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Vivement l'Ecole!

Articles avec #litterature tag

Coup de coeur... Frantz Fanon...

28 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Monde compartimenté, manichéiste, immobile, monde de statues : la statue du général qui a fait la conquête, la statue de l'ingénieur qui a construit le pont. Monde sûr de lui, écrasant de ses pierres les échines écorchées par le fouet. Voilà le monde colonial. L’indigène est un être parqué, l'apartheid n'est qu'une modalité de la compartimentation du monde colonial. La première chose que l'indigène apprend, c'est à rester à sa place, à ne pas dépasser les limites. C'est pourquoi les rêves de l'indigène sont des rêves musculaires, des rêves d'action, des rêves agressifs. Je rêve que je saute, que je nage, que je cours, que je grimpe. Je rêve que j'éclate de rire, que je franchis le fleuve d'une enjambée, que je suis poursuivi par des meutes de voitures qui ne me rattrapent jamais. Pendant la colonisation, le colonisé n'arrête pas de se libérer entre neuf heures du soir et six heures du matin.

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Coup de coeur... Yves Bonnefoy...

27 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "yves bonnefoy poèmes NRF Gallimard"

La Beauté

Celle qui ruine l'être, la beauté,
Sera suppliciée, mise à la roue,
Déshonorée, dite coupable, faite sang
Et cri, et nuit, de toute joie dépossédée —
O déchirée sur toutes grilles d'avant l'aube, piétinée sur toute route et traversée,
Notre haut désespoir sera que tu vives,
Notre coeur que tu souffres, notre voix
De l'humilier parmi tes larmes, de te dire
La menteuse, la pourvoyeuse du ciel noir.
Noue désir pourtant étant ton corps infirme.
Notre pitié ce cœur menant à toute boue.

                                        _____________________________

Les étoiles voûtaient les murs du haut jardin
Comme les fruits de l'arbre au-delà, mais les pierres
Du lieu mortel portaient dans l'écume de l'arbre 
Comme une ombre d'étrave et comme un souvenir.

Etoiles et vous, craies d'un pur chemin. 
Vous pâlissiez, vous nous preniez le vrai jardin, 
Tous les chemins du ciel étoile faisant ombre 
Sur ce chant naufragé ; sur notre route obscure.

Dans ses coffres le rêve a replié 
Ses étoffes peintes, et l'ombre 
De ce visage taché 
De l'argile rouge des morts.

Tu n'as pas voulu retenir 
Ces mains étroites qui firent 
Le signe de solitude 
Sur les pentes ocres d'un corps.

 Et telle une eau qui se perd
 Dans les rougeurs d'une eau sombre.
 La nuque proche se courbe
 Sur la plage où brille la mon.

                                    ________________________________

Delphes du second jour

Ici l'inquiète voix consent d'aimer
La pierre simple.
Les dalles que le temps asservit et délivre.
L'olivier dont la force a goût de sèche pierre

Le pas dans son vrai lieu.
L'inquiète voix
Heureuse sous les roches du silence,
Et l'infini, l'indéfini répons

Des sonnailles, rivage ou mort.
De nul effroi
Était ton gouffre clair,
Delphes du second jour.

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Coup de coeur... Amin Maalouf...

26 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "les identités meurtrières amin maalouf"

Si les hommes de tous pays, de toutes conditions, de toutes croyances se transforment aussi facilement en massacreurs, si les fanatiques de tous poils parviennent aussi facilement à s’imposer comme les défenseurs de l’identité, c’est parce que la conception  » tribale  » de l’identité qui prévaut encore dans le monde entier favorise une telle dérive; une conception héritée des conflits du passé, que beaucoup d’entre nous rejetteraient s’ils l’examinaient de plus près, mais à laquelle nous continuons à adhérer par habitude, par manque d’imagination, ou par résignation, contribuant ainsi, sans le vouloir, aux drames par lesquels nous serons demain sincèrement bouleversés.

(...)

A l’inverse, dès lors qu’on conçoit son identité comme étant faite d’appartenances multiples, certaines liées à une histoire ethnique et d’autres pas, certaines liées à une tradition religieuse et d’autres pas, dès lors que l’on voit en soi-même, en ses propres origines, en sa trajectoire, divers confluents, diverses contributions, divers métissages, diverses influences subtiles et contradictoires, un rapport différent se crée avec les autres, comme avec sa propre  » tribu « . Il n’y a plus simplement  » nous « , et  » eux  » – deux armées en ordre de bataille qui se préparent au prochain affrontement, à la prochaine revanche. Il y a désormais, de  » notre  » côté, des personnes avec lesquelles je n’ai finalement que très peu de choses en commun, et il y a, de  » leur  » côté, des personnes dont je peux me sentir extrêmement proche.

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Coup de coeur... Gustave Flaubert...

25 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "madame bovary"

"A sept heures, on servit le dîner. Les hommes, plus nombreux, s'assirent à la première table, dans le vestibule, et les dames à la seconde, dans la salle à manger, avec le marquis et la marquise.  Emma se sentit, en entrant, enveloppée par un air chaud, mélangé du parfum des fleurs et du beau linge, du fumet des viandes et de l'odeur des truffes. Les bougies des candélabres allongeaient des flammes sur les cloches d'argent ; les cristaux à facettes, couverts d'une buée mate, se renvoyaient des rayons pâles ; des bouquets étaient en ligne sur toute la longueur de la table ; et, dans les assiettes à large bordure, les serviettes, arrangées en manière de bonnet d'évêque, tenaient entre le bâillement de leurs deux plis chacune un petit pain de forme ovale. Les pattes rouges des homards dépassaient les plats ; de gros fruits dans les corbeilles à jour s'étageaient sur la mousse ; les cailles avaient leurs plumes, des fumets montaient ; et, en bas de soie, en culotte courte, en cravate blanche, en jabot, grave comme un juge, le maître d'hôtel, passant entre les épaules des convives les plats tout découpés, faisait, d'un coup de sa cuillère, sauter pour vous le morceau qu'on choisissait. Sur le grand poêle de porcelaine à baguettes de cuivre, une statue de femme, drapée jusqu'au menton, regardait immobile la salle pleine de monde. Mme Bovary remarqua que plusieurs dames n'avaient pas mis leurs gants dans leurs verres.

Cependant, au haut bout de la table, seul, parmi toutes ces femmes, courbé sur son assiette remplie, et la serviette nouée dans le dos comme un enfant, un vieillard mangeait, laissant tomber de sa bouche des gouttes de sauce. Il avait les yeux éraillés et portait une petite queue  enroulée d'un ruban noir. C'était le beau-père du marquis, le vieux duc de Laverdière, l'ancien favori du comte d'Artois, dans le temps des parties de chasse au Vaudreuil chez le marquis de Conflans, et qui avait été, disait-on, l'amant de la reine Marie-Antoinette, entre MM. de Coigny et de Lauzun. Il avait mené une vie bruyante de débauches, pleine de duels, de paris, de femmes enlevées, avait dévoré sa fortune et effrayé toute sa famille. Un domestique, derrière sa chaise, lui nommait tout haut dans l'oreille les plats qu'il désignait du doigt en bégayant ; et sans cesse les yeux d'Emma revenaient d'eux-mêmes sur ce vieil homme à lèvres pendantes, comme sur quelque chose d'extraordinaire et d'auguste. Il avait vécu à la cour et couché dans le lit des reines !
 
On versa du vin de Champagne à la glace. Emma frissonna de toute sa peau, en sentant ce froid dans sa bouche. Elle n'avait jamais vu de grenades ni mangé d'ananas. Le sucre en poudre même lui parut plus blanc et plus fin qu'ailleurs.
 
Les dames, ensuite, montèrent dans leurs chambres s'apprêter pour le bal."
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Coup de coeur... Ernst Jûnger...

24 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "Ernst Jünger - La guerre comme expérience intérieure"

« Que servait de répandre sur les plus proches du sable et de la chaux, de jeter sur eux une toile de tente pour échapper au spectacle constant des visages noirs et enflés. Il y en avait trop ; partout la bêche heurtait de la chair ensevelie. Tous les mystères du tombeau s’étalaient dans une hideur à faire pâlir les rêves les plus fous. Les cheveux tombaient des crânes par touffes, comme le feuillage pâli des arbres à l’automne. Plus d’un se défaisait en verdâtre gelée de poisson qui luisait dans les nuits sous les lambeaux des uniformes. Quand on marchait sur eux, le pied laissait des traces phosphorescentes. D’autres se desséchaient en momies calcifiées qui se desquamaient lambeau par lambeau. Chez d’autres encore, les chairs coulaient des os en gélatine brun rougeâtre. Dans les nuits lourdes, des cadavres boursouflés s’éveillaient à une vie de fantôme lorsque les gaz comprimés s’échappaient des blessures à grands sifflets et gargouillis. Mais le plus terrifiant était le grouillement frénétique où se dissolvaient les corps qui ne se composaient plus que de vers innombrables.

À quoi bon ménager vos nerfs ? Ne sommes-nous pas restés une fois, quatre jours de suite, dans un chemin creux entre des cadavres ? N’étions-nous pas tous, morts et vivants, recouverts d’un épais tapis de grandes mouches bleu sombre ? Peut-on encore aller plus loin ? Oui : plus d’un gisait là avec qui nous avions partagé mainte veille nocturne, mainte bouteille de vin, maint quignon de pain. Qui peut parler de la guerre, qui n’a point été dans nos rangs ?

Lorsque après de telles journées le soldat du front traversait les villes de l’arrière, en colonnes grises et muettes, voûté, dépenaillé, sa vue parvenait à figer sur place l’insouciant train-train des écervelés de ces lieux. “On les a sortis des cercueils”, chuchotaient-ils à l’oreille de leur bonne amie, et tous ceux qu’effleuraient le vide des yeux morts se mettaient à trembler. Ces hommes étaient saturés d’horreur, ils eussent été perdus sans l’ivresse. Qui peut mesurer cela ? Un poète seul, un poète maudit dans le voluptueux enfer de ses rêves. »

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Coup de coeur... Jean Rouaud...

23 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "jean rouaud comment gagner sa vie honnêtement folio"

Avec  le temps, d'un été à l'autre, j'aurais pu grâce à Georges me faire une  idée de ce qui se passait et disait sur l'autre rive, me familiariser  avec une pensée politique, avec son vocabulaire, mais après la mort de  notre père tout s'est écroulé. La joie ayant déserté la maison, les uns  et les autres n'osaient plus pousser la porte de peur de déranger notre  pleureuse. On y parlait à voix basse, comme dans une chambre mortuaire.  Fini les discussions. On se contentait de venir aux nouvelles et  d'apporter un peu de réconfort à la pauvre Annick, notre mère, laquelle  n'avait qu'un souhait, que ça se termine au plus vite, ce rituel de la  visite annuelle, pour pouvoir réintégrer son monde de tristesse. Et dans  cet isolement carcéral du deuil aucune information ne passait. Ce qui  obligeait à développer un imaginaire de résistance, éthéré, nourri par  la seule rêverie, qui était pour moi un rêve d'amour.    

Lequel ne m'a pas quitté, enfantin, précieux, inadapté, tenace, auquel  je n'ai pas renoncé en dépit de son peu de réalité, et qui m'a conduit  jusqu'à ce "Mmm, enfin" que m'adressa la fiancée par courrier  électronique, à qui j'avais confié, après des mois d'attente pour elle  qui, suite au malentendu de la Grand-Place, désespérait que je la  remarque, mon désir de la revoir. Mais si vous avez envie de me revoir,  j'aimerais que vous me le disiez plus. Et j'avais longtemps retourné ses  mots, est-ce que je lisais bien? Et comprenant enfin ma stupidité :  J'ai très envie de vous revoir, j'ai très envie de vous revoir, et pour  tout dire, j'ai très envie de vous revoir. Mmm enfin, avait-elle  simplement répondu, juste ce soupir lumineux, ce cri de soulagement  quand on a été au bord de tout lâcher, qu'on s'est cramponné contre les  apparences trompeuses, qu'on a tenu encore et encore jusqu'à penser n'en  plus pouvoir. Mmm enfin, vous êtes là. Mmm enfin, votre voix à mon  oreille. Mmm enfin, je ne me suis pas trompée, sur moi, sur vous. Mmm  enfin, peut-être ai-je une chance d'aborder ma vraie vie, de trouver une  place à mes aspirations cachées, à mes désirs de poésie, d'envol. Mmm  enfin, vous m'avez vue et vous voulez me revoir. Mais un étrange écho ce  mmm enfin. Pas seulement l'aveu solaire de la femme aimée. J'aurais pu  le formuler moi aussi s'il n'avait été aussi profondément enseveli sous  les décombres. Longue attente, remontant à bien plus loin, à se demander  comment elle avait survécu, comment je pouvais encore y croire,  interminable attente commencée dans les nocturnes de Saint-Louis, au  milieu des hululements plaintifs des cornes de brume et des gifles de  pluie sur les vitres. Mmm enfin. Mystère de mon amour. Mais depuis, je  sais : les rêves sont des programmes.

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Coup de coeur... Jean Amrouche...

22 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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En donnant ces chants berbères au public, j'ai le sentiment de livrer un trésor privé, de me dessaisir d'un bien de famille. Mais, il n'est pas de meilleure manière de préserver de la destruction une richesse. Aussi loin que j'essaie de remonter le cours de ma vie, le moindre événement qui affleure à ma mémoire est accompagné du bercement des chants de mon pays.

                                        _____________________________________

Eboulez-vous montagnes
Qui des miens m’avez séparé,
Laissez à mes yeux la voie libre,
Vers le pays de mon père bien-aimé.
Je m’acharne en vain à l’ouvrage;
 Mon cœur là-bas est prisonnier. 
 Paix et salut, ô mon pays !
 Mes yeux ont parcouru des mondes.
 Ma vue est orage de printemps
 Dans le tumulte des neiges fondantes.
 Mère, ô mère bien-aimée, 
 Ah ! l’exil est un long calvaire        

                                        ______________________________________

J'ai versé tant de pleurs sans que vous pleuriez.
J'ai compris : je suis étranger

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Coup de coeur... Claude Simon...

20 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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C'était  la fin de l'après-midi sans doute car il me dit que le vent avait  cessé. Le soleil bas, jaune foncé, glissait  presque horizontal dans la  chambre, projetait sur le mur la tâche marbrée virant lentement du  citron au chrome, puis du chrome à l'orangé, tandis qu'elle se déplaçait  insensiblement, et du dehors (tintement des brocs des femmes à la  fontaine, appel, et un murmure las, multiple, épuisé) parvenaient les  bruits du soir. Comme une exhalaison du jour fané, révolu. Puis un  frémissement, un long cri de soie déchirée fendant l'air, se répétant,  et Montes pensant : «  Déjà. Les hirondelles. Elles sont déjà ... » Et  maintenant la barre du soleil comme du bronze en fusion glissant  semblait-il de plus en plus vite, au point qu'il pouvait presque suivre  sa lente dérive, la lente, terrifiante et irrémédiable dérive du temps.  Et toujours cette chose qu'il savait qu'il devait faire, ou qu'il  voulait faire, répétant maintenant : «Non, je vous dis qu'il faut que  je parte. Excusez-moi. Je dois...»

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Coup de coeur... Paul Nizan...

19 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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"Je vais vivre parmi mes ennemis. Constamment, c'est-à-dire non passivement, mais sans laisser le temps m'endormir du bruit paresseux et aimable de son cours, avec patience, attention et colère. Il me faut la vertu qui nous fit le plus constamment défaut, la constance.

Mais il est plus facile d'être constant avec la guerre qu'avec la poésie, qu'avec une femme. La poésie et les femmes passent, mais la révolution n'est jamais passée."

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Coup de coeur... Joy Sorman...

18 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Depuis longtemps déjà le lion m'a détrôné, ravalé au rang de bouffon même si mon aspect imposant impressionne encore un peu. Mais les hommes me suspectent de douceur et de bonhomie - ma tête trop arrondie, trop fournie en poils soyeux, ce brun trop duveteux, cet air mélancolique et cette prédisposition à devenir peluche, serrée contre un cœur enfantin, dernier rempart face à la peur de l'obscurité quand il est l'heure de dormir. L'ours est passé du côté des enfants, il n'y aura pas de retour possible, rien ne pourra défaire cette malédiction et cet attachement, à moins que je ne décapite sur-le-champ un jeune spectateur.

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