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Vivement l'Ecole!

litterature

Coup de coeur... Francis Ponge...

12 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Comme dans l'éponge il y a dans l'orange une aspiration à reprendre contenance après avoir subi l'épreuve de l'expression. Mais où l'éponge réussit toujours, l'orange jamais: car ses cellules ont éclaté, ses tissus se sont déchirés.

Tandis que l'écorce seule se rétablit mollement dans sa forme grâce à son élasticité, un liquide d'ambre s'est répandu, accompagné de rafraîchissement, de parfums suaves, certes, mais souvent aussi de la conscience amère d'une expulsion prématurée de pépins.

Faut-il prendre parti entre ces deux manières de mal supporter l'oppression?

L'éponge n'est que muscle et se remplit de vent, d'eau propre ou d'eau sale selon: cette gymnastique est ignoble.

L'orange a meilleurs goût, mais elle est trop passive, et ce sacrifice odorant. . .

c'est faire à l'oppresseur trop bon compte vraiment.

Mais ce n'est pas assez avoir dit de l'orange que d'avoir rappelé sa façon particulière de parfumer l'air et de réjouir son bourreau. Il faut mettre l'accent sur la coloration glorieuse du liquide qui en résulte et qui, mieux que le jus de citron, oblige le larynx à s'ouvrir largement pour la prononciation du mot comme pour l'ingestion du liquide, sans aucune moue appréhensive de l'avant-bouche dont il ne fait pas hérisser les papilles.

Et l'on demeure au reste sans paroles pour avouer l'admiration que suscite l'enveloppe du tendre, fragile et rose ballon ovale dans cet épais tampon-buvard humide dont l'épiderme extrêmement mince mais très pigmenté, acerbement sapide, est juste assez rugueux pour accrocher dignement la lumière sur la parfaite forme du fruit.

Mais à la fin d'une trop courte étude, menée aussi rondement que possible, il faut en venir au pépin.

Ce grain, de la forme d'un minuscule citron, offre à l'extérieur la couleur du bois blanc de citronnier, à l'intérieur un vert de pois ou de germe tendre.

C'est en lui que se retrouvent, après l'explosion sensationnelle de la lanterne vénitienne de saveurs, couleurs, et parfums que constitue le ballon fruité lui-même, la dureté relative et la verdeur (non d'ailleurs entièrement insipide) du bois, de la branche, de la feuille: somme toute petite quoique avec certitude la raison d'être du fruit.

Francis Ponge - Le parti pris des choses

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Coup de coeur... Jean-Michel Maulpoix...

11 Avril 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Littérature

« La mer attend son large, cherche ses eaux, désire le bleu, crache et crie, s’accroche et défaille, quand son écorce et sa coquille se brisent, et la fragile ardoise de ses clochers, et tous les verres qu’elle a vidés puis jetés derrière les taillis.

La mer chuinte au soir et peluche, avant de s’endormir, la tête entre les bras, comme une enfant peureuse, quêtant dans la nuit calme des idées d’aurores et d’émoi, encore un peu de vin, de vent et de clarté, un peu d’oubli.

Son gros cœur de machine s’effondre dans son bleu; sa servitude quémande son salaire de sel: quelques gouttes, un bout de pain, un butin si maigre, pas même de quoi gagner le large après tant de vagues remuées tout ce temps!

Elle brûle de se défaire du ciel qui la manie, la flatte ou la conspue: ô ces ailes qui lui manquent, cet horizon partout à bout portant! Verra-t-elle jamais se lever son jour, dans la pénombre d’un prénom de femme?

Elle n’a ni corps ni chair à elle: elle revient de nulle part et parle de travers, elle rêve à autre chose; elle parle et rêve de choses et d’autres : pourquoi donc ne pas dire que le temps à midi s’arrête au fond d’un lac?

On prétend que le bleu perle sous sa paupière: on la croit folle, elle se désole, rêvant pour rien de de branches et de racines, assise sur une espèce de valise en cuir au bout de la plage où personne ne viendra la chercher.

Quelle nuit, quel jour fait-il dans sa tête engourdie de femme assise? Elle ouvre en grand les bras aux enfants accourus du large. Il lui plaît d’exciter leurs rires et leurs éclaboussures, de baigner les pieds nus, de lécher la peau claire.

Mais vivre n’est pas son affaire: elle ne raconte pas son désir, fiévreux d’images et de rivages; elle n’ira guère plus loin que ce chagrin-ci, d’un impossible bleu-lavande, celui d’anciennes lettres d’amour et de mouchoirs trempés.

La voici d’un gris de sépulcre, avec tout ce vide autour d’elle, cueillant la mort d’un baiser brusque, suçant le noyau et crachant le fruit, titubant comme le souvenir, priant parfois très bas, brisant après le rêve la cruche qu’il a vidée.

Son coeur est un abîme qui recommence jour après nuit la même journée obscure, qui chante de la même voix brouillée le désordre et le bruit, qui va, lavant sa plaie, toujours poussant pour rien son eau pauvre en amour. »

Jean-Michel Maulpoix - Poème paru dans la revue Europe

A lire: Une histoire de bleu

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Coup de coeur... Virginia Woolf...

10 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Ainsi la maison se trouvant vide, les portes fermées à clef et les matelas roulés, ces airs vagabonds, avant-gardes de grandes armées, entrèrent tumultueusement, frôlèrent des panneaux nus, mordillèrent, soufflèrent, ne rencontrèrent aucune résistance sérieuse dans les chambres à coucher ou le salon, rien que des tentures qui s'agitaient, du bois qui craquait, les pieds nus des tables, des casseroles et de la porcelaine déjà noircies, ternies, craquelées. Ce que l'on avait jeté, abandonné - une paire de souliers, une casquette de chasse, des jupes et des vestons défraîchis dans des garde-robes - ces objets-là seuls gardaient une forme humaine et, dans ce vide général, indiquaient qu'ils avaient été jadis gonflés par de la vie ; que des mains avaient manié des crochets et des boutons ; que le miroir avait jadis contenu un visage, un monde, creusé, semblait-il, dans sa profondeur, dans lequel parfois une forme humaine s'était tournée, une main avait passé comme un éclair, une porte s'était ouverte, des enfants s'étaient précipités en trébuchant, étaient repartis. Maintenant, tous les jours, la lumière tournante projetait sa claire image sur le mur d'en face, comme une fleur se mirant dans l'eau. Les ombres des arbres cependant, dont le vent agitait les panaches, faisaient des révérences qui, apparaissant sur ce mur, obscurcissaient un instant le lac où se réfléchissait la lumière ; ou encore des oiseaux en fuyant promenaient à travers le plancher une tache au doux frémissement.

Virginia Woolf - La promenade au phare

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Coup de coeur... Lydia Flem...

9 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Paris fantasme - Lydia Flem - Babelio

Nos questions les plus intimes patientent toute une vie, sans disparaître ni renoncer, elles nous accompagnent puis vient un moment où elles sortent de l’ombre. Elles attendent, puis exigent nos réponses. Il est l’heure, disent-elles. Tu as assez tergiversé, oublié, déplacé, réprimé, nié, dénié, refoulé, minimisé, occulté, enfoui, travesti, embrouillé, mis sous scellés, trahi. Cela suffit. Stop. Basta. Rends-toi, renonce à ce jeu de cache-cache avec toi-même. Réponds à présent ; différer n’a plus de sens. Tu t’empoisonnes l’existence. Écoute la question et réponds-y. Est-ce ici que tu te sens chez toi, en paix avec le monde qui t’entoure ? Ce lieu est-il l’endroit d’où tu peux, à tout moment, partir et désirer revenir ? As-tu fait tien ce port d’attache ? Ou demeures-tu la passagère clandestine de ta propre vie ?

Cette interrogation m’oppresse, c’est une équation impossible à résoudre. Dans les feuillets d’un cahier d’algèbre de mon père, retrouvé dans la maison de mes parents, une page m’a fascinée. De son écriture déliée et souple, tout à la fois fluide et obstinée, il avait tracé ce titre d’exercice qui résume l’enjeu terrible et magnifique de toute vie : « Problèmes impossibles et indéterminés ».

Ne suffit-il pas que l’existence humaine soit impossible, faut-il qu’elle soit de plus indéterminée ?

Pour les mathématiques, une équation qui admet plusieurs solutions, même une infinité de solutions, est dite « indéterminée », définition qui est sûrement plus habituelle dans notre expérience sensible que l’équation « déterminée » qui n’admet qu’une seule solution ; bien que cela puisse, de temps en temps, nous arriver aussi, même si nous ne sommes ni des chiffres ni des nombres. Quant à l’équation « impossible », elle n’admet aucune solution.

Ces formulations me plongent dans la perplexité, et pourtant, sous leurs allures de haïku ou de koan, j’y perçois un je-ne-sais-quoi d’étrangement familier.

Peut-être mon père m’a-t-il laissé en héritage cette philosophie paradoxale, énigmatique, exigeante, d’une beauté surprenante et sage, qui invite à ne pas cher‑ cher de solutions, ou à les accepter, indifféremment, toutes, aucune ou seulement l’une d’entre elles, selon le champ infini des possibles.

Suis-je prête à devenir l’héritière du legs paternel, à relever son défi, à recevoir ce don des perspectives obliques sur l’existence, à faire miennes les « solutions impossibles et indéterminées » ?

Lydia Flem - Paris Fantasme

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Coup de coeur... Pierric Bailly...

8 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Cette histoire a duré quinze ans, au bout desquels Flo et Marti ont décidé de se séparer, parce que trop d’affrontements mais aussi trop d’alcool, trop de défonce, trop de folie de part et d’autre – ça s’est fait d’un commun accord, ça leur semblait une évidence à tous les deux, ils savaient qu’en restant ensemble ils finiraient par s’entre-tuer, et par le faire vraiment, ce n’était pas une façon de parler –, et Florence a fini par rentrer au bercail. Elle a eu besoin de ça plutôt que d’aller squatter chez des amis, elle a eu besoin d’une coupure, d’un changement de rythme et de cadre et de fréquentations, et ça lui a fait du bien. Ça lui a fait plaisir de revoir ses parents, de les retrouver, de remettre les pieds dans la maison de son enfance et dans cet environnement qu’elle avait fui à l’adolescence. Ce n’était pas tant un apaisement qu’un réel phénomène de régression, les premiers jours elle se vivait vraiment comme la petite fille qui vient quêter le réconfort dans les bras de papa et maman. Ça avait été tellement loin avec Martial, ça avait été tellement difficile les derniers temps, elle sortait de cette longue relation totalement carbonisée et elle n’avait à ce moment-là besoin que de ça, la chaleur du foyer familial, le côté bordant du cocon, l’effet rassurant des retrouvailles avec le monde des origines, qui n’avait pas changé d’un poil ou presque, retrouvailles sans surprise, initiative qui n’impliquait aucun effort de sa part, qui coulait de source, l’inverse de la vie avec Martial. L’inverse de ce qu’elle avait toujours aimé avec lui, de ce qu’elle avait toujours valorisé : la nécessité de sortir, de bouger, de rencontrer des gens, toujours des gens nouveaux. L’inverse d’une décision intrépide et imprudente, là c’était vraiment le niveau zéro de l’aventure, et bizarrement elle ne détestait pas ça. Avec ses parents elle se comportait comme elle ne l’avait peut-être plus jamais fait depuis l’âge de huit ou neuf ans, elle les laissait la câliner et l’embrasser. C’était aussi quelque chose qu’ils savaient faire, être cajolant, dorlotant. Ce n’était pas des gens froids ou discrets, c’était des gens expansifs et aussi des gens affectueux. C’était des cons bien sûr, mais ils n’étaient pas que ça. Pour la première fois Florence était capable de ne pas les envisager sous le seul prisme de leur mentalité étriquée, de leur bêtise congénitale, comme elle avait toujours dit. Bon, ils évitaient d’aborder ensemble les sujets qui fâchent, ils n’allumaient ni la radio ni la télé et son père se cachait pour feuilleter le journal, ils savaient d’un côté comme de l’autre qu’il y avait quelque chose à protéger, ils essayaient de faire durer le plus longtemps possible cet état de grâce, il fallait profiter de ce moment privilégié. Ça a plutôt bien fonctionné. Florence est restée cinq mois chez eux, et ça a été cinq mois sans prise de bec, cinq mois paisibles dans ce village qui n’en est pas un, commune constituée d’une somme de hameaux et dont même la mairie est un bâtiment isolé.

Pierric Bailly - Le roman de Jim

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Coup de coeur... Sylvain Tesson...

7 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages

La mer : un cœur qui bat entre deux côtes.

L’aiguille de granit recoud le manteau des neiges au fil de l’arête.

Les vagues ont repeint au rouleau une mer d’huile.

Paris, ville accouchée de son bassin.

La Russie dispose de douze fuseaux pour tisser la tapisserie de son immensité.

La Sibérie jette un froid sur nos rêves de Russie.

En vieillissant, la forêt sent le sapin.

La mère mène l’enfant au lit. Le lit mène le fleuve à la mer.

En automne, la vigne vierge rougit face aux arbres qui se dénudent.

Onze canards en formation font le V de la victoire contre la pesanteur.

Les animaux ont peur du tonnerre comme les enfants d’une mère qui les gronde.

Le lacet d’un chemin noue la gorge.

Surplombant la plaine, la montagne contemple ce qu’elle va devenir.

Paris, capitale à la Seine comme à la ville.

Le coup de fusil part. L’oiseau tombe, moins bas que le chasseur.

Les hirondelles rasent la barbe d’un champ.

Le Sahara était une mer. L’océan est toujours un désert.

L’aube est-elle rouge du sang à verser aujourd’hui sur la Terre ou de celui coulé la nuit précédente ?

Chaque soir, à l’idée de se coucher, le soleil rougit de dépit.

Chaque année dans son lit, l’Amour connaît la débâcle.

Coquelicots : l’acné des champs.

On peut marcher sur le lacet d’un chemin sans tomber.

Une coulée de végétation dévale le talus vers le lac comme une langue de bête assoiffée.

L’érosion punit la montagne d’avoir voulu s’élever vers le ciel.

Rien à signaler sur les bords de l’empire du Milieu.

Les lucioles jouent les mites. Elles trouent la toile de la nuit pour que le jour passe à travers.

Les polders hollandais : un acompte sur la mer dont la note sera salée.

Sylvain Tesson - Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages

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Coup de coeur... Dany Laferrière...

6 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Amazon.com: L'odeur du café (French Edition) eBook: Laferrière, Dany:  Kindle Store

Une fois par mois, mon grand-père allait voir ses terres, près du cimetière, en face de la vieille guildive de Duvivier. Il y passait toute la journée et ne rentrait que fort tard dans la soirée. Son dîner l'attendait sous le couvre-plat en plastique rose, dans la salle à manger. Quelques mouches volaient autour des plats, par principe. Son repas favori: banane, mirliton, aubergine, très peu de riz (cuit sans sel) avec du pois noir en sauce. Pas de viande, ni de carotte. Da dit toujours qu'il n'y a que mon grand-père et les enfants qui n'aiment pas les carottes. Il s'asseyait, mangeait lentement et se servait toujours une tranche d'ananas pour dessert. Après le repas, mon grand-père se nettoyait longuement les dents. C'était sa fierté. Il a conservé toutes ses dents jusqu'à la fin.

Un soir, il avait l'air plus fatigué que d'ordinaire. Il a à peine touché à son repas, s'est longuement brossé les dents avant d'aller se coucher. Une dernière fois.

 

Dany Laferrière - L'odeur du café

 

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Coup de coeur... Nabil Wakim...

5 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Langue

Le passager

Si ce n’est pas la preuve du grand complot arabe contre moi, je ne crois plus en rien. Je vais à Brive-la-Gaillarde. Brive-la-Gaillarde. Il n’y a pas plus français comme endroit : c’est la terre de Hollande, Chirac et des pommes du Limousin soigneusement vaporisées de pesticides. Et il faut que mes voisins de train soient un couple de vieux Libanais. Voici ce que ferait un Libanais normal : il leur tomberait dans les bras, d’où tu viens, et ta famille, ton nom surtout, oui ma mère vient de Jbeil (Byblos), mon père du sud du Liban. Une conversation remplie d’indices invisibles pour le non-Libanais, mais qui donne à comprendre rapidement à quel culte microscopique on appartient, au moins en théorie, et où on se trouve dans l’échelle sociale tordue de ce pays.

Mais moi, je ne sais pas faire tout ça. J’ai trop honte. Honte de mon arabe haché, de mon accent ridicule, de mon vocabulaire qui ne dépasse pas la liste de courses. Le pire pour moi : je comprends presque tout ce qu’ils disent, et je suis sûr qu’ils ont compris qui j’étais. Enfin, qui ils pensent que je suis : un Libanais malpoli qui ne daigne pas leur adresser la parole. Peut-être que ce sont des Libanais très français et qu’ils s’en foutent, qu’ils ne pensent pas que, dès qu’on croise l’un des « nôtres », on doit mélanger nos sangs et nos histoires familiales pendant toute la durée du voyage ? Dans la série télévisée Highlander que diffusait M6 quand j’étais collégien, les immortels se reconnaissent de loin, en sentant un changement dans l’atmosphère. Ils savent d’instinct que l’un des leurs vient de pénétrer dans leur espace vital. Je ressens toujours la même chose en présence d’un Libanais. Sauf que moi, je ne sais pas quoi faire. Je bloque. Pourquoi je suis incapable de leur dire bonjour, au lieu de taper ces lignes, recroquevillé derrière mon ordinateur ? J’ai l’air bizarre, avec mon écran tourné vers le couloir, pour éviter qu’ils voient ce que j’écris. J’ai eu l’idée de ce livre la semaine dernière et voilà ce qui me tombe dessus ! C’est plus qu’un coup du sort, c’est un complot sataniste mené par l’algorithme qui distribue les sièges de la SNCF. J’ai plein de raisons de ne pas leur parler. J’ai autre chose à faire, j’ai faim, j’ai du boulot, je suis en vacances, je dois regarder la deuxième saison de cette série norvégienne sous-titrée en anglais. Je dois réfléchir à mon travail certainement très important. Penser aux cadeaux de Noël de ma fille. Décompresser. Je suis en vacances, je ne peux pas toujours faire des efforts. Je décompresse vachement, là.

Nabil Wakim - L'Arabe pour tous. Pourquoi ma langue est taboue en France

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Coup de coeur... Aurélien Bellanger...

4 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Apollo 11 s’était vengé de Spoutnik et Gagarine frôlait l’échec et mat. Les ingénieurs russes hésitaient encore entre l’avion spatial et la station orbitale, mais le cœur n’y était visiblement plus. Le choix retenu, aux dernières nouvelles, était d’abandonner la navette Bourane – tempête de neige – au profit d’une station ravitaillée par des vaisseaux Soyouz – « soyouz », qui signifie « union », comme dans « Union soviétique », mais que les Russes eux-mêmes appellent le camion de l’espace, comme si leur rêve spatial était fini depuis longtemps. Ou comme s’il s’était insidieusement transformé en un rêve plus prosaïque et plus mesquin, un rêve très proche de celui qui s’incarnait à l’autre bout du continent européen, dans l’Europe de la CEE et de la libre circulation des biens : un continent de camions immaculés lâchés sur les orbites basses des autoroutes transnationales et confrontés à des défis techniques pas moins exaltants que ceux que relevaient les prestigieux Soyouz : franchissement des mers intérieures, des cols alpins et des grands centres urbains congestionnés.

Aurélien Bellanger - Le continent de la douceur

Le continent de la douceur - Aurélien Bellanger - Babelio

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Coup de coeur - Jean-Marie Laclavetine...

3 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Puissance de la littérature et de la poésie. Tu en connaissais quelque chose, toi qui t’es laissé ensorceler par les féeries de Lorca et de Machado. J’ignore comment tu en es arrivée à la grande littérature espagnole, à quel âge tu as sauté le pas entre Fantômette et Ignacio Sánchez Mejías, mais je sais que les livres ont été pour toi, comme pour moi et pour tant d’autres, un instrument d’exploration, un élixir d’éternité, une barque pour naviguer sur le fleuve qui sépare nos royaumes respectifs. Je ne me souviens pas d’en avoir parlé avec toi. Je ne sais pas ce qui t’a conduit vers eux, comment tu as réalisé leur pouvoir, mais j’imagine qu’il y a eu un moment précis, une révélation. Pour ma part je me souviens parfaitement, tel Aureliano Buendía face au peloton d’exécution dans Cent ans de solitude, de ce lointain après-midi où Alexandre Dumas m’emmena faire connaissance avec la mort. Laisse-moi te le raconter.

 

Étais-tu présente ce jour-là, dans notre appartement de la rue Blaise-Pascal, je ne le sais plus. Je devais avoir douze ou treize ans, c’était avant la Chambre d’Amour, c’est certain, avant la grande vague millésimée 1968.

 

Disons que tu étais là. Souviens-toi, la cuisine est étroite, pour les repas nous nous serrons autour d’une petite table en formica : toi, Bernard, Dominique, moi, les parents. Les repas sont riches, souvent à base de friture, de beignets (d’aubergines, de cervelle, de courgettes, de salsifis, de pommes de terre : le beignet est prêt à tout, il peut absorber l’univers, il résume la vie, brûlant au-dehors et tendre au-dedans, tout habillé d’or et pourtant habitué des cuisines modestes, écœurant à la longue comme la vie quand on en abuse). Chacun de nous a sa spécialité : toi la rébellion spontanée, pendant un temps l’anorexie envisagée comme une arme fatale, moi l’insolence systématique et les facéties ravageuses au point de me faire surnommer Attila, Dominique le petit prince aux cheveux blonds et sa poésie angélique (il aura une période punk, tout de même), Bernard la droiture et la gentillesse mais une obsession balistique qui le conduit à expérimenter jusqu’à ses plus extrêmes limites l’art du jet de boulettes de mie de pain. Au sommet de sa technique il utilise la vitre convexe de la pendule accrochée au mur pour atteindre par ricochet la mise en plis impeccable de Maman, qui finit le repas avec la chevelure constellée comme un sapin de Noël et reste néanmoins impavide et souriante.

 

Jean-Marie Laclavetine - La vie des morts

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