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Vivement l'Ecole!

litterature

Coup de coeur... Edna O'Brien...

5 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Edna O'Brien...

À la télévision, un ou deux parlèrent de lui [Radovan Karadzic] comme un poète guerrier qui avait toujours eu une conviction mystique de son rôle dans l'histoire. Obscur médecin, il avait acquis la notoriété mondiale dont il avait toujours rêvé, et il était maintenant en route pour le tribunal de La Haye, inculpé de divers crimes : génocide, nettoyage ethnique, massacres, tortures, détention de gens dans des camps et déplacements de centaines de milliers d'habitants. La première chose qu'il demanda, dans le centre où il attendait son extradition, ce fut un coiffeur, si bien que sa mèche blanche et sa barbe blanche étaient maintenant quelque part, sur le sol du barbier.

Edna O'Brien - Les petites chaises rouges

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Coup de coeur... Jean-Paul Dubois...

4 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

La logique eût voulu que notre relation en restât là, au stade de ce débarquement express au cul d’un Beaver, en bordure de la rivière des Prairies, boulevard Gouin. Mais la vie, au hasard de ses jeux, a ses astuces pour rapprocher les êtres qu’elle a décidé de perdre.

Jean-Paul Dubois - Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon/Prix Goncourt 2019

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Coup de coeur... Marie Desplechin...

3 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Pour la plupart, nous apprécions l'amour de nos semblables, au titre de reconnaissance nécessaire ou de divine surprise. Nous avons été élevés pour ça, d'une façon ou d'une autre, selon la voie du manque ou celle du trop-plein, peu importe, au bout du compte nous aimons être aimés, et nous aimons aimer, à tort et à travers et à nos dépens, mais avec entêtement, avec récidive et avec préméditation. L'amour nous plaît, son bruit de chaînes et ses fruits de saison.

Marie Desplechin - Sans moi

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A lire... La disparition des flâneurs - Ysé Sorel

3 Novembre 2019 , Rédigé par AOC Publié dans #Littérature

A lire... La disparition des flâneurs - Ysé Sorel

EXTRAIT

Pour dire sa critique du consumérisme, Pasolini regrettait les lucioles, lesquelles sont aussi en italien le petit nom des prostituées, autrement dit les péripatéticiennes, qui elles-mêmes, et comme le veut l’étymologie, se promènent en philosophant. Ici, la narratrice et son ami Fadi, révolutionnaire égyptien réfugié en France, sont ces promeneurs dans un Paris qui a vu passer tant de piétons, de Nadja, de cafés de la jeunesse perdue : mais comment vivre avec son temps quand les lucioles ont disparu ? Ysé Sorel nous avait habitués à ses textes de critique ; cette fois c’est une nouvelle que nous publions de cette jeune journaliste et cinéaste.

Je l’appelle le « promeneur des deux rives ». Il a vécu la ville par les pieds, trouvant sur le sol la fermeté qui lui manquait dans sa vie, quand tout branlait et se délitait autour de lui, comme du carton mouillé. C’est une des seules choses dont il est réellement satisfait de ses années à Paris. « J’ai plus marché que dormi ici », se plaît-il souvent à rappeler. Loin de l’horizon large du Nil, il s’est réconforté au maigre bras de la Seine – il cherchait dans les éclats des lampadaires, miroitant sur l’eau dormante, un phare, peut-être. Ou alors la pesanteur épaisse du fleuve, goudronneuse, reflétait son esprit lourd, dense. C’est à Paris que cet Égyptien a trouvé son désert.

Nous n’avons pas été ensemble sur les quais. Probablement parce qu’il trouvait avec moi, justement, un peu de légèreté, et que l’eau le rendait mélancolique. Durant ces dernières semaines en France, on se retrouve de façon préméditée ou, plus rarement, en suivant la pente du hasard. Dans ces cas-là, lorsque nos yeux se croisent en un échange inattendu, on les écarquille, on s’embrasse avec plus de vivacité, on ne peut s’empêcher de répéter oh c’est incroyable et de lire cela, ce clinamen produisant la rencontre joliment fortuite de nos trajectoires, comme un signe de quelque destin secret. Paris est tout petit, on le sait, mais tout de même.

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Coup de coeur... Marcel Proust... Le mystérieux correspondant et autres nouvelles inédites...

1 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Ces lieux-là restent à jamais dans le petit monde de mes imaginations revêtus d'une grande douceur, d'une grande beauté. Quand même je serais resté des mois sans y penser, tout à coup je les aperçois, comme au détour d'un chemin montant on aperçoit un village, une église, un petit bois, dans la chantante lumière du soir. Cour de caserne, jardinet où l'été mes amis et moi nous dînions, le souvenir sans doute peint avec cette fraîcheur délicieuse, comme ferait l'enchanteresse lumière du matin ou du soir. Chaque petit détail est là tout éclairé et me paraît beau. Je vous vois comme de la colline. Vous êtes un petit monde qui se suffit, qui existe hors de moi, qui a sa douce beauté, dans sa claire lumière si inattendue. Et mon cœur, mon cœur gai d'alors, triste pour moi maintenant et pourtant s'égayant, car il ravit un moment l'autre, le malade et stérile d'aujourd'hui, mon gai cœur d'alors est dans ce jardinet ensoleillé, dans la cour de la caserne lointaine et pourtant si près, si étrangement près de moi, si en moi, et pourtant si hors de moi, si impossible à plus jamais atteindre. Il y est dans la petite ville de lumière chantante et j'entends un clair bruit de cloches qui emplit les rues pleines de soleil.

Marcel Proust - Le mystérieux correspondant et autres nouvelles inédites

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A lire... "Je crois que tu me plais" - Ersi Sotiropoulos...

1 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Un huis clos strictement ­virtuel

Comment aimer à l’ère du numé­rique et des satisfactions immédiates, quand tout va vite et ne laisse aucune trace ? Comment, dans ce tourbillon d’événements et d’impressions, trouver le temps d’une pause – cette ­respiration exigée par l’amour qui lui permet de déposer son empreinte ?

Le nouveau roman d’Ersi ­Sotiropoulos aborde fronta­lement ces questions. De juillet 2013 à octobre 2016, une femme et son amant y échangent des centaines de courriels et de textos. Elle est écrivaine et parcourt le monde, lui est ­vigneron sur une île grecque. Ecriture, lectures, vin, voyages, familles, crise grecque, fantasmes sexuels, il n’est rien qui n’ait sa place dans leur correspondance. En dehors des mails que s’échangent l’homme et la femme, leurs rendez-vous ­clandestins ne sont jamais racontés. Je crois que tu me plais est un huis clos strictement ­virtuel animé uniquement par la ­splendide vitalité du vigneron et de la romancière.

La construction dramatique imaginée par Ersi Sotiropoulos est d’une rigueur imparable. Nul commentaire, nulle narration n’accompagnent les courriels que les amants adultères s’envoient quotidiennement ou même plusieurs fois par jour pour pallier l’insoutenable absence. Un choix audacieux, mais qui se révèle particulièrement adapté au propos du livre. Car le média électronique, en accentuant l’impression de proximité, aggrave le sentiment de frustration engendré par l’amour secret. Tandis que, dans le même temps, la dimension virtuelle de l’échange s’accorde parfaitement avec la qualité insaisissable du désir amoureux.

Eglal Errera

Extrait

« Objet : Retour au 38e parallèle nord
De : lafarce@hotmail.com
Envoyé : 21.02.2014
A : moineau@gmail.com
(…) alors que j’étais pleinement absorbée par ma tâche, en même temps je voyais resurgir des images fortes remontant à notre dernière nuit passée à Visby : les pulsations de ton cou, tes paupières mi-closes, ton éjaculation, puis la mienne, si douce… Je quittais ces images pour me repencher sur mes feuilles, rectifiais un adjectif, biffais surtout des mots. Puis, de nouveau, notre nuit se glissait entre les pages, la ligne de tes lèvres, et ton souffle de me brûler, tes mains de me caresser, et ta bouche, encore ta bouche. Les deux dimensions s’alimentaient l’une l’autre dans la même intelligence – les phrases lues, les choses vécues. »

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Coup de coeur... Christine Montalbetti...

31 Octobre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

L'automne arrive. Les feuilles commencent de sécher sur les arbres et de se racornir, et puis quand plus rien ne les retient, elles se décrochent, elles renoncent. Toi, cette agonie des feuilles, ça fait un bail que tu la vois se reproduire, c'est ton soixante-dix-huitième automne. Mais cette fois, est-ce qu'elles ne te tiennent pas un bien triste discours ? Tu en as vu tomber pourtant, tu en as piétiné, de ces feuilles rougeaudes, et tu continues, cette année-là. Ça volette autour de toi, ça chute des branches, et dans les allées le vent parfois les soulève, les déplace, comme le font aussi tes pas. Ça craquette, c'est le bruit que ça fait, de marcher dans l'automne, au milieu de tout ce dépouillement progressif ; et je ne sais pas si c'est une chose à laquelle on s'habitue, toute cette nature qui se délite à vue, ou si au contraire, une fois que son propre pas est devenu plus lent, son propre corps plus dolent, il n'y a pas un affolement croissant à voir ce désastre se reproduire.

Christine Montalbetti - Mon ancêtre poisson

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Coup de coeur... Gérard de Nerval...

30 Octobre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Avril

Déjà les beaux jours, – la poussière,
Un ciel d’azur et de lumière,
Les murs enflammés, les longs soirs ; –
Et rien de vert : – à peine encore
Un reflet rougeâtre décore
Les grands arbres aux rameaux noirs !

Ce beau temps me pèse et m’ennuie.
– Ce n’est qu’après des jours de pluie
Que doit surgir, en un tableau,
Le printemps verdissant et rose,
Comme une nymphe fraîche éclose
Qui, souriante, sort de l’eau.

Gérard de Nerval

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Fantaisie

 

Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à l’entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C’est sous Louis treize ; et je crois voir s’étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit,

Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;

Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que, dans une autre existence peut-être,
J’ai déjà vue… – et dont je me souviens !

Gérard de Nerval

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Le ballet des heures

 

Les heures sont des fleurs l’une après l’autre écloses
Dans l’éternel hymen de la nuit et du jour ;
Il faut donc les cueillir comme on cueille les roses
Et ne les donner qu’à l’amour.

Ainsi que de l’éclair, rien ne reste de l’heure,
Qu’au néant destructeur le temps vient de donner ;
Dans son rapide vol embrassez la meilleure,
Toujours celle qui va sonner.

Et retenez-la bien au gré de votre envie,
Comme le seul instant que votre âme rêva ;
Comme si le bonheur de la plus longue vie
Était dans l’heure qui s’en va.

Vous trouverez toujours, depuis l’heure première
Jusqu’à l’heure de nuit qui parle douze fois,
Les vignes, sur les monts, inondés de lumière,
Les myrtes à l’ombre des bois.

Aimez, buvez, le reste est plein de choses vaines ;
Le vin, ce sang nouveau, sur la lèvre versé,
Rajeunit l’autre sang qui vieillit dans vos veines
Et donne l’oubli du passé.

Que l’heure de l’amour d’une autre soit suivie,
Savourez le regard qui vient de la beauté ;
Être seul, c’est la mort ! Être deux, c’est la vie !
L’amour c’est l’immortalité !

Gérard de Nerval

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Coup de coeur... Montaigne...

29 Octobre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

« Au  demeurant, ce que nous appelons d’ordinaire amis et amitiés, ce ne sont que des relations familières nouées par quelque circonstance ou par utilité, et par lesquelles nos âmes sont liées. Dans l’amitié dont je parle, elles s’unissent et se confondent de façon si complète qu’elles effacent et font disparaître la couture qui les a jointes. Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne peut s’exprimer qu’en répondant : Parce que c’était lui, parce que c’était moi.

 

Au-delà de mon discours et de ce que j’en puis dire particulièrement, il y a je ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union. Nous nous cherchions avant de nous être vus, et les propos tenus sur l’un et l’autre d’entre nous faisaient sur nous plus d’effet que de tels propos ne le font raisonnablement d’ordinaire: je crois que le ciel en avait décidé ainsi. Prononcer nos noms, c’était déjà nous embrasser.

 

Et à notre première rencontre, qui se fit par hasard au milieu d’une foule de gens, lors d’une grande fête dans une ville, nous nous trouvâmes tellement conquis l’un par l’autre, comme si nous nous connaissions déjà, et déjà tellement liés, que plus rien dès lors ne nous fut aussi proche que ne le fut l’un pour l’autre. ».

 

Montaigne, Essais, livre 1, chapitre 28

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Coup de coeur... Wendy Delorme...

28 Octobre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "La Mère, la Sainte et la Putain"

Laisse-moi d'abord te parler de ton père. Comment on s'est connus, pourquoi on s'est quittés.
Te dire d'où tu viens, comment on t'a faite et comment on a posé ensemble un point final à cette histoire, pour que tu puisses naître.
Ce n'est pas qu'il ne te voulait pas. C'est qu'on n'est pas de la même espèce, lui et moi. Ta mère est une putain, lui est un bourgeois. Et puis c'était l'été, un amour de vacances, un amour de tournée. On t'a conçue plusieurs fois. À Paris, Bruxelles et Berlin. Mais ta ville natale est Helden, en Allemagne. Je te raconterai.
Laisse-moi te dire qu'on s'est aimé, un mois quinze jours. Au soleil. Il avait le regard le plus noir, le plus aiguisé, les reins les plus rapides. Il m'a chevauchée loin.
Laisse-moi te décrire où il m'a emmenée.
Te dire que ce qu'il m'a laissé en partant est plus précieux que tout ce qu'il ne m'a jamais donné.

Wendy Delorme - La Mère, la Sainte et la Putain

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