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Vivement l'Ecole!

Articles avec #litterature tag

Coup de coeur... André Pieyre de Mandiargues...

28 Décembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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La Route Boréale

Les campagnes sont mûres, les moissons perdues plient sous un vent sans fin de feuilles jaunes, les bois, les prairies garderont longtemps encore une odeur de boue. Un après l’autre, les villages incendiés s’éteignent dans la rosée du soir, et la pluie est salie de cendres tièdes. Le voyageur attardé se hâte sans plus donner même un coup d’œil aux belles filles pillées, nues, échevelées, pendues par les poignets à tous les poteaux des carrefours, de petits lièvres roux cloués entre leurs jambes ouvertes. Aux deux côtés de la grande route, comme des gerbes en file, sont deux rangs de vieilles femmes enterrées jusqu’à mi-corps. Leurs longs seins gris se confondent avec les pierres rares qui bossuent la glaise des talus. Les fossés débordent d’enfants mutilés et jetés au rebut parmi les chardons, les épines, les orties. Du sang suinte un réseau de grenats dans la boue. Il faut cheminer tout droit et durement entre tant de choses qui gémissent à l’entour ; si elles se taisent un instant, la peur triomphe et rit dans le silence hagard.

Très loin, presque sur l’horizon, tournoient d’étranges nuées sombres : ce sont les corbeaux de la steppe, qui accompagnent la horde des cavaliers chauves et leurs troupeaux d’élans en marche vers la mer boréale.

                                       ______________________

LA GRANDE ARMÉE

Le froid sur les hauts lieux n’est pas si froid que le froid de plaine. Ses plus extrêmes rigueurs laissent quelque feuillage vivant jusqu’aux cimes de l’Alpe ou des Carpathes. Mais dans cette vaste plaine blanche, où gît à présent le point de vue, les arbres sont des squelettes ramifiés qui brillent d’un éclat sombre, comme les bijoux de jais aux vitrines funéraires. D’un horizon à l’autre court une double rangée de formes noires, régulièrement espacées ; le point de vue se rapproche, et il distingue alors que les formes du premier rang sont des soldats immobiles, fusil au pied, baïonnette au fusil. Chaque baïonnette porte une tête humaine, ou bien le buste entier découpé à hauteur des seins et amputé des bras. Quelques-uns des soldats élèvent sur le ciel gris les hauts bonnets à poil de la garde impériale, mais presque tous arborent de si rares couvre-chefs, et d’une si folle variété, qu’ils font un vrai musée de la coiffure au cours des âges, étiré le long de cette immense ligne droite à travers la plaine désolée. Pêle-mêle fantastique où le point de vue se met à saisir — ombrant les visages bleuis du gel, noircis de poudre et de poil dur — çà et là de grands chapeaux en feutre mexicain, des chaperons et des capuchons, des bérets, des chéchias, des toques, des tiares, des mitres, des capes, des cornes, des castors et des crapauds, des mortiers en velours, des barrettes ecclésiastiques, des nœuds d’Alsace, des cornettes et des voiles de religieuses, des bourrelets d’enfants, des coiffes enrubannées de nourrices et d’admirables chapeaux de cocottes de fin de siècle, enfouis sous les bouquets de paradis et les plumes d’autruche ; fruits de tous les pillages de toutes les guerres passées ou à venir.

Le plus terrible est que les tristes débris piqués aux pointes des baïonnettes ne sont pas coiffés moins bizarrement que les grenadiers qui les tiennent en l’air. Et pour peu que le point de vue se rapproche encore, les souches obscures de la seconde file deviennent des cadavres, des troncs mutilés jaillis hors de la neige, dégouttant d’affreux stalactites bruns. Ce sont là les corps des soldats tués auxquels leurs camarades ont arraché buste ou tête, afin que tous ensemble soient présents à cette revue sinistre, où l’on attendra jusqu’à la fin de l’hiver un empereur vaincu qui ne peut revenir.

André Pieyre de Mandiargues - Extraits de Dans les Années sordides (1943) in L’âge de craie suivi de Dans les années sordides, Astyanax et Le Point où j’en suis - nrf  Poésie/Gallimard, 2009

 

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Coup de coeur... Dostoïevski...

27 Décembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Dostoïevski...

Dans ces instants rapides comme l’éclair, le sentiment de la vie et la conscience se décuplaient pour ainsi dire en lui. Son esprit et son cœur s’illuminaient d’une clarté intense ; toutes ses émotions, tous ses doutes, toutes ses inquiétudes se calmaient à la fois pour se convertir en une souveraine sérénité, faite de joie lumineuse, d’harmonie et d’espérance, à la faveur de laquelle sa raison se haussait jusqu’à la compréhension des causes finales...

Ces instants, pour les définir d’un mot, se caractérisaient par une fulguration de la conscience, et par une suprême exaltation de l’émotion subjective.

À cette seconde – avait-il déclaré un jour à Rogojine quand ils se voyaient à Moscou – j’ai entrevu le sens de cette singulière expression : il n’y aura plus de temps.

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Coup de coeur... François Cheng...

26 Décembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... François Cheng...
Toutes les choses sous le Ciel ont leur visible-invisible. Le visible, c'est son aspect extérieur, c'est son Yang ; l'invisible, c'est son image intérieure, c'est son Yin. Un Yin, un Yang, c'est le Tao. Tel un dragon évoluant en plein ciel. S'il se montre à nu tout entier, sans aura ni prolongement, de quel mystère peut-il s'être enveloppé ? C'est pourquoi un dragon se dissimule toujours derrière les nuages. Charriant vents et pluies, il s'élance, fulgurant ; et virevolte, superbe. Tantôt, il fait briller ses écailles, tantôt il laisse deviner sa queue. Le spectateur, les yeux écarquillés, n'en pourra jamais faire le tour. C'est par son double aspect visible-invisible que le dragon exerce son infini pouvoir de fascination… Le paysage qui fascine un peintre doit donc comporter à la fois le visible et l'invisible. Tous les éléments de la nature qui paraissent finis sont en réalité reliés à l'infini. Pour intégrer l'infini dans le fini, pour combiner visible et invisible, il faut que le peintre sache exploiter tout le jeu de Plein-Vide dont est capable le pinceau, et de concentrée-diluée dont est capable l'encre. Il peut commencer par le Vide et le faire déboucher sur le Plein, ou inversement. Le pinceau doit être mobile et vigoureux : éviter avant tout la banalité. L'encre doit être nuancée et variée : se garder de tomber dans l'évidence. Ne pas oublier que le charme de mille montagnes et de dix mille vallées résident dans les tournants dissimulés et les jointures secrètes. Là où les collines s'embrassent les unes les autres, où des rochers s'ouvrent les uns aux autres, où s'entremêlent les arbres, se blottissent les maisons, se perd au loin le chemin, se mire dans l'eau le pont, il faut ménager des blancs pour que le halo des brumes et le reflet des nuages y composent une atmosphère chargée de grandeur et de mystère. Présence sans forme mais douée d'une structure interne infaillible. Il n'est pas trop de tout l'art du visible-invisible pour la restituer !
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Coup de coeur... Camus parle de la "nouvelle presse"...

25 Décembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Camus parle de la "nouvelle presse"...

Puisque, entre l’insurrection et la guerre, une pause nous est aujourd’hui donnée, je voudrais parler d’une chose que je connais bien et qui me tient à cœur, je veux dire la presse. Et puisqu’il s’agit de cette nouvelle presse qui est sortie de la bataille de Paris, je voudrais en parler avec, en même temps, la fraternité et la clairvoyance que l’on doit à des camarades de combat.

Lorsque nous rédigions nos journaux dans la clandestinité, c’était naturellement sans histoires et sans déclarations de principe. Mais je sais que pour tous nos camarades de tous nos journaux, c’était avec un grand espoir secret. Nous avions l’espérance que ces hommes, qui avaient couru des dangers mortels au nom de quelques idées qui leur étaient chères, sauraient donner à leur pays la presse qu’il méritait et qu’il n’avait plus. Nous savions par expérience que la presse d’avant guerre était perdue dans son principe et dans sa morale. L’appétit de l’argent et l’indifférence aux choses de la grandeur avaient opéré en même temps pour donner à la France une presse qui, à de rares exceptions près, n’avait d’autre but que de grandir la puissance de quelques-uns et d’autre effet que d’avilir la moralité de tous. Il n’a donc pas été difficile à cette presse de devenir ce qu’elle a été de 1940 à̀ 1944, c’est-à-dire la honte de ce pays.

Notre désir, d’autant plus profond qu’il était souvent muet, était de libérer les journaux de l’argent et de leur donner un ton et une vérité qui mettent le public à̀ la hauteur de ce qu’il y a de meilleur en lui. Nous pensions alors qu’un pays vaut souvent ce que vaut la presse. Et s’il est vrai que les journaux sont la voix d’une nation, nous é́tions dé́cidés, à notre place et pour notre faible part, à élever ce pays en élevant son langage. À tort ou à raison, c’est pour cela que beaucoup d’entre nous sont morts dans d’inimaginables conditions et que d’autres souffrent la solitude et les menaces de la prison.

En fait, nous avons seulement occupé des locaux, où nous avons confectionné des journaux que nous avons publiés en pleine bataille. C’est une grande victoire et, de ce point de vue, les journalistes de la Résistance ont montré un courage et une volonté qui méritent le respect de tous. Mais, et je m’excuse de le dire au milieu de l’enthousiasme général, cela est peu de chose puisque tout reste à faire. Nous avons conquis les moyens de faire cette révolution profonde que nous désirions. Encore faut-il que nous la fassions vraiment. Et pour tout dire d’un mot, la presse libérée, telle qu’elle se présente à Paris après une dizaine de numéros, n’est pas très satisfaisante.

Ce que je me propose de dire dans cet article et dans ceux qui suivront, je voudrais qu’on le prenne bien. Je parle au nom d’une fraternité de combat et personne n’est ici visé en particulier. Les critiques qu’il est possible de faire s’adressent à toute la presse sans exception, et nous nous y comprenons. Dira-t-on que cela est prématuré, qu’il faut laisser à nos journaux le temps de s’organiser avant de faire cet examen de conscience ? La réponse est "non".

Nous sommes bien placés pour savoir dans quelles incroyables conditions nos journaux ont été fabriqués. Mais la question n’est pas là. Elle est dans un certain ton qu’il était possible d’adopter dès le début et qui ne l’a pas été. C’est au contraire au moment où cette presse est en train de se faire, où elle va prendre son visage définitif qu’il importe qu’elle s’examine. Elle saura mieux ce qu’elle veut être et elle le deviendra.

Albert Camus - "Critique de la nouvelle presse", Combat, 31 août 1944

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Coup de coeur... Pierre Choderlos de Laclos...

23 Décembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Le Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil

 

La voilà donc vaincue, cette femme superbe qui avait osé croire qu’elle pourrait me résister ! Oui, mon amie, elle est à moi, entièrement à moi, et depuis hier, elle n’a plus rien à m’accorder.

Je suis encore trop plein de mon bonheur, pour pouvoir l’apprécier, mais je m’étonne du charme inconnu que j’ai ressenti. Serait-il donc vrai que la vertu augmentât le prix d’une femme, jusque dans le moment même de sa faiblesse ? Mais reléguons cette idée puérile avec les contes de bonnes femmes. Ne rencontre-t-on pas presque partout une résistance plus ou moins bien feinte au premier triomphe ? et ai-je trouvé nulle part le charme dont je parle ? ce n’est pourtant pas non plus celui de l’amour ; car enfin, si j’ai eu quelquefois, auprès de cette femme étonnante, des moments de faiblesse qui ressemblaient à cette passion pusillanime, j’ai toujours su les vaincre et revenir à mes principes. Quand même la scène d’hier m’aurait, comme je le crois, emporté un peu plus loin que je ne comptais ; quand j’aurais, un moment, partagé le trouble et l’ivresse que je faisais naître : cette illusion passagère serait dissipée à présent ; et cependant le même charme subsiste. J’aurais même, je l’avoue, un plaisir assez doux à m’y livrer, s’il ne me causait quelque inquiétude. Serai-je donc, à mon âge, maîtrisé comme un écolier, par un sentiment involontaire et inconnu ? Non : il faut, avant tout, le combattre et l’approfondir.

Peut-être, au reste, en ai-je déjà entrevu la cause ! Je me plais au moins dans cette idée, et je voudrais qu’elle fût vraie.

Dans la foule de femmes auprès desquelles j’ai rempli jusqu’à ce jour le rôle et les fonctions d’amant, je n’en avais encore rencontré aucune qui n’eût, au moins, autant d’envie de se rendre que j’en avais de l’y déterminer ; je m’étais même accoutumé à appeler prudes celles qui ne faisaient que la moitié du chemin, par opposition à tant d’autres, dont la défense provocante ne couvre jamais qu’imparfaitement les premières avances qu’elles ont faites.

Ici, au contraire, j’ai trouvé une première prévention défavorable, et fondée depuis sur les conseils et les rapports d’une femme haineuse, mais clairvoyante ; une timidité naturelle et extrême, que fortifiait une pudeur éclairée ; un attachement à la vertu, que la religion dirigeait, et qui comptait déjà deux années de triomphe, enfin des démarches éclatantes, inspirées par ces différents motifs, et qui toutes n’avaient pour but que de se soustraire à mes poursuites.

Ce n’est donc pas, comme dans mes autres aventures, une simple capitulation plus ou moins avantageuse, et dont il est plus facile de profiter que de s’enorgueillir ; c’est une victoire complète, achetée par une campagne pénible, et décidée par de savantes manœuvres. Il n’est donc pas surprenant que ce succès, dû à moi seul, m’en devienne plus précieux ; et le surcroît de plaisir que j’ai éprouvé dans mon triomphe, et que je ressens encore, n’est que la douce impression du sentiment de la gloire. Je chéris cette façon de voir, qui me sauve l’humiliation de penser que je puisse dépendre en quelque manière de l’esclave même que je me serais asservie ; que je n’aie pas en moi seul la plénitude de mon bonheur ; et que la faculté de m’en faire jouir dans toute son énergie soit réservée à telle ou telle femme, exclusivement à toute autre.

Ces réflexions sensées régleront ma conduite dans cette importante occasion ; et vous pouvez être sûre que je ne me laisserai pas tellement enchaîner, que je ne puisse toujours briser ces nouveaux liens, en me jouant & à ma volonté. Mais déjà je vous parle de ma rupture, & vous ignorez encore par quels moyens j’en ai acquis le droit ; lisez donc, & voyez à quoi s’expose la sagesse, en essayant de secourir la folie. J’étudiais si attentivement mes discours & les réponses que j’obtenais, que j’espère vous rendre les uns & les autres avec une exactitude dont vous serez contente.

Vous verrez par les deux copies des lettres ci-jointes, quel médiateur j’avais choisi pour me rapprocher de ma belle, & avec quel zèle le saint personnage s’est employé pour nous réunir. Ce qu’il faut savoir encore, & que j’avais appris par une lettre, interceptée suivant l’usage, c’est que la crainte & la petite humiliation d’être quittée avaient un peu dérangé la pruderie de l’austère dévote ; & avaient rempli son cœur & sa tête de sentiments & d’idées qui, pour n’avoir pas le sens commun, n’en étaient pas moins intéressants. C’est après ces préparatifs nécessaires, qu’hier jeudi 28, jour préfixé & donné par l’ingrate, je me suis présenté chez elle en esclave timide & repentant, pour en sortir en vainqueur couronné.

(...)

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Coup de coeur... Isabelle Kauffmann

22 Décembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Le regard des autres. pourquoi est-ce si important ? Un regard nous poursuit longtemps, bien après qu'il soit passé, comme l'instillation de gouttes aux propriétés puissantes. Soignante au cœur de la cellule familiale, je sais combien le regard d'un père, d'une mère enchaîne ou au contraire libère. Comme il peut protéger ou détruire. Tout dépend de l'angle de vue.

(...)

Paranoïa, délire de persécution, leur angoisse les enserre, les isole dans un circuit fermé, parallèle, fragile. Je fais mine de ne rien remarquer. Je ne juge pas. J'ai connu des enfants plus raisonnables que des adultes, et des fous bien moins dangereux que les sains d'esprit.

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Coup de coeur... Nathalie Sarraute...

21 Décembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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— Alors, tu vas vraiment faire ça ? « Évoquer tes souvenirs d'enfance »... Comme ces mots te gênent, tu ne les aimes pas. Mais reconnais que ce sont les seuls mots qui conviennent. Tu veux « évoquer tes souvenirs »... il n'y a pas à tortiller, c'est bien ça.

— Oui, je n'y peux rien, ça me tente, je ne sais pas pourquoi...

— C'est peut-être... est-ce que ce ne serait pas... on ne s'en rend parfois pas compte... c'est peut-être que tes forces déclinent...

— Non, je ne crois pas... du moins je ne le sens pas...

— Et pourtant ce que tu veux faire... « évoquer tes souvenirs »... est-ce que ce ne serait pas...

— Oh, je t'en prie...

— Si, il faut se le demander : est-ce que ce ne serait pas prendre ta retraite ? te ranger ? quitter ton élément, où jusqu'ici, tant bien que mal...

— Oui, comme tu dis, tant bien que mal.

— Peut-être, mais c'est le seul où tu aies jamais pu vivre... celui...

— Oh, à quoi bon ? je le connais.

— Est-ce vrai ? Tu n'as vraiment pas oublié comment c'était là-bas ? comme là-bas tout fluctue, se transforme, s'échappe... tu avances à tâtons, toujours cherchant, te tendant... vers quoi ? qu'est-ce que c'est ? ça ne ressemble à rien... personne n'en parle... ça se dérobe, tu l'agrippes comme tu peux, tu le pousses... où ? n'importe où, pourvu que ça trouve un milieu propice où ça se développe, où ça parvienne peut-être à vivre... Tiens, rien que d'y penser...

— Oui, ça te rend grandiloquent. Je dirai même outrecuidant. Je me demande si ce n'est pas toujours cette même crainte... Souviens-toi comme elle revient chaque fois que quelque chose d'encore informe se propose... Ce qui nous est resté des anciennes tentatives nous paraît toujours avoir l'avantage sur ce qui tremblote quelque part dans les limbes...

— Mais justement, ce que je crains, cette fois, c'est que ça ne tremble pas... pas assez... que ce soit fixé une fois pour toutes, du « tout cuit », donné d'avance...

— Rassure-toi pour ce qui est d'être donné... c'est encore tout vacillant, aucun mot écrit, aucune parole ne l'ont encore touché, il me semble que ça palpite faiblement... hors des mots... comme toujours... des petits bouts de quelque chose d'encore vivant... je voudrais, avant qu'ils disparaissent... laisse-moi...

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Coup de coeur... Isabelle Sorente... (+ video)

20 Décembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Sociologie

Coup de coeur... Isabelle Sorente... (+ video)

L’illusion fusionnelle

La diversité naît de la mise à distance, voila ce qui épouvante le calculateur en nous, voilà ce qu’il se refuse. Le romantisme ne pouvait qu’accompagner la révolution industrielle, et la soumission de l’individu au rythme accéléré de la performance. L’homme de calcul est par nécessité romantique. Plus l’environnement impose pour survivre que l’individu simplifie sa pensée, raisonne par algorithmes, qu’il fonctionne, assis dix heures par jour, l’œil rivé sur un écran, plus la privation émotionnelle devient insupportable et le besoin d’éprouver quelque chose, vite, fort, n’importe quoi, se fait sentir. Pour l’addict, l’Autre, inaccessible, désiré, détestable, fatalement décevant, ne peut qu’effacer tous les autres, c’est-à-dire se confondre à moi, d’une façon positive puis négative, en devenant le récipiendaire de mes projections indésirable. La fusion est la seule forme d’amour que le dépendant reconnaisse, puisqu’il ne peut se détacher. Mais la fusion comme épisode de l’histoire d’amour en continue la préhistoire, la phase de conception, comme la fusion du nouveau-né avec la mère ou l’obsession surnaturelle du scientifique pour une idée, elle ne saurait se suffire à elle-même : elle doit déboucher sur une naissance. Dans un monde d’addiction, l’amour ne peut qu’avorter. Ce n’est pas la fusion provisoire avec l’Autre que l’addict recherche, mais l’effacement permanent des autres par un autre. Garant de ma jouissance, de ma sécurité affective ou matérielle, l’Autre est celui qui calcule comme moi, celui dont les intérêts sont compatibles avec les miens. La fusion me confond à l’Autre, avant de le reléguer dans la masse indistincte des autres, à compter du moment où ses calculs diffèrent des miens ; en témoignent ces annonces sur Meetic, où des hommes romantiques cherchent le grand amour avec une femme non-fumeuse, où des jeunes femmes réclament un engagement avant la rencontre, sur la foi de quelques lignes décrivant leurs loisirs et la couleurs de leurs yeux, comme une publicité vantant les options d’un modèle de voiture, le tout se concluant par don Juans, s’abstenir. La quête de l’assurance crie la détresse du calculateur, qui ne cesse d’appeler les autres au secours. Mais la fusion n’est qu’un piège, un shoot émotionnel inscrit dans le cycle de la dépendance, l’Autre reste calcul, il restera mirage : la fusion tue l’amour.

La fusion n’est pas seulement contraire à la compassion, elle est ce qui s’y oppose le mieux, le mirage le plus séduisant, le plus trompeur, et aussi le plus violent. Dans un monde glacé et aseptisé, qui voudrait renoncer à la passion, au grand amour ? Mais la fusion n’est pas l’amour, la raison n’est pas le calcul : les deux impostures vont de pair. Parce que la maîtrise des chiffres procure l’illusion de dominer la réalité, l’homme de calcul éprouve l’effroi de ne rien ressentir et la nécessité prédatrice de retrouver un sentiment, dont l’Autre est à la fois la proie et le prétexte. Ce n’est pas la moindre conséquence de notre addiction hypermoderne de rendre l’amour impossible. Mais si le mirage de la fusion me prive aussi de compassion, il réduit à néant ma seule chance de retrouver la raison et de tenir l’hallucination désastreuse à distance. Celui qui veut exercer sa liberté de circulation se trouve donc tôt ou tard devant la nécessité de ne pas confondre fusion et amour, et de renoncer radicalement à cette confusion.

Fusion à plusieurs

La loi du chiffre repose à la fois sur la répression des émotions et sur leur assouvissement dans l’ivresse fusionnelle, qui va de l’obsession sentimentale à la grande communion de la fusion à plusieurs. L’ivresse peut durer plusieurs semaines après une catastrophe, comme dans le cas du tsunami de 2004 ou du tremblement de terre d’Haïti, ou se perpétuer à des dates anniversaires grâce à des cérémonies de type téléthon. Le concept de Téléthon, venu de la contraction du mot « télévision » et « marathon », est apparu aux Etats-Unis après la guerre, pour désigner un programme de longue durée, destiné à récolter des fonds pour une œuvre de charité. Le montant des dons, affiché sur un compteur, apparait en temps réel sur l’écran. Mais est-ce un don ou l’achat d’un ticket d’entrée, valable pour la décharge d’émotion collective ? Réduit à l’impuissance, blessé par la catastrophe ou la maladie, le corps de l’autre sert de faire-valoir à mes sentiments retrouvés, il devient le prétexte d’une émotion partagée avec mes semblables dont lui, l’autre, ne fait pas partie. A peine la fusion cesse, à peine l’écran s’éteint que le prétexte disparait. On pourrait soutenir qu’aider pour une mauvaise raison est encore préférable à ne pas aider du tout, qu’il faut parfois ruser pour servir une juste cause. Cela était peut-être vrai dans les années 1950, lors de l’invention du téléthon. Mais soixante ans plus tard, l’hallucination a gagné du terrain.  La distance nécessaire au surgissement de l’altérité devient de plus en plus difficile à préserver. Avec la possibilité de rester connecté en permanence, chez soi, au bureau, dans les transports, le mirage de la fusion gagne l’amitié, jusqu’ici épargnée par le romantisme. Les utilisateurs fréquents des réseaux sociaux consacrent plus de trois heures quotidiennes à Internet, ce qui correspond au temps passé autrefois devant la télévision. Au-delà de son utilité et de sa réalité informatique, le réseau matérialise un rêve d’addict, le désir de fusion permanente qui seule peut compenser la restriction des émotions engendrée par l’imitation de la machine.

La compassion suppose que je sois libre de plonger mon regard en moi-même. C’est ce regard qui est détourné, l’introspection qui devient impossible, lors des grandes démonstrations d’ivresse fusionnelle. A supposer que l’exploitation d’images de souffrance se justifie, à supposer que j’accepte d’une communauté soumise à la loi du calcul qu’elle use de mon état de manque émotionnel, manipule les sentiments qu’elle interdit d’examiner, à supposer que je me contente d’une décharge de bonté collective carnavalesque et d’aveuglement le reste du temps, dans le seul but d’aider mes semblables, quand bien même je serais capable d’une pareille abnégation, je ne peux oublier le compteur, qui transforme le don en chiffre. Le compteur prouve le mirage : sous couvert de bons sentiments, l’hallucination m’attache à elle. Le calcul détourne l’émotion avant même que je l’éprouve. L’empathie est provoquée, mais l’acte d’échange n’a pas lieu. En vérité, je ne suis pas libre de me mettre à la place de personne. La silhouette dans les décombres, le corps dans un fauteuil roulant appartiennent d’abord à une victime, du hasard ou de la maladie : je ne suis pas comme elle, comme le suggèrent certains discours habiles, je suis privilégiée, c’est-à-dire, d’une autre espèce. Ceux qui maitrisent le calcul ne peuvent être frappés par le hasard, voilà ce qu’n filigrane on me prie de croire, sous prétexte d’une culpabilité de bon aloi. Plus augmente le montant des dons, suivi en temps réel, plus le chiffre m’attache à la communauté d’intérêts de mes semblables, et m’éloigne de la vulnérabilité de ceux dont je vais pouvoir oublier l’existence. Et croyant avoir ressenti quelque chose, je demeure inexplicablement avide, en manque d’émotions fortes, plus vulnérable encore au prochain débordement. Plus attachée à l’illusion que me procurent les chiffres.

Détachement et fraternité

L’épreuve de la sobriété consiste à trouver la juste distance. Trop loin, l’autre n’existe pas plus qu’un passant sans visage. Confondu à moi, nous nous perdons ensemble dans le délire fusionnel. A la distance de la compassion, l’autre devient les autres, la multiplicité rayonne. Entre l’addiction et moi se crée un espace que je deviens libre de repeupler ; constater l’existence de cet espace, c’est se détacher.

Souvent associé aux philosophies orientales ou au discret sourire des statues de Bouddha, le mot « détachement » effraie, l’esprit occidental y soupçonne un manque d’amour ou une froide indifférence, tant nous sommes conditionnés pour confondre amour et fusion. Mais le détachement d’une addiction, loin de mener à l’indifférence, conduit à la fraternité : je reconnais l’autre comme moi, sans pour autant le confondre à moi. Des trois valeurs de la devise républicaine, la fraternité est la plus opposée à la loi du chiffre, en même temps qu’elle rend possible la liberté et l’égalité. La liberté n’est qu’un leurre, si je ne suis pas libre de me mettre à la place de l’autre, elle se borne à choisir des options, et encore, un bandeau sur les yeux. L’égalité naît de l’absence de frontières : nous sommes égaux comme prétextes renouvelés d’un mouvement qui nous dépasse, comme les points d’un cercle dont le centre est partout. De la reconnaissance d’un mouvement plus grand que soi, l’addict tire un dieu ou le nihilisme. Mais la raison qui s’exerce à travers l’autre ne peut renier la taille humaine. Il n’est pas anodin que les groupes de rétablissement, ou les toxicomanes partagent les épreuves de la sobriété, se nomment des fraternités. La liberté comme l’égalité naissent de la fraternité, c’est-à-dire du détachement, opposé à l’alternance de froideur calculatrice et de passion fusionnelle.

Le détachement est une valeur rationnelle manquante, il ne nécessite pas de produire une chose ou de la consommer. Il suppose au contraire de créer de l’espace. Parce qu’il s’oppose à la loi de la performance, à l’imitation de la machine, le détachement crée un point ou l’endurcissement ne prend pas, un point tendre qui se confond à l’instant de lucidité, où le mirage ne prend plus. Le détachement est tendre, ou il n’est pas réel. Il ne peut se comprendre dans la perspective d’un calcul, sans quoi il perd sa valeur rationnelle et devient un prétexte pour s’endurcir d’avantage. Ne t’attache pas. Voilà ce que les producteurs répètent aux salariés des élevages industriels, où les employés sont censés abattre eux-mêmes les animaux les moins performants. Voilà ce que l’on apprend aux conseillers de clientèles de banques, et pour être plus sûrs encore qu’ils ne s’attacheront pas au mauvais client, qu’ils laisseront le logiciel faire son travail et calculer automatiquement le montant du découvert, les conseillers changent d’agences au bout de trois ans : le temps que le lien ne se crée pas. Nothing personnal, business as usual, voilà la devise du calculateur, celle qui justifie l’atteinte à l’individu, du moment qu’elle conduit au meilleur résultat. Que des salariés soient déplacés, mis à la retraite anticipée ou licenciés n’est jamais personnel. Comment expliquer alors qu’ils le prennent personnellement ? C’est que sous prétexte de détachement, on procède à l’effacement de l’individu, de ses affects et son histoire, plus encore, on lui demande d’effacer lui-même ces affects et cette histoire, de les effacer de son plein gré, comme le disque dur de son ordinateur de bureau. Celui qui réclame une vérité personnelle, car c’est encore réclamer son statut d’individu que d’admettre sa souffrance, est jugé irrationnel. L’impératif « Ne t’attache pas » signifié à ceux qui sont confrontés à n’importe quelle forme de violence ne suppose pas le détachement mais, au contraire, l’attachement sans réserve au discours qui rend la situation tolérable. Quand le discours ne prend plus, la violence qu’il servait à contenir se libère et se retourne contre l’individu. Les militaires de retour d’Irak, les éleveurs confrontés à des crises sanitaires, la reine du X qui subit l’indifférence et le mépris facile après avoir incarné une déesse du sexe, le conseiller financier frappé de dépression nerveuse parce qu’on lui a fait miroiter un métier de contacts humains dont justement le contact est banni, tous les soldats ordinaires qui encaissent avec le sourire sont vulnérables au retournement de violence, qui suit l’effondrement de l’impératif « Ne t’attache pas ». Qu’elle soit tacite ou assumée, cette sommation ne veut dire qu’une chose, efface tout ce que tu es devant la loi du résultat : Ne t’attache qu’aux chiffres.

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Coup de coeur... René Char...

19 Décembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Commune présence

tu es pressé d'écrire
comme si tu étais en retard sur la vie
s'il en est ainsi fais cortège à tes sources
hâte-toi
hâte-toi de transmettre
ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
effectivement tu es en retard sur la vie
la vie inexprimable
la seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir
celle qui t'es refusée chaque jour par les êtres et par les choses
dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
au bout de combats sans merci
hors d'elle tout n'est qu'agonie soumise fin grossière
si tu rencontres la mort durant ton labeur
reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride
en t'inclinant
si tu veux rire
offre ta soumission
jamais tes armes
tu as été créé pour des moments peu communs
modifie-toi disparais sans regret
au gré de la rigueur suave
quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
sans interruption
sans égarement

essaime la poussière
nul ne décèlera votre union.

                                          _____________________

Si tu cries, le monde se tait: il s'éloigne avec ton propre monde.

Donne toujours plus que tu ne peux reprendre. Et oublie. Telle est la voie sacrée

Qui convertit l'aiguillon en fleur arrondit l'éclair.

La foudre n'a qu'une maison, elle a plusieurs sentiers. Maison qui s'exhausse,  sentiers sans miettes.

Petite pluie réjouit le feuillage et passe sans se nommer.  Nous pourrions être des chiens commandés par des serpents, ou taire ce que nous sommes.

Le soir se libère du marteau, l'homme reste enchaîné à son coeur.

L'oiseau sous terre chante le deuil sur la terre.

Vous seules, folles feuilles, remplissez votre vie.

Un brin d'allumette suffit à enflammer la plage où vient mourir un livre.  L'arbre de plein vent est solitaire. L'étreinte du vent l'est plus encore.

Comme l'incurieuse vérité serait exsangue s'il n'y avait pas ce brisant de  rougeur au loin où ne sont point gravés le doute et le dit du présent. Nous  avançons, abandonnant toute parole en nous le promettant.

                                       _______________________

Oh la toujours plus rase solitude

Des larmes qui montent aux cimes.

Quand se déclare la débâcle

Et qu'un vieil aigle sans pouvoir

Voit revenir son assurance,

Le bonheur s'élance à son tour,

À flanc d'abîme les rattrape.

Chasseur rival, tu n'as rien appris,

Toi qui sans hâte me dépasses

Dans la mort que je contredis.

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Coup de coeur... Jean Genet...

18 Décembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

"... Cet  amour- mais presque désespéré, mais chargé de tendresse- que tu dois  montrer à ton fil, il aura autant de force qu'en montre le fil de fer  pour te porter...

Le fil était mort- ou si tu veux muet aveugle- te voici: il va vivre et parler...

Tu l'aimeras et d'un amour presque charnel...

Ton fil de fer charge-le de la plus belle expression non de toi mais de  lui. Tes bonds, tes sauts, tes danses- en argot d'acrobate tes:  flic-flac, courbettes, saut périlleux, roues, etc..., tu les réussiras  non pour que tu brilles, mais afin qu'un fil d'acier qui était mort et  sans voix enfin chante...

A son tour le fil fera de toi le plus merveilleux des danseurs...

Je ne serais pas surpris, quand tu marches par terre que tu tombes et  te fasses une entorse. Le fil te portera mieux, plus sûrement qu'une  route...

La Mort- la Mort dont je te parle- n'est pas celle qui  suivra ta chute, mais celle qui précède ton apparition sur le fil. C'est  avant de l'escalader que tu meurs. Celui qui dansera sera mort- décidé à  toutes les beautés, capable de toutes. Quand tu apparaîtras une pâleur-  non, je ne parle pas de la peur, mais de son contraire, d'une audace  invincible- une pâleur va te recouvrir. Malgré ton fard et tes  paillettes tu seras blême, ton âme livide. C'est alors que ta précision  sera parfaite. Plus rien ne te rattachant au sol tu pourras danser sans  tomber. Mais veille de mourir avant d'apparaître, et qu'un mort danse sur le fil...

Si je lui conseille d'éviter le luxe dans sa vie privée, si je lui  conseille d'être un peu crasseux, de porter des vêtement avachis, des  souliers éculés, c'est pour que, le soir sur la piste le dépaysement  soit plus grand,... c'est parce que la réalité du cirque tient dans  cette métaphore de la poussière en poudre d'or, mais c'est surtout parce  qu'il faut que celui qui doit susciter cette image admirable soit mort,  ou, si l'on y tient, qu'il se traîne sur terre comme le dernier, comme  le plus pitoyable des humains...Qu'il n'existe enfin que dans son  apparition...

J'ajoute pourtant que tu dois risquer une mort  physique définitive. La dramaturgie du Cirque l'exige... Le danger a sa  raison : il obligera tes muscles à réussir une parfaite exactitude...et  cette exactitude sera la beauté de ta danse...

Sache contre qui tu  triomphes. Contre nous ,mais... ta danse sera haineuse. On n'est pas  artiste sans qu'un grand malheur s'en soit mêlé...

Pour acquérir  cette solitude absolue dont il a besoin s'il veut réaliser son œuvre-  tirée d'un néant qu'elle va combler et rendre sensible à la fois- le  poète peut s'exposer dans quelque posture qui sera pour lui la plus  périlleuse. Cruellement il écarte tout curieux, tout ami, toute  sollicitation qui tâcheraient d'incliner son œuvre vers le monde. S'il  veut, il peut s'y prendre ainsi : autour de lui il lâche une  odeur si nauséabonde, si noire qu'il s'y trouve égaré, à demi asphyxié  lui-même par elle...

Si tu danses pour le public, il le saura, tu es  perdu. Te voici un de ses familiers. Plus jamais fasciné par toi, il se  rassiéra lourdement en lui-même d'où tu ne l'arrachera plus...

Impolitesse du public : durant tes plus périlleux mouvements, il fermera  les yeux. Il ferme les yeux quand pour l'éblouir tu frôles la mort...

Tu connaîtras une période amère- une sorte d'Enfer- et c'est après ce  passage par la forêt obscure que tu resurgiras, maître de ton art. C'est  un des plus émouvants mystères que celui-là : après une période  brillante, tout artiste aura traversé une désespérante contrée, risquant  de perdre sa raison et sa maîtrise..."  

http://www.carnetdart.com/

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