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Vivement l'Ecole!

litterature

Coup de coeur... Simone de Beauvoir...

19 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Un matin, je regardais de ma fenêtre l'église qui me faisait face, les fidèles qui sortaient de la messe, les mendiants attachés à la paroisse, et j'eus une illumination : "Il n'y a pas de situation privilégiée !" Toutes les situations se valaient, puisqu'elles avaient toutes autant de vérité. C'était une idée précieuse ; heureusement, je ne commis jamais la faute d'en user pour justifier le sort des déshérités. Lorsque je la formulai, je ne pensai qu'à moi : il m'apparaissait avec évidence que je n'étais privée d'aucune chance.

Simone de Beauvoir - La Force de l'Age

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Coup de coeur... Rudyard Kipling...

18 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Mowgli avança sa forte main brune et, juste sous le menton soyeux de Bagheera, là où les formidables muscles roulaient, dissimulés dans la fourrure lustrée, il sentit une petite place nue.

"Il n'y a personne dans la jungle qui sache que moi, Bagheera, je porte cette marque... le marque du collier ; et pourtant, petit frère, je naquis parmi les hommes, et c'est parmi les hommes que ma mère mourut, dans les cages du palais royal d'Oodeypore. C'est à cause de cela que j'ai payé le prix au Conseil, quand tu étais un pauvre petit tout nu. Oui, moi aussi je naquis parmi les hommes. Je n'avais jamais vu la jungle. On me nourrissait derrière des barreaux, dans une marmite de fer ; mais une nuit, je sentis que j'étais Bagheera - la panthère - et non pas un jouet pour les hommes ; je brisai la misérable serrure d'un coup de patte et m'en allai. Puis, comme j'avais appris les manières des hommes, je devins plus terrible dans la jungle que Shere Khan, n'est-il pas vrai ?

- Oui dit Mowgli, toute la jungle craint Bagheera... toute la jungle sauf Mowgli.

Rudyard Kipling - Le Livre de la Jungle

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"La Fontaine à l'école, c'est tragique..."

18 Mai 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Littérature

"Tu ne peux lire une fable de La Fontaine que si tu pars de l'argument qu'il a envie de prouver à un contradicteur qu'il a tort. C'est comme ça que le grand Jean-Laurent Cochet nous a enseigné la manière d'aborder La Fontaine pour ne pas tomber dans une gnangnanterie d'école, parce que l'un des drames absolus c'est La Fontaine à l'école. La Fontaine à l'école, c'est tragique. [...] C'est un drame que La Fontaine ne soit plus à l'école, mais c'est aussi un drame qu'il soit travaillé à l'école avec des enfants de 8 ou 10 ans !"

Fabrice Luchini

En savoir plus et réécouter Luchini en cliquant ci-dessous

Commentaire

La Fontaine est un auteur subtil, raffiné, ambigu. Il est d'une virtuosité majeure, majuscule!

Qui aurait l'idée de faire aimer le piano à un enfant de 8 ans par l'obligation d'étudier, d'apprendre, de maîtriser des pièces de Liszt?

J'ai compris La Fontaine et je l'ai apprécié en licence!

Christophe Chartreux

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Coup de coeur... John Fante...

17 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

"Pourquoi fais-tu autant de bruit en mangeant ?" elle m'a demandé.

Brusquement je me suis senti insulté, blessé, et je lui ai lancé un regard froid. Qui était cette femme ? Mon épouse, naturellement, mais que savais-je vraiment d'elle après vingt-cinq ans de mariage ? Quelle part d'elle et quelle part de moi avaient donc hérité nos enfants ingrats ? Tous, sauf Tina, avaient hérité ses yeux, sa charpente, ses dents. Pourquoi ressemblaient-ils autant à leur mère ? Pourquoi n'étaient-ils pas petits et râblés comme leur père ? Pourquoi évoquaient-ils des employés de magasin et pas des tailleurs de pierre ? Où étaient passées l'âpreté paysanne de mon père et l'innocence de ma mère, les yeux bruns et chauds de l'Italie ? Pourquoi ne parlaient-ils pas avec leurs mains au lieu de les laisser pendre comme des choses mortes pendant la conversation ? Où étaient passés la dévotion et l'obéissance typiquement italiennes envers le père, l'amour clanique du foyer et de la famille ?

Tout cela était parti en fumée. Ce n'étaient pas mes enfants. Ils étaient simplement quatre graines égarées dans quelque obscure trompe de Fallope. C'étaient ses enfants à elle, les derniers rejetons d'une souche anglo-germanique arrivée en Californie après avoir vécu dans le New Hampshire et en Allemagne. Tous des protestants. Une sacrée équipe, pour ne pas dire plus. Comme son oncle Sylvester, le juge de paix qui jouait de la cithare dans son tribunal en condamnant à des peines cruellement inhumaines des contrevenants au code de la route qui avaient eu le malheur de se tromper de rue dans quelque trou sordide du compté d'Amador. Et puis il y avait son cousin Rudolph, qui habitait Mill Valley et dont on parlait uniquement à voix basse, car il écrivait régulièrement à Alexander Hamilton afin de l'avertir du complot que tramait Aaron Burr pour l'assassiner.

Rien de tel parmi mes géniteurs. Tous originaires des campagna ensoleillées de l'Italie, d'honnêtes paysans respectueux du Seigneur. Ma mère s'appelait Maria Martini, mon père Nicola Molise. Des gens simples, sans complication, qui descendaient sans doute de Jules César.

John Fante - Mon Chien Stupide

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Coup de coeur... Ernest Hemingway...

16 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Une amitié avec une femme, c'est tellement chic. Vraiment chic. Au début, il faut être amoureux de la femme pour que l'amitié trouve une base. J'avais en Brett une amie. Je n'avais jamais envisagé la chose de son point de vue. J'avais obtenu quelque chose pour rien. Cela ne fait que retarder la présentation de la note. La note vient toujours. C'est une de ces belles choses sur lesquelles on peut toujours compter.

(...)

La marée n'était pas tout à fait basse. J'entrai dans une cabine de bains, me déshabillai et passai mon bikini, puis je me dirigeai vers la mer, sur le sable fin. Le sable était chaud sous mes pieds nus. J'entrai dans l'eau, elle était froide. Comme une lame arrivait, je m'y jetai, la tête la première. Toute impression de froid avait disparu. Je nageai jusqu'au radeau. Assise au soleil, je regardai les baigneurs sur la plage. Ils avaient l'air tout petits. Au bout d'un instant me levai et, m'agrippant des orteils au bord du radeau, je plongeai pour remonter ensuite dans l'eau lumineuse. Je secouai l'eau salée de ma tête et nageai lentement vers la plage.

Ernest Hemingway - Le Soleil se lève aussi

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Coup de coeur... Camille Laurens...

15 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

L'amitié ne lui semble pas un commencement, mais une fin - une fin pas au sens d'un but à atteindre, bien sûr, encore moins d'un aboutissement réussi, non : une fin au sens où c'est fini, où c'est la fin. L'amitié, pour elle, est la fin de l'amour, c'est tout. L'ami a donc été aimé autrefois, il ne l'est plus, déjà. Il matérialise sombrement le temps qui passe, le temps qui a passé. Quelquefois, elle a dit à des hommes, ou des hommes lui ont dit : "Restons amis".

Formule pléonastique, s'il en fut : qu'est-ce que l'amitié, sinon un reste ?

Aussi n'est-elle pas de celles dont on dira : "Elle a beaucoup d'amis et elle s'en flatte". Ce serait avouer à travers cette possession illusoire tout ce qu'elle a perdu, tout ce qu'elle n'a plus. L'ami est toujours triste, c'est une espèce de chagrin d'amour.

Camille Laurens - Dans ces bras-là

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Coup de coeur... Henri Michaux...

14 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Lu par Michel Bouquet

Il manquait d'attention, et même intéressé, ne remarquait pas grand-chose, comme si seulement une couche extérieur d'attention s'ouvrait en lui, mais non son "moi". Il restait là, dodelinant. Il lisait énormément, très vite et très mal. C'était la forme que prenait l'attention chez lui. Car, tant que son fond restait indécis et mystérieux et peu palpable, son attention consistait à trouver dans un livre ce même univers fuyant et sans contours. Lisant comme il faisait, même un manuel d'arithmétique, ou du François Coppé, devenait une nébuleuse.

Et s'il se mettait à lire lentement, voulant "retenir": néant ! C'était comme s'il regardait des pages blanches. Mais il pouvait très bien relire, du moment que ce fût vite. On conçoit cela aisément. Il formait ainsi une nouvelle, une autre nébuleuse. Et la sympathie venant du souvenir agréable le soutenait aussitôt.

Henri Michaux - Plume

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Coup de coeur... Albert Camus...

13 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Albert Camus...

Au fond de toute beauté gît quelque chose  d’inhumain et ces collines, la douceur du ciel, ces dessins d’arbres,  voici qu’à la minute même, ils perdent le sens illusoire dont nous les  revêtions, désormais plus lointains qu’un paradis perdu. L’hostilité  primitive du monde, à travers les millénaires, remonte vers nous. Pour  une seconde, nous ne le comprenons plus puisque pendant des siècles nous  n’avons compris en lui que les figures et les dessins que préalablement  nous y mettions, puisque désormais les forces nous manquent pour user  de cet artifice. Le monde nous échappe puisqu’il redevient lui-même. Ces  décors masqués par l’habitude redeviennent ce qu’ils sont. Ils  s’éloignent de nous. De même qu’il est des jours où, sous le visage  familier d’une femme, on retrouve comme une étrangère celle qu’on avait  aimée il y a des mois ou des années, peut-être allons-nous désirer même  ce qui nous rend soudain si seuls. Mais le temps n’est pas encore venu.  Une seule chose : cette épaisseur et cette étrangeté du monde, c’est  l’absurde.

Albert Camus – Le Mythe de Sisyphe 

"Une seule chose est plus tragique que la souffrance et c'est la vie d'un homme heureux." 

Albert Camus - Noces

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Coup de coeur... Gérard Genette...

11 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

A propos de "Poscript" - http://www.seuil.com/ouvrage/postscript-gerard-genette/9782021335996

[…] l'Odyssée est bien [...] une œuvre hypertextuelle, et, symbolique, la première en date que nous puissions pleinement recevoir et apprécier comme telle. Son caractère second est inscrit dans son sujet même, qui est une sorte d'épilogue partiel de l'Iliade, d’où ces renvois et allusions constants, qui supposent clairement que le lecteur de l'une doit avoir déjà lu l'autre. Ulysse lui-même est constamment dans une situation seconde : on parle sans cesse de lui devant lui sans le reconnaître, et chez les Phéaciens il peut entendre ses propres exploits chantés par Démodokos, ou bien il raconte lui-même ses aventures, si bien qu'une grande part de l'œuvre (récits chez Alkinoos) est comme rétrospective à l'égard d'elle-même : en fait, l'essentiel de ce qui traite des aventures d'Ulysse proprement dites, le reste en étant plutôt comme l'épilogue : retour et vengeance finale. Et ce récit à la structure complexe et comme tournoyante pose quelques problèmes de jointure : nous ayons deux récits du séjour chez Calypso, du départ et de la tempête (au chant V par Homère, au chant XII par Ulysse), et nous ayons failli en avoir un troisième au chant. XII, à la fin du récit d'Ulysse; cette insistance rend l'épisode omniprésent, et provoque d'avance sa reprise par Fénelon — comme le voyage de Télémaque, qui amorce lui aussi un redoublement de l'action. Ajoutons-y les diverses occasions où Ulysse déguisé raconte des aventures imaginaires et se mentionne lui-même comme un autre qu'il aurait connu. Et les épisodes annoncés par prophétie (Protée, Tirésias, Circé), et donc encore racontés deux fois – d'où une certaine confusion narrative qui trouble et disloque notre mémoire du récit ("où se trouve tel épisode?"), et qui fait un peu plus qu'autoriser les reprises ironiques, soupçonneuses, volontairement vertigineuses d'un Giraudoux, d'un Joyce, d'un Giono, d'un John Barth. L’Odyssée n'est pas pour rien la cible favorite de l'écriture hypertextuelle. 

Gérard Genette - Palimpsestes. 

A propos de "Poscript" - http://www.seuil.com/ouvrage/postscript-gerard-genette/9782021335996

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Coup de coeur... Edouard Louis...

10 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

1999 - je compte sur mes doigts : une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit. Je me prépare à avoir huit ans. Tu m'as demandé ce que je voulais pour mon anniversaire, et je t'ai répondu : Titanic. La version VHS du film venait de sortir, on voyait la pub passer plusieurs fois par jour à la télévision, en boucle. Je ne sais pas ce qui m'attirait autant dans ce film, je ne saurais pas dire, l'amour, le rêve partagé de Leonardo DiCaprio et de Kate Winstlet, je ne sais pas, mais j'étais obsédé par ce film que je n'avais pas encore vu, et je te l'ai demandé. Tu m'as répondu que c'était un film pour les filles et que je ne devais pas vouloir ça. Ou plutôt, je parle trop vite, d'abord tu m'as supplié de vouloir autre chose, Tu ne veux pas plutôt une voiture télécommandée ou un costume de super-héros, réfléchis bien, mais moi je répondais Non, non, c'est Titanic que je veux, et c'est après mon insistance, après ton échec, que tu as changé de ton. Tu m'as dit que puisque c'était comme ça je n'aurais rien, pas de cadeau. Je ne me rappelle plus si j'ai pleuré. Les jours ont passé. Le matin de mon anniversaire, j'ai trouvé au pied du lit un grand coffret blanc, avec écrit dessus en lettres d'or : Titanic. À l'intérieur il y avait la cassette, mais aussi un album photo sur le film, peut-être une figurine du paquebot. C'était un coffret de collection, sûrement trop cher pour toi, et donc pour nous, mais tu l'avais acheté et déposé près de mon lit, enveloppé dans une feuille de papier. Je t'ai embrassé sur la joue et tu n'as rien dit, tu m'as laissé regarder ce film près d'une dizaine de fois par semaine pendant plus d'un an."

Edouard Louis - Qui a tué mon père

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