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Vivement l'Ecole!

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N'y a-t-il vraiment qu' "une langue française"?...

17 Novembre 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Langue

N'y a-t-il vraiment qu' "une langue française"?...

Ce jeudi matin à Aix-en-Provence, le maître de conférences en sociolinguistique Médéric Gasquet-Cyrus a ouvert son cours par une petite question. Il a demandé à ses étudiants d’analyser cette phrase : «Il y a une seule langue française, une seule grammaire, une seule République.» Les étudiants, en l’occurrence des premières années en sciences du langage, «ont pensé qu’il s’agissait d’une bêtise trouvée dans une copie», raconte l’universitaire. «Ils ont été très étonnés quand ils ont appris de qui venait la phrase.»

De qui? Rien de moins que du ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer. Mercredi 15 novembre, à l’Assemblée, il a affirmé son opposition à l’écriture inclusive. «La France a comme emblème une femme, Marianne, l’un de ses plus beaux mots est féminin, la République, et notre langue a porté bien des combats féministes, hier, aujourd’hui et encore demain», a commencé le ministre. Mais point trop n’en faut : ces combats féministes ne doivent pas aller jusqu’à l’écriture inclusive. D’ailleurs, a-t-il asséné, «le seul arbitre, c’est l’usage et c’est l’Académie française» (qui a parlé de «péril mortel» sur cette question). Et de conclure : «Je serai donc bien entendu vigilant pour qu’il n’y ait qu’une grammaire, comme il n’y a qu’une langue, une République.» Le message a été aussi tweeté sur le compte officiel du ministre.

Qu’en est-il ? Certes, il y a bien une seule République : bleu-blanc-rouge, Marianne, «aux armes citoyens». Mais de langue ? En France, il existe effectivement un seul idiome officiel – et ce n’est pas un scoop de révéler que c’est le français. Par comparaison, la Belgique par exemple, en compte trois : le français, le néerlandais et l’allemand.

«Langue nationale» depuis 1992

Ce statut de «langue nationale» a été acté en 1992, date à laquelle la chose a été inscrite dans la Constitution française. Assez récemment donc. Cette inscription revêt un caractère pratique : elle signifie «que dans les actes de la vie publique et institutionnelle, la langue est le français de France», explique Florence Bistagne, historienne de la langue et docteur en linguistique comparée des langues romane et marseillaise. Cette langue, le français de France, est encadrée par la commission d’enrichissement de la langue française (anciennement commission générale de terminologie et de néologie) du ministère de la Culture, qui publie au Journal officiel tous les nouveaux termes que l’administration peut utiliser, après validation par l’Académie française. C’est cette commission qui édicte par exemple qu’il faut dire «mot-dièse» et non «hashtag», «éreintage» et non «bashing». C'est elle aussi qui vient de décider qu'on ne disait plus «nègre littéraire» mais «prête-plume». Contrairement à l’idée reçue, le dictionnaire établi par l’Académie n’a qu’un rôle moral et symbolique, et ce n’est pas lui qui a le pouvoir d’établir cette langue officielle.

Mais, et c’est là que le ministre voit sa tirade devenir fausse, cette commission dépend de la très officielle DGLFLF, soit : la délégation générale à la langue française et aux langues de France. Aux langues de France, oui. La France reconnaît bien officiellement qu’il y a plusieurs langues dans le territoire. Et trouve même ça plutôt enrichissant. «A côté du français, écrit la DGLFLF, les langues de France sont notre bien commun, elles contribuent à la créativité de notre pays et à son rayonnement culturel. On entend par langues de France les langues régionales ou minoritaires parlées par des citoyens français sur le territoire de la République depuis assez longtemps pour faire partie du patrimoine culturel national, et ne sont langue officielle d’aucun Etat.» Par exemple le normand, le créole, l’auvergnat, le kumak, le tahitien, le franc-comtois, le basque, le corse ou le breton. A ces langues parlées en France «peuvent être ajoutées les langues non territorialisées comme l’arabe maghrébin, le romani ou le yiddish», précise Aude Wirth-Jaillard, philologue à l’université catholique de Louvain. «Une partie de ces langues font l’objet d’enseignements, dans le primaire, le secondaire et parfois même le supérieur.»

Des grammaires

En outre, si l’on s’en tient au français, il est lui-même divers. «Il y a beaucoup de variations à l’oral, entre la langue académique, la langue parlée, la langue des jeunes…», cite le sociolinguiste Médéric Gasquet-Cyrus. «A l’écrit, de même : on ajoute des smileys, du gras, de l’italique», en clair, on la métisse.

Quant à la grammaire, de même, il n’y en a pas qu’une seule. Celle que l’on apprend en classe accepte déjà «des variantes régionales: serpillière ou pièce, chocolatine ou pain au chocolat – et des orthographes concurrentes: clé ou clef», toutes «scolairement acceptées», précise Florence Bistagne. Mais il existe en outre «des grammaires spécifiques comme la grammaire des variantes régionales ou grammaire descriptive et grammaire prescriptive», détaille l’historienne de la langue.

Dire le contraire, selon les experts interrogés, relève du vieux «fantasme» centralisateur à la française. «On est ici encore dans l’héritage du XVIIsiècle, et de la construction de l’Etat autour de la langue», pose Médéric Gasquet-Cyrus.

La langue «se caractérise par des variations» 

Alors «il y a bien une langue française, note la philologue Aude Wirth-Jaillard. C’est elle qui fait que tous ses locuteurs se comprennent globalement. Mais elle se caractérise par des variations, notamment au niveau du lexique, qui font que, parfois, des explications sont nécessaires. Un des intérêts de la norme est justement d’éviter que ces différences ponctuelles ne s’amplifient et ne se multiplient, finissant par entraîner une incompréhension totale. Mais la langue est vivante, et elle ne se laisse pas toujours enfermer dans une norme.» Un brin provocateur, Médéric Gasquet-Cyrus se dit en tout cas prêt à «donner des cours au ministre» – de l’Education nationale, rappelons-le. «En deux semaines il ne dira plus de bêtises comme ça.» Le message est passé.

Guillaume Lecaplain

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Débranchons l’Académie Française...

2 Novembre 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Langue

Débranchons l’Académie Française...

Les académicien·ne·s n’ont de cesse de torpiller depuis plus de trente ans toute évolution égalitaire du français. Haro sur l’écriture inclusive est leur dernier et stérile combat.

Après un mois de polémiques sur «l’écriture inclusive», provoquées par quelques titres d’un manuel de CM2 - lequel n’aurait dû susciter que des débats techniques sur le protocole retenu par Hatier pour favoriser le langage inclusif - voilà donc que l’Académie française vient d’entrer dans la danse avec une nouvelle «déclaration». C’est la cinquième fois, si l’on ne considère que son histoire récente, qu’elle se prononce solennellement contre les propositions des partisan.e.s d’un langage non (ou plutôt moins) sexiste. Elle fait une nouvelle fois la preuve de sa flagornerie, de sa détermination à contrecarrer la marche vers l’égalité, et surtout de son incompétence. Ce qui paraît aujourd’hui l’aspect le moins connu d’une maison notoirement marquée à droite, d’où le général de Gaulle avait dû déloger Pétain, Maurras et quelques autres collabos (1).

L’entrée en campagne de la «Vieille Dame du Quai Conti» (100 % d’hommes durant trois cent quarante-cinq ans !) date de l’été 1984. Yvette Roudy ayant créé une commission de terminologie dédiée à la «féminisation des titres» (confiée à Benoîte Groult), la troupe sortit de sa torpeur comme un diable de sa boîte. Jusqu’alors, la création du Haut Comité pour la défense et l’expansion de la langue française (1966) et d’une kyrielle de commissions chargées de faire, dans les ministères, le travail qu’elle ne faisait pas, l’avaient seulement «agacée» (Jean Dutourd, France-Soir Magazine du 23 juin 1984). Les philippiques de cette période témoignent à la fois de l’ignorance de leurs rédacteurs en matière de langue et de leur rage face à un monde francophone déjà passé à l’action (le Québec, notamment).

La deuxième campagne date du retour de la gauche au pouvoir, en 1997, lorsque quelques ministres osèrent exiger qu’on s’adresse à elles au féminin. Lionel Jospin et Jacques Chirac les ayant suivies, trois hauts dignitaires de la maison se fendirent d’une «adresse au président de la République» intitulée «L’Académie veut laisser les ministres au masculin» (le Figaro, 9 janvier 1998). Une demande si fondée qu’elle se vit traiter de «lettre où la confusion, l’incompétence et la mauvaise foi rivalisent d’arrogance» par Josette Rey-Debove, l’une des maîtresses d’œuvre du Robert (le Monde du 14 janvier). S’en suivirent deux ans d’invectives, par presse interposée.

La troisième déclaration date de mars 2002, soit de l’époque où s’ouvraient les campagnes de la présidentielle et des législatives, qui furent l’occasion d’intenses débats sur la parité… et notamment sur la «parité linguistique», que nous appelons aujourd’hui le langage inclusif. Nul doute que la droite était allée tirer la compagnie par la manche pour qu’elle «dise son mot». Elle assène donc - déjà - qu’« il est inutile, pour désigner un groupe de personnes composé d’hommes et de femmes, de répéter le même substantif ou le même pronom au féminin, puis au masculin». Avant de s’en prendre aux termes nouveaux qu’elle voit fleurir, «tels que professeure, ingénieure, auteure, docteure, proviseure, procureure, rapporteure». Sans toutefois pousser le zèle jusqu’à expliquer que professeuse , autrice , doctoresse , proviseuse , rapporteuse existent depuis des siècles, et qu’ ingénieure est parfaitement recevable en français.

Cependant la caravane passe. D’où la grosse fatigue perceptible dans la «Mise au point» d’octobre 2014, suite à la pression de députés UMP l’appelant à voler au secours de Julien Aubert, sanctionné pour avoir tenu à donner du «Mme le président» à Sandrine Mazetier (2) .

La brève déclaration de cet automne renoue avec la violence des années 80 et 90 , avec le recours à la peur (la langue courrait un «péril mortel», les «promesses de la francophonie» seraient «anéanties»), mais aussi avec la surdité face aux besoins de la société française, qui travaille depuis de longues années déjà à défaire le sexisme de la langue que les  XIX e et XX e  siècles lui avaient léguée. Il faudrait qu’elle éclaire, qu’elle conseille, elle ne sait que jouer au père Fouettard. Elle ose se dire «sensible aux évolutions et aux innovations de la langue», alors qu’elle met cinquante ans à les reconnaître, après les avoir combattues. Et préoccupée de «la tâche des pédagogues», alors qu’elle leur a pourri la vie pendant ces vingt-cinq dernières années, en imposant que la dernière réforme de l’orthographe ne soit pas appliquée, et donc que les deux formes d’environ 5 000 mots coexistent ! La seule chose qui importe à l’Académie est de se présenter comme «gardienne de la norme», tâche que personne ne lui a jamais confiée, et qu’elle serait moins que quiconque capable d’exercer si la chose était utile.

A l’heure où l’Etat rogne sur des financements de première nécessité, il serait temps de laisser l’Académie voler de ses propres ailes (ses richesses sont colossales), vu qu’il n’aura jamais le courage de la mettre au travail et de lui imposer d’œuvrer pour l’égalité.

(1)L’Académie contre la langue française : le dossier «féminisation», par Eliane Viennot, Maria Candea, Yannick Chevalier, Sylvia Duverger et Anne-Marie Houdebine, éd. Ixe (2016). (2) Voir ma tribune dans Libération du 23 octobre 2014 : «"Mme le président" : l’Académie persiste et signe… mollement».

Eliane Viennot professeure de littérature et historienne. Autrice de "Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin !" (2014)

 

 
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A Lire... Maudits Mots. La fabrique des insultes racistes, Marie Treps...

20 Février 2017 , Rédigé par TV5 Monde Publié dans #Histoire, #Langue, #Racisme

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Avec Maudits mots, la linguiste et sémiologue Marie Treps publie une enquête originale : l'origine des insultes racistes. Peu de pays sont épargnés. Cette prose purulente, qui prospéra sur le fumier de l'Histoire, continue d'irriguer le discours des extrêmes. Un ouvrage salutaire.

D'emblée, Marie Treps avoue une crainte : " Je ne voudrais pas que mon ouvrage alimente la rigolade et qu'il devienne comme une bible".

Aucun risque.

Avec Maudit mots (Tohubohu éditions), la linguiste a mené l'enquête. Sérieusement. Avec sa curiosité en guise de lampe-torche, elle est partie explorer la forêt dangereuse des insultes racistes.

Elle nous éclaire sur les racines du mal, qu'elle exhume avec précaution pour mieux les porter à notre connaissance. "Je m'intéresse aux mots et à ce qu'il y a derrière. Les mots sont le miroir de notre société. Ils apparaissent dans un certain contexte" dit-elle.

Son champ exploratoire concerne les mots  outrageants et humiliants, les mots qui blessent, les mots qui tuent.

L'insulte xénophobe, publiée ou non, est un poison. Elle attaque le tissu sain de la démocratie jusqu'à la pourrir.

En cas d'intoxication majeure, dans les périodes de crise aiguë, en cas de guerre par exemple, elle peut même banaliser l'irréparable. On ne rafle pas des hommes mais des "youpins". On ne fait pas monter au  front des tirailleurs Sénégalais mais des "bamboulas".

L'être humain a disparu. On envoie à la mort sa caricature.

Pour le raciste, être différent, c'est être contraire.

Pendant la Première Guerre mondiale, la France coloniale utilisait des tirailleurs sénégalais, forcément "joviaux" et "disponibles" pour la grande boucherie.

La marque Banania s'empara  de leur image afin de promouvoir la marque d'un chocolat en poudre. Ce qui fit dire à Léopold Ségar Senghor, poète et chantre de la décolonisation :  "Je déchirerai les rires Banania sur tous les murs de France".

(...)

Frantz Vaillant

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Insultes adressées au Noirs, aux Arabes...

Voici donc quelques insultes et leurs origines dévoilées.

L'auteure a pris soin, pour chacun de ces mots, de l'illustrer avec des extraits d'ouvrage où l'on trouve les "mots maudits". Les exemples empruntés relèvent de textes signés parmi les écrivains les plus fameux de la langue française : Maupassant, Cendrars, Céline,  Pérec etc. Marie Treps compartimente ses chapitres avec un catalogue d'insultes adressées aux Allemands, aux Arabes, aux Asiatiques etc.

Nous ne donnons ci-dessous, en guise d'amuse-bouches,  que quelques précisions sommaires.

Bamboula

Terme culturel africain devenu appellation raciste à l'égard des personnes noires, des Africains en particulier. Ka-mombulon, kam-bumbulu, "tambour", emprunté aux langues sarar et bola, parlées en Guinée portugaise, est introduit par Michel Jajolet La Courbe, de la Compagnie du Sénégal, dans Premier voyage fait par le sieur La Courbe a la coste d'Afrique en 1685. (...) Entre 1914 et 1918, par l'intermédiaire de l'argot militaire des tirailleurs algériens, bamboula en vient à désigner une fête exubérante, notamment dans l'expression faire la bamboula. Il désigne dans un même temps un tirailleur sénégalais

Boucaque

Terme injurieux raciste, récemment apparu. Il est notamment utilisé dans le sud de la France à l'encontre de personnes dont la peau est sombre. Ce mot-valise, association de bougnoul, mot raciste appliqué aux Arabes, et de macaque, mot raciste appliqué aux Noirs, surgit à la fin des années 1990. (...) Toute référence raciale ou culturelle particulière étant gommée, boucaque est une sorte de terme générique, une injure raciste passe-partout.

Toubab

Le mot vient de loin. Son ancêtre, toubib, emprunté à l'arabe, est relevé au Maroc au cours d'un voyage exploratoire et glosé comme "médecin". (...) Toubab est employé en Afrique de l'Ouest, dans le sens noble originel ou alors, avec une nuance péjorative, dans celui d'homme blanc tout-puissant. (...) Dans les années 1990, quand la jeunesse française s'approprie toubab, en inventant au passage une forme en verlan, babtou, elle ne retient que le sens péjoratif du mot

Youpin, youpine

Désignations injurieuses et racistes appliquées aux personnes juives.

C'est dans le Tam Tam, revue créée en 1867 par le caricaturiste Alfred Le Petit, que youpin apparaît en 1878. ainsi vouée d'emblée à un usage dépréciatif, il a été créé par déformation de l'hébreu yëhûdî "Juif", selon certains, de youdi ou de youtre, selon d'autres. Et au moyen du suffixe argotique - pin, que l'on retrouve également dans Auverpin, désignation péjorative de l'Auvergnat.

Niakoué (e), Niaqué (e), Niaquoué (e)

Désignation péjorative et raciste appliquée aux Asiatiques, en particulier à ceux originaires de l'Asie de l'Est ou du Sud-Est. Le mot vietnamien nhà quê désigne la campagne et, avec une forte couleur péjorative, celui qui en vient : "paysan", "villageois", "péquenaud". Dans le contexte de la colonisation, le mot a d'abord été employé par les Français d'Indochine, pour se moquer des paysans vietnamiens, puis appliqué à l'ensemble des Indochinois.

L'article complet, où il est question aussi des insultes odieuses adressées à Christiane Taubira (on aurait pu ajouter toutes celles lues sur les réseaux dits "sociaux" ou affichées de manière plus ou moins subliminale par certaines UNES de magazine comme Valeurs Actuelles, à l'encontre de Najat Vallaud-Belkacem) est à lire en cliquant ci-dessous

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Le discours d'Emmanuel Macron? "Le nouvel iPhone. Il produit l’offre en fonction de la demande"...

24 Janvier 2017 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Politique, #Langue

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Parce qu'elle en avait marre des "petites phrases", la chercheuse Cécile Alduy a mouliné des millions de mots prononcés par les candidats à la présidentielle de 2017. Avec un objectif : comprendre "ce qu'ils disent vraiment". Edifiant.

EXTRAIT

(...)

Que pensez-vous de la langue d’Emmanuel Macron ?

Je suis d’abord frappé par le titre de son ouvrage "Révolution". C’est vraiment un mot qui peut être approprié par la droite, la gauche, le centre. C’est un mot faire-valoir qui parle aux électeurs qui expriment leur dégoût pour les partis et la classe politique. Emmanuel Macron a un très fort sens du marketing.

La deuxième chose, c’est qu’il présente une très grande cohérence idéologique : il est libéral économiquement, mais aussi culturellement. Le Front national est pour la fermeture dans tous les domaines. Les Républicains sont ouverts sur l’économie mais plutôt fermés du point de vue de l’immigration et des mœurs. Le Parti socialiste, c’est l’inverse. Macron se situe au centre, ouvert sur tout. C’est une force rhétorique car il présente un discours sans contradiction interne. Il est pour la liberté partout.

Enfin, il s’inscrit dans une démarche plutôt que dans un discours. Il est dans le performatif, il incarne, met en scène le changement. Il mène une sorte d’élaboration de produits, qu’il teste sur des sous-groupes, qu’il remet sur le métier, qu’il va ensuite présenter comme si c'était le nouvel iPhone. Il produit l’offre en fonction de la demande.

Les mots mèmes

Cela semble finir de façonner un rapport marketing à la politique… Quel est le danger le plus grave pour vous ?  

L’accélération du temps médiatique. Qu’est-ce qu’on peut dire en quelques secondes à part "la France est en guerre" ? Tout le monde se voit servir la même petite phrase, mais une petite phrase ne fait pas une pensée. Il y a donc un amoindrissement de l’espace pour penser les problèmes. Presque personne ne fait l’effort de proposer une lecture, de raconter la France d’aujourd’hui. Il n’y a, de toute façon, presque plus d’espace médiatique pour le faire.

(...)

Propos recueillis par Rémi Noyon

A retrouver entièrement ci-dessous

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Jack Lang : «La langue arabe doit être traitée comme l'anglais» + commentaire...

13 Décembre 2016 , Rédigé par Libération Publié dans #Education, #Langue

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A l'occasion de la fête  de la langue arabe à l'Institut du monde arabe, son président rappelle  son rayonnement dans le monde et en France, et préconise un test  d'évaluation équivalent au Toefl anglais.

EXTRAITS

Quel est l’objectif de cette semaine de la langue arabe ?

C’est la quatrième langue la plus parlée au monde, la sixième officielle des Nations Unies, la cinquième en France. Nous sommes dans un pays où la langue arabe devrait être reine. En créant le Collège de France en 1530, François Ier avait privilégié trois langues : le grec ancien, l’hébreu et l’arabe – les langues orientales en 1538. Les liens de la France avec le monde musulman sont très anciens : le même François Ier avait noué la première alliance entre un empire chrétien et un non chrétien avec Soliman le Magnifique, le souverain de l’Empire ottoman. Sans refaire toute l’histoire, il y a une sorte de tropisme français envers le monde arabe pour le meilleur et pour le pire. Le monde arabe fait partie de nous-mêmes. Et c’est une chance d’avoir été ensemencé par ses cultures. Il faut le revendiquer avec fierté.

(...)

Comment expliquez-vous que l’arabe soit trop peu enseigné en France ?

Entre 2000 et 2002, quand j’étais ministre de l’Education nationale, je me suis bagarré pour l’enseignement des langues vivantes dès le CP, et en particulier de l’arabe. On a alors augmenté de 43 % le nombre de postes certifiés en arabe en deux ans. Le mouvement s’est ensuite ralenti. Depuis deux ou trois années, on sent toutefois un réveil. Najat Vallaud-Belkacem s’est engagée plus clairement que ses prédécesseurs sur ce sujet. Longtemps, l’Education nationale s’est reposée sur les Elco [Enseignements des langues et des cultures d’origine], sur l’apport des ambassades et des pays étrangers. Mais le système paraissait inégal et incertain, avec un manque de moyens et parfois de qualité, cet enseignement n’étant pas toujours dénué d’arrière-pensée politique. Najat Vallaud-Belkacem a annoncé la fin des Elco au plus tard en 2018 et la mise en œuvre des Eile [Enseignements internationaux de langues étrangères]. Elle a affirmé privilégier une généralisation : depuis la rentrée 2016, à partir de la 5e, les élèves ont une deuxième langue vivante. J’avais rêvé plus ambitieux. Ainsi je n’ai pas compris la mise en cause des classes bilangues, des sections européennes créées et des classes orientales. Si globalement j’approuve ce que fait l’actuelle ministre de l’Education nationale, ma seule réserve porte sur les langues. Ce n’est pas en supprimant des classes d’exception ou d’excellence qu’on assure automatiquement une généralisation des langues. Quand on veut vivre longtemps, il faut toujours viser haut.*

(...)

Frédérique Roussel

Fête de la langue arabe, Centre de langue et de civilisation arabes. IMA, 1, rue des Fossés Saint-Bernard, Paris Ve. Rens. : 01 40 51 38 38. Jusqu’au 18 décembre.

                                      _______________________________

* "Quand on veut vivre longtemps, il faut toujours viser haut."

Absolument exact à condition de ne pas se pincer le nez quand la Ministre veut généraliser cette "haute visée", non plus seulement pour quelques-uns (ceux-là continuant d'exceller et nous les en félicitons!) mais pour tous.

A moins que ce "tous" provoque une gêne...

Ce que je ne peux croire.

Christophe Chartreux

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