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Vivement l'Ecole!

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Clément Viktorovitch, une leçon de droit sur le hijab et la laïcité... (+ Faïza Zerouala, journaliste)

17 Septembre 2020 , Rédigé par Divers Publié dans #Laïcité

A lire: "Des voix derrière le voile" - Faïza Zerouala

 

 

 

Clément Viktorovitch, une leçon de droit sur le hijab et la laïcité... (+ Faïza Zerouala, journaliste)
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«Séparatisme». Quid de certains établissements hors contrat catholiques ou juifs? - Par Claude Lelièvre...

26 Février 2020 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Laïcité

«Séparatisme». Quid de certains établissements hors contrat catholiques ou juifs? - Par Claude Lelièvre...

Le «séparatisme» est un syntagme utilisé actuellement par le chef de l'Etat qui vise avant tout certains dispositifs d'obédience musulmane. Peut-il être limité à cela si l'on prend connaissance de certains éléments pointés dans un ouvrage qui vient de paraître: «Refus et refusés d'école» ? Rien n'est moins sûr.

Cet ouvrage, issu d'un colloque tenu à Amiens en 2017, est paru en janvier 2020 aux Editions universitaires de Grenoble. Le chapitre 6 intitulé: "L'enseignement privé scolaire hors contrat: refuge ou refus d'école'' retient tout particulièrement l'attention. Son auteur- Bruno Poucet - est un historien de l'éducation reconnu, notamment sur l'enseignement privé.

Après avoir pris soin de préciser que "le hors contrat est un véritable kaléidoscope des interrogations de l'école dans la mesure où les refus de l'école traditionnelle reposent sur des raisons extrêmement différentes", Bruno Poucet conclut "la plupart de ces écoles, que les pratiques pédagogiques soient novatrices ou conservatrices, sont souvent liées à un projet clairement identifiable de mise en cause du caractère public de l'école, de refus de faire société avec tous, de vivre ensemble. Ce qui est nouveau, c'est que désormais une organisation nationale existe; cela devient en ce sens non plus un projet pédagogique mais un projet quasi politique" ( p. 103)

Et ce qu'il pointe (en termes parfois tranchants, ce qui est inhabituel pour lui) peut être très significatif voire préoccupant.

"Le réseau catholique de la ''tradition'' ( p. 97)

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (catholiques intégristes en dissidence avec l'Eglise catholique conciliaire) estime être porteuse de la ''tradition''. Elle est depuis les années 1970 à l'origine de la création d'environ 35 écoles et de 15 collèges, ce qui représente 4000 à 5000 élèves. Ces écoles ont de fortes caractéristiques idéologiques, à la limite sectaires, et tiennent souvent des discours radicaux: reconstruction par la base d'une France chrétienne [...]. Ces écoles rejettent la mixité dès l'âge de 10 ans [...]. Elles refusent le principe de la laïcité et en appellent à la résistance à la sécularisation de la société française"

"Le réseau juif (pp.97 et 98)

Le réseau juif s'est essentiellement développé en région parisienne à partir des années 1980: les attentats, l'antisémitisme, la volonté d'entre-soi social, de réussite scolaire, la place donnée au religieux ont renforcé le poids des écoles juive. Ce sont les courants juifs ultra-orthodoxes des haredi et des loubavitch qui ont développé ce type d'établissements (15 groupes scolaires regroupant environ 8000 élèves). Ils regrettent , en effet, que l'on soit passé, en acceptant le système du contrat, d'une école juive à une école pour les juifs; en résumé que la sécularisation a fait, là aussi, son entrée. Elles sont donc très conservatrices et à la limite aussi du sectarisme [...]. Le poids de la religion et de la cutlure juive est très fort: la moité du temps est consacrée à l'apprentissage de la culture juive - apprentissage de l'hébreu, de la Thorah et du Talmud, respect des pratiques religieuses. D'autres particularités font d'elles des cousines germaines des établissements catholiques de ''tradition'': absence de mixité dès le CP, tenue vestimentaire distincte entre garçons (costume noir, port obligatoire de la kippa) et filles (jupes longues)''

Claude Lelièvre

https://blogs.mediapart.fr/claude-lelievre/blog/260220/separatisme-quid-de-certains-etablissements-hors-contrat-catholiques-ou-juifs?utm_source=twitter&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-67

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Débat : Laïcité à l’école, des impasses historiques - Par Claude Lelièvre

18 Février 2020 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education, #Laïcité

EXTRAIT

Dans une lettre adressée au Président de la République le 4 février 2020, le président du parti Les Républicains, Christian Jacob, renouvelle sa demande, formulée en novembre 2019, d’« un acte II de la laïcité en référence à l’initiative prise par Jacques Chirac en 2003 lorsqu’il avait installé la commission présidée par Bernard Stasi ».

Cette commission, rappelons-le, avait débouché sur la loi de 2004, et l’interdiction dans les établissements scolaires des signes manifestant une appartenance religieuse.

Il s’agit de lancer « une réflexion approfondie sur la mise en œuvre du principe de laïcité dans la société française », assure Christian Jacob. Mais où en est-on vraiment dans ce dossier si complexe, voire explosif ? La laïcité est en proie à une valse des métaphores (qu’on la qualifie de « ferme » ou « souple », « ouverte » ou « intransigeante ») qui relève davantage de la posture que d’une pensée rationnelle et cohérente.

Or, ce qui est profondément sous-jacent, c’est souvent la perte de vue du principe de non-contradiction. Une perspective historique nous montre que les incohérences perdurent, et peuvent même s’accroître dans un certain aveuglement. S’il n’est sans doute pas facile de les réduire, encore convient-il de ne pas les ignorer, au risque d’aggraver les incompréhensions.

Exceptions à la loi de 1905

Il est étrange que l’on puisse envisager d’aller « plus loin » dans la séparation des Églises et de l’État instituée par la loi de 1905, alors même que des enseignements religieux sont dispensés dans les écoles publiques de trois départements.

En effet, lorsque la loi de 1905 a été adoptée, l’Alsace-Lorraine était alors annexée à l’empire allemand. Lorsqu’elle est redevenue française, en 1918, c’est le régime du Concordat adopté en 1802 qui y a été maintenu. Le gouvernement du Bloc des gauches a tenté en 1924 de l’y supprimer, mais a échoué. La situation n’a plus évolué depuis un siècle, signe qu’il est sans doute difficile de sortir de cette impasse historique.

On peut à cet égard rappeler le pas de clerc de François Hollande à l’élection présidentielle. Fin 2011, il dit vouloir « constitutionnaliser » la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État. Mais les vives réactions rencontrées le conduisent à préciser le 26 janvier 2012 que cette mesure s’appliquerait « sous réserve des règles particulières en Alsace et Moselle »… En tout état de cause, cette incohérence montre que la logique et le souci de cohérence en prennent beaucoup à leur aise.

(...)

Claude Lelièvre

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Le voile de la soeur interdite dévoile la confusion venue de soi-disant laïques - Par Claude Lelièvre

21 Novembre 2019 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Laïcité

Le voile de la soeur interdite dévoile la confusion venue de soi-disant laïques  - Par Claude Lelièvre

Dans le cadre de la confusion entretenue par certains à propos de la laïcité (visant essentiellement les musulmans) cela devait arriver comme un boomerang: une religieuse a été sommée d'enlever son voile pour être acceptée dans un appartement aux Résidences Autonomies à Vesoul

Le'' Centre communal d'action sociale'' qui gère cette résidence lui a signifié par courrier que "dans le respect de la laïcité, tout signe ostentatoire d'appartenance à une communauté religieuse ne peut être accepté en vue d'assurer la sérénité de toutes et de tous. En effet la religion est une affaire privée et doit le rester"

On en est là! De grands acteurs de la "séparation de l'Ecole et des Eglises" (en 1882) comme Jules Ferry, ou de la ''séparation de l'Etat et des Eglises'' (en 1905) comme Jean Jaurès ou Aristide Briand en resteraient bouche bée! Et pourtant on ne peut les soupçonner d'être des ''islamo-gauchistes'' ( mais il est vrai que Jean-Jaurès a pu être traité de ''socialo-papiste'' en son temps par certains...)

On ne saurait trop rappeler le discours de Jules Ferry au Sénat le 10 juin 1881  , pour tenter de dissiper l'ombre de la confusion en la matière: « J'ai toujours pensé que l'oeuvre du gouvernement de la République n'est point une oeuvre de sectaires, que nous n'avons ni le devoir ni le droit de faire la chasse aux consciences et qu'en agissant ainsi , nous manquerions à notre premier devoir. Nous sommes institués pour défendre les droits de l'Etat contre un certain catholicisme, bien différent du catholicisme religieux, et que j'appellerai le catholicisme politique. Quant au catholicisme religieux, qui est une manifestation de la conscience d'une si grande partie de la population française, il a droit à notre protection […]. Oui , nous sommes entrés résolument dans la lutte anticléricale ; je l'ai dit et la majorité républicaine m'a acclamé quand j'ai tenu ce langage. Oui nous avons voulu la lutte anticléricale, mais la lutte antireligieuse, jamais, jamais »

Il ne s'agit d'aucune façon pour Jules Ferry de refouler l'expression religieuse en tant que telle: on "manquerait alors à notre premier devoir". Jules Ferry indique même que "le catholicisme religieux a droit à notre protection"

La "séparation de l'Etat et des Eglises'' se situe dans ce droit fil. Le premier article de la loi indique que la liberté de conscience est au fondement de la loi: "La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public" C'est même la première loi française qui fait de la liberté religieuse un droit, rompant ainsi avec le régime d'autorisation qui a prévalu tout au long du XIXe siècle concordataire

On rappellera aussi in fine que l'amendement présenté lors du débat en vue de permettre l'interdiction aux prêtres de porter  la soutane ( une ''robe'' constituant une atteinte à la dignité masculine, le signe d'une ''soumission'' envers la hiérarchie, ''un acte permanent de prosélytisme") a été repoussé alors par 391 voix contre 184, le rapporteur de projet de loi , Aristide Briand, arguant qu'on ne pouvait pas "par une loi qui se donne pour but un régime de liberté" interdire une façon de se vêtir.

Qu'on se le dise...

Claude Lelièvre

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De l’ethos de la laïcité. Réponse à Souâd Ayala (Président du Conseil Supérieur des Programmes)

19 Novembre 2019 , Rédigé par Telos Publié dans #Education, #Laïcité

De l’ethos de la laïcité. Réponse à Souâd Ayala (Président du Conseil Supérieur des Programmes)

EXTRAIT

Dans Le Monde du 26 octobre, Souâd Ayala, inspectrice générale de philosophie et présidente du Conseil supérieur des programmes[1], développe l’argumentation suivante :

  1. La laïcité ne se réduit pas à la production de lois. Dégager sa signification suppose que l’on détermine ce qui est souhaitable et ce qui ne l’est pas. Dans le présent débat, Jean-Michel Blanquer est fondé à considérer que le voile n’est pas souhaitable.
  2. L’idée même que l’affirmation précédente puisse être discutée est inquiétante pour la raison.
  3. La visibilité de l’islam est saturée par la question du voile et celle du terrorisme islamiste. Les « belles âmes » (sans plus de précision) ne perçoivent pas cette réalité.
  4. Il faut que les femmes musulmanes comprennent que le voilement ne peut être perçu que comme manifestation de l’affiliation aux « représentations de l’islam politique » et non comme l’accomplissement d’une obligation religieuse.
  5. Il convient donc de dire aux musulmanes de renoncer à porter le voile si nous voulons être solidaires des femmes qui, ailleurs, y sont contraintes.
  6. Eriger en droit le choix de se voiler, c’est adhérer à une vision patriarcale de la femme musulmane et, dès lors, être en contradiction avec un engagement féministe.
  7. Nous avons un devoir de vérité à l’égard des musulmans en général, sauf à endosser un discours décolonial aux « relents néocolonialistes ».
  8. Le dévoilement est congruent avec l’ethos de la laïcité, lequel réclame la sortie du religieux hors de la sphère publique.

Ces huit propositions méritent discussion.

Le point 1 pourrait paraître acceptable si toutefois il n’invitait pas à une réponse définitive (« le voile n’est pas souhaitable ») sans que soit esquissée la signification de la laïcité, telle que l’entend Souâd Ayala. Il nous semble qu’en atténuant la dimension juridique, ce qui peut s’entendre, elle nous dise surtout que la laïcité doit privilégier sa fonction d’émancipation. Or cette opposition est factice : l’abstention que prescrit la loi de 1905 est la garantie de la liberté de conscience et, dès lors, l’outil privilégié de l’autonomie. De fait, la laïcité émancipe. Et si ce processus conduit au choix d’un vêtement perçu, à tort ou à raison, comme une obligation religieuse, comment, sans contrainte, et en cohérence avec la valeur de liberté, l’empêcher ?

Le point 2, tout à fait décisif, laisse entendre que l’exercice de la raison suffit pour décider que « le voile n’est pas souhaitable ». Mais cette question se pose-t-elle vraiment ? S. Ayala ne peut avoir oublié le débat philosophique sur la tolérance, notamment celui entre Bossuet, partisan de l’uniformité religieuse, et Bayle, défenseur de la liberté de conscience et de culte. Elle a évidemment en mémoire la Lettre sur la tolérance de Locke, ou encore, le Traité sur la tolérance de Voltaire.

Mais c’est John Stuart Mill qui, dans De la liberté, a posé le problème dans sa forme moderne, c’est-à-dire celle des rapports entre tolérance et pluralisme. La question posée par le philosophe est précisément celle de la nécessaire intégration des minorités dans les démocraties. La défense millienne de la tolérance se fonde sur la valeur de la diversité. Il est bon, pense-t-il, qu’existent des « expériences de vie » différentes. C’est parce que les individus sont fondamentalement différents et qu’ils doivent être souverains sur eux-mêmes que la tolérance est une exigence morale. Bien entendu, Mill reconnaît qu’elle ne peut être illimitée, le mal fait à autrui en constituant les limites.

La tolérance, rappelons-le, consiste, selon l’excellente définition de Susan Mendus, à s’abstenir d’intervenir dans l’action ou l’opinion d’autrui, quoiqu’on ait le pouvoir de le faire, et bien que l’on désapprouve ou que l’on n’apprécie pas l’action ou l’opinion en question. Dès lors, il n’y a pas de tolérance sans intolérance préalable. Et c’est bien l’exercice de la rationalité qui conduit à privilégier les raisons de tolérer sur celles d’interdire. Nul ne prétend, au sein des laïques qui délibèrent depuis trente ans sur ce sujet, que le voile soit souhaitable.

(...)

Alain Policar Chercheur au CEVIPOF (Sciences Po)

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Les parents musulmans: des parents de "seconde classe"?...

8 Novembre 2019 , Rédigé par Le café Pédagogique Publié dans #Education, #Laïcité

Les parents musulmans: des parents de "seconde classe"?...

Laïcité : La rectrice de Versailles quitte une école qui accueille des mères voilées 

EXTRAITS

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La nouvelle rectrice de Versailles, Charline Avenel, a quitté l'école quand elle a vu deux mères voilées présentes dans la cour de l'école pour encadrer un atelier dans le cadre de la journée de lutte contre le harcèlement. Cet incident ne doit rien au hasard. La rectrice a décidé d'appliquer un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon pris le 23 juillet 2019 qui estime que des parents qui animent des ateliers doivent s'abstenir de tout signe religieux.

(...)

Cet incident choquant et même violent qui selon Le Parisien a surpris tout le monde dans l'école , rejette un peu plus les parents musulmans hors de l'école et en fait des parents de seconde classe alors que rien sur le terrain ne le justifie. C'est aussi une injonction supplémentaire à rebours des propos sur l'autonomie des écoles.

François Jarraud

Dans Le Parisien

Blanquer et la laicité de fermeture

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Rodrigo Arenas, le coup du foulard...

8 Novembre 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Laïcité

Rodrigo Arenas, le coup du foulard...

Le coprésident de la FCPE revendique l’affiche de soutien aux mères voilées, accompagnantes de sortie scolaire, qui a fait polémique.

Les résultats de l’élection seront connus fin novembre. Mais les choses semblent bien se présenter pour la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE). «On a eu raison !» se félicite Rodrigo Arenas, son coprésident. «Raison» de concevoir fin septembre une affiche de campagne qui a mis le feu aux poudres. Elle montrait une mère coiffée d’un «foulard» à côté d’une enfant, avec ce slogan : «Oui, je vais en sortie scolaire, et alors ? La laïcité, c’est accueillir à l’école tous les parents, sans exception.» Il y eut une polémique, puis récemment le vote de sénateurs de droite en faveur de l’interdiction des signes religieux aux parents accompagnant les sorties scolaires. Historiquement de gauche, la FCPE affirme avoir agi au nom de la laïcité telle qu’elle la comprend. Puisque, selon Arenas, «certaines équipes pédagogiques», au mépris de la loi, s’arrangeraient pour éviter que des mères coiffées d’un «foulard» accompagnent leur enfant en sortie scolaire, l’association a soutenu celles-ci. Bénévole auprès de la FCPE, porté à sa tête à l’unanimité, «une première», Arenas a imposé une coprésidence pour instaurer une parité.

Il habite à Sevran, en Seine-Saint-Denis, et travaille comme cadre administratif pour le département. Nous le rencontrons dans un café à côté de la Bibliothèque nationale. Il entre avec un sourire et une écharpe violette, tous les deux aussi lumineux. Une salariée de la FCPE l’accompagne et assistera à tout l’entretien. Fils de réfugiés chiliens, arrivé en France à l’âge de 4 ans, Arenas n’a pas une once d’accent. De visage, il ressemble à Richard Anconina. Il est sympathique et nerveux, petit et fin, habillé de noir et chaussé de bottines en daim, et parle à la vitesse d’un commentateur sportif. La fameuse affiche relevait-elle de la provocation ou du prosélytisme ? Non, selon lui, elle traduisait un engagement en faveur, pas du «foulard», mais du droit de tous les enfants, y compris ceux dont les mères sont voilées. C’est «le côté laïque et républicain de la FCPE». Et cet athée de se mettre à faire l’inventaire des acceptions de la laïcité, ne reculant pas parfois devant son goût du calembour : «Certains invoquent les Lumières, mais les Lumières, faut les lire, et il y en a qui feraient mieux de remettre des ampoules.» Il consacre ses soirées à la fédération. Les tensions religieuses, ce père de quatre garçons les connaît bien : «Les mamans qui portent un foulard, ce sont mes voisines ! Ce sont elles qui s’occupent de nos enfants quand ma compagne ou moi avons un empêchement.» Et d’affirmer, sourire envolé, que «cette affiche a levé un tabou» et que ceux qui s’y opposent sont «racistes et xénophobes».

(...)

Virginie Bloch-Lainé

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Voile - "Son rejet arbitraire est un communautarisme déguisé en universalisme."

3 Novembre 2019 , Rédigé par Slate Publié dans #Laïcité

Voile - "Son rejet arbitraire est un communautarisme déguisé en universalisme."

EXTRAIT

Depuis l'incident du 11 octobre au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, je me demande ce que Roland Barthes, auteur de Mythologies et de Système de la mode, aurait écrit au sujet du voile islamique.

Dans les joutes verbales des talk-shows et de la politique française, le voile est d'abord cet objet magique qui sature le discours mais qu'on ne voit jamais sur les plateaux de télévision, ou si peu. Ceux qui en parlent, hommes et femmes, ne le portent pas. Celles qui le portent ne sont pas invitées à en parler ou déclinent l'invitation.

S'agit-il d'un vêtement, d'un accessoire? Ou plutôt, aurait dit Barthes, d'une métaphore? D'un signe? Mais alors, un signe de quoi? Un simple signe d'appartenance, un signe religieux, ou bien un signe de soumission, de communautarisme, de séparatisme?

L'honnêteté m'oblige à avouer d'emblée que je n'en ai pas la moindre idée. Les raisons pour lesquelles une femme choisit de se voiler lui sont particulières. À ce titre, et sauf à les lui demander sans douter a priori de sa bonne foi, elles me paraissent inconnaissables.

Le voile comme symbole

Comme tous les vêtements, le voile est un choix privé qui se donne à voir dans l'espace public. Mais, contrairement au jean skinny, aux baskets ou au pull mohair d'Anne Sinclair, il est chargé en France d'une signification à la fois univoque et multidimensionnelle (politique, sociale, culturelle, psychologique) qui lui est attribuée principalement par celles et ceux qui le voient sans l'avoir jamais porté.

Il y a dans cette intentionnalité d'office un arbitraire du signe: une femme voilée est nécessairement soumise et communautarisée –«non-française», pour reprendre l'expression d'Alain Finkielkraut. Aux yeux des adversaires du voile, ce signe détient un pouvoir de nuisance et constitue une menace a priori, il est la manifestation d'un projet sécessionniste, voire totalitaire: vivre en marge des lois de la République, envisager de les subvertir par la charia.

Les femmes voilées, en d'autres termes, transgressent la norme sociale. Comme autrefois, le procès en sorcellerie qui leur est intenté repose sur la conviction intime qu'elles ne se contentent pas d'être qui elles sont: différentes. On estime qu'elles sont animées de mauvaises intentions envers le reste de la communauté.

Mais ne peut-on renverser la perspective, en se demandant si le rejet du voile au nom de la laïcité n'est pas un communautarisme déguisé en universalisme?

Le voile est critiquable, soit: comme toute chose en démocratie, dans un pays où la liberté d'opinion est garantie par l'État de droit. Une fois ce postulat formulé, encore faut-il définir l'objet de la critique. S'agit-il de l'idée du voile, au sens platonicien, c'est-à-dire de son essence? Ou de la multiplicité de ses formes réelles, c'est-à-dire de ses expériences?

(...)

Julien Suaudeau

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Le monde éducatif dit «Non à l'islamophobie»

31 Octobre 2019 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Laïcité

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« Jean-Michel Blanquer ne parle pas en notre nom ». Au lendemain du débat au Sénat le port du voile pour les mères accompagnatrices de sorties scolaires, un large collectif d'enseignants déplore un « climat de suspicion et de délation ». Ils appellent leurs collègues et l'ensemble de la société à « entrer en résistance » en manifestant « leur refus du racisme, de l'islamophobie et de toute forme de discrimination ».

Ces dernières semaines, une ligne rouge a été franchie. En tant que femmes et hommes, citoyennes et citoyens, et en tant qu'enseignantes, enseignants, et personnels de l’Éducation Nationale, nous pensons qu'il est de notre devoir de prendre position. L’appel à une « société de vigilance » par le président Macron le 8 octobre, suivi par le Ministre de l'Intérieur faisant la liste des « signes qui doivent être relevés » pour repérer une « radicalisation », font entrer la société française dans un climat de suspicion et de délation qui met en danger les musulmanes et les musulmans de notre pays. Déjà, les effets de ces déclarations, qui libèrent des discours et des actes inacceptables, se manifestent :

Le 14 octobre, l'Université de Cergy-Pontoise envoie à ses enseignant·e·s une liste de « signaux faibles de radicalisation » pour qu’ils puissent surveiller leurs étudiant·e·s et leurs collègues. Devant le tollé provoqué par cette fiche qui rappelle les pires heures de notre histoire, cette dernière est retirée, l’Université présente ses excuses.

Le 11 octobre, lors d'une séance du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, un élu du Rassemblement National malmène une mère d'élève qui accompagne son fils en sortie scolaire et qui porte un voile, comme la loi le permet. L'enfant éclate en sanglots, se réfugie dans les bras de sa mère, celle-ci quitte l’assemblée. 

Réagissant aux événements du 11 octobre, le Ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer, plutôt que de jouer le rôle qui devrait être le sien et de condamner clairement ces propos qui vont à l'encontre de la loi, décide de relancer un débat sur le voile : « Vous avez d’une part ce que dit la loi - elle n’interdit pas aux femmes voilées d’accompagner les enfants - mais c’est certain nous n'avons pas envie d'encourager ce phénomène. » (BFMTV, 13 octobre). Le positionnement de Jean-Michel Blanquer et sa manière d'instrumentaliser le sujet ne sont pas nouveaux :

En février 2019, lors des débats parlementaires sur le projet de loi « pour une école de la confiance », il soutient l'amendement porté par Eric Ciotti visant à interdire « le port de signes ou tenues par lesquels les parents d’élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse » lors de sorties scolaires, avant d'être désavoué par son propre camp.

Le 31 août, il déclare : « Aujourd’hui, il y a plus de petites filles que de petits garçons qui ne vont pas à l’école maternelle pour des raisons sociétales. Et puis appelons un chat un chat, le fondamentalisme islamiste dans certains territoires a fait que certaines petites filles vont à l’école le plus tard possible […]. », au mépris de la réalité même des faits établis par les statistiques ministérielles.

Le 24 septembre, il accuse la FCPE de « flatter le communautarisme » pour avoir proposé une affiche parmi d’autres représentant une mère d'élève portant un voile et accompagnant son enfant à une sortie scolaire. En outre, il ne condamne pas le tweetde Laurent Bouvet, membre du Conseil des sages de la laïcité, qui, sous prétexte d'un détournement satirique de cette affiche, remplace la mère voilée par deux djihadistes armés. 

Le 13 octobre, Jean-Michel Blanquer donne son interprétation de la « société de vigilance » en appelant les enseignant·e·s à surveiller de près un petit garçon qui refuserait de tenir la main d'une petite fille.           

Nous dénonçons fermement tous les racismes et tous les fanatismes. Cependant, il est bien évident que la question n'est plus ici celle du fanatisme religieux, mais celle de l'instrumentalisation médiatique et politique de ce phénomène. En tant qu'enseignant·e·s et personnels de l'éducation, nous nous inquiétons tout particulièrement de cette instrumentalisation et de ses conséquences sur l'école :

Tout d'abord, nous nous opposons à la manière dont la laïcité est systématiquement détournée pour stigmatiser l'islam. Nous rappelons à notre Ministre que la laïcité garantit pour chacun·e la liberté de croire ou de ne pas croire. Elle impose à l'Etat la neutralité, c’est-à-dire l’absence d’intervention dans ce domaine, devoir de neutralité que Jean-Michel Blanquer transgresse. L'utilisation discriminante de la laïcité ne peut que produire, dans la société et donc dans l'école, une défiance à l'égard de ce principe fondamental.

Nous pensons que le discours de suspicion généralisée est destructeur de la relation pédagogique que nous cherchons à construire avec nos élèves et qui ne peut se fonder que sur la confiance. Pour nous occuper de nos élèves, discuter avec eux, les aider et les accompagner dans leur formation, ce n'est pas d'une liste de « signes de radicalisation » que nous avons besoin : c'est de temps, de moyens, de conditions sereines d'enseignement.

Nous craignons que les discours de nos gouvernant·e·s n'amènent une partie de nos élèves et de leurs parents à se sentir rejeté·e·s par le service public d'éducation. Or, cela risque de détruire tout ce que nous cherchons à construire dans notre travail avec nos élèves.

Enfin, nous nous inquiétons de la violence factuelle et symbolique produite par ces discours, d'autant plus qu'elle s’inscrit dans un mépris plus large et toujours plus assumé de nos gouvernant·e·s à l'égard des plus vulnérables. Cette violence sociale a des conséquences graves auxquelles nous sommes confronté·e·s quotidiennement et devant lesquelles nous sommes de plus en plus démuni·e·s.

Nous ne sommes pas dupes : comme toujours, en temps de crise économique et sociale, les pratiques religieuses d'une partie de la société sont utilisées à des fins politiciennes pour faire diversion. Au moment même où l'action du Ministre Blanquer est fortement remise en question et où le gouvernement prépare une réforme des retraites très contestée, l'obsession islamophobe est de retour.

Nous affirmons donc que Jean-Michel Blanquer ne parle pas en notre nom. Non, nous ne pouvons pas en même temps respecter, défendre, protéger nos élèves et nous associer aux déclarations de ce gouvernement. Nous ne voulons pas arriver au point de non-retour où des blessures irréparables menaceront définitivement la capacité de la société française à vivre ensemble. Nous disons aux parents de nos élèves qu'ils sont les bienvenu.e.s dans la vie de l'école, quelles que soient ou ne soient pas leurs croyances. Nous remercions tous les parents qui nous accompagnent dans nos actions culturelles et nos sorties, et en particulier toutes les mères d'élèves, qu'elles portent un voile ou non.

La violence qui est faite à nos élèves et à leurs familles est faite à chacun·e d'entre nous. Nous exigeons de nos gouvernant·e·s respect pour les principes républicains et responsabilité. Nous appelons nos collègues et l'ensemble de la société à entrer en résistance et à manifester leur refus du racisme, de l'islamophobie et de toute forme de discrimination.

Les premiers signataires en cliquant ci-dessous

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Comment le voile est devenu musulman...

30 Octobre 2019 , Rédigé par Sciences Humaines Publié dans #Laïcité

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EXTRAIT

Comment le voile est devenu musulman. Bruno Nassim Aboudrar, Flammarion, 2014, 250 p., 20 €.

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B.N. Aboudrar remonte aux premiers temps de l’histoire du voile et du regard sur la femme voilée. Le premier constat est que le voile est d’abord un attribut de la femme chrétienne. On doit à saint Paul d’avoir fait un impératif religieux de cette coutume inégalement répandue dans le monde antique. La tradition patristique reprendra ensuite cette prescription de l’apôtre qui a pour principale signification de manifester la soumission des femmes aux hommes. Ainsi Tertullien (150-220 apr. J.‑C.) déclare : « Le chef de tout homme, c’est le Christ ; le chef de la femme, c’est l’homme ; et le chef du Christ, c’est Dieu. » En comparaison avec cette littérature chrétienne, le Coran dit peu sur le sujet. Tout juste conseille-t-il à certaines femmes de porter le voile pour signaler leur rang social. En ce sens, le voile n’est pas spécifiquement musulman. Mais, selon B.N. Aboudrar, il s’est répandu en terre d’islam comme signe de subordination de la femme, avant de devenir un enjeu symbolique de refus de la colonisation, puis une revendication d’indépendance culturelle par rapport à un Occident perçu comme hégémonique. Ce qui explique que, de nos jours, il puisse être autant porté comme un symbole de liberté que de sujétion.

Thomas Lepeltier

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