Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

litterature

Coup de coeur... Homère...

28 Mars 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Alors survint l'âme du Thébain Tirésias, le sceptre d'or en main. Il me reconnut et me dit:

«Descendant de Zeus, fils de Laërte, Ulysse aux mille expédients, » pourquoi donc, malheureux, quittant la lumière du soleil, es-tu venu voir les morts et la région sans joie? Mais éloigne-toi de la fosse, écarte la pointe de ton épée, que je boive du sang et te dise la vérité. » Il parlait ainsi; moi, je m'éloignai et remis au fourreau mon épée aux clous d'argent. Quand il eut bu le sang noir, l'irréprochable devin m'adressa ces paroles: « C’est le retour doux comme le miel que tu cherches, glorieux Ulysse ; mais un dieu te le rendra pénible ; car l'Ébranleur de la terre ne te laissera point passer, je pense; il a conçu en son cœur de la rancune contre toi ; il t'en veut d’avoir ôté la vue à son cher fils. Mais, malgré sa colère, vous pourriez encore, au prix d'épreuves, arriver chez vous, si tu veux contenir ton cœur et celui de tes compagnons, dès l’instant où tu approcheras ton vaisseau bien charpenté de l’île du Trident, après avoir échappé à la mer violette, quand vous y trouverez au pacage les vaches et les robustes moutons d'Hélios, qui voit tout et entend tout. Si tu ne leur fais aucun mal, si tu penses à votre retour, vous pourrez encore, non sans souffrir, atteindre Ithaque ; mais si tu les endommages, alors je te prédis la perte de ton vaisseau et de tes compagnons ; et toi, si tu échappes au trépas, tu rentreras tard, en triste état, après avoir perdu tous tes compagnons, sur un vaisseau étranger ; tu trouveras en ta maison de quoi te peiner ; des hommes arrogants, qui dévorent ton bien, en prétendant à ta noble femme et lui offrant des présents de noces. »

Homère - L'Odyssée

Lire la suite

Coup de coeur... Hector Bianciotti...

27 Mars 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Hector Bianciotti...

Durant des années parfois, la vie semble manquer de vie, du moins à nos yeux. Jusqu'à ce qu'un jour, bon ou mauvais, les choses reviennent vers nous, nous cernent - les moments qu'alors nous ignorions qu'ils seraient notre enfer ou, plus rarement, notre paradis, reviennent et, se tenant par la main, forment une ronde d'heures, réduisant, estompant les images de la raison, et tout un carnaval grandit alors dans l'ombre tandis qu'un enfant, un train qui part, une mère en larme, une voix, un visage, ou le portrait de ce visage, un crépuscule qui allonge l'ombre des statues, un mort ou un adieu apparaissent et demeurent, omniprésent dans la masse stratifiée de cette vie que les années ont polie - comme dans les cicatrices profondes de la pierre surgissent, quand la patience les polit, la goutte d'eau, la fougère ou le triangle équilatéral, plus forts que la splendeur compacte de la pierre.

Hector Bianciotti - L'Amour n'est pas aimé

Lire la suite

Coup de coeur... François Rabelais...

26 Mars 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Quand Pantagruel fut né, qui fut  bien ébahi et perplexe? Ce fut Gargantua son père. Car, voyant d'un côté  sa femme Badebec morte, et de l'autre son fils     Pantagruel né, tant beau et tant grand, ne savait que dire ni que  faire, et le doute qui troublait son entendement était à savoir s'il  devait pleurer pour le deuil de sa femme, ou rire pour la  joie de son fils. D'un côté et d'autre, il avait arguments  sophistiques qui le suffoquaient car il les faisait très bien in modo et  figura, mais il ne les pouvait souldre, et par ce moyen, demeurait empêtré comme la souris empeigée, ou un milan pris au  lacet.  

« Pleurerai-je ? disait-il. Oui,  car pourquoi ? Ma tant bonne femme est morte, qui était la plus ceci, la  plus cela qui fût au monde. Jamais je ne la verrai,     jamais je n'en recouvrerai une telle : ce m'est une perte  inestimable. O mon Dieu que t'avais-je fait pour ainsi me punir ? Que  n'envoyas-tu la mort à moi premier qu'à elle ? car vivre sans elle ne m'est que languir. Ha ! Badebec, ma mignonne, m'amie — mon petit  con (toutefois elle en avait bien trois arpents et deux sexterées), ma  tendrette, ma braguette, ma savate, ma pantoufle, jamais     je ne te verrai. Ha ! pauvre Pantagruel, tu as perdu ta bonne mère,  ta douce nourrice, ta dame très aimée ! Ha, fausse mort, tant tu m'es  malivole, tant tu m'es outrageuse, de me tollir celle à laquelle immortalité appartenait de droit ! »  

Et, ce disant, pleurait comme une vache; mais tout soudain riait comme un veau, quand Pantagruel lui venait en mémoire.  

« Ho, mon petit fils, disait-il,  mon couillon, mon peton, que tu es joli et tant je suis tenu à Dieu de  ce qu'il m'a donné un si beau fils, tant joyeux, tant     riant tant joli. Ho, ho, ho, ho ! que je suis aise ! Buvons, ho ! laissons toute mélancolie ! Apporte du meilleur, rince les verres, boute  la nappe, chasse ces chiens, souffle ce feu, allume la chandelle, ferme cette porte, taille ces soupes, envoie ces pauvres,  baille-leur ce qu'ils demandent ! Tiens ma robe, que je me mette en  pourpoint pour mieux festoyer les commères. »  

Ce disant, ouït la litanie et  les Mementos des prêtres qui portaient sa femme en terre, dont laissa  son bon propos, et tout soudain fut ravi ailleurs,     disant :  

« Seigneur Dieu, faut-il que je  me contriste encore ? Cela me fâche, je ne suis plus jeune, je deviens  vieux, le temps est dangereux, je pourrai prendre quelque     fièvre; me voilà affolé. Foi de gentilhomme, il vaut mieux pleurer  moins et boire davantage ! Ma femme est morte, et bien, par Dieu ! (da  jurandi), je ne la ressusciterai pas par mes pleurs : elle est bien, elle est en paradis pour le moins, si mieux n'est;  elle prie Dieu pour nous, elle est bien heureuse, elle ne se soucie plus  de nos misères et calamités. Autant nous en pend à l'œil. Dieu garde le demeurant ! Il me faut penser d'en trouver une  autre. »   

François Rabelais - Pantagruel

Lire la suite

Coup de coeur... Natalia Ginzburg...

25 Mars 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Photograph by Leonardo Cendamo / LUZ / Redux

Photograph by Leonardo Cendamo / LUZ / Redux

Ma mère, elle, était optimiste de caractère et elle attendait quelque magnifique coup de scène. Elle s'attendait à ce qu' "on renversât", un beau jour, Mussolini.
Ma mère sortait le matin, en disant :
- Je vais voir si le fascisme tient toujours debout. Je vais voir si l'on a renversé Mussolini.
Elle recueillait des allusions et des racontars dans les magasins et elle en tirait de réconfortants auspices. A table, elle disait à mon père:
- Il y a du mécontentement dans l'air. Les gens n'en peuvent plus.
- Qui te l'a dit? hurlait mon père.
- C'est mon marchand de légumes qui me l'a dit, répondait ma mère.

Natalia Ginzburg - C'est ainsi que cela s'est passé

Lire la suite

Coup de coeur... Philip Kerr

24 Mars 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Je marchais vers le sud en direction du Jardin botanique. Le pâle ciel d'automne était empli de l'exode de millions de feuilles que le vent déportait aux quatre coins de la ville, loin des branches qui leur avaient donné la vie. Ici et là, des hommes au visage de pierre travaillaient avec lenteur et concentration pour contrôler cette diaspora végétale, brûlant les branches de frêne, de chêne, d'orme, de hêtre, de sycomore, d'érable, de marronnier, de tilleul et de saule pleureur, tandis que l'âcre et grise fumée flottait dans l'air comme le dernier souffle d'âmes perdues. Pourtant, d'autres feuilles continuaient à tomber, à tomber sans cesse, de sorte que les tas se consumaient sans diminuer, et tandis que je regardais rougeoyer la braise des feux en humant les gaz chauds de cette mort végétale, il me sembla sentir l'odeur de la fin de toute chose.

Philip Kerr - La Trilogie Berlinoise

Lire la suite

Rimbaud philosophe... (Audio)

24 Mars 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Littérature, #Art, #Philosophie

Paul Cézanne, Nature morte avec pain et oeufs, 1865, Museum of art Cincinnati

Paul Cézanne, Nature morte avec pain et oeufs, 1865, Museum of art Cincinnati

Retour sur ce thème inédit de la Faim et de la Soif dans la poésie d'Arthur Rimbaud.

"Là, je bois de l'eau toute la nuit, je ne vois pas le matin, je ne dors pas, j'étouffe." Arthur Rimbaud se confie à son ami Ernest Delahaye en juin 1872 : il manque de tout, d'argent, d'eau et de nourriture.

Noirs dans la neige et dans la brume,
 Au grand soupirail qui s’allume,
 Leurs culs en rond,
 À genoux, cinq petits, — misère ! —
 Regardent le boulanger faire
 Le lourd pain blond…
 Ils voient le fort bras blanc qui tourne
 La pâte grise, et qui l’enfourne
 Dans un trou clair. 
 Ils écoutent le bon pain cuire. 
 Le boulanger au gras sourire 
 Chante un vieil air. 
 Ils sont blottis, pas un ne bouge, 
 Au souffle du soupirail rouge, 
 Chaud comme un sein. 
 Et quand, pendant que minuit sonne, 
 Façonné, pétillant et jaune,
 On sort le pain ;
 Quand, sous les poutres enfumées, 
 Chantent les croûtes parfumées, 
 Et les grillons ;
 Quand ce trou chaud souffle la vie ;
 Ils ont leur âme si ravie, 
 Sous leurs haillons, 
 Ils se ressentent si bien vivre, 
 Les pauvres petits pleins de givre, 
 - Qu’ils sont là, tous, 
 Collant leurs petits museaux roses 
 Au grillage, chantant des choses 
 Entre les trous, 
 Mais bien bas, - comme une prière,
 Repliés vers cette lumière
 Du ciel rouvert, 
 - Si fort, qu’ils crèvent leur culotte, 
 - Et que leur lange blanc tremblotte 
 Au vent d’hiver…

« Les Effarés » in Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, Un concert d’enfers : Vies et poésies, (Quarto Gallimard, 2017) p.500 et 501

La suite est à retrouver en cliquant ci-dessous

Lire la suite

Coup de coeur... Anyi Wang...

23 Mars 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Anyi Wang...

Si on avait pu soulever le toit de cette résidence, on aurait découvert un gracieux spectacle, formé d'un monde de mousselines, de franges et de velours, où même les meubles irradiaient la douce luisance du brocart. Ce monde doux et chatoyant était orné à profusion de mousseline et de crêpe du sol au plafond. Il se paraît d'une débauche de broderies sur les tapis de bain, les coussins des fauteuils, le dessus-de-lit et le jeté de table. C'était un univers créé de mille points et de dix mille aiguillées de soie à broder, dans une gamme infinie de coloris qui pouvait aller jusqu'à cent nuances différentes de rouges.

Anyi Wang - Le Chant des Regrets Eternels

Lire la suite

Coup de coeur... Hermann Hesse...

22 Mars 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Hermann Hesse...

Ah ! Si j’avais pu être mort ! Mais j’étais seulement un peu indisposé, comme cela m’arrivait souvent et par là, rien n’était arrangé. J’étais délivré de l’école, mais non pas de Kromer qui, à onze heures, m’attendrait sur la place du marché. Et la bonté de ma mère ne m’était d’aucun réconfort ; elle m’importunait et me faisait mal. Je fis semblant de dormir et me mis à réfléchir. Rien à faire ! Il fallait que, à onze heures, je sois sur la place du marché. Alors, à dix heures, je me levai doucement en disant que j’allais mieux. En pareil cas, il me fallait ou retourner au lit, ou bien me rendre à l’école l’après-midi. Je déclarai que j’irais volontiers à l’école. J’avais établi un plan.

Hermann Hesse - Demian

Lire la suite

Coup de coeur... Emile Zola...

21 Mars 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

  Les femmes avaient paru, près d'un millier de femmes, aux cheveux épars, dépeignés par la course, aux guenilles montrant la peau nue, des nudités de femelles lasses d'enfanter des meurt-de-faim. Quelques-unes tenaient leur petit entre les bras, le soulevaient, l'agitaient, ainsi qu'un drapeau de deuil et de vengeance. D'autres, plus jeunes, avec des gorges gonflées de guerrières, brandissaient des bâtons; tandis que les vieilles, affreuses, hurlaient si fort, que les cordes de leurs cous décharnés semblaient se rompre. Et les hommes déboulèrent ensuite, deux mille furieux, des galibots, des haveurs, des raccommodeurs, une masse compacte qui roulait d'un seul bloc, serrée, confondue, au point qu'on ne distinguait ni les culottes déteintes, ni les tricots de laine en loques, effacés dans la même uniformité terreuse. Les yeux brûlaient, on voyait seulement les trous des bouches noires, chantant la Marseillaise, dont les strophes se perdaient en un mugissement confus, accompagné par le claquement des sabots sur la terre dure. Au-dessus des têtes, parmi le hérissement des barres de fer, une hache passa, portée toute droite ; et cette hache unique, qui était comme l'étendard de la bande avait, dans le ciel clair, le profil aigu d'un couperet de guillotine.

    - Quels visages atroces ! balbutia Mme Hennebeau.

    Négrel dit entre ses dents :

    Le diable m'emporte si j'en reconnais un seul ! D'où sortent-ils donc, ces bandits-là ?

    Et, en effet, la colère, la faim, ces deux mois de souffrance et cette débandade enragée au travers des fosses, avaient allongé en mâchoires de bêtes fauves les faces placides des houilleurs de Montsou. A ce moment, le soleil se couchait, les derniers rayons, d'un pourpre sombre, ensanglantaient la plaine. Alors, la route sembla charrier du sang, les femmes, les hommes continuaient à galoper, saignants comme des bouchers en pleine tuerie.

    - Oh ! superbe ! dirent à demi-voix Lucie et Jeanne, remuées dans leur goût d'artistes par cette belle horreur.

Germinal - Emile Zola - Extrait de la cinquième partie, chapitre 5

Lire la suite

Coup de coeur... Un texte de Mustapha Saha en hommage à Jacques Sauvageot, "coeur pur" de Mai 68

20 Mars 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique, #Littérature

Coup de coeur... Un texte de Mustapha Saha en hommage à Jacques Sauvageot, "coeur pur" de Mai 68

Le temps des barricades...

 

Rappelle-toi Clara la cachette stressante

Où nos corps éprouvés par les coups de matraque

S’aimantèrent sans bruit jusqu’à l’aube naissante

Pendant que rugissaient les griffons de la traque

Mon mouchoir imprégné d’une odeur de manille

Comme unique parade aux gaz lacrymogènes

Ton haleine embaumée d’un nectar de vanille

Où mon souffle puisait ses bulles d’oxygène

Rappelle-toi Clara le campus de Nanterre

Où germa la révolte au creux des bidonvilles

Je n’avais pour trésor qu’un matelas par terre

Tu vivais dans les ors d’un manoir à Trouville

Des forbans de piscine épris de libido

Ainsi nous décrivait la presse puritaine

Et notre abordage ludique et sans credo

Chavira le navire et son grand capitaine

Pirates sûrement de vie pleine et festive

Quand nous prîmes d’assaut la tour des mandarins

Tu flânais sur le pont seule contemplative

J’étais déjà croché dans tes rêves marins

Rappelle-toi Clara cette cour des miracles

Que l’austère Sorbonne abrita par gageure

Ces clowns autogérés qui jouaient les oracles

Ces belles tatouées de slogans ravageurs

Et ces mots affranchis des entraves morales

Et ces mains délivrées de mille ans d’interdits

Qui célébraient sans fin sur des fresques murales

Le feu d’artifice des plaisirs inédits

Les doctes professeurs mangeaient des mandarines

Les statues de marbre clignaient d’un œil complice

Je flattais en secret ta bouche purpurine

Tu murmurais mon nom comme un tendre supplice

Rappelle-toi Clara ces mutins du savoir

Qui scandaient en couleur aux portes des palais

La beauté dans la rue la laideur au pouvoir

Et transformaient l’asphalte en jardins d’azalées

Des brassées de pensées s’offraient sur les trottoirs

Des tourbillons d’idées à donner le vertige

Jaillissaient de partout furtifs aléatoires

Des projets insensés fleurissaient les vestiges

Nous fûmes du gaullisme incrédules témoins

Et de notre légende acteurs sans vanité

Des fous de liberté rien de plus rien de moins

Le temps de nos vingt ans valait l’éternité

Rappelle-toi Clara la retraite aux Beaux-arts

La lecture à deux voix de Marcuse et Fanon

Les artistes grimés comme des maquisards

Les affiches tirées comme obus de canon

Et ces moments de trêve entre deux escarmouches

Passées dans l’urgence d’inventives ripostes

Forgeurs de canulars meneurs et fines mouches

Croisaient leurs trouvailles du centre aux avant-postes

Et ces journées de paix sur les bords de la Seine

Sous les saules pleureurs s’éloignait la colère

J’écrivais un hommage aux captifs de Vincennes

Tu plongeais dans un livre et voguait la galère

Rappelle-toi Clara l’ultime barricade

Que nos mains écorchées cimentaient de broutilles

Ton sourire inondé de désir en cascade

Mon regard embrumé de fictives Bastilles

Les bricoleurs testaient d’improbables mélanges

Les stratèges parlaient de théories des feintes

Je dormis dans tes bras du bref sommeil de l’ange

Tu veillas sans rancœur nos utopies défuntes

La rue des Saints-Pères sa plage et ses pavés

Furent vite écurés par les pires cerbères

Du sang noir serpentait sur mon jean délavé

Un clochard nous sourit au pied d’un réverbère

Mustapha Saha, cofondateur du Mouvement du 22 Mars

Lire la suite