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Vivement l'Ecole!

litterature

Coup de coeur... Max Jacob...

17 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Serres chaudes

Sur la margelle du puits
la main se pose, le cadran
solaire marque l'heure.
La main porte un anneau de buis
quelle heure est-il ? J'ai peur.
On a marché dans les feuillages tropicaux
Un vaisseau entre au port
la princesse revient de l'hôpital.
L'ombre dans le jardin couvre la pâleur
du jet d'eau. On a marché dans les feuillages.
Ce sont les troupeaux de brebis
qui reviennent du palais royal.
Sur la margelle du puits
la main n'est plus seule,
l'ombre du saule frémit sur le voilier dans le port.

       _______________________

Aux pèlerins d'Emmaüs

Je ne sais qui était là : c'était l'un de ces bistros où ma jeunesse s'est évanouie. Une table de marbre blanc est l'endroit où la traditionnelle glace atteignait le coin du mur avant de continuer. Je portais un pauvre chapeau rond et ma figure interrogeait l'œil malade du Seigneur (c'était lui ! Il ressemblait plutôt à Saint Jean-Baptiste, mais c'était bien Lui). "Puisque Vous êtes Dieu et que Vous savez tout, dites-moi quand finira cette guerre !" et j'ajoutais ".... et qui sera vainqueur". "Vous le dirais-je pour que vous alliez faire le prophète dans les salons ?" Il se tut. Le soir tombait. Il n'avait pas de boisson sur la table.

Max Jacob - Derniers poèmes en vers et en proses

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Coup de coeur... Lawrence Durell...

15 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Lawrence Durell...

Je ne suis ni heureux ni malheureux : je vis en suspens, comme une plume dans l’amalgame nébuleux de mes souvenirs. J’ai parlé de la vanité de l’art, mais, pour être sincère, j’aurais dû dire aussi les consolations qu’il procure. L’apaisement que me donne ce travail de la tête et du cœur réside en cela que c’est ici seulement, dans le silence du peintre ou de l’écrivain, que la réalité peut être recréée, retrouver son ordre et sa signification véritables et lisibles. Nos actes quotidiens ne sont en réalité que des oripeaux qui recouvrent le vêtement tissé d’or, la signification profonde. C’est dans l’exercice de son art que l’artiste trouve un heureux compromis avec tout ce qui l’a blessé ou vaincu dans la vie quotidienne, par l’imagination, non pour échapper à son destin comme fait l’homme ordinaire, mais pour l’accomplir le plus totalement et le plus adéquatement possible. Autrement pourquoi nous blesserions-nous les uns les autres ? Non, l’apaisement que je cherche, et que je trouverai peut-être, ni les yeux brillants de tendresse de Melissa, ni la noire et ardente prunelle de Justine ne me le donneront jamais. Nous avons tous pris des chemins différents maintenant ; mais ici, dans le premier grand désastre de mon âge mûr, je sens que leur souvenir enrichit et approfondit au-delà de toute mesure les confins de mon art et de ma vie. Par la pensée je les atteins de nouveau, je les prolonge et je les enrichis, comme si je ne pouvais le faire comme elles le méritent que là, là seulement, sur cette table de bois, devant la mer, à l’ombre d’un olivier. Ainsi la saveur de ces pages devra-t-elle quelque chose à leurs modèles vivants, un peu de leur souffle, de leur peau, de l’inflexion de leur voix, et cela se mêlera à la trame ondoyante de la mémoire des hommes. Je veux les faire revivre de telle façon que la douleur se transmue en art… Peut-être est-ce là une tentative vouée à l’échec, je ne sais. Mais je dois essayer.

Lawrence Durell - Justine

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Coup de coeur... Cornelius Castoriadis - « Nous devrions être les jardiniers de cette planète »

14 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

"La société capitaliste est une société qui court à l’abîme, à tous points de vue, car elle ne sait pas s’autolimiter. Et une société vraiment libre, une société autonome, doit savoir s’autolimiter, savoir qu’il y a des choses qu’on ne peut pas faire ou qu’il ne faut même pas essayer de faire ou qu’il ne faut pas désirer.

Nous vivons sur cette planète que nous sommes en train de détruire, et quand je prononce cette phrase je songe aux merveilles, je pense à la mer Egée, je pense aux montagnes enneigées, je pense à la vue du Pacifique depuis un coin d’Australie, je pense à Bali, aux Indes, à la campagne française qu’on est en train de désertifier. Autant de merveilles en voie de démolition. Je pense que nous devrions être les jardiniers de cette planète. Il faudrait la cultiver. La cultiver comme elle est et pour elle-même. Et trouver notre vie, notre place relativement à cela. Voilà une énorme tâche. Et cela pourrait absorber une grande partie des loisirs des gens, libérés d’un travail stupide, productif, répétitif, etc. Or cela est très loin non seulement du système actuel mais de l’imagination dominante actuelle. L’imaginaire de notre époque, c’est celui de l’expansion illimitée, c’est l’accumulation de la camelote — une télé dans chaque chambre, un micro-ordinateur dans chaque chambre —, c’est cela qu’il faut détruire. Le système s’appuie sur cet imaginaire-là.

La liberté, c’est très difficile. Parce qu’il est très facile de se laisser aller. L’homme est un animal paresseux. Il y a une phrase merveilleuse de Thucydide : « Il faut choisir : se reposer ou être libre. » Et Périclès dit aux Athéniens : « Si vous voulez être libres, il faut travailler. » Vous ne pouvez pas vous reposer. Vous ne pouvez pas vous asseoir devant la télé. Vous n’êtes pas libres quand vous êtes devant la télé. Vous croyez être libres en zappant comme un imbécile, vous n’êtes pas libres, c’est une fausse liberté. La liberté, c’est l’activité. Et la liberté, c’est une activité qui en même temps s’autolimite, c’est- à-dire sait qu’elle peut tout faire mais qu’elle ne doit pas tout faire. C’est cela le grand problème de la démocratie et de l’individualisme."

Cornelius Castoriadis

Philosophe, économiste et psychanalyste (1922-1997), créateur de la revue Socialisme ou barbarie et auteur, entre autres, de L’Institution imaginaire de la société (Paris, Seuil, 1975) et de La Montée de l’insignifiance (Seuil, Paris, 1996). Ce texte est extrait d’un entretien, réalisé en novembre 1996, avec Daniel Mermet, producteur de l’émission « Là-bas si j’y suis » sur France Inter et publié dans Le Monde diplomatique d’août 1998

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Coup de coeur... Hugo Lindenberg...

13 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

L’enfant est à contre- jour. On distingue à peine son visage encadré par une chevelure lisse de vrai garçon. D’abord, il n’est que la cordelette de son slip de bain rouge ou bleu, qui s’approche, jambes graciles, pour observer le spectacle immobile dont je jouissais pour moi seul. Puis- je continuer sans crainte l’auscultation de la méduse à l’aide du bâton ? Plusieurs vagues passent, inondant la petite île de chair translucide avant que j’ose tâter de nouveau. Je presse légèrement la peau épaisse, mais ce n’est déjà plus l’essentiel. L’unique chose qui compte est désormais cette présence entre le soleil et moi. Un garçon de mon âge. Je me cramponne au bâton, orteils griffés dans le sable mouillé à la recherche d’un appui, tandis que la vague qui ruisselle sur la vague qui se retire me donne le vertige. « Tu la retournes ? » Nulle trace de défi dans la voix qui m’invite à poursuivre mes investigations. Une familiarité même, que je n’attendais pas. Mais je sais qu’il suffit d’une maladresse de ma part, un geste trop craintif par exemple, pour que cesse ce moment de grâce où rien n’existe entre nous sinon un peu de curiosité et cette masse compacte et urticante qui ressemble à un extraterrestre. Chaque seconde nous rapproche du moment où il faudra dévoiler plus de soi qu’on ne voudrait. Alors sans un mot, profitant de la poussée du ressac, j’exécute la manœuvre : voilà l’animal sens dessus dessous, ses longs filaments offerts à la morsure du soleil et à notre innocente cruauté. Je m’accroupis pour discerner dans les méandres gluants ce qui pourrait être une larme, un œil, un visage. L’enfant aussi s’approche, frôlant mon épaule de ses cheveux mouillés dont une goutte froide se détache et coule lentement le long de mon bras. Trajet affolant de ce don de sel sur ma peau. « On dirait un sac plastique ». Je lève le visage vers celui du garçon qui sourit, qui semble souriant autant que je puisse en juger tant je suis ébloui. Par le fi let de mes yeux plissés, j’aperçois deux grands yeux verts et entre ses lèvres entrouvertes l’espace vide laissé par la chute d’une dent. J’imagine, dans un flash, le cadeau ou la pièce glissés sous l’oreiller épais, le baiser d’une mère, des volets qu’on ouvre sur le chahut d’une famille en vacances. « On la remet à l’eau ? » Les mots sortent plus doux que je ne l’aurais voulu, je trouve ma voix sotte, comme si elle trahissait une vérité qui me paraît soudain tragique et ridicule : je n’ai parlé à personne d’autre qu’à ma grand- mère depuis mon arrivée, autant dire depuis toujours. « À l’eau ? », le corps se déplie en guise de désapprobation. « Et si on la tuait ? »

Hugo Lindenberg - Un jour ce sera vide

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Coup de coeur... Francis Scott Fitzgerald... "Je me tuerais pour vous"

12 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Dans une cuvette des montagnes de Caroline s’étendait le lac, un reflet rose de soir d’été à la surface. Une presqu’île s’avançait, et là, un hôtel en stuc d’inspiration italienne changeait sans cesse de couleur au fur et à mesure que le soleil se couchait. Dans la salle à manger, quatre personnes du monde du cinéma étaient attablées.

« Puisqu’ils sont capables de reproduire Venise ou le Sahara, disait la jeune femme, alors je ne vois pas pourquoi ils ne pourraient pas copier Chimney Rock sans nous envoyer tous dans ce coin perdu de l’Est.

– On va pas mal réinventer le décor, expliqua Roger Clark, le cameraman. On pourrait faire les chutes du Niagara et Yellowstone, si c’était seulement une question de décor. Mais là, le héros de cette histoire, c’est le Rocher.

– On peut même parfois surpasser la réalité, déclara Wilkie Proust, l’assistant réalisateur. Je n’ai jamais été aussi déçu que quand j’ai vu le vrai Versailles en comparant le château à celui qu’avait bâti Conger en 29.

– Mais la règle d’or, pour nous, c’est la vérité, reprit Roger Clark. C’est là où les autres metteurs en scène ratent leur coup. »

La jeune femme, Atlanta Downs, n’écoutait pas. Ses yeux – des yeux où brillait une étrange poussière d’étoile qui se retrouvait sur la pellicule – avaient quitté la table pour se poser sur un homme qui venait d’entrer. Au bout d’une minute, le regard de Roger suivit le sien. Il parut pour le moins surpris.

« Qui est cet énergumène ? demanda-t-il. Je sais que je l’ai déjà vu quelque part. Il a fait la une des journaux à un moment ou à un autre.

– Il ne m’a pas l’air si sensationnel que ça, commenta Atlanta.

– C’est quelqu’un, je te dis. Bon sang, je sais tout de lui sauf que je ne me rappelle pas son nom. Quelqu’un qu’on avait du mal à prendre en photo. Le genre à casser des appareils et tout le bataclan. Pas un scénariste, pas un acteur...

– Imagine-toi un peu un acteur qui casserait le matériel, ironisa Proust.

– Pas un joueur de tennis, pas un mannequin – attendez une seconde, on se rapproche.

– Ce type est en fuite, suggéra Atlanta. C’est ça. Regardez un peu comment il se cache les yeux derrière la main. C’est un criminel. Qui recherche-t-on en ce moment ? Quelqu’un ? »

Schwartz, le technicien, essayait d’aider Roger à se rappeler. Soudain, il s’exclama sans hausser la voix :

« C’est Delannux, tu te souviens ?

– Exact, dit Roger. C’est lui. Le suicide Carley.

– Mais qu’a-t-il fait ? demanda Atlanta. Il s’est suicidé ?

– Absolument. C’est son fantôme que tu vois là.

– Je veux dire, est-ce qu’il a essayé ? »


Les convives s’étaient légèrement penchés les uns vers les autres, bien que l’homme en question fût trop loin pour les entendre. Roger expliqua toute l’affaire.

« Tout l’inverse. C’étaient ses petites amies qui se suicidaient pour lui. Ou qui étaient censées l’avoir fait.

– Pour ce type-là ? Mais il est presque moche.

– C’est probablement des foutaises. Mais une fille est morte dans un accident d’avion, elle a laissé une lettre, et une autre...

– Deux ou trois en fait, l’interrompit Schwartz. C’était une histoire extraordinaire. »

Atlanta réfléchit.

« Je peux à peine imaginer que je tuerais un homme par amour, mais certainement pas de me tuer pour qui que ce soit. »

Après dîner, elle se promena avec Roger Clark dans la galerie marchande au bord du lac, passant devant les petites boutiques qui présentent en vitrine des tapisseries et des objets sculptés par les gens du cru, ainsi que les pierres semi-précieuses des Smokies, jusqu’à parvenir devant la poste tout au bout, et rester là à admirer le lac, les montagnes et le ciel. La scène était magnifique : la masse des bouleaux, pins, épicéas et autres sapins baumiers réfléchissait une lumière sans cesse changeante. Le lac était une femme, les sens en éveil, vibrante d’une belle rougeur en réaction à la masculine splendeur du pic du Blue Ridge. Roger chercha du regard Chimney Rock, à moins d’un kilomètre de distance.

« Demain matin, je vais essayer de prendre une série de photos depuis l’avion. Je vais tourner autour de ce rocher jusqu’à lui donner la nausée. Alors enfile ta robe de pionnière et grimpe là-haut – je pourrais bien par hasard en réussir quelques-unes. »

C’était presque un ordre, parce que Roger dirigeait cette expédition. Proust n’avait de chef que le nom. Roger avait appris le métier à dix-huit ans quand il était photographe aérien en France. Depuis quatre ans, il était le preneur de vues le plus recherché de Hollywood.

Atlanta l’aimait plus que tous les autres hommes de sa connaissance. Et un instant plus tard, quand il lui demanda autre chose de sa voix grave, quelque chose qu’il lui avait déjà demandé auparavant, elle lui répondit par ces simples mots :

« Mais tu ne m’aimes pas assez pour m’épouser.

– Je me fais vieux, Atlanta, rétorqua-t-il.

– Tu n’as que trente-six ans.

– C’est déjà pas mal. On ne pourrait pas y faire quelque chose ?

– Je ne sais pas. J’ai toujours pensé... » Elle lui fit face en pleine lumière. « Tu ne peux pas comprendre, Roger, mais j’ai travaillé tellement dur. Alors que j’avais toujours pensé que je voulais prendre du bon temps d’abord. »

Au bout d’un moment, sans sourire, il répondit :

« C’est la première et unique fois que je t’ai entendue débiter une aussi mauvaise tirade.

– Je suis désolée, Roger. »

Mais déjà, il avait repris son expression joviale habituelle.

« Voici Mr Delannux qui s’approche, l’air fatigué de lui-même. Rejoignons-le et voyons s’il serait prêt à folâtrer avec toi. »

Atlanta recula d’un pas.

« Je n’aime pas les bourreaux des cœurs professionnels. »

Mais comme s’il voulait se venger de sa dernière remarque, Roger interpella celui qui s’approchait pour lui demander du feu. Quelques minutes plus tard, tous trois marchaient le long de la plage pour regagner l’hôtel.

« Je n’arrivais pas à situer votre groupe tout à l’heure, dit Delannux. Vous n’aviez pas exactement l’air de touristes en vacances.

– Nous, on a cru que vous étiez peut-être Dillinger, répondit Atlanta, ou un autre gangster célèbre du moment.

– De fait, je me cache. Vous avez déjà essayé ? C’est affreux. Je commence à comprendre pourquoi les gens finissent par sortir de leur trou pour se rendre.

– Vous avez fait quelque chose de répréhensible ?


– Je ne sais pas et je préfère ne pas le savoir. Je me planque pour éviter un procès, et tant qu’ils ne peuvent pas me remettre ma convocation en main propre, je ne crains rien. Pendant un certain temps, je me suis caché dans un hôpital, mais je me suis rétabli trop vite pour y rester. Maintenant, dites-moi un peu pourquoi vous voulez photographier ce rocher ?

– Rien de plus simple, répondit Roger. Dans le film, Atlanta joue le rôle d’une maman aigle qui ne sait pas où faire son nid...

– Tais-toi, idiot ! » Et à l’adresse de Delannux, elle ajouta : « C’est un film sur les pionniers, sur les guerres contre les Indiens. L’héroïne doit envoyer des signaux depuis ce rocher et ce genre de choses.

– Vous allez rester combien de temps ?

– Cette question me fait penser qu’il faut que je rentre, dit Roger. Je dois réparer un appareil photo cassé. Tu restes, Atlanta ?

– Tu crois vraiment que j’irais me coucher par une nuit pareille à moins d’y être forcée ?

– Rappelle-toi que Proust et toi devez être au sommet de ce rocher à 8 heures, et je ne vous conseille pas de monter d’une traite. »

Elle s’assit avec Delannux sur le bord d’un radeau qu’on avait tiré sur la plage tandis que le coucher de soleil éclatait en d’innombrables pièces de puzzle roses qui se dissolvaient dans le noir, à l’ouest.

« Étrange de voir comme les choses vont vite aujourd’hui, dit Delannux. On a à peine fait connaissance, et déjà on se retrouve assis au bord d’un lac... »

Il ne perd pas de temps, se dit-elle.

Mais son ton détaché la désarma, et elle le regarda de plus près. Pas vraiment extraordinaire, mais il avait de grands et beaux yeux. Le nez un peu tordu, ce qui lui donnait un air amusé d’un côté, et sardonique de l’autre. Mince, il avait de longs bras et les mains robustes.

« ... un lac sans histoire, continua-t-il. Il doit bien avoir une légende.

– Justement, il y en a une, répondit-elle. Une jeune Indienne s’y serait noyée par amour. » Au vu de son expression, elle s’interrompit brutalement : « Mais je ne suis pas douée pour raconter les histoires. Vous avez bien dit que vous vous étiez retrouvé à l’hôpital ?

– Oui. À Asheville. La coqueluche.


– Ça alors !

– Oh, il m’arrive sans arrêt les choses les plus absurdes. »

Il changea de sujet. « Vous vous appelez vraiment Atlanta ?

– Oui, j’y suis née.

Francis Scott Fitzgerald - Je me tuerais pour vous et autres nouvelles

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Coup de coeur... Scholastique Mukasonga... "Un si beau diplôme" ou l'émancipation par l'école...

10 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Maman, pourquoi ne nous as-tu pas appris le kinyarwanda ? Ne sommes-nous pas nous aussi rwandais ? Nous avons honte quand nous allons au Rwanda voir nos cousins et nos cousines. Que pensent-ils de nous ? Que nous méprisons leur langue ? " A cette époque, j'avais peur pour mes enfants. La langue est une identité, et cette identité , on me l'avait niée. Elle était devenue une menace de mort. Je voulais leur épargner cette menace, qui semblait planer sur eux comme elle planait sur moi.

(...)

Les malheurs du pauvre Edmond Dantès me fascinaient. Reviendrais-je comme lui au pays ? Mais faudrait-il comme lui, devenu comte de Monte-Cristo, exercer vengeance ? Ces questions me dépassaient mais, en attendant, l'école d'assistantes sociales devenait mon château d'If et il ne me restait plus qu'à trouver un abbé Faria et son trésor. Comment aurais-je deviner que mon trésor serait de pouvoir écrire ?

Scholastique Mukasonga - Un si beau diplôme

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Alain-Fournier et Modigliani, ou l’art de peindre l’enfance désenchantée de l’après-guerre...

10 Août 2020 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Littérature, #Art

Collection Musée de l'Orangerie

Collection Musée de l'Orangerie

EXTRAIT

« Quelle idée de faire l’homme à dix-sept ans ! 

L’impossibilité de concilier le monde de l’enfance et celui de l’âge adulte, tel est le ressort du Grand Meaulnes publié en 1913. A 19 ans, en 1905, Alain-Fournier rencontrait celle qui, sous le nom d’Yvonne de Galais, serait l’héroïne de son roman le plus célèbre. Le roman raconte la sortie de l’enfance. À moins que ce ne soit son rêve continué, ou encore le drame de l’adolescence : « Quelqu’un est venu qui m’a enlevé à tous ces plaisirs d’enfant paisible. » – confesse le narrateur.

Alain-Fournier : dépeindre le passage

Ce quelqu’un, Augustin que tout le monde appellera « le Grand Meaulnes » était âgé de 17 ans, et le narrateur le compare à l’« adolescent anglais », Robinson Crusoé, « avant son grand départ ». Le « pays mystérieux » qui attend le voyageur au sortir de l’enfance est préfiguré par un rêve –« une vision plutôt, qu’il avait eue tout enfant », corrige le texte. Celle d’une jeune fille de dos qui cousait près d’une fenêtre « dans une longue pièce verte, aux tentures pareilles à des feuillages ».

Dans la « fête étrange » qui se déroule dans le « mystérieux domaine » de Sologne, il y a très peu de vieilles personnes : « Quant aux autres, c’étaient des adolescents et des enfants… » Et ils avaient le droit de faire tout ce qu’ils voulaient pendant les noces en costumes du temps jadis, de 1830. La conversation – le mot est répété quatre fois à des moments essentiels dans le roman – d’emblée profonde et amoureuse qu’il a avec Yvonne dès la première journée est rejetée par celle-ci comme une folie d’enfance : « Nous sommes deux enfants ; nous avons fait une folie ». La sortie de l’enfance est appelée dans la deuxième partie « Le grand Jeu ». En revanche, le départ du Grand Meaulnes pour Paris donne au narrateur cette impression : « mon adolescence venait de s’en aller pour toujours. »

(...)

Thierry Dufrêne, Enseignant-chercheur en histoire de l'art, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumière

Et la suite est à lire en cliquant ci-dessous

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Coup de coeur... Milena Agus...

9 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

D'après maman en effet, dans une famille, le désordre doit s'emparer de quelqu'un parce que la vie est ainsi faite, un équilibre entre les deux, sinon le monde se sclérose et s'arrête. Si nos nuits sont sans cauchemars, si le mariage de papa et maman a toujours été sans nuages, si j'épouse mon premier amour, si nous ne connaissons pas d'accès de panique et ne tentons pas de nous suicider, de nous jeter dans une benne à ordures ou de nous mutiler, c'est grâce à grand-mère qui a payé pour nous tous. Dans chaque famille, il y a toujours quelqu'un qui paie son tribut pour que l'équilibre entre ordre et désordre soit respecté et que le monde ne s'arrête pas.

Milena Agus - Mal de pierres

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Coup de coeur... Albert Cohen...

8 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Albert Cohen...

Volontaire bannie comme moi, et elle ne savait pas que derrière les rideaux je la regardais. Alors, écoutez, elle s’est approchée de la glace du petit salon, car elle a la manie des glaces comme moi, manie des tristes et des solitaires, et alors, seule et ne se sachant pas vue, elle s’est approchée de la glace et elle a baisé ses lèvres sur la glace. Ô ma sœur folle, aussitôt aimée, aussitôt aimée par ce baiser à elle-même donné. Ô élancée, ô ses longs cils recourbés dans la glace, et mon âme s’est accrochée à ses longs cils recourbés. Un battement de paupières, le temps d’un baiser sur une glace, et c’était elle, elle à jamais. Dites-moi fou mais croyez-moi. Voilà, et lorsqu’elle est retournée dans la grande salle, je ne me suis pas approché d’elle, je ne lui ai pas parlé, je n’ai pas voulu la traiter comme les autres.

Albert Cohen - Belle du Seigneur

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Coup de coeur... John Brunner - Le troupeau aveugle

7 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... John Brunner - Le troupeau aveugle
Ouvrant la porte au médecin, prête à s'excuser d'avoir les mains enfarinées - elle était en train de faire son pain - Mrs. Byrne fronça les narines. De la fumée ! Et si elle la sentait avec le rhume de cerveau qu'elle avait, il fallait que ce soit un gigantesque incendie !
" Il faudrait prévenir les pompiers ! " s'exclama-t-elle. " Est-ce que c'est une meule de foin ? "
" Les pompiers auraient du chemin à faire ", lui dit le médecin gravement. " Ça vient de l'autre côté de l'Atlantique. Le vent souffle fort, aujourd'hui ".
(...)
... et bienvenue à notre nouvelle émission du vendredi, où contrairement à nos habitudes nous couvrirons la planète entière ! Un peu plus tard, nous nous rendrons au Honduras, où nous aurons l’occasion de procéder à plusieurs interviews sur les lieux mêmes des combats, puis à Londres par satellite pour recueillir des opinions de personnalités concernant les émeutes déclenchées par le ravitaillement des cinq millions de chômeurs britanniques, et enfin à Stockholm, où nous parlerons en personne au secrétaire nouvellement nommé de l’« Association de Défense de la Baltique », pour essayer de voir ce qui a été fait récemment pour sauver une mer menacée. Mais pour le moment, nous avons à parler d’une triste histoire, l’enlèvement du petit Hector Bamberley, âgé de quinze ans. En ce moment dans nos studios de San Francisco…
John Brunner - Le troupeau aveugle
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