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Vivement l'Ecole!

Articles avec #litterature tag

Coup de coeur... Baudelaire... De l'essence du rire...

17 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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L’esprit le moins accoutumé à ces subtilités esthétiques saurait bien vite m’opposer cette objection insidieuse : le rire est divers. On ne se réjouit pas toujours d’un malheur, d’une faiblesse, d’une infériorité. Bien des spectacles qui excitent en nous le rire sont fort innocents, et non seulement les amusements de l’enfance, mais encore bien des choses qui servent au divertissement des artistes, n’ont rien à démêler avec l’esprit de Satan. Il y a bien là quelque apparence de vérité. Mais il faut d’abord bien distinguer la joie d’avec le rire. La joie existe par elle-même, mais elle a des manifestations diverses. Quelquefois elle est presque invisible ; d’autres fois, elle s’exprime par les pleurs. Le rire n’est qu’une expression, un symptôme, un diagnostic. Symptôme de quoi ? Voilà la question. La joie est une. Le rire est l’expression d’un sentiment double, ou contradictoire ; et c’est pour cela qu’il y a convulsion. Aussi le rire des enfants, qu’on voudrait en vain m’objecter, est-il tout à fait différent, même comme expression physique, comme forme, du rire de l’homme qui assiste à une comédie, regarde une caricature, ou du rire terrible de Melmoth ; de Melmoth, l’être déclassé, l’individu situé entre les dernières limites de la patrie humaine et les frontières de la vie supérieure ; de Melmoth se croyant toujours près de se débarrasser de son pacte infernal, espérant sans cesse troquer ce pouvoir surhumain, qui fait son malheur, contre la conscience pure d’un ignorant qui lui fait envie. – Le rire des enfants est comme un épanouissement de fleur. C’est la joie de recevoir, la joie de respirer, la joie de s’ouvrir, la joie de contempler, de vivre, de grandir. C’est une joie de plante. Aussi, généralement, est-ce plutôt le sourire, quelque chose d’analogue au balancement de queue des chiens ou au ronron des chats.

Et pourtant, remarquez bien que si le rire des enfants diffère encore des expressions du contentement animal, c’est que ce rire n’est pas tout à fait exempt d’ambition, ainsi qu’il convient à des bouts d’hommes, c’est-à-dire à des Satans en herbe. Il y a un cas où la question est plus compliquée. C’est le rire de l’homme, mais rire vrai, rire violent, à l’aspect d’objets qui ne sont pas un signe de faiblesse ou de malheur chez ses semblables. Il est facile de deviner que je veux parler du rire causé par le grotesque. Les créations fabuleuses, les êtres dont la raison, la légitimation ne peut pas être tirée du code du sens commun, excitent souvent en nous une hilarité folle, excessive, et qui se traduit en des déchirements et des pâmoisons interminables. Il est évident qu’il faut distinguer, et qu’il y a là un degré de plus. Le comique est, au point de vue artistique, une imitation ; le grotesque, une création. Le comique est une imitation mêlée d’une certaine faculté créatrice, c’est-à-dire d’une idéalité artistique. Or, l’orgueil humain, qui prend toujours le dessus, et qui est la cause naturelle du rire dans le cas du comique, devient aussi cause naturelle du rire dans le cas du grotesque, qui est une création mêlée d’une certaine faculté imitatrice d’éléments préexistants dans la nature. Je veux dire que dans ce cas-là le rire est l’expression de l’idée de supériorité, non plus de l’homme sur l’homme, mais de l’homme sur la nature. Il ne faut pas trouver cette idée trop subtile ; ce ne serait pas une raison suffisante pour la repousser. Il s’agit de trouver une autre explication plausible. Si celle-ci paraît tirée de loin et quelque peu difficile à admettre, c’est que le rire causé par le grotesque a en soi quelque chose de profond, d’axiomatique et de primitif qui se rapproche beaucoup plus de la vie innocente et de la joie absolue que le rire causé par le comique de moeurs. Il y a entre ces deux rires, abstraction faite de la question d’utilité, la même différence qu’entre l’école littéraire intéressée et l’école de l’art pour l’art. Ainsi le grotesque domine le comique d’une hauteur proportionnelle.

J’appellerai désormais le grotesque comique absolu, comme antithèse au comique ordinaire, que j’appellerai comique significatif. Le comique significatif est un langage plus clair, plus facile à comprendre pour le vulgaire, et surtout plus facile à analyser, son élément étant visiblement double : l’art et l’idée morale ; mais le comique absolu, se rapprochant beaucoup plus de la nature, se présente sous une espèce une, et qui veut être saisie par intuition. Il n’y a qu’une vérification du grotesque, c’est le rire, et le rire subit ; en face du comique significatif, il n’est pas défendu de rire après coup ; cela n’arguë pas contre sa valeur ; c’est une question de rapidité d’analyse. J’ai dit : comique absolu ; il faut toutefois prendre garde. Au point de vue de l’absolu définitif, il n’y a plus que la joie. Le comique ne peut être absolu que relativement à l’humanité déchue, et c’est ainsi que je l’entends.

Baudelaire, De l'essence du rire et généralement du comique dans les arts plastiques

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Coup de coeur... Henri Barbusse...

16 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Ce ne sont pas des soldats, ce sont des hommes. Ce ne sont pas des aventuriers, des guerriers, faits pour la boucherie humaine - bouchers ou bétail. Ce sont des laboureurs et des ouvriers qu'on reconnaît dans leurs uniformes. Ce sont des civils déracinés. Ils sont prêts. Ils attendent le signal de la mort et du meurtre ; mais on voit, en contemplant leurs figures entre les rayons verticaux des baïonnettes, que ce sont simplement des hommes.

Chacun sait qu'il va apporter sa tête, sa poitrine, son ventre, son corps tout entier, tout nu, aux fusils braqués d'avance, aux obus, aux grenades accumulées et prêtes, et surtout à la méthodique et presque infaillible mitrailleuse - à tout ce qui attend et se tait effroyablement là-bas - avant de trouver les autres soldats qu'il faudra tuer. Ils ne sont pas insouciants de leur vie comme des bandits, aveuglés de colère comme des sauvages. Malgré la propagande dont on les travaille, ils ne sont pas excités. Ils sont au-dessus de tout emportement instinctif. Ils ne sont pas ivres, ni matériellement ni moralement. C'est en pleine conscience, comme en plein forme et en pleine santé, qu'ils ne massent là, pour se jeter une fois de plus dans cet espèce de rôle de fou imposé à tout homme par la folie du genre humain.

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Coup de coeur... Claro...

15 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Au commencement était l’accident. Il le sait, l’a toujours su, et ce depuis sa naissance dans les entrailles d’une clinique d’abattage où à toute heure du jour et de la nuit, sous des traînées de néons, les ventres béaient et se contractaient au rythme du sang pulsé, les matrices saturant l’air d’ondes et de cris qu’aussitôt recrachés les avortons aspiraient goulûment, leurs yeux d’agoutis brûlés par l’incandescence des lampes, avant d’être secoués, rincés, palpés, intubés pour certains, cajolés pour d’autres, carambolés de salle en salle dans l’urgence de leur salvation ou bien chrysalidés dans du linge empestant le dakin, la scène se répétant inexorablement tandis qu’au-dehors, là où vivre était devenu coutume et châtiment, hurlaient les sirènes, celles des ambulances piaffant au seuil des urgences, et celles de la ville célébrant une fois par mois la possibilité du chaos.

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Coup de coeur... Pierre Adrian...

14 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Pierre Adrian...

Battu par le vent, le scapulaire de Pierre fouette sur son habit. On dirait une mouette prête à s’envoler. Au sommet du col d’Osquich, en Pays basque, on est encore bien loin de l’Océan. De mouettes il n’y a pas. Ce sont bien les vautours et leur brun rouille que nous apercevons aussitôt en grimpant par la route en pierre blanche, criblée de nids-de-poule. On croit à une rangée de statues, impassibles, les serres agrippées à leur socle. Le bec alarmant. Ils rôdent en meute. Dans le vide qui nous entoure, au milieu de cette terre chauve, ce trop-plein de ciel, les vautours se lèvent d’un coup. Ces rochers s’évadent sans un murmure, d’un vol lourd qui frôle d’abord la terre, puis fonce vers le lointain grisâtre. Ils vont traîner leur rapacité ailleurs.

La marche est usante pour atteindre le crâne du col d’Osquich et la chapelle Saint-Antoine. Le vent se lâche. Les bourrasques mordent la peau, fouaillent le visage d’une pluie mauvaise. Nous sommes en Soule, la plus discrète des provinces du Pays basque, cernée par les deux Navarre. Pierre est né en Béarn, un peu plus loin. Mais il veut me montrer ce pays aux balcons et volets rouges, purpurins. Les routes qui réclament l’Atlantique, la pierre de grès rose. Depuis une semaine, c’est la première fois que je quitte la vallée. Et naît déjà une impression de manque. Quelques jours, à peine, suffisent pour nouer en moi une intimité avec le relief. Partir, c’est interrompre ce dialogue. Je crois que le regard, habitué à de tels éléments – premières pentes, estives, sommets et neiges éternelles –, crée une dépendance. Ainsi en est-il aussi des vies insulaires ou côtières. On se sépare de la mer avec déchirement. On n’accepte plus l’horizon d’une plaine. Ici, comme un enfant quitte, maladroit, les jupes de sa mère, je perds un abri. Une idée des hauteurs. Je laisse un toit. Hors de la vallée, le ciel est trop vaste. Je manque de repères. Il n’y a plus ces colosses qu’on retrouve au matin, l’anormalité des flancs contre lesquels on se cache. D’un seul coup, la vie paraît bien fade, plate. Vers où lever les yeux ?

Pourtant la Soule reste pyrénéenne, et depuis le col d’Osquich on domine un paysage bistré, en dépression. Un amas de sargasses rousses et mouillées qui court vers la chaîne. « On a le pic d’Anie à portée de main », fait remarquer Pierre en tendant le bras.

La chapelle Saint-Antoine s’allonge en haut du col. Une plaque blanc lunaire comme un objectif deviné à la longue-vue au pied de la montée. De loin, j’ai cru que le clocher avait été foudroyé, se profilant comme du fil de fer tortueux. Mais c’est un clocher à trois pointes, dit trinitaire, qui prolonge la façade de la chapelle. Arrivé au faîte du col, la respiration coupée, Pierre me raconte : « Mes parents étaient instituteurs. Ils se sont mariés en 1925. À l’époque, ils devaient passer par le nord de la France, car la région était déficitaire en instits. Après, ils sont rentrés ici. En 1930, ils n’avaient pas d’enfants. Alors ils sont venus tous les deux en pèlerinage jusqu’ici, à la chapelle Saint-Antoine. Neuf mois plus tard, ma grande sœur est née. En fait, ils n’ont jamais su compter les périodes de fécondité et de stérilité. Ils ne comprenaient pas... Mais je pense que la foi les a tout de même aidés. »

Chez Pierre, la religion n’avait donc rien d’étranger. Elle était une des grandes questions familiales. Et là où certains s’éloignent de Dieu à cause de la famille, lui s’en est approché.

« Je me souviens, quand j’avais dix ans, un jour où nous étions tous aux champs, papa nous appelle et nous montre une fourmilière. Il dit : “Avant de la renverser, je vais vous faire voir les merveilles de la Création.” Pour lui, c’était un moyen de nous parler de Dieu. J’ai gardé ce souvenir-là en tête. Et je voyais papa faire sa prière tous les soirs, embrasser la statue de la Vierge. Il était le seul instituteur croyant du pays. Et avant le concile Vatican II, les curés voyaient déjà les églises se vider à cause du latin. »

Pierre interrompt sa marche.

« D’ailleurs, je me souviens des pleurs de mes parents au retour de leur première messe en français. Ils disaient : “Comment l’Église a-t-elle pu nous priver pendant tant d’années de cette joie ?...” Enfin le prêtre ne leur tournait plus le dos pendant l’office. Ils comprenaient chaque mot, et on disait la consécration devant eux. Pour eux. Mes parents étaient bouleversés.

– À quel moment se sent-on appelé à devenir prêtre ? Je ne sais pas... J’imagine qu’il faut une grâce, comme une révélation soudaine. Est-ce qu’on choisit vraiment ?

– Il y a un moment qui a poussé ma décision, bien sûr. C’était en 1954. Nous avons enterré le curé du village. Je me souviens, j’avais douze ans. Je voulais mieux aimer Jésus. Et ça ne m’a plus quitté. Je suis entré au séminaire à dix-huit ans, ce qui était assez tardif à l’époque. On entrait au petit séminaire à douze. J’y ai vécu des années de bonheur indicible, d’illumination. Le séminaire ressemblait à un monastère, avec son silence, sa vie de contemplation. J’ai surtout appris à reconnaître l’intelligence du cœur. »

Moi, j’imagine volontiers qu’il faudrait avoir tout vécu avant de connaître la vocation de Pierre. Mais la vocation, justement, est un appel qui ne surgit jamais quand on est prêt. Pierre n’a pas tout vécu. Au contraire. L’homme a trop de vices pour qu’un prêtre les connaisse tous. Il y a certains de mes faux pas auxquels Pierre ne saura jamais répondre. Il garde en lui cette innocence qu’on travestit trop souvent en naïveté. Elle m’éloigne de lui. C’est pourtant un luxe d’être passé à côté de certaines choses. La connaissance vaut aussi par l’expérience des actes manqués. Il faut avoir toute sa vie ignoré certaines faiblesses pour approcher la pureté. Mais je suis bien décidé à fouiller davantage, à ne pas lâcher Pierre en route. Je veux comprendre. Dans le monde du soi, pourquoi se met-on, justement, à vivre pour autre chose que pour soi ? Pour un Autre qu’on ne voit pas ? Je veux comprendre, car, moi aussi, j’ai cherché. Si Dieu existe, pourquoi ne se révèle-t-Il pas aussi à ceux qui Le guettent ? Quelle iniquité... J’ai cherché, mais je ne L’ai pas trouvé. Alors, ils doivent dire, ceux qui savent, et devinent cette présence à leurs côtés. Où L’ont-ils rencontré ? Ils ne connaissent pas leur chance.

Autour de nous, le pays s’affole dans les coups de vent. La pluie qui éclaboussait par saccades tombe dru. Et les murs fiévreux de la chapelle dégoulinent. Ils suent.

Pierre poursuit :
« Le cérébral est l’ennemi du cœur. Tu ne viendras pas à la foi par l’intelligence. Par les livres, la philosophie, la théologie. Je crois que l’intellectuel ne voit que la pointe émergée de l’iceberg. Alors qu’avec le cœur, je dépasse mes schémas. Les murs tombent, un à un, par pans entiers.

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Coup de coeur... Alain Rémond...

13 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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"On ne trie pas ses souvenirs comme on trie ses papiers. On ne fait pas le ménage dans son passé comme on le fait dans son grenier.
Un jour, on se dit que ça ne peut plus durer, qu'on ne va pas se laisser envahir par tous ces vieux cahiers, ces vieux dossiers. Alors on commence à trier, à jeter. Et puis on tombe sur une lettre, qu'on n'avait pas relue depuis des années. Sur des vieilles photos. On se retrouve transporté des années en arrière, on est submergé d'images, d'émotions.
Avec les souvenirs, on ne sait pas comment faire. On ne peut ni trier ni jeter. Ce sont eux qui décident, s'en vont, reviennent, transpercent le cœur ou font pleurer de bonheur."

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Coup de coeur... Jacques Prévert et l'école...

12 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Le cancre

Il dit non avec la tête
Mais il dit oui avec le coeur
Il dit oui à ce qu'il aime
Il dit non au professeur
Il est debout
On le questionne
Et tous les problèmes sont posés
Soudain le fou rire le prend
Et il efface tout
Les chiffres et les mots
Les dates et les noms
Les phrases et les pièges
Et malgré les menaces du maître
Sous les huées des enfants prodiges
Avec des craies de toutes les couleurs
Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur.

Jacques Prévert ("Paroles")

Page d’écriture

Deux et deux quatre
Quatre et quatre huit
Huit et huit font seize
Répétez! dit le maitre
Deux et deux quatre
Quatre et quatre huit
Huit et huit font seize
Mais voilà l’oiseau lyre
Qui passe dans le ciel
L’enfant le voit
L’enfant l’entend
L’enfant l’appelle:
Sauve-moi
Joue avec moi
Oiseau!
Alors l’oiseau descend
Et joue avec l’enfant
Deux et deux quatre...
Répétez! dit le maitre
Et l’enfant joue
L’oiseau joue avec lui...
Quatre et quatre huit
Huit et huit font seize
Et seize et seize qu’est-ce qu’ils font?
Ils ne font rien seize et seize
Et surtout pas trente-deux
De toute façon
Et ils s’en vont.
Et l’enfant a caché l’oiseau
Dans son pupitre
Et tous les enfants
entendent sa chanson
et tous les enfants
entendent sa musique
et huit et huit à leur tour s’en vont
et quatre et quatre et deux et deux
à leur tour fichent le camp
et un et un ne font ni une ni deux
un et un s’en vont également.
Et l’oiseau lyre joue
Et l’enfant chante
Et le professeur crie:
Quand vous aurez fini de faire le pitre!
Mais tous les autres enfants écoutent la musique
Et les murs de la classe
S’écroulent tranquillement.
Et les vitres redeviennent sable
L’encre redevient eau
Les pupitres redeviennent arbres
La craie redevient falaise
Le porte-plume redevient oiseau.


Jacques Prévert ("Paroles")

En sortant de l'école

En sortant de l'école
nous avons rencontré
un grand chemin de fer
qui nous a emmenés
tout autour de la terre
dans un wagon doré

Tout autour de la terre
nous avons rencontré
la mer qui se promenait
avec tous ses coquillages
ses îles parfumées
et puis ses beaux naufrages
et ses saumons fumés

Au-dessus de la mer
nous avons rencontré
la lune et les étoiles
sur un bateau à voiles
partant pour le Japon
et les trois mousquetaires
des cinq doigts de la main
tournant ma manivelle
d'un petit sous-marin
plongeant au fond des mers
pour chercher des oursins

Revenant sur la terre
nous avons rencontré
sur la voie de chemin de fer
une maison qui fuyait
fuyait tout autour de la Terre
fuyait tout autour de la mer
fuyait devant l'hiver
qui voulait l'attraper

Mais nous sur notre chemin de fer
on s'est mis à rouler
rouler derrière l'hiver
et on l'a écrasé
et la maison s'est arrêtée
et le printemps nous a salués

C'était lui le garde-barrière
et il nous a bien remerciés
et toutes les fleurs de toute la terre
soudain se sont mises à pousser
pousser à tort et à travers
sur la voie du chemin de fer
qui ne voulait plus avancer
de peur de les abîmer

Alors on est revenu à pied
à pied tout autour de la terre
à pied tout autour de la mer
tout autour du soleil
de la lune et des étoiles
A pied à cheval en voiture
et en bateau à voiles.

Jacques Prévert ("Paroles")

L'école des beaux-arts

Dans une boîte de paille tressée
Le père choisit une petite boule de papier
Et il la jette
Dans la cuvette
Devant ses enfants intrigués
Surgit alors
Multicolore
La grande fleur japonaise
Le nénuphar instantané
Et les enfants se taisent
Émerveillés
Jamais plus tard dans leur souvenir
Cette fleur ne pourra se faner
Cette fleur subite
Faite pour eux
A la minute
Devant eux.

Textes  poétiques

Jacques Prévert

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Coup de coeur... Pierre Reverdy...

11 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Les rideaux déchirés se balancent

C'est le vent qui joue

Il court sur la main entre par la fenêtre

Ressort et s'en va mourir n'importe où

Le vent lugubre et fort emporte tout

Les paroles montaient suivant le tourbillon

Mais eux restaient sans voix

Amants désespérés de ne pas se revoir

En laissant partir leur prière

Chacun de son côté ils s'en allèrent

Et le vent

Le vent qui les sépare

Leur permet de s'entendre

La maison vide pleure

Ses cheminées hurlent dans les couloirs

L'ennui de ceux qui sont partis

Pour ne plus se revoir

Les cheminées des maisons sans âme

Pleurent les soirs d'hiver

Eux s'en vont bien plus loin

Le soir tarde à descendre

Les murs sont las d'attendre

Et la maison s'endort

Vide au milieu du vent

Là-haut un bruit de pas trotte de temps en temps

Pierre Reverdy, La Lucarne ovale, 1916.

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Coup de coeur... Gaspard Koenig...

10 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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David regardait autour de lui, étonné par tant de charme. La route roumaine est un arc-en-ciel, avec ses maisons aux couleurs éclatantes dispersées au bord de la route : des palais miniatures en bois peint, ouvragés comme de la dentelle, surchargés de motifs sculptés et couverts de fleurs en pots. On y reconnaît des formes ottomanes, allongées et pointues, finement torsadées. Même les toits en zinc se finissent, à chaque extrémité, par des pointes de yatagan. Sous le traditionnel balcon couvert, les fenêtres restent dans l’ombre, protégées des regards. En revanche, au milieu du toit, deux yeux en amande, minuscules ouvertures découpées en demi-cercle, vous observent discrètement. Les maisons roumaines sont des chalets suisses transportés au royaume du croissant.

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Coup de coeur... Abdellah Taïa...

8 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Je m'appelle Jallal.
Dès notre installation à Hay Salam, ma mère Slima a acheté un poste de télévision. En couleur. C'était rare à l'époque, au milieu des années 80.
Elle faisait son travail. Des hommes. Encore des hommes. Des Blancs. Parfois, mais rarement, des Noirs. Elle avait beaucoup de succès.
Après l'école, dans ma chambre bleue, je regardais la télévision.
Dans sa chambre verte, ma mère bossait dur. Je ne m'ennuyais jamais.
Je faisais le ménage et la cuisine. Ma mère s'occupait du reste.
Les années à Hay Salam, c'était l'âge où tout allait être redéfini. Mon rôle. Le sien. Ce qu'on allait faire à deux, séparés, communiquant à travers le mur qui liait ma chambre à la sienne.
Je ne réveillais jamais ma mère quand elle dormait. Son corps avait un autre rythme que le mien. Vivait d'autres expériences.
Je savais tout.
Je posais parfois une question.
« C'est comme ça, mon fils. Je suis née pour cela. Vivre nue. Ne pas avoir peur d'être nue pour les autres. Je
n'ai pas honte. »
Je ne comprenais pas toujours.
Je regardais la télévision. C'est d'elle que j'ai appris à mieux distinguer les choses, les fils entre les gens. Le mal. Le bien. Les masques.
Les langues. Les illusions"

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Coup de coeur... Jérôme Peignot...

7 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Accents
« Les accents ne sont-ils pas comme des adieux, les dernières notations musicales de notre alphabet déchiré? C’est par eux, par ces touches sonores qui se posent sur les lignes que nos livres relèvent encore de la musique. Ne serait-ce que par le truchement de ses accents, une écriture bouge, papillonne, bourdonne. Ce tintamarre est celui de l’esprit. L’écriture bourdonne et la page est musicale. Et la ponctuation? Qu’est-elle d’autre, sinon la mise en musique des pages? Toute la littérature se réduit à une affaire de ponctuation. Le point et virgule est la pierre d’achoppement de toutes les plumes. »

Art & écriture
« C’est la pensée qui a donné naissance aux signes et non pas le contraire. C’est aussi, ce qui lui a valu d’être habitée par la main de ceux qui l’ont enrichie de leur sensibilité; enrichie, non seulement en gonflant ses courbes de vie, mais aussi en la nourrissant de l’intérieur. Ainsi peut-on affirmer qu’un lien existe entre le tempérament artistique d’un peuple et son écriture. Elle en est comme la vibration la plus intime. »

Besoin de communication
« On écrit, comme d’ailleurs on lit, par besoin de communiquer. »

Calligraphie
« La présence vivifiante de la main dans le graphisme de la lettre reste le seul moyen de la réveiller de son sommeil séculaire. Seul, le geste de l’écriture permet de rendre aux signes alphabétiques une certaine chaleur humaine, à l’instar de la voix dans l’audition. », Rémy Peignot cité par son frère

Compréhension du monde
« En dépit de ce qui vient d’être dit, loin d’être une analyse phonétique du langage, une écriture est le symbole de la réalité qu’elle entend représenter. Avant d’être une prise de possession du verbe, elle est une prise de possession du monde. Les premières écritures n’ont pas eu seulement pour ambition de traduire des sons, mais de brasser le monde pour le restituer. »

Cursives
« Les cursives sont des fatalités. Elles sont à la typographie ce que l’argot est à une langue. Chancre des alphabets, c’est finalement grâce à elles qu’elles s’enrichissent. »

Humanité
« L’humanité ne serait pas ce qu’elle est si les hommes n’avaient écrit, n’écrivaient pas. L’écriture est la vraie conscience de l’humanité. »

Humanité (bis)
« A travers l’histoire des lettres c’est, finalement, de celle de l’humanité que l’on traite. »

Invasion de la typographie
« L’accumulation, la superposition des formes graphiques auxquelles nous assistons aujourd’hui sont loin d’être sans intérêt. Le Pop en est la preuve qui est comme une réponse donnée par les artistes à l’obsession, à l’agression typographique, même, dont nous sommes les objets. L’utilisation dans l’art de ce qui, apparemment, était le moins utilisable comme, par Lichtenstein par exemple, des trames mécaniques, nous apporte la preuve que l’invasion de la typographie peut être, sinon arrêtée, du moins dominée. »

Lire
« On n’y songe jamais assez: lire est un prodige. Enfin abandonné à cette invite à laquelle nous nous refusions comme, toujours, aux plus grands des transports; de nos yeux qui dévorent les lignes, nous sommes comme un souffle: nous attisons la fournaise des mots. Lire, c’est aussi avancer, basculer d’un mot dans l’autre, bouler sur les lignes, faire la roue. Lire vous gonfle d’une stupeur maîtrisée, du vertige de se retrouver au bout de soi, sauvé. Lire, c’est étouffer, demander grâce, une trêve parce que c’est trop beau. »

Lois du plomb
« Une trop grande liberté obscurcit le ciel typographique. Dès lors que les lois du plomb ne pèsent plus sur les lettres, celles d’entre elles aux hampes et aux hastes accusées ne vont-elles pas gagner l’espace typographique, l’envahir comme une gangrène? »

Naissance
« Écrire c’est naître. »

Nouvelle signification
« Tapé, un poème n’est pas loin de devenir un tableau, un Mondrian qui ne s’avoue pas. »

Mise en page
« Digne de ce nom, un écrivain n’est pas non plus homme à badiner avec les questions de mise en page. Le moment le plus secret, le moins conscient de la création littéraire est donc, non seulement une mise en mots mais, aussi, une véritable mise en page, laquelle fait déjà partie intégrante du mouvement créateur et, déjà, promet le texte à peine né à tout destin typographique qui se confondra avec son avenir. »

Mise en page (bis)
« N’empêche, bien que cela soit paradoxal, pour un lecteur, le chemin le plus court qui le sépare d’un auteur est tout de même celui de l’abstraction. Ainsi ne restera-t-il plus à un auteur qu’à choisir le caractère grâce auquel il sera imprimé. En optant pour un caractère plus que pour un autre, un auteur réduit au minimum le risque qu’il encourt de ne pas être déchiffré. Sans doute, alors, un intermédiaire de plus le séparera-t-il de son lecteur. S’il choisit bien son caractère, la contrepartie de cet inconvénient est que, dans son allure matérielle, son propos y gagnera considérablement en lisibilité. La plus belle des écritures ne vaudra jamais le plus beau des bas de casse dont, sournois, le travail sur nos esprits est indéniablement plus efficace. »

Secrets
« Les caractères ne révèlent leurs secrets et partant, leurs beautés qu’à ceux qui les regardent attentivement. »

Son dernier livre

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