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Vivement l'Ecole!

litterature

Coup de coeur... Yasushi Inoué...

6 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Yasushi Inoué...

« Il va me tirer dessus ? » me demandai-je. Bien sûr, le fusil n’était pas chargé, mais il m’intéressait de voir si tu voulais me tuer. Je pris un air indifférent et fermai les yeux.

« Vise t-il mon épaule, mon dos, ou ma nuque ? » pensai-je.

J’attendis impatiemment d’entendre le claquement sec de la gâchette dans la quiétude de la pièce, mais il ne retentit jamais. Si je l’avais entendu, je serais tombé raide, car j’avais envisagé d’agir ainsi si j’avais été la cible chérie de celui qui avait été toute ma vie pendant des années…

A la longue, la patience m’abandonna, et précautionneusement, j’ouvris les yeux afin de te regarder en train de me viser. Je restai ainsi un certain temps. Mais, tout à coup, cette comédie me parut ridicule, et je fis un mouvement. Et quand mon regard se porta vers toi, tu détournas vivement de moi le canon du fusil. Tu te mis à viser les roses alpestres que tu avais rapportés du mont Amagi et qui avaient fleuri cette année pour la première fois, et enfin tu pressas la détente. Pourquoi ne pas avoir tué ta volage épouse ? Je méritais, assez, je pense, à cette époque, d’être abattue. Tu avais clairement l’intention de m’assassiner et pourtant tu n’as pas pressé la détente.

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Coup de coeur... Liu Xiaobo...

5 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique, #Littérature

Coup de coeur... Liu Xiaobo...

Puisque, pour le libéralisme orthodoxe, le meilleur gouvernement est celui qui s’occupe du moins de choses, la politique dont les masses populaires s’occupent le moins est la meilleure politique ; puisque la liberté négative c’est « la liberté de ne pas intervenir dans les affaires d’autrui ou de ne pas forcer autrui à faire quelque chose » et ce n’est pas « la liberté… de faire quelque chose de sa propre initiative », nous n’avons pas besoin de nous battre pour obtenir quelque chose. Ainsi, la philosophie du retrait du monde de Laozi et Zhuangzi est gratifiée par les prétendus intellectuels libéraux du nom de libéralisme, ce qui est de la philosophie du porc à 100% – ceux qui ont été chassés vers la porcherie ou qui s’y sont enfuis attendent qu’on vienne les nourrir, voilà tout.

Or, l’histoire montre que partout où règne la liberté, que ce soit la « liberté négative » ou la « liberté positive », elle ne serait jamais advenue si quelqu’un n’avait pas pris l’initiative de se battre, d’agir pour l’obtenir. Même la liberté à l’anglaise, dont ces intellectuels parlent avec délectation, n’a été possible que parce qu’il y a eu la « glorieuse révolution ».

Et les intellectuels libéraux ? Leur mode d’action correspond à la mise en œuvre dans la pratique du prétexte de la « liberté négative ». Leur mode de vie respecte les règles, il n’a rien de libéral, certains d’entre eux sont même obsédés par leurs intérêts, ils ne font pas preuve du minimum de sincérité et de sens moral et ne risquent pas de provoquer leurs supérieurs.

Aussi, les milieux intellectuels libéraux soumis à des pressions répétées du gouvernement ne sauraient-ils ouvertement défier le pouvoir pour défendre leur droit à la liberté d’expression, et encore moins créer des groupes de pression de la société civile organisés ou para-organisés ; ils ne sauraient non plus lancer des appels collectifs en faveur des jeunes paysans auxquels on a coupé la langue, afin de défendre l’équité sociale. Leur libéralisme est cantonné dans leur bureau, chacun pour soi, et ils mènent une résistance par l’écrit, sur les bandes, en ordre dispersé ; il n’y a aucune chance, quitte à perdre la face, que, par leurs actions, ils brisent ouvertement le mur de verre que les deux parties connaissent bien. Pour parler franchement, dans leur jeu avec le système existant qui dure depuis longtemps, ils ont, en leur for intérieur, établi une ligne rouge, qu’ils savent ne pas devoir franchir s’ils veulent que leur sécurité physique et leurs intérêts matériels soient garantis. Pourvu qu’il n’y ait pas d’appel public à l’action ni de résistance collective, le pouvoir ne réagira pas. Cette ligne rouge observée par les élites intellectuelles libérales est une auto-limitation provoquée par l’intériorisation de la terreur externe, et équivaut à un engagement tacite envers le pouvoir.

La philosophie du porc, caractérisée par la polarisation sur l’économie et la primauté de l’intérêt, a entamé, sous prétexte d’introspection, une critique du radicalisme et l’élimination de l’idéalisme.

Le problème ne vient pas de l’importance de l’économie et de la richesse matérielle dans le monde réel, parce que la modernisation comporte en elle-même de fortes tendances à la sécularisation – ce que Max Weber a qualifié de « désenchantement » de la modernité. Il est tout à fait normal et rationnel, conforme au besoin naturel des personnes ordinaires et aux dispositions de la nature humaine elle-même, qu’après avoir vécu la période de Mao Zedong caractérisée par une extrême pénurie matérielle, digne de l’ascétisme des moines bouddhistes, et « une révolution violente allant jusqu’au fond de l’âme », les Chinois se tournent vers une vie fondée sur l’intérêt économique et la jouissance matérielle. Il n’y a pas si longtemps, on nous a privés par la force du droit de poursuivre le bonheur séculier ; or nul n’a le droit de dépouiller les gens ordinaires de ce droit. Toutefois, l’apparition dans les élites chinoises de l’hédonisme, qui accorde la primauté à l’économie, n’est pas le produit naturel de difficultés d’existence, mais la conséquence de leur soumission à la terreur institutionnalisée.

Aujourd’hui l’indignité de la Chine, c’est précisément la belle union de la laideur de la terreur totalitaire, de l’horreur de la lâcheté humaine et de la hideur de la cupidité, c’est un summum de médiocrité jamais atteint auparavant et qui ne sera jamais dépassé. Bien sûr, je ne veux pas dire qu’il n’y a absolument aucun libéral qui ose briser ce mur de verre, mais qu’une personne comme le vieux Li Shenzhi représente un cas isolé, et que les élites libérales dans leur ensemble n’osent pas s’inspirer de son exemple. Je ne veux pas non plus dire que ces dernières années les intellectuels libres n’ont rien accompli, mais simplement souligner la situation concrète dans laquelle ils se trouvent. Ces dernières années, ils ont remporté des succès indéniables en ce qui concerne l’écriture de l’histoire, la mise en évidence des problèmes actuels et la propagation des idées libérales.

Si tragique que soit l’échec du 4 Juin, il a tout de même révélé la bonté, le sens de la justice et l’esprit de sacrifice des gens ordinaires ; car, enfin, la fin d’une jeune vie de dix-sept ans a éveillé la conscience profondément endormie de deux intellectuels ayant grandi sous l’enseignement du PCC, et les a conduits à rassembler un groupe de victimes; elle a au fond permis aux gens de comprendre la nature du pouvoir despotique et de ne plus croire à la légitimité morale du PCC ni à sa propagande idéologique ; elle a tout de même abouti à la création d’un mouvement d’opposition de la société, public et durable ; elle a, pour la première fois depuis que le PC est au pouvoir, suscité l’apparition d’un vieux communiste qui, de son plein gré et pour des raisons morales, a abandonné sa position de secrétaire général, le pouvoir et les privilèges qui lui sont associés, et a conduit un grand nombre de membres des élites au sein du système sur la voie de la révolte. Tout cela deviendra une mémoire éternelle de la ferveur de la lutte pour la liberté et la dignité ; ou, en d’autres termes, jusqu’à ce jour et à l’avenir, elle représentera le plus précieux encouragement moral de notre vie, car elle a enfin fourni à notre nation lâche et médiocre une occasion de se comporter avec courage, dignité et noblesse.

On ne peut se résoudre à une vie de porc, l’homme a besoin de liberté

Sous la dictature du parti unique où le pouvoir fort peut toujours priver les citoyens de leurs droits fondamentaux, pour établir un système libre où chacun a le droit d’être égoïste et de poursuivre le bonheur séculier, il faut s’appuyer sur la noblesse et l’altruisme et sur le sens de la justice de l’humanité. Pour gagner la liberté négative qui permet d’éviter les interventions et la contrainte de la part d’autrui, il faut avoir un esprit libre consistant à prendre l’initiative et à se battre pour arriver à ses fins. Nous avons besoin de pain mais, en tant qu’êtres humains, nous avons encore plus besoin de liberté. Ces hommes qui ne se résignent pas à la vie de porc, ces passionnés qui veulent encore rassembler les ressources morales de la Chine avec leur sens moral et leur courage, doivent être dotés d’une noblesse innée, et conserver l’espoir face à une situation presque désespérante de ruine de la morale.

La Philosophie du Porc, collection Bleu de Chine, Gallimard

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Coup de coeur... José Maria de Heredia...

3 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... José Maria de Heredia...

Le naufragé

Avec la brise en poupe et par un ciel serein,
Voyant le Phare fuir à travers la mâture,
Il est parti d'Egypte au lever de l'Arcture,
Fier de sa nef rapide aux flancs doublés d'airain.

Il ne reverra plus le môle Alexandrin.
Dans le sable où pas même un chevreau ne pâture
La tempête a creusé sa triste sépulture ;
Le vent du large y tord quelque arbuste marin.

Au pli le plus profond de la mouvante dune,
En la nuit sans aurore et sans astre et sans lune,
Que le navigateur trouve enfin le repos !

Ô Terre, ô Mer, pitié pour son Ombre anxieuse !
Et sur la rive hellène où sont venus ses os,
Soyez-lui, toi, légère, et toi, silencieuse.

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Les conquérants

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde Occidental.

Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d'un mirage doré ;

Ou penchés à l'avant des blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.

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La flûte

Voici le soir. Au ciel passe un vol de pigeons.
Rien ne vaut pour charmer une amoureuse fièvre,
Ô chevrier, le son d'un pipeau sur la lèvre
Qu'accompagne un bruit frais de source entre les joncs.

A l'ombre du platane où nous nous allongeons
L'herbe est plus molle. Laisse, ami, l'errante chèvre,
Sourde aux chevrotements du chevreau qu'elle sèvre,
Escalader la roche et brouter les bourgeons.

Ma flûte, faite avec sept tiges de ciguë
Inégales que joint un peu de cire, aiguë
Ou grave, pleure, chante ou gémit à mon gré.

Viens. Nous t'enseignerons l'art divin du Silène,
Et tes soupirs d'amour, de ce tuyau sacré,
S'envoleront parmi l'harmonieuse haleine.

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Le lit

Qu'il soit encourtiné de brocart ou de serge,
Triste comme une tombe ou joyeux comme un nid,
C'est là que l'homme naît, se repose et s'unit,
Enfant, époux, vieillard, aïeule, femme ou vierge.

Funèbre ou nuptial, que l'eau sainte l'asperge
Sous le noir crucifix ou le rameau bénit,
C'est là que tout commence et là que tout finit,
De la première aurore au feu du dernier cierge.

Humble, rustique et clos, ou fier du pavillon
Triomphalement peint d'or et de vermillon,
Qu'il soit de chêne brut, de cyprès ou d'érable ;

Heureux qui peut dormir sans peur et sans remords
Dans le lit paternel, massif et vénérable,
Où tous les siens sont nés aussi bien qu'ils sont morts.

 

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Coup de coeur... Peter Weiss...

1 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Histoire

Coup de coeur... Peter Weiss...

J'étais là
Lorsque Kaduk fit sortir de l'infirmerie
Des centaines de détenus
Un petit garçon a sauté
Il avait une pomme à la main
Alors Boger est sorti
L'enfant était là avec sa pomme
Boger est allé vers lui
Il l'a pris par les pieds
Et lui a fracassé la tête contre la baraque
Puis il a ramassé la pomme
Il m'a appelé et m'a dit
Vous essuierez ça sur le mur
Un peu plus tard à l'interrogatoire
Je l'ai vu
En train de manger la pomme.

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Coup de coeur... Simone Veil... Une Vie...

30 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Histoire, #Littérature

Coup de coeur... Simone Veil... Une Vie...

"Je suis favorable à toutes les mesures de discrimination positive susceptibles de réduire les inégalités de chances, les inégalités sociales, les inégalités de rémunération, les inégalités de promotion dont souffrent encore les femmes. Avec l'âge, je suis devenue de plus en plus militante de leur cause. Paradoxalement peut-être, là aussi, je m'y sens d'autant plus portée que, ce que j'ai obtenu dans la vie, je l'ai souvent obtenu précisément parce que j'étais une femme. À l'école, dans les différentes classes où j'ai pu me trouver, j'étais toujours le chouchou des professeurs. À Auschwitz, le fait que je sois une femme m'a probablement sauvé la vie, puisqu'une femme, pour me protéger, m'avait désignée pour rejoindre un commando moins dur que le camp lui-même.  "

Simone Veil

Coup de coeur... Simone Veil... Une Vie...
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Coup de coeur... Stendhal...

29 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

«Ce que Mme de Rênal lui dit de son âge contribua à lui donner quelque assurance.

–Hélas ! j'ai dix ans de plus que vous! comment pouvez-vous m'aimer? lui répétait-elle sans projet et parce que cette idée l'opprimait.

Julien ne concevait pas ce malheur, mais il vit qu'il était réel, et il oublia presque toute sa peur d'être ridicule.

La sotte idée d'être regardé comme un amant subalterne, à cause de sa naissance obscure, disparut aussi. A mesure que les transports de Julien rassuraient sa timide maîtresse, elle reprenait un peu de bonheur et la faculté de juger son amant. Heureusement il n'eut presque pas, ce jour-là, cet air emprunté qui avait fait du rendez-vous de la veille une victoire, mais non pas un plaisir. Si elle se fût aperçue de son attention à jouer un rôle, cette triste découverte lui eût à jamais enlevé tout bonheur. Elle n'y eût pu voir autre chose qu'un triste effet de la disproportion des âges.

Quoique Mme de Rênal n'eût jamais pensé aux théories de l'amour, la différence d'âge est, après celle de la fortune, un des grands lieux communs de la plaisanterie de province, toutes les fois qu'il est question d'amour.»

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Coup de coeur... Robert Desnos...

28 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.

Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?

J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.

Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.

Ô balances sentimentales.

J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrai moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.

J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera allégrement sur le cadran solaire de ta vie.

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Non, l’amour n’est pas mort en ce cœur et ces yeux et cette bouche

qui proclamait ses funérailles commencées.

Écoutez, j’en ai assez du pittoresque et des couleurs et du charme.

J’aime l’amour, sa tendresse et sa cruauté.

Mon amour n’a qu’un seul nom, qu’une seule forme.

Tout passe. Des bouches se collent à cette bouche.

Mon amour n’a qu’un nom, qu’une seule forme.

Et si quelque jour tu t’en souviens

Ô toi, forme et nom de mon amour,

Un jour sur la mer entre l’Amérique et l’Europe,

À l’heure où le rayon final du soleil se réverbère sur la surface ondulée des vagues,

ou bien une nuit d’orage sous un arbre dans la campagne,

ou dans une rapide automobile,

Un matin de printemps boulevard Malesherbes,

Un jour de pluie,

À l’aube avant de te coucher,

Dis-toi, je l’ordonne à ton fantôme familier, que je fus seul à t’aimer davantage

et qu’il est dommage que tu ne l’aies pas connu.

Dis-toi qu’il ne faut pas regretter les choses : Ronsard avant moi

et Baudelaire ont chanté le regret des vieilles et des mortes

qui méprisèrent le plus pur amour.

Toi quand tu seras morte

Tu seras belle et toujours désirable.

Je serai mort déjà, enclos tout entier en ton corps immortel, en ton image étonnante

présente à jamais parmi les merveilles perpétuelles de la vie et de l’éternité,

mais si je vis

Ta voix et son accent, ton regard et ses rayons,

L’odeur de toi et celle de tes cheveux et beaucoup d’autres choses encore vivront en moi,

Et moi qui ne suis ni Ronsard ni Baudelaire,

Moi qui suis Robert Desnos et qui pour t’avoir connue et aimée,

Les vaux bien ;

Moi qui suis Robert Desnos, pour t’aimer

Et qui ne veux pas attacher d’autre réputation à ma mémoire sur la terre méprisable.

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Mes yeux qui se ferment sur des larmes imaginaires,mes mains qui se tendent sans cesse vers le vide. J’ai rêvé cette nuit de paysages insensés et d’aventures dangereuses aussi bien du point de vue de la mort que du point de vue de la vie qui sont aussi le point de vue de l’amour. Au réveil vous étiez présentes, ô douleurs de l’amour, ô muses du désert, ô muses exigeantes. Mon rire et ma joie se cristallisent autour de vous. C’est votre fard

 

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Coup de coeur... Romain Gary...

27 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Romain Gary...

Je croyais pourtant que, vu de l'extérieur je n'étais pas trop visible.

A chaque minutes qui passait, il restait de moins en moins de moi-même, mais il y a aujourd'hui des pneus crevés qui peuvent faire encore mille kilomètres.

Il vaut peut-être mieux qu'on se parle, parce que sans ça, les choses vont beaucoup trop vite nulle part et après, il faut revenir...

Prêter à rire, il n'y a rien de plus généreux.

Il fouilla dans son portefeuille, tira encore une carte de visite...

- Vous me l'avez déjà donnée, répétai-je.

Il multipliait les preuves d'existence.

Elle m'observait attentivement, médicalement pour ainsi dire. C'était une curiosité légitime, lorsqu'on reçoit un inconnu qui présente tous les signes extérieurs d'un naufrage. Elle devait se demander s'il y avait d'autres survivants.

Je n'avais encore jamais vu un sourire aussi immuable et je me demandais si elle l'enlevait pour dormir.

Tout le monde aujourd'hui exige d'être heureux... même les Juifs !

Elle conduisait très lentement, comme si elle craignait d'arriver quelque part.

Les vérités ne sont pas toutes habitables. Souvent, il n'y a pas de chauffage et on y crève de froid.

Nous "reprendrons nos esprits", comme on dit chez les lucides, ces lucides dont le nom lui-même sonne comme des graisses dans le sang.

Il se tut et attendit, comme pour me laisser le temps de fouiller ma vie à la recherche d'une réplique.

Je faisais une remarque optimiste d'une portée générale.

Elle m'observa attentivement et décida que je pouvais encore servir.

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Coup de coeur... Agnès Desarthe...

26 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Agnès Desarthe...

Sorø, Danemark, 1887

L’air est calme. Pas un souffle de vent, si bien que les grands arbres qui se reflètent dans l’eau du lac ont des contours plus définis à la surface de l’eau que dans l’air. René rame vigoureusement. Il espère impressionner Kristina par la souplesse de ses articulations, la force de ses bras, la longueur de son souffle. S’il le faut, il mènera cette barque jusqu’à la rive opposée sans marquer de pause, sans reprendre haleine. Ce qu’il respire n’est pas de l’oxygène, c’est de la beauté. La beauté du lac, de la forêt autour, de l’or menu des feuilles se détachant sur le plomb des nuages ourlés d’argent. La beauté de Kristina dans le combat que la jeune femme livre au panorama et que, levant de quelques centimètres le menton pour étirer son cou, elle remporte soudain, dans la même surprise cocasse que le knock-out infligé par un boxeur. René perd le rythme, engourdi, terrassé par le pouvoir de Kristina, qui penche encore un peu la tête vers l’arrière. Les poignets de René tremblent, le bois des rames dans ses mains devient liquide. Il imagine les seins de Kristina, entraînés par l’étirement, glisser hors du corset sous la combinaison, puis sous le taffetas de son corsage pour atteindre les clavicules, le téton se durcissant au contact de l’étoffe de soie serrée et crissante. Sans le vouloir, il avance vers elle qui se penche encore, comme si elle tombait très lentement dans un sommeil heureux, car ses lèvres s’entrouvrent sur un sourire qui découvre ses ravissantes dents nacrées, presque transparentes, semblables à celles d’un bébé. Les épaules de Kristina viennent toucher le bord de l’embarcation. D’un geste somnambulique, elle tire l’épingle en corne qui nouait son chignon. Sa chevelure, libérée, se déploie, hirsute, volcanique et, un instant, elle a l’air idiot d’un diablotin. Sous le poids des boucles auburn, la crinière ploie et plonge enfin dans l’eau. René observe, il réfléchit. Le lac gèlera bientôt. La surface se crispera dès le crépuscule, une soie qui se gaufre. Les cheveux de sa bien-aimée resteront prisonniers de la glace. « C’est le dernier beau jour avant l’hiver », lui a confié le gardien du domaine qui, par chance, est anglais, comme tout le personnel de la maison Matthisen. En prononçant le mot winter, cet homme à la mine pourtant hardie, aux longues, longues jambes faites pour engloutir les kilomètres, au torse court et large, à la grosse tête rouge ornée de sourcils libres et fournis comme des algues, a froncé le nez en une grimace douloureuse. « L’hiver ici est sombre, a-t-il ajouté, comme en Écosse. Moi, je suis originaire de Bournemouth. On a le soleil toute l’année. » René n’a pas été convaincu par les talents météorologiques du gardien. « J’arrive d’Afrique », lui a-t-il répondu. « Mouais, a fait l’autre. C’est sec, par là-bas. »

René lève les yeux vers le ciel pour espionner la course du soleil entre deux nuages. Le zénith est à peine passé. Il n’y a pas lieu de s’affoler. Le jeune homme tient à sa contenance, il veut faire preuve de sang-froid. Militaire de père en fils. Et son propre fils après lui... Ah, le fils que lui donnera Kristina, comme il sera grand, comme il sera beau. Il aura le cuivre foncé de ses cheveux à elle, et ce teint étonnant, presque méditerranéen, un teint de poterie ancienne, il aura aussi ses mains élégantes et déliées, aux jolis ongles bombés. Il ressemblera à sa mère, bien sûr. Pas le museau de son père, ni ses courts battoirs aux doigts raides. Mais pour cela, il faudra qu’elle l’aime. M’aimera-t-elle ? se demande René, redoublant son effort. La barque accélère d’un coup, les épaules de Kristina glissent vers l’eau. Elle serre la cheville de René entre ses bottines, croise ses pieds à l’arrière du mollet. Ses bras détendus traînent, majeurs à cinq millimètres de l’eau glacée, désinvoltes, comme dans la sieste ou dans la mort. René sent la cambrure du pied épouser son muscle soléaire. C’est leur premier contact. Kristina n’a pas daigné toucher la main qu’il lui tendait pour l’aider à monter dans la barque. Kristina est ainsi, l’intérieur de ses cuisses, la naissance de ses fesses, son vagin, son anus, ses genoux, elle les brade. Mais gare à qui voudrait la prendre par le bras. Voilà ce que son métatarse conte aux jumeaux ébahis de René. Y aller, donc ? se demande-t-il encore. Trousser la jupe et le jupon que le frottement des chevilles a commencé de soulever. Se glisser dans l’échancrure du pantalon. Mais comment sont-elles faites aussi, ces maudites culottes ? Y entre-t-on par le bas ou par le haut ? René l’ignore. Mylène n’en portait jamais, affirmant que sa peau rougissait au contact du coton. Et par-dessus le pantalon, n’y a-t-il pas la combinaison et l’armure du corset ? Jusqu’où cela descend-il et combien de lacets à défaire, à couper, à arracher d’un coup de dents ? Cet assaut requiert plus de feintes stratégiques que René n’en a apprises à l’école militaire. La surprise ? L’encerclement ? L’étau ?

Comment ? Mais nous ne sommes même pas fiancés ! songe-t-il, outré par l’indécence de Kristina, envoûté par son propre désir. Qui le saura ? Personne ne nous a vus partir pour le lac. Si je bondis vers elle, pense-t-il en éloignant les rames le plus loin possible de sa poitrine, en les ramenant vers ses côtes plus vigoureusement encore, que j’enfonce mon corps dans le sien (peu importe le chemin à suivre), que la barque chavire... Personne ne le saura. Nous mourrons. La perspective d’une mort prochaine n’a aucun poids. Elle se présente, inéluctable et morne, au côté du déshonneur de Kristina, du biffage du nom de René sur divers testaments, de son renvoi de l’armée, de la prison pour viol (un des frères de Kristina est avocat). Vétilles. Mourir de froid dans l’eau glacée, déshonorés, déshérités, renvoyés, condamnés. Faible prix à payer pour l’accomplissement de ce qui est, à l’instant où les rames se resserrent une fois de plus sur la poitrine de René, une urgence absolue. Alors qu’il les lâche pour prendre appui sur ses paumes, Kristina se redresse soudain, rabat ses cheveux dégouttant sur son visage, lève sa jupe et son jupon, genoux ouverts, s’exhibe – car elle aussi, comme Mylène, doit souffrir de cette intolérance au coton, pense une partie gourde du cerveau de René –, attrape la main de son promis, se la colle comme il faut, d’un coup, bien au fond, s’aidant d’une flexion rapide de ses jambes agiles en poussant un soupir victorieux.

Une chaleur à l’entrejambe, comme si un éclat d’obus venait de scier René en deux. La cuisse droite poissée, il regarde tantôt la forêt, tantôt le fond de la barque, puis sa main qui se retire et ne sait si elle doit se glisser dans l’eau, dans une poche, sous un mouchoir. René songe que Kristina est folle. Elle est folle, et ses cheveux mouillés nous trahiront. Je n’aurai pas le choix. Il faudra l’épouser.

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Coup de coeur... Liza Marklund...

25 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Le plus bel amour est toujours impossible. Il doit mourir quand il est au plus fort, tout comme la rose a pour seule chance d’être cueillie à l’apogée de sa splendeur. Une fleur séchée peut répandre la joie pendant de nombreuses années. Un amour rapidement brisé est à même d’envoûter les gens pendant des siècles.

Son mythe est aussi irréel et irréaliste qu’un orgasme éternel.

Il ne faut pas le confondre avec une affection sincère. C’est tout autre chose. Il ne « mûrit » pas, il se fane et il est remplacé, dans le meilleur des cas, par la chaleur et la tolérance, mais le plus souvent par des exigences informulées et des rancœurs. Ceci est valable pour tous les types d’amour, aussi bien entre les sexes, les générations et sur les lieux de travail.

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