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Vivement l'Ecole!

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Instrumentaliser la laïcité fait le jeu de l’extrême droite

22 Avril 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Laïcité

Instrumentaliser la laïcité fait le jeu de l’extrême droite

Certains politiques et polémistes ont transformé la laïcité en une arme défensive d’une identité fantasmée. Une approche qui n’a aucun sens et qui a participé à banaliser les thèses de l’extrême droite. Pour l’ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité Nicolas Cadène, face à la réalité tangible qu’elle représente désormais, le seul vote possible dimanche reste le vote Macron.

Le 24 avril s’opposeront à nouveau Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Le premier porte un programme qui s’inscrit dans le champ républicain quand la seconde porte un programme qui, sans toujours l’assumer, s’en dégage. Bien des propositions de l’extrême droite visent à faire voler en éclats nos principes fondamentaux, dont la laïcité.

Durant les huit années où j’ai travaillé pour l’Observatoire de la laïcité, j’ai pu constater combien notre débat public dérivait dangereusement. Cette instance transpartisane, reconnue de tous les acteurs de terrain, fut l’objet d’accusations ridicules mais largement relayées, de l’extrême droite jusqu’à une certaine gauche. Ces polémistes se retrouvaient autour d’un thème obsessionnel : l’islam. Sous couvert de défendre la laïcité, leur objectif était de la transformer en une arme défensive d’une identité fantasmée et favorisant une majorité supposée.

En refusant d’identifier les ressorts du recours à la religion et de s’attaquer aux racines de la montée en puissance de courants islamistes, ils cherchaient d’abord à nourrir leur obsession par le buzz. Ainsi ont-ils participé à l’appauvrissement du débat et à la montée des peurs dans une période de crises, de troubles liés à l’identité dans la mondialisation et de sentiments de déclassement. Or, une approche purement sécuritaire et identitaire de la laïcité n’a aucun sens : non seulement, elle ne s’attaque pas aux causes de ce qu’on appelle désormais le «séparatisme», mais elle le renforce, en offrant l’argument de la discrimination aux endoctrineurs radicaux. C’est le cas avec la proposition d’interdire le port du voile dans la rue. Une telle interdiction est contraire au principe même de laïcité et entrave plusieurs libertés fondamentales. Aujourd’hui, celles de femmes de confession musulmane ; demain, qui encore ? Cette interdiction constitue un cadeau inespéré pour les islamistes et leur propagande anti-française.

C’est une évidence pour les acteurs de terrain et les juristes. Mais c’est un tube dans les cours de récré politique de tous bords, là où le bruit médiatique importe plus que le sérieux des propositions. Les «toutologues» de plateaux, soutenus par quelques médias paresseux ou privilégiant le clash, mais aussi ces politiques dénonçant «wokisme», «islamogauchisme» ou «bien-pensance», ont banalisé les thèses portées jusqu’alors par le seul camp réactionnaire. Ils ont ainsi occulté les véritables préoccupations des Français, favorisant leur abstention lors des échéances électorales. En matière de laïcité et de «séparatisme», ils ont balayé les vrais débats de fond : l’insuffisante mixité sociale et les replis communautaires qui en découlent ; ou encore le nécessaire courage diplomatique, le renforcement des moyens de la justice, de l’école et du renseignement.

D’un point de vue cynique, la dédiabolisation de l’extrême droite peut, pour chaque type d’élection, permettre un duel avec elle, a priori plus simple à emporter grâce à l’annihilation du débat par le réflexe du vote républicain. C’est un jeu dangereux. La réalité, c’est que cette entreprise de dédiabolisation a fonctionné : les idées d’extrême droite ont fait leur nid et apparaissent aujourd’hui comme acceptables. Certaines formations politiques, redoutant l’accusation absurde de «laxisme», les ont laissés prospérer. Ce reniement les a souillées et, électoralement, ne leur a rien apporté. Au contraire, elles ont convaincu trop de Français que l’extrême droite, qui portait depuis plus longtemps ces thématiques, était la plus légitime. Ce clientélisme lâche de ceux, de tous bords, qui refusent la complexité, a rendu envisageable ce que nous refusions d’envisager : la victoire de l’extrême droite en France.

La laïcité est un trésor qui rassemble. Refusons celles et ceux qui en font un instrument de division et assurons-nous que plus jamais, personne dans le champ républicain ne puisse laisser prospérer cette idée. Ne laissons pas se développer la rancœur chez beaucoup de praticiens de la laïcité déçus des prises de position publiques de ces dernières années. Le 24 avril est une première étape : face à la mobilisation de l’extrême droite, à la réalité tangible du danger qu’elle représente, il n’y a qu’un vote possible pour la battre et défendre nos droits fondamentaux. Ce vote, c’est le vote Emmanuel Macron.

Nicolas Cadène est ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, placé auprès du Premier ministre (2013-2021), cofondateur de la Vigie de la laïcité, membre de l’Académie de Nîmes, auteur d’En finir avec les idées fausses sur la laïcité (Les éditions de l’Atelier, 2020, rééditions 2021 et 2022) et de la Laïcité pour les Nuls (First éditions, 2016, réédition 2017).

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Charte de la laïcité : "Il ne doit pas y avoir de réécriture régionale" pour Najat Vallaud-Belkacem

18 Mars 2022 , Rédigé par France Bleu Publié dans #Education, #Laïcité

Charte de la laïcité : "Il ne doit pas y avoir de réécriture régionale" pour Najat Vallaud-Belkacem

Une charte pour la défense des valeurs de la France et de la laïcité a été votée ce jeudi par le conseil régional d'Auvergne-Rhône Alpes. Une initiative de son président LR Laurent Wauquiez vue par l'opposition comme une "opération de racolage électoral" en pleine campagne présidentielle.

Le conseil régional d'Auvergne-Rhône Alpes a voté ce jeudi la création d'une charte pour la défense des valeurs de la France et de la laïcité. Parmi les 22 mesures du texte, la lutte contre les intégrismes religieux comme l'islamisme, le seul cité, la promotion de la mixité dans les espaces publics et la promotion de la langue française, "en évitant le recours aux anglicisme ou à l'écriture dite inclusive."

"Évidemment qu'il faut lutter contre l'intégrisme, mais présenter dans un même paquet l'écriture inclusive que l'intégrisme religieux, c'est quelque chose de très particulier, dénonce Najat Vallaud-Belkacem, présidente du groupe Socialiste, écologiste et démocrate au Conseil régional. C'est un texte qui prétend parler de laïcité en oubliant complètement, par exemple, les athées ou ceux qui n'ont pas de religion ou de convictions religieuses particulières."

À un peu plus de trois semaines du premier tour de l'élection présidentielle, "c'est une exploitation, une instrumentalisation absolue et franchement assez odieuse de toutes les tensions qui traversent notre société, pour l'ancienne ministre de l'Éducation nationale. Il y a déjà des lois et de toute façon, je pense que le texte qui a été voté au conseil régional sera retoqué par le Conseil d'Etat ou par la justice. Il n'y a pas de réécriture régionale à avoir."

Le programme du président-candidat Emmanuel Macron "100 % à droite"

Najat Vallaud-Belkacem, qui était l'invitée de France Bleu Saint-Étienne Loire ce vendredi matin, a aussi réagi aux propositions d'Emmanuel Macron, candidat à un deuxième mandat. Un programme "dans la continuité de son quinquennat, c'est à dire 100 % à droite. Le problème de ce qu'il a présenté sur le RSA, c'est que, en fait, il est en train d'organiser une espèce de travail sous payé. Le RSA n'est pas un travail sous payé, c'est une allocation de solidarité."

La socialiste a renouvelé son soutien à Anne Hidalgo, candidate du PS à la présidentielle créditée d'environ 2,5 % dans les sondages. "Le Parti socialiste doit rester au cœur de cette offre politique. Franchement, elle a énormément d'énergie et énormément de dévouement dans cette campagne, elle a bien des qualités et je lui souhaite vraiment de poursuivre jusqu'à la fin pour faire peser cette parole de gauche dans le débat public."

Marcellin Robine

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« La place du religieux à l'école est un sujet central » - Par Claude Lelièvre

23 Février 2022 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Laïcité

loi du 28 mars 1882

« La place du religieux à l'école est un sujet central »

C'est la curieuse profession de foi de Mark Sherringham - nouveau président du Conseil supérieur des programmes nommé le 4 février dernier par Jean-Michel Blanquer- parue dans Le Figaro d'hier. Une sacrée embrouille historique qui mérite d'être démêlée.

En effet, cette affirmation tranchée du nouveau président du CSP Mark Sherringham est venue en prolongement explicatif de sa tirade dans la revue « Famille chrétienne » du 29 décembre 2009 : « l'école laïque est, et jusqu'à un certain point se sait, l'héritière de l'école chrétienne ».

Il y a de quoi estomaquer tout historien de l'éducation, d'autant que Mark Sherringham continue en disant dans ce même article de 2009 qu' « il n'est pas du tout sûr que la laïcisation du système éducatif français, intervenue dans le combat contre l'Eglise catholique et le pouvoir des congrégations au début du XXe siècle, marque une exclusion culturelle du christianisme hors du domaine de l'éducation dans notre pays ».

Or la « séparation » de l'Ecole publique et des Eglises ne date pas du début du XXe siècle (à l'instar de la « séparation des Eglises et de l'Etat » de 1905), mais du début même des années 1880. Et il s'agit bien d'une « séparation » en bonne et due forme, et nommée comme telle. Cette précocité et antériorité de cette « séparation » ayant pour objet l'Ecole publique devrait d'ailleurs attirer l'attention et être méditée...

La loi du 28 mars 1882 institue l'obligation d'instruction et la laïcité de l'enseignement primaire public. Cela se traduit progressivement dans les faits par une ''laïcisation'' (ou ''neutralisation religieuse'') des programmes, une laïcisation des locaux ( pas de crucifix, pas de catéchisme ou enseignement religieux dans les écoles communales), et une éviction programmée et effective des religieux de l'enseignement primaire public.

Les libellés de la loi Guizot de 1833 et ceux de la loi Falloux de 1850 qui comportaient avant même « lire, écrire, compter » la mention fondamentale « d'instruction morale et religieuse » sont remplacés dans la loi Jules Ferry de 1882 par « instruction morale et civique » ( avant même, bien sûr, « lire, écrire, compter » ; contrairement au « mantra » de Blanquer : « lire, écrire, compter, et le respect d'autrui », excusez du peu...)

Le remplacement de l' « instruction religieuse » par l' « instruction civique » est bien évidemment le fond de la question . Mais la permanence de « l'instruction morale »  vaut que l'on s'y arrête et a d'ailleurs fait l'objet d'une longue explication par Jules Ferry lui-même dans sa célèbre lettre -circulaire aux instituteurs du 17 novembre 1883. Quelques extraits permettront d'y voir plus clair et de montrer combien la tentative de Mark Sherirngham est tendancieuse historiquement et philosophiquement.

« La loi du 28 mars 1882 a pour premier objet de séparer l'école de l'Eglise, d'assurer la liberté de conscience et des maîtres et des élèves, de distinguer enfin deux domaines trop longtemps confondus : celui des croyances, qui sont personnelles, libres et variables, et celui des connaissances, qui sont communes et indispensables à tous, de l'aveu de tous […] Il a paru tout naturel que l'instituteur, en même temps qu'il apprend aux enfants à lire et à écrire, leur enseigne aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celles du langage ou du calcul. L'instruction religieuse appartient aux familles et à l'Eglise ; l'instruction morale à l'école. Ce que vous allez communiquer à l'enfant, ce n'est pas votre propre sagesse ; c'est la sagesse du genre humain, c'est une de ces idées d'ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l'humanité »

A la fin de son article paru dans « Familles chrétiennes » le 29 décembre 2009, Mark Sherringham concluait : « Le moment n'est-il pas venu de réintroduire le christianisme dans le champ des questions éducatives les plus actuelles, s'il demeure vrai qu'on ne peut pas construire durablement l'avenir sur l'oubli du passé ? » . Décidément, Mark Sherrigham ne manque pas d'air en invoquant un soi-disant « oubli du passé » qu'il reconstruit à sa convenance. Et il n'a pas fait amende honorable depuis... Pourquoi le ferait-il puisqu'on est entré dans une période de traficotage massif du passé, en particulier du passé historique républicain ?

Cf, « L'école républicaine ou l'histoire manipulée. Une dérive réactionnaire », Editions Le Bord de l'eau, février 2022

PS: mon billet de blog du 3 mars 2010. "Religion et école: une étrange proposition de loi"

"Comment comprendre qu’un projet de loi visant à «instituer un enseignement du fait religieux» vient d’être déposé par des députés UMP alors que cet enseignement est d’ores et déjà dûment programmé à la suite de la loi «Fillon» de 2005 ? Une proposition de loi tendant à «renforcer les cours d’instruction civique et à instituer un enseignement du fait religieux» a été présentée par une quarantaine de députés UMP et a été enregistrée le 5 février à la présidence de l’Assemblée nationale. Doit-on pour en saisir le sens faire un sort particulier à une partie de l’exposé des motifs en faisant très attention à la façon dont ils sont exprimés : " La présente loi a pour objectif d’instituer une enseignement dans le cadre scolaire des religions et de leur pratique »

Claude Lelièvre

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Comment les étudiants et lycéens voient la laïcité ?

23 Février 2022 , Rédigé par L'Etudiant Publié dans #Laïcité, #Université, #Education

Comment les étudiants et lycéens voient la laïcité ?

Le concept de laïcité est de manière récurrente au centre de nombreuses polémiques. Mais pour les lycéens, comme pour les étudiants, la question religieuse appartient au domaine privé et doit le rester. Un constat inquiétant pour certains qui craignent une mauvaise compréhension de ce principe.

"On peut très bien être pratiquant et respecter les valeurs de la République". Pour Apolline, étudiante en histoire de l’art à Paris (75), c’est même une évidence. Engagée dans l’association JEC (jeunesse étudiante chrétienne), elle s’interroge souvent sur la manière dont la société perçoit les croyants. "On a toujours l’impression qu’il y a un décalage, que la religion serait incompatible avec la République, et pourtant non, on peut très bien croire et respecter la laïcité."

En s’engageant à la JEC, elle souhaitait "faire vivre les valeurs chrétiennes", à travers des actions pour la communauté – récolte de dons de nourriture, parrainage d’enfants au Bénin etc. – et non "convertir les masses !" "Ma religion relève du domaine de ma vie privée. Parler constamment de laïcité crée beaucoup de tensions inutiles qui pourraient être évitées par le dialogue", estime la jeune femme.

"Les lycéens n'ont pas de problème avec la laïcité"

En décembre 2021, un sondage Ifop pour la Licra révélait que près de 40% des 1.000 lycéens sondés estimaient que les règles de leur religion étaient plus importantes que les lois de la République et que plus de la moitié avaient déjà vu un enseignement contesté au cours de leur scolarité.

Dans un communiqué, la Vigie de la laïcité, association qui émane des anciens responsables de l’Observatoire de la laïcité, reconnaissait que "les difficultés qui ont trait à la laïcité sont une réalité dans les lycées français" tout en déplorant les "nombreux biais" qui entachaient une enquête menée sur un panel trop peu fourni "pour être fiable d’un point de vue statistique". Elle demandait davantage de moyens pour l’enseignement et la formation et moins de stigmatisation, portée essentiellement "sur les lycéens musulmans".

"Les lycéens n’ont pas de problème avec la laïcité", considère Colin Champion, président du syndicat la Voix lycéenne, qui voudrait qu’il y ait davantage de réflexions "sur ce que veulent dire les valeurs de la République pour les jeunes".

"Le débat n’est pas permis autour de la laïcité, juge-t-il. Quand on nous en parle, c’est sous forme d’un discours qu’on nous assène et pas d’un échange." Il regrette que ces polémiques récurrentes autour de la thématique "empêchent de parler des sujets qui préoccupent réellement les jeunes : la précarité, la justice sociale, le climat".

Une indifférence face à la question religieuse

Camille est en L1 LEA (langues étrangères appliquées) à l’université de Grenoble (38). Selon elle, au lycée, "il n’a jamais été question de la laïcité. C’était comme déjà acquis". Et elle se souvient de certaines lycéennes, qui se dévoilaient avant de passer les portes de l’établissement. "À la limite, c’est moins hypocrite à la fac, elles ont le droit de venir comme elles le veulent sans que ça pose de problème."

Elle observe que les jeunes "sont peut-être plus tolérants, et veulent faire en sorte que tout le monde se sente à l’aise quelles que soient les croyances". Si la jeune femme se dit athée, elle fréquente des étudiants d'autres confessions, "et c’est très rarement un sujet dont on parle". Toutefois, elle aurait aimé que dans son cursus scolaire, la question religieuse soit davantage abordée, "car c’est une façon aussi de comprendre les autres".

Cyril, lui, est catholique pratiquant, et étudiant en M2 de gestion à Besançon (25). Pour lui non plus, la laïcité n’est pas vraiment un sujet de prédilection dans le cadre de ses études. "Avec les autres étudiants, on parle plutôt de nos difficultés, de nos études, que de ce en quoi on croit, explique-t-il. Mais c’est sûr que si je croise un autre croyant, cela crée un certain sentiment de proximité."

Pour lui, le fait d’être essentiellement "entourés d’athées" ne crée pas un environnement propice à la discussion religieuse, qu’il réserve donc à sa sphère personnelle. "En revanche, cela peut devenir un sujet dans des pratiques quotidiennes qui se voient. Par exemple, si on va manger avec d’autres personnes, on va faire attention à ce qu’ils puissent trouver des choses qui conviennent à leurs pratiques. C’est une question de bien-être, mais cette attention est parfois prise comme une radicalité religieuse."

Car pour Cyril – comme pour Camille – il est totalement normal de prendre en compte "les sensibilités de chacun", "et ce n’est pas contre la laïcité". "Il faut se rendre compte que sur les campus, hormis quelques cas isolés, il règne plutôt un désintérêt, une indifférence à la question religieuseOn ne voit pas la laïcité comme un acquis à protéger."

Un concept mal compris des jeunes ?

Et c’est ce qui inquiète Iannis Roder, directeur de l’Observatoire de l’éducation de la fondation Jean Jaurès et membre du Conseil des sages de la laïcité. L’enseignant regrette une forme de naïveté face à "l’entrisme religieux" qui vise les établissements scolaires et n’est pas étonné de cet effet générationnel dans la vision de la laïcité, qui reste "mal comprise" par les jeunes et est souvent confondue avec la tolérance. "Nous n’avons pas transmis ni expliqué le concept de laïcité et les enjeux afférents", regrette-t-il.

La laïcité, si elle permet à tous de pratiquer librement son culte, donne également "la possibilité de s’émanciper" de son milieu d’origine. Or, la loi de 2004, qui interdit le port de signes religieux ostensibles à l’école, "est perçue comme liberticide alors même qu’elle offre cette liberté. Une fois l’école terminée, chacun est libre de pratiquer. La laïcité ne demande pas l’adhésion, elle propose et l’élève dispose", estime-t-il.

Iannis Roder en appelle à une meilleure formation des enseignants pour expliquer les enjeux de la laïcité. "Dans la discussion avec les élèves, il est possible de faire comprendre que la laïcité ne vise absolument pas à empêcher quiconque de croire, mais fait la promotion de la liberté de tous."

Sarah Nafti

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Port du voile, signes religieux et compétitions sportives: Le Vrai du Faux Junior sur la laïcité

18 Février 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Laïcité

Hijabeuses, pleurnicheuses ou em…deuses ? - Le Matin d'Algérie

Le port du voile dans les compétitions sportives est cette semaine au coeur du Vrai du Faux Junior.

Dans Le Vrai du Faux Junior, le rendez-vous de vérification et décryptage de l’information réalisé avec des collégiens et des lycéens, les élèves reviennent sur des informations qu'ils ont vu passer sur les réseaux sociaux autour du port du voile dans les compétitions sportives. Ces publications interviennent dans un contexte de mobilisation d'un collectif pour le droit à porter le voile dans tous les sports, mais aussi de débats au Parlement autour d'un amendement à la loi Sport, proposé par le groupe Les Républicains, visant à interdire "le port de signes religieux ostensibles" lors "d'événements sportifs et compétitions sportives organisées par les fédérations sportives". Ces séquences ont entraîné confusion et questions chez les élèves. Nicolas Cadène  leur répond. C’est l’ancien président de l’Observatoire de la laïcité, co-fondateur de la Vigie de la laïcité et auteur d’un livre intitulé "En finir avec les idées fausses sur la laïcité"

Le rôle joué par les fédérations sportives"J’ai vu passer sur instragram une publication concernant le voile dans le sport. indique Anaïs. 

Est-ce que c’est vrai que le voile va être interdit dans les compétitions sportives françaises ? " 

Nicolas Cadène dément. Non, le voile ne va pas être interdit de manière générale dans les différentes compétitions sportives françaises. En revanche, précise-t-il, " les différentes fédérations définissent quelles sont les tenues réglementaires de tel ou tel sport pratiqué en compétition et, dans ce cadre le port de certains accessoires ou de certains signes, notamment religieux, peut être interdit pour des raisons d’hygiène, de sécurité ou de respect des règles du jeu du sport concerné. Donc en France, certaines fédérations interdisent le port de couvre-chef qui peut faire office de voile quand d’autres fédérations l’autorisent. Cela va dépendre des tenues réglementaires des différents sports concernés."

Le voile peut ainsi, à ce stade en tout cas, être interdit en compétition dans le football, dans le cadre de ce qui est régi par la Fédération française de football, mais autorisé ou toléré dans d’autres sports. 

L'interdition du port du voile en compétition pour raisons d'hygiène ou de sécurité entraîne d'autres questions des élèves. "Je me demande pourquoi certains sports interdisent le port du voile pour cause d’hygiène ? ", s'interroge ainsi Marion. 

"Il y a des sports pour lesquels le port d’un voile peut poser réellement des problèmes d’hygiène et de sécurité lorsqu’il n’est pas adapté à certaines pratiques sportives", lui répond Nicolas Cadène. Par exemple, dit-il, "un long voile peut créer des étranglements dans des sports rapprochés, le judo ou autre. Il peut aussi poser des problèmes d'hygiène dans des sports en piscine par exemple, lorsqu'il peut comporter des matières qui ne sont pas propres, des saletés donc oui dans certains sports il peut y avoir des problématiques d’hygiène et de sécurité qui font qu’il faut a minima un accessoire adapté à la tenue réglementaire qui peut faire office de voile, mais doit être adapté à la tenue réglementaire ".

Les signes religieux et la laïcité

Certaines personnalités politiques, y compris au sein du gouvernement, ont pourtant mis en avant un souhait d'interdire le voile dans les compétitions sportives en lien avec la défense de la laïcité. D’où cette question d’Anaïs à Nicolas Cadène:

"Est-ce que le voile et la laïcité peuvent cohabiter ensemble dans la société ?"

" Il n’y a aucune incompatibilité entre les signes religieux, dont la voile et la laïcité " lui répond le co-fondateur de la Vigie de la laïcité. Nicolas Cadène précise que la laïcité n'est pas une croyance ou une opinion. "C'est un cadre commun à toutes et tous que l’on soit non croyant ou croyant. Ce cadre commun nous permet d’exprimer nos différences, dans le respect de l’autre et dans le respect du cadre collectif. Nous avons toutes et tous, quelles que soient nos croyances ou nos convictions, les mêmes droits et les mêmes devoirs". Par ailleurs, ajoute t-il, la laïcité impose la neutralité, c’est-à-dire l’interdiction de porter des signes de religieux uniquement à ceux qui représentent l’État et l’administration publique. Par ailleurs les signes visibles vont être interdits pour les élèves des écoles, collèges et lycées publics parce qu’ils sont en phase d’apprentissage pour qu’ils puissent librement développer leur esprit critique, leurs propres opinions notamment sur la religion, sans pression des autres élèves "Sinon, poursuit-il, la laïcité n’impose la neutralité qu’à ceux qui représentent l’administration publique parce qu’elle représente tout le monde, est au service de tout le monde et ne doit évidemment pas marquer une préférence pour telle ou telle croyance ou non croyance. Elle doit être impartiale et traiter tous les citoyens de la même façon. Donc l’administration publique est neutre mais les citoyens eux sont tout à fait libres de porter des signes religieux."

La situation dans le monde 

"Quels sont les pays qui autorisent le voile dans les compétitions sportives et ceux qui l’interdisent ?", s'interroge Anaïs

Nicolas Cadène commence par souligner que ne sont pas les pays qui se chargent d’autoriser ou d’interdire les signes religieux dans les compétitions sportives. "Ce sont les fédérations sportives" qui peuvent être amenées à le faire, "là encore au regard des tenues réglementaires selon le sport pratiquéDans les faits, ajoute t-il, à l’étranger, il n’ y a pas à ma connaissance, d'interdiction en tant que tel du port du voile, dès lors que ce dernier est porté comme n’importe quel accessoire qui serait compatible avec les règles du jeu, avec les règles d’hygiène et de sécurité, comme par exemple une cagoule ouverte ou un bonnet serré ou encore un casque de protection. Concernant le CIO, au niveau des Jeux Olympiques, le comité d’organisation laisse les États qui envoient leurs délégations aux Jeux Olympiques faire comme ils l’entendent de ce point de vue là ".

Enora a une autre question relative à ce qui se passe dans d'autres pays du monde. " Est-ce que c’est vrai que la France est le seul pays à proclamer la laïcité ou à exercer la laïcité ? "

"Non ce n’est pas vrai, lui répond Nicolas Cadène. " Il y a beaucoup d’autres pays qui sont laïcs. Il n’y a pas tout le temps les mêmes systèmes de laïcité. Il y a des pays qui sont très proches de la France en termes de laïcité. Il y a même des pays qui ont adopté des lois laïques avant la France. L’ancien président de l’Observatoire de la laïcité donne l'exemple du Mexique qui a adopté son modèle laïc dès les années 1850. "La France, ajoute t-il, s’est même inspirée des travaux mexicains et les Mexicains se sont inspirés de révolutionnaires français même si le mot laïcité n’existait pas. On pourrait aussi évoquer l’Albanie, qui est un pays laïc très proche de nous, ou l’Uruguay. Ce sont des pays d’ailleurs assez différents, qui peuvent être à majorité chrétienne ou à majorité musulmane. Je vous ai cité des pays qui ont des majorités au sein des populations et au niveau des croyances tout à fait différentes.

Emilie Gautreau

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« Et ça marche, la laïcité ? » : des lycéens professionnels en débattent

11 Décembre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Laïcité

« Et ça marche, la laïcité ? » : des lycéens professionnels en débattent

EXTRAITS

A Pessac, en Gironde, le lycée Philadelphe-de-Gerde a organisé une matinée d’ateliers en hommage à Samuel Paty.

« Mais pourquoi on est là ? » Les 215 élèves du lycée professionnel Philadelphe-de-Gerde à Pessac (Gironde) accueillent fraîchement la séquence consacrée à la laïcité, jeudi 9 décembre. Sous l’impulsion d’une enseignante de lettres et d’histoire, Catherine Ambeau, épaulée par la proviseure adjointe, Isabelle Carlin, l’établissement a vu les choses en grand en cette Journée de la laïcité à l’école. Un quiz, la réalisation d’affiches, l’inauguration d’un parvis Samuel-Paty et la plantation d’un arbre de la laïcité rythment la matinée de toutes les classes présentes.

La distribution de la Charte de la laïcité, au début du cours, suscite des récriminations dans la classe de terminale métiers du commerce et de la vente. « On nous la donne chaque année », lance un élève dépité. Au fur et à mesure du quiz, pourtant, les élèves se prêtent au jeu. « Nous sommes toutes et tous laïques »« la laïcité est contre les religions »« le principe de laïcité favorise le vivre-ensemble »… Les élèves ont à chaque fois cinq minutes pour juger si ces affirmations sont vraies ou fausses et argumenter leur choix. « Oui, on est laïque, on est cool avec toutes les religions, on cohabite avec tout le monde », affirme Damien (les prénoms des lycéens ont été changés). « On est laïque parce qu’on est obligés », rétorque Amira. « Je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas être libre de m’habiller comme je veux, même au sein de l’école », estime la lycéenne, qui porte le voile en dehors de l’enceinte scolaire.

Les discussions glissent rapidement sur le terrain des discriminations et du racisme. « Si un musulman fait quelque chose de mal, on va en entendre parler pendant des semaines dans les médias. Quand c’est un chrétien, on n’en parle même pas », déplore Samira. Damien abonde : « Si l’Etat est laïque, pourquoi on entend les cloches des églises sonner ? Et pourquoi il y a des sapins de Noël dans les écoles ou les mairies ? » Samira s’est forgé une conviction : « Les gens racistes ne sont pas laïques. La laïcité leur sert de prétexte pour créer des conflits alors qu’elle devrait permettre de les éviter. »

(...)

« Malentendus »

Deuxième temps fort : la création de slogans et de dessins autour de la laïcité. Après avoir débattu du sujet, les lycéens ne manquent pas d’idées. « L’Etat te donne la liberté de croire en ce que tu veux. Tu peux croire en toi ou croire en Dieu, et peut-être même les deux », « l’union fait la force, la misère la divise »« nous sommes tous la France »« tous égaux, tous fraternels » peut-on lire sur leurs affiches. Amira se montre réticente : « La laïcité, ça ne sert à rien. On peut vivre ensemble sans. On sait se respecter, on est des êtres humains. » Un enseignant de français engage la discussion avec elle autour du vivre-ensemble et de la liberté. Elle finira par trouver sa punchline : « La liberté de croire ou de ne pas croire et le respect sont la clé de la collectivité. » « Ça ne sert à rien de s’énerver ou de se mettre en colère », remarque le professeur. « Ces élèves peuvent avoir des représentations culturelles ou identitaires qui font obstacle ou créent des malentendus autour de la notion de laïcité. Notre travail est d’aller au-delà pour former des citoyens. »

A l’issue des ateliers, les élèves descendent dans la cour accrocher leurs affiches et assister à l’inauguration du parvis Samuel-Paty. Catherine Ambeau l’imagine comme « un lieu vivant, une agora », avec au centre « un arbre de la laïcité ». Ses élèves de 2de ont choisi de planter un olivier. Parmi eux, Alban prend la parole d’une voix peu assurée : « C’est un symbole de paix, qui dure longtemps et sera toujours beau aux yeux de tous. Nous plantons cet arbre en l’honneur de Samuel Paty pour montrer que ce qu’il a fait n’était pas inutile. » Malgré les divergences qui ont pu s’exprimer tout au long de la matinée, les lycéens applaudissent.

Sylvie Lecherbonnier(Pessac (Gironde), envoyé spécial)

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« Une éducation à la laïcité vécue comme un rappel à l’ordre risquerait d’alimenter les crispations »

18 Octobre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Laïcité

« Une éducation à la laïcité vécue comme un rappel à l’ordre risquerait d’alimenter les crispations »

EXTRAITS

L’enseignement de la laïcité n’a été instauré qu’après l’affaire des collégiennes voilées de Creil, à l’automne 1989, rappelle, dans une tribune pour « Le Monde », Ismaïl Ferhat, professeur à l’université Paris-Nanterre.

Tribune. L’assassinat de Samuel Paty, le 16 octobre 2020, a remis à l’ordre du jour, tragiquement, la question des rapports parfois frictionnels entre religieux et institution scolaire. Comme de 1989 à 2004 après les crises à répétition autour du foulard islamique à l’école, comme en 2003 après la commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité, présidée par Bernard Stasi [ministre et parlementaire, disparu en 2011], et comme elle l’avait fait à la suite des attentats de janvier 2015, l’éducation nationale a répondu à cet acte terroriste par la nécessité d’éduquer à la laïcité. Une telle affirmation pédagogique, qui paraît aujourd’hui évidente, est en réalité très récente.

En effet, jusqu’aux années 1980, la laïcité n’a constitué qu’un aspect très marginal des programmes scolaires – y compris dans les programmes d’éducation civique, rétablis en tant que tels en 1985 dans le premier degré. Les mesures de sécularisation de l’institution scolaire, prises un siècle plus tôt à partir des années 1880, furent progressives et centrées sur la laïcisation des enseignements, des locaux et des maîtres de l’école publique. La laïcité a été, dans ce cadre, bien plus un principe d’organisation qu’un objet pédagogique. La fin des écoles normales d’instituteurs, en 1989, fit même reculer la formation au principe laïque des maîtres, qui tendit à refluer au sein des instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) où furent formés les enseignants de 1990 à 2013.

Passage obligé

La « pédagogisation » de la laïcité, c’est-à-dire sa transformation en objet d’éducation, doit beaucoup aux tensions introduites par l’affaire de Creil, à l’automne 1989, où trois collégiennes voilées nourrirent aussi bien le débat politique que les passions médiatiques. Car l’interdiction progressive des signes religieux dits ostensibles à l’école publique, à partir de la circulaire Bayrou en 1994, devait être expliquée aux élèves, premiers concernés par ces mesures. De même, a joué la crainte croissante des contestations religieuses de cours, au sein de l’institution scolaire, présente dans l’ouvrage collectif d’enseignants intitulé Les Territoires perdus de la République (Mille et une nuits, 2002), le rapport Stasi en 2003 et le rapport dirigé par l’inspecteur général de l’éducation nationale, Jean-Pierre Obin [ancien inspecteur général de l’éducation nationale], en 2004.

(...)

Cependant, la « pédagogisation » de la laïcité porte de véritables défis. Une partie des jeunes perçoit ce principe d’abord sous l’angle des interdits qu’il semble devoir imposer. Ainsi, le sondage IFOP commandité par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme et publié en mars 2021, auprès d’un millier de lycéens montre qu’une – courte – majorité d’entre eux est hostile à la loi du 15 mars 2004 bannissant les signes religieux ostensibles des écoles publiques. Or, le lien, voire la causalité, entre la nécessité accrue d’une éducation à la laïcité et cette interdiction est, on l’a vu, particulièrement fort d’un point de vue chronologique.

(...)

De ce point de vue, peut-être une solution serait celle apportée par un des tout premiers théoriciens de l’école laïque, le philosophe Edgar Quinet (1803-1875). Celui-ci souhaitait dans son court ouvrage L’Enseignement du peuple (1850), que celle-ci soit avant tout libératrice pour les enseignants comme pour les élèves. Une éducation à la laïcité qui soulignerait combien celle-ci a ouvert la société française – et, ceci ne saurait être trop rappelé, protégé les droits des croyants comme des non-croyants – serait un bel hommage au projet de séparation porté par les républicains du XIXe siècle.

Ismaïl Ferhat, professeur en sciences de l’éducation à l’université Paris-Nanterre, a publié Les Gauches de gouvernement et l’école (Presses universitaires de Rennes, 2019).

Texte intégral à lire en cliquant ci-dessous

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Vincent Peillon : "Lorsqu'on enseigne la laïcité, on enseigne la démocratie"

17 Octobre 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Laïcité, #Education

Accusé de dénigrer le catholicisme, Peillon réplique à la fachosphère -  L'Express

Pour le premier anniversaire de la mort de Samuel Paty, le philosophe et ancien ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon.

Hier, dans tous les établissements scolaires de France, un hommage solennel était rendu à Samuel Paty, sauvagement assassiné il y a un an jour pour jour. Un hommage que le ministère a voulu sous la forme d’une minute de silence et d’une heure de réflexion en classe sur les questions que pose cet assassinat et le rôle du professeur, tandis qu’aujourd’hui sont prévues diverses prises de parole de professeurs et des interventions d'élèves, le dévoilement par Jean-Michel Blanquer d'une statue en mémoire du professeur au collège du Bois-d'Aulne où Samuel Paty enseignait, et en fin de journée la double inauguration d'un square en face de la Sorbonne et d'une plaque commémorative au ministère de l'Education nationale, journée qui se terminera par la réception de la famille de l’enseignant à l’Elysée. Quel sens a cette commémoration ? Comment honorer justement la mémoire de l’enseignant ? Quelles questions pose sa mort atroce, un an plus tard, une fois sortis de la sidération ? 

Invité le philosophe et historien des idées Vincent Peillon, ancien ministre de l’Education nationale sous François Hollande. C’est lui qui avait souhaité en 2012 que soient instaurés des cours  d’ « Enseignement moral et civique » de la maternelle à la terminale, fait inscrire l’enseignement de la laïcité dans la loi et fait rédiger la Charte de la laïcité à laquelle il a consacré de nombreux ouvrages ces dernières années. On peut citer notamment Une religion pour la République, sur La foi laïque de Ferdinand Buisson ; Liberté, Egalité, Fraternité, sur le Républicanisme Français, ou encore en 2021, Une théologie laïque? (PUF).

"Il ne s'agit pas d'imposer la laïcité aux élèves, il s'agit qu'ils se l'approprient. Là est le travail pédagogique : l'assentiment. Il faut donner aux enseignants les moyens de le faire : des connaissances historiques, juridiques, philosophiques. Les enseignants doivent être capables de traiter de la laïcité en sachant qu'il y a derrière une question sociale, celle des discriminations, ou encore une question historique. Ce, pour amener les élèves à s'approprier la laïcité comme émancipation." 

"La laïcité n'est pas un catéchisme. Nous ne sommes pas de nouveaux inquisiteurs, et la laïcité n'est pas une orthodoxie, ce n'est pas l'Etat Dieu, ce n'est pas l'Etat Église. C'est précisément l'inverse : c'est ces hommes qui, à travers les mouvements d'émancipation du XVIIème siècle, on construit la tolérance, le libre examen, le doute à l'égard de soi-même. Car le doute à l'égard de ses propres opinions, de ses propres convictions, de sa propre foi, de sa propre raison est vraiment la tâche critique de l'école républicaine." 

"Il n'y a pas de laïcité sans justice sociale. Rappelons-nous d'ailleurs que notre République est démocratique, sociale et laïque : il y a un lien entre ces trois notions. La laïcité n'est pas prise en compte, par exemple, des discriminations dans notre pays. En effet, il y a des problèmes de discriminations dans notre pays, on ne peut pas le nier :  c'est mesuré par des instituts publics. Donc, lorsque l'on traite ces questions, y compris parce qu'on s'adresse à un public que l'on doit convaincre, on ne doit pas mettre la poussière sous le tapis. Il faut en parler, car les élèves parlent exactement de cela."

Pour aller plus loin : 

Caroline Broué

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Un an après l’assassinat de Samuel Paty, les enseignants restent traumatisés

15 Octobre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Laïcité

L'association Éclat rend hommage à Samuel Paty - Association ECLAT

EXTRAITS

L’assassinat de Samuel Paty, il y a un an, a créé un choc durable chez les professeurs, partagés entre découragement et refus de renoncer à leur mission.

L’assassinat de Samuel Paty a des airs de 13-Novembre pour les enseignants. Pour la première fois, un de leur collègue a été tué aux portes de son établissement scolaire en raison de son métier. Un an plus tard, chaque professeur se rappelle encore ce qu’il faisait au moment où il a appris le drame, en ce tout début des vacances de la Toussaint. Le choc a saisi toute la profession. Professeur d’histoire-géographie dans l’académie de Dijon, Emmanuel Menetrey apprend l’attentat contre Samuel Paty à la télévision et entre dans « un état de sidération ». Le lendemain, lorsque des informations plus précises sur qui était Samuel Paty commencent à circuler, il fond en larmes. « Il avait le même âge que moi [47 ans], on exerçait la même profession dans la même discipline. J’ai pleuré comme si j’avais perdu un membre de ma famille », raconte l’enseignant.

Comme Emmanuel Menetrey, beaucoup se sont identifiés à Samuel Paty. Les professeurs d’histoire-géographie au premier chef. Ce sont eux qui sont aux avant-postes : ils ont la charge de l’enseignement moral et civique. « Je donne ce cours sur la liberté d’expression chaque année. Evidemment, je me suis dit : ça aurait pu être moi ! », assure, comme beaucoup d’autres, Laurence Bardeau-Almeras, enseignante d’histoire-géographie dans l’académie de Toulouse.

(...)

Rien n’a changé

La nécessité de réagir collectivement s’est très vite fait sentir. Malgré les vacances et pour rompre l’isolement, les enseignants se sont appelés pour partager leur émotion et travailler les réponses à donner aux élèves au retour des vacances. Les tergiversations du ministère de l’éducation nationale autour des modalités de l’hommage dans les établissements, et notamment d’un moment de concertation – finalement écarté – laissé aux enseignants le jour de la rentrée, ont laissé une amertume encore vive aujourd’hui. « On a eu une nouvelle fois l’impression de ne pas être soutenu par notre hiérarchie, comme on a le sentiment de ne pas être protégé par notre institution face à des parents qui ne nous font plus confiance », se désole Marc Meissonnier, enseignant dans l’académie de Clermont-Ferrand.

Si des formations laïcité doivent se déployer dans les quatre années à venir, le sentiment que rien n’a changé depuis un an domine sur le terrain. La crise sanitaire n’a pas aidé, il est vrai. « Dans mon lycée, on a essayé de mettre en place des actions notamment en vue de la Journée de la laïcité à l’école, le 9 décembre, mais semaine après semaine, nous étions un peu moins nombreux », confie Marc Meissonnier pour qui « le découragement est grand dans la profession »« Nous ne sommes pas de taille à lutter contre cette radicalisation et, entre les quatre murs de sa salle de classe, l’enseignant peut se sentir bien seul », insiste-t-il.

(...)

Faire émerger les débats

Catherine Ambeau, enseignante en lettres et histoire dans un lycée professionnel à Pessac, près de Bordeaux, s’est elle aussi posé beaucoup de questions à la suite du drame : « Y a-t-il des sujets tabous ? Des supports à éviter ? Une censure consciente ou inconsciente ? » Et sa réponse est un « non ». Elle s’efforce néanmoins désormais d’apporter davantage de contexte quand elle présente un document à ses élèves, et de faire ainsi émerger les débats. « L’assassinat de notre collègue m’a aidée à comprendre que si on met la poussière sous le tapis, on fait émerger des incompréhensions, voire de l’obscurantisme. » Elle souhaite inaugurer un parvis Samuel-Paty dans son établissement, pour la Journée de la laïcité, le 9 décembre. « Ce sera un parvis des droits humains, un lieu vivant comme une agora. Après ce drame affreux et la crise sanitaire, on a besoin de retrouver du lien », assure-t-elle.

Pour faire vivre la mémoire de Samuel Paty, et les valeurs qu’il incarne aujourd’hui malgré lui, l’association des professeurs d’histoire et de géographie a décidé de lancer le prix Samuel-Paty, destiné aux classes de 6e, 5e et 4e. L’idée est de produire un projet (audio, vidéo, affiches, texte…) autour d’un thème lié aux valeurs républicaines. « Il s’agit de créer un espace à côté des cours, de parler de ces questions différemment en faisant, on l’espère, travailler ensemble des enseignants de différentes disciplines », explique Fabien Salesse, de l’APHG. Le thème de cette première édition : « Sommes-nous toujours libres de nous exprimer ? » Beaucoup de professeurs se posent aujourd’hui la question. Mais pour Fabien Salesse, il n’y a pas de doute : « On lui doit bien ça. »

Sylvie Lecherbonnier

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Blois : l'enseignement de la laïcité abordé aux Rendez-vous de l'histoire

9 Octobre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Laïcité, #Education

Professeur à l’université Paris-Nanterre, Ismaïl Ferhat a donné une conférence sur la laïcité objet d’enseignement, mercredi, dans le cadre des RVH.

Membre de l’Observatoire de l’éducation de la fondation Jean-Jaurès, Ismaïl Ferhat est l’auteur des Foulards de la discorde. Retours sur l’affaire de Creil, 1989. Son intervention entre en résonance avec la volonté des Rendez-vous de l’histoire de lancer une série de rendez-vous sur le thème « La laïcité, de son histoire à son actualité ».

À quand remonte l’apparition d’un enseignement de la laïcité dans les établissements scolaires ?

« Pendant très très longtemps la laïcité n’était même pas un thème d’enseignement : ce mot n’apparaissait même pas dans les manuels scolaires. La “ laïcité ” est devenue un mot des programmes au moment des conflits sur les signes religieux, en l’occurrence le foulard. Devant une situation un peu compliquée, le ministère de l’Éducation nationale a progressivement décidé (circulaire Bayrou de 1994, loi de 2004) de bannir les signes religieux ostensibles de l’école, mais il fallait l’expliquer aux élèves. Ce n’est que dans les années 2010 que le principe de la laïcité est entré dans les programmes beaucoup plus fortement. »

Quelles sont les principales atteintes à la laïcité à l’école ?

« Tout d’abord, il n’y a pas de définition claire dans la loi de l’atteinte à la laïcité. De 1989 à 2004, on quantifiait le nombre de foulards à l’école : c’était assez aisé. Après 2004, on a eu une vraie difficulté car les signes religieux ostensibles étaient bannis : par définition, ce qui était visible avait disparu. La question était alors : qu’est-ce que l’on compte ? Là, on voit apparaître une panoplie de thèmes – atteintes à la laïcité en cours, contestations de programmes, refus de faire telle sortie – très compliqués à définir et à compter. En 2015, avec les attentats de Paris, la question d’un outil statistique des atteintes a été posée.
Deux ans plus tard, M. Blanquer a décidé d’ouvrir un comptage : on demande aux personnels eux-mêmes de remplir une page Internet. Ces remontées ministérielles montrent qu’il y a chaque année entre 800 et 900 cas d’atteintes à la laïcité pour 12 millions d’élèves. Mais quand on demande directement aux enseignants on se rend compte que les chiffres sont plus élevés : ceux de Rep et Rep + déclarent plus de contestations que les autres. Il y a donc une géographie. Deuxième élément, il y a beaucoup d’enseignants qui déclarent avoir rencontré au moins une fois des difficultés avec la laïcité dans leur carrière. »

Quelles sont les matières concernées par les contestations des enseignements pour motifs religieux ?

« Concernant la natation, l’idée que les jeunes filles, notamment musulmanes, n’iraient pas à la piscine parce que cela leur est interdit par leurs parents, est un discours qui existe depuis trente ans mais on n’a pas de chiffre qui infirme ou corrobore ce sujet. Il y a indéniablement des matières qui sont plus sensibles car elles portent “ les questions socialement vives ” : l’histoire-géographie, l’enseignement moral et civique (EMC), les SVT et donc probablement le sport car il y a un rapport au corps. La frontière entre atteinte à la laïcité et violence scolaire est très limitée. »

Comment, après l’assassinat de Samuel Paty, aborder l’EMC ?

« La matière a l’avantage de permettre une approche très souple. Mais il peut y avoir une crainte chez certains enseignants, qui évitent tel ou tel sujet. Dans l’affaire de Creil ou celle de Samuel Paty, ce qui relève des micro-affaires, de peccadilles, dégénère en situations dramatiques : dans le premier cas, cela crée une crise nationale, et dans le deuxième cela débouche sur un assassinat. Une des craintes, à la fois des personnels et de l’institution, est que les sujets sont tellement inflammables que même des situations anodines peuvent dégénérer. »

Propos recueillis par Adrien Planchon

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