frédéric Verger - Sur les toits

 

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Coup de coeur... Maryse Condé...

22 Décembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Le nouveau-né avait porté ses poings minuscules à hauteur de sa bouche et s’était recroquevillé entre les sabots de l’âne qui le réchauffait. Maya, qui venait d’accoucher dans cette cabane où les Ballandra rangeaient leurs sacs d’engrais, leurs bidons de désherbant et leurs instruments aratoires, se lavait tant bien que mal dans l’eau d’une calebasse qu’elle avait eu la présence d’esprit d’apporter avec elle. Ses joues rebondies étaient inondées de larmes.

Elle ne se doutait pas qu’elle aurait si mal lorsqu’elle abandonnerait son enfant. Elle ne savait pas que la douleur lui déchirerait le ventre de ses crocs acérés. Pourtant, il n’y avait pas d’autre solution. Elle était parvenue à cacher son état à ses parents, à sa mère surtout, qui n’arrêtait pas de divaguer quant à l’avenir radieux qui tendait ses bras à sa fille. Maya ne pouvait revenir chez elle un bâtard entre les bras. Quand elle n’avait plus vu son sang, elle était restée sidérée. Un enfant ! Cette petite chose visqueuse qui urinait et déféquait sur elle, voilà à quoi avaient abouti ses nuits si brûlantes et si poétiques.

Elle avait fini par écrire à son amant, Corazón, mot qui en espagnol signifie cœur et qui convenait mal à ce géant taillé d’une pièce. Comme la troisième lettre était demeurée toujours sans réponse, elle s’était rendue à l’office des croisières qui gérait l’Empress of the Sea où elle l’avait connu pendant la croisière inaugurale à travers les îles. Quand elle s’était présentée au bureau pour obtenir des renseignements, la chabine juchée sur des talons aiguilles lui avait brutalement coupé la parole : « Nous ne donnons aucune information privée sur nos passagers. »

 

Maryse Condé - L'Evangile du Nouveau Monde

 

L'Évangile du Nouveau Monde - broché - Maryse Condé - Achat Livre ou ebook  | fnac

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A propos d'un pamphlet réactionnaire d’écrivains en vue... Edifiant et hallucinant !

22 Décembre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Littérature, #Politique

Abbaye Sainte Marie de Lagrasse

EXTRAITS

A l’abbaye de Lagrasse, une croisade littéraire chauffée aux moines

Mis en lumière par un pamphlet réactionnaire d’écrivains accueillis par des chanoines traditionalistes, le petit village de l’Aude, connu par ailleurs pour son festival philosophique annuel de gauche, est devenu le champ de bataille des crispations identitaires.

Comme chaque hiver, le massif des Corbières baigne dans un soleil laiteux, les pieds de vignes glacés tels des mains squelettiques tendues vers le ciel. Depuis des siècles, ce paysage occitan de pierres et de pins se prête aux utopies sacrées ou occultes à l’abri des regards, malgré un indéfectible fond anticlérical : le catharisme est un zombie tenace. Ici, les hommes ont longtemps enterré leurs morts en fumant des clopes à l’extérieur de l’église où il était hors de question de mettre un orteil. C’est pourtant là, à Lagrasse (Aude), au bout d’une route sinueuse comme un toboggan à 40 kilomètres de Carcassonne, la préfecture, que la fine fleur des réacs parisiens a trouvé son «oasis» : une abbaye où l’on célèbre la messe en latin. Ils en ont tiré un livre, Trois Jours et Trois Nuits, emphatique rumination antimoderne à la radicalité stupéfiante mais pile-poil dans le Zeitgeist, visant à dépeindre le petit village en hameau endormi avant l’électrochoc catho. Comprendre : un modèle à suivre pour la nation.

(...)

Le recueil a été bouclé au pas de course pour arriver dans les temps au pied du sapin. Le concept ? Quatorze écrivains, qui se sont succédé dans l’abbaye Sainte-Marie de Lagrasse ces six derniers mois, racontent leur «grand voyage» immobile en compagnie des chanoines. Chants grégoriens, méditations et potages fades. Conte de Noël raccord avec l’époque, entre confinement et retour du sacré, porté par des plumes omniprésentes médiatiquement, du simili Jack London bougon Sylvain Tesson à l’éternel teuffeur repenti Frédéric Beigbeder. Dans leur sillage, une palanquée d’auteurs très «Figaro-compatibles», dont deux académiciens et une ex-plume de Sarkozy.

(...)

... Pascal Bruckner tape d’entrée sur les «laudateurs de la fraternité» et les «antifas, ces néonazis déguisés en leur contraire» face au risque du «grand remplacement». Tesson, dont la prose boursouflée lisse la violence, s’extasie devant la «grandeur des murs» et la «beauté des frontières», espère «le retour des anciens jours» et prie «pour que le climat se réchauffe». Soit le jour où il faudra passer «à travers une herse barbare […], le signe d’une croix sur le front». Vivement la guerre civile.

L’éditorialiste Franz-Olivier Giesbert s’enthousiasme de voir le christianisme «relever la tête» et ricane d’avance en imaginant «l’article que ne manquera pas d’écrire [sur l’abbaye] le journaliste [de tout] média bien-pensant ne reconnaissant aucun droit aux catholiques […] : tremblez, bonnes gens, les traditionalistes sont de retour». Thibault de Montaigu, dont la trajectoire born again a été couronnée du prix de Flore en 2020, célèbre les «derniers des héros, les seuls braves d’une civilisation mourante, empoisonnée par l’ego et l’hédonisme marchand». Le reste est à l’avenant : mépris pour le pape François et plus généralement Vatican II, coupable d’avoir «répandu le wokisme» (dixit Boualem Sansal), éloge de la frugalité, détestation de la vie mondaine – faut le faire, vu qui parle.

(...)

... «Une messe telle que celle-ci, c’est une machine de guerre», commente admirativement nul autre que Michel Onfray, dans un «très touchant mail» cité par Van der Plaetsen. L’icône athée devenue récemment défenseur de la liturgie intégriste s’est lui aussi retiré à Lagrasse, mais n’a mystérieusement pas rendu son texte à Nicolas Diat, le cerveau derrière le projet.

Cet ex-conseiller de Laurent Wauquiez est un homme d’influence dans les cercles catholiques, éditeur des frères de Villiers (le gestionnaire de parc et le général) et imprésario du cardinal Sarah, dont les positions radicales sur les migrants et les homosexuels en ont fait le papabile anti-François rêvé des tradis. L’idée d’enfermer des écrivains dans un monastère serait venue à Diat en lisant Soumission, de Michel Houellebecq, qui, pour ses recherches, avait tenté une mise au vert avortée dans l’abbaye de Ligugé en 2013, sur les traces de Huysmans.

(...)

... La congrégation, désormais forte de 40 frères et soutenue par des mécènes fortunés, est devenue incontournable dans la région, au point que ces derniers songent sérieusement à y établir un second prieuré. Mandaté par Emmanuel Macron pour sauver les monuments en péril, Stéphane Bern s’est démené pour que l’abbaye bénéficie des subventions du Loto du patrimoine. Robert Ménard, le très droitier maire de Béziers, s’y rend souvent et croise régulièrement les chanoines au stade, dans sa ville. «Ce sont des fans de rugby, tout de blanc vêtus, on ne peut pas les rater en tribune !» commente-t-il auprès de Libération. On les voit aussi du côté de Narbonne, lors des matchs de volley des Centurions. «Des mascottes», raconte un local.

C’était aussi à l’abbaye que le colonel Arnaud Beltrame, assassiné en mars 2018 par un jihadiste à la périphérie de Carcassonne et aujourd’hui considéré comme un saint dans certains cercles traditionalistes, préparait son mariage religieux. Lors de ses funérailles, le père Jean-Baptiste, dépêché par les chanoines, avait espéré que son «sacrifice admirable» ne soit pas un «feu de paille émouvant, mais l’étincelle d’une renaissance». Car le grand projet des chanoines, c’est le «Grand Relèvement», comme ils ont baptisé leur entreprise de restauration de l’abbaye à grands frais, et dont ils feignent d’ignorer l’écho avec la théorie racialiste et complotiste de Renaud Camus. En 2017, les prêtres du diocèse narbonnais s’étaient émus auprès de leur évêque de l’hyperactivité prosélyte des chanoines, dont les messes grégoriennes et les séjours «détente et évangélisation» ou «spécial couples en désir d’enfants» – vantés, notamment, par le site d’extrême droite le Salon beige – attirent les tradis de toute la France.

(...)

... Derrière le président du comité de soutien, Rémi Delafon – discret industriel qui a fait fortune dans la viennoiserie surgelée – on trouve Alexis Brézet, le directeur des rédactions du Figaro, une ancienne préfète de l’Aude, des pontes de la finance et des membres de la French Heritage Society, très select association de philanthropes américains. La famille Dassault (propriétaire du Figaro) tout comme la Fondation Bettencourt ont mis la main au pot. «Une pichenette pour nous aider à nous lancer, assure le père Louis-Marie. Au début, on faisait n’importe quoi, des photocopies disant “envoyez des chèques”. Heureusement, des gens nous ont conseillés, on a appris à demander des subventions, alors que ce n’est pas notre “cœur de métier”.» Discours corporate qu’on retrouve dans la communication abondante des chanoines, désormais rompus aux subtilités des «comex», du «fundraising», et de la fiscalité, avec notamment l’aide de généreux traders à particule.

(...)

... Les chanoines nous avaient pourtant assurés que leur relation avec les élus socialistes était des plus apaisées. Sous l’imposant buste de Marianne en plâtre, René Ortega, natif du village dans son troisième mandat, ne mâche pas ses mots : «Ils sont très forts pour se présenter comme les sauveurs. De l’abbaye. Du village. Du tourisme. Des migrants. Et de la France aussi, non ?» Le maire cherche une formule : «J’allais dire qu’ils avancent en sous-marin, mais non : ils avancent masqués, ils ont deux visages, et ils entendent bien devenir maîtres du village.» Ses griefs sont multiples, du terrain adjacent à l’abbaye transformée en parking non autorisé à la tenue d’offices à Pâques plein à craquer et sans masque, malgré les restrictions sanitaires − dans le livre, le père Louis-Marie dit n’avoir «pas le temps pour le vaccin»«Ils se sentent au-dessus des lois, lâche Bernard Fraisse, l’adjoint moustachu. Pendant deux ans, ils ont fait de l’hôtellerie sans permis. Peut-être parce qu’il n’y a pas que dieu qui les protège. Les gendarmes sont au garde à vous devant eux !»

(...)

Après les éloges dans les journaux proches (le Figarole JDD désormais sous la coupe de Bolloré), quelques articles ont pointé le contenu radical du livre et documenté les accointances des chanoines avec des figures identitaires, comme l’historien Reynald Secher, chantre du «génocide vendéen» et proche d’Eric Zemmour.

(...)

... Patrick Boucheron voit dans «ce livre un pur projet de reconquête politique déguisé en livre de prière, dans un moment tout sauf innocent, tant dans le village qu’au niveau de la nation. Les écrivains conviés à ce projet le savent et en remplissent le cahier des charges, à commencer par Sylvain Tesson, très loin de son image grand public consensuelle, dont le texte est d’une radicalité réactionnaire inouïe. Cela devrait nous poser des questions sur le rôle de ces groupes de presse et d’édition». Le médiéviste tire à boulets rouges sur le projet de restauration des chanoines, «qui renient l’abbaye des Lumières que fut Lagrasse pour la ramener à un passé médiéval fantasmé, dont ils seraient les seuls habitants légitimes face au Banquet qu’ils veulent faire passer pour une assemblée de crypto-communistes». De la rive gauche de la Seine aux remous de l’Orbieu, le Clochemerle audois, comme théâtre des névroses nationales et laboratoire de la droitisation.

Guillaume Gendron

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Coup de coeur... Guillaume Apollinaire...

21 Décembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

APOLLINAIRE : Lettres à Lou - Edition Originale - Edition-Originale.com

 

"Au demeurant, je vais en écrire un pour vous tout exprès et nul doute qu'inspiré par une passion aussi violente et puisque c'est de vous qu'il s'agit, d'une essence aussi délicate, je n'écrive là mon livre le plus rempli de cette humanité qui est à mon gré la seule chose digne de toucher les hommes et d'être recherchée par un écrivain.

J'aurais voulu déjà écrire un poème pour vous. Il m'eût été trop personnel et n'eût dépeint que les sentiments que vous avez éveillés en moi et aussi votre grâce. Mais, en somme je ne connais rien de vous sinon que je vous trouve infiniment jolie et digne d'être aimée sans espérance de retour.

Je voudrais tout savoir de vous et je ne sais rien, sinon que vous avez été mariée et ne l'êtes plus".

 

 

"Ma chérie, mon amour si grand pour toi trouve moyen de grandir encore dans l'absence et il grandira sans cesse quand nous serons l'un près de l'autre. Il est comme un grand oiseau qui planerait plus haut que les aéroplanes, il monte sans cesse, oiseau angélique, dans les sublimes régions de l'éther - pas celui de Nice qui sonnait toutes ses cloches à toute volée à tous tes sens - Et c'est plus haut que l'éther même qu'un jour, purs esprits nous nagerons éternellement unis dans l'éternelle volupté de la vie la plus forte, la plus douce, la plus tendre, après nous être aimés par tous nos sens, si aiguisés pourtant, ô ma chérie infiniment sensible et infiniment voluptueuse".

Guillaume Apollinaire - Lettres à Lou

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Coup de coeur...

20 Décembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

J’ai avalé une fameuse gorgée de poison. – Trois fois béni soit le conseil qui m’est arrivé ! – Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j’étouffe, je ne puis crier. C’est l’enfer, l’éternelle peine ! Voyez comme le feu se relève ! Je brûle comme il faut. Va, démon !

J’avais entrevu la conversion au bien et au bonheur, le salut. Puis-je décrire la vision, l’air de l’enfer ne soufre pas les hymnes ! C’était des millions de créatures charmantes, un suave concert spirituel, la force et la paix, les nobles ambitions, que sais-je ?

Les nobles ambitions !

Et c’est encore la vie ! – Si la damnation est éternelle ! Un homme qui veut se mutiler est bien damné, n’est-ce pas ? Je me crois en enfer, donc j’y suis. C’est l’exécution du catéchisme. Je suis esclave de mon baptême. Parents, vous avez fait mon malheur et vous avez fait le vôtre. Pauvre innocent ! – L’enfer ne peut attaquer les païens. – C’est la vie encore ! Plus tard, les délices de la damnation seront plus profondes. Un crime, vite, que je tombe au néant, de par la loi humaine.

Tais-toi, mais tais-toi !… C’est la honte, le reproche, ici: Satan qui dit que le feu est ignoble, que ma colère est affreusement sotte. – Assez !… Des erreurs qu’on me souffle, magies, parfums, faux, musiques puériles. – Et dire que je tiens la vérité, que je vois la justice: j’ai un jugement sain et arrêté, je suis prêt pour la perfection… Orgueil. – La peau de ma tête se dessèche. Pitié ! Seigneur, j’ai peur. J’ai soif, si soif ! Ah ! l’enfance, l’herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le clair de lune quand le clocher sonnait douze… le diable est au clocher, à cette heure. Marie ! Sainte-Vierge !… – Horreur de ma bêtise.

Là-bas, ne sont-ce pas des âmes honnêtes, qui me veulent du bien… Venez… J’ai un oreiller sur la bouche, elles ne m’entendent pas, ce sont des fantômes. Puis, jamais personne ne pense à autrui. Qu’on n’approche pas. Je sens le roussi, c’est certain.

Les hallucinations sont innombrables. C’est bien ce que j’ai toujours eu: plus de foi en l’histoire, l’oubli des principes. Je m’en tairai: poëtes et visionnaires seraient jaloux. Je suis mille fois le plus riche, soyons avare comme la mer.

Ah ça ! l’horloge de la vie s’est arrêtée tout à l’heure. Je ne suis plus au monde. – La théologie est sérieuse, l’enfer est certainement en bas – et le ciel en haut. – Extase, cauchemar, sommeil dans un nid de flammes.

Que de malices dans l’attention dans la campagne… Satan, Ferdinand, court avec les graines sauvages… Jésus marche sur les ronces purpurines, sans les courber… Jésus marchait sur les eaux irritées. La lanterne nous le montra debout, blanc et des tresses brunes, au flanc d’une vague d’émeraude…

Je vais dévoiler tous les mystères: mystères religieux ou naturels, mort, naissance, avenir, passé, cosmogonie, néant. Je suis maître en fantasmagories.

Écoutez !…

J’ai tous les talents ! – Il n’y a personne ici et il y a quelqu’un: je ne voudrais pas répandre mon trésor. – Veut-on des chants nègres, des danses de houris ? Veut-on que je disparaisse, que je plonge à la recherche de l’anneau ? Veut-on ? Je ferai de l’or, des remèdes.

Fiez-vous donc à moi, la foi soulage, guide, guérit. Tous, venez, – même les petits enfants, – que je vous console, qu’on répande pour vous son coeur, – le coeur merveilleux ! – Pauvres hommes, travailleurs ! Je ne demande pas de prières; avec votre confiance seulement, je serai heureux.

– Et pensons à moi. Ceci me fait peu regretter le monde. J’ai de la chance de ne pas souffrir plus. Ma vie ne fut que folies douces, c’est regrettable.

Bah ! faisons toutes les grimaces imaginables.

Décidément, nous sommes hors du monde. Plus aucun son. Mon tact a disparu. Ah ! mon château, ma Saxe, mon bois de saules. Les soirs, les matins, les nuits, les jours… Suis-je las !

Je devrais avoir mon enfer pour la colère, mon enfer pour l’orgueil, – et l’enfer de la caresse; un concert d’enfers.

Je meurs de lassitude. C’est le tombeau, je m’en vais aux vers, horreur de l’horreur ! Satan, farceur, tu veux me dissoudre, avec tes charmes. Je réclame. Je réclame ! un coup de fourche, une goutte de feu.

Ah ! remonter à la vie ! Jeter les yeux sur nos difformités. Et ce poison, ce baiser mille fois maudit ! Ma faiblesse, la cruauté du monde ! Mon dieu, pitié, cachez-moi, je me tiens trop mal ! – Je suis caché et je ne le suis pas.

C’est le feu qui se relève avec son damné.

Arthur Rimbaud - Nuit de l' enfer

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Coup de coeur... Mehdi Charef...

19 Décembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

J’avais onze ans quand je lui ai appris à écrire son nom en français. Je ne supportais plus de signer moi-même mes bulletins scolaires. Les autres élèves de l’école revenaient avec la signature de leurs parents, moi pas– pourtant, j’avais moi aussi un père et je voulais qu’il existe. Je voulais que des fois, il tienne un stylo dans sa main à la place de ce putain de marteau-piqueur qui pèse trente kilos et qu’il enfonce toute la journée au plus profond de la terre, sur les chantiers.

Mon père reconnaît les lettres de l’alphabet français qui composent son nom. Ému, il fait un pas vers les boîtes, tend le doigt vers l’étiquette blanche où est écrit « Charef ». Je ne dis rien. Je le regarde, l’observe. C’est son nom, qui est aussi devenu le mien: Charef. À quoi pense-t-il ?

Beaucoup d’hommes rêvent de voir leur nom briller en rouge, en larges lettres, encadré de néons multicolores, scintillant, clignotant, en haut d’une affiche, sur un fronton. Mon père, son nom n’est pas plus haut que ses yeux et, déjà, il n’en revient pas.

Il a réussi, mon papa. L’exil qu’il nous a fait subir, les bidonvilles, la sordide cité de transit, il sait que tout ça, on en a souffert. Il s’en sent responsable. C’est sa honte : toutes ces années d’humiliation, de culpabilité l’ont rendu silencieux. Toutes ces années, il n’a jamais eu de quoi être fier, content, et dans ce cas, on ferme sa gueule. Maintenant, il respire, et nous aussi. Son nom est visible, lui le devient pour lui-même, ça lui convient, lui suffit. Il y est arrivé, mon père : sa mission est terminée.

Mehdi Charef - La cité de mon père

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Coup de coeur... Albert Camus...

18 Décembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Albert Camus – Le Mythe de Sisyphe (1/2) - YouTube

Tout au bout de ce long effort mesuré par l'espace sans ciel et le temps sans profondeur, le but est atteint. Sisyphe regarde alors la pierre dévaler en quelques instants vers ce monde inférieur d'où il faudra la remonter vers les sommets. Il redescend dans la plaine.

C'est pendant ce retour, cette pause, que Sisyphe m'intéresse. Un visage qui peine si près des pierres est déjà pierre lui-même. Je vois cet homme redescendre d'un pas lourd mais égal vers le tourment dont il ne connaîtra pas la fin. Cette heure qui est comme une respiration et qui revient aussi sûrement que son malheur, cette heure est celle de la conscience. A chacun de ces instants, où il quitte les sommets et s'enfonce peu à peu vers les tanières des dieux, il est supérieur à son destin. Il est plus fort que son rocher.

Si ce mythe est tragique, c'est que son héros est conscient. Où serait en effet sa peine, si à chaque pas l'espoir de réussir le soutenait ? L'ouvrier d'aujourd'hui travaille, tous les jours de sa vie, aux mêmes tâches et ce destin n'est pas moins absurde. Mais il n'est tragique qu'aux rares moments où il devient conscient. Sisyphe, prolétaire des dieux, impuissant et révolté, connaît toute l'étendue de sa misérable condition : c'est à elle qu'il pense pendant sa descente. La clairvoyance qui devait faire son tourment consomme du même coup sa victoire. Il n'est pas de destin qui ne se surmonte par le mépris.

Si la descente ainsi se fait certains jours dans la douleur, elle peut se faire aussi dans la joie. Ce mot n'est pas de trop. J'imagine encore Sisyphe revenant vers son rocher, et la douleur était au début. Quand les images de la terre tiennent trop fort au souvenir, quand l'appel du bonheur se fait trop pressant, il arrive que la tristesse se lève au cœur de l'homme : c'est la victoire du rocher, c'est le rocher lui-même. Ce sont nos nuits de Gethsémani. Mais les vérités écrasantes périssent d'être reconnues. Ainsi, Œdipe obéit d'abord au destin sans le savoir. A partir du moment où il sait, sa tragédie commence. Mais dans le même instant, aveugle et désespéré, il reconnaît que le seul lien qui le rattache au monde, c'est la main fraîche d'une jeune fille. Une parole démesurée retentit alors : " Malgré tant d'épreuves, mon âge avancé et la grandeur de mon âme me font juger que tout est bien. " L'Œdipe de Sophocle, comme le Kirilov de Dostoïevsky, donne ainsi la formule de la victoire absurde. La sagesse antique rejoint l'héroïsme moderne.

On ne découvre pas l'absurde sans être tenté d'écrire quelque manuel du bonheur. " Eh ! quoi, par des voies si étroites... ? " Mais il n'y a qu'un monde. Le bonheur et l'absurde sont deux fils de la même terre. Ils sont inséparables. L'erreur serait de dire que le bonheur naît forcément de la découverte absurde. Il arrive aussi bien que le sentiment de l'absurde naisse du bonheur. " Je juge que tout est bien ", dit Œdipe, et cette parole est sacrée. Elle retentit dans l'univers farouche et limité de l'homme. Elle enseigne que tout n'est pas, n'a pas été épuisé. Elle chasse de ce monde un dieu qui y était entré avec l'insatisfaction et le goût des douleurs inutiles. Elle fait du destin une affaire d'homme, qui doit être réglée entre les hommes.

Toute la joie silencieuse de Sisyphe est là. Son destin lui appartient. Son rocher est sa chose. De même, l'homme absurde, quand il contemple son tourment, fait taire toutes les idoles. Dans l'univers soudain rendu à son silence, les mille petites voix émerveillées de la terre s'élèvent. Appels inconscients et secrets, invitations de tous les visages, ils sont l'envers nécessaire et le prix de la victoire. Il n'y a pas de soleil sans ombre, et il faut connaître la nuit.

L'homme absurde dit oui et son effort n'aura plus de cesse. S'il y a un destin personnel, il n'y a point de destinée supérieure ou du moins il n'en est qu'une dont il juge qu'elle est fatale et méprisable. Pour le reste, il se sait le maître de ses jours. A cet instant subtil où l'homme se retourne sur sa vie, Sisyphe, revenant vers son rocher, contemple cette suite d'actions sans lien qui devient son destin, créé par lui, uni sous le regard de sa mémoire et bientôt scellé par sa mort. Ainsi, persuadé de l'origine tout humaine de tout ce qui est humain, aveugle qui désire voir et qui sait que la nuit n'a pas de fin, il est toujours en marche. Le rocher roule encore.

Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.

Albert Camus - Le Mythe de Sisyphe

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Sortir... « Marcel Proust, un roman parisien » - Musée Carnavalet/Paris

18 Décembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Art, #Littérature

Le musée Carnavalet – Histoire de Paris commémore le 150e anniversaire de la naissance de Marcel Proust (1871-1922).

Consacrée aux rapports de Marcel Proust à Paris, où se déroule l’essentiel de son existence, l’exposition Marcel Proust, un roman parisien interroge pour la première fois la place de la ville dans le roman proustien.

La première partie de l’exposition explore l’univers parisien de Marcel Proust. Né et mort à Paris, la vie de l’écrivain s’est déroulée au coeur d’un espace fort restreint, un quadrilatère allant du Parc Monceau à la place de la Concorde, de la Concorde à Auteuil, d’Auteuil au Bois de Boulogne et à l’Étoile.

Paris a une dimension décisive dans l’éveil de la vocation littéraire de Marcel Proust, depuis ses premiers textes à la fin des années 1890 avec ses condisciples du Lycée Condorcet, jusqu’à ses débuts dans la haute société parisienne et la rencontre de personnalités déterminantes.

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