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Vivement l'Ecole!

litterature

Coup de coeur... Charles Dickens...

23 Octobre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

- Cela passera avec le temps.

- Jamais Estella !

- Dans une semaine, vous m'aurez chassée de vos pensées.

- De mes pensées ! Mais vous faîtes partie de mon existence, partie de moi-même. Vous avez été dans chaque ligne que j'ai lue depuis que je suis venu ici pour la première fois, pauvre gamin vulgaire et grossier dont vous torturiez déjà le cœur. Vous avez été présente dans chaque paysage que j'ai vu depuis lors, sur la rivière, dans les voiles des bateaux, dans les marais, dans les nuages, dans la lumière, dans l'obscurité, dans le vent, dans les bois, dans la mer, dans les rues. Vous avez été l'incarnation de toutes les gracieuses fantaisies dont mon esprit s'est rempli. Les pierres dont sont faits les plus solides bâtiments de Londres ne sont pas plus réelles ni plus impossibles à déplacer que votre présence et votre influence en moi, ici, et partout, et toujours. Estella, jusqu'à la dernière heure de ma vie, vous continuerez en dépit de vous-même à faire partie de moi, du peu de bien qu'il y a en moi, et aussi de ce qu'il y a de mauvais. Mais au moment de cette séparation, je ne veux vous associer qu'avec le bien, et je continuerai fidèlement à le faire, car vous devez m'avoir fait beaucoup plus de bien que de mal, quelle que soit la peine immense que j'éprouve en ce moment. Oh! que Dieu vous bénisse! que Dieu vous pardonne!

 

Charles Dickens - Les grandes espérances

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Coup de coeur... Nina Berberova...

22 Octobre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Le soir de nôtre arrivée, je me suis jetée au lit sous l'édredon. Au moment de m'endormir, j'ai senti un animal gratter sous l'oreiller, mais je n'avais pas la force de rallumer la bougie et de laisser s'échapper cette bête inconnue. D'après les bruits qui me parvenaient, je devinais qu'elle devait être petite et active. Elle ne grignotait pas comme une souris, de façon monotone, ennuyeuse et obstinée. Elle jouait sous mon oreiller et explorait les contours de ma tête. Je décidai que, de toute manière, elle ne pouvait pas me manger et m'endormis, épuisée.

Je fus réveillée, le lendemain matin, par une sensation curieuse. Quelque chose mordillait doucement les doigts de mon pied droit. C'était le tamias qui s'était amusé durant la nuit sous mon oreiller. On trouve partout en Amérique ces petites bêtes enjouées à la queue touffue qui, lorsqu'elles aperçoivent un homme, se dressent sur les pattes postérieures et les saluent de leurs pattes antérieures. Le mien s'installa le matin même dans la cuisine, puis il disparut pour reparaître de temps à autre dans la cabane, en compagnie d'une demi-douzaine d'autres.

Nina Berberova - C'est moi qui souligne

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Coup de coeur... Molière - Le Misanthrope

21 Octobre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Célimène

Mais de tout l'univers vous devenez jaloux.

 

Alceste

C'est que tout l'univers est bien reçu de vous.

 

Célimène

C'est ce qui doit rasseoir votre âme effarouchée,

Puisque ma complaisance est sur tous épanchée ;

 

Et vous auriez plus lieu de vous en offenser,

Si vous me la voyiez sur un seul ramasser.

 

Alceste

Mais moi, que vous blâmez de trop de jalousie,

Qu'ai−je de plus qu'eux tous, Madame, je vous prie ?

 

Célimène

Le bonheur de savoir que vous êtes aimé.

 

Alceste

Et quel lieu de le croire a mon coeur enflammé ?

 

Célimène

Je pense qu'ayant pris le soin de vous le dire,

Un aveu de la sorte a de quoi vous suffire.

 

Alceste

Mais qui m'assurera que, dans le même instant,

Vous n'en disiez peut−être aux autres tout autant ?

 

Molière - Le Misanthrope

 

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Coup de coeur... Henry Miller...

19 Octobre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Je souris parce que toutes les fois que nous touchons au sujet de ce livre qu'il écrira quelque jour, les choses prennent un tour incongru. Il suffit qu'il dise "mon livre", et aussitôt le monde s'amenuise aux dimensions privées de Van Norden et Cie. Il faut que le livre soit absolument original, absolument parfait. C'est pourquoi, entre autres raisons il lui est impossible de le mettre en train. Dès qu'il a une idée, il se met à la contester. Il se rappelle que Dostoïevski s'en est servi, à moins que ce ne soit Knut Hansum, ou encore un autre. " Je ne dit pas que je veuille mieux faire qu'eux mais je veux être différent". Ainsi donc, au lieu de s'attaquer à son livre, il lit auteur après auteur, afin d'être absolument sûr qu'il ne vas pas fouler leurs plate-bandes. Et plus il lit, plus il cède au mépris. Il n'en est point de satisfaisant, point qui atteigne à ce degré de perfection qu'il s'est imposé. Et, oubliant complètement qu'il n'a pas écrit un chapitre, il parle d'eux avec condescendance, exactement comme s'il existait une étagère de livres portant son nom, livres familiers à tous et dont il est superflu de mentionner les titres.

Henry Miller - Tropique du Cancer

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Coup de coeur... Dominique Barbéris...

18 Octobre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Elle n’a pas allumé. Elle paraissait perdue dans sa rêverie, les yeux toujours fixés sur l’arbre.
J’ai pensé que nos souvenirs étaient comme lui, qu’ils avaient un tronc solide et caché dans l’ombre. La nuit, quand on se penche et qu’on regarde le jardin on croit que tout est noir, mais c’est faux. Il y a, au cœur de l’ombre, ces troncs solides. Et si on marchait dans le noir sans faire attention, on se cognerait le front et on se ferait un bleu terrible.
J’ai demandé : “Quelqu’un que tu vois encore ? – Oh non, bien sûr que non ! C’est fini depuis longtemps. Simplement, je t’ai dit, ça me revient. Le dimanche, tu ne trouves pas, certaines choses vous reviennent davantage.” 

Dominque Berbéris - Un dimanche à Ville-d'Avray

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Coup de coeur... 17 octobre 1961... Un texte de Magyd Cherfi...

17 Octobre 2019 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Littérature, #Histoire

Coup de coeur... 17 octobre 1961... Un texte de Magyd Cherfi...

Quand d'octobre vient la fin...

Le mois d'octobre c'est le mois du pauvre, il y pousse des fourches, des marteaux des faucilles, des croissants de lune et des verbes à l'impératif. c'est un mois qui secoue la terre pour la dépoussiérer des vieux os calcifiés, un mois purificateur qui veut se débarrasser des vieilles couennes à particules, des étendards au lys fleuri. Parfois il choisit le silence, un silence déterminé à faire éclater les tympans. Il y pousse des hommes qui se croient invincibles et prennent leur torse pour des boucliers et c'est pour ça qu'ils meurent. Que de morts en octobre ! à croire qu'ils se prennent les hommes pour des graines d'humains. En se jetant à terre, ils se sèment puis attendent au printemps, la repousse plus dense plus touffue, pour nourrir la colère et refaire le monde...

Moi, le fils d'immigré j ai ma fierté du seul moment arabe en territoire de France qui redressa l'orgueil d'un je-ne-sais-quoi m'appartenant. Un moment civil, pacifiste et fier qui fut plus maghrébin qu'arabe, un héritage digne de ce nom. Un acte idéal auquel rien est à reprocher. Quand on est orphelin de la petite comme de la grande histoire, il est bon d'hériter de cela et moi qui cherche dans l'épouvante quelques traces de mon histoire, je fige une date, le 17 octobre 61.

Sur ma route, point de cailloux blancs qui me ramènent à bon port, juste le hasard, un peu de chance et le bon vouloir de quelques charitables.

Octobre, oui j'ai mon octobre, la signature des miens comme un serment du Jeu de paume réapproprié à la sauce immigrée. Je me raccroche à cette manif comme à un pan d'histoire, comme à un linceul ensanglanté, un bout de parchemin qui dit du bien des miens, ces inconnus, ces bruns à moustaches, ces brunes désœuvrées, fantoches à la merci des regards, à la merci de leur apparence. Une apparence suspecte et jugée coupable car l'apparence est un tort... parfois un crime. Merci d'avoir marché chers anonymes, merci pour l'ossature qui me fait tenir droit. Les marches ont du panache quand elles servent une cause, elles sont toutes pionnières car aucune ne ressemble à une autre et pourtant elles se ressemblent toutes.

Lorsque sur le trottoir, j'assiste à une marche à laquelle je ne participe pas, c'est un spectacle à mes mirettes du don de soi. Chacun fait le don de son temps, il le fait pour d'autres plus fragiles, des souffrants lointains qui ne savent même pas l'existence du geste. Mon cœur applaudit souvent ces marches gratuites dont on ne retient pas les visages, car le nombre annihile, la foule efface, évapore les distinguos, il ne reste que la vague mouvante et les minutes à compter avant qu'elle meure, car elle meurt, la marche, derrière les balais et les camions citernes des services d'assainissement.

Octobre ma révolution, ma marche vers la Bastille, oui j'ai tout. Cher mois tu as armé mon bras, rempli ma tête et soulagé l'âme. C'était dans la Ville Lumière, oh ! le beau choix, la belle mort, la victoire certaine. Certaine, car on est jamais le vainqueur de sa victime si elle a les mains nues et qu'on est soi-même armé. J'ai mon moment de gloire, mon mausolée, mon édit de Barbès, réconciliant des Français entre eux en leur accordant une part du patrimoine qui leur est dû. Un partage dans la douleur.

Octobre 61, ma date de naissance, mon épitaphe, mon faire-part, une nuit, une vie.

En devenant algériens, les indigènes ont rendu à la France une part de sa dignité perdue en Algérie. En marchant, ils n'ont fait qu'imiter leurs maîtres, parce que ce sont les maîtres qu'on imite pas les valets. Les maîtres devraient se méfier de leur statut. Un maître, malgré lui, s'entoure d'ennemis, ceux qui le servent. Un maître a ses élèves qui l'envient, car l'élève s'élève et c'est rare qu'il ne veuille pas de la place de choix.

Et ce fut un massacre, une boucherie sanguinaire où le bougnoule se devait de crever la bouche enfoncée dans la vase des bords de Seine. Je les imagine, les chefaillons rigides et revanchards, chauffés à la mauvaise bière, la bave aux lèvres à l'idée de mastiquer du bougnoule. Y'a dans ce mot bougnoule, une sonorité nauséabonde, une vilénie visqueuse qui autorise à penser que c'est comme une incarnation du reptile achevé de rongeur, une hybridité malsaine et flasque, quelque chose de dégueulasse qu'il faut éliminer à tout prix.

On dit que ce sont les Allemands qui traitaient les paysans français de bougnoule, qu'importe. Pour les Français ce ne fut qu'un passage obligé, pour nous, un attribut héréditaire.

Je les visite dans ma mémoire, ces commissariats, jusqu'au fond des murs dans la condensation des verbes portés à ébullition pour éliminer tout remord, toute espèce de sentiment humain...

« Messieurs c'est pas des hommes ou des femmes qui vont défiler ce soir, c'est la vermine cannibale qui mangera vos enfants et violera vos femmes. Ils n'ont pas de terre, pas de religion et du respect que pour celui qui les mettra à genoux, cognez messieurs. Cognez jusqu'à leur passer le goût de vouloir se prendre pour des hommes. Il en va de la grandeur de la France. L'humanité c'est nous ! le reste ne fait que lui ressembler ».

«La grandeur de la France» ! tu parles d'une extrapolation ! Moi je suis né français mais la France a ça de délirant qu'on peut y naître par le versant minuscule, le versant bronzé que curieusement le soleil n'éclaire jamais. Né sans particule, sans orthographe, sans passé. Je suis né de ce versant douteux parmi tant d'autres dans le relief indéfini qui vous fait apatride.

On peut naître français sans jamais le devenir, ça en donne des raisons de marcher.

Depuis que je sais ça, je sais qu'il me faudra vaincre ce que d'autres ont acquis sans efforts. Quelle injustice ! L 'adversité va faire son beurre du curriculum vitae ici présent. Je vais enquiller des tours de France, sans plats ni lignes d'arrivée, de la montagne à qui mieux mieux et c'est pas ce qui manque dans ce paradis aux six côtés inégaux.

Depuis, et comme prévu, j'ai fait ma route. J'ai grimpé sur la paroi formée des corps de mes ancêtres, ils m'ont offert leur dos pour que l'escalade se fasse sans accrocs, je suis monté, monté pour leur dire qu'il existe de l'autre côté une prairie de terre grasse à nourrir mille générations, un champ où les quatre saisons se distinguent pour donner un éternel recommencement. Arrivé à la cime des montagnes les plus hautes, j'ai compris que j'étais toujours pas français, je l'étais dans le cœur, dans la tête et dans l'âme mais ça n'a pas suffi. J'ai vu se former des grimaces, la grimace des premiers arrivés et j'ai compris qu'on ne devient pas français par l'effort, le sacrifice ou l'adhésion, on le devient dans le regard de l'autre. Quelque carte d'identité qui soit ne fait pas le français, quelque devoir accompli ou droit acquis non plus, pas même l'allégeance au drapeau ou a l'hymne, rien ne vous parraine quand le regard se détourne de l'effort consenti.

C'est pour cela qu'on marche, pourquoi courir si la mort est l'aboutissement des requêtes ?

(...)

Magyd Cherfi

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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Coup de coeur... Patrick Modiano...

15 Octobre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

D’ailleurs, pour parler franc, je n’ai jamais eu d’agendas et je n’ai jamais écrit de journal. Cela m’aurait facilité les choses. Mais je ne voulais pas comptabiliser ma vie, je la laissais s’écouler comme l’argent fou qui file entre les doigts. Je ne me méfiais pas. Quand je pensais à l'avenir, je me disais que rien ne serait perdu de tout ce que j'avais vécu. Rien. J'étais trop jeune pour savoir qu'à partir d'un certain moment vous butez sur des trous de la mémoire.

Patrick Modiano - Encre sympathique

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Coup de coeur... Franz Kafka...

14 Octobre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

« Ce qui égare souvent dans les journaux, les conversations, au bureau, c’est la vie débordante du langage ; ensuite, c’est l’espoir, suscité par une faiblesse momentanée, qu’on va connaître dans un instant une illumination d’autant plus violente que soudaine ; ou encore, uniquement une forte confiance en soi, ou une simple nonchalance, ou une grande impression du présent que l’on veut à tout prix décharger sur l’avenir ; ou encore la supposition qu’un sincère enthousiasme vécu dans le présent justifierait toutes les incohérences de l’avenir ; ou encore le plaisir que vous procurent des phrases dont le milieu est soulevé par un ou deux chocs et qui vous ouvrent graduellement la bouche jusqu’à lui faire atteindre sa plus grande dimension, même si elles vous la ferment ensuite beaucoup trop vite et en vous la tordant ; ou encore l’indice d’une possibilité de jugement catégorique fondé sur la clarté ; ou encore l’effort qu’on fait pour donner de l’entrain à un discours qui, en réalité, touche à sa fin ; ou encore une envie de quitter le sujet en toute hâte, ventre à terre s’il le faut ; ou encore un désespoir qui cherche une solution au problème de sa respiration difficile ; ou encore le désir passionné d’une lumière sans ombres – tout ceci pour vous égarer au point de vous faire dire des phrases comme celle-ci : « Le livre que je viens de finir est plus beau que tous ceux que j’ai lus jusqu’à présent » ou bien « est d’une beauté que je n’ai encore trouvée dans aucun livre. »

Kafka, Journal (1910, 2 novembre)

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Coup de coeur... Fawzia Zouari...

13 Octobre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Elle ne refusait pas la réalité. Elle laissait simplement la porte ouverte à l’Étrange qui prenait place au milieu de son quotidien et l’agençait à son gré. Dieu y menait la ronde des destins, l’œil narquois et la barbe en friche. Il tapait du poing, la voûte bleue se fissurait et les débris éclaboussaient le parterre du globe ! Il éternuait sous l’effet des péchés nauséabonds, assurait-elle, et Son turban menaçait de dégringoler. Alors, les créatures ne savaient plus où se mettre. Dame Nature hurlait parce que la poche des eaux se rompait. La crue noyait les champs et allait sécher sur les collines des pays voisins. Le ciel se retournait sur le dos pour découvrir son front limpide après l’averse. Et le vent se faufilait dans le ventre des femmes aussi prestement qu’à l’intérieur des châteaux hantés ! Ainsi parlait maman.

Fawzia Zouari - Le corps de ma mère

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Coup de coeur... Wajdi Mouawad... (+ conférence que je conseille à tous les collègues)

12 Octobre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Aube. Forêt. Rocher. Arbres blancs. Nawal (14 ans). Wahab. 

NAWAL.

Wahab ! Ecoute moi. Ne dis rien. Non. Ne parle pas. Si tu me dis un mot, un seul, tu pourrais me tuer. Tu ne sais pas encore, tu ne sais pas le bonheur qui va être notre malheur. Wahab, j’ai l’impression qu’à partir du moment où je vais laisser échapper les mots qui vont sortir de ma bouche, tu vas mourir toi aussi. Je vais me taire, Wahab, promets-moi alors de ne rien dire, s’il te plaît, je suis fatiguée, s’il te plaît, laisse le silence. Je vais me taire. Ne dis rien.

Elle se tait.

Je t’ai appelé toute la nuit. J’ai couru toute la nuit. Je  savais que j’allais te trouver au rocher aux arbres blancs. Je voulais le hurler pour que tout le village l’entende, pour que les arbres l’entendent, que la nuit l’entende, pour que la lune et les étoiles l’entendent. Mais je ne pouvais pas. Je dois te le dire à l’oreille, Wahab, après, je ne pourrai plus te demander de rester dans mes bras même si c’est ce que je veux le plus au monde, même si j’ai la conviction que je serai à jamais incomplète si tu demeures à l’extérieur de moi, même si, à peine sortie de l’enfance, je t’avais trouvé, toi, et qu’avec toi je tombais enfin dans les bras de ma vraie vie, je ne pourrai plus rien te demander.

Il l’embrasse.

J’ai un enfant dans mon ventre, Wahab ! Mon ventre est plein de toi. C’est un vertige, n’est ce pas ? C’est magnifique et horrible, n’est ce pas ? C’est un gouffre et c’est comme la liberté aux oiseaux sauvages, n’est ce pas ? Et il n’y a plus de mots ! Que le vent ! Quand j’ai entendu la vieille Elhame me le dire, un océan a éclaté dans ma tête. Une brûlure.

INCENDIES (Wajdi Mouawad, Actes Sud-Papiers, 2003)

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