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Vivement l'Ecole!

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Marine Le Pen: laïcité et neutralité!... Par Claude Lelièvre...

6 Février 2017 , Rédigé par Claude Lelièvre - Mediapart Publié dans #Education, #Laïcité

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La candidate du Front national ne manque pas d'air : elle vient d'associer tout de go « laïcité » et « neutralité » en se référant à Jean Zay, ministre de l'Education nationale du Front populaire assassiné par la Milice sous le régime de Vichy.

L'article 102 de son programme présidentiel ne fait pas dans le « détail » (comme dirait sonpère) : « Faire de l'école ''l'asile inviolable où les querelles des hommes n'entrent pas'' (Jean Zay), donc en y imposant non seulement la laïcité, mais également la neutralité et la sécurité ».

Le mot « neutralité » que Marine Le Pen tente subrepticement d'associer à « laïcité » ne figure d'aucune façon dans les deux circulaires de Jean Zay (où il s'agit uniquement de s'en prendre aux « prosélytismes » des « partis » ou des « confessions »).

Première circulaire Jean Zay du 31 décembre 1936 : « Un certain nombre d'incidents m'obligent à revenir sur ce sujet […]. Ici le tract politique se mêle aux fournitures scolaires. L'intérieur d'un buvard d'apparence inoffensive étale le programme d'un parti. Ailleurs des recruteurs politiques en viennent à convoquer dans une ''permanence'' un grand nombre d'enfants de toute origine scolaire pour leur remettre des tracts […]. On devra poursuivre énergiquement la répression de toute tentative politique s'adressant aux élèves, qu'il s'agisse d'enrôlements directs ou de sollicitations aux abords des locaux scolaires […]. Les écoles doivent rester l'asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas ».

Deuxième circulaire Jean Zay du 15 mai 1937 : « Il va de soi que les mêmes prescriptions s'appliquent aux propagandes confessionnelles. L'enseignement public est laïque ; aucune forme de prosélytisme ne saurait être admis dans les établissements »

Ce sont les adversaires historiques de l'Ecole laïque et républicaine qui ont invoqué la « neutralité », pour tenter d'ébranler la République et son Ecole. Et on ne saurait être étonné que Marine Le Pen leur emboîte le pas.

Deux exemples historiques, et deux textes de référence de Jules Ferry et Jean Jaurés (que j'ai déjà cités sur Médiapart le 19 décembre dernier ; mais ils sont plus que jamais d'actualité).

Dans le contexte d'une « mise à l'index » (par les évêques de France) de manuels d'instruction civique ou de manuels d'histoire écrits par des auteurs résolument républicains, Jules Ferry met d'abord en garde les instituteurs : « Ne souffrez pas qu’on fasse jamais de vous des agents politiques ![…]. La politique contre laquelle je tiens à vous mettre en garde, est la politique militante et quotidienne, la politique de parti, de personnes, de coterie ! Avec cette politique-là, n’ayez rien de commun ! ».

Mais Jules Ferry plaide ensuite explicitement pour l’engagement politique des instituteurs et des institutrices en faveur de la République et de la Révolution française dans l’enceinte scolaire elle-même. Et il s’agit bien d’une prise de parti politique, reconnue et revendiquée comme telle : « Nous nous entendons bien, nous ne rééditons pas ici la formule qui fut célèbre durant les années de l’établissement si difficile, si contesté de la République, cette formule du fonctionnaire qui disait : ‘’ Je ne fais pas de politique !’’. Je ne dirai pas, et vous ne me laisseriez pas dire qu’il ne doit pas y avoir dans l’enseignement primaire, dans votre enseignement, aucun esprit, aucune tendance politique. Pour deux raisons : d’abord, n’êtes-vous pas chargés, d’après les nouveaux programmes, de l’enseignement civique ? C’est une première raison. Il y en a une seconde, et plus haute, c’est que vous êtes tous les fils de 1789 ! Vous avez été affranchis comme citoyens par la Révolution française, vous allez être émancipés comme instituteurs par la République de 1880 : comment n’aimeriez-vous pas et ne feriez-vous pas aimer dans votre enseignement et la Révolution et la République ? » (Discours de Jules Ferry au congrès pédagogique des instituteurs du 19 avril 1881).

Les enseignants du primaire doivent non seulement expliquer la Révolution française et la République, mais les faire « aimer ». Et cela à un moment où la République est condamnée par l’Eglise ; à un moment où seule une courte majorité de Français vient d’être favorable au régime républicain…In fine, et sans l’ombre d’une hésitation, les instituteurs et institutrices sont instamment sommés d’intervenir, de prendre parti, à l’Ecole même, sur les enjeux politiques majeurs de l’époque, pourtant objets de furieuses controverses. Vous avez dit « laïcité et neutralité » ?!

Deuxième exemple historique (parmi d'autres possibles). En septembre 1908, les cardinaux et archevêques de France publient une déclaration solennelle : « vous surveillerez l'école publique pour la maintenir dans l'observation de ce que, à défaut d'une expression meilleure, nous appellerons neutralité ».

En septembre 1909, les cardinaux, archevêques et évêques de France détaillent la marche à suivre: «Tout ce qui est mis entre les mains et sous les yeux de vos enfants  : livres, cahiers, images, tout doit être contrôlé par vous […]. Nous interdisons l'usage de certains livres dans les écoles, et nous défendons à tous les fidèles de les laisser entre les mains de leurs enfants, quelle que soit l'autorité qui prétend les leur imposer ». Suit une liste d'une quinzaine de manuels d'histoire ou d'instruction civique condamnés.

Jean Jaurès s'exprime très clairement au cours de cette période d'affrontement, dès octobre 1908, dans la « Revue de l'enseignement primaire et primaire supérieur »,

« La plus perfide manœuvre des ennemis de l'école laïque c'est de la rappeler à ce qu'ils appellent la ''neutralité'', et de la condamner par là à n'avoir ni doctrine, ni pensée, ni efficacité intellectuelle et morale. En fait, il n'y a que le néant qui soit neutre […]. Rien n'est plus facile que cette sorte de neutralité morte. Il suffit de parcourir la surface des choses et des événements sans essayer de rattacher les faits à des idées, d'en pénétrer le sens, d'en marquer la place […]

Le difficile, au contraire, pour le maître, c'est de sortir de cette neutralité inerte sans manquer à la justice. Le difficile – par exemple – c'est de glorifier la tolérance sans être injuste avec les hommes qui longtemps ont considéré la persécution comme un devoir dans l'intérêt même des âmes à sauver […]. Mais qui ne voit que cet enseignement, où l'équité est faite non d'une sorte d'indifférence, mais de la plus large compréhension, suppose chez le maître une haute et sérieuse culture ?[…]. Cependant le sentiment même de cette difficulté sera pour l'enseignant un stimulant admirable à l'étude, au travail, au progrès incessant de l'esprit. La neutralité, au contraire, serait comme une prime à la paresse de l'intelligence, un oreiller commode pour le sommeil de l'esprit ».

Claude Lelièvre

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Laïcité: « L’école est la pierre angulaire de notre République »... Najat Vallaud-Belkacem...

11 Janvier 2017 , Rédigé par Paris Normandie Publié dans #Politique, #Laïcité

Laïcité: « L’école est la pierre angulaire de notre République »... Najat Vallaud-Belkacem...
La ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, revient sur les moyens mis en œuvre pour promouvoir la laïcité à l’école.
Il y a un an vous vous félicitiez de voir que le travail sur la laïcité avait beaucoup avancé mais qu’il restait du travail. Quel est votre bilan aujourd’hui ?
 
Najat Vallaud-Belkacem : « Dans les établissements, dans les salles de classe, nous continuons de progresser sur tous les chantiers qui ont été lancés après les attentats de janvier 2015 : la charte de la laïcité est affichée dans tous les établissements, elle est expliquée aux parents d’élèves qui sont invités à la signer. Nous avons diffusé un livret destiné aux chefs d’établissement, aux directeurs d’école mais aussi aux équipes éducatives. Le 9 décembre, date anniversaire de la loi de séparation des Églises et de l’État, est désormais à l’école une journée de mobilisation sur la laïcité. L’enseignement moral et civique est effectif depuis la rentrée scolaire 2015 dans toute la scolarité obligatoire, évalué au brevet, et même enseigné dans tous les lycées. C’est un vrai projet pédagogique complet qui prend en compte, avec les nouveaux programmes de français et d’histoire, l’enseignement laïque des faits religieux. Cet enseignement est renforcé dans les nouveaux programmes, qui incluent pour la première fois une éducation aux médias et à l’information. Par ailleurs, les enseignants continuent d’être formés dans les ESPE [École supérieure du professorat et de l’éducation, Ndlr] avec la laïcité intégrée au tronc commun de formation. »
 
Quels sont les moyens mis en place pour continuer le travail ?
 
« Nous avons mis en œuvre un plan de formation de plus de 300 000 enseignants, formés par 1 200 formateurs mobilisés au printemps dernier. C’est un effort sans précédent qui est complété par la création et la diffusion d’outils pédagogiques accessibles à distance, avec un portail de ressources sur Canopé, des Mooc et des formations Magistère. Nous avons créé un réseau de référents académiques sur la laïcité qui nous permet de coordonner l’ensemble de ces moyens. Je veux également rappeler que rien de tout cela n’aurait été possible sans les efforts budgétaires considérables qui ont été consentis pour l’éducation au cours de ce quinquennat, notamment avec la création de 60 000 postes et le retour de la formation des enseignants. »
 
La question de la laïcité est souvent synonyme de débat passionné, voire de récupération politique. Comment dépassionner le débat ?
 
« C’est vrai pour laïcité, c’est vrai plus généralement sur le rôle de l’école de la République qui devrait être à l’abri des polémiques politiques. L’école a pour mission de transmettre des connaissances, des compétences, des valeurs. Elle construit l’émancipation de chacun, elle forge des citoyens à partir du socle de valeurs et de principes communs. Que certains instrumentalisent la laïcité dans le but de diviser les Français, en expliquant que certaines religions lui seraient plus ‘compatibles’ que d’autres est inacceptable. La laïcité est justement ce principe qui garantit et protège la cohésion nationale, l’appartenance commune de tous les citoyens à une Nation définie par des valeurs autant que par une géographie et une histoire. Pour dépassionner, il faut redonner tout leur rôle aux historiens, aux chercheurs et aux scientifiques indépendants du pouvoir politique. »
 
Ces actions autour de la laïcité viennent s’ajouter au travail habituel des professeurs et certains syndicats regrettent le manque de temps pour y travailler vraiment. Que pouvez-vous leur répondre ?
 
« L’École est la pierre angulaire de notre République et les enseignants sont en première ligne : nous devons chacun avoir conscience du travail considérable qu’ils mènent au quotidien et je veux ici, à nouveau, les en remercier. Les réformes indispensables que nous avons menées les ont beaucoup sollicités, je le sais. C’est pourquoi j’ai fait du soutien et de l’accompagnement aux équipes éducatives une priorité. Aucun enseignant ne doit rester démuni, aucune équipe éducative ne doit se sentir isolée : c’est une demande de leur part. C’est pourquoi un réseau de référents académiques laïcité a été mis en place. Les attentats ont accentué l’urgence d’agir, chacun en a parfaitement conscience, et tout le monde assume ses responsabilités avec beaucoup de courage, de professionnalisme et d’abnégation. À ces enseignants, nous avons apporté une considération nouvelle, y compris en termes de rémunération. »
 
Propos recueillis
par Anthony Quindroit
 
Article complet à retrouver en cliquant ci-dessous
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Quand les politiques instrumentalisent jusqu'aux crèches de la Nativité...

25 Décembre 2016 , Rédigé par Liberation - Sophie Mazas Publié dans #Politique, #Laïcité

famillechretienne.fr

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L’installation d’une crèche dans l'Hôtel de ville de Paray-le-Monial (Saône-et-Loire) démontre une réelle volonté politique de créer une brèche dans le principe de laïcité.

A ce point de l’hiver ou nous avons plaisir à nous retrouver pour les fêtes de Noël, pourquoi la Ligue des droits de l’homme - mais aussi les associations comme La Libre pensée ou d’étudiants en droit - vient dénicher les crèches installées au creux des Hôtels de ville ou de région ?

Prenons l’exemple de la commune Paray-le-Monial, dont le juge administratif a ordonné vendredi 23 décembre le retrait de la crèche de nativité installée dans l’Hôtel de ville. Il s’agit d’une toute petite crèche, en feutrine, fabriquée par une association d’insertion pour handicapés regroupant chrétiens et musulmans de Bethléem. Pour le maire de cette ville, il s’agit de nos racines chrétiennes qu’il faut respecter, y compris dans nos institutions.

Or, nos racines c’est aussi l’édit de Nantes, la Révolution française, la philosophie des Lumières, le Front populaire. Et notre spécificité, c’est cette solution aux conflits de religions trouvée par notre Parlement par le principe de laïcité et la neutralité de l’Etat et des services publics. La loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat. Liberté de culte de chacun, limitation dans l’intérêt général et Etat indépendant des religions qui ne reconnaît aucun culte, ne privilégie aucun culte par rapport à un autre. L’article 28 de la loi de 1905 prohibe les signes religieux dans les bâtiments publics à l’exception des monuments aux morts, cimetières, musées, etc.

Comme l’indique le titre de la loi, les choses des Eglises sont gérées par les Eglises - y compris les crèches - et sont séparées des choses de l’Etat : acte d’état civil, inscription à l’école, bureau de vote. Nous n’allons pas en mairie pour célébrer la naissance de Jésus, Hanoukka ou la fête de l’Aïd, mais bien pour y attendre un service public étatique… Nous n’attendons pas du maire qu’il soit l’arbitre des religions mais qu’il soit le premier magistrat de la commune.

Alors plusieurs responsables politiques tentent de rentrer dans une des exceptions de l’article 28 de la loi de 1905 : les expositions. Le Conseil d’Etat a limité cette exception (arrêts d’assemblée du 9 novembre 2016) aux villes ou existe une tradition ancienne, dans le cadre de festivités culturelles ne faisant pas de prosélytisme, pour les crèches profanes, telles les crèches provençales qui reconstituent le village d’autrefois, avec le meunier ou la place du village. Le Conseil d’Etat s’est placé dans la ligne de ses arrêts admettant les ostentations, processions catholiques multiséculaires faisant partie du patrimoine vivant de certaines communes.

Cette décision du Conseil d’Etat fait sienne la pensée d’Aristide Briand, rapporteur de la loi de 1905, «toutes les fois que l’intérêt de l’ordre public ne pourra être légitimement invoqué, dans le silence des textes ou dans le doute sur leur exacte appréciation, c’est la solution libérale qui sera la plus conforme à la pensée du législateur». Deux critiques demeurent cependant.

Tout d’abord, en 1905, les expositions avaient lieu dans des endroits dédiés – pas question d'organiser une Exposition universelle dans un Hôtel de ville. En ce sens, l’article 28 de la loi de 1905 réglemente l’usage de bâtiments publics et donne comme dérogations certains bâtiments publics. Il s’agit en droit de régir des biens matériels immeubles. Il serait donc surprenant qu’il puisse être dérogé à cette réglementation de biens matériels immeubles par un élément du droit immatériel que constitue une exposition. Mais le Conseil d’Etat n’a pas été saisi de cette argumentation qu’il lui conviendra de juger lors des prochains conflits qu’il aura à trancher.

Car, et c’est la deuxième critique qui peut être portée à la solution dégagée par le Conseil d’Etat, proche de celle de sa décision rendue en 1989 sur le port du voile à l’école qui privilégiait la solution libérale d’Aristide Briand et renvoyait à l’analyse au cas par cas de cas de prosélytisme. Le Conseil d’Etat va laisser se débattre les usagers du service public et les maires dans des cas d’espèce inextricables. Quid de la crèche de nativité agrémentée d’un meunier, d’une place de village ?

Il ne faut pas se leurrer, les hommes politiques qui se drapent dans les traditions locales la dévoient souvent. Ainsi à Béziers, cœur du Midi rouge - qui l'illustre par la création des caves coopératives dès 1906, une mutualisation d’un outil de production au bénéfice des vignerons - il n’existe aucune tradition de crèche dans les bâtiments publics. La première a été installée il y a trois ans par Robert Ménard. Il en va de même à Beaucaire, qui n’a aucune tradition de crèche et qui, comble de la provocation, installe une crèche provençale dans le village et une crèche de Nativité dans l’Hôtel de ville ! Une pensée politique prévaut, celle de l’extrême droite qui porte aussi, de façon plus feutrée qui tente de se faire oublier, celle de la famille «traditionnelle», régie dans un statut avec l’homme dans l’espace public, la femme dans l’espace privé. Ainsi à Paray-le-Monial, la mairie soutient des stages d’été de «revirilisation» et aussi des sessions pour lutter contre son attirance homosexuelle.

L’installation d’une crèche de Nativité dans un Hôtel de ville, cœur des services publics, alors qu’elle pourrait être disposée dans de nombreux autres lieux de la ville, démontre une réelle volonté politique qui vise à mettre en péril cet équilibre unique, même s’il est imparfait, même s’il est difficile à faire vivre, que nous permet le principe de laïcité. Il faut le rappeler, la laïcité c’est avant tout la liberté pour chacun de vivre sa foi, sa religion ou sa philosophie de vie, son agnosticisme ou son athéisme, en étant garanti de la neutralité de l’Etat.

C’est la possibilité de savoir que l’accès aux institutions de l’Etat nous est garanti de la même façon, quelle que soit la croyance ou l’absence de croyance de l’administré et du représentant des pouvoirs publics. C’est un principe de paix sociale qui permet à chacun, le cœur serein, de savoir que sans crainte d’une quelconque discrimination, il peut s’adresser à l’administration. La République peut être aimée de tous et accueille tout le monde, sans acception de personnes.

Sophie MAZAS Présidente de la fédération de l’Hérault de la Ligue des droits de l’homme

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"Faut-il avoir peur du mot Noël"?

23 Décembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Laïcité, #Noël

"Faut-il avoir peur du mot Noël"?

Sur Itélé, dans l'émission "L'Heure des pros", animée par Pascal Praud, un débat est organisé ce 23 décembre à partir du désormais célèbre Tweet signé Najat Vallaud-Belkacem souhaitant de "joyeuses fêtes" aux élèves et enseignants. "Joyeuses fêtes" seulement...

Ce qui semble avoir profondément interpellé la rédaction d'Itélé (et de quelques autres).

La question du jour était: "Faut-il avoir peur du mot Noël?"

Question comportant une série d'accusations sous-entendues (et entendues):

1- Najat Vallaud-Belkacem a peur de prononcer/d'écrire ce mot;
2- si elle en a peur, c'est "évidemment qu'elle le connote religieusement;
3- elle est enfermée dans une laïcité du rejet. Les invités d' Itélé n'ont pas lu ni entendu tout ce que la Ministre a pu  dire et écrire sur sa vision de la laïcité qui est tout sauf celle du rejet et du  repli. Ce qui, au passage, lui fut reproché aussi;
4- enfin, qu'à force  d'adopter des attitudes d'effacement des religions dans l'espace public,  on (dont la Ministre) attise des attitudes extrêmes chez les croyants.

Exemple  pris par les intervenants:

les USA (??!!) qui ont élu Trump par le refus  d'Obama d'adhérer aux valeurs profondes des Etats-Unis. Ce qui arrive en  France, d'après les intervenants, avec l'émergence de mouvements  intégristes catholiques (Manif pour tous; etc). Donc si par malheur le très catholique Fillon  l'emporte en 2017, ce sera "évidemment" de la faute, de la très grande faute d'une femme qui ne peut "évidemment" pas comprendre toute la subtilité d'une fête dont elle est si éloignée.

Il  y avait donc dans cette émission (qui repasse en boucle à plusieurs reprises  toute la matinée) un sous-texte prétendant affirmer:

- que Noël  n'avait rien de sacré dans la conscience des français;

- que Noël n'était pas si connoté religieusement que ça puisqu'il s'agit d'une célébration  païenne (ce qui est vrai A L'ORIGINE/Plus du tout maintenant!);

- que la Ministre est l'incarnation d'une laïcité excessive, excluante/exclusive et co-responsable de la montée des intégrismes.

Tout cela, au-delà d'être factuellement et sociologiquement faux, est ridicule!

Le  plus amusant, si je puis dire, étant que pour démontrer l'aspect "pas  si religieux que ça de la fête de Noël", l'invité principal en plateau  était un... prêtre.

Christophe Chartreux

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9 décembre... Journée de la laïcité...

8 Décembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Laicite

ac-reims.fr

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Quelle est la raison d'être de l'enseignement laïque ?

Extrait de L'Enseignement du peuple, Chapitre XIV, 1849.

"On répète incessamment que la société laïque n'a aucun principe, et par conséquent rien à enseigner. Il faut du moins reconnaître qu'elle peut mieux qu'aucune autre s'enseigner elle-même, et voilà précisément de quoi il est question dans l'enseignement laïque. Pour moi, j'ai toujours prétendu qu'elle possède un principe que, seule, elle est en état de professer et c'est sur ce principe qu'est fondé son droit absolu d'enseignement en matière civile. Ce qui fait le fond de cette société, ce qui la rend possible, ce qui l'empêche de se décomposer est précisément un point qui ne peut être enseigné avec la même autorité par aucun des cultes officiels. Cette société vit sur le principe de l'amour des citoyens les uns pour les autres, indépendamment de leur croyance. Or, dites-moi qui professera, non pas seulement en paroles, mais en action cette doctrine, qui est le pain de vie du monde moderne ? Qui enseignera au catholique la fraternité avec le juif ? Est-ce celui qui, par sa croyance même, est obligé de maudire la croyance juive ? Qui enseignera à Luther l'amour du papiste ? Est-ce Luther ? Qui enseignera au papiste l'amour de Luther ? Est-ce le pape ? Il faut pourtant que ces trois ou quatre mondes, dont la foi est de s'exécrer mutuellement, soient réunis dans une même amitié. Qui fera ce miracle ? Qui réunira trois ennemis acharnés, irréconciliables ? Evidemment un principe supérieur et plus universel. Ce principe, qui n'est celui d'aucune église, voilà la pierre de fondation de l'enseignement laïque."

Edgar Quinet

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La laïcisation du personnel de l'enseignement public... Par Claude Lelièvre...

2 Novembre 2016 , Rédigé par Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Laïcité

La laïcisation du personnel de l'enseignement public... Par Claude Lelièvre...

La loi du 30 octobre 1886 parachève l'oeuvre de laïcisation de Jules Ferry en substituant – mais très progressivement- un personnel laïque aux congréganistes présents dans les écoles communales. La « laïcisation » : un long fleuve (tranquille?)

Depuis la loi Guizot de juin 1833, les écoles primaires se distribuaient en quatre groupes d'inégale importance : «publiques laïques» (c'est à dire encadrées par des ''laïcs'', des ''non religieux'') ; «publiques congréganistes» ; «privées congréganistes» ; «privées laïques».

Les écoles privées et publiques sont alors distinguées uniquement par la nature de leur financement :« Les écoles publiques sont celles qu'entretiennent, en tout ou partie, les communes, les départements, ou l'Etat »  (article 8 de la loi Guizot. Une école qui reçoit - même un peu – un financement public est ipso facto considérée comme ''publique'').

Pour le ministre de l'Instruction publique René Goblet (qui est l'auteur de la loi du 30 octobre 1886), « l'enseignement primaire étant devenu de toutes les manières, au point de vue matériel comme au point de vue moral, un service public analogue à tous les autres, il est incontestable que l'Etat a le droit de mettre dans les écoles des maîtres formés par lui […]. La laïcisation du personnel est le seul moyen d'établir dans l'école la neutralité confessionnelle qui a été le le but de la loi de 1882 » (Sénat, 8 février 1886).

Deux jours plus tôt, lors de la présentation de la loi au Sénat, René Goblet avait précisé la raison de cette laïcisation du personnel de l'enseignement primaire public : « Il y a une nécessité d'ordre moral parce que je ne comprends pas qu'on laisse le soin d'enseigner et d'apprendre les libertés civiles et politiques à des hommes qui n'ont ni la liberté de l'âme, ni la liberté de conscience, ni la liberté de pensée » (à savoir les congréganistes).

La loi du 30 octobre 1886 institue que les maîtres congréganistes doivent être remplacés dans un délai de cinq ans maximum par des instituteurs laïques, les institutrices congréganistes au fur et à mesure que leurs postes deviennent vacants.

Si la mesure visant les maîtres congréganistes est plus expéditive que celle ayant trait aux institutrices, c'est qu'elle est plus facile à prendre car ceux-ci sont déjà très minoritaires dans l'enseignement primaire public masculin. En 1886, au moment du vote de la loi, sur cent élèves garçons du primaire, 82 se trouvent dans le public laïque, 6 dans le public congréganiste, 10 dans le privé congréganiste et 2 dans le privé laïque.

En revanche, sur cent élèves filles du primaire, 49 seulement sont dans le public laïque, 23 dans le public congréganiste, 24 dans le privé congréganiste et 4 dans le privé laïque.

Alors que sur 100 garçons dans le primaire public, il n'y a que 7 d'entre eux encadrés par des congréganistes, sur 100 filles dans le primaire public il y a 32 d'entre elles éduquées par des congréganistes. La mise en place de la laïcisation du personnel de l'enseignement primaire public sera donc plus longue et plus délicate pour ce qui concerne les filles. Mais c'est là aussi que se situe l'enjeu essentiel. Rien n'est jamais simple … La modification des réalités ne relève pas de la magie à effets immédiats !

En 1902, à la veille des mesures d'Emile Combes interdisant aux congrégations d'enseigner, 13% des filles de l'enseignement primaire public seront encore encadrées par des institutrices congréganistes (et 58% des filles seulement sont alors scolarisées dans le public laïque contre 83% des garçons).

Il convient de le rappeler (et de se le rappeler en ces temps troublés voire troubles), la ''laïcité'' (ou plutôt la ''laïcisation''), n'est pas un état mais un processus : un long fleuve (pas si tranquille que cela d'ailleurs...)

1889. Une date importante dans le long processus de la laïcisation des enseignants du primaire public : les instituteurs et institutrices deviennent fonctionnaires. Mais Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate à la primaire de droite, préconise de supprimer le statut de fonctionnaire « dans un grand nombre de missions pour lequel il n'est pas nécessaire », en donnant l'exemple des enseignants : « on n'est pas obligé d'être fonctionnaire pour être enseignant »...

Claude Lelièvre

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