Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

litterature

Coup de coeur... Karine Tuil...

17 Janvier 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

On attend tout de l’existence. On peut se soumettre aux lois du hasard, affirmer sa liberté et se rebeller contre ses revirements tragiques, on peut ployer sous les déterminismes ou tenter d’échapper à soi, mais c’est toujours dans l’adversité que la vérité se manifeste car vivre n’est qu’osciller entre des fulgurances contraires : l’amour et la déception ; l’espérance et le renoncement ; le bonheur et l’épreuve. On se trompe, on se trompe tout le temps. Où est la vérité ? Où est le mensonge ? La relation humaine n’offre aucun mode d’emploi, on n’a pas de grille de lecture, on tâtonne, ce n’est parfois que du ressenti, on s’appuie sur le lien qu’on a été capable de créer, nos propres convictions, notre instinct – qui souvent nous trahit –, et on aura beau se fier à des éléments cohérents, chercher à tout maîtriser, il y aura toujours une part d’incertitude, une marge d’erreur – quoi qu’on fasse, l’individu reste une énigme aux autres et à lui-même ; on ne sait jamais qui on a en face de soi. Ma décision, je l’ai prise seule, dans l’intimité de ma conscience, j’ai cru en la justice, j’ai voulu croire en l’homme, et la seule réponse à ceux qui vous opposent la mort, c’est la vie – c’est toujours la vie. 

Karine Tuil - La Décision

Lire la suite

Coup de coeur... David Foenkinos...

16 Janvier 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Ils aimaient l’idée de s’appeler John et Jeanne. Ils se racontèrent pendant des heures ; toutes les pages du passé. Aux premiers temps de l’amour, l’être aimé est un roman russe. C’est fleuve, dense, fou. Ils se découvrirent une multitude de points communs. La littérature, par exemple. Ils aimaient tous deux Nabokov et se promirent d’aller un jour chasser le papillon pour l’imiter. À cette époque, Margaret Thatcher réprimait avec brutalité les revendications et les espoirs des mineurs en grève ; tous deux s’en foutaient complètement. Le bonheur ne s’embarrasse pas de la condition ouvrière ; le bonheur est toujours un peu bourgeois.

 

John étudiait aux Beaux-Arts, mais sa véritable passion était d’inventer. Sa dernière trouvaille : la cravate-parapluie. Un objet forcément destiné à devenir indispensable à tout Anglais. Si l’idée était brillante, elle se fracassa néanmoins contre un mur de désintérêt général. On était plutôt en pleine mode du stylo-réveil. Jeanne lui répétait que tous les grands génies avaient d’abord été rejetés. Il fallait laisser au monde le temps de s’adapter à son talent, ajoutait-elle, amoureuse et grandiloquente. De son côté, elle s’était réfugiée à Londres pour fuir des parents n’ayant jamais compris le mode d’emploi de la tendresse ; elle parlait déjà parfaitement l’anglais. Son rêve était de devenir journaliste politique. Elle voulait interviewer des chefs d’État, sans trop savoir d’où lui venait cette obsession. Huit ans plus tard, elle poserait à François Mitterrand une question lors d’une conférence de presse à Paris. Cela constituerait à ses yeux l’esquisse de la consécration. Dans un premier temps, elle quitta son emploi de nounou pour se retrouver serveuse dans un restaurant qui proposait un excellent chili. Elle remarqua assez vite qu’il lui suffisait de parler avec un fort accent français pour récolter davantage de pourboires. Jour après jour, elle progressait dans l’art de truffer d’approximations son anglais. Elle aimait quand John l’observait depuis la rue, attendant la fin de son service. Quand elle sortait enfin, ils marchaient dans la nuit. Elle racontait le comportement grossier de certains clients ; il évoquait avec enthousiasme sa nouvelle idée. Il y avait là comme une union harmonieuse du rêve et de la réalité.

 

David Foenkinos - Numéro deux

 

Lire la suite

Coup de coeur... Molière...

15 Janvier 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

https://images.ladepeche.fr/api/v1/images/view/61e195a03e45465cac16e374/large/image.jpg?v=5

 

MAGDELON.

 

Mon père, voilà ma cousine qui vous dira, aussi bien que moi, que le mariage ne doit jamais arriver qu'après les autres aventures. Il faut qu'un amant, pour être agréable, sache débiter les beaux sentiments, pousser le doux, le tendre et le passionné, et que sa recherche soit dans les formes. Premièrement, il doit voir au temple, ou à la promenade, ou dans quelque cérémonie publique, la personne dont il devient amoureux ; ou bien être conduit fatalement chez elle par un parent ou un ami, et sortir de là tout rêveur et mélancolique. Il cache un temps sa passion à l'objet aimé, et cependant lui rend plusieurs visites, où l'on ne manque jamais de mettre sur le tapis une question galante qui exerce les esprits de l'assemblée. Le jour de la déclaration arrive, qui se doit faire ordinairement dans une allée de quelque jardin, tandis que la compagnie s'est un peu éloignée ; et cette déclaration est suivie d'un prompt courroux, qui paraît à notre rougeur, et qui, pour un temps, bannit l'amant de notre présence. Ensuite il trouve moyen de nous apaiser, de nous accoutumer insensiblement au discours de sa passion, et de tirer de nous cet aveu qui fait tant de peine. Après cela viennent les aventures, les rivaux qui se jettent à la traverse d'une inclination établie, les persécutions des pères, les jalousies conçues sur de fausses apparences, les plaintes, les désespoirs, les enlèvements, et ce qui s'ensuit. Voilà comme les choses se traitent dans les belles manières et ce sont des règles dont, en bonne galanterie, on ne saurait se dispenser.

 

Molière - Les Précieuses Ridicules

Lire la suite

Coup de coeur... Philippe Besson...

14 Janvier 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Paris-Briançon par [Philippe Besson]

C’est un vendredi soir, au début du mois d’avril, quand les jours rallongent et que la douceur paraît devoir enfin s’imposer. Le long du boulevard, aux abords de la Seine, les arbres ont refleuri et les promeneurs sont revenus. Autour d’eux, des flocons virevoltent, tombés des peupliers ; on dirait de la neige au printemps.

C’est une gare, coincée entre un métro aérien et des immeubles futuristes, à la façade imposante, venue des siècles, encadrée de statues, où les vitres monumentales l’emportent sur la pierre et reflètent le bleu pâlissant du ciel. Des fumeurs et des vendeurs à la sauvette s’abritent sous une marquise à la peinture écaillée.

C’est la salle des pas perdus, où des inconnus se croisent, où une Croissanterie propose des sandwichs et des boissons à emporter, ne manquez pas la formule à 8 euros 90, tandis qu’un clochard file un coup de pied dans un distributeur de sodas et de friandises.

C’est un quai, noirci par la pollution et les années, où un échafaudage a été installé parce qu’il faut bien sauver ce qui peut l’être, et où des voyageurs pressent le pas, sans prêter attention à la verrière métallique qui filtre les derniers rayons du soleil.

C’est un jour de départ en vacances, les enfants sont libérés de l’école pour deux semaines, ils s’en vont rejoindre des grands-parents, loin, une jeune femme est encombrée par un sac trop lourd qu’elle a accroché à la saignée du coude, un homme traîne une valise récalcitrante, un autre scrute fébrilement le numéro des voitures, un autre encore fume une dernière cigarette avec une sorte de lassitude, ou de tristesse, allez savoir, un couple de personnes âgées avance lentement, des contrôleurs discutent entre eux, indifférents à l’agitation.

Bientôt, le train s’élancera, pour un voyage de plus de onze heures. Il va traverser la nuit française.

Pour le moment, les passagers montent à bord, joyeux, épuisés, préoccupés ou rien de tout cela. Parmi eux, certains seront morts au lever du jour.

Philippe Besson - Paris-Briançon 

Lire la suite

Coup de coeur... Jack London...

13 Janvier 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Amazon.fr - Grève générale ! - London, Jack, Gleyse, Romuald, Mauberret,  Noël, Siméon, Frédéric, Postif, Louis - Livres
"Vous me rebattez les oreilles avec votre liberté de travailler. Tel est votre leitmotiv depuis des années. Les travailleurs ne commettent aucun crime en organisant cette grève générale. Ils ne violent aucune loi. Cessez de geindre, Hanover. Depuis trop longtemps, vous trompez le peuple. Vous avez opprimé la classe ouvrière en serrant la vis. Maintenant, c’est elle qui vous tient, elle serre à son tour, et vous poussez de grands cris". Jack London - Grève générale
Lire la suite

Coup de coeur... Denis Diderot...

12 Janvier 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Les deux amis de Bourbonne et autres contes - Poche - Denis Diderot - Achat  Livre ou ebook | fnac

Il y avait ici deux hommes, qu’on pourrait appeler les Oreste et Pylade de Bourbonne. L’un se nommait Olivier, et l’autre Félix ; ils étaient nés le même jour, dans la même maison, et des deux sœurs. Ils avaient été nourris du même lait ; car l’une des mères étant morte en couche, l’autre se chargea des deux enfants. Ils avaient été élevés ensemble ; ils étaient toujours séparés des autres : ils s’aimaient comme on existe, comme on vit, sans s’en douter ; ils le sentaient à tout moment, et ils ne se l’étaient peut-être jamais dit. Olivier avait une fois sauvé la vie à Félix, qui se piquait d’être grand nageur, et qui avait failli de se noyer : ils ne s’en souvenaient ni l’un ni l’autre. Cent fois Félix avait tiré Olivier des aventures fâcheuses où son caractère impétueux l’avait engagé ; et jamais celui-ci n’avait songé à l’en remercier : ils s’en retournaient ensemble à la maison, sans se parler, ou en parlant d’autre chose.

Lorsqu’on tira pour la milice, le premier billet fatal étant tombé sur Félix, Olivier dit : « L’autre est pour moi. » Ils firent leur temps de service ; ils revinrent au pays : plus chers l’un à l’autre qu’ils ne l’étaient encore auparavant, c’est ce que je ne saurais vous assurer : car, petit frère, si les bienfaits réciproques cimentent les amitiés réfléchies, peut-être ne font-ils rien à celles que j’appellerais volontiers des amitiés animales et domestiques. À l’armée, dans une rencontre, Olivier étant menacé d’avoir la tête fendue d’un coup de sabre, Félix se mit machinalement au-devant du coup, et en resta balafré : on prétend qu’il était fier de cette blessure ; pour moi, je n’en crois rien. À Hastembeck, Olivier avait retiré Félix d’entre la foule des morts, où il était demeuré. Quand on les interrogeait, ils parlaient quelquefois des secours qu’ils avaient reçus l’un de l’autre, jamais de ceux qu’ils avaient rendus l’un à l’autre. Olivier disait de Félix, Félix disait d’Olivier ; mais ils ne se louaient pas. Au bout de quelque temps de séjour au pays, ils aimèrent ; et le hasard voulut que ce fût la même fille. Il n’y eut entre eux aucune rivalité ; le premier qui s’aperçut de la passion de son ami se retira : ce fut Félix. Olivier épousa ; et Félix dégoûté de la vie sans savoir pourquoi, se précipita dans toutes sortes de métiers dangereux ; le dernier fut de se faire contrebandier.

Vous n’ignorez pas, petit frère, qu’il y a quatre tribunaux en France, Caen, Reims, Valence et Toulouse, où les contrebandiers sont jugés ; et que le plus sévère des quatre, c’est celui de Reims, où préside un nommé Coleau, l’âme la plus féroce que la nature ait encore formée. Félix fut pris les armes à la main, conduit devant le terrible Coleau, et condamné à mort, comme cinq cents autres qui l’avaient précédé. Olivier apprit le sort de Félix. Une nuit, il se lève d’à côté de sa femme, et, sans lui rien dire, il s’en va à Reims. Il s’adresse au juge Coleau ; il se jette à ses pieds, et lui demande la grâce de voir et d’embrasser Félix. Coleau le regarde, se tait un moment, et lui fait signe de s’asseoir. Olivier s’assied. Au bout d’une demi-heure, Coleau tire sa montre et dit à Olivier : « Si tu veux voir et embrasser ton ami vivant, dépêche-toi, il est en chemin ; et si ma montre va bien, avant qu’il soit dix minutes il sera pendu. » Olivier, transporté de fureur, se lève, décharge sur la nuque du cou au juge Coleau un énorme coup de bâton, dont il l’étend presque mort ; court vers la place, arrive, crie, frappe le bourreau, frappe les gens de la justice, soulève la populace indignée de ces exécutions. Les pierres volent ; Félix délivré s’enfuit ; Olivier songe à son salut : mais un soldat de maréchaussée lui avait percé les flancs d’un coup de baïonnette, sans qu’il s’en fût aperçu. Il gagna la porte de la ville, mais il ne put aller plus loin ; des voituriers charitables le jetèrent sur leur charrette, et le déposèrent à la porte de sa maison un moment avant qu’il expirât ; il n’eut que le temps de dire à sa femme : « Femme, approche, que je t’embrasse ; je me meurs, mais le balafré est sauvé. »

Denis Diderot - Les deux amis de Bourbonne

Lire la suite

Coup de coeur... Sylvie Durastanti...

11 Janvier 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Amazon.fr - Sans plus attendre - Durastanti, Sylvie - Livres
LA MAÎTRESSE
Un nouveau jour s’est déjà levé quand je sors de la pinède. Entre les myrtes et la rivière, les traces laissées par les pattes des oiseaux venus boire à l’aube s’entrecroisent sur le sable sec. En dix pas, je suis au bord de la rivière et je m’accroupis pour effleurer l’eau, encore bien fraîche. Mais à l’instant où je me masse et me mouille la nuque pour bien me réveiller, j’entends rouler des cailloux, sur le sentier qui passe, plus haut, au-dessus de la rivière. L’un des intrus approche, trébuche et se met à jurer. De là-haut, il n’a pas pu me voir. Mais il sera vite là. Comment lui échapper? Même si je me coule dans la rivière, je ne pourrai pas reprendre pied sur les gros rochers de l’autre côté. Et elle n’est pas assez large pour qu’il ne m’y voie pas. Là où j’allais me baigner, elle offre un beau trou d’eau profond, mais trop limpide pour me cacher. En amont comme en aval, elle ne court qu’entre des roches polies, trop inégales pour permettre de passer. J’entends toujours les cailloux voler, puis un cri de rage étouffé et un choc. Celui qui approche est tombé, sans doute pas assez dessoûlé depuis la nuit dernière. Et dans le silence qui suit, je comprends qu’avant qu’il ne se ressaisisse, j’ai un bref répit. J’ai peur, et j’essaie à toute force de me calmer. Que ferais-tu, toi qui sais toujours te tirer de tout, même de l’inextricable? Alors que je tremble presque de peur et de haine, il me suffit de fermer les yeux pour te sentir près de moi et t’entendre me dire: Rejette la peur ou la haine, elles empêchent d’y voir clair. Ne pense pas à l’autre comme à un ennemi. Pense à lui simplement comme à un autre – un autre aveuglé par l’envie, le désir ou la haine. Si grande que soit sa force, il a des yeux. Prends ses yeux, regarde par ses yeux tout ce qu’il voit, tout ce qu’il veut. S’il veut une chose que tu as, trouve un moyen de la mettre hors de sa portée. Qu’il en ait après ton pain, ton corps ou ta vie, ne les lui laisse pas.
De là-haut, ne me parvient aucun bruit: signe que celui qui est tombé ne s’est pas encore relevé. Je me redresse, j’ouvre les yeux, et je regarde derrière moi, par-dessus mon épaule, avec d’autres yeux. Entre les traces des pattes d’oiseaux, je vois une chose qui me fait frémir: mes propres empreintes, dans le sable. Je voudrais les effacer comme on referme les lèvres d’une plaie. Mais les lèvres d’une plaie, on peut juste les rapprocher. Seul le temps les ressoude. On ne peut pas annuler un mouvement, effacer un geste, reprendre des mots échappés, retourner en arrière. Alors j’entends encore: Il veut une chose que tu as. Et je me dis: cette chose, c’est moi. Mon corps voudrait plonger dans l’eau, mes pieds voudraient courir. Mais en moi, je ne sais quoi s’y refuse et me dit: il faut retourner en arrière. Par-dessus mon épaule, je fixe toujours mes empreintes et, en cherchant une issue improbable, mon esprit obtus bégaye: retourner en arrière. Et les cailloux recommencent à rouler, l’homme approche. Alors, comme animé par une force extérieure, mon pied droit se soulève et va se reposer dans la dernière empreinte qu’il a laissée; puis mon pied gauche en fait autant. Cœur battant, ventre noué, gorge serrée, muscles engourdis, tout mon corps veut pourtant fuir. Mais il reste huit pas à faire, sans laisser de traces, et sans trembler, tandis que les cailloux roulent toujours, de plus en plus près, sous les pas trébuchants de l’ivrogne. Et ces huit pas, je les fais, je les fais tous à reculons, comme si, dormant debout, je marchais en rêve; je repasse entre les myrtes, j’entre dans l’ombre des pins, et là, je ne bouge plus, je ne respire plus, en entendant l’ivrogne passer à trois pas de moi, sans me voir, rugir en découvrant mes empreintes, et se ruer dans l’eau où il croit trouver une femme pendant que moi, je me sauve.
Sylvie Durastanti - Sans plus attendre
Lire la suite

Coup de coeur... Elsa Triolet...

10 Janvier 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Le cheval blanc - Elsa Triolet - Folio - Poche - Librairie Gallimard PARIS

Ne vous emballez pas comme ça, voyons ! Vous parlez comme quelqu'un qui n'a jamais aimé, vous n'êtes qu'un gosse... Essayez donc d'imaginer que toutes vos pensées sont concentrées sur un seul être, que cet être possède seul le pouvoir de vous rendre heureux, ou plutôt de vous enlever le malheur... Eh bien, on espère... Quand il dit : chérie, on croit entendre une intonation qui vous fait espérer, il aura un regard qu'on soupçonnera d'être tendre... On se dit que peut-être il cache son amour par orgueil, ou qu'il n'a pas aimé d'abord et qu'il aime maintenant, ou qu'il aimera demain... On a l'oreille si tendue, qu'on pense discerner derrière ce qu'il dit, dans n'importe quelle phrase banale, un abîme de sens caché... Et puis il dit brusquement une chose qui ne permet plus le doute, et le château de cartes s'écroule... Alors c'est le désespoir... Et comme lui n'a jamais changé, il ne comprend rien à l'espoir, ni au désespoir, et pourquoi on le trouve tantôt charmant, tantôt mufle...

Elsa Triolet - Le cheval blanc

Lire la suite

Coup de coeur... André Gide...

9 Janvier 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Tu disais : nous nous posséderons au printemps, sous telles branches que je connais; tel lieu couvert et plein de mousses; il sera telle heure du jour; il fera telle douceur de l'air, et l'oiseau qui l'an dernier y chantait chantera. – Mais le printemps vint tard cette année; l'air trop frais proposait une joie différente.

L'été fut languissant et tiède – mais tu comptais sur une femme qui ne vint pas. Et tu disais : cet automne du moins compensera ces mécomptes et consolera mes ennuis. Elle n'y viendra pas, je suppose – mais du moins rougiront les grands bois. Certaines journées encore douces, j'irai m'asseoir au bord de l'étang, où l'an passé, tant de feuilles mortes tombèrent. J'attendrai l'approche du soir... D'autres soirs, je descendrai sur les lisières où les derniers rayons se reposeront. Mais l'automne fut pluvieux cette année; les bois pourris ne se colorèrent qu'à peine, et sur les bords de l'étang débordé tu ne pouvais venir t'asseoir.

 

André Gide - Les Nourritures Terrestres

 

Les nourritures terrestres ; les nouvelles nourritures - André Gide -  Gallimard - Grand format - Librairie Gallimard PARIS

Lire la suite

Coup de coeur... Hélène Laurain...

8 Janvier 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Partout le feu - Hélène Laurain - Babelio

 

souvent encore j’en rêve

je monte dans la camionnette blanche en dernier

quand nos regards se croisent on sourit nerveusement

Taupe a le visage jaune éclairé par son 3310

pianote pianote pianote

on l’appelle

la sonnerie c’est la symphonie de Mozart là

Taupe dit ok et raccroche

C’est bon l’appel a été passé dit Taupe à la cantonade

faut se grouiller

je nous regarde avec nos combis orange des cosmonautes de Guantanamo

On est à une ou deux minutes dit Fauteur au volant

j’ai super envie de pisser

ça me fait tressauter le genou

Taupe me l’immobilise d’autorité

Ça va aller respire elle me dit

c’est un ordre c’est pas pour rassurer

je respire

personne dit rien

et on les voit au loin

les silhouettes

sales même la nuit

des tours de refroidissement

sabliers doux

et la fumée

toujours

déjà Taupe qui me dit plus fort

Tiens-toi prête

prends l’échelle prends l’échelle

tout le monde a dans la main son outil elle la disqueuse

Dédé la pince à coupe rase

Thelma la pince multifonctions

Jona la moquette

Fauteur la bannière sur le siège à côté de lui

il freine en dérapant

Sors sors on me crie

j’ouvre la portière arrière saute fais glisser l’échelle

le sac de Taupe tombe au passage Fais gaffe putain

je m’enfonce les ongles dans le pouce ça saigne

on a quelques minutes pour entrer

Thelma commence à paniquer

C’est ça le bâtiment on est d’accord hein c’est ça hein elle dit

le premier grillage on le passe à l’échelle comme prévu

on essaie de stabiliser la moquette sur les barbelés

on glisse dessus

comme ça

on se ramasse comme des merdes de l’autre côté

à part Dédé qui galère à se relever ça marche ça fonctionne

on est tous passés en environ une minute

le deuxième grillage faut l’ouvrir

la disqueuse de Taupe et de chaque côté les pinces

agrandissent le trou

c’est comme dans du beurre

désormais

chaque geste est limpide

Vite vite vite Taupe dit on entend la sirène de la police

on plaque la moquette à l’intérieur du trou

on y passe

y’a Taupe qui dit Putain et qui se tient l’oreille mais pas le temps

Bannière la bannière grouille

on se met en place comme prévu moi en deuxième entre

Taupe et Fauteur

et on la déroule pour notre drone

 

Hélène Laurain - Partout le feu

Lire la suite
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>