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Vivement l'Ecole!

litterature

Coup de coeur... Camille Laurens...

15 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

L'amitié ne lui semble pas un commencement, mais une fin - une fin pas au sens d'un but à atteindre, bien sûr, encore moins d'un aboutissement réussi, non : une fin au sens où c'est fini, où c'est la fin. L'amitié, pour elle, est la fin de l'amour, c'est tout. L'ami a donc été aimé autrefois, il ne l'est plus, déjà. Il matérialise sombrement le temps qui passe, le temps qui a passé. Quelquefois, elle a dit à des hommes, ou des hommes lui ont dit : "Restons amis".

Formule pléonastique, s'il en fut : qu'est-ce que l'amitié, sinon un reste ?

Aussi n'est-elle pas de celles dont on dira : "Elle a beaucoup d'amis et elle s'en flatte". Ce serait avouer à travers cette possession illusoire tout ce qu'elle a perdu, tout ce qu'elle n'a plus. L'ami est toujours triste, c'est une espèce de chagrin d'amour.

Camille Laurens - Dans ces bras-là

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Coup de coeur... Henri Michaux...

14 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Lu par Michel Bouquet

Il manquait d'attention, et même intéressé, ne remarquait pas grand-chose, comme si seulement une couche extérieur d'attention s'ouvrait en lui, mais non son "moi". Il restait là, dodelinant. Il lisait énormément, très vite et très mal. C'était la forme que prenait l'attention chez lui. Car, tant que son fond restait indécis et mystérieux et peu palpable, son attention consistait à trouver dans un livre ce même univers fuyant et sans contours. Lisant comme il faisait, même un manuel d'arithmétique, ou du François Coppé, devenait une nébuleuse.

Et s'il se mettait à lire lentement, voulant "retenir": néant ! C'était comme s'il regardait des pages blanches. Mais il pouvait très bien relire, du moment que ce fût vite. On conçoit cela aisément. Il formait ainsi une nouvelle, une autre nébuleuse. Et la sympathie venant du souvenir agréable le soutenait aussitôt.

Henri Michaux - Plume

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Coup de coeur... Albert Camus...

13 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Albert Camus...

Au fond de toute beauté gît quelque chose  d’inhumain et ces collines, la douceur du ciel, ces dessins d’arbres,  voici qu’à la minute même, ils perdent le sens illusoire dont nous les  revêtions, désormais plus lointains qu’un paradis perdu. L’hostilité  primitive du monde, à travers les millénaires, remonte vers nous. Pour  une seconde, nous ne le comprenons plus puisque pendant des siècles nous  n’avons compris en lui que les figures et les dessins que préalablement  nous y mettions, puisque désormais les forces nous manquent pour user  de cet artifice. Le monde nous échappe puisqu’il redevient lui-même. Ces  décors masqués par l’habitude redeviennent ce qu’ils sont. Ils  s’éloignent de nous. De même qu’il est des jours où, sous le visage  familier d’une femme, on retrouve comme une étrangère celle qu’on avait  aimée il y a des mois ou des années, peut-être allons-nous désirer même  ce qui nous rend soudain si seuls. Mais le temps n’est pas encore venu.  Une seule chose : cette épaisseur et cette étrangeté du monde, c’est  l’absurde.

Albert Camus – Le Mythe de Sisyphe 

"Une seule chose est plus tragique que la souffrance et c'est la vie d'un homme heureux." 

Albert Camus - Noces

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Coup de coeur... Gérard Genette...

11 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

A propos de "Poscript" - http://www.seuil.com/ouvrage/postscript-gerard-genette/9782021335996

[…] l'Odyssée est bien [...] une œuvre hypertextuelle, et, symbolique, la première en date que nous puissions pleinement recevoir et apprécier comme telle. Son caractère second est inscrit dans son sujet même, qui est une sorte d'épilogue partiel de l'Iliade, d’où ces renvois et allusions constants, qui supposent clairement que le lecteur de l'une doit avoir déjà lu l'autre. Ulysse lui-même est constamment dans une situation seconde : on parle sans cesse de lui devant lui sans le reconnaître, et chez les Phéaciens il peut entendre ses propres exploits chantés par Démodokos, ou bien il raconte lui-même ses aventures, si bien qu'une grande part de l'œuvre (récits chez Alkinoos) est comme rétrospective à l'égard d'elle-même : en fait, l'essentiel de ce qui traite des aventures d'Ulysse proprement dites, le reste en étant plutôt comme l'épilogue : retour et vengeance finale. Et ce récit à la structure complexe et comme tournoyante pose quelques problèmes de jointure : nous ayons deux récits du séjour chez Calypso, du départ et de la tempête (au chant V par Homère, au chant XII par Ulysse), et nous ayons failli en avoir un troisième au chant. XII, à la fin du récit d'Ulysse; cette insistance rend l'épisode omniprésent, et provoque d'avance sa reprise par Fénelon — comme le voyage de Télémaque, qui amorce lui aussi un redoublement de l'action. Ajoutons-y les diverses occasions où Ulysse déguisé raconte des aventures imaginaires et se mentionne lui-même comme un autre qu'il aurait connu. Et les épisodes annoncés par prophétie (Protée, Tirésias, Circé), et donc encore racontés deux fois – d'où une certaine confusion narrative qui trouble et disloque notre mémoire du récit ("où se trouve tel épisode?"), et qui fait un peu plus qu'autoriser les reprises ironiques, soupçonneuses, volontairement vertigineuses d'un Giraudoux, d'un Joyce, d'un Giono, d'un John Barth. L’Odyssée n'est pas pour rien la cible favorite de l'écriture hypertextuelle. 

Gérard Genette - Palimpsestes. 

A propos de "Poscript" - http://www.seuil.com/ouvrage/postscript-gerard-genette/9782021335996

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Coup de coeur... Edouard Louis...

10 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

1999 - je compte sur mes doigts : une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit. Je me prépare à avoir huit ans. Tu m'as demandé ce que je voulais pour mon anniversaire, et je t'ai répondu : Titanic. La version VHS du film venait de sortir, on voyait la pub passer plusieurs fois par jour à la télévision, en boucle. Je ne sais pas ce qui m'attirait autant dans ce film, je ne saurais pas dire, l'amour, le rêve partagé de Leonardo DiCaprio et de Kate Winstlet, je ne sais pas, mais j'étais obsédé par ce film que je n'avais pas encore vu, et je te l'ai demandé. Tu m'as répondu que c'était un film pour les filles et que je ne devais pas vouloir ça. Ou plutôt, je parle trop vite, d'abord tu m'as supplié de vouloir autre chose, Tu ne veux pas plutôt une voiture télécommandée ou un costume de super-héros, réfléchis bien, mais moi je répondais Non, non, c'est Titanic que je veux, et c'est après mon insistance, après ton échec, que tu as changé de ton. Tu m'as dit que puisque c'était comme ça je n'aurais rien, pas de cadeau. Je ne me rappelle plus si j'ai pleuré. Les jours ont passé. Le matin de mon anniversaire, j'ai trouvé au pied du lit un grand coffret blanc, avec écrit dessus en lettres d'or : Titanic. À l'intérieur il y avait la cassette, mais aussi un album photo sur le film, peut-être une figurine du paquebot. C'était un coffret de collection, sûrement trop cher pour toi, et donc pour nous, mais tu l'avais acheté et déposé près de mon lit, enveloppé dans une feuille de papier. Je t'ai embrassé sur la joue et tu n'as rien dit, tu m'as laissé regarder ce film près d'une dizaine de fois par semaine pendant plus d'un an."

Edouard Louis - Qui a tué mon père

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Coup de coeur... Françoise Giroud...

9 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique, #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "françoise giroud lou histoire d'une femme libre"

Je viens d'être affrontée au Mal ; je n'ai pas encore saisi l'existence de cette chose qui s'appelle la société. Grandir, c'est découvrir que son clan, ses habitudes d'hygiène, d'habitation, ses parents, ses vêtements, son langage, son quartier, sont propres à un groupe d'individus - disons à un milieu - et que personne n'est comme tout le monde.

Le jour où un adolescent s'aperçoit qu'il est marqué, que les autres le voient avec une étiquette au front - sa classe, sa religion, éventuellement sa race, le métier de son père, son vocabulaire - et que tout le monde ne porte pas la même étiquette, il prend acte de l'existence de la société et de la place où il s'inscrit dans cette société.

C'est son premier geste politique, et parfois le dernier. Geste passif.Il ne choisit pas, il apprend qu'il a été choisi, et dans la géographie de la société, il repère sommairement sa position, ses amis, ses adversaires. 

Françoise Giroud - Histoire d 'une femme libre

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Coup de coeur... Jules Vallès...

8 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Il appelle "messieurs de la bachellerie" les instituteurs, professeurs, maîtres de latinage ou de dessin, qui viennent quelquefois à la maison et qui parlent du collège, tout le temps , ce jour-là, on m'ordonne majestueusement de rester tranquille, on me défend de mettre mes coudes sur la table, je ne dois pas remuer les jambes, et je mange le gras de ceux qui ne l'aiment pas ! je m'ennuie beaucoup avec ces messieurs de la bachellerie, et je suis si heureux avec les menuisiers !

Jules Vallès - L'enfant

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Coup de coeur... Lise Charles...

7 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Pourquoi quand je suis seule, toujours ces dialogues stupides en moi? Je suis un village où se rencontrent des hommes affaiblis, qui fredonnent des formes vides autour de la fontaine. Je voudrais les chasser, mais je n'en ai pas le coeur, peut-être pas la force, et je remets sans cesse le problème à plus tard. Et quand je suis seule et que je m'ennuie, il faut l'avouer, leur babil chevrotant me berce et m'attendrit. Essayant d'exprimer ce que je suis vraiment, de fouiller les tréfonds de mes sentiments, de donner une vois aux voix qui m'habitent, je m'aperçois que je ne suis pas grand chose d'autre qu'un être creux et plein d'ordure, qui donne une voix criarde aux voix timides qui croyaient l'habiter discrètement. Comme une aveugle, je palpe avec nervosité les limites de mon esprit.

Lise Charles - La Cattiva

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Coup de coeur... Philippe Lançon...

6 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Cette colère montait à mesure que le départ approchait. Deux jours plus tard, j'ai écrit à mes parents qui proposaient de m'apporter des compotes.

Compotes inutiles, ils me gavent comme une oie, je ne peux finir aucun de mes repas, qui me prennent un temps interminable (sans parler de la saleté). Mais enfin on ne va pas se plaindre, c'est un retour vers la vie.

La plupart des mails des jours suivants sont acides, presque rageurs. Manger de nouveau, quoique à peine, me faisait prendre conscience de ma régression et de mes limites. Pour la première fois, je devenais impatient. Il était temps de quitter un lieu où j'avais épuisé les raisons de lutter en étant fier de moi. ​​​​​​​

Philippe Lançon - Le Lambeau

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Coup de coeur... Herman Melville...

5 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Qui, dans l'arc-en-ciel, peut marquer l'endroit où finit le violet et où commence l'orange? Nous voyons distinctement la différence des couleurs, mais où exactement l'une commence-t-elle à se mêler à l'autre? Ainsi de la raison et de la folie. Dans les cas patents, on ne pose aucune question à leur sujet. Mais dans certains cas douteux, que l'on suppose, à des degrés divers, moins prononcés, peu de gens se risqueront à tracer la ligne de démarcation précise, encore que, moyennant un salaire congru, certains experts professionnels n'hésiteront pas à le faire. Il n'y a rien au monde que certaines gens ne fassent ou n'entreprennent de faire s'ils sont payés pour cela.

Herman Melville - Billy Budd marin

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