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Vivement l'Ecole!

litterature

Coup de coeur... Kaouther Adimi...

13 Décembre 2020 , Rédigé par Librairie Mollat Publié dans #Littérature

Soirée chez Max-Pol Fouchet qui a beaucoup insisté pour que je sois là. Je crois que j'avais l'air lugubre, emmitouflé dans mon pardessus noir que je n'ai pas quitté. Il y avait beaucoup de monde. J'ai eu la joie de croiser René-Jean Clot et Frédéric Jacques Temple, jeune casqué arrivé en Algérie au début de l'été, qui aime écrire et qui a du goût pour la belle poésie. Était également présente la chansonnière juive, Agnès Capri, réfugiée à Alger. L'ambiance était électrique, tout le monde parlait à mots couverts de quelque chose qui allait se produire dans la nuit. Je suis rentré chez moi vers 4 heures du matin et une heure après, les Américains débarquaient ! Max-Pol redoutait que nous soyons arrêtés et nous avait réunis pour nous protéger.

Nous sommes soustraits à l'autorité de Vichy et devenons capitale de la France libre !

12 novembre 1942

Je croule sous les demandes et les commandes. Le papier circule de nouveau.

21 novembre 1942

Camus est bloqué au Chambon-sur-Lignon où il se soignait. Il devait rentrer en Algérie par bateau mais le débarquement l'a pris de court. Sa femme Francine, qui est revenue avant lui, me confie qu'il est dans une situation financière compliquée. Malheureusement, je ne trouve aucun moyen de lui faire parvenir de l'argent en France à cause de la coupure entre les deux pays.

2 décembre 1942

De nouveau mobilisé, je rejoins le gouvernement provisoire comme adjoint de l'amiral Barjot chargé de la propagande. Je dirige désormais le service des publications au ministère de l'Information. Nous avons le projet de créer les « éditions de France ». Un jeune homme mobilisé m'a demandé pourquoi je n'écrivais pas, moi qui aimais tant la littérature. Je n'ai pas osé lui répondre qu'écrire m'ennuie. Moi, j'aime publier, collectionner, faire découvrir, créer du lien par les arts !

11 décembre 1942

J'ai dîné avec Soupault qui m'a raconté son voyage à vélo à travers la Tunisie. Il a réussi à partir la veille de l'invasion de Tunis par les troupes allemandes. Il est ensuite retourné chercher Gide avec un avion militaire. Heureux de cette rencontre. Nous avons longuement discuté d'une collection que nous pourrions lancer ensemble. Il s'agirait de livres de poche pour les cinq continents qui paraîtraient en cinq langues. Projet ambitieux (surtout par les temps actuels) mais tellement nécessaire !

17 décembre 1942

Je mène une vie assez étrange entre la mobilisation qui m'enferme dans les casernes et mes rares moments de liberté où je rencontre des tas de gens. Depuis le débarquement, des écrivains, des artistes, des hommes et des femmes de partout arrivent à Alger. C'est une drôle de période.

Kaouther Adimi - Nos richesses

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Coup de coeur... Gilles Siouffi (sous sa direction)

12 Décembre 2020 , Rédigé par Actes Sud Publié dans #Histoire, #Littérature, #Art

La phrase française n’avait jusqu’à ce jour jamais été racontée. Or depuis le premier texte qui nous soit parvenu dans une langue distincte du latin (les Serments de Strasbourg en 842) jusqu’aux écritures numériques devenues notre quotidien, l’objet mouvant qu’est la phrase résiste à toute définition. Les linguistes eux-mêmes peinent à en proposer une description stable tant elle a évolué au fil des siècles. Et la notion elle-même n’est apparue qu’au XVIIIe siècle.

Afin de dévoiler tous les usages de la phrase, comme ses virtualités, cette histoire convoque de nombreuses pratiques culturelles où entrent en jeu l’oral et l’écrit : domaines religieux, éducatifs, politiques, juridiques, administratifs, journalistiques, commerciaux, et bien sûr la littérature. Elle explore ses aspects aussi divers que :

– le contact du français avec les autres langues (le latin d’abord, puis bien d’autres, comme l’anglais) et ses variations (patois, créoles, etc.) ;

– les rapports entre l’oral et l’écrit ;

– les fonctions du souffle, du rythme, de la prosodie, de la rhétorique ;

– la fonction littéraire de la phrase (quel rôle joue-t-elle pour l’écrivain ? quelles normes impose-t-elle ? qu’est-ce qu’un style personnel ou un style d’époque ?) ;

– le rapport de la phrase à la poésie (le vers la perturbe-t-il la phrase ?) et à la musique (chante-t-on une phrase comme on la dit ?) ;

– les fonctions sociales de l’écriture et de l’oralité (qui écrit et comment ? qu’est-ce qu’un peu-lettré ? quels sont les lieux des discours ?) ;

– l’importance des représentations savantes et normatives (grammaires, ouvrages de rhétorique, etc.) et des pratiques pédagogiques ;

– les mutations apportées par les révolutions technologiques successives (imprimerie, numérique).

Ainsi, au-delà de la phrase elle-même, ce livre fait-il découvrir au plus grand nombre l’étonnante « fabrique » de notre langue.

Cette entreprise inédite propose au lecteur un récit chronologique conduit par des spécialistes de chaque période et fondé sur l’exploitation directe de sources littéraires et non littéraires. Les nombreux textes observés sont toujours cités dans leur physionomie d’origine et parfois montrés en images (manuscrits, imprimés, cahiers d’écolier, SMS, etc.).

Serment de Louis le Germanique

Extraits des "Serments de Strasbourg"/842

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Coup de coeur... Jack-Alain Léger...

11 Décembre 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Jack-Alain Léger...

J'aime que ciel ait deux pluriels :
ciels --- ciels bas et blancs, ciels venteux, ciels gris, vastes ciels bleus fuyant au-dessus de la terre et courbant les blés sous l'ombre portée des nuages, ciels d'orage déchirés d'éclairs, grands ciels clairs des soirs d'été en Ombrie, listel d'or tiré entre la mer et l'infini, ténèbres roses de l'aube sur le Mont-Rose, brumes légères du crépuscule, spacieuse immensité silencieuse où le regard se perd ---,
cieux --- ces plafonds baroques où des dieux dansent autour de grand lustre ou, à l'inverse, ce lieu vide et sans âme, cet espace où seule se meut la pensée.
Je ne crois pas en Dieu. Je veux croire au bonheur. C'est-à-dire que je veux m'efforcer de toujours voir ce qu'il y a de cieux dans les ciels, de ciels dans les cieux.
Je veux lever les yeux sur ce ciel-ci, qui change.

Jack-Alain Léger - Maestranza

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Coup de coeur... Fawzia Zouari...

10 Décembre 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Vu du hublot, le ciel est un balcon sur mon village. Il me suffit de pencher la tête pour apercevoir le patio aux faïences bleues et la petite fille qui court les bras tendus vers elle. J’ai cinq ans. Maman n’a pas d’âge. J’enfouis par surprise ma tête dans son giron, elle esquisse un mouvement de recul, l’air de dire, pas d’effusions, combien de fois faut-il te répéter qu’on n’étreint pas sa mère ! Je m’accroche, glissant les doigts d’un côté et de l’autre de sa mélia ouverte sur les flancs. Elle hésite, finit par poser la main droite sur ma tête, jamais la gauche réputée porter malheur. Elle consent à appuyer doucement, et c’est comme si elle s’apprêtait à m’ouvrir l’accès de son ventre. À l’intérieur, juste au-dessus du bassin serré par une ceinture de laine tressée en sept rangs, je ramasse par poignées une obscurité soyeuse et sucrée. Je fouille entre les amulettes en forme de petits cubes, les boîtes à tabac, les épingles de sûreté, les clefs de toutes tailles, l’écorce de noyer qui lui sert à se blanchir les dents et la gomme arabique qui purifie son haleine. Une vraie caverne d’Ali Baba. Je comprends pourquoi, certaines nuits, mon père se mettait à crier dans son sommeil : « Yamna, mon trésor ! » Et elle de couvrir rageusement sa voix : « Que racontes-tu, toi l’homme ! Le trésor, nous ne l’avons jamais retrouvé ! »

Fawzia Zouari - Le corps de ma mère

 

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Coup de coeur... Haruki Murakami...

9 Décembre 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Haruki Murakami...

Parfois, le destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi la sienne. Tu changes à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête change son rythme elle aussi. C'est sans fin, cela se répète un nombre incalculable de fois, comme une danse macabre avec le dieu de la Mort, juste avant l'aube. Pourquoi ? parce que la tempête n'est pas un phénomène venu d'ailleurs sans aucun lien avec toi. Elle est toi même et rien d'autre. Elle vient de l'intérieur de toi. Alors la seule chose que tu puisses faire, c'est pénétrer délibérément dedans, fermer les yeux et te boucher les oreilles afin d'empêcher le sable d'y entrer, et la traverser pas à pas. Au cœur de cette tempête, il n'y a pas de soleil, il n'y a pas de lune, pas de repère dans l'espace ; par moments, même, le temps n'existe plus. Il n'y a que du sable blanc et fin comme des os broyés qui tourbillonne haut dans le ciel. Voilà la tempête de sable que tu dois imaginer.

Haruki Murakami - Kafka sur le rivage

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Coup de coeur... Guy de Maupassant...

8 Décembre 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Maintenant Georges s'était agenouillé à côté de sa femme dans le choeur, en face de l'autel illuminé. Le nouvel évêque de Tanger, crosse en main, mitre en tête, apparut, sortant de la sacristie, pour les unir au nom de l'Eternel.
Il posa les questions d'usage, échangea les anneaux, prononça les paroles qui lient comme des chaînes, et il adressa aux nouveaux époux une allocution chrétienne. Il parla de fidélité, longuement, en termes pompeux. C'était un gros homme de grande taille, un de ces beaux prélats chez qui le ventre est une majesté.
Un bruit de sanglots fit retourner quelques têtes. Mme Walter pleurait, la figure dans ses mains.
Elle avait dû céder. Qu'aurait-elle fait ? Mais depuis le jour où elle avait chassé de sa chambre sa fille revenue, en refusant de l'embrasser, depuis le jour où elle avait dit à voix très basse à Du Roy, qui la saluait avec cérémonie en reparaissant devant elle : " Vous êtes l'être le plus vil que je connaisse, ne me parlez jamais plus, car je ne vous répondrait point ! ", elle souffrait une intolérable et inapaisable torture. Elle haïssait Suzanne d'une haine aiguë, faite de passion exaspérée et de jalousie déchirante, étrange jalousie de mère et de maîtresse, inavouable, féroce, brûlante comme une plaie vive.
Et voilà qu'un évêque les mariait, sa fille et son amant, dans une église, en face de deux mille personnes, et devant elle ! Et elle ne pouvait rien dire ?
Guy de Maupassant - Bel-Ami
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Coup de coeur... Roland Barthes

7 Décembre 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

 Le langage est une peau: je frotte mon langage contre l’autre. C’est comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble de désir. L’émoi vient d’un double contact : d’une part, toute une activité de discours vient relever discrètement, indirectement, un signifié unique, qui est « je te désire », et le libère, l’alimente, le ramifie, le fait exploser (le langage jouit de se toucher lui-même) ; d’autre part, j’enroule l’autre dans mes mots, je le caresse, je le frôle, j’entretiens ce frôlage, je me dépense à faire durer le commentaire duquel je soumets la relation.

Roland Barthes - Fragments d'un discours amoureux

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Coup de coeur... Maxime Gorki...

6 Décembre 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Maxime Gorki...

Près de la fenêtre, dans une petite pièce presque obscure, mon père, tout de blanc vêtu et extraordinairement long, est couché sur le sol. Les doigts de ses pieds nus, animés d’un mouvement bizarre, s’écartent l’un de l’autre spasmodiquement, tandis que les phalanges caressantes de ses mains posées avec résignation sur sa poitrine restent obstinément contractées. Le regard joyeux de ses yeux clairs s’est éteint ; le visage si bon d’ordinaire apparaît morne et la saillie de ses dents entre les mâchoires distendues emplit mon cœur d’un vague effroi.

En jupe rouge, à demi vêtue, ma mère s’est agenouillée près de lui et, au moyen d’un petit peigne noir dont j’aime à me servir pour scier les écorces des pastèques, elle partage les longs et souples cheveux de mon père qui lui retombent obstinément sur le front. Sans arrêt, d’une voix pâteuse et rauque, elle parle, et de ses yeux gris boursouflés de grosses larmes s’égouttent comme des glaçons qui fondraient.

 

Maxime Gorki - Enfance

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Coup de coeur... Clarice Lispector...

5 Décembre 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Clarice Lispector...

Dans son appartement confortable de Rio de Janeiro, une femme commence sa journée, seule, face à une tasse de café. Elle sait qu'elle passera cette journée à la maison et que son travail devra être négligé. Elle a dû prendre cette sorte de congé pour s'occuper de son appartement à la suite du départ de la bonne.

 

Il y a donc une première rupture du rythme quotidien de cette femme. C'est la raison pour laquelle elle entame une interrogation sur le cours habituel de ses jours. Après, ayant décidé de faire le ménage dans la chambre de la bonne, elle découvre dans quelques signes laissés par la domestique qu'elle a vécu de longs mois, à côté de quelqu'un, resté totalement étranger. Commencent alors à sourdre les indices d'une seconde interrogation, plus large et plus complexe, qui part de ce point précis : son ignorance de l'autre, c'est-à-dire, de la domestique et de son monde...

 

... C'est en cherchant le sens primordial de ce qu'elle voit et ressent, et en essayant de comprendre les liens éventuels entre tout cela et Dieu, que G.H. avance, de station en station, dans sa passion, qui est à la fois un cri de douleur et de joie.

 

Clarice Lispector - La passion selon H.G.

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Coup de coeur... Federico Garcia Lorca...

4 Décembre 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

 
Derrière chaque miroir
il y a une étoile morte
et un enfant arc-en-ciel
qui dort.
 
Derrière chaque miroir
il y a une paix éternelle
et un nid de silences
qui n'ont pas volé.
 
Le miroir est la momie
de la source, il se ferme,
coquillage de lumière,
pour la nuit.
 
Le miroir
est la mère-rosée,
le livre qui dissèque
les crépuscules, l'écho fait chair.
 
Federico Garcia Lorca
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