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Vivement l'Ecole!

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Qu'est-ce qu'une faute de français?... (Vidéo)

11 Avril 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Langue

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A Lire... "Le français est à nous! Petit manuel d’émancipation linguistique" - Maria Candea, Laélia Véron

11 Avril 2019 , Rédigé par Slate Publié dans #Langue

A Lire... "Le français est à nous! Petit manuel d’émancipation linguistique" - Maria Candea, Laélia Véron

La langue française est-elle vraiment en péril, comme on l'entend si souvent? Qu'est-ce qu'aimer le français? Quels sont les liens entre langue, politique et société? Ces questions et bien d'autres sont explorées par Laélia Véron, docteure en langue et littérature françaises, et Maria Candea, docteure en linguistique française, dans Le français est à nous! Petit manuel d’émancipation linguistique, qui paraît ce 9 avril 2019 aux Éditions La Découverte.

                   _________________________________________

Extrait

(...)

Pourquoi a-t‑on peur de faire des fautes?

Les discours normatifs entretiennent un sentiment général d’insécurité linguistique, en construisant des discours autour de la notion centrale de faute, mot qui implique une connotation morale. La faute est l’alpha et l’oméga des discours normatifs, sans que la notion de faute soit définie ou mise en perspective historique: on fait des fautes sans le savoir, les fautes sont un fléau, nous n’accordons jamais assez d’importance aux fautes, et améliorer sa maîtrise du français revient à faire moins de fautes… Ces discours sont si répandus qu’on en arrive souvent à se laisser convaincre que le français est de toute façon une langue difficile et à se consoler avec le cliché selon lequel sa beauté viendrait en grande partie des difficultés de sa grammaire ou de son orthographe.

Une faute que tout le monde adopte cesse d’être une faute.

Il convient de souligner que ce que nous considérons comme faute est très relatif. Le linguiste Henri Frei a proposé dès les années 1920 une Grammaire des fautes, en partant du constat qu’un grand nombre de mots, d’expressions ou de constructions se sont imposées dans la langue à la suite d’une coexistence en concurrence avec des variantes, et que, dans de nombreux cas, c’est la variante considérée comme erronée qui a fini par s’imposer comme correcte. Frei tente de décrire les principaux mécanismes d’évolution de la langue à partir de différents besoins universels qui entrent parfois en conflit. Par exemple, le besoin d’assimilation qui pousse à l’analogie («émergent, ça émerge» -> « urgent, ça urge», jugé incorrect; «la moitié s’en va» -> « la plupart s’en va», jugé incorrect), le besoin de différenciation qui pousse à éviter les homophones ou les mots devenus trop brefs («choir, chu» -> « tomber, tombé», devenu la norme), le besoin inverse de brièveté, qui pousse à raccourcir les mots ou les expressions («apéritif», «autobus» -> « apéro», «bus», entrés dans la norme), etc.

Derrière chaque faute courante, il y a une histoire. Une faute que tout le monde adopte cesse d’être une faute. Ce que nous considérons maintenant comme correct pouvait auparavant être considéré comme fautif et vice versa. Connaître l’histoire de la langue peut nous donner les clés pour comprendre pourquoi certaines tournures cessent d’être considérées comme fautives et pourquoi au contraire d’autres tournures érigées par la norme n’ont aucune chance de s’imposer dans le langage courant. Ensemble, nous continuons à écrire l’histoire du français.

Laélia Véron, docteure en langue et littérature françaises, et Maria Candea, docteure en linguistique française, dans Le français est à nous! Petit manuel d’émancipation linguistique, qui paraît ce 9 avril 2019 aux Éditions La Découverte.

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Est-ce ainsi que les gitans nous parlent?...

5 Février 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Sociologie, #Langue

Après les propos d'Emmanuel Macron sur le boxeur gilet jaune, Christophe Dettinger, l’écrivain Jacques Debot pointe la méconnaissance récurrente de la culture tsigane au plus haut sommet de l’Etat.

Tribune. Président de la République ou ministres, les responsables au sommet de l’Etat ne devraient aborder la question tsigane qu’avec d’infinies précautions. Le discours de Grenoble prononcé par Nicolas Sarkozy en juillet 2010, la gestion calamiteuse de «l’affaire Leonarda» par François Hollande en octobre 2013, les stupéfiantes déclarations de Manuel Valls la même année au sujet de «la culture des Roms» décrétée incompatible avec la culture française, les récents propos du président Macron quant au «parler gitan» du boxeur à gilet jaune, Christophe Dettinger, ont mis le feu aux réseaux sociaux, provoqué des avalanches de commentaires et de réactions passionnées.

Il semblerait que malgré ces sorties désastreuses et les turbulences politiques ainsi occasionnées, aucun bilan, aucun retour d’expérience ne soit jamais pris en compte. Mal conseillés, mal documentés, nos dirigeants persistent à parler de manière irréfléchie des Tsiganes, qu’il s’agisse des Roms venus d’Europe centrale ou des citoyens français, Gitans, Manouches ou Yéniches.

Les propos d’Emmanuel Macron, tels qu’ils ont été relatés par la presse, et non démentis par l’Elysée seraient les suivants : «Le boxeur, la vidéo qu’il fait avant de se rendre, il a été briefé par un avocat d’extrême gauche. Ça se voit ! Le type, il n’a pas les mots d’un Gitan. Il n’a pas les mots d’un boxeur gitan.» De quoi parle le président de la République quand il évoque un «parler gitan» ? En France il reste des bribes, des traces, des lexiques parfois de quelques dizaines ou centaines de mots selon les régions, selon les familles, du romanès, la langue indo-aryenne originaire de l’Inde du Nord. Néanmoins, on rencontre encore (assez rarement) des familles où les locuteurs ne s’expriment entre eux que dans cette langue. Les Roms venus d’Europe centrale, bons locuteurs du romanès, nous amènent depuis quelques années à régénérer notre héritage linguistique.

Le «parler gitan» s’emploie dans l’intimité

Comme les patois régionaux, les «parlers gitans, manouches ou yéniches» sont employés dans l’intimité, en famille. Au-delà du cercle familial, comme le pratiquent les Français d’origine italienne, espagnole, portugaise ou maghrébine, on parle français, tout simplement. Il n’y a donc absolument rien d’étonnant, ni calcul ni manipulation en coulisse au fait que Christophe Dettinger, qui est peut-être tsigane, comme d’autres se reconnaissent auvergnats, provençaux, picards ou lorrains, se soit exprimé en français courant lors de son allocution enregistrée en vidéo et publiée sur sa page Facebook.

Nous ne commenterons pas dans le cadre de cette tribune les faits qui ont conduit Christophe Dettinger en détention préventive. Le procès se tiendra maintenant dans quelques jours et depuis le 5 janvier, on a pu voir paraître sur les réseaux, dans la presse, toutes les opinions possibles, des milliers de soutiens, des tombereaux d’insultes, des kilomètres d’analyses et nos propres mots n’ajouteraient absolument rien. Laissons la justice travailler en toute sérénité.

Quand des Tsiganes sont au cœur d’un événement, les répercussions médiatiques sont immédiates et violentes. Les 400 000 Tsiganes français se retrouvent aussitôt dans la tourmente, mais cette fois encore, les autorités n’ont pas d’interlocuteur. En Allemagne, où ne vivent pourtant qu’un peu plus de 100 000 Tsiganes pour une population de 82 millions d’habitants, Romani Rose, président du Conseil central des Sinti et des Roms, rencontre régulièrement Mme Merkel ou ses ministres. Le représentant des Tsiganes allemands est un personnage reconnu de la République fédérale, comme le sont chez nous les secrétaires nationaux des syndicats, le recteur de la grande mosquée, le président du Consistoire, etc.

En France quand la tension est forte, le 11 janvier, Cyril Hanouna invite une bande de fous délirants qui ne représentent rien d’autre que leur violente marginalité, mais sont reçus en plateau pour insulter et menacer le président de la République. En France, quand des ONG organisent une conférence ou un débat sur les Roms ou les Tsiganes, il n’y a jamais de Tsiganes invités à s’exprimer sur l’estrade. Ce manque de dialogue constant est à l’origine de cette méconnaissance au plus haut sommet de l’Etat. On ne prend jamais la peine de parler aux Tsiganes sensés, raisonnables, et on trébuche une fois, deux fois, quatre fois : à Grenoble en 2010, sur l’affaire Leonarda, sur la culture des Roms, et pour son malheur et le nôtre, sur le champion de France de boxe, le «gitan» Christophe Dettinger.

Jacques Debot écrivain tsigane

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Un point de vue - L’écriture inclusive sert-elle la cause des femmes?...Danièle Manesse

3 Mars 2018 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Langue

Un point de vue - L’écriture inclusive sert-elle la cause des femmes?...Danièle Manesse

EXTRAITS

À l’automne 2017, l’écriture inclusive, et surtout l’une de ses préconisations les plus disputées, le « point médian », se sont imposés dans le débat public, de manière passionnée. Depuis de nombreuses années, les Cahiers pédagogiques ont décidé de ne pas recourir dans leurs articles à des graphies du type les enseignant/es ou les enseignant(e)s et plus récemment au point médian. Quelques mois après la polémique, nous revenons sur cette question, avec le point de vue de Danièle Manesse, dans l’espoir de rouvrir le débat sur un mode plus apaisé et argumenté.

La difficulté de parler de l’écriture inclusive (désormais EI) tient au caractère exaspéré des proclamations et face-à-faces organisés par les médias, à la profusion d’information. Le Figaro lance l’alerte en novembre 2017 avec cet extrait de manuel de CE2 : « Grâce aux agriculteur.rice.s, aux artisan.e.s et aux commerçant.e.s, la Gaule était un pays riche. » ; début février 2018, Marianne et le Canard enchainé ironisent sur un texte du mouvement de Benoit Hamon : « des passeur.se.s, des cogiteur.se.s, des tisserand.e.s, des bâtisseur.e.s ». Ces sources m’affranchissent de la recherche d’assignation, à droite ou à gauche, des protagonistes.

Qui inclut les femmes dans quoi ? C’est une affaire de langue ; revenons à des arguments de nature linguistique, et d’abord à ceci : la langue n’est ni un produit de consommation qu’on bricole et améliore, ni une institution qu’on désavoue en votant. La langue, c’est un moyen de communication en premier lieu, dont on a hérité et qu’on transmettra, dont personne n’est responsable, qui vit sa vie dans l’usage. L’intérêt que les Français portent à leur langue écrite est notoire : en 2017, trois épisodes linguistiques (les rectifications orthographiques de 1990, le terme de prédicat et l’écriture inclusive) ont fait grimper au rideau tout ce qui sert à informer : la presse, la radio, la télévision, les réseaux sociaux ; sur ces questions qui sont aussi des questions savantes et ne relèvent pas de l’opinion ou du sentiment, il se dit aussi n’importe quoi.

Changer la langue ?

Le prédicat et l’orthographe concernent la norme du français écrit, la place de la grammaire. L’ennemi est désigné, l’école et ses législateurs. C’est tout autre chose quand il s’agit de l’écriture inclusive : là, l’adversaire, c’est la langue, adversaire introuvable ! Car la langue est dans tout et partout. Changeons la langue, proposent les partisans de l’EI ! Ils demandent même à l’État d’intervenir pour légiférer, comme pour un banal programme scolaire. Les rituels de l’école leur servent de modèle pour acculturer la population à l’écriture inclusive : on peut, grâce à internet, faire une dictée en orthographe inclusive, on peut se procurer une grammaire de l’orthographe inclusive, on peut faire une formation (rapide et pas chère, il reste encore des places).

De quoi est-elle coupable, la langue ? De rendre « invisible » la moitié de ses utilisateurs, les femmes, par l’inégale distribution des genres grammaticaux – en français, le féminin et le masculin. Des voix autorisées, nimbées du prestige universitaire, appuyées par des institutions comme le Haut comité à l’égalité (HCE), ont pilonné cette aveuglante évidence pendant trois mois. Une masse de gens, jusqu’alors inconscients de la question, sont convaincus ou se rallient prudemment, soucieux de ne pas être comptés parmi les ennemis des femmes, car on craint fort d’être dénoncé comme petit Weinstein du langage : « Seul·es les partisan·es de la domination masculine devraient s’étouffer » écrit Éliane Viennot. Eh bien non, je ne fais pas partie de ces derniers, et je suis très fermement opposée à l’EI.

Société patriarcale

Encore une fois, regardons-y de près : le français est une langue indo-européenne, et toutes les sociétés indo-européennes sont des sociétés patriarcales. Plus largement, comme le disait Françoise Héritier, « dans toutes les langues et toutes les sociétés, on ne procède, pour penser, qu’à l’aide de catégories dualistes. Je vous mets au défi de trouver une société qui n’utilise pas de catégories dualistes qui ne soient greffées sur la catégorie masculin/féminin caractérisées socialement et culturellement par elle. »

Que la langue ait gardé des traces de sa structure première, sans doute, mais son organisation a des milliers d’années ! Parmi les langues de la famille indo-européenne, certaines ont plus de deux genres, souvent trois, d’autres n’en ont pas. La grammaire n’est pas le calque du monde, la réalité concrète de la vie ; l’anglais ou le coréen ne sont pas plus « féministes » que le français parce qu’ils n’ont pas de genre. Si une langue figurait le monde de ceux qui la parlent, on ne voit pas comment une même personne pourrait être bilingue sauf à être gravement schizophrène : toute langue me permet de dire mon expérience, en m’imposant ses formes.

L’Académie au XVIIe siècle a entrepris de stabiliser la langue, et l’a fait avec les catégories de l’époque ; l’abbé Bouhours, célèbre aujourd’hui, qui parlait des hommes comme le genre le « plus noble » des humains, raisonnait en fait comme notre nouveau clergé féministe en identifiant genre grammatical et genre des humains. Or, le masculin est une catégorie grammaticale abstraite, caractérisant des mots, art et ciel, tour et crêpe, ainsi que les mots qui désignent des hommes en général. Le déterminant le, le pronom il, réfèrent à ces mots, qui s’opposent à la et elle quand il s’agit de tour et crêpe… Mais il réfère également à du ni-masculin-ni-féminin : le « il » masculin est aussi neutre ; qui penserait qu’*elle serait mieux de dire *elle fait un froid de canard, *elle neige ?

(...)

Bien au-delà de ce problème légué par l’évolution phonétique du français, l’écriture inclusive veut accroitre la distance entre l’oral et l’écrit : les mots sont disloqués par le point détourné de sa fonction, par les artifices tel le « / » : on chahute syntaxe et morphologie. Appliquées, ces contorsions de la langue compliqueraient l’apprentissage de la lecture : lire, c’est identifier des suite de mots écrits, c’est-à-dire décoder chacun des mots et les garder en mémoire le temps qu’ils prennent sens dans une séquence. Rappelons : un élève sur cinq en France n’a pas, à 16 ans, la maitrise de la langue écrite nécessaire à la poursuite d’études supérieures. Ça n’est pas le souci des réformateurs en EI.

Qu’y gagnent les femmes ? Sont-elles mieux « représentées » dans cette langue illisible ? L’EI confisque la langue au profit de ses caprices partisans, en feignant de confondre les mots et les choses, dans cette société qui ne cesse de le faire, à la manière de la publicité mensongère. « Les petits nuages de points à la fin des mots », plaisent à madame Grésy, membre du HCE, laquelle pense que « le langage est le reflet du monde ». Artifice lettré et élitiste, l’écriture inclusive est une manière de faire diversion, de ne pas affronter les multiples combats des femmes pour leur émancipation et leur conquête interminable de l’égalité. Cette idéologisation forcenée est malheureusement dans l’esprit du temps ; source communautariste de querelle, elle divise. Mais surtout, elle est une voie de plus pour augmenter la confusion, pour mettre l’école en difficulté.

Danièle Manesse
Professeure émérite de sciences du langage, Université Paris3-Sorbonne nouvelle, DILTEC.

L'entretien complet est à lire en cliquant ci-dessous

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Doctrice ou doctoresse ? Histoire de la langue française au féminin... (Audio)

25 Décembre 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Histoire, #Langue, #Femme

Doctrice ou doctoresse ? Histoire de la langue française au féminin... (Audio)

2001 |Autrice ou écrivaine, doctrice ou doctoresse ? Dans "Tire ta langue", en mars 2001 il était question du féminin dans la langue française. Antoine Perraud et Simone Douek s'entretenaient avec Benoîte Groult, Bernard Cerquiglini et Nicole Cholewska.

Féminiser les noms, c'est aussi respecter la souplesse, l'évolution et la vie de la langue. Le 27 mars 2001, "Tire ta langue" proposait une thématique sur la féminisation des noms, entre histoire de la grammaire et histoire des mentalités, avec Benoîte Groult, écrivaine, ancienne présidente de la Commission ministérielle pour la féminisation des noms, Bernard Cerquiglini, directeur de l'Institut national de la langue française et Nicole Cholewska, grammairienne et chercheuse.

"La langue n’est pas neutre, elle reflète les préjugés d’une société. Au fond, ce qui n’est pas nommé n’existe pas. On ne voulait pas nommer certaines femmes dans des positions de prestige qui était le bastion des hommes. Dans les positions subalternes ou qui ne gagnent pas beaucoup d’argent, qui n’ont pas beaucoup de pouvoir, là on se féminise, il n’y a jamais eu d’histoire : la standardiste, l’ouvrière… Mais dès qu’on monte, c’est étonnant, dans l’échelle sociale, tout à coup à partir d’un certain niveau, il y a le blocage. On est directrice d’école maternelle à la rigueur, mais à la Recherche nationale on est Madame le directeur. Ce qui prouve que c’est dans les têtes qu’est le blocage et pas du tout dans les langues !" Benoîte Groult

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Cecile alduy et la langue de Macron, "L'enrobage stylistique de la logique de la start-up nation"

22 Décembre 2017 , Rédigé par France Inter Publié dans #Politique, #Langue, #Macron

Cecile alduy et la langue de Macron, "L'enrobage stylistique de la logique de la start-up nation"

Cécile Alduy, professeure de littérature à Standford, et Bernard Cerquiglini, Professeur de linguistique à l'Université Paris VII sont les invités de Nicolas Demorand à 8h20. Ils répondent aux questions des auditeurs à partir de 8h40.

Féminisme, fake news, ubérisation, disruption... autant de mots que l'on a beaucoup entendu au cours de cette année 2017. Cécile Alduy, professeure de littérature à Standford, chercheuse au Cevipof et auteur de _Ce qu’ils disent vraiment. Les politiques pris aux mots (_Seuil), et Bernard Cerquiglini, Professeur de linguistique à l'Université Paris VII reviennent au micro de Nicolas Demorand sur les mots de l'année, les évolutions du langage public et politique et ce qu'elles révèlent de nos sociétés.

Les mots de l'année : Bienveillance, uberisation et inclusive

Cécile Alduy retient le mot bienveillance. Il semblait neuf quand Macron l’a introduit dans ces discours. Il en fait l’instrument d’une politique pas si bienveillante. A USA est marqué à gauche, en France, il dépasse les clivages de la gauche vers la droite.

Bernard Cerquiglini retient ubérisation comme le grand mot de l’année.  Et "inclusif" :  il y a un an c’était pour la grammaire, désormais c’est politique.

La langue de Macron 

Emmanuel Macron manie un registre élevé, désuet et littéraire, et en même temps, il utilise des mots familiers, comme bordel et fainéant. 

Pour Cécile Alduy, la logique des discours de Macron montre sa vision économique de la société. Pour lui, régler les problèmes économiques  va amener une meilleure société.

Du coup, c'est le retour à la réthorique

Une auditrice interpelle Nicolas Demorand sur son tic de langage, "du coup". C'est une expression à la mode. De ce fait, se disait il y a longtemps de ce coup. 

Un auditeur insiste sur la dimension métalinguistique du discours politique. Exemple : la porte est elle ouverte ?  Je vais vous répondre , la question n'est pas là. 

Pour Cécile Alduy, "La candidature de Macron a été méta... il a passé la fin 2016 a commenté ce qu'était sa candidature, il a fait une méta campagne, plutôt que de parler de programme". Bernard Cerquiglini rappelle "que c'est de la rhétorique. Ce sont des vieux trucs remis au goût du jour."

Le règne de l'euphémisation

Pour Cécile Alduy, "Inventer un monde sans friction, tout doit glisser, c'est le mode de la silicon valley, ça se fait par la langue. Cette euphémisation permanente ça nous fait passer de perquisition à visite domiciliaire. Les réalités difficiles apparaissent dans les écarts de langage comme "ceux qui ne sont rien". 

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On pourra écouter aussi:

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Il y a plus de mots arabes que gaulois dans la langue française... "Nos ancètres les arabes"...

19 Décembre 2017 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education, #Langue, #Arabe

À l'occasion de la journée mondiale de la langue arabe, le lexicologue Jean Pruvost, nous raconte comment cette langue s'est inscrite dans l'Histoire et la langue française, et nous explique que chaque jour nous utilisons de nombreux mots arabes.

Notre langue est parsemée de mots arabes, comme l’explique Jean Pruvost, lexicologue, professeur émérite, auteur de « Nos ancêtres les Arabes, ce que notre langue leur doit » aux éditions JC Lattès.

Quelle est la place de la langue arabe dans la langue françaises ?

Jean Pruvost : La langue arabe est extrêmement présente dans la langue française. L'arabe est la troisième langue d’emprunt, puisque la première c’est l’anglais, ensuite l’italien. L’arabe n'a cessé d'enrichir notre langue entre le IXe siècle et aujourd'hui. Au départ, c'est principalement Al Andalus, l'Espagne musulmane qui a donné de nombreux mots courants et mots savants au XIIIe siècle en français. Plus tard, la colonisation et la décolonisation ont apporté une nouvelle vague de mots, avec notamment un volet important dans le domaine de la gastronomie.

Pouvez-vous donner des exemples des mots courants qui nous viennent de la langue arabe ?

J. P. : Si vous faites votre marché et que vous achetez des épinards, de l'estragon, du potiron, des artichauts... Tous ces mots sont arabes. Même le mot "artichaut" qui ne vient pas de Bretagne ! Avec l'arrivée des rapatriés d'Algérie en 1962, après la décolonisation, les mots merguez, méchouis, sont entrés dans le langage courant.

On retrouve aussi beaucoup de mots dans l’habillement. Si vous allez dans un magasin (mot arabe), acheter une jupe (mot arabe) de coton (mot arabe), un gilet et un caban (mots arabes), vous utilisez des mots arabes.

Et plus récemment, de nouveaux mots arabes sont apparus avec l'immigration récente ?

J. P. : Le mot "bled" a été tellement installé dans la langue que beaucoup ignorent que c'est un mot arabe. Les plus jeunes s'en sont à nouveau emparé avec le mot "blédard", qui désignait celui qui débarquait de la campagne algérienne ou marocaine et qui s'installait dans la région parisienne. 

Avoir le "seum", c'est-à-dire le cafard en arabe, ("cafard", qui est aussi un mot arabe) a été repris en 2012 par une campagne de la sécurité routière. 

Les mot "chouf" ou "kiffer" sont utilisés depuis longtemps, comme dans l'expression kiff-kiff bouricot. Au début, le kiff c'était la drogue et aujourd'hui, cela désigne le fait de prendre du plaisir.

Le mot toubib vient du mot toubab (qui désigne le blanc) et veut dire médecin. Ce mot est passé dans la langue familière et beaucoup de gens ne savent pas qu'il est issu de la langue arabe.

En fait les Français parlent arabe ?

J. P. : Oui, ils parlent arabe beaucoup plus que gaulois... Le gaulois, c'est à peine un centaine de mots. Pour l'arabe, on est à 500 mots et même davantage si l'on compte les mots savants du côté de la faune et la flore. Un enfant qui part faire de l'algèbre et de la chimie dans son collège est dans le monde arabe.

Ouafa Kheniche

https://www.franceinter.fr/amp/culture/plus-d-arabe-que-de-gaulois-dan-la-langue-francais

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N'y a-t-il vraiment qu' "une langue française"?...

17 Novembre 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Langue

N'y a-t-il vraiment qu' "une langue française"?...

Ce jeudi matin à Aix-en-Provence, le maître de conférences en sociolinguistique Médéric Gasquet-Cyrus a ouvert son cours par une petite question. Il a demandé à ses étudiants d’analyser cette phrase : «Il y a une seule langue française, une seule grammaire, une seule République.» Les étudiants, en l’occurrence des premières années en sciences du langage, «ont pensé qu’il s’agissait d’une bêtise trouvée dans une copie», raconte l’universitaire. «Ils ont été très étonnés quand ils ont appris de qui venait la phrase.»

De qui? Rien de moins que du ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer. Mercredi 15 novembre, à l’Assemblée, il a affirmé son opposition à l’écriture inclusive. «La France a comme emblème une femme, Marianne, l’un de ses plus beaux mots est féminin, la République, et notre langue a porté bien des combats féministes, hier, aujourd’hui et encore demain», a commencé le ministre. Mais point trop n’en faut : ces combats féministes ne doivent pas aller jusqu’à l’écriture inclusive. D’ailleurs, a-t-il asséné, «le seul arbitre, c’est l’usage et c’est l’Académie française» (qui a parlé de «péril mortel» sur cette question). Et de conclure : «Je serai donc bien entendu vigilant pour qu’il n’y ait qu’une grammaire, comme il n’y a qu’une langue, une République.» Le message a été aussi tweeté sur le compte officiel du ministre.

Qu’en est-il ? Certes, il y a bien une seule République : bleu-blanc-rouge, Marianne, «aux armes citoyens». Mais de langue ? En France, il existe effectivement un seul idiome officiel – et ce n’est pas un scoop de révéler que c’est le français. Par comparaison, la Belgique par exemple, en compte trois : le français, le néerlandais et l’allemand.

«Langue nationale» depuis 1992

Ce statut de «langue nationale» a été acté en 1992, date à laquelle la chose a été inscrite dans la Constitution française. Assez récemment donc. Cette inscription revêt un caractère pratique : elle signifie «que dans les actes de la vie publique et institutionnelle, la langue est le français de France», explique Florence Bistagne, historienne de la langue et docteur en linguistique comparée des langues romane et marseillaise. Cette langue, le français de France, est encadrée par la commission d’enrichissement de la langue française (anciennement commission générale de terminologie et de néologie) du ministère de la Culture, qui publie au Journal officiel tous les nouveaux termes que l’administration peut utiliser, après validation par l’Académie française. C’est cette commission qui édicte par exemple qu’il faut dire «mot-dièse» et non «hashtag», «éreintage» et non «bashing». C'est elle aussi qui vient de décider qu'on ne disait plus «nègre littéraire» mais «prête-plume». Contrairement à l’idée reçue, le dictionnaire établi par l’Académie n’a qu’un rôle moral et symbolique, et ce n’est pas lui qui a le pouvoir d’établir cette langue officielle.

Mais, et c’est là que le ministre voit sa tirade devenir fausse, cette commission dépend de la très officielle DGLFLF, soit : la délégation générale à la langue française et aux langues de France. Aux langues de France, oui. La France reconnaît bien officiellement qu’il y a plusieurs langues dans le territoire. Et trouve même ça plutôt enrichissant. «A côté du français, écrit la DGLFLF, les langues de France sont notre bien commun, elles contribuent à la créativité de notre pays et à son rayonnement culturel. On entend par langues de France les langues régionales ou minoritaires parlées par des citoyens français sur le territoire de la République depuis assez longtemps pour faire partie du patrimoine culturel national, et ne sont langue officielle d’aucun Etat.» Par exemple le normand, le créole, l’auvergnat, le kumak, le tahitien, le franc-comtois, le basque, le corse ou le breton. A ces langues parlées en France «peuvent être ajoutées les langues non territorialisées comme l’arabe maghrébin, le romani ou le yiddish», précise Aude Wirth-Jaillard, philologue à l’université catholique de Louvain. «Une partie de ces langues font l’objet d’enseignements, dans le primaire, le secondaire et parfois même le supérieur.»

Des grammaires

En outre, si l’on s’en tient au français, il est lui-même divers. «Il y a beaucoup de variations à l’oral, entre la langue académique, la langue parlée, la langue des jeunes…», cite le sociolinguiste Médéric Gasquet-Cyrus. «A l’écrit, de même : on ajoute des smileys, du gras, de l’italique», en clair, on la métisse.

Quant à la grammaire, de même, il n’y en a pas qu’une seule. Celle que l’on apprend en classe accepte déjà «des variantes régionales: serpillière ou pièce, chocolatine ou pain au chocolat – et des orthographes concurrentes: clé ou clef», toutes «scolairement acceptées», précise Florence Bistagne. Mais il existe en outre «des grammaires spécifiques comme la grammaire des variantes régionales ou grammaire descriptive et grammaire prescriptive», détaille l’historienne de la langue.

Dire le contraire, selon les experts interrogés, relève du vieux «fantasme» centralisateur à la française. «On est ici encore dans l’héritage du XVIIsiècle, et de la construction de l’Etat autour de la langue», pose Médéric Gasquet-Cyrus.

La langue «se caractérise par des variations» 

Alors «il y a bien une langue française, note la philologue Aude Wirth-Jaillard. C’est elle qui fait que tous ses locuteurs se comprennent globalement. Mais elle se caractérise par des variations, notamment au niveau du lexique, qui font que, parfois, des explications sont nécessaires. Un des intérêts de la norme est justement d’éviter que ces différences ponctuelles ne s’amplifient et ne se multiplient, finissant par entraîner une incompréhension totale. Mais la langue est vivante, et elle ne se laisse pas toujours enfermer dans une norme.» Un brin provocateur, Médéric Gasquet-Cyrus se dit en tout cas prêt à «donner des cours au ministre» – de l’Education nationale, rappelons-le. «En deux semaines il ne dira plus de bêtises comme ça.» Le message est passé.

Guillaume Lecaplain

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Débranchons l’Académie Française...

2 Novembre 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Langue

Débranchons l’Académie Française...

Les académicien·ne·s n’ont de cesse de torpiller depuis plus de trente ans toute évolution égalitaire du français. Haro sur l’écriture inclusive est leur dernier et stérile combat.

Après un mois de polémiques sur «l’écriture inclusive», provoquées par quelques titres d’un manuel de CM2 - lequel n’aurait dû susciter que des débats techniques sur le protocole retenu par Hatier pour favoriser le langage inclusif - voilà donc que l’Académie française vient d’entrer dans la danse avec une nouvelle «déclaration». C’est la cinquième fois, si l’on ne considère que son histoire récente, qu’elle se prononce solennellement contre les propositions des partisan.e.s d’un langage non (ou plutôt moins) sexiste. Elle fait une nouvelle fois la preuve de sa flagornerie, de sa détermination à contrecarrer la marche vers l’égalité, et surtout de son incompétence. Ce qui paraît aujourd’hui l’aspect le moins connu d’une maison notoirement marquée à droite, d’où le général de Gaulle avait dû déloger Pétain, Maurras et quelques autres collabos (1).

L’entrée en campagne de la «Vieille Dame du Quai Conti» (100 % d’hommes durant trois cent quarante-cinq ans !) date de l’été 1984. Yvette Roudy ayant créé une commission de terminologie dédiée à la «féminisation des titres» (confiée à Benoîte Groult), la troupe sortit de sa torpeur comme un diable de sa boîte. Jusqu’alors, la création du Haut Comité pour la défense et l’expansion de la langue française (1966) et d’une kyrielle de commissions chargées de faire, dans les ministères, le travail qu’elle ne faisait pas, l’avaient seulement «agacée» (Jean Dutourd, France-Soir Magazine du 23 juin 1984). Les philippiques de cette période témoignent à la fois de l’ignorance de leurs rédacteurs en matière de langue et de leur rage face à un monde francophone déjà passé à l’action (le Québec, notamment).

La deuxième campagne date du retour de la gauche au pouvoir, en 1997, lorsque quelques ministres osèrent exiger qu’on s’adresse à elles au féminin. Lionel Jospin et Jacques Chirac les ayant suivies, trois hauts dignitaires de la maison se fendirent d’une «adresse au président de la République» intitulée «L’Académie veut laisser les ministres au masculin» (le Figaro, 9 janvier 1998). Une demande si fondée qu’elle se vit traiter de «lettre où la confusion, l’incompétence et la mauvaise foi rivalisent d’arrogance» par Josette Rey-Debove, l’une des maîtresses d’œuvre du Robert (le Monde du 14 janvier). S’en suivirent deux ans d’invectives, par presse interposée.

La troisième déclaration date de mars 2002, soit de l’époque où s’ouvraient les campagnes de la présidentielle et des législatives, qui furent l’occasion d’intenses débats sur la parité… et notamment sur la «parité linguistique», que nous appelons aujourd’hui le langage inclusif. Nul doute que la droite était allée tirer la compagnie par la manche pour qu’elle «dise son mot». Elle assène donc - déjà - qu’« il est inutile, pour désigner un groupe de personnes composé d’hommes et de femmes, de répéter le même substantif ou le même pronom au féminin, puis au masculin». Avant de s’en prendre aux termes nouveaux qu’elle voit fleurir, «tels que professeure, ingénieure, auteure, docteure, proviseure, procureure, rapporteure». Sans toutefois pousser le zèle jusqu’à expliquer que professeuse , autrice , doctoresse , proviseuse , rapporteuse existent depuis des siècles, et qu’ ingénieure est parfaitement recevable en français.

Cependant la caravane passe. D’où la grosse fatigue perceptible dans la «Mise au point» d’octobre 2014, suite à la pression de députés UMP l’appelant à voler au secours de Julien Aubert, sanctionné pour avoir tenu à donner du «Mme le président» à Sandrine Mazetier (2) .

La brève déclaration de cet automne renoue avec la violence des années 80 et 90 , avec le recours à la peur (la langue courrait un «péril mortel», les «promesses de la francophonie» seraient «anéanties»), mais aussi avec la surdité face aux besoins de la société française, qui travaille depuis de longues années déjà à défaire le sexisme de la langue que les  XIX e et XX e  siècles lui avaient léguée. Il faudrait qu’elle éclaire, qu’elle conseille, elle ne sait que jouer au père Fouettard. Elle ose se dire «sensible aux évolutions et aux innovations de la langue», alors qu’elle met cinquante ans à les reconnaître, après les avoir combattues. Et préoccupée de «la tâche des pédagogues», alors qu’elle leur a pourri la vie pendant ces vingt-cinq dernières années, en imposant que la dernière réforme de l’orthographe ne soit pas appliquée, et donc que les deux formes d’environ 5 000 mots coexistent ! La seule chose qui importe à l’Académie est de se présenter comme «gardienne de la norme», tâche que personne ne lui a jamais confiée, et qu’elle serait moins que quiconque capable d’exercer si la chose était utile.

A l’heure où l’Etat rogne sur des financements de première nécessité, il serait temps de laisser l’Académie voler de ses propres ailes (ses richesses sont colossales), vu qu’il n’aura jamais le courage de la mettre au travail et de lui imposer d’œuvrer pour l’égalité.

(1)L’Académie contre la langue française : le dossier «féminisation», par Eliane Viennot, Maria Candea, Yannick Chevalier, Sylvia Duverger et Anne-Marie Houdebine, éd. Ixe (2016). (2) Voir ma tribune dans Libération du 23 octobre 2014 : «"Mme le président" : l’Académie persiste et signe… mollement».

Eliane Viennot professeure de littérature et historienne. Autrice de "Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin !" (2014)

 

 
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A Lire... Maudits Mots. La fabrique des insultes racistes, Marie Treps...

20 Février 2017 , Rédigé par TV5 Monde Publié dans #Histoire, #Langue, #Racisme

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Avec Maudits mots, la linguiste et sémiologue Marie Treps publie une enquête originale : l'origine des insultes racistes. Peu de pays sont épargnés. Cette prose purulente, qui prospéra sur le fumier de l'Histoire, continue d'irriguer le discours des extrêmes. Un ouvrage salutaire.

D'emblée, Marie Treps avoue une crainte : " Je ne voudrais pas que mon ouvrage alimente la rigolade et qu'il devienne comme une bible".

Aucun risque.

Avec Maudit mots (Tohubohu éditions), la linguiste a mené l'enquête. Sérieusement. Avec sa curiosité en guise de lampe-torche, elle est partie explorer la forêt dangereuse des insultes racistes.

Elle nous éclaire sur les racines du mal, qu'elle exhume avec précaution pour mieux les porter à notre connaissance. "Je m'intéresse aux mots et à ce qu'il y a derrière. Les mots sont le miroir de notre société. Ils apparaissent dans un certain contexte" dit-elle.

Son champ exploratoire concerne les mots  outrageants et humiliants, les mots qui blessent, les mots qui tuent.

L'insulte xénophobe, publiée ou non, est un poison. Elle attaque le tissu sain de la démocratie jusqu'à la pourrir.

En cas d'intoxication majeure, dans les périodes de crise aiguë, en cas de guerre par exemple, elle peut même banaliser l'irréparable. On ne rafle pas des hommes mais des "youpins". On ne fait pas monter au  front des tirailleurs Sénégalais mais des "bamboulas".

L'être humain a disparu. On envoie à la mort sa caricature.

Pour le raciste, être différent, c'est être contraire.

Pendant la Première Guerre mondiale, la France coloniale utilisait des tirailleurs sénégalais, forcément "joviaux" et "disponibles" pour la grande boucherie.

La marque Banania s'empara  de leur image afin de promouvoir la marque d'un chocolat en poudre. Ce qui fit dire à Léopold Ségar Senghor, poète et chantre de la décolonisation :  "Je déchirerai les rires Banania sur tous les murs de France".

(...)

Frantz Vaillant

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Insultes adressées au Noirs, aux Arabes...

Voici donc quelques insultes et leurs origines dévoilées.

L'auteure a pris soin, pour chacun de ces mots, de l'illustrer avec des extraits d'ouvrage où l'on trouve les "mots maudits". Les exemples empruntés relèvent de textes signés parmi les écrivains les plus fameux de la langue française : Maupassant, Cendrars, Céline,  Pérec etc. Marie Treps compartimente ses chapitres avec un catalogue d'insultes adressées aux Allemands, aux Arabes, aux Asiatiques etc.

Nous ne donnons ci-dessous, en guise d'amuse-bouches,  que quelques précisions sommaires.

Bamboula

Terme culturel africain devenu appellation raciste à l'égard des personnes noires, des Africains en particulier. Ka-mombulon, kam-bumbulu, "tambour", emprunté aux langues sarar et bola, parlées en Guinée portugaise, est introduit par Michel Jajolet La Courbe, de la Compagnie du Sénégal, dans Premier voyage fait par le sieur La Courbe a la coste d'Afrique en 1685. (...) Entre 1914 et 1918, par l'intermédiaire de l'argot militaire des tirailleurs algériens, bamboula en vient à désigner une fête exubérante, notamment dans l'expression faire la bamboula. Il désigne dans un même temps un tirailleur sénégalais

Boucaque

Terme injurieux raciste, récemment apparu. Il est notamment utilisé dans le sud de la France à l'encontre de personnes dont la peau est sombre. Ce mot-valise, association de bougnoul, mot raciste appliqué aux Arabes, et de macaque, mot raciste appliqué aux Noirs, surgit à la fin des années 1990. (...) Toute référence raciale ou culturelle particulière étant gommée, boucaque est une sorte de terme générique, une injure raciste passe-partout.

Toubab

Le mot vient de loin. Son ancêtre, toubib, emprunté à l'arabe, est relevé au Maroc au cours d'un voyage exploratoire et glosé comme "médecin". (...) Toubab est employé en Afrique de l'Ouest, dans le sens noble originel ou alors, avec une nuance péjorative, dans celui d'homme blanc tout-puissant. (...) Dans les années 1990, quand la jeunesse française s'approprie toubab, en inventant au passage une forme en verlan, babtou, elle ne retient que le sens péjoratif du mot

Youpin, youpine

Désignations injurieuses et racistes appliquées aux personnes juives.

C'est dans le Tam Tam, revue créée en 1867 par le caricaturiste Alfred Le Petit, que youpin apparaît en 1878. ainsi vouée d'emblée à un usage dépréciatif, il a été créé par déformation de l'hébreu yëhûdî "Juif", selon certains, de youdi ou de youtre, selon d'autres. Et au moyen du suffixe argotique - pin, que l'on retrouve également dans Auverpin, désignation péjorative de l'Auvergnat.

Niakoué (e), Niaqué (e), Niaquoué (e)

Désignation péjorative et raciste appliquée aux Asiatiques, en particulier à ceux originaires de l'Asie de l'Est ou du Sud-Est. Le mot vietnamien nhà quê désigne la campagne et, avec une forte couleur péjorative, celui qui en vient : "paysan", "villageois", "péquenaud". Dans le contexte de la colonisation, le mot a d'abord été employé par les Français d'Indochine, pour se moquer des paysans vietnamiens, puis appliqué à l'ensemble des Indochinois.

L'article complet, où il est question aussi des insultes odieuses adressées à Christiane Taubira (on aurait pu ajouter toutes celles lues sur les réseaux dits "sociaux" ou affichées de manière plus ou moins subliminale par certaines UNES de magazine comme Valeurs Actuelles, à l'encontre de Najat Vallaud-Belkacem) est à lire en cliquant ci-dessous

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