Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Articles avec #litterature tag

Coup de coeur... Eric Reinhardt...

20 Septembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Il faudrait toujours se comporter, quelles que soient les circonstances, de manière à devenir nostalgiques. C’est-à-dire produire de la beauté. Quelles que soient les circonstances, coûte que coûte, objectif obsessionnel, produire de la beauté. Même avec un cancer. Surtout avec un cancer. La beauté du présent, d’être ensemble, de se battre, de s’aimer. L’intensité et la rareté. Le cancer peut être vécu comme quelque chose de positif. Son traitement ouvre une période pendant laquelle on chemine vers une libération.

L’amour et une proximité urgente, entière, incandescente, qui donne un prix inestimable à chaque instant. Une structure affective spectaculaire qui se révèle et qui soutient celui qui est malade, amis et collègues, voisins ou commerçants, de la manière la plus indéfectible. Ma femme recevait des SMS dont la lecture me faisait fondre en larmes. J’étais tellement terrorisé de la perdre que je passais de longues minutes, chaque soir, éperdu, à la serrer dans mes bras. Je devais la posséder, l’absorber, être en elle, qu’elle soit vivante. Ça passait par le corps. Ça devenait sexuel. En dépit de la perte des cheveux, des cils et des sourcils, qu’importe, on s’en fout, ce qui compte, on en prend conscience dans ce genre de situations, c’est la vérité profonde de l’autre et de la relation. J’ai compris que je pourrais l’aimer enlaidie, altérée, opérée. Je m’acclimatais à tout changement d’apparence. Je me suis mis à n’avoir plus peur de l’opération. J’embrassais ses paupières nues. De cela on ne peut se douter avant de le vivre. Et désormais je comprends qu’on peut avoir envie de faire l’amour avec sa femme qui a soixante-dix ans, chose inconcevable pour moi avant cette expérience. J’en ai parlé avec d’autres qui ont connu le même processus. Qui ont découvert en cours de route leurs réactions et des ressources insoupçonnables. Et c’est pourquoi je l’écris.

Ma femme a été opérée début juillet après six mois de chimio. Il ne restait de sa tumeur qu’une tête d’épingle presque invisible. Cendrillon est sorti fin août. Elle a recommencé à travailler début septembre. Ses cheveux ont repoussé. Désormais elle les porte court. Comme une nouvelle identité.

La Chambre des époux - Eric Reinhardt

Lire la suite

Coup de coeur... Maylis de Kerangal...

19 Septembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

"... ses épaules nacrées émergent d'un maillot aux couleurs de la Squadra Azzurra dont le décolleté arrondi laisse deviner de petits seins libres et légers, ses jambes immenses prolongent un flottant tissu bleu satiné, une fine pellicule de sueur perle au-dessus d"e sa bouche, elles est belle comme le jour quand ses maxillaires pulsent sous la peau de sa mâchoire -la colère-, et na pas un regard pour lui quand elle croise et décroise du bas vers le haut ses longs bras d'une beauté antique afin d'ôter son débardeur, désormais inutile, dénudant un buste splendide que composent différents cercles- seins, aréoles, mamelons, tétons,ventre, nombril, double amorce des globes fessiers -, que modèlent différents triangles pointés vers le sol - l’isocèle du sternum, le convexe du pubis et le concave des reins -, que creusent différentes lignes - la médiane dorsale qui souligne la division du corps en deux moitié identiques, sillon qui rappelle en la femme la nervure de la feuille et l'axe de symétrie du papillon -, le tout ponctué d'un petit losange à l'endroit de la crête sternale - le bréchet sombre -, soit une récollection de formes parfaites dont il admire l'équilibre des proportions et l'agencement idéal, son œil professionnel prisant plus que tout l'exploration anatomique du corps humain, et de celui-là en particulier, se délectant de son auscultation,décelant avec passion la moindre dysharmonie dans l’échafaudage, le plus petit défaut, le plus infime décalage, un virage de scoliose au-dessus des lombaires, ce grain de beauté sporulant, là, sous l'aisselle, ces durillons entre les orteils à l'endroit où l"e pied se comprime dans le pointu de l'escarpin, et ce léger strabisme dans les yeux, coquetterie dans l’œil accusée quand le sommeil lui manque, et dont elle tire cet air dissipé, cet air de fille échappée qu'il aime tant chez elle. "

Lire la suite

Coup de coeur... Philippe Roth...

18 Septembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

"Combien de temps peut-on passer à fixer l'océan, quand bien même on aime cet océan depuis qu'on est tout petit? Combien de temps pouvait-il contempler le flux et le reflux sans se rappeler, comme n'importe qui dans une rêverie littorale , que la vie lui avait été donnée , à lui comme aux autres, par hasard, fortuitement, et une seule fois, sans raison connue ni connaissable?"

Un Homme

Lire la suite

Coup de coeur... James Fenimore Cooper...

16 Septembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

- Il peut y avoir ici quelque méprise, dit-il : un mocassin est si semblable à un autre !
- Un mocassin semblable à un autre ! s'écria Œil-de-Faucon ; autant vaudrait dire que tous les pieds se ressemblent, et cependant tout le monde sait qu'il y en a de longs et de courts, de larges et d'étroits ; que ceux-ci ont le cou-de-pied plus haut, ceux-là plus bas ; que les uns marchent en dehors, les autres en dedans. Les mocassins ne se ressemblent pas plus que les livres, quoique ceux qui lisent le mieux dans ceux-ci ne soient pas les plus capables de bien distinguer ceux-là.

Lire la suite

Coup de coeur... Hervé Le Tellier...

14 Septembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Parfois quand un inconnu indiscret vient à le questionner sur sa vie - un taxi, un coiffeur de province, un voisin de train – Yves s’invente un métier, se fabrique une vie, dans l’impunité de l’anonymat ….Le temps d'une course place d'Italie - rue Montmartre, il devient l'un des spécialistes européens de la cryptobiose des tardigrades.

- De la quoi des quoi? dit le taxi

- De la cryptobiose des tardigrades. Les tardigrades sont de tout petits animaux pas plus gros qu'une tête d'épingle. Ils sont capables d'expulser toute l'eau de leur corps pour résister à des températures extrêmes dans l'Antarctique : c'est cela, la cryptobiose. Dans cet état, ils peuvent survivre des années, parfois des siècles. Je les étudie depuis vingt-deux ans maintenant.

--On vous paye pour ça avec nos impôts? Demande le taxi inquiet."

Son dernier livre:

Toutes les familles heureuses, JC Lattès, Paris 2017

Lire la suite

Coup de coeur... Daniel Pennac...

13 Septembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Ce  sont des gosses en échec scolaire, m'explique-t-il, la mère est seule  le plus souvent, certains ont déjà eu des ennuis avec la police, ils ne  veulent pas entendre parler des adultes, ils se retrouvent dans des  classes relais, quelques chose comme tes classes aménagées des années  soixante-dix, je suppose.    

Je  prends les caïds, les petits chefs de quinze ou seize ans, je les isole  provisoirement du groupe, parce que c'est le groupe qui les tue,  toujours, il les empêche de se constituer, je leur colle une caméra dans  les mains et je leur confie un de leurs potes à interviewer, un gars  qu'ils choisissent eux-mêmes.

Ils  font l'interview seuls dans un coin, loin des regards, ils reviennent,  et nous visionnons le film tous ensemble, avec le groupe, cette fois. Ça  ne rate jamais : l'interviewé joue la comédie habituelle devant  l'objectif, et celui qui filme entre dans son jeu. Ils font les  mariolles, ils en rajoutent sur leur accent, ils roulent des mécaniques  dans leur vocabulaire de quatre sous en gueulant le plus fort possible,  comme moi quand j'étais môme, ils en font des caisses, comme s'ils  s'adressaient au groupe, comme si le seul spectateur possible, c'était  le groupe, et pendant la projection leurs copains se marrent.

Je projette le film une deuxième fois, une troisième, une quatrième.

Les rires s'espacent, deviennent moins assurés. L'intervieweur et  l'interviewé sentent monter quelque chose de bizarre, qu'ils n'arrivent  pas à identifier.

A  la cinquième ou à la sixième projection, une vraie gêne s'installe  entre leur public et eux. A la septième ou à la huitième (je t'assure,  il m'est arrivé de projeter neuf fois le même film !), ils ont tous  compris, sans que je le leur explique, que ce qui remonte à la surface  de ce film ; c'est la frime, le ridicule, le faux, leur comédie  ordinaire, leurs mimiques de groupe, toutes leurs échappatoires  habituelles, et que ça n'a pas d'intérêt, zéro, aucune réalité. Quand  ils ont atteint ce stade de lucidité, j'arrête les projections et je les  renvoie avec la caméra refaire l'interview, sans explication  supplémentaire.

Cette  fois on obtient quelque chose de plus sérieux, qui a un rapport avec la  vie réelle : ils se présentent, ils disent leur nom, leur prénom, ils  parlent de leur famille, de leur situation scolaire, il y a des  silences, ils cherchent leurs mots, on les voit réfléchir, celui qui  répond autant que celui qui questionne, et, petit à petit, on voit  apparaître l'adolescence chez ces adolescents, ils cessent d'être des  jeunes qui s'amusent à faire peur, ils redeviennent des garçons et des  filles de leur âge, quinze ans, seize ans, leur adolescence traverse  leur apparence, elle s'impose, leurs vêtements, leurs casquettes  redeviennent des accessoires, leur gestuelle s'atténue, instinctivement  celui qui filme resserre le cadre, il zoome, c'est leur visage qui  compte maintenant, on dirait que l'interviewer écoute le visage de  l'autre, et sur ce visage, ce qui apparaît, c'est l'effort de  comprendre, comme s'ils envisageaient pour la première fois tels qu'ils  sont : ils font connaissance avec la complexité.

Lire la suite

L'enseignement "chronologique" de la littérature, c'est le massacre des innocents!...

13 Septembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Pédagogie, #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "litterature"

 

Les annonces récentes du Ministre de l'Education Nationale - elles sont multi-quotidiennes - reprises par Europe1, L'EXPRESS et tous les médias, vont bien au-delà du détricotage de tout le travail entrepris par Najat Vallaud-Belkacem et ses prédécesseurs.

Je remarque tout d'abord avec surprise que l'autonomie des équipes, la liberté pédagogique garantie aux enseignants, le droit à l'innovation sont très largement oubliés.

Les décisions se succèdent, de manière très verticale, sans laisser le moindre espace à la liberté. C'était pourtant une promesse électorale du candidat Macron. Celle-là a été mise de coté.

Je remarque aussi que toutes ces décisions se font en l'absence de concertation. Absence de concertation qui fut particulièrement reprochée - à tort - aux Ministres de l'Education Nationale du quinquennat précédent. Qui ne semble - pour le moment - ne provoquer aucune colère particulière chez celles et ceux protestant hier.

Dans le détail:

En français, il serait donc question d'enseigner la littérature "dans l'ordre chronologique, en respectant les courants littéraires". Autant, j'y suis très attaché pour l'enseignement de l'Histoire - ce qui est d'ailleurs fait - autant pour la littérature, c'est une bêtise!

Imaginez un instant - si j'ai bien compris la pensée du ministre - des élèves de 6e, par exemple,  confrontés pendant un an aux SEULS textes fondateurs (L'Odyssée et les grands mythes) puis la poésie et les premiers romans médiévaux. Autant de textes magnifiques mais d'une difficulté extrême, très arides. Si l'on veut tuer le désir et le plaisir de lire, on ne s'y prendrait pas autrement! Même les élèves les plus brillants y laisseront des plumes, frustrés d'être enfermés dans le carcan imposé. Il ne s'agit pas de sombrer dans la facilité ni les textes médiocres, mais d'offrir la possibilité aux élèves de ne pas s'essouffler dans l'ennui.

Je plains amèrement les enfants de celles et ceux qui n'auront pas les parents éclairés pour les accompagner.

Le chef d'oeuvre littéraire entretient, par essence, des relations avec son époque (Germinal et tant d'autres) MAIS le message qu'il transmet est universel et intemporel. Penser la littérature et en transmettre la passion par le biais de la chronologie, c'est ne rien comprendre à son enseignement. Je veux continuer de pouvoir passer avec mes élèves de 6e (et de toutes mes classes) d'un poème de Ronsard à un extrait de Le Clézio - je les cite par pur hasard - si ma séquence le JUSTIFIE!

L'enseignement "chronologique" de la littérature, c'est le massacre des innocents! Celui qui a conduit tant de mes condisciples, et moi-même, à nous ennuyer ferme, penchés sur les "morceaux choisis" des Lagarde et Michard ou Castex et Surer. Moi qui n'aimais rien tant que butiner un livre puis un autre, sans souci aucun de la chronologie!

Je lis aussi, dans L'EXPRESS, que le Ministre veut en finir avec le "prédicat" (oui, nous en sommes ENCORE là! Comme s'il n'y avait pas plus important!). J'enseigne cette notion qui n'a rien de difficile et apporte beaucoup aux élèves, notamment ceux en difficultés en grammaire. Mais peut-être choisit-on ce prédicat pour en faire le condamné exemplaire d'une époque qu'il conviendrait d'effacer.

J'apprends enfin que les téléphones portables seront, "comme en conseil des ministres", interdits au collège. Promesse électorale du candidat Macron. Celle-là, dont vous avez toutes et tous conscience de l'importance capitale, n'étant pas oubliée.

Sauf que...

Je rappelle respectueusement qu'un téléphone portable peut - je suis de ceux-là - être utilisé à des fins pédagogiques et qu'il est de MA liberté d'enseignant d'utiliser les outils de MON choix.

C'est là mon autonomie, ma liberté et ma minuscule participation à la construction d'une "école innovante".

En cela, je respecte à la lettre les promesses du Président de la République et j’œuvre avec lui à la préservation des acquis de l'Ecole - au sens le plus large - sans la défigurer.

Christophe Chartreux

Post-scriptum:

les courants littéraires sont enseignés. Même en travaillant par thèmes, rien n'interdit de fournir - les manuels le font - une frise chronologique avec les courants successifs.

Mieux encore: la faire fabriquer par les élèves.

Lire la suite

Coup de coeur... Emile Zola...

12 Septembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Les femmes avaient paru, près d'un millier de femmes, aux cheveux épars, dépeignés par la course, aux guenilles montrant la peau nue, des nudités de femelles lasses d'enfanter des meurt-de-faim. Quelques-unes tenaient leur petit entre les bras, le soulevaient, l'agitaient, ainsi qu'un drapeau de deuil et de vengeance. D'autres, plus jeunes, avec des gorges gonflées de guerrières, brandissaient des bâtons; tandis que les vieilles, affreuses, hurlaient si fort, que les cordes de leurs cous décharnés semblaient se rompre. Et les hommes déboulèrent ensuite, deux mille furieux, des galibots, des haveurs, des raccommodeurs, une masse compacte qui roulait d'un seul bloc, serrée, confondue, au point qu'on ne distinguait ni les culottes déteintes, ni les tricots de laine en loques, effacés dans la même uniformité terreuse. Les yeux brûlaient, on voyait seulement les trous des bouches noires, chantant la Marseillaise, dont les strophes se perdaient en un mugissement confus, accompagné par le claquement des sabots sur la terre dure. Au-dessus des têtes, parmi le hérissement des barres de fer, une hache passa, portée toute droite ; et cette hache unique, qui était comme l'étendard de la bande avait, dans le ciel clair, le profil aigu d'un couperet de guillotine.

    - Quels visages atroces ! balbutia Mme Hennebeau.

    Négrel dit entre ses dents :

    Le diable m'emporte si j'en reconnais un seul ! D'où sortent-ils donc, ces bandits-là ?

    Et, en effet, la colère, la faim, ces deux mois de souffrance et cette débandade enragée au travers des fosses, avaient allongé en mâchoires de bêtes fauves les faces placides des houilleurs de Montsou. A ce moment, le soleil se couchait, les derniers rayons, d'un pourpre sombre, ensanglantaient la plaine. Alors, la route sembla charrier du sang, les femmes, les hommes continuaient à galoper, saignants comme des bouchers en pleine tuerie.

    - Oh ! superbe ! dirent à demi-voix Lucie et Jeanne, remuées dans leur goût d'artistes par cette belle horreur.

Germinal - Emile Zola - Extrait de la cinquième partie, chapitre 5

Lire la suite

Coup de coeur... Don Delillo...

11 Septembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Histoire

Coup de coeur... Don Delillo...

Ce n'était plus une rue mais un monde, un espace-temps de pluie de cendres et de presque nuit. Il marchait vers le nord dans les gravats et la boue et des gens le dépassaient en courant, avec des serviettes de toilette contre la figure ou des vestes par-dessus la tête. Ils pressaient des mouchoirs sur leur bouche. Ils avaient des chaussures à la main, une femme avec une chaussure dans chaque main, qui le dépassait en courant. Ils couraient et ils tombaient, pour certains, désorientés et maladroits, avec les débris qui tombaient autour d'eux, et il y avait des gens qui se réfugiaient sous des voitures.

Le grondement était encore dans l'air, le fracas de la chute. Voilà ce qu'était le monde à présent. La fumée et la cendre s'engouffraient dans les rues, explosaient au coin des rues, des ondes sismiques de fumée, avec des ramures de papier, des feuillets standards au bord coupant, qui planaient, qui voltigeaient, des choses d'un autre monde dans le linceul du matin.

(...)

Si nous occupons le centre, c’est parce que vous nous y avez mis. Voilà votre vrai dilemme, dit-il. En dépit de tout, nous sommes toujours l’Amérique, et vous êtes toujours l’Europe. Vous allez voir nos films, vous lisez nos livres, vous écoutez notre musique, vous parlez notre langue. Comment pouvez-vous cesser de penser à nous ? Vous nous voyez et nous entendez tout le temps. Posez-vous la question. Il y a quoi, après l’Amérique ? Martin répondit avec calme, presque sans conviction, comme s’adressant à lui-même. Je ne connais plus cette Amérique-là. Je ne la reconnais pas, dit-il. Il y a un espace vide à l’endroit où était l’Amérique.

Lire la suite

Coup de coeur... Laurent Gaudé...

10 Septembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "laurent gaudé ouragan"
 

Nous allons rester là et advienne que pourra. Je n’ai pas peur. Je la sens qui vient. C’est bien. Les hommes détalent, ils ont tort. Ils devraient rester pour voir que leurs maisons ne sont rien, que leurs villes sont fragiles, que leurs voitures se retournent sous le vent. Ils devraient rester car tout ce qu’ils ont construit va être balayé. Il n’y aura plus d’argent, plus de commerce et d’activité. Nous ne sommes pas à l’échelle de ce qui va venir. Le vent va souffler et il se moque de nous, il ne nous sent même pas. Les fleuves déborderont et les arbres craqueront. Une colère qui nous dépasse va venir. C’est bien. Les hommes qui restent et verront cela seront meilleurs que les autres. Nous allons tout perdre. Nous allons nous accrocher à nos pauvres vies comme des insectes à la branche mais nous serons dans la vérité nue du monde. Le vent ne nous appartient pas. Ni les bayous. Ni la force du Mississipi. Tout cela nous tolère le plus souvent, mais parfois, comme aujourd’hui, il faut faire face à la colère du monde qui éructe. La nature n’en peut plus de notre présence, de sentir qu’on la perce, la fouille et la salit sans cesse. Elle se tord et se contracte avec rage.

Lire la suite
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>