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Vivement l'Ecole!

laicite

La loi contre les séparatismes critiquée par les syndicats...

6 Octobre 2020 , Rédigé par Le Café Pédagogique Publié dans #Education, #Laïcité

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EXTRAIT

FSU et Se-Unsa soulignent les limites de la proposition de loi sur les séparatismes présentée par E Macron. Tous deux dénoncent par exemple la complaisance envers l'enseignement privé qui est lui aussi religieux. Anne Coffinier prend la défense des écoles hors contrat et dénonce un amalgame.

"La diversité culturelle n’est pas une menace. C’est quand la République se détourne des réalités sociales, qu’elle laisse perdurer ou s’amplifier les inégalités et les discriminations facteurs d’exclusion, que s’installe le terreau favorable à la remise en question de la laïcité et du vivre ensemble", estime la FSU, première fédération syndicale de l'éducation. "Si l’instrumentalisation du fait religieux existe, les usages radicaux et politiques de la religion ne relèvent pas uniquement de l’islamisme. Les réseaux liés à l’intégrisme chrétien ou à des sectes au sein de nombreux secteurs sont passés sous silence, peut-être parce qu’ils sont parfois ancrés dans les sphères de décision". Pour la FSU, cette loi vise surtout à lancer une campagne électorale. "L’ensemble du discours présidentiel s’inscrit en droite ligne de celui de son ministre de l’Intérieur pour préparer les futures élections présidentielles en instrumentalisant la laïcité".

(...)

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François Jarraud

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« L’enseignement des faits religieux à l’école n’est pas une entorse à la laïcité mais une extension de celle-ci »

22 Septembre 2020 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Laïcité

« L’enseignement des faits religieux à l’école n’est pas une entorse à la laïcité mais une extension de celle-ci »

EXTRAITS

Cinq ans après les débats sur la laïcité à l’école, qui avaient suivi les attentats de janvier 2015, et seize ans après la loi sur le port de signes religieux, Philippe Gaudin, directeur de l’Institut européen en sciences des religions, plaide pour un enseignement des faits religieux en classe.

Tribune. Depuis les années 1980, notre école a connu deux changements majeurs qui ne peuvent pas être sans incidence sur la manière de mettre en pratique la laïcité scolaire : d’une part, elle s’est « massifiée », c’est-à-dire que près de 80 % d’une classe d’âge (contre 30 % en 1970) accède au niveau du baccalauréat ; d’autre part, beaucoup de jeunes sont désormais issus d’une immigration d’installation, et non de travail, et sont de culture musulmane. L’école n’est plus guère le sanctuaire, « l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas », pour reprendre les termes conclusifs de la circulaire du 31 décembre 1936 du ministre de l’éducation nationale, Jean Zay.

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Formation citoyenne

Cet enseignement n’est pas un enseignement religieux, il consiste à rendre accessible aux élèves la somme considérable de connaissances peu à peu construites en histoire, en histoire de l’art, en anthropologie, en sociologie, en philologie, en philosophie, etc., dans toutes les disciplines qui croisent d’une manière ou d’une autre les faits religieux et constituent ainsi les « sciences des religions », pour employer le vocable qui a cours aujourd’hui.

En France, il ne s’agit pas d’enseigner une de ces disciplines en tant que telle ou une discipline générale de sciences des religions, mais de plus et mieux prendre en compte cette dimension des faits religieux dans l’enseignement des disciplines scolaires existantes, comme l’histoire, les lettres… Les justifications de cet enseignement sont à la fois de l’ordre de la qualité intellectuelle de l’enseignement, comme de la formation citoyenne des élèves, qui vivent dans une société marquée par le pluralisme religieux et convictionnel, ces deux justifications étant d’ailleurs parfaitement indissociables.

Sans connaissance des faits religieux, pas de bonne compréhension de l’histoire comme du monde contemporain, pas d’accès de bonne qualité non plus au patrimoine culturel, qu’il soit littéraire, musical ou concernant les arts visuels.

Cet enseignement n’est donc pas une entorse à la laïcité mais, au contraire, une extension de celle-ci, un véritable accomplissement de celle-ci, puisqu’il s’agit de donner aux élèves, quelles que soient leurs appartenances ou non-appartenances religieuses, un accès à une culture commune selon les critères laïques des savoirs se construisant peu à peu de manière critique.

Cet enseignement, que défend l’Institut européen en sciences des religions depuis sa création, en 2002, est déjà mis en œuvre mais reste encore trop timide et trop dépendant des programmes des disciplines, qui changent régulièrement. C’est bien là sa faiblesse structurelle, puisque s’il n’est pas identifié comme une discipline indépendante, il n’est pas même un enseignement ayant un horaire, un programme et une évaluation dédiés, et les futurs professeurs ne sont pas assurés de recevoir dans tous les Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (Inspe) de France une formation sérieuse le concernant.

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Clément Viktorovitch, une leçon de droit sur le hijab et la laïcité... (+ Faïza Zerouala, journaliste)

17 Septembre 2020 , Rédigé par Divers Publié dans #Laïcité

A lire: "Des voix derrière le voile" - Faïza Zerouala

 

 

 

Clément Viktorovitch, une leçon de droit sur le hijab et la laïcité... (+ Faïza Zerouala, journaliste)
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«Séparatisme». Quid de certains établissements hors contrat catholiques ou juifs? - Par Claude Lelièvre...

26 Février 2020 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Laïcité

«Séparatisme». Quid de certains établissements hors contrat catholiques ou juifs? - Par Claude Lelièvre...

Le «séparatisme» est un syntagme utilisé actuellement par le chef de l'Etat qui vise avant tout certains dispositifs d'obédience musulmane. Peut-il être limité à cela si l'on prend connaissance de certains éléments pointés dans un ouvrage qui vient de paraître: «Refus et refusés d'école» ? Rien n'est moins sûr.

Cet ouvrage, issu d'un colloque tenu à Amiens en 2017, est paru en janvier 2020 aux Editions universitaires de Grenoble. Le chapitre 6 intitulé: "L'enseignement privé scolaire hors contrat: refuge ou refus d'école'' retient tout particulièrement l'attention. Son auteur- Bruno Poucet - est un historien de l'éducation reconnu, notamment sur l'enseignement privé.

Après avoir pris soin de préciser que "le hors contrat est un véritable kaléidoscope des interrogations de l'école dans la mesure où les refus de l'école traditionnelle reposent sur des raisons extrêmement différentes", Bruno Poucet conclut "la plupart de ces écoles, que les pratiques pédagogiques soient novatrices ou conservatrices, sont souvent liées à un projet clairement identifiable de mise en cause du caractère public de l'école, de refus de faire société avec tous, de vivre ensemble. Ce qui est nouveau, c'est que désormais une organisation nationale existe; cela devient en ce sens non plus un projet pédagogique mais un projet quasi politique" ( p. 103)

Et ce qu'il pointe (en termes parfois tranchants, ce qui est inhabituel pour lui) peut être très significatif voire préoccupant.

"Le réseau catholique de la ''tradition'' ( p. 97)

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (catholiques intégristes en dissidence avec l'Eglise catholique conciliaire) estime être porteuse de la ''tradition''. Elle est depuis les années 1970 à l'origine de la création d'environ 35 écoles et de 15 collèges, ce qui représente 4000 à 5000 élèves. Ces écoles ont de fortes caractéristiques idéologiques, à la limite sectaires, et tiennent souvent des discours radicaux: reconstruction par la base d'une France chrétienne [...]. Ces écoles rejettent la mixité dès l'âge de 10 ans [...]. Elles refusent le principe de la laïcité et en appellent à la résistance à la sécularisation de la société française"

"Le réseau juif (pp.97 et 98)

Le réseau juif s'est essentiellement développé en région parisienne à partir des années 1980: les attentats, l'antisémitisme, la volonté d'entre-soi social, de réussite scolaire, la place donnée au religieux ont renforcé le poids des écoles juive. Ce sont les courants juifs ultra-orthodoxes des haredi et des loubavitch qui ont développé ce type d'établissements (15 groupes scolaires regroupant environ 8000 élèves). Ils regrettent , en effet, que l'on soit passé, en acceptant le système du contrat, d'une école juive à une école pour les juifs; en résumé que la sécularisation a fait, là aussi, son entrée. Elles sont donc très conservatrices et à la limite aussi du sectarisme [...]. Le poids de la religion et de la cutlure juive est très fort: la moité du temps est consacrée à l'apprentissage de la culture juive - apprentissage de l'hébreu, de la Thorah et du Talmud, respect des pratiques religieuses. D'autres particularités font d'elles des cousines germaines des établissements catholiques de ''tradition'': absence de mixité dès le CP, tenue vestimentaire distincte entre garçons (costume noir, port obligatoire de la kippa) et filles (jupes longues)''

Claude Lelièvre

https://blogs.mediapart.fr/claude-lelievre/blog/260220/separatisme-quid-de-certains-etablissements-hors-contrat-catholiques-ou-juifs?utm_source=twitter&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-67

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Débat : Laïcité à l’école, des impasses historiques - Par Claude Lelièvre

18 Février 2020 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education, #Laïcité

EXTRAIT

Dans une lettre adressée au Président de la République le 4 février 2020, le président du parti Les Républicains, Christian Jacob, renouvelle sa demande, formulée en novembre 2019, d’« un acte II de la laïcité en référence à l’initiative prise par Jacques Chirac en 2003 lorsqu’il avait installé la commission présidée par Bernard Stasi ».

Cette commission, rappelons-le, avait débouché sur la loi de 2004, et l’interdiction dans les établissements scolaires des signes manifestant une appartenance religieuse.

Il s’agit de lancer « une réflexion approfondie sur la mise en œuvre du principe de laïcité dans la société française », assure Christian Jacob. Mais où en est-on vraiment dans ce dossier si complexe, voire explosif ? La laïcité est en proie à une valse des métaphores (qu’on la qualifie de « ferme » ou « souple », « ouverte » ou « intransigeante ») qui relève davantage de la posture que d’une pensée rationnelle et cohérente.

Or, ce qui est profondément sous-jacent, c’est souvent la perte de vue du principe de non-contradiction. Une perspective historique nous montre que les incohérences perdurent, et peuvent même s’accroître dans un certain aveuglement. S’il n’est sans doute pas facile de les réduire, encore convient-il de ne pas les ignorer, au risque d’aggraver les incompréhensions.

Exceptions à la loi de 1905

Il est étrange que l’on puisse envisager d’aller « plus loin » dans la séparation des Églises et de l’État instituée par la loi de 1905, alors même que des enseignements religieux sont dispensés dans les écoles publiques de trois départements.

En effet, lorsque la loi de 1905 a été adoptée, l’Alsace-Lorraine était alors annexée à l’empire allemand. Lorsqu’elle est redevenue française, en 1918, c’est le régime du Concordat adopté en 1802 qui y a été maintenu. Le gouvernement du Bloc des gauches a tenté en 1924 de l’y supprimer, mais a échoué. La situation n’a plus évolué depuis un siècle, signe qu’il est sans doute difficile de sortir de cette impasse historique.

On peut à cet égard rappeler le pas de clerc de François Hollande à l’élection présidentielle. Fin 2011, il dit vouloir « constitutionnaliser » la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État. Mais les vives réactions rencontrées le conduisent à préciser le 26 janvier 2012 que cette mesure s’appliquerait « sous réserve des règles particulières en Alsace et Moselle »… En tout état de cause, cette incohérence montre que la logique et le souci de cohérence en prennent beaucoup à leur aise.

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Claude Lelièvre

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Le voile de la soeur interdite dévoile la confusion venue de soi-disant laïques - Par Claude Lelièvre

21 Novembre 2019 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Laïcité

Le voile de la soeur interdite dévoile la confusion venue de soi-disant laïques  - Par Claude Lelièvre

Dans le cadre de la confusion entretenue par certains à propos de la laïcité (visant essentiellement les musulmans) cela devait arriver comme un boomerang: une religieuse a été sommée d'enlever son voile pour être acceptée dans un appartement aux Résidences Autonomies à Vesoul

Le'' Centre communal d'action sociale'' qui gère cette résidence lui a signifié par courrier que "dans le respect de la laïcité, tout signe ostentatoire d'appartenance à une communauté religieuse ne peut être accepté en vue d'assurer la sérénité de toutes et de tous. En effet la religion est une affaire privée et doit le rester"

On en est là! De grands acteurs de la "séparation de l'Ecole et des Eglises" (en 1882) comme Jules Ferry, ou de la ''séparation de l'Etat et des Eglises'' (en 1905) comme Jean Jaurès ou Aristide Briand en resteraient bouche bée! Et pourtant on ne peut les soupçonner d'être des ''islamo-gauchistes'' ( mais il est vrai que Jean-Jaurès a pu être traité de ''socialo-papiste'' en son temps par certains...)

On ne saurait trop rappeler le discours de Jules Ferry au Sénat le 10 juin 1881  , pour tenter de dissiper l'ombre de la confusion en la matière: « J'ai toujours pensé que l'oeuvre du gouvernement de la République n'est point une oeuvre de sectaires, que nous n'avons ni le devoir ni le droit de faire la chasse aux consciences et qu'en agissant ainsi , nous manquerions à notre premier devoir. Nous sommes institués pour défendre les droits de l'Etat contre un certain catholicisme, bien différent du catholicisme religieux, et que j'appellerai le catholicisme politique. Quant au catholicisme religieux, qui est une manifestation de la conscience d'une si grande partie de la population française, il a droit à notre protection […]. Oui , nous sommes entrés résolument dans la lutte anticléricale ; je l'ai dit et la majorité républicaine m'a acclamé quand j'ai tenu ce langage. Oui nous avons voulu la lutte anticléricale, mais la lutte antireligieuse, jamais, jamais »

Il ne s'agit d'aucune façon pour Jules Ferry de refouler l'expression religieuse en tant que telle: on "manquerait alors à notre premier devoir". Jules Ferry indique même que "le catholicisme religieux a droit à notre protection"

La "séparation de l'Etat et des Eglises'' se situe dans ce droit fil. Le premier article de la loi indique que la liberté de conscience est au fondement de la loi: "La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public" C'est même la première loi française qui fait de la liberté religieuse un droit, rompant ainsi avec le régime d'autorisation qui a prévalu tout au long du XIXe siècle concordataire

On rappellera aussi in fine que l'amendement présenté lors du débat en vue de permettre l'interdiction aux prêtres de porter  la soutane ( une ''robe'' constituant une atteinte à la dignité masculine, le signe d'une ''soumission'' envers la hiérarchie, ''un acte permanent de prosélytisme") a été repoussé alors par 391 voix contre 184, le rapporteur de projet de loi , Aristide Briand, arguant qu'on ne pouvait pas "par une loi qui se donne pour but un régime de liberté" interdire une façon de se vêtir.

Qu'on se le dise...

Claude Lelièvre

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De l’ethos de la laïcité. Réponse à Souâd Ayala (Président du Conseil Supérieur des Programmes)

19 Novembre 2019 , Rédigé par Telos Publié dans #Education, #Laïcité

De l’ethos de la laïcité. Réponse à Souâd Ayala (Président du Conseil Supérieur des Programmes)

EXTRAIT

Dans Le Monde du 26 octobre, Souâd Ayala, inspectrice générale de philosophie et présidente du Conseil supérieur des programmes[1], développe l’argumentation suivante :

  1. La laïcité ne se réduit pas à la production de lois. Dégager sa signification suppose que l’on détermine ce qui est souhaitable et ce qui ne l’est pas. Dans le présent débat, Jean-Michel Blanquer est fondé à considérer que le voile n’est pas souhaitable.
  2. L’idée même que l’affirmation précédente puisse être discutée est inquiétante pour la raison.
  3. La visibilité de l’islam est saturée par la question du voile et celle du terrorisme islamiste. Les « belles âmes » (sans plus de précision) ne perçoivent pas cette réalité.
  4. Il faut que les femmes musulmanes comprennent que le voilement ne peut être perçu que comme manifestation de l’affiliation aux « représentations de l’islam politique » et non comme l’accomplissement d’une obligation religieuse.
  5. Il convient donc de dire aux musulmanes de renoncer à porter le voile si nous voulons être solidaires des femmes qui, ailleurs, y sont contraintes.
  6. Eriger en droit le choix de se voiler, c’est adhérer à une vision patriarcale de la femme musulmane et, dès lors, être en contradiction avec un engagement féministe.
  7. Nous avons un devoir de vérité à l’égard des musulmans en général, sauf à endosser un discours décolonial aux « relents néocolonialistes ».
  8. Le dévoilement est congruent avec l’ethos de la laïcité, lequel réclame la sortie du religieux hors de la sphère publique.

Ces huit propositions méritent discussion.

Le point 1 pourrait paraître acceptable si toutefois il n’invitait pas à une réponse définitive (« le voile n’est pas souhaitable ») sans que soit esquissée la signification de la laïcité, telle que l’entend Souâd Ayala. Il nous semble qu’en atténuant la dimension juridique, ce qui peut s’entendre, elle nous dise surtout que la laïcité doit privilégier sa fonction d’émancipation. Or cette opposition est factice : l’abstention que prescrit la loi de 1905 est la garantie de la liberté de conscience et, dès lors, l’outil privilégié de l’autonomie. De fait, la laïcité émancipe. Et si ce processus conduit au choix d’un vêtement perçu, à tort ou à raison, comme une obligation religieuse, comment, sans contrainte, et en cohérence avec la valeur de liberté, l’empêcher ?

Le point 2, tout à fait décisif, laisse entendre que l’exercice de la raison suffit pour décider que « le voile n’est pas souhaitable ». Mais cette question se pose-t-elle vraiment ? S. Ayala ne peut avoir oublié le débat philosophique sur la tolérance, notamment celui entre Bossuet, partisan de l’uniformité religieuse, et Bayle, défenseur de la liberté de conscience et de culte. Elle a évidemment en mémoire la Lettre sur la tolérance de Locke, ou encore, le Traité sur la tolérance de Voltaire.

Mais c’est John Stuart Mill qui, dans De la liberté, a posé le problème dans sa forme moderne, c’est-à-dire celle des rapports entre tolérance et pluralisme. La question posée par le philosophe est précisément celle de la nécessaire intégration des minorités dans les démocraties. La défense millienne de la tolérance se fonde sur la valeur de la diversité. Il est bon, pense-t-il, qu’existent des « expériences de vie » différentes. C’est parce que les individus sont fondamentalement différents et qu’ils doivent être souverains sur eux-mêmes que la tolérance est une exigence morale. Bien entendu, Mill reconnaît qu’elle ne peut être illimitée, le mal fait à autrui en constituant les limites.

La tolérance, rappelons-le, consiste, selon l’excellente définition de Susan Mendus, à s’abstenir d’intervenir dans l’action ou l’opinion d’autrui, quoiqu’on ait le pouvoir de le faire, et bien que l’on désapprouve ou que l’on n’apprécie pas l’action ou l’opinion en question. Dès lors, il n’y a pas de tolérance sans intolérance préalable. Et c’est bien l’exercice de la rationalité qui conduit à privilégier les raisons de tolérer sur celles d’interdire. Nul ne prétend, au sein des laïques qui délibèrent depuis trente ans sur ce sujet, que le voile soit souhaitable.

(...)

Alain Policar Chercheur au CEVIPOF (Sciences Po)

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Les parents musulmans: des parents de "seconde classe"?...

8 Novembre 2019 , Rédigé par Le café Pédagogique Publié dans #Education, #Laïcité

Les parents musulmans: des parents de "seconde classe"?...

Laïcité : La rectrice de Versailles quitte une école qui accueille des mères voilées 

EXTRAITS

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La nouvelle rectrice de Versailles, Charline Avenel, a quitté l'école quand elle a vu deux mères voilées présentes dans la cour de l'école pour encadrer un atelier dans le cadre de la journée de lutte contre le harcèlement. Cet incident ne doit rien au hasard. La rectrice a décidé d'appliquer un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon pris le 23 juillet 2019 qui estime que des parents qui animent des ateliers doivent s'abstenir de tout signe religieux.

(...)

Cet incident choquant et même violent qui selon Le Parisien a surpris tout le monde dans l'école , rejette un peu plus les parents musulmans hors de l'école et en fait des parents de seconde classe alors que rien sur le terrain ne le justifie. C'est aussi une injonction supplémentaire à rebours des propos sur l'autonomie des écoles.

François Jarraud

Dans Le Parisien

Blanquer et la laicité de fermeture

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Rodrigo Arenas, le coup du foulard...

8 Novembre 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Laïcité

Rodrigo Arenas, le coup du foulard...

Le coprésident de la FCPE revendique l’affiche de soutien aux mères voilées, accompagnantes de sortie scolaire, qui a fait polémique.

Les résultats de l’élection seront connus fin novembre. Mais les choses semblent bien se présenter pour la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE). «On a eu raison !» se félicite Rodrigo Arenas, son coprésident. «Raison» de concevoir fin septembre une affiche de campagne qui a mis le feu aux poudres. Elle montrait une mère coiffée d’un «foulard» à côté d’une enfant, avec ce slogan : «Oui, je vais en sortie scolaire, et alors ? La laïcité, c’est accueillir à l’école tous les parents, sans exception.» Il y eut une polémique, puis récemment le vote de sénateurs de droite en faveur de l’interdiction des signes religieux aux parents accompagnant les sorties scolaires. Historiquement de gauche, la FCPE affirme avoir agi au nom de la laïcité telle qu’elle la comprend. Puisque, selon Arenas, «certaines équipes pédagogiques», au mépris de la loi, s’arrangeraient pour éviter que des mères coiffées d’un «foulard» accompagnent leur enfant en sortie scolaire, l’association a soutenu celles-ci. Bénévole auprès de la FCPE, porté à sa tête à l’unanimité, «une première», Arenas a imposé une coprésidence pour instaurer une parité.

Il habite à Sevran, en Seine-Saint-Denis, et travaille comme cadre administratif pour le département. Nous le rencontrons dans un café à côté de la Bibliothèque nationale. Il entre avec un sourire et une écharpe violette, tous les deux aussi lumineux. Une salariée de la FCPE l’accompagne et assistera à tout l’entretien. Fils de réfugiés chiliens, arrivé en France à l’âge de 4 ans, Arenas n’a pas une once d’accent. De visage, il ressemble à Richard Anconina. Il est sympathique et nerveux, petit et fin, habillé de noir et chaussé de bottines en daim, et parle à la vitesse d’un commentateur sportif. La fameuse affiche relevait-elle de la provocation ou du prosélytisme ? Non, selon lui, elle traduisait un engagement en faveur, pas du «foulard», mais du droit de tous les enfants, y compris ceux dont les mères sont voilées. C’est «le côté laïque et républicain de la FCPE». Et cet athée de se mettre à faire l’inventaire des acceptions de la laïcité, ne reculant pas parfois devant son goût du calembour : «Certains invoquent les Lumières, mais les Lumières, faut les lire, et il y en a qui feraient mieux de remettre des ampoules.» Il consacre ses soirées à la fédération. Les tensions religieuses, ce père de quatre garçons les connaît bien : «Les mamans qui portent un foulard, ce sont mes voisines ! Ce sont elles qui s’occupent de nos enfants quand ma compagne ou moi avons un empêchement.» Et d’affirmer, sourire envolé, que «cette affiche a levé un tabou» et que ceux qui s’y opposent sont «racistes et xénophobes».

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Virginie Bloch-Lainé

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Voile - "Son rejet arbitraire est un communautarisme déguisé en universalisme."

3 Novembre 2019 , Rédigé par Slate Publié dans #Laïcité

Voile - "Son rejet arbitraire est un communautarisme déguisé en universalisme."

EXTRAIT

Depuis l'incident du 11 octobre au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, je me demande ce que Roland Barthes, auteur de Mythologies et de Système de la mode, aurait écrit au sujet du voile islamique.

Dans les joutes verbales des talk-shows et de la politique française, le voile est d'abord cet objet magique qui sature le discours mais qu'on ne voit jamais sur les plateaux de télévision, ou si peu. Ceux qui en parlent, hommes et femmes, ne le portent pas. Celles qui le portent ne sont pas invitées à en parler ou déclinent l'invitation.

S'agit-il d'un vêtement, d'un accessoire? Ou plutôt, aurait dit Barthes, d'une métaphore? D'un signe? Mais alors, un signe de quoi? Un simple signe d'appartenance, un signe religieux, ou bien un signe de soumission, de communautarisme, de séparatisme?

L'honnêteté m'oblige à avouer d'emblée que je n'en ai pas la moindre idée. Les raisons pour lesquelles une femme choisit de se voiler lui sont particulières. À ce titre, et sauf à les lui demander sans douter a priori de sa bonne foi, elles me paraissent inconnaissables.

Le voile comme symbole

Comme tous les vêtements, le voile est un choix privé qui se donne à voir dans l'espace public. Mais, contrairement au jean skinny, aux baskets ou au pull mohair d'Anne Sinclair, il est chargé en France d'une signification à la fois univoque et multidimensionnelle (politique, sociale, culturelle, psychologique) qui lui est attribuée principalement par celles et ceux qui le voient sans l'avoir jamais porté.

Il y a dans cette intentionnalité d'office un arbitraire du signe: une femme voilée est nécessairement soumise et communautarisée –«non-française», pour reprendre l'expression d'Alain Finkielkraut. Aux yeux des adversaires du voile, ce signe détient un pouvoir de nuisance et constitue une menace a priori, il est la manifestation d'un projet sécessionniste, voire totalitaire: vivre en marge des lois de la République, envisager de les subvertir par la charia.

Les femmes voilées, en d'autres termes, transgressent la norme sociale. Comme autrefois, le procès en sorcellerie qui leur est intenté repose sur la conviction intime qu'elles ne se contentent pas d'être qui elles sont: différentes. On estime qu'elles sont animées de mauvaises intentions envers le reste de la communauté.

Mais ne peut-on renverser la perspective, en se demandant si le rejet du voile au nom de la laïcité n'est pas un communautarisme déguisé en universalisme?

Le voile est critiquable, soit: comme toute chose en démocratie, dans un pays où la liberté d'opinion est garantie par l'État de droit. Une fois ce postulat formulé, encore faut-il définir l'objet de la critique. S'agit-il de l'idée du voile, au sens platonicien, c'est-à-dire de son essence? Ou de la multiplicité de ses formes réelles, c'est-à-dire de ses expériences?

(...)

Julien Suaudeau

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