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Vivement l'Ecole!

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Une accompagnatrice scolaire prise à partie par des élus RN...

12 Octobre 2019 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Laïcité

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EXTRAITS

Au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, un responsable du RN agresse une femme voilée

Une accompagnatrice scolaire a été prise à partie par des élus du parti d’extrême droite lors d’une assemblée plénière vendredi. La présidente socialiste de la région n’exclut pas de porter plainte.

Elle s’est installée, toute en discrétion, dans la tribune du public. A son côté était assis son fils, élève de CM2 comme la quinzaine de gamins qu’elle accompagnait avec d’autres parents et des enseignants.

Ce vendredi 11 octobre, en fin d’après-midi, au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté réuni en assemblée plénière à Dijon, ces enfants, tous scolarisés dans une école primaire de Belfort, étaient venus voir le fonctionnement d’une institution démocratique dans le cadre d’une opération civique organisée par une maison de quartier de leur centre-ville, « Ma République et moi ». Ils avaient déjà visité diverses institutions, localement ou à Paris, où ils avaient découvert l’Assemblée nationale. C’était leur dernière étape.

Quand Julien Odoul, président du groupe Rassemblement national (RN) et porte-parole de son parti, a demandé à la présidente (PS) Marie-Guite Dufay, « au nom de nos principes laïcs », d’enjoindre à la jeune femme « de bien vouloir retirer son voile islamique », personne n’a d’abord compris de quoi il parlait. Le temps de chercher des yeux l’objet de son ire soudaine, de réaliser la présence de la mère de famille, puis passé le moment de sidération, les autres élus ont réagi.

(…)

Au fil de cette séance houleuse, le RN avait déjà accusé la fédération de parents FCPE « de complaisance envers l’islamisme, accusant également les services de la région d’être gangrenés par l’islamisme radical », a relevé Mme Dufay. Avant d’ajouter, se référant à un Tweet de M. Odoul, que lui et les siens avaient aussi « fait part de leur dégoût au sujet d’une exposition contre le racisme, au sein du conseil régional, qui mettait à l’honneur Martin Luther King ».

Jean-Pierre Tenoux

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« Je veux réaffirmer un principe et une orientation. Le principe c’est que dès lors que les mamans (les parents) ne sont pas soumises à la neutralité religieuse, comme l’indique le Conseil d’État, l’acceptation de leur présence aux sorties scolaires doit être la règle et le refus l’exception. L’orientation, c’est celle de l’implication des familles dans la scolarité de leur enfant et la vie de l’école. Au moment où je veux absolument renouer le lien de confiance, qui s’est distendu, entre les parents et l’école, au moment où nous voulons multiplier les initiatives de terrain en ce sens, tout doit être mis en œuvre pour éviter les tensions. Cela suppose d’éviter les provocations et de faire preuve de discernement. Je fais confiance aux acteurs de terrain et je serai attentive à ce que cette logique d’apaisement et d’implication collective pour la réussite des enfants soit partout mise en œuvre. »

Najat Vallaud-Belkacem - Ministre de l'Education Nationale - 20 octobre 2014/Audition devant l'Observatoire de la laïcité

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Blanquer joue (encore) les apprentis sorciers avec la laïcité...

25 Septembre 2019 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Laïcité

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EXTRAITS

Jean-Michel Blanquer est un ministre de l’éducation nationale très investi dans sa fonction. Il trouve même le temps de s’occuper des affiches pour les élections des représentants des parents d’élèves qui auront lieu les 11 et 12 octobre prochains. L’une des affiches du kit distribué aux différentes fédérations par la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) lui déplaît grandement. Son tort ? Mettre en scène une mère qui porte le voile et s’exclame avec un large sourire : « Oui, je vais en sortie scolaire, et alors ? », avec un sous-titre inscrit plus bas : « La laïcité, c’est accueillir à l’école tous les parents sans exception. »

Interrogé sur cette campagne par RMC-BFM TV le 24 septembre, le ministre de l'éducation nationale Jean-Michel Blanquer l’a qualifiée de « regrettable » et même « d'erreur ». Accusant la FCPE de « flatter le communautarisme » pour des raisons électoralistes, Jean-Michel Blanquer a considéré que la fédération piétinait son héritage : « Il faut avoir le sens de l'Histoire, cette fédération de parents d'élèves a été fondée sur la laïcité et les valeurs de la République donc c'est extrêmement paradoxal, je pense que c'est une erreur de leur part, j'espère qu'ils vont la corriger », a-t-il estimé. Comme si la fédération de parents d’élèves allait à l’encontre de l’une et des autres.

(…)

Une polémique récurrente

Cette séquence où un enseignant respectable se vautre dans l’islamophobie la plus crue sous couvert d’humour aurait dû rester dans l’entre-soi et la boue des réseaux sociaux. Elle n’aurait même aucun intérêt si Laurent Bouvet n’était pas par ailleurs membre du Conseil des sages de la laïcité de Jean-Michel Blanquer.

La principale fédération de parents d’élèves a décidé de ne rien laisser passer. Elle a organisé en catastrophe une conférence de presse ce jour. Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE, s’est agacé : « Soit notre affiche est illégale, et il faut l’interdire, soit elle est légale et le ministre n’a pas à se prononcer dessus. » Pour lui, le ministre a ainsi fait passer des consignes de vote contre la fédération, ce qui n’est pas acceptable à ses yeux. Il a aussi annoncé que la fédération allait porter plainte contre Laurent Bouvet pour « incitation à la haine religieuse ».

Rodrigo Arenas a longuement plaidé en faveur d’une « école incluante (sic) ». « Ces mamans sont parents d’élèves. Elles sont sympas quand elles ramènent les gâteaux du ramadan à l’école, mais elles ne peuvent pas accompagner les enfants en sortie scolaire ! », déplore-t-il.

« Certains enfants ne pourraient pas aller au musée si des mères portant le voile n’accompagnaient pas les sorties » dans des zones à la mixité sociale absente par exemple. Pour Rodrigo Arenas, cette exclusion se fait au nom d’une « déformation, une vision parcellaire de la laïcité ».

Les propos du ministre font craindre à Rodrigo Arenas « que l’idée sortie par la porte [ne] revienne par la fenêtre ». Il fait allusion à la loi dite pour une école de la confiance portée par Jean-Michel Blanquer. En mai, un amendement LR, adopté au Sénat puis retoqué en commission mixte paritaire, préconisait une interdiction de l’accompagnement des sorties scolaires par les mères voilées. 

Alors même qu’Emmanuel Macron ne diverge pas de sa ligne sur la laïcité, à savoir s’en tenir à la loi de 1905. Le président de la République a toujours rappelé ne pas vouloir interdire aux mères voilées d’accompagner leurs enfants en sortie scolaire.

Ce sujet, mineur au regard des problèmes auxquels doit faire face l’éducation nationale, a monopolisé des heures de débat depuis des années. Tout a commencé en mars 2012, lorsque Luc Chatel, alors ministre de l’éducation, publie une circulaire empêchant les parents qui manifesteraient « par leur tenue ou leurs propos, leurs convictions religieuses, politiques ou philosophiques » d’accompagner les élèves en sortie scolaire. À l’époque, le numéro 2 du ministère, le directeur général de l’enseignement scolaire, s’appelait Jean-Michel Blanquer.

(…)

Le ministère a aussi rendu publique une version actualisée du vade-mecum intitulé La laïcité à l’école, élaboré par le Conseil des sages de la laïcité. La fiche sur les accompagnatrices en sortie scolaire est claire. Aucune interdiction pour elles d’encadrer leurs enfants n’y est formulée. Jean-Michel Blanquer aurait dû lire son propre guide avec plus d’attention pour éviter de lancer une nouvelle polémique inutile.

(…)

Il faut dire que le ministre n’est pas avare en dispositifs censés démontrer que le gouvernement s’attelle à lutter contre les dérives religieuses de tout ordre et à préserver la laïcité et les valeurs de la République.

Ce 24 septembre, le ministre a fait l’ouverture du séminaire des équipes académiques « Valeurs de la République ». Jean-Michel Blanquer a présenté les derniers chiffres des remontées de ces équipes : 900 cas d’« atteintes à la laïcité » ont été signalés entre avril et juillet 2019. Entre septembre et novembre 2018, environ 800 cas avaient été recensés.

Des chiffres faibles au regard du nombre d’établissements et d’élèves ; surtout, il est impossible de savoir ce qui se cache exactement derrière ces « atteintes », comme le soulignait ici Libération. Les « soupçons de prosélytisme » laissent perplexe, par exemple. Quant à la frontière entre ce qui relève d'atteinte à la laïcité et ce qui concerne des violences scolaires, elle est ténue, comme le rappelle Europe 1.

Parmi les actes signalés, le ministre a évoqué pêle-mêle : « Le refus de se rendre à la piscine, certaines tenues vestimentaires, le refus de la part de jeunes hommes de serrer la main de jeunes filles, le refus de chanter, ou des demandes de faire la prière pendant une sortie scolaire… » 

Le ministère a aussi rendu publique une version actualisée du vade-mecum intitulé La laïcité à l’école, élaboré par le Conseil des sages de la laïcité. La fiche sur les accompagnatrices en sortie scolaire est claire. Aucune interdiction pour elles d’encadrer leurs enfants n’y est formulée. Jean-Michel Blanquer aurait dû lire son propre guide avec plus d’attention pour éviter de lancer une nouvelle polémique inutile.

Faïza Zerouala

L'article complet est à lire en cliquant ci-dessous

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Voltaire, précurseur de la laïcité... (Video)

20 Juillet 2019 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Laïcité

Inspirateur et précurseur des notions de tolérance et des principes de laïcité, Voltaire a fait de la littérature et de la connaissance une arme face à toutes les formes de fanatisme. Portrait déjouant toute image figée, de ce "grand libérateur de l'esprit".

Faut-il se résigner aux desseins de la Providence sans chercher à les comprendre ? Pourquoi vaut-il mieux hasarder de sauver un coupable que d’emprisonner un innocent ? N’y a-t-il point de mal dont il ne naisse un bien ? 

Plus les hommes seront éclairés, et plus ils seront libres.

Une conférence enregistrée en décembre 2015.

André Magnan, professeur émérite à l'Université de Paris Ouest, président d'honneur de la Société Voltaire, il est considéré comme l’un des plus éminents spécialistes de l’œuvre de Voltaire.

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J.-M. Blanquer : obsession de la laïcité et vision réactionnaire de l’enseignement...

3 Juin 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Laicite

J.-M. Blanquer : obsession de la laïcité et vision réactionnaire de l’enseignement...

Le ministre de l'éducation, Jean-Michel Blanquer, continue son action « volontariste » comme il la qualifie lui-même, pour défendre son interprétation toute personnelle et rigoriste de la laïcité. Dans un entretien-fleuve accordé à l’hebdomadaire l’Express, il aborde différents sujets qui vont de la laïcité à Parcoursup (1).

La duperie de la laïcité

Concernant le premier sujet, le ministre a présenté mercredi 29 mai sa nouvelle mesure phare, à savoir la distribution aux enseignant·e·s d’un livret laïcité, vade-mecum dont le but est d’« annoncer clairement ce qu'on attend et ce qui est du domaine de la sanction. »

Le livret, qui remplacera celui élaboré par sa prédécesseure Najat Vallaud-Belkhacem, s’intègre dans un dispositif plus large qui comprend des « unités laïcité (2) » dans chaque académie, et un « Conseil des sages de la laïcité ». Ce conseil, aussi hétéroclite que contesté, est composé de Laurent Bouvet cofondateur du Printemps républicain, de Rémi Bague, membre de l’Académie catholique de France, d’Alain Seksig, ex-président de la commission laïcité du Haut Conseil à l’intégration et favorable à l’interdiction du voile à l’université, ainsi que de la sociologue Dominique Schnapper et de l’islamologue Ghaleb Bencheikh (3). Et c’est précisément ce conseil qui a été chargé par le ministre de rédiger le livret laïcité.

Celui-ci a été nettement enrichi par rapport à la version précédente puisqu’il est passé de 32 à 83 pages. Mais ce n’est pas le seul point de différence car Jean-Michel Blanquer juge le document présenté par sa prédécesseure trop axé sur la prévention. La nouvelle version se veut plus offensive et accentue l’action et la répression : « Il faut aussi apporter des réponses, expliquer et sanctionner si besoin, dans les cas où les atteintes à la laïcité sont manifestes et n'ont pu être empêchées par la prévention ».

Mais lorsque la journaliste lui demande des éléments concrets et des chiffres précis concernant les signalements, c’est le flou artistique. Le ministre évoque le cas d’un professeur juif qui faisait l’objet d’insultes lorsqu’il était recteur (de Guyane) et « un mélange de 280 signalements de choses extrêmement différentes ». Force est de constater que si ces remontées sont extrêmement diverses, c’est qu’elles ne concernent pas toutes la laïcité. Combien constituent réellement une atteinte à la laïcité ? On ne le saura pas dans cet entretien. En revanche, Jean-Michel Blanquer se plait à poser des situations tout droit sorties de son imagination prolifique comme celle d’« un élève de sixième qui crie "Allahou Akbar" dans une visite ou remet en cause des vérités scientifiques ». Autrement dit, un enfant de onze ans qui dirait « Dieu est grand » fera l’objet d’un signalement. Un autre qui se poserait des questions concernant l’origine du monde – rappelons au passage n’en déplaise au ministre, qu’il n’existe aucune vérité en la matière mais seulement des hypothèses – sera également signalé. Comment forger l’esprit critique des élèves ? En leur inculquant la censure et leur imposant le silence ?

Le vade-mecum de la laïcité nouvelle formule compte par ailleurs une fiche sur l’identification des signes et tenues des élèves. Le livret prévoit d’étudier la tenue « au cas par cas si le signe ou la tenue que porte l'élève démontre sa volonté au travers de son comportement de manifester une appartenance religieuse ». Il rappelle également la jurisprudence : « Ainsi, il a été jugé que le port quotidien, par une élève de collège, d’une jupe longue de couleur sombre ainsi que d’un bandana couvrant partiellement sa chevelure, devait être considéré comme une manifestation ostensible d’appartenance religieuse au regard de l’association systématique de ces vêtements et du refus constant de modifier sa tenue vestimentaire3. » Dans ces conditions, la porte est ouverte pour signaler un enfant de primaire, voire de maternelle, qui lâcherait « hamdoulillah » après un petit rot dans la cour de récréation. On voit bien par-là quelle partie des élèves est visée par la politique du ministre de l’Éducation nationale.

Par conséquent, la priorité principale de Jean-Michel Blanquer est la laïcité, ou plutôt une conception rigoriste et intransigeante de celle-ci. En revanche, le ministre ne livre pas un mot concernant le recrutement des enseignant·e·s dans les quartiers et villages de France délaissés par l’État depuis plusieurs décennies. Pas un mot non plus pour le manque de moyens de nombre d’écoles, de personnel technique, administratif, d’orientation et de santé dans les établissements des espaces les plus défavorisés.

parcoursup

Parcoursup ou le renforcement des inégalités et de la discrimination

Le ministre ne semble enfin pas très inquiet non plus par le sort de centaines d’élèves pris dans les incohérences et dysfonctionnements de la procédure « Parcoursup » d’affectation post-bac. Pour rappel, il s’agit d’une plateforme d’affectation des élèves qui remplace « Admission Post-Bac » (APB). Elle renforce le caractère sélectif de la précédente procédure car elle laisse libre cours à la concurrence entre les établissements du supérieur, entre les différentes filières et entre les élèves eux-mêmes.

Résultat : au 1er juin 2018, seul un·e candidat·e sur trois a reçu une réponse positive à l’un des vœux exprimés. Ce chiffre global cache cependant des disparités en fonction des territoires. Ainsi, le nombre d’élèves des lycées de la banlieue est de Paris « en attente » de réponse ou ayant été refusés, oscille entre 70% et 100%. Au lycée Plaine Commune à Saint Denis, 83% des élèves de terminale professionnelle se trouvent « en attente » ou ont reçu un « refus ». Au lycée Jean Renoir de Bondy, en terminale technologique, le pourcentage atteint 100%. Même les filières dites d’excellence sont touchées par le phénomène. Ainsi, au lycée Berthelot de Pantin, 76% des élèves de terminale S sont en attente ou se sont vu opposer un refus. Face à cette situation, la mobilisation ne s’est pas fait attendre : le 31 mai 2018, une centaine d’élèves du lycée Paul Éluard de Saint-Denis, ont bloqué l’établissement pour protester contre Parcoursup qu’ils jugent discriminatoire vis-à-vis des candidats des quartiers populaires de la petite couronne.

En somme, Parcoursup accuse les inégalités déjà présentes dans le système éducatif français. Il donne la priorité aux jeunes des classe moyennes et supérieures qui pourront s’inscrire dans les établissements et les filières de leur choix qui sont aussi les mieux dotés et ceux qui offrent les meilleurs débouchés à ses étudiant·e·s. À l’inverse, Parcoursup laisse aux élèves les plus démunis, les places restantes qui les mèneront vers les métiers les plus durs, moins bien payés ou ayant moins de perspectives d’évolution de carrière. Même si nous ne disposons pas de statistiques ethniques, nous pouvons aisément imaginer quel type de population se trouve majoritairement représentée dans l’un et l’autre groupe. La réforme de l’université dont Parcoursup ne constitue que l’un des volets d’une politique plus large qui vise à instaurer encore plus de sélection, de concurrence et de formations supérieures au rabais. Dans ce contexte, ce sont les étudiant·e·s des catégories sociales les plus défavorisées et qui ont déjà accompli des efforts considérables pour arriver jusqu’à l’université qui seront les plus touchés ou seront même évincés de l’enseignement supérieur. En moyenne, dans les filières non sélectives, 30% des étudiant·e·s de première année abandonnaient leurs études entre le premier et le second semestre. Ce pourcentage ne changera pas avec Parcoursup et on peut même craindre qu’il s’accroisse.

Que faire dans ces conditions ?

- Admettre que la laïcité est un prétexte, un leurre pour stigmatiser certains élèves et justifier une politique éducative discriminatoire qu’il faut combattre ;

- Pour cela, il faut se mobiliser collectivement en associant parents, lycéen·ne·s, enseignant·e·s pour combattre la loi ORE, Parcoursup et toute réforme qui restreigne les perspectives éducatives et professionnelles de nos enfants.

Pour une école publique, gratuite, égalitaire, de qualité, et qui respecte la dignité des élèves.

Front de mères

(1) « Laïcité, facs... Blanquer parle cash », l’Express, 29 mai 2018, URL : https://www.lexpress.fr/education/interview-blanquer-parle-cash_2012171.html#9Pu9YZxy3Kaxj2Ul.01

(2) «Unités laïcité» à l'école : le poison du soupçon envers les élèves, Libération, 11 décembre 2017, URL : http://www.liberation.fr/france/2017/12/11/unites-laicite-a-l-ecole-le-poison-du-soupcon-envers-les-eleves_1615726

(3) « Laïcité à l’école : pourquoi «le conseil des sages» de Blanquer fait débat », Le Parisien, 9 janvier 2018, URL : http://www.leparisien.fr/societe/laicite-a-l-ecole-pourquoi-le-conseil-des-sages-de-blanquer-fait-debat-09-01-2018-7491522.php

(4) La laïcité à l’école. Vademecum, URL : http://cache.media.eduscol.education.fr/file/laicite/89/4/Vademecum_laicite_VF2_955894.pdf, P 19

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Nouveau livret laïcité - "Entre ubuesque et sordide" - Par B Girard...

31 Mai 2018 , Rédigé par Mediapart - B Girard Publié dans #Education, #Politique, #Laïcité

Nouveau livret laïcité - "Entre ubuesque et sordide" -  Par B Girard...

Quelque part entre ubuesque et sordide.

Quelque part entre ubuesque et sordide. Un nouveau guide de la laïcité est donc annoncé, tout droit sorti de l’imagination sans limite du ministre de l’EN. Curieusement, pour Blanquer, les préoccupations avancées ne relèvent pas à proprement parler de la laïcité. Mais alors, qui donc est concerné ?

Quelque part entre ubuesque et sordide. Un nouveau guide de la laïcité est donc annoncé, tout droit sorti de l’imagination sans limite du ministre de l’EN et de son conseil « des sages ». Et comme il en en a pris l’habitude, c’est aux médias que Blanquer en réserve la primeur, manifestant par là le peu de cas qu’il fait des destinataires, établissements et enseignants. Même si l’on sait bien que, pour lui, le destinataire est d’abord l’opinion publique ou plus précisément sa réduction, le sondage d’opinion. Il se trouve d’ailleurs, pur hasard, qu’un récent enquête plaçait la laïcité au cœur des préoccupations des Français. Aux côtés du terrorisme…

« Je pense – explique le ministre, car il pense - que trop de temps a été perdu (…) Il faut désormais que la République se montre sereine et forte sur ces questions » A l’en croire, le sujet serait entièrement nouveau, le terrain vierge, jamais avant lui, l’école ne s’étant préoccupée de laïcité. Il ne faut pas lui parler, à Blanquer, d’un précédent livret de la laïcité (2015), distribué par sa prédécesseure NVB : pensez donc, un livret de 32 pages alors que le sien en fait 83, nettement plus « volontariste », précise-t-il. Ni de la charte de la laïcité (2013), affichée dans les établissements avant d’être intégrée aux règlements scolaires et signée par les parents. Ni de la journée laïcité célébrée en grande pompe le 9 décembre dans toutes les écoles. Ni des programmes d’EMC (éducation morale et civique) qui chantent les louanges de la laïcité à toutes les étapes du cursus scolaire. Tout cela ne compte pas car privilégiant à outrance la prévention, là où la sanction devrait être de mise : « il faut – précise le ministre - annoncer clairement ce qu'on attend et ce qui est du domaine de la sanction. »

Et justement, parmi les nouveautés dont le phare de la pensée laïque est très fier, une sorte de « hotline de la laïcité », une adresse de saisine où chaque enseignant pourra signaler/cafarder « un problème relatif à la laïcité » et recevoir une réponse dans les 24 heures. Au regard des longs mois d’attente auxquels s’expose un enseignant confronté à des difficultés administratives, ou encore un élève à besoins spécifiques, ou encore un élève handicapé déscolarisé à cause d’un manque de personnel adapté, on se dit que la volonté ministérielle de débloquer « des moyens humains (…) pour prévenir, soutenir, intervenir » fait, avec la laïcité, le choix de bien curieuses priorités.

Mais d’ailleurs, de quelle laïcité s’agit-il ? La question est légitime car, dans le vécu des établissements et la réalité des choses, lorsqu’il s’agit de définir « les atteintes à la laïcité » et mieux encore de les comptabiliser, le ministre se fait hésitant (sentant peut-être le ridicule ?) : autour de 280 cas auraient été signalés « mais cela mélange des choses extrêmement différentes qui, finalement, ne relèvent pas vraiment de la laïcité » (sic). Récapitulons : l’Education nationale mobilisée (et les médias ameutés) pour défendre la laïcité autour de 280 cas relevés dans 65 000 établissements scolaires scolarisant 12, 5 millions d’élèves ; sur des faits qui, « ne relèvent pas vraiment de la laïcité ». Ainsi est-il toujours question d’élèves contestant des cours d’histoire ou de SVT, de certificats médicaux « de complaisance » pour contourner l’EPS, de garçons qui, dès la maternelle, refuseraient de donner la main aux filles etc. Autant de faits qui - outre qu’ils tournent en boucle depuis de nombreuses années (et tout spécialement depuis 2004 et la publication du rapport Obin, érigé en référence rarement contestée malgré ses limites) comme si leur répétition suffisait à assurer leur crédibilité - n’ont effectivement pas grand-chose à voir avec la laïcité.

Car, quand la loi de 1905 adopte le principe de la liberté de conscience en matière religieuse et de non intervention de l’état, on a du mal à comprendre, comment, plus d’un siècle après, le même mot pourrait signifier son contraire, déviant vers une surveillance constante des individus et des mœurs (voir par exemple, l’obsession de l’administration autour de la robe longue des filles ou du bandana), imposant une sorte de police de la pensée, en totale contradiction avec la charte de la laïcité (1) que les élèves sont censés respecter. Contradiction également avec l’une des missions traditionnellement attribuées à l’école, qui consiste à développer l’esprit critique. Un esprit critique qui s’accommode mal de l’interdiction de parler.

Reste que, finalement – et c’est là que l’ubuesque vire au sordide – en dépit de tous ces éléments connus, il n’échappe à personne (il ne devrait échapper à personne…) que ce nouveau livret laïcité (en attendant le suivant à 200 pages) ne vient pas de nulle part, à n’importe quel moment. Les contradictions relevées font sens : ce n'est pas la religion catholique qui est visée, heureuse bénéficiaire pour ses écoles d'un généreux financement public. Ce ne sont pas les religions qui sont visées mais l’une d’entre elles. Ce n’est pas l’islam en tant que tel mais les élèves et leurs familles qui s’en réclament, toutes ou presque issues de l’immigration, victimes de l’effarante dérive identitaire d'une laïcité dénaturée, dans laquelle l’Education nationale, sa tête politique mais pas seulement, tient plus que sa place.

B Girard

(1) - Art 3. « La laïcité garantit la liberté de conscience à tous. Chacun est libre de croire ou de ne pas croire. Elle permet la libre expression de ses convictions, dans le respect de celles d'autrui et dans les limites de l'ordre public. »

     - Art  8. « La laïcité permet l'exercice de la liberté d'expression des élèves dans la limite du bon fonctionnement de l'École comme du respect des valeurs républicaines et du pluralisme des convictions. »

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"C’est bien le lien entre République et laïcité qu’il faut, non pas réparer, mais réaffirmer..."

11 Avril 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Laïcité

"C’est bien le lien entre République et laïcité qu’il faut, non pas réparer, mais réaffirmer..."

La Ligue de l’enseignement s’attache à bien lire et faire lire cette loi républicaine fondamentale qu’est la loi de séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905.

Après 1905 les cultes ne sont ni interdits, ni réduit au silence. Ils ont un statut de droit privé expressément défini par la loi de 1905. Dans ce cadre, les cultes ont une légitimité fondée sur leur représentativité. Ils se voient garantir la liberté d’expression qui est celle de toute la société civile. Et ils n’ont jamais hésité à en user. La Séparation n’est pas l’ignorance, la république laïque permet le dialogue et les cultes participent au débat public. Le président de la République a ainsi répondu le 9 avril dernier aux deux questions traitées par le président de la conférence des évêques : la bioéthique et les migrants. « Le lien entre l’Eglise et l’Etat » n’est donc nullement abîmé et n’a donc pas à être « réparé ». Si on s’en tient à la lettre du discours d’Emmanuel Macron, les principes de la Loi de 1905 sont respectés. La Ligue de l’enseignement a toujours résolument œuvré pour qu’ils le soient.

Ce discours reste pourtant équivoque. Moins dans sa lettre que dans son esprit. Pourquoi demander aux seuls catholiques de s’engager en politique ? Et si le président de la République s’adressait tout simplement à tous les citoyens ? Alors qu’un grand discours à la nation sur la laïcité est attendu depuis déjà quelques mois, c’est dans des espaces communautaires que le président de la République s’exprime. Sa prestation au Collège des Bernardins, haut lieu de l’indéniable réaffirmation culturelle catholique, renvoie à sa présence à l'Hôtel de Ville de Paris avec la Fédération Protestante de France lors des 500 ans de la Réforme, en septembre 2017, au dîner du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) en juin 2017 ou à celui du Conseil représentatifs des Institutions Juives de France (CRIF) en mars 2018. Des exemples parmi d’autres. Ces expressions présidentielles visent des publics spécifiques. Faut-il voir là l’esquisse d’une gestion communautaire des défis posés par la société actuelle ? Parmi ces défis, la réduction des inégalités sociales insupportables qui sont à l’œuvre dans notre pays et qui sont contraires à nos valeurs. Pour la Ligue de l’enseignement, « ce n'est pas la diversité culturelle qui menace l'unité de la société, c'est l'inégalité persistante et croissante des conditions et des discriminations » . En conséquence, c’est bien le lien entre République et laïcité qu’il faut, non pas réparer, mais réaffirmer.

Charles Conte

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Coup de coeur... Ferdinand Buisson...

10 Avril 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Laicité

Coup de coeur... Ferdinand Buisson...

POLITIQUE. - À ce mot se rattachent deux questions qui intéressent directement l'instruction primaire. La première pourrait se poser ainsi: «Quelle influence a la politique sur l'organisation, la direction et la marche de l'enseignement primaire en général? » La seconde : « La poli tique peut-elle, doit-elle entrer dans les programmes de l'école primaire? L'une touche surtout au personnel de l'administration, l'autre à la pédagogie; celle-ci a trait à l'enseignement proprement dit, l'autre à l'histoire générale des institutions scolaires dans notre pays et dans d'autres pays.

Commençons par la question didactique et théorique: nous en tirerons plus aisément les applications aux autres formes d'intervention de la politique en général dans les écoles. Quelle part convient-il donc de faire dans l'enseignement primaire, public ou libre, à l'ensemble des notions que résume sans les bien définir le mot Politique? Le seul énoncé de la question eût peut-être frappé d'étonnement les pédagogues d'autrefois. Et pourtant, il suffit de s'entendre. Du jour où l'on a compris que l'instruction populaire n'était plus seulement l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul, du jour où l'on a voulu qu'il fût donné aux enfants du peuple, sinon une éducation libérale, du moins une première initiation «aux notions indispensables à tout homme», de ce jour-là on s'est engagé à leur communiquer les éléments, les rudiments de l'instruction civique, c'est-à-dire de ce qui constitue le fonds stable, commun et essentiel de la politique. Nous avons rappelé dans ce Dictionnaire même, au mot Civique (Instruction), que plusieurs années avant la Révolution c'était un avis devenu général en France, parmi les auteurs de Plans d'éducation, qu'il importait d'enseigner dans les écoles « les devoirs communs à tous les citoyens, les lois qu'il est indispensable de connaître et les principes de la constitution nationale». Combien plus un tel enseignement est-il nécessaire dans un temps et dans un pays de suffrage universel!

Mais il y a un écueil à éviter; il faut craindre de confondre, même sans le vouloir, les notions générales et fondamentales de la politique impersonnelle, nationale, théorique, qui sont du domaine de l'enseignement commun, avec les vues étroites, les doctrines particulières, les opinions et les passions de la politique militante et quotidienne. Apprendre  aux enfants ce que la France a dû successivement à la royauté et à la République; leur imposer le respect pour toutes les traditions respectables, tout en gravant dans leur esprit l'idée du progrès; leur mettre sous les yeux l'état du peuple, la condition du pauvre, de l'ouvrier, du paysan sous l'ancien régime et les forcer à reconnaître, par voie de comparaison, ce que le nouveau régime a fait pour le bonheur et pour l'honneur de la nation; les familiariser avec les principes de 1789, avec les droits de l'homme, avec la souveraineté du peuple, avec la devise française par excellence : «Liberté, égalité, fraternité»; avec les règles fondamentales de la division des pouvoirs et de l'organisation du gouvernement dans un État républicain; faire et bien faire tous ces enseignements, sans doute c'est faire de la politique, car c'est préparer l'enfant à aimer son pays, à obéir aux lois, à respecter le gouvernement, à user de tous ses droits et ses devoirs politiques. Mais une telle action sur l'esprit de la jeunesse n'est interdite, n'est déplacée dans aucune école: elle fait partie du programme obligatoire de l'école publique. Ce n'est pas un empiétement, ce n'est pas une pression, ce n'est pas un abus, c'est l'oeuvre même de l'éducation morale et civique dans ce qu'elle a, il est vrai, de plus délicat, mais aussi de plus légitime et de plus noble.

Ferdinand Buisson - Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (1882-1887) ,Éd. Kimé, 2000, p. 230-231.

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Laïcité: pour une "coexistence active"...

24 Février 2018 , Rédigé par Coexister.fr Publié dans #Education, #Laïcité

Depuis 2009, par ses actions de terrain au quotidien, Coexister promeut un modèle de société et une méthode : La Coexistence Active. Plus de 80 000 jeunes ont été sensibilisés à notre message, aujourd'hui on compte sur vous pour partager notre vidéo et toucher des millions de personnes ! #JeCoexisteQuand #CoexistenceActive

 

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Réunion du « conseil des sages de la laïcité », mis en place par le ministre de l’éducation nationale... Des échanges "hors sol"!

22 Février 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Politique, #Laicite

 Réunion du « conseil des sages de la laïcité », mis en place par le ministre de l’éducation nationale... Des échanges "hors sol"!

EXTRAITS

Mediapart a consulté le compte-rendu d’une réunion du « conseil des sages de la laïcité », mis en place par le ministre de l’éducation nationale. La question du voile y est soulevée à maintes reprises, certains se demandant même si Latifa Ibn Ziaten, la mère de la première victime de Mohammed Merah, serait « ouverte » à l’idée d’enlever le sien pour intervenir auprès des élèves.

Sa mise en place et sa composition avaient déjà fait débat. Mais Jean-Michel Blanquer y tenait. Depuis janvier, le « conseil des sages de la laïcité », créé sous l’impulsion du ministre de l’éducation nationale, se réunit tous les quinze jours sous la présidence de la sociologue et politologue Dominique Schnapper, directrice à l’École des hautes études en sciences sociales et membre honoraire du Conseil constitutionnel. L’objectif de cette instance ? Mettre autour de la table des personnalités issues de « tous les horizons » pour « préciser la position de l’institution scolaire en matière de laïcité et de fait religieux ». Et répondre, comme l’avait indiqué le locataire de la rue de Grenelle en conseil des ministres, « aux sollicitations de l’équipe nationale “laïcité et fait religieux” qui apporte un soutien opérationnel à ses déclinaisons académiques ».

(...)

La réunion du 5 février a débuté sur une audition de Jean-Pierre Obin, inspecteur général honoraire et auteur d’un rapport intitulé Les Signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires. Ce travail d’observation, réalisé dans une soixantaine d’établissements, avait été commandé en 2003 par Luc Ferry, avant d’être remis un an plus tard à son successeur au ministère de l’éducation nationale, François Fillon. En tout, neuf inspecteurs avaient planché dessus. Parmi les personnes auditionnées, figurait notamment le principal de collège Bernard Ravet, aujourd’hui à la retraite, auteur du livre contesté Principal de collège ou imam de la République ? (lire notre article sur ce sujet).

Le rapport Obin souffre lui-même d’une méthodologie discutable. « Le panel d’établissements visités ne constitue en aucun cas un échantillon représentatif des établissements français, ni sur le plan de l’étude ni d’ailleurs sur aucun autre », prévient son auteur dès les premières pages. Avant d’insister un peu plus loin : « Cette étude ne peut prêter à généralisation et à dramatisation excessive : les phénomènes observés l’ont été dans un petit nombre d’établissements. » (Lire ici l’analyse qu’en fait Jean Baubérot) Il pose pourtant les bases de la discussion qui anime, ce 5 février, les membres du « conseil des sages de la laïcité ».

Une fois la présentation de Jean-Pierre Obin achevée, la discussion s’engage. Certains notent une « aggravation de la situation » depuis 2004. Ne serait-elle pas due à « une politique générale qui a consisté à mettre l’élève au centre, au risque du laxisme » ? C’est du moins ce que demande Catherine Kintzler, professeure honoraire de philosophie à l’université de Lille (Nord). « Le contenu des enseignements, par exemple l’abandon de la démonstration en mathématiques, a peut-être été un autre facteur », ajoute-t-elle. Le rapport avec la laïcité n’est pas évident de prime abord, mais Catherine Kintzler poursuit son raisonnement, en s’interrogeant sur « la pertinence de l’enseignement du fait religieux », enseignement qui, selon le site du ministère de l’éducation nationale, s’inscrit pourtant « naturellement dans le cadre de la laïcité ».

« Peut-on dire seulement le droit aux élèves ? »

Pour Catherine Kintzler, « le danger serait d’aligner les religions dans un relativisme prudent ». « Ne vaudrait-il pas mieux commencer par l’étude des religions les plus anciennes, des mythologies ? », questionne-t-elle. Les échanges se concentrent à présent sur ce fameux enseignement du fait religieux. Certains s’inquiètent de la façon dont il est dispensé. Les membres du conseil sont d’accord pour qu’il le soit, « à la condition que ce ne soit pas une discipline à part, disjointe des autres enseignements », car « il y a un réel danger de théologisation de l’enseignement », peut-on lire dans le compte-rendu.

Dans les faits, le risque est assez mince puisque, comme l’indique toujours le site du ministère, « les faits religieux ne font l’objet d’aucun enseignement spécifique mais sont présents dans les programmes de nombreuses disciplines, comme l’histoire, les lettres, l’histoire des arts ou la philosophie car il sont un des éléments de compréhension de notre patrimoine culturel et du monde contemporain ». Sur la question de la formation des enseignants eux-mêmes, un dispositif existant devrait être de nature à rassurer les « sages » : il s’agit d’un parcours magistère – une formation en ligne – sur l’enseignement laïque des faits religieux, ouvert à tous les enseignants depuis 2015. Il a été conçu par l’Institut européen en sciences des religions (IESR) et le ministère de l’éducation nationale, à la demande de l’Observatoire de la laïcité.

(...)

Les « sages de la laïcité » poursuivent la discussion. Laurent Bouvet, professeur de science politique à l’université Versailles-Saint-Quentin (Yvelines) et cofondateur de l’association Le Printemps républicain, prend la parole pour expliquer qu’« il serait bon que les enseignants abordent la question du sens, sur le voile par exemple ». « Mais peut-on garantir qu’ils auront à cœur de le faire ? Qu’ils auront la rationalité nécessaire ? interroge-t-il. Dans l’enseignement supérieur, de nombreuses thèses de jeunes chercheurs (sur le genre, sur le postcolonialisme, etc.) sont devenues majoritaires. Elles affirmeront, pour le voile comme pour la minijupe, que ce sont des outils d’émancipation pour les jeunes filles. Et on retrouve ces arguments dans la bouche d’hommes de gauche. Beaucoup de ces formateurs font de l’islam la religion des opprimés. »

C’est au tour d’un chef de service à la Direction générale de l’enseignement scolaire (Dgesco) d’être auditionné. L’homme profite de l’occasion pour rappeler aux « sages » les dispositifs déjà mis en place, notamment pour la formation des enseignants, laquelle a connu « une grande accélération à partir de 2015 ». Une autre membre de la Dgesco rebondit alors sur une intervention de Jean-Pierre Obin pour souligner « qu’il y a en effet beaucoup de revendications de jeunes parents, sans compter l’augmentation des demandes de dispenses de cours (en éducation physique par exemple), et l’explosion de l’instruction à domicile ».

Aucune donnée chiffrée n’étaie ce propos dans le compte-rendu. Et pour cause : les données permettant d’évaluer la pression religieuse sont rares. Souvent, les enseignants parviennent à déminer les incidents par le dialogue. En décembre 2017, Jean-Michel Blanquer avait lui-même déploré l’absence de « statistiques » sur le sujet, promettant, sans autre précision, qu’elles finiraient par exister « dans le futur ». Ce que l’on sait, en revanche, c’est que l’instruction à domicile concerne aujourd’hui une part mineure des élèves en âge d’être scolarisés : à peine 0,3 %. On est loin d’une « explosion ».

L’interlocutrice de la Dgesco évoque ensuite « des signalements nouveaux, par exemple des enseignantes qui retirent leur voile juste à l’entrée de l’établissement ». Un procédé qui n’a rien d’illégal, puisque, si tout fonctionnaire se doit de respecter le principe de neutralité dans le cadre de son travail, les enseignantes peuvent évidemment porter le voile quand elles ne sont pas en fonction. En outre, la loi du 15 mars 2004, qui proscrit les signes religieux ostensibles dans les établissements scolaires et s’applique aux élèves, semble avoir porté ses fruits. Dans son rapport publié en 2014, l’Observatoire de la laïcité indiquait que « les académies [faisaient] état d’un très petit nombre d’incidents liés au non-respect de la loi de 2004, quand elles ne répondent pas tout simplement que les questions posées sont sans objet ».

La réunion touche à sa fin. C’est à ce moment que les « sages » saluent, comme le stipule encore le compte-rendu, « la démarche des enseignants qui invitent à leur cours des personnalités – un rescapé de la Shoah, ou Latifa Ibn Ziaten », la mère de la première victime de Mohammed Merah, qui intervient régulièrement en milieu scolaire dans le cadre de la prévention et de la lutte contre la radicalisation. Surgit alors cette suggestion : « Pour cette dernière, on peut souhaiter qu’elle enlève son voile en entrant dans la classe, serait-elle ouverte à cette proposition ? » Les membres du conseil soulèvent ici un point qui avait été largement débattu pour un autre cas de figure, finalement tranché par le Conseil d’État en décembre 2013 : celui des mères voilées accompagnatrices.

Même si Jean-Michel Blanquer a récemment fait part, sur RTL, de son « approche personnelle », en estimant qu’un parent accompagnant une sortie scolaire ne devrait « normalement » pas porter de signe religieux, Emmanuel Macron, lui, s’est toujours voulu très clair sur le sujet : « Je ne crois pas pour ma part qu’il faille inventer de nouveaux textes, de nouvelles lois, de nouvelles normes, pour aller chasser le voile à l’université, pour aller traquer ceux qui lors des sorties scolaires peuvent avoir des signes religieux », déclarait-il dès juillet 2016. Comme les accompagnatrices, les intervenants extérieurs ont parfaitement le droit d’arborer des signes religieux dans une école tant qu’ils ne font pas de prosélytisme. Latifa Ibn Ziaten n’est donc pas tenue de retirer son voile dans une enceinte scolaire. N’en déplaise à certains « sages de la laïcité ».

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La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal raconte n'importe quoi sur la laïcité...

7 Janvier 2018 , Rédigé par Europe1 Publié dans #Education, #Laïcité

La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal raconte n'importe quoi sur la laïcité...

La laïcité. Cette exception française que nombre de pays nous envient, mais qui fait toujours autant débat en France. On pourrait presque s'interroger : la laïcité, combien de divisions ?

Bien souvent, ce n'est pas tant l'application de la laïcité, ni même sa dimension historique ou philosophique qui sont au cœur des discussions politiques. Simplement sa définition.

Exemple. Invitée de France 3, ce dimanche 7 janvier, Frédérique Vidal, la ministre de l'Enseignement supérieur, déclare ceci :

La laïcité, c'est pas 'je mets en avant ou j'oppose telle religion et telle religion'. La laïcité, c'est la liberté de conscience, c’est mettre dans la sphère privée, et uniquement la sphère privée, les convictions philosophiques, religieuses, etc., des individus. Pour garantir que ces convictions, ils puissent continuer à les avoir, mais elles n'ont pas à rentrer dans la sphère publique.

Passons sur l'idée de "mettre dans la sphère privée, et uniquement la sphère privée, les convictions philosophiques", pour se concentrer sur la notion de laïcité via-à-vis des religions.

Que disent les textes ?

- Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789, article 10 : Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi.

- Constitution du 4 octobre 1958, article 2 : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.

- Loi du 9 décembre 1905 de séparation des Églises et de l'État, article 1er : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes, sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.

On trouve même sur le site du gouvernement une définition de la laïcité par l'Observatoire de la laïcité : "La laïcité repose sur trois principes et valeurs : la liberté de conscience et celle de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public, la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions."

Le port d'un voile, d'une kippa ou même d'une soutane en pleine rue est donc autorisé en France, tant que cela ne créé pas de troubles à l’ordre public. Nulle part il n'est écrit que "la laïcité, [...] c’est mettre dans la sphère privée, et uniquement la sphère privée, les convictions religieuses", convictions qui n'auraient "pas à rentrer dans la sphère publique". Ce serait même la définition de l'exact inverse de la laïcité. Interdire tout signe ou symbole religieux dans l'espace public, à part le Front national, aucun parti ne propose une telle réforme.

Le pire dans tout ça, ce n'est pas que la ministre de l'Enseignement supérieur se trompe au moment de définir la laïcité. C'est que quelques minutes plus tôt, lors de la même interview, Frédérique Vidal répondait à la question "pour ou contre l'interdiction du voile à l'université ?", en ces termes :

Je suis profondément attachée à la loi de 1905. Je trouve que cette loi dit tout. Pas besoin de la changer. Elle répond à la question. On a affaire à des adultes. L'idée, c'est que le trouble à l'ordre public, le prosélytisme doivent être combattus. Ensuite, la façon dont les gens s'habillent pour venir à l'université...

Donc, pour résumer la *pensée complexe* de Frédérique Vidal : pas besoin de loi sur le voile à l'université, mais pas de signes religieux dans l'espace public. Musulmanes : il va donc falloir ôter votre voile en sortant de l'Université française (ou pas).

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