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Vivement l'Ecole!

litterature

Coup de coeur... Antoine Blondin (qui parle de Raymond Poulidor)

13 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Antoine Blondin (qui parle de Raymond Poulidor)

« Bien sûr, le peuple attend que Poulidor, que l’on a très longtemps fait passer pour un « sans-culot », prenne la Bastille. La voxpopulidor ne s’en cache guère et son exaltation  n’est pas pour nous déplaire à condition qu’elle n’entache pas de goujaterie à l’endroit de l’extraordinaire aristocrate de la bicyclette qu’est Jacques Anquetil. On ne demande pas la tête de l’homme de tête aussi impudemment que nous l’avons vu faire sur les routes. Il faut que les gens sachent que le moment est venu où l’on peut être pour l’un sans être contre l’autre, car ils sont désormais complémentaires dans le cadre de ce Tour de France inoubliable et se font mutuellement valoir ».

Antoine Blondin - La fièvre jaune

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Les silences...

13 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Les silences…

(À lire en écoutant la Moldau de Bedřich Smetana)

J’aime le silence. Celui après Mozart qui est encore du Mozart. Celui imposé par un baiser partagé avec une femme aimée. Le silence d’une classe à condition qu’il soit utile, occupé, et rompu par l’échange que le maître organise dans le plaisir de la recherche, du questionnement, de la compréhension enfin. Le silence qui s’installe à la tombée de la nuit, l’été, dans El Jadida qui se prépare à vite se réveiller une fois l’obscurité venue. Les nuits y étaient délicieusement animées après la longue après-midi chaude, lourde, obligeant à la sieste, la pénombre pour unique vêtement au-dessus des draps, volets clos laissant filtrer quelques rais de lumière invitant la poussière à danser dans l’air. Le silence était doux à ma peau d’enfant.

Il est des lieux qui appellent le silence. Qui sont et font silence. Vasterival au printemps. Le Jardin du Luxembourg enneigé. Les églises des villages. Agnostique, je ne m’interdis pas la quiétude, l’ombre, la fraîcheur de ces lieux. Il y a dans le recueillement de ceux qui croient, de ceux qui prient, quel que soit le dieu, un mystère qui m’échappe et m’envahit à la fois. Si tu savais la fascination qu’ exerce sur moi le silence choisi des moines et moniales !

Quel bonheur d’avoir pu partager, tout à l'heure, ton silence devant cette tombe au cimetière. Un silence à deux est plus profond encore.

Le silence de la maison, un dimanche matin, tôt. Quand tout dort. Même le chat. On attend le soleil et c’est la pluie qui vient. Rompant la quiétude en cognant aux carreaux.

Le silence de ma mère, m’observant travailler. Elle tricotait en écoutant Barbara ou Marie Laforêt. Son regard sur moi enveloppait l’espace d’un silence studieux, bienveillant, chaleureux, musical. Jusqu’au « Maman, j’ai fini ! »

Le silence du résistant qui n'a pas parlé. Ne parlera jamais.

Et puis Khadija, silencieuse. Elle parlait peu. Riait beaucoup ! Au moindre détail. Je la regardais, assis sur le carrelage de la cour intérieure, un livre à la main. Je levais la tête pour m’assurer de sa présence. Elle était toujours là. Précieuse. Ne pas l’entendre ne me dérangeait pas quand je la savais proche. Un sourire complice offrait à l’instant un bonheur silencieux.

Ne pas tout dire. Ne pas parler. Savoir garder le silence. GARDER LE SILENCE ! Dans le secret de sa mémoire, de sa conscience. De tout ce qui ne s’ouvre pas. Se taire. Savoir se taire pour faire comprendre. Et peu importe que l’autre, aussi, se taise. Puisqu’elle vous fait comprendre son silence. Ne pas dire « Je t’aime » tout en le prononçant dans le silence profond d’un sourire, d’un regard, d’un effleurement. Une merveille médiévale. Le surnaturel n’est jamais loin lorsqu’il s’agit d’amour. Ces choses que l’on tait révélant bien davantage que ces choses que l’on dit.

Et puis il y a les silences détestables…

Celui des politiques actuels silencieusement sourds aux enjeux du XXIe siècle. Celui du monde devant le réfugié qui se noie. Celui de ceux qui ne veulent pas entendre les hurlements de la femme battue, de la femme violée, de l’enfant frappé, de l'étudiant immolé. Le silence des complices. Celui, le plus terrifiant, massacré par le bruit des bombes, le fracas des guerres, les cris des blessés, des mutilés, les larmes des veuves et des orphelins. Ce silence plein de bruit et de fureur ! Car le silence semble n’exister que pour servir d’écrin aux bruits, des plus agréables aux plus atroces. Une verre vide qui attend son eau ou son vin. Il n’y a de tempête que dans les verres pleins !

- Reparle-moi des silences que tu aimes… Laissons de coté la laideur. Regarde, il fait si beau.

Tu as raison. Je me souviens tout particulièrement de silences offerts par mes parents. Mon père m’a un jour rapporté un livre dont le titre m’a immédiatement emporté. « Le Silence de la Mer » d’un auteur au nom sans prénom… Vercors. Tout sonnait juste dès la couverture. En noir et blanc. Une photo extraite du film tiré du roman – film que je regarde encore, fasciné. Une table, une lampe, trois personnages… Un vieil homme qui aurait pu être mon grand-père, une jeune fille lui fait face. Elle pourrait être ma mère. Et, debout, regardant mon grand-père, lui-même regardant ma mère, cet homme à qui aucun des deux autres ne parle. Ni même ne veut voir. Le silence est d’une épaisseur à faire peur ! Je lirai ce livre et le relirai souvent. Il me semble tellement bien connaître ces trois-là… Faire partie de leur silence.

Je me souviens aussi de ce film d’une beauté envoûtante. Un film japonais déjà ancien. « L’Ile nue » ... Je l’ai vu très jeune, avec mes parents. À Casablanca je crois, au Rex ou à l’Empire. Un sujet aussi dépouillé que les champs de ce couple d’agriculteurs peinant à irriguer leurs maigres cultures. Ils rejoignaient le paysan de mon enfance, derrière sa charrue tirée par un âne. Il se taisait lui aussi. Je n’entendais que les rires de sa fille. Je vois tant de peines silencieuses encore aujourd’hui, dans une France que d’aucuns rêvent en « Startup nation », dans un pays qui ne parlerait que d’une voix. Une autre forme de « silence ». Dangereuse. Mais laissons cela.

L’ile nue… On n’entend dans ce film que des chants d’écoliers et le cri de la mère, tout à la fin… Pas un mot n’est prononcé. Une terre aride. Une musique. Un silence tragique.

- Tu as remarqué ? Les tragédies se déroulent toujours au soleil.

Oui… Ce soleil qui parle aux ombres… Créées par lui, par nous. Dans la quiétude des ruelles aux volets clos.

D’où échappent parfois quelques voix disloquées se brisant au soleil. Jusqu’au silence retrouvé par les pas qui m’éloignent.

Christophe Chartreux

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L’amour n’a point d’âge : il est toujours naissant.”

Blaise Pascal

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Coup de coeur... Julia Kristeva...

12 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Le fait même qu’il existe un autre monde que le mien, étranger et inaccessible, me remplissait de respect, une sorte de remerciement… sans le moindre soupçon de conflit, je crois… D’accord, j’étais agacée, car elle jouait sans cesse dans la chambre voisine, le violon chassait les pensées, le silence me manquait ! Ma mère disait : « Tu ne sais pas haïr. » Elle a raison, mais ce n’est pas qu’une qualité, comme le pensait maman. Une faiblesse aussi, je devais m’en apercevoir face aux attaques que j’ai dû affronter plus tard, dont la source gît, peut-être, dans cette absence de jalousie quand j’écoutais Ivanka jouer le Concerto pour violon n° 5 de Mozart.

Julia Kristeva - Je me voyage

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Coup de coeur... Henry Poulaille...

11 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Henry Poulaille...

Henry Poulaille a fait la guerre de 1914, dont il est revenu marqué à jamais. Avec Pain de soldat, publié en 1937, Poulaille raconte la saga autobiographique des Magneux, famille d’ouvriers du XVe arrondissement de Paris, durant la Grande Guerre.

1914. Louis Magneux, dix-huit ans, double de l’auteur, travaille chez un pharmacien de la rue de Grenelle. Le 31 juillet, Jaurès est assassiné. Deux jours plus tard, c’est la mobilisation générale. La guerre, le jeune Magneux, prolétaire anarchisant, pense comme beaucoup qu’elle ne durera pas, qu’il y coupera... Hélas, au bout de quelques mois, « petit à petit, tout le monde s’était installé dans la guerre, tant bien que mal, la révolte n’étant plus possible, les plaintes inutiles »…

Caserné à Lons-le-Saunier, il découvre la vie de chambrée, tragi-comique : il mange son « pain blanc ». Dans les pires mois de 1917, il monte sur le front de l’Aisne et de Champagne. Chemin-des-Dames, Plateau de Craonne. Aux gaietés de l’escadron succèdent l’orage d’acier des shrapnels, la peur, le carnage. Magneux le pacifiste répugne à se servir d’une arme. Oubliant un jour sa baïonnette, un autre ses grenades, il réussira un singulier exploit : ne pas tuer…

Pain de soldat échappe au lyrisme, au spectaculaire, au moralisme des récits de guerre. L’auteur, qui voulait écrire un « roman de guerre contre la guerre » n’a pas besoin d’en rajouter : la vérité, l’horreur, l’absurdité des faits suffisent.

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Coup de coeur... Christine de Pizan...

10 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Aucuns gens me prient que je face

Aucuns beaulz diz, et que je leur envoye,

Et de dittier dient que j'ay la grace;

Mais, sauve soit leur paix, je ne sçaroye

Faire beaulz diz ne bons; mès toutevoye,

Puis que prié m'en ont de leur bonté,

Peine y mettray, combien qu'ignorant soie,

Pour acomplir leur bonne voulenté.


Mais je n'ay pas sentement ne espace

De faire diz de soulas ne de joye;

Car ma douleur, qui toutes autres passe,

Mon sentement joyeux du tout desvoye;

Mais du grant dueil qui me tient morne et coye

Puis bien parler assez et a plenté;

Si en diray: voulentiers plus feroye

Pour acomplir leur bonne voulenté.


Et qui vouldra savoir pour quoy efface

Dueil tout mon bien, de legier le diroye

Ce fist la mort qui fery sanz menace

Cellui de qui trestout mon bien avoye;

Laquelle mort m'a mis et met en voye

De desespoir; ne puis je n'oz santé;

De ce feray mes dis, puis qu'on m'en proie,

Pour accomplir leur bonne voulenté.


Princes, prenez en gré se je failloie;

Car le ditter je n'ay mie henté,

Mais maint m'en ont prié, et je l'ottroye,

Pour accomplir leur bonne voulenté.

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Doulce dame, que j'ay long temps servie,

Je vous suppli, alegiez ma doulour

Et mon complaint ne tenez a folour,

Si soit par vous ma grief peine assovie.


Voiez comment pour vous amer desvie,

Je pers vigour, sens, maniere et coulour,

Doulce dame, que j'ay long temps servie.


Ne n'aiez pas de moy grever envie,

Ou je mourray d'amoureuse chalour

Pour vo beauté et vo fresche coulour,

Et pour ce adès pour eslongner ma vie,

Doulce dame, que j'ay long temps servie.

Christine de Pizan

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Coup de coeur... Mathieu Bermann...

9 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Je ne me sens jamais autant écrivain que lorsque je n’écris pas. Des phrases, des idées se forment dans mon esprit, que je néglige la plupart du temps de noter. C’est encore plus vrai avec Louise : ce livre dont elle est l’héroïne, je l’écris moins à ma table de travail qu’avec elle, sans crayon ni ordinateur, en l’écoutant raconter et en l’observant vivre comme je l’ai toujours fait.

Mathieu Bermann - Un état d'urgence

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Dans les pas d'Ulysse... "Alors tu pourras courir vers les victoires"...

9 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Dans les pas d’Ulysse…

(À lire en écoutant, à la fin, Mélina Mercouri chantant, en grec, « Athina »)

Il est un pays qui est celui de ma naissance… L’Algérie.

Il est un pays écrin de mes plus beaux souvenirs d’enfance et d’adolescence… Le Maroc.

Il est un pays qui m’a vu devenir adulte et dans lequel je vis… La France.

Il est un pays qui ne regarde que moi… Mon existence.

Et puis, il est un pays que j’ai visité il y a fort longtemps, entraîné par mon premier amour. Marchant dans les pas d’Ulysse, j’ai découvert la Grèce. Celle d’Athènes, des Cyclades et de la Crète… Celle de Jacques Lacarrière… Celle d’un peuple surtout.

Cette femme me faisant signe de la main pour m’offrir un verre d’eau, alors que la chaleur écrasait le chemin qui mène aux ruines du Cap Sounion, s’offrant à la lumière bouillante de cet après-midi-là plongeant vers la mer toute proche, restera gravée dans ma mémoire. Elle était la Grèce ! Pas celle des mythes, qui ont la fâcheuse habitude de figer l’Histoire. Celle de la montagne épousant les eaux, des oliviers et des murs blancs, des rires et des larmes, des chaises installées devant les entrées et attendant la fraîcheur du soir, de la liberté conquise au prix du sang, de la tragédie et du bonheur de vivre ! De Mélina Mercouri et de Maria Farantouri. Du sirtaki, oh pas celui frelaté pour touristes. Non… Celui dansé un soir par un homme seul, âgé, certain de ne pas être vu et que j’ai observé en silence. La Grèce dansait ! Je me suis éclipsé. Je ne voulais pas trahir ma présence et, par là, le secret de cette danse n’appartenant qu’à lui. Jamais je n’ai vu "chose" plus grecque, à part peut-être ces oliviers millénaires aux corps torturés par le temps et le vent, donnant aux collines des allures de champs de bataille dont les guerriers seraient restés prisonniers du temps…

J’ai aimé Santorin. Là encore, pas celui des touristes dégueulés par vaisseaux entiers pour une journée d’arrêt avant de poursuivre le marathon vers d’autres îles, d’autres villes. Vite parcourues, vite pillées en photographies, selfies et cartes postales. C’était dans les années 1980. Les ruelles de la ville-citadelle n’étaient pas encore embouteillées par des hordes d’envahisseurs et l’on pouvait déambuler à l’aise au milieu des maisons blanches à coupole bleue. Tu aurais aimé, j’en suis certain. Déjà Braque annonçait sa venue. De l’Atlantide au cimetière marin de Varengeville, quel chemin parcouru! Que d’amours englouties! Au loin, dans le soleil déclinant, loin de Fira et d’Oïa, assis sur un muret, nous regardons finir le jour. L’obscurité enveloppe ton regard d’un halo étrange. Ici tout est mystère, comme ce volcan, posé, flottant au centre de la caldera. Nea Kameni se noie.

Puis vint la Crète… Ce bain dans la mer de Libye… Chaude et trop calme à mon goût. Je suis un enfant de l’Atlantique agitée. Les rouleaux de ma jeunesse n’existent qu’en cas de meltemi soufflant en tempête. Zeus est né ici. Je l’ai croisé en parcourant les gorges de Samaria. Elles ont conservé quelques-uns de mes rêves.

Je les retrouverai en lisant et relisant quelques pages de l’Odyssée. Ulysse l’aventurier, Ulysse aux mille ruses… Son retour à Ithaque, reconnu par son vieux chien. Le massacre des prétendants et Pénélope lui imposant l’épreuve du lit conjugal sculpté, par lui seul, dans un « rejet » d’olivier… Toujours les oliviers… Cet épisode ravit mes élèves chaque fois que je le leur lis. La Grèce et ses récits ont sur moi le même pouvoir d’émerveillement que je connaissais, enfant, lorsque je découvrais avec mes parents les paysages de l’Atlas enneigé ou ceux d’une plage de Sidi Bouzid, accessible seulement à pied après avoir emprunté l’ouverture étroite d’un pan de falaise détaché, prêt à s’effondrer dans l’océan. J’étais Ulysse marchant vers Calypso… Invincible dans mes étés éternels.

Il y a du grec en toi. Aussi éprise de liberté que peut l’être ce peuple. Depuis les Thermopyles jusqu’à la disparition du régime des colonels, les grecs sont restés amoureux fous de leur indépendance. Salamine et Platées viendront le confirmer. Maria Farantouri et Mélina Mercouri le chanter entre l’Acropole et les collines de la Pnyx, des Nymphes et des Muses.

Il y a du Maroc dans la Grèce. La lumière, la mer, le vent et les chants. L’Histoire multi millénaire. Des paysages tellement beaux qu’ils rendent l’être humain acceptable.

Il est des pays où même la pauvreté peut être fastueuse, ou les nuits se reflètent dans tes yeux sombres par la lune escaladant le ciel, ou les terrasses de café se dépeuplent quand le jour se prépare au réveil, où tes pas restent silencieux par tes pieds toujours nus, au milieu des rires et des claquements secs et réguliers des hommes aux komboloï…

Si tu vas un jour en Grèce, marche encore et toujours pieds nus, loin des villes et des lieux consacrés au tourisme de masse, dans les ruelles des villages perdus seulement par celles et ceux qui ne savent plus regarder la beauté en face.

Alors tu pourras courir vers les victoires…

Christophe Chartreux

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Coup de coeur... Jonathan Littell...

8 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Frères humains, laissez-moi vous raconter comment ça s'est passé. On n'est pas votre frère, rétorquerez-vous, et on ne veut pas le savoir. Et c'est bien vrai qu'il s'agit d'une sombre histoire, mais édifiante aussi, un véritable conte moral, je vous l'assure. Ça risque d'être un peu long, après tout il s'est passé beaucoup de choses, mais si ça se trouve vous n'êtes pas trop pressés, avec un peu de chance vous avez le temps. Et puis ça vous concerne: vous verrez bien que ça vous concerne. Ne pensez pas que je cherche à vous convaincre de quoi que ce soit; après tout, vos opinions vous regardent. Si je me suis résolu à écrire, après toutes ces années, c'est pour mettre les choses au point pour moi-même, pas pour vous. Longtemps, on rampe sur cette terre comme une chenille, dans l'attente du papillon splendide et diaphane que l'on porte en soi. Et puis le temps passe, la nymphose ne vient pas, on reste larve, constat affligeant, qu'en faire? Le suicide, bien entendu, reste une option. Mais à vrai dire, le suicide me tente peu. J'y ai, cela va de soi, longuement songé; et si je devais y avoir recours, voici comment je m'y prendrais: je placerais une grenade tout contre mon c?ur et partirais dans un vif éclat de joie. Une petite grenade ronde que je dégoupillerais avec délicatesse avant de lâcher la cuiller, en souriant au petit bruit métallique du ressort, le dernier que j'entendrais, à part les battements de mon c?ur dans mes oreilles. Et puis le bonheur enfin, ou en tout cas la paix, et les murs de mon bureau décorés de lambeaux.

Jonathan Littell - Les Bienveillantes

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Coup de coeur... Ernest Hemingway...

7 Novembre 2019 , Rédigé par Christophe Publié dans #Littérature

- Tu es une gosse épatante.

- J'ai tout simplement très faim. J'ai une faim de loup.

- Tu es une petite femme toute simple.

- Oui, je suis une petite femme toute simple. Tu es le seul à l'avoir compris.

- Un jour, peu de temps après t'avoir connue, j'ai passé un après-midi à imaginer que nous allions ensemble à l'hôtel Cavour... et tout ce qui s'y passait.

- Quel toupet ! Nous ne sommes pas au Cavour ici ?

- Non. On ne nous y aurait pas admis.

- On nous y admettra un jour. Mais tu vois, c'est en ça que nous différons, mon chéri. Moi je n'ai jamais rien imaginé.

- Jamais ? Jamais rien ?

- Un tout petit peu, dit-elle.

- Tu es une gosse épatante.

Je me versai un autre verre de vin.

- Je suis une petite femme toute simple, dit Catherine.

- Je ne le croyais pas au début. Je croyais que tu étais folle.

- J'étais un peu folle. Mais je n'étais pas folle d'une manière compliquée.

Ernest Hemingway - L'adieu aux armes

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Coup de coeur... Charles Bukowski...

6 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Il n'a qu'à laisser tourner la minicassette, ou le pick-up. Non, il ne trouve rien de mieux que Johnny Cash, un concert live devant les taulards à Folsom.

"J'ai descendu un type à Reno, histoire de le regarder crever."

On dira que j'ai une sale mentalité, mais j'ai la nette impression que le Johnny frime un peu, comme Bob Hope, quand il part au Viêtnam amuser les troufions pour Noël. Les taulards applaudissent, puisqu'on les sort de leurs cellules. Cela dit, c'est comme jeter un vieil os au lieu d'une escalope à un pauvre affamé. Pas de quoi être fier. Pour les taulards, à mon avis, une seule solution : ouvrir les prisons. Et pour les troufions : arrêter les guerres.

"Arrête ça !

- Qu'est-ce qui te prend ?

- C'est bidon. Un truc d'agence de pub.

- Tu n'as pas le droit de dire ça. Johnny a fait ses preuves.

- Il n'est pas le seul.

- Nous on trouve ça bon.

- La voix n'est pas mal. Mais crois-moi, le seul type qui puisse chanter devant des taulards, c'est un taulard.

- Tant pis. On aime.

Charles Bukowski - Contes de la folie ordinaire

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