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Vivement l'Ecole!

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Polémique sur le voile : « L'exigence de dévoilement n’est qu’un prétexte à l’expression d’un racisme qui fait ciment social »

29 Octobre 2019 , Rédigé par 20 Minutes Publié dans #Education, #Laïcité

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INTERVIEW Hourya Bentouhami, maîtresse de conférences en philosophie politique à l’université Jean Jaurès, explique l'obsession française sur le voile

  • Depuis l’altercation verbale entre un élu du Rassemblement national et une mère voilée, la France est plongée dans une énième polémique sur le port du voile. Ce mardi, le Sénat examine une proposition de loi LR sur les sorties scolaires sur le sujet.
  • Une routine annuelle dont le succès médiatique et politique ne se dément pas.
  • Hourya Bentouhami, maîtresse de conférences en philosophie politique à l’université de Toulouse Jean Jaurès, donne des explications sur cette étrange obsession.

Chaque année, elle fait son grand retour, inlassablement. On ne parle pas de la grippe ou de la raclette (hélas), mais bien de la polémique sur le voile. Une passion à la française et un succès qui ne se dément pas, puisque à chaque fois, tout le monde s’engouffre dans le débat :  les politiques, les médias, les personnalités…

Cette année, c’est l’humiliation d’une mère voilée par un élu du Rassemblement national qui a lancé l’énième polémique. Ce mardi, le Sénat doit d’ailleurs examiner une proposition de loi LR visant à interdire les signes religieux aux parents accompagnant les sorties scolaires. Sans compter que le Journal Du Dimanche publiait récemment un sondage Ifop selon lequel  78 % des Français jugent que la laïcité est « menacée ». Selon cette étude, ils sont également 80 % à penser que « la question de la laïcité se pose aujourd’hui différemment en France s’agissant de la religion musulmane ». Alors pourquoi une telle obsession pour le voile ? On a posé l’épineuse question à Hourya Bentouhami, philosophe et maîtresse de conférence à l’université de Toulouse Jean Jaurès.

Y a-t-il une obsession française sur le voile ?

Certainement, on peut dire qu’en France les musulmans, et plus spécifiquement les femmes musulmanes voilées, sont interdits d’apparition. Les corps des musulmanes portant le foulard sont traqués dans le moindre espace public ou privé (sur les plages, dans les restaurants, les entreprises…). Les musulmans « avoués », comme les appelle le sociologue Abdelmalek Sayad, sont des corps toujours en excès ; qui ont une injonction à la discrétion, voire à la disparition pure et simple. Plus qu’une obsession française, il existe un véritable dégoût envers les manifestations visibles d’une religion considérée à tort comme étrangère.

Comment expliquer une telle fixation ?

En partie du fait d’une certaine acception de la laïcité. La laïcité à la française s’attache surtout aux apparences, considérant que l’attachement à la laïcité et plus largement la loyauté aux lois de la République devraient se lire immédiatement dans la désaffiliation et le désaveu de sa religion. En vérité, c’est la religion musulmane qui est présumée incompatible avec la République. A ce titre, l’exigence de dévoilement jusque dans les espaces de la vie quotidienne n’est qu’un prétexte à l’expression d’un racisme qui fait ciment social, à une période où précisément l’inquiétude première des Français concerne davantage le réchauffement climatique, les retraites, les hôpitaux, et la possibilité de conduire une vie digne.

Les autres pays occidentaux ont-ils le même rapport au voile ?

Il existe de fait dans d’autres pays d’Europe des législations prohibitives du foulard, mais la France se différencie par le fait qu’elle considère l’expression de l’identité musulmane comme tendant nécessairement vers le communautarisme si elle n’est pas sans cesse rappelée à l’ordre et à la dispersion. Dans d’autres pays, comme en Belgique ou aux Pays-Bas, on peut voir des femmes médecins, des réceptionnistes, des élues voilées sans que cela ne suscite d’indignation républicaine. En France, on considère qu’être voilée c’est non seulement être soumise mais être prosélyte et incapable de représenter l’universel ou d’être neutre.

Les musulmanes attirent-elles plus l’attention des Français que les musulmans ?

En réalité, les hommes musulmans subissent aussi les conséquences de l’islamophobie, mais différemment. Le mépris, les discriminations ou les violences dont ils font l’objet sont moins médiatisés car ce ne sont pas des violences exercées au nom de grands idéaux républicains et humanistes. Le dévoilement des femmes musulmanes a toujours été au centre de l’attention des politiques coloniales de civilisation, selon un adage rendu célèbre par les administrateurs de l’Algérie coloniale : « La conquête de la femme d’abord, et le reste suivra. »

Peut-on y voir du sexisme « bienveillant » voulant « libérer » la femme contre son gré, en plus de l’islamophobie ?

En effet, mais il faudra nous expliquer comment on libère les femmes en réduisant leur liberté et leur droit. Ce féminisme opportun ignore tous de ces femmes, de leur motivation, de leur attachement à la foi… et plus généralement du féminisme. Comment peut-on prétendre libérer les femmes et les aider à leur intégration sociale en leur interdisant de travailler et d’accompagner leurs enfants lors de sorties scolaires ?

Pourquoi les autres signes religieux n’ont-ils pas cet impact médiatique dans la société ?

Parce que c’est l’Islam qui est considéré comme un problème. Il est souvent avancé de fait que ce serait la peur de l’Islam dit « radical » et plus encore, du terrorisme, qui expliquerait ce soupçon généralisé vis-à-vis des musulmans. Mais lorsqu’une musulmane comme Latifa Ibn Ziaten – mère de la première victime de Merah – fait un travail de prévention du terrorisme dans les écoles, les parlementaires poussent des cris d’orfraie et exigent son dévoilement avant toute apparition publique.

Le gouvernement avec sa politique de détection des « signaux faibles » et les médias qui plébiscitent les éditorialistes comme Eric Zemmour, ont une immense responsabilité dans le développement d’un racisme populaire. Ils alimentent la croyance implicite que des gestes et des conduites de haine envers les musulmans seraient autorisés, avec le risque majeur en France de voir un attentat de l’extrême droite ou de déséquilibrés à la Christchurch. N’oublions pas en effet que dans ce dernier cas, les terroristes se réclamaient de la thèse de Renaud Camus sur le « grand remplacement ».

Comment expliquer que la loi sur la laïcité soit si mal comprise et soit autant détournée contre le voile ?

Certainement parce que le problème français du voile n’est pas lié à la laïcité contrairement à ce qui est sans cesse claironné. Ce qui ne passe pas dans la visibilité de l’Islam, c’est l’existence pérenne des musulmans et plus largement de populations postcoloniales. La preuve en est que la loi sur les signes religieux à l’école de 2004 n’a pas fait taire les polémiques, puisque celles-ci s’étendent sans cesse vers des lieux et des espaces où les femmes concernées ne sont pas des agents de la fonction publique. Ces traques et cette volonté de faire disparaître tout signe d’expression de la foi musulmane dans l’espace public risquent d’alimenter précisément ce que l’on veut combattre, c’est-à-dire le terrorisme.

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas

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Prohiber les signes religieux partout, c'est dévoyer la laïcité et renforcer le communautarisme...

29 Octobre 2019 , Rédigé par Huffington Post Publié dans #Education, #Laïcité

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Il y a là une double erreur: l’une tient à la nature de la laïcité, l’autre à l’efficacité du combat contre le séparatisme communautaire.

Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde.

Cette phrase d’Albert Camus peut être présente à notre esprit lorsquon considère l’actuel débat sur la laïcité, tant les confusions, volontaires ou involontaires, sont grandes.  

Ce principe, en effet, est instrumentalisé de tous côtés. Et depuis la première controverse sur les “foulards” de Creil en 1989, tout se passe comme si l’on n’avait rien appris, les mêmes arguments revenant sans cesse, mais de manière de plus en plus violente, mélangeant la laïcité aux problèmes du communautarisme, de l’immigration, de la sécurité, sans penser la spécificité de chacun d’eux. 

Cette permanence s’explique, certes en partie, par une tension qui existe dans la notion même de laïcité hier comme aujourd’hui. 

Il y a ceux qui estiment que la laïcité française peut et doit être une pensée du pluralisme dans la société, accordant une place à toutes les identités spirituelles par une politique de reconnaissance réciproque.

Il y a ceux qui privilégient une visée universaliste qui demande aux individus de transcender leurs différences pour pouvoir réellement vivre ensemble.

Mais malgré cette polarité appelée à durer, la législation et le droit ont largement contribué à encadrer les libertés de convictions, donnant des règles plus claires qu’on ne le dit souvent.  

Il est utile de le rappeler pour savoir de quoi l’on parle. Les fonctionnaires quels qu’ils soient et toutes celles et ceux qui exercent une mission de service public sont soumis à une obligation de neutralité, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent, dans l’exercice de leurs fonctions, manifester leurs convictions religieuses. Mais ce devoir ne s’impose pas aux usagers des services publics, sous réserve évidemment de ne pas porter atteinte à l’ordre public. 

Les élus ne sont pas soumis à cette obligation -hormis lorsqu’ils exercent une fonction d’officier d’État civil. 

À l’école, on le sait, le foulard et le voile, comme signes religieux ostensibles, sont interdits parce que les élèves sont mineurs et qu’ils doivent se construire sans une pression qui agirait comme une contrainte. 

Les parents accompagnateurs dans les sorties scolaires n’exercent pas une mission de service public, mais apportent une aide logistique. Le Guide de l’Éducation Nationale indique cependant que les signes d’appartenance religieuse peuvent et doivent être retirés si les discours et les comportements traduisent une volonté de propagande ou de prosélytisme. 

À l’Université, en revanche, les étudiants sont adultes et responsables de leurs choix. Depuis quelques années, la jurisprudence a comblé les vides en statuant sur ce qui est licite ou non dans l’entreprise, l’hôpital, les associations... et les règlements intérieurs sont de plus en plus nombreux à préciser les règles de comportement. 

Enfin, l’espace public -rues, jardins, plages...- est libre. Mais, pour des raisons de sécurité et non en raison des principes laïcs, depuis la loi d’octobre 2010, il est interdit de porter une tenue dissimulant le visage, comme une burqa ou une cagoule. 

Faut-il aller plus loin? L’énumération précédente montre que nous mettrions alors en œuvre une prohibition pure et simple de l’expression des signes religieux dans l’espace public, concernant, au premier chef l’Islam, mais par voie de conséquence toutes les religions. Certes, au cours de notre Histoire, cette vision a toujours été portée par un courant, plus laïciste plus laïque, qui entend que la religion demeure une affaire privée. Aujourd’hui, il conflue avec des positions et des discours politiques venant de l’extrême droite et de la droite, mais aussi de la gauche, qui pensent que l’interdiction des signes religieux dans l’espace public est le meilleur moyen de lutter contre le communautarisme, rabattant ainsi, qu’on le veuille ou non, l’islamisme, projet politique qui se revendique de la religion, sur l’Islam. 

Il y a là une double erreur: l’une tient à la nature de la laïcité, l’autre à l’efficacité du combat contre le séparatisme communautaire. Disons-le en quelques mots: la laïcité, telle qu’elle résulte du processus historique qui a mené à la loi de 1905, sur la séparation des Églises et de l’État, est un principe étroitement lié aux valeurs fondamentales de la République. La laïcité est d’abord une liberté: la liberté de conscience qui permet de croire ou de ne pas croire, la liberté de pratiquer une religion, dans la mesure où les manifestations de l’expression religieuse ne mettent pas en cause l’ordre public. La laïcité garantit ensuite le respect du principe d’égalité. La séparation des Églises et de l’État permet d’assurer l’égalité entre tous les citoyens quelles que soient leurs convictions. Athées, agnostiques, croyants ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. La laïcité, enfin, est une condition de l’idéal républicain de fraternité. Elle s’oppose, en effet, à ce qui divise et sépare. Elle doit être un facteur de concorde. 

Nous pensons que c’est le respect et la mise en œuvre de ces principes qui donnent les meilleures opportunités de lutter contre les phénomènes communautaires qui peuvent déchirer la nation. Ce n’est pas en renforçant l’isolement de populations entières -dont, pour une large part, les conditions de vie économique et sociale favorisent déjà le repli– qu’on les aidera à se dissocier des forces sectaires qui instrumentalisent leur religion. 

La laïcité n’est évidemment qu’une partie de la réponse et ne peut suffire à tout. L’ensemble des politiques publiques est concerné, avec notamment la présence et l’action des services publics sur tout le territoire. 

Ce qui importe fondamentalement, c’est que tous les citoyens et tous les groupes de notre société partagent une même culture démocratique. La tâche est rude, mais elle n’aurait aucune chance de réussir si nous la menions sur de mauvaises bases, dans la confusion des pensées et dans la malignité des sentiments.

Les signataires de cette tribune:

Alain Bergounioux, historien  -Maurice Braud, membre du Bn du PS, cadre dans le privé -Jean-Christophe Cambadélis, ancien député, président de “J’aime la gauche”  -Philippe Doucet, ancien député -Laurent Dutheil, ancien sénateur -Rita Maalouf, chercheuse labo LADYSS / CNRS-Édouardo Rihan Cypel, ancien député  -Nawel Oumer, avocate à la cour, conseillère de Paris   -Olivia Polski, adjointe au maire de Paris -Nicolas SFEZ, avocat à la cour, enseignant à Sciences-Po -Yannick Trigance, conseiller régional Ile de France -Henri Weber, ancien député européen  

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26 décembre 2017 - La laïcité à l'école bradée pour 10 millions d'euros... Mais là, cela ne dérange personne...

27 Octobre 2019 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Laïcité, #Education

Le gouvernement vient de prendre dix millions d'euros à l'école publique pour les donner à l'enseignement privé, en majorité confessionnelle. Pourquoi aucun débat public n'a-t-il lieu sur cette disposition ? Quel sens ont les annonces du ministre de l'éducation au sujet de la laïcité alors que le gouvernement la brade en catimini? Une tribune du Cercle des enseignant-es laïques.

Le 7 décembre dernier, un arrêté (voir à ce lien), signé par le premier ministre Édouard Philippe et le ministre de l'action et des comptes publics Gérald Darmanin, annonce un virement de crédits. Vingt millions d'euros d'engagement sont annulés sur la dotation de l'enseignement public du second degré. Sur cette somme, dix millions sont reversés à l'enseignement privé du premier et du second degré.

L'école publique serait-elle si riche qu'il faille à nouveau rogner sur le principe de séparation des églises et de l'État pour qu'on finance ainsi l'enseignement confessionnel ? La réalité est que, même quand les budgets ont comptablement augmenté lors de la dernière décennie, les hausses n'ont jamais couvert l'augmentation démographique. Les réformes (rythmes scolaires, collèges, enseignement prioritaire, lycées...) se sont faites dans le meilleur des cas à moyens constants, la plupart du temps en baissant les moyens.

Passée sous silence par celles et ceux qui défendent une vision dévoyée de la laïcité exclusivement tournée contre l'islam et les usager-es des services publics assigné-es à cette religion, la question des financements publics de l'école privée est pourtant cruciale. Directement liée a à la défense de la laïcité mise à mal par le gouvernement, elle pose immédiatement l'enjeu de l'égalité. Non pas de cette égalité toute abstraite, qu'on invoque en bombant le torse sur un plateau télévisé. Mais bien une égalité concrète, qui se défend, se vit et se pratique au quotidien.

L'école de la République est l'école des inégalités. La Cour des comptes l'a documenté en 2012. En 2015, le défenseur des Droits, saisi par des parents d'élèves de Saint-Denis, a décrit « une rupture du principe (...) d'égalité des usagers devant le service public. » Postes non pourvus, professeur-es non remplacé-es, locaux et matériels vétustes, sureffectifs dans les classes, surveillant-es et agent-es d'entretien en moins, obligations de la médecine scolaire non remplies : dans les territoires abandonnés par la République où nous enseignons, nous ne considérons pas que dix millions d'euros soient un luxe. Surtout s'il s'agit de les reverser à des écoles privées en majorité catholiques qui font payer les familles pour garantir le droit à la scolarité.

La question du financement de l'école privée ne se limite pas à l'État. Il est temps d'avoir un débat national sur les subventions apportées par les collectivités territoriales à l'enseignement confessionnel ou assimilé. Issu de la mouvance de la Manif pour tous, cautionné par Emmanuel Macron qui s'est affiché à ses côtés lors de la présidentielle, ou par le ministre Jean-Michel Blanquer qui avait participé à un de ses colloques en 2016, le réseau Espérance Banlieue est un bon exemple des atteintes à la laïcité dont se rendent responsables les élu-es de ces collectivités. Le conseil régional, d'Ile-de-France présidé par Valérie Pécresse, lui a attribué une subvention de 50 000 euros, alors même qu'il supprime de nombreux postes d'agents d'entretiens dans les lycées publics de la région parisienne, notamment dans le 93 ; en Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez a versé 260 000 euros à cette structure sous influence du catholicisme le plus réactionnaire et au cœur de nombreuses polémiques sur le traitement des enfants et la piètre qualité des enseignements (voir un article de synthèse à ce lien).

Comment peut-on se réclamer des combats laïques et passer sous silence les détournements de l'argent public dont se rendent responsables ces élu-es et le gouvernement ? Face à l'urgence d'un tel débat, le ministre s'est contenté de faire diversion. A quoi bon des « unités laïcité » quand il existe déjà des « référentEs laïcité » ? Quel sens cette mesure a-t-elle quand la politique budgétaire est antilaïque ?

L'autre annonce a concerné les sorties scolaires. Et les propos du ministre, favorable à l'exclusion des mères portant un voile, n'ont pas manqué de réveiller les habituel-les polémistes islamophobes, de l'extrême-droite ou de groupes dits « républicains », qui contribuent, depuis deux décennies, à masquer les inégalités structurelles au sein de l'école, à empêcher tout débat public sur les atteintes réelles à la laïcité – comme l'est le décret du 7 décembre – tout en stigmatisant des mères d'élèves soucieuses de la scolarité de leurs enfants et engagées dans une relation constructive avec l'école de la République. Nous appelons médias, intellectuel-les, professionnel-les de l'éducation et responsables politiques à en finir avec cette fausse laïcité, qui n'est qu'un masque d'un racisme profond dont nous devons toutes et tous prendre la mesure pour le combattre. Nous appelons aussi à un débat centré sur les questions prioritaires de l'école : celle des moyens, des inégalités structurelles de l'école et du financement public de l'école privée.

Mérôme Jardin

Anaïs Flores, Paul Guillibert, Jérôme Martin et Florine Leplâtre sont des enseignant-es membres du Cercle des enseignant-es laïques et co-auteur-es du Petit manuel pour une laïcité apaisée (Editions La Découverte ; 2016)

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Port du Voile : comment en parler sans hystériser le débat ?...

20 Octobre 2019 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Laïcité

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Vendredi 11 octobre, un élu du Rassemblement national a pris à partie une mère de famille voilée qui accompagnait des élèves à une séance du Conseil régional de Bourgogne Franche Comté, et lui a demandé de quitter la salle. Une polémique sans fondement juridique puisque la loi sur ce sujet est claire : les accompagnants ne sont pas tenus à la neutralité vestimentaire requise pour les enseignants. Voilà qui n’a pas empêché le débat de s’enflammer voire de s’hystériser toute la semaine autour de l’image poignante de cette mère voilée réconfortant dans ses bras son fils en larmes.Une pétition a circulé titrée "Jusqu’où laisserons-nous passer la haine des musulmans ? 90 PERSONNALITES, journalistes, artistes, intellectuels, CONTRE L'ISLAMOPHOBIE."

Au-delà de cette pétition, un débat politique plus large, l’ex LR Xavier Bertrand dénonçant par exemple dimanche dernier la prise de conscience tardive du président de la république face à l’«islam politique», et pour l’appeler à «changer». Lequel Emmanuel Macron ne s’est pas exprimé  publiquement mais  a fait savoir qu’il trouvait «irresponsable de faire des amalgames et de stigmatiser»,  qu’il n’avait «toujours pas prévu à ce stade» de prononcer de  «grand discours» sur l’islam et la laïcité, qu’il déplorait que ce débat ait débuté avec son discours post attentat  appelant à la "société de vigilance"  pour lutter contre « l’hydre islamiste ». Une notion dont le chef de l’Etat se serait dit persuadé qu’elle avait au mieux été mal comprise, et au pire instrumentalisée. Pourquoi donc le débat sur le voile resurgit-il si régulièrement en France et avec un tel niveau de virulence voire d’hystérie dans l'arène politique et médiatique française, de l’affaire du voile de Creil en 1989 à celui sur le hijab de course de Décathlon ?

Pourtant, en 2003, il y a 16 ans, déjà le débat sur le voile, Jacques Chirac avait mis en place une commission laquelle avait auditionné pendant 3 ans ( !) quelque 140 personnes représentant la société civile, les partis politiques et les instances religieuses du pays, dont une centaine en séance publique, avait passé en revue un nombre considérable de cas de figure, école, hôpitaux, lieux publics, jupes longues, bandeaux… Un travail qui se voulait à l’époque exhaustif voire définitif. Mais au fond la France voulait elle vraiment en finir avec ce débat là?

Emilie Aubry

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«Société de vigilance»: les enseignants sont déjà requis depuis des années...

18 Octobre 2019 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Laïcité

«Société de vigilance»: les enseignants sont déjà requis depuis des années...

EXTRAITS

Depuis 2014, les autorités ont mis en place un dispositif de remontée des « signaux faibles » par de nombreux « référents radicalisation ». Particulièrement sollicitées, les écoles et universités se voient confier la responsabilité de juger de la dangerosité d’élèves ou d’étudiants, à l'image de la fac de Cergy-Pontoise, en fonction de critères vagues et potentiellement discriminants.

La révélation de l’envoi, le lundi 14 octobre, par l’administration de l’université de Cergy-Pontoise, d’un questionnaire visant à faire remonter les « signaux faibles de radicalisation » repérés chez ses étudiants a eu le mérite d’illustrer de manière crue comment se concrétise sur le terrain la « société de vigilance » promue par Emmanuel Macron.

Contrairement à ce qu’a affirmé le président de l’université, François Germinet, la diffusion de ce mail n’est pas un simple « message extrêmement maladroit dans son contenu » qui aurait été envoyé « dans le contexte de l’attaque de la préfecture de police de Paris ».

La preuve en est un autre mail identique, envoyé cette fois le lundi 18 mars par le fonctionnaire sécurité défense (FSD) de l’établissement à l’ensemble des directeurs et des laboratoires, responsables administratifs et chefs de service, et que Mediapart s'est procuré. Celui-ci rappelle la mise en place, en février 2018, d’un nouveau plan de lutte contre la radicalisation. « Ma première action dans ce domaine porte sur la détection de personnes susceptibles d’être en cours de radicalisation afin de les aider et d’aider leur famille à sortir de ce phénomène », écrit le FSD.

Dans ce but, un « imprimé » est joint au mail afin d’être communiqué à tous les « collaborateurs (personnels enseignants – chercheurs, enseignants – et administratifs et techniques) ». Celui-ci doit être rempli si « un individu (étudiant ou collègue) présente un ou plusieurs signaux listés dans cet imprimé » ou en cas de « présence de signaux faibles liés au fonctionnement d’un bâtiment  ».

Le document en question est exactement le même que celui envoyé le 14 octobre. Intitulé « Fiche de remontée de signaux faibles », il consiste en une liste de critères auxquels il faut répondre par oui ou par non : « absentéisme récurrent », « ne participe plus à un groupe d’amis », « ne répond plus à ses mails, ses SMS », « port d’une djellaba », « apparition du port du voile », « port du niqab », « port de la barbe sans moustache », « arrêt de faire la fête » ou encore « réalisation de prière dans les locaux de l’université ».

Le mail du lundi 14 octobre a été dénoncé, notamment sur les réseaux sociaux, par plusieurs enseignants. « La liste des “signaux faibles” qui y figure est sidérante », a ainsi réagi sur Twitter Renaud Epstein, maître de conférences à l’université de Cergy. « Si je devais l’utiliser pour une auto-analyse, j’aurais de bonnes chances de gagner un voyage gratuit à Guantanamo. »

Face au tollé, la direction de l’université a rapidement réagi. Dans un communiqué, elle « regrette vivement d’avoir pu heurter ou choquer certaines personnes au sein de l’université et à l’extérieur par une formulation inappropriée et source d’incompréhension et leur présente ses excuses. En particulier et en conséquence, le document joint au message est retiré ».

(...)

Depuis 2014, les enseignants et les personnels administratifs des établissements se voient proposer de multiples formations à la prévention de la radicalisation. Sur internet, de nombreux cours en ligne et fiches d’informations ont été mis à leur disposition, notamment sur les sites de ressources pédagogiques de l’Éducation nationale Eduscol et le réseau Canopé.

Mais si les procédures y sont clairement expliquées, tous ces documents sont en revanche très évasifs concernant les critères devant déclencher un signalement. Une fiche du ministère de l’Éducation nationale diffusée en 2018 évoque ainsi la « rupture relationnelle », « avec l’école », « avec la famille », des « nouveaux comportements » dans les domaines « alimentaire, vestimentaire, linguistique, financier… », un « intérêt soudain […] pour telle religion ou telle idéologie » ou encore des « discours relatifs à la “fin du monde” ». Des critères bien vagues pour des personnes confrontées quotidiennement à des adolescents.

En pratique, les professionnels se voient donc confier la responsabilité de décider du signalement, et donc de l’inscription possible d’une personne dans un fichier de l’État, sur la base de critères qui n’ont pas été clairement définis. En effet, même si le concept de « signaux faibles » est constamment répété par les responsables politiques, celui-ci est quasiment absent des textes officiels qui se contentent de parler de « signes » décrits en termes généraux.

Un document pourtant donne une définition assez précise des « signaux faibles ». Il s’agit du rapport annuel 2015 du CIPDR remis au Parlement en 2016. Celui-ci propose même un tableau complet de « signaux forts » et de « signaux faibles » classés dans différentes catégories. Le but était alors « d’éviter l’écueil de la stigmatisation d’une pratique religieuse au profit de l’identification d’indicateurs de basculement pertinents et caractéristiques d’un processus de radicalisation ».

« Un seul indice ne suffit pas pour caractériser l’existence d’un risque de radicalisation et il a donc été décidé de pondérer les indicateurs en distinguant les signaux forts des signaux faibles, poursuivait le rapport. Les premiers doivent constituer une alerte, les seconds un état de vigilance. » Il était accompagné d’un tableau de plusieurs pages listant une série de critères qui, effectivement, ne semblaient viser aucune religion en particulier, hormis la ligne « changement d’apparence » classant « barbe, voile intégral, djellabas ou volonté de dissimulation » comme des « signaux forts ».

(...)

Jérôme Hourdeaux

L'article est à lire dans son intégralité en cliquant ci-dessous

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Hijab - Interdirez-vous Latifa ibn Ziaten? Oserez-vous?...

18 Octobre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Laïcité

Hijab - Interdirez-vous Latifa ibn Ziaten? Oserez-vous?...

A celles et ceux voulant interdire le hijab pour les femmes accompagnatrices en milieu scolaire.

La mère de la première victime de Mohammed Merah, Latifa ibn Ziaten, intervient DANS les établissements depuis des années.

Dédicace à ceux manipulant les interdits, jouant avec le feu.

Christophe Chartreux

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Ce que disent les mères voilées des sorties scolaires...

17 Octobre 2019 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Laïcité

Trois mères voilées racontent leurs blessantes évictions des activités extra-scolaires.

En 2015, des mères racontent leur bataille à Méru, au Blanc Mesnil, à Montreuil, pour accompagner leurs enfants en sortie scolaire. 

Anissa a 36 ans et habite Montreuil. Elle est mère au foyer et maman de 3 jeunes garçons âgés respectivement de 13, 10 et 7 ans, tous, scolarisés à l’école publique. 

Un beau jour, son plus jeune fils s’étonne :  

"Dis-maman, pourquoi les mamans des autres enfants vont en sorties scolaires et jamais toi ? 

Parce que je portais un foulard, on m’a refusé les sorties scolaires avec mon fils à l'école primaire."

Le maître d’école a été clair :  

"On ne peut pas vous accepter, sinon, nous sommes hors-la-loi."

Anissa ne comprend pas : 

"On ne veut pas que je montre mon foulard devant des enfants lors de sorties scolaires. Mais par contre, lorsqu’on me demande de tenir les stands à la kermesse et d’apporter mes cornes de gazelles, ça ne dérange plus personne !

Comme expliquer ensuite aux enfants que ce qui vaut pour l’un ne vaut pas pour l’autre. On ne fait que lui montrer qu’il n’a pas d’égalité..."

Karima a 36 ans et est maman 7 enfants, tous, "voulus et désirés" précise-t-elle. Sa plus grande a 11 ans et le petit dernier a 21 mois. Un jour, elle propose son aide à la préparation d’un goûter de Noël où traditionnellement les parents apportent leurs gâteaux. A sa grande surprise, la directrice lui refuse catégoriquement sa proposition en raison d’une prétendue loi qui interdirait la présence de femmes voilées dans l’enceinte de l’établissement, à moins que le voile ne soit retiré.

"Ça fait 10 ans que je porte le voile par conviction religieuse.  

Ce n’était pas facile de le porter à cause du regard des autres. Mais de me demander de me dévoiler pour un goûter de Noël, c’est violent et absurde !

Personne ne comprenait pourquoi cela mettait les mamans voilées dans tous leurs états. 

Il n’a pas de semi-maman, comme il n'y a pas de semi-religion, ni de semi-liberté.

Ça heurte qui qu’on mette un voile ?"

Une maman de Méru âgée de 40 ans et mère de trois enfant. Elle avait toujours pu participer aux kermesses ou bien aux goûters de Noël… 

"Moi, maman voilée, je mettais un chapeau de père Noël sur mon voile.

Je n’avais jamais connu de discrimination ou de racisme jusqu’en 2013 qui a été une année noire pour nous, les mamans de Méru."

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