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Vivement l'Ecole!

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« Une éducation à la laïcité vécue comme un rappel à l’ordre risquerait d’alimenter les crispations »

18 Octobre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Laïcité

« Une éducation à la laïcité vécue comme un rappel à l’ordre risquerait d’alimenter les crispations »

EXTRAITS

L’enseignement de la laïcité n’a été instauré qu’après l’affaire des collégiennes voilées de Creil, à l’automne 1989, rappelle, dans une tribune pour « Le Monde », Ismaïl Ferhat, professeur à l’université Paris-Nanterre.

Tribune. L’assassinat de Samuel Paty, le 16 octobre 2020, a remis à l’ordre du jour, tragiquement, la question des rapports parfois frictionnels entre religieux et institution scolaire. Comme de 1989 à 2004 après les crises à répétition autour du foulard islamique à l’école, comme en 2003 après la commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité, présidée par Bernard Stasi [ministre et parlementaire, disparu en 2011], et comme elle l’avait fait à la suite des attentats de janvier 2015, l’éducation nationale a répondu à cet acte terroriste par la nécessité d’éduquer à la laïcité. Une telle affirmation pédagogique, qui paraît aujourd’hui évidente, est en réalité très récente.

En effet, jusqu’aux années 1980, la laïcité n’a constitué qu’un aspect très marginal des programmes scolaires – y compris dans les programmes d’éducation civique, rétablis en tant que tels en 1985 dans le premier degré. Les mesures de sécularisation de l’institution scolaire, prises un siècle plus tôt à partir des années 1880, furent progressives et centrées sur la laïcisation des enseignements, des locaux et des maîtres de l’école publique. La laïcité a été, dans ce cadre, bien plus un principe d’organisation qu’un objet pédagogique. La fin des écoles normales d’instituteurs, en 1989, fit même reculer la formation au principe laïque des maîtres, qui tendit à refluer au sein des instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) où furent formés les enseignants de 1990 à 2013.

Passage obligé

La « pédagogisation » de la laïcité, c’est-à-dire sa transformation en objet d’éducation, doit beaucoup aux tensions introduites par l’affaire de Creil, à l’automne 1989, où trois collégiennes voilées nourrirent aussi bien le débat politique que les passions médiatiques. Car l’interdiction progressive des signes religieux dits ostensibles à l’école publique, à partir de la circulaire Bayrou en 1994, devait être expliquée aux élèves, premiers concernés par ces mesures. De même, a joué la crainte croissante des contestations religieuses de cours, au sein de l’institution scolaire, présente dans l’ouvrage collectif d’enseignants intitulé Les Territoires perdus de la République (Mille et une nuits, 2002), le rapport Stasi en 2003 et le rapport dirigé par l’inspecteur général de l’éducation nationale, Jean-Pierre Obin [ancien inspecteur général de l’éducation nationale], en 2004.

(...)

Cependant, la « pédagogisation » de la laïcité porte de véritables défis. Une partie des jeunes perçoit ce principe d’abord sous l’angle des interdits qu’il semble devoir imposer. Ainsi, le sondage IFOP commandité par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme et publié en mars 2021, auprès d’un millier de lycéens montre qu’une – courte – majorité d’entre eux est hostile à la loi du 15 mars 2004 bannissant les signes religieux ostensibles des écoles publiques. Or, le lien, voire la causalité, entre la nécessité accrue d’une éducation à la laïcité et cette interdiction est, on l’a vu, particulièrement fort d’un point de vue chronologique.

(...)

De ce point de vue, peut-être une solution serait celle apportée par un des tout premiers théoriciens de l’école laïque, le philosophe Edgar Quinet (1803-1875). Celui-ci souhaitait dans son court ouvrage L’Enseignement du peuple (1850), que celle-ci soit avant tout libératrice pour les enseignants comme pour les élèves. Une éducation à la laïcité qui soulignerait combien celle-ci a ouvert la société française – et, ceci ne saurait être trop rappelé, protégé les droits des croyants comme des non-croyants – serait un bel hommage au projet de séparation porté par les républicains du XIXe siècle.

Ismaïl Ferhat, professeur en sciences de l’éducation à l’université Paris-Nanterre, a publié Les Gauches de gouvernement et l’école (Presses universitaires de Rennes, 2019).

Texte intégral à lire en cliquant ci-dessous

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Vincent Peillon : "Lorsqu'on enseigne la laïcité, on enseigne la démocratie"

17 Octobre 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Laïcité, #Education

Accusé de dénigrer le catholicisme, Peillon réplique à la fachosphère -  L'Express

Pour le premier anniversaire de la mort de Samuel Paty, le philosophe et ancien ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon.

Hier, dans tous les établissements scolaires de France, un hommage solennel était rendu à Samuel Paty, sauvagement assassiné il y a un an jour pour jour. Un hommage que le ministère a voulu sous la forme d’une minute de silence et d’une heure de réflexion en classe sur les questions que pose cet assassinat et le rôle du professeur, tandis qu’aujourd’hui sont prévues diverses prises de parole de professeurs et des interventions d'élèves, le dévoilement par Jean-Michel Blanquer d'une statue en mémoire du professeur au collège du Bois-d'Aulne où Samuel Paty enseignait, et en fin de journée la double inauguration d'un square en face de la Sorbonne et d'une plaque commémorative au ministère de l'Education nationale, journée qui se terminera par la réception de la famille de l’enseignant à l’Elysée. Quel sens a cette commémoration ? Comment honorer justement la mémoire de l’enseignant ? Quelles questions pose sa mort atroce, un an plus tard, une fois sortis de la sidération ? 

Invité le philosophe et historien des idées Vincent Peillon, ancien ministre de l’Education nationale sous François Hollande. C’est lui qui avait souhaité en 2012 que soient instaurés des cours  d’ « Enseignement moral et civique » de la maternelle à la terminale, fait inscrire l’enseignement de la laïcité dans la loi et fait rédiger la Charte de la laïcité à laquelle il a consacré de nombreux ouvrages ces dernières années. On peut citer notamment Une religion pour la République, sur La foi laïque de Ferdinand Buisson ; Liberté, Egalité, Fraternité, sur le Républicanisme Français, ou encore en 2021, Une théologie laïque? (PUF).

"Il ne s'agit pas d'imposer la laïcité aux élèves, il s'agit qu'ils se l'approprient. Là est le travail pédagogique : l'assentiment. Il faut donner aux enseignants les moyens de le faire : des connaissances historiques, juridiques, philosophiques. Les enseignants doivent être capables de traiter de la laïcité en sachant qu'il y a derrière une question sociale, celle des discriminations, ou encore une question historique. Ce, pour amener les élèves à s'approprier la laïcité comme émancipation." 

"La laïcité n'est pas un catéchisme. Nous ne sommes pas de nouveaux inquisiteurs, et la laïcité n'est pas une orthodoxie, ce n'est pas l'Etat Dieu, ce n'est pas l'Etat Église. C'est précisément l'inverse : c'est ces hommes qui, à travers les mouvements d'émancipation du XVIIème siècle, on construit la tolérance, le libre examen, le doute à l'égard de soi-même. Car le doute à l'égard de ses propres opinions, de ses propres convictions, de sa propre foi, de sa propre raison est vraiment la tâche critique de l'école républicaine." 

"Il n'y a pas de laïcité sans justice sociale. Rappelons-nous d'ailleurs que notre République est démocratique, sociale et laïque : il y a un lien entre ces trois notions. La laïcité n'est pas prise en compte, par exemple, des discriminations dans notre pays. En effet, il y a des problèmes de discriminations dans notre pays, on ne peut pas le nier :  c'est mesuré par des instituts publics. Donc, lorsque l'on traite ces questions, y compris parce qu'on s'adresse à un public que l'on doit convaincre, on ne doit pas mettre la poussière sous le tapis. Il faut en parler, car les élèves parlent exactement de cela."

Pour aller plus loin : 

Caroline Broué

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Un an après l’assassinat de Samuel Paty, les enseignants restent traumatisés

15 Octobre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Laïcité

L'association Éclat rend hommage à Samuel Paty - Association ECLAT

EXTRAITS

L’assassinat de Samuel Paty, il y a un an, a créé un choc durable chez les professeurs, partagés entre découragement et refus de renoncer à leur mission.

L’assassinat de Samuel Paty a des airs de 13-Novembre pour les enseignants. Pour la première fois, un de leur collègue a été tué aux portes de son établissement scolaire en raison de son métier. Un an plus tard, chaque professeur se rappelle encore ce qu’il faisait au moment où il a appris le drame, en ce tout début des vacances de la Toussaint. Le choc a saisi toute la profession. Professeur d’histoire-géographie dans l’académie de Dijon, Emmanuel Menetrey apprend l’attentat contre Samuel Paty à la télévision et entre dans « un état de sidération ». Le lendemain, lorsque des informations plus précises sur qui était Samuel Paty commencent à circuler, il fond en larmes. « Il avait le même âge que moi [47 ans], on exerçait la même profession dans la même discipline. J’ai pleuré comme si j’avais perdu un membre de ma famille », raconte l’enseignant.

Comme Emmanuel Menetrey, beaucoup se sont identifiés à Samuel Paty. Les professeurs d’histoire-géographie au premier chef. Ce sont eux qui sont aux avant-postes : ils ont la charge de l’enseignement moral et civique. « Je donne ce cours sur la liberté d’expression chaque année. Evidemment, je me suis dit : ça aurait pu être moi ! », assure, comme beaucoup d’autres, Laurence Bardeau-Almeras, enseignante d’histoire-géographie dans l’académie de Toulouse.

(...)

Rien n’a changé

La nécessité de réagir collectivement s’est très vite fait sentir. Malgré les vacances et pour rompre l’isolement, les enseignants se sont appelés pour partager leur émotion et travailler les réponses à donner aux élèves au retour des vacances. Les tergiversations du ministère de l’éducation nationale autour des modalités de l’hommage dans les établissements, et notamment d’un moment de concertation – finalement écarté – laissé aux enseignants le jour de la rentrée, ont laissé une amertume encore vive aujourd’hui. « On a eu une nouvelle fois l’impression de ne pas être soutenu par notre hiérarchie, comme on a le sentiment de ne pas être protégé par notre institution face à des parents qui ne nous font plus confiance », se désole Marc Meissonnier, enseignant dans l’académie de Clermont-Ferrand.

Si des formations laïcité doivent se déployer dans les quatre années à venir, le sentiment que rien n’a changé depuis un an domine sur le terrain. La crise sanitaire n’a pas aidé, il est vrai. « Dans mon lycée, on a essayé de mettre en place des actions notamment en vue de la Journée de la laïcité à l’école, le 9 décembre, mais semaine après semaine, nous étions un peu moins nombreux », confie Marc Meissonnier pour qui « le découragement est grand dans la profession »« Nous ne sommes pas de taille à lutter contre cette radicalisation et, entre les quatre murs de sa salle de classe, l’enseignant peut se sentir bien seul », insiste-t-il.

(...)

Faire émerger les débats

Catherine Ambeau, enseignante en lettres et histoire dans un lycée professionnel à Pessac, près de Bordeaux, s’est elle aussi posé beaucoup de questions à la suite du drame : « Y a-t-il des sujets tabous ? Des supports à éviter ? Une censure consciente ou inconsciente ? » Et sa réponse est un « non ». Elle s’efforce néanmoins désormais d’apporter davantage de contexte quand elle présente un document à ses élèves, et de faire ainsi émerger les débats. « L’assassinat de notre collègue m’a aidée à comprendre que si on met la poussière sous le tapis, on fait émerger des incompréhensions, voire de l’obscurantisme. » Elle souhaite inaugurer un parvis Samuel-Paty dans son établissement, pour la Journée de la laïcité, le 9 décembre. « Ce sera un parvis des droits humains, un lieu vivant comme une agora. Après ce drame affreux et la crise sanitaire, on a besoin de retrouver du lien », assure-t-elle.

Pour faire vivre la mémoire de Samuel Paty, et les valeurs qu’il incarne aujourd’hui malgré lui, l’association des professeurs d’histoire et de géographie a décidé de lancer le prix Samuel-Paty, destiné aux classes de 6e, 5e et 4e. L’idée est de produire un projet (audio, vidéo, affiches, texte…) autour d’un thème lié aux valeurs républicaines. « Il s’agit de créer un espace à côté des cours, de parler de ces questions différemment en faisant, on l’espère, travailler ensemble des enseignants de différentes disciplines », explique Fabien Salesse, de l’APHG. Le thème de cette première édition : « Sommes-nous toujours libres de nous exprimer ? » Beaucoup de professeurs se posent aujourd’hui la question. Mais pour Fabien Salesse, il n’y a pas de doute : « On lui doit bien ça. »

Sylvie Lecherbonnier

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Blois : l'enseignement de la laïcité abordé aux Rendez-vous de l'histoire

9 Octobre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Laïcité, #Education

Professeur à l’université Paris-Nanterre, Ismaïl Ferhat a donné une conférence sur la laïcité objet d’enseignement, mercredi, dans le cadre des RVH.

Membre de l’Observatoire de l’éducation de la fondation Jean-Jaurès, Ismaïl Ferhat est l’auteur des Foulards de la discorde. Retours sur l’affaire de Creil, 1989. Son intervention entre en résonance avec la volonté des Rendez-vous de l’histoire de lancer une série de rendez-vous sur le thème « La laïcité, de son histoire à son actualité ».

À quand remonte l’apparition d’un enseignement de la laïcité dans les établissements scolaires ?

« Pendant très très longtemps la laïcité n’était même pas un thème d’enseignement : ce mot n’apparaissait même pas dans les manuels scolaires. La “ laïcité ” est devenue un mot des programmes au moment des conflits sur les signes religieux, en l’occurrence le foulard. Devant une situation un peu compliquée, le ministère de l’Éducation nationale a progressivement décidé (circulaire Bayrou de 1994, loi de 2004) de bannir les signes religieux ostensibles de l’école, mais il fallait l’expliquer aux élèves. Ce n’est que dans les années 2010 que le principe de la laïcité est entré dans les programmes beaucoup plus fortement. »

Quelles sont les principales atteintes à la laïcité à l’école ?

« Tout d’abord, il n’y a pas de définition claire dans la loi de l’atteinte à la laïcité. De 1989 à 2004, on quantifiait le nombre de foulards à l’école : c’était assez aisé. Après 2004, on a eu une vraie difficulté car les signes religieux ostensibles étaient bannis : par définition, ce qui était visible avait disparu. La question était alors : qu’est-ce que l’on compte ? Là, on voit apparaître une panoplie de thèmes – atteintes à la laïcité en cours, contestations de programmes, refus de faire telle sortie – très compliqués à définir et à compter. En 2015, avec les attentats de Paris, la question d’un outil statistique des atteintes a été posée.
Deux ans plus tard, M. Blanquer a décidé d’ouvrir un comptage : on demande aux personnels eux-mêmes de remplir une page Internet. Ces remontées ministérielles montrent qu’il y a chaque année entre 800 et 900 cas d’atteintes à la laïcité pour 12 millions d’élèves. Mais quand on demande directement aux enseignants on se rend compte que les chiffres sont plus élevés : ceux de Rep et Rep + déclarent plus de contestations que les autres. Il y a donc une géographie. Deuxième élément, il y a beaucoup d’enseignants qui déclarent avoir rencontré au moins une fois des difficultés avec la laïcité dans leur carrière. »

Quelles sont les matières concernées par les contestations des enseignements pour motifs religieux ?

« Concernant la natation, l’idée que les jeunes filles, notamment musulmanes, n’iraient pas à la piscine parce que cela leur est interdit par leurs parents, est un discours qui existe depuis trente ans mais on n’a pas de chiffre qui infirme ou corrobore ce sujet. Il y a indéniablement des matières qui sont plus sensibles car elles portent “ les questions socialement vives ” : l’histoire-géographie, l’enseignement moral et civique (EMC), les SVT et donc probablement le sport car il y a un rapport au corps. La frontière entre atteinte à la laïcité et violence scolaire est très limitée. »

Comment, après l’assassinat de Samuel Paty, aborder l’EMC ?

« La matière a l’avantage de permettre une approche très souple. Mais il peut y avoir une crainte chez certains enseignants, qui évitent tel ou tel sujet. Dans l’affaire de Creil ou celle de Samuel Paty, ce qui relève des micro-affaires, de peccadilles, dégénère en situations dramatiques : dans le premier cas, cela crée une crise nationale, et dans le deuxième cela débouche sur un assassinat. Une des craintes, à la fois des personnels et de l’institution, est que les sujets sont tellement inflammables que même des situations anodines peuvent dégénérer. »

Propos recueillis par Adrien Planchon

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Campagne « laïcité » de Blanquer : un flop et des affiches à la poubelle

2 Octobre 2021 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Laïcité

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Un mois après le lancement de l’opération par le ministère de l’éducation nationale, nombre d’établissements scolaires n’ont toujours pas accroché les fameuses affiches. Retour sur une déconfiture.

Une campagne « faite pour unir », avait lancé Jean-Michel Blanquer, fin août, en présentant huit affiches censées « promouvoir la laïcité » à l’école. « Permettre à Sasha et Neissa d’être dans le même bain, c’est ça la laïcité »« Permettre à Milhan et Aliyah de rire des mêmes histoires, c’est ça la laïcité », etc. Un mois plus tard, alors que ces posters ont été diffusés dans toutes les écoles, les collèges et les lycées de France, nombre de chefs d’établissement ont fait le choix de ne pas les installer, a constaté Mediapart.

D’emblée, des critiques avaient surgi pour dénoncer, derrière un message a priori bon enfant, une certaine « confusion » des concepts, voire un « dévoiement raciste » – les enfants d’immigrés pouvant apparaître comme les principaux obstacles à la laïcité.

À l’arrivée, « j’ai bien reçu les affiches, mais elles sont restées dans leur enveloppe », confie le directeur d’une école primaire REP+ de Nîmes (Gard). L’homme, qui n’est pas syndiqué, a pris sa décision après en avoir discuté avec ses collègues.

« C’est beaucoup d’argent dépensé de façon inutile, parce que la laïcité, ce n’est pas ça pour nous. Prendre la petite fille d’origine maghrébine comme étant musulmane ou comme ayant un problème pour mettre un maillot de bain, c’est très cliché. Nous nous sentons en décalage avec cette campagne », poursuit l’enseignant, qui non seulement émet de sérieux doutes quant à son efficacité, mais redoute aussi un effet boomerang. « Dans nos quartiers, l’islam politique est un vrai problème, je ne le nie pas, mais cela ne concerne qu’une population minoritaire. Pour l’instant, on arrive à travailler sur tout ça par petites touches, et j’ai peur qu’en affichant ces images, au contraire, on mette le feu aux poudres. »

Dans un collège des quartiers nord de Marseille (Bouches-du-Rhône), une principale non syndiquée les juge « hors sujet »« Et d’autant plus en REP+, où je n’ai de cesse de lutter contre ces préjugés dont sont victimes nos élèves. »

Même son de cloche dans un collège de Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis), où plus de 400 élèves répondent à l’appel chaque matin. « Je vous avoue que je les ai mises à la poubelle, lâche le principal, engagé auprès du Snupden, syndicat de personnels de direction affilié à la FSU. J’ai rangé le petit guide républicain dans la bibliothèque, mais je ne vais pas garder les choses sans intérêt. Il y a des moments où les bras m’en tombent. »

Plus souples, d’autres ont fini par les installer, mais sans grande conviction. Regrettant une « polémique inutile », le principal d’un collège de Caen, qui avoisine les 1 400 élèves, s’avoue dubitatif quant à la portée de cette campagne. « Ces affiches ne me choquent pas, mais si on pense que c’est en affichant ce genre de choses que les élèves capteront le message, on se trompe. Si cinquante élèves les ont lues, je pense que c’est le bout du monde. Que j’affiche ou pas, cela passe totalement inaperçu. »

"Cette campagne n’est pas entrée dans les établissements."

Sophie Vénétitay, secrétaire nationale du Snes-FSU

Depuis son collège de La Rochelle (Charente-Maritime), où elle officie comme principale adjointe, Audrey Chanonat juge que ces slogans nécessiteront « un très long travail de décryptage ». « Et il va justement falloir expliquer pourquoi la laïcité ne peut pas être raccourcie en un slogan », ajoute cette secrétaire nationale du Snpden-UNSA, le principal syndicat de chefs d’établissement.

Loin d’être marginales, toutes ces réactions seraient symptomatiques du malaise ambiant, selon le Snes-FSU, principal syndicat d’enseignants. « Cette campagne n’est pas entrée dans les établissements, résume Sophie Vénétitay, sa secrétaire nationale. On l’a analysée comme quelque chose qui peut être un problème plus qu’autre chose. On fera ce que l’on sait faire : former les élèves sur un temps long, et pas juste sur une campagne de com’. »

Du côté de la Vigie de la Laïcité, fondée par Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène (anciens responsables de l’Observatoire de la laïcité), on compatit. « Je peux comprendre que les enseignants soient très gênés de mettre ces affiches. Derrière l’a priori jovial et tolérant, il y a une réassignation des élèves à leur identité », déplore encore un membre de l’équipe.

Autant de « maladresses » qui ont même fait bondir une partie du Conseil des Sages, mis en place par le ministère de l’éducation en 2018, et sur lequel Jean-Michel Blanquer semble avoir fait l’impasse pour cette campagne programmée à la va-vite. « C’est une occasion manquée », confie l’un des membres, sous couvert d’anonymat. « On nous a dit qu’elle avait été faite dans l’urgence. Mais on a été tellement vite qu’on a manqué la cible, poursuit-il. On le regrette fortement, on l’a fait savoir au ministre. »

Sur son blog, Catherine Kintzler, professeure honoraire de philosophie et membre du Conseil, fulmine : « Non seulement ces huit affiches sont selon toute probabilité issues d’un travail mené en comité restreint, non seulement elles font écran, en s’imposant de manière tapageuse, aux documents autrement réfléchis et durables (on l’espère) que je viens de citer [comme le vade-mecum de la laïcité à l’école – ndlr], mais encore elles véhiculent une vision de l’école à laquelle je ne cesse de m’opposer depuis bientôt 40 ans », argue-t-elle, tranchante.

Un désaveu massif en somme, qu’après coup le ministère entend... Il aurait même prononcé quelques excuses à demi-mot. « Le ministère nous a dit : “Désolé, ça a été fait dans l’urgence. On aurait dû...” Mais je n’en prends pas ombrage », assure le Sage Iannis Roder, plutôt séduit, pourtant, par l’angle « positif » des affiches.

Reste à connaître le coût de ce flop... Questionnés, ni le ministère de l’éducation nationale ni le service d’information du gouvernement n’ont souhaité nous répondre.

Prisca Borrel

https://www.mediapart.fr/journal/france/011021/campagne-laicite-de-blanquer-un-flop-et-des-affiches-la-poubelle?utm_source=20211001&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-20211001&M_BT=16590131223

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Comment former les enseignants à la laïcité ?

22 Septembre 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Laïcité

Laïcité à l'école : 59 % des enseignants s'inquiètent - Le Point

Alors que le Ministère de l'Education nationale lance un plan de formation continu à la laïcité, Etre et savoir s'interroge : quelle vision de la laïcité y est proposée, mais aussi quels en sont les contenus et les ambitions ?

Depuis la rentrée 2021 le ministère lance un plan de formation des enseignants à la laïcité. Il fait suite à un rapport de Jean-Pierre Obin, ancien inspecteur de l’Education nationale, et en reprend les propositions.

Nous avons donc invité Jean-Pierre Obin pour nous parler précisément de cette formation et de sa philosophie de la laïcité. Paul Devin, également Inspecteur de l’Education nationale, militant syndical et Président de l’Institut de recherches de la FSU (Fédération Syndicale Unitaire) débattra avec lui. En effet, il défend une vision différente du sujet ou du moins de son approche, dans un livre collectif à paraître aux éditions de l'Atelier le 21 octobre prochain : La laïcité à l’école. Un apaisement nécessaire.

Dans cette émission nous entendrons également deux enseignantes. D’une part Peggy Kilhoffer, professeure à l’école Jean-Mermoz de Schiltigheim et formatrice à l’académie de Strasbourg, autrice d’un Abécédaire républicain réalisé avec ses élèves (Fayard, 2021) ; et plus rapidement, Christine Guimonnet, secrétaire générale de l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG) qui assurent donc l’enseignement morale et civique dans le secondaire. Nous écouterons aussi l’universitaire Ismail Ferhat, professeur des Universités à Paris Nanterre, membre du laboratoire CREF (Centre de recherches en éducation et formation), qui travaille sur les questions de pédagogie de la laïcité à travers l’Histoire.

C’est quoi la laïcité ?

L’élève n’est pas tenu d’être neutre, le principe de laïcité ne doit pas s’appliquer de la même façon à un professeur et à un élève, rappelle Ismail Ferhat.

La laïcité c’est d’abord le fait que la République garantisse la liberté de conscience et d’opinion. Paul Devin

La laïcité ne doit pas être apaisée, elle est apaisante si elle s’applique bien. Jean-Pierre Obin

L’école que je connais c’est une école où les enseignants sont enthousiastes à l’idée de construire avec patience le jugement raisonné de leurs élèves. Paul Devin

Nuances et complexité 

La laïcité n’est pas un dogme, il faut que les élèves puissent comprendre la complexité des choses, analyse Paul Devin.

Très souvent les élèves qui posent problème sur le sujet posaient déjà problème, donc au départ est-ce une question de vie scolaire ou de laïcité ? Ismail Ferhat

Comment faire la part des choses entre un comportement adolescent et le fait qu’il soit habité par une idéologie particulière ? Paul Devin 

Il ne faut pas suréagir dès qu’un élève exprime une opinion religieuse. Ismail Ferhat

Je suis convaincue que d’en parler dès l’école élémentaire ça permet de libérer la parole et de combattre certaines représentations. Peggy Kilhoffer

Censure et autocensure 

Au bout du compte aujourd’hui on a des enseignants qui sont un peu désemparés, explique Jean-Pierre Obin.

Un enseignant sur deux déclare s’autocensurer de peur de choquer les élèves. Jean-Pierre Obin

S’autocensurer, cela peut aussi être une vertu pour un enseignant. Paul Devin

Aujourd’hui l’atteinte majeure à la laïcité se fait dans le cadre de l’éducation physique et sportive. Jean-Pierre Obin

La formation en questions

La laïcité n’est pas forcément une priorité pour tous les professeurs, cela dépend des matières et des territoires, rappelle Ismail Ferhat.

Ce qui pêche en réalité, c’est plus la formation en continu. Ismail Ferhat

Ce que les enseignants souhaitent c’est qu’on les soutienne, pas qu'on les stigmatise. Paul Devin

Cette formation sera d’abord une formation de connaissances et de compétences. Jean-Pierre Obin

Quand on a confiance en son enseignant, on sera plus enclin à lui poser des questions. Christine Guimonnet 

Lien vers le sondage Ifop pour l’Observatoire de l’éducation de la Fondation Jean-Jaurès du 06/07/21, par Iannis Roder : Les enseignants, la laïcité et la place des religions à l'école.

Retrouvez le rappport de Jean-Pierre Obin remis à Jean-Michel Blanquer le 18 mai dernier : La formation des personnels de l’Education nationale à la laïcité et aux valeurs de la République.

Lien vers le sondage Ifop du 06/01/21 : Observatoire des enseignants : les contestations de la laïcité et les formes de séparatisme religieux à l'école

Retrouvez la publication d'Ismail Ferhat Eduquer à la laïcité : quelle histoire pour quel résultat ? (29/10/20 Fondation Jean-Jaurès).

Lien vers le Guide républicain sur le site du Ministère de l'Education nationale, de la jeunesse et des sports.

Retrouvez la vidéo France Culture "Qu'est-ce que la laïcité, retour au texte de 1905", avec P. Weil.

Lien vers l'enquête du Cnam/Cnesco (janvier 2020) : Laïcité et religion au sein de l'école et dans la société.

Lien vers une sélection d'émissions de France Culture autour de la laïcté (à retrouver sur franceculture.fr et l'application Radio France).

Illustrations sonores

  • "Coquelicot" de Laura Cohen, chantée par Laura Cohen et Yaël Naïm LE LABEL (PIAS) 151
  • Extrait vidéo France culture / Patrick Weil : "C'est quoi la Laïcité"

Louise Tourret

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"C'est ça laïcité ?"

4 Septembre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Laïcité

"C'est ça laïcité ?"

La campagne sur la laïcité lancée par le ministère de l’Education parle de tout sauf... de laïcité. Loin d’expliquer le concept, celui de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, elle vire au catéchisme.

J’essaie d’imaginer le brainstorming qui a prévalu à la création de cette campagne sobrement intitulée «C’est ça la laïcité». De jolies affiches qui rappellent un peu les pubs pour les céréales, les voitures électriques ou les sodas : des publicités pleines de bonheur où des enfants de toutes les couleurs se marrent comme des fous en buvant des boissons très sucrées qui les rendront sûrement diabétiques. L’idée principale c’est : la laïcité c’est comme l’huile d’olive, c’est bon pour les cheveux, la peau et, en plus, c’est plein d’oligo-éléments. Le tout dans un esprit cool cool, joyeux et en maxi ouverture d’esprit. J’imagine que les créatifs en charge de la campagne ont dû dire : «Vous me trouvez du jeune de toutes les couleurs et je veux du prénom qui claque, du prénom inclusif.» Résultat : Eva, petite fille blanche, et Kellijah, petit garçon noir, sont assis côte à côte. Ils sourient. On est clairement dans un moment partage et détente. Le texte sur l’affiche est le suivant : «Permettre à Eva et Kellijah d’être inséparables tout en étant différents. C’est ça la laïcité.» C’est bien qu’on le précise parce que, bêtement, jusque-là, on pensait que quand les gens étaient inséparables tout en étant différents, ça s’appelait de l’amitié ou de l’amour. Alors que pas du tout, tout ça c’est grâce à la laïcité. Sans ça, ces deux enfants se seraient probablement giflés au premier regard et on aurait dû les faire passer en conseil de discipline pour violence volontaire. Ça aurait été le début d’un engrenage qui les aurait immanquablement conduits à être déscolarisés pour finalement devenir dealers en grande couronne. Mais là, absolument pas, grâce à la laïcité, c’est du maxi kif, c’est du love, c’est de la joie. Même chose pour Malia, Tidiane et Paloma, jeunes gens à la peau harmonieusement répartie sur un nuancier qui va du blanc au noir. Ces trois-là rient aux éclats vêtus d’un même débardeur orange. «Permettre à Malia, Tidiane et Paloma de porter les mêmes couleurs. C’est ça la laïcité.» Là aussi, c’est bien de le préciser parce qu’à première vue, on aurait tendance à se dire que ces trois-là pratiquent une activité ensemble, d’où leur tenue. Erreur totale : avant la laïcité, Malia, Tidiane et Paloma auraient probablement porté des fringues super mais différentes les unes des autres. Alors que là, ils ont tous le même débardeur moche et ça, c’est maxi laïque. Quant à Sacha, petit garçon blond, et Neissa, petite fille noire, visiblement, sans la laïcité, ils n’auraient jamais pu aller à la piscine ensemble. Et on ne mesure pas à quel point la loi de 1905 a aussi permis l’expansion de l’aquagym et du waterbike, en plus du waterpolo et de la natation synchronisée, bien sûr. J’imagine que ça fera l’objet d’une seconde campagne sur le thème : la laïcité c’est bon pour tes abdos-fessiers. C’est quand même génial la laïcité, non ? Ça permet d’être ami avec des noirs, d’aller à la piscine avec des blonds, de lire des livres avec des beiges et de porter des fringues orange. La laïcité, c’est un peu comme un grand club de rencontres multicolores, un mélange de Tinder et de club Mickey.

Ce qu’il y a de saisissant dans cette campagne, c’est qu’elle fait l’effet d’un catéchisme délirant où tout le monde est sommé d’aimer son prochain, alors même qu’elle est censée expliquer une loi destinée à séparer l’Eglise de l’Etat. Là où l’impensé raciste de l’ancien Observatoire de la laïcité poussait ses membres à, sans cesse, envisager les gens pas blancs ou pas catholiques comme des citoyens de seconde zone pour qui il faudrait inventer de nouvelles lois. Leurs successeurs, traversés par ce même impensé, ont choisi de prendre les enfants et l’ensemble des citoyens français pour des abrutis ou des gros consommateurs d’ecstasy ou les deux. On est passé de «On n’a qu’à faire comme si la loi ne les concernait pas» à «Toi le sauvage, je vais t’expliquer la loi mais en termes simples car ton cerveau est limité». Dans les deux cas, un paternalisme en bon ordre de marche et des contresens qui, encore une fois, disent tout, sauf ce qu’est la laïcité.

Tania de Montaigne

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"Hors-sujet", "confusion", les affiches du ministère de l’Éducation sur la laïcité très critiquées

31 Août 2021 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education, #Laïcité

La campagne de l'Education nationale publiée sur son site internet.

Le ministère de l’Éducation nationale a publié une nouvelle campagne de communication sur la laïcité. Des syndicats enseignants s’offusquent. La Vigie de la Laïcité (association fondée par les anciens membres de l'Observatoire de la laïcité) la juge maladroite. Le ministre se défend.

Elle sera visible dans les prochains jours, dans la rue, mais aussi dans les écoles. Apparue jeudi dernier sur les réseaux sociaux, largement relayée, la nouvelle campagne de communication de l’Éducation nationale concernant la laïcité est très critiquée par les syndicats enseignants. Huit affiches composent la campagne. On y voit des élèves en classe, à la piscine, en cours d’EPS, à la bibliothèque, à la récréation. On peut y lire : "Permettre à Milhan et Aliyah de rire des mêmes histoires. C'est ça la laïcité", "Tout faire pour que Imrane, Axelle et Ismail pensent par eux-mêmes. C'est ça la laïcité", ou encore "Permettre à Sacha et Neissa d'être dans le même bain. C'est ça la laïcité." Par exemple, sur cette photo, une petite fille noire est à côté d’un garçon blanc, les deux avec une grand sourire, sur le rebord d'une piscine, le corps dans l’eau. Le slogan est le même : "C’est ça la laïcité."

Les syndicats enseignants bondissent

Les premières missives sont arrivées sur Twitter jeudi, où des internautes pointent le lien entre la couleur de peau, les prénoms des enfants et la religion. Le compte de Sud Éducation 77 a été l’un des premiers à dégainer : "La laïcité, c’est la séparation des Églises et de l’État, c’est aussi la neutralité religieuse de l’État et de ses agents dans l’exercice de leurs fonctions". Le syndicat est très clair : "Ces affiches ne parlent pas de laïcité. Sous couvert de laïcité, elle parlent plutôt d’ "intégration", de "multiculturalisme" et de "vivre ensemble". Cette confusion des termes a des conséquences."

L’affiche doit apparaître dans les établissements scolaires à la rentrée. Pour Sophie Vénétitay, du SNES-FSU, "cette campagne d’affichage renvoie les élèves à l’une de leurs caractéristiques, notamment leur prénom." Pour la responsable du premier syndicat du primaire interviewée par France Inter, "ces affiches ne parlent absolument pas de laïcité car il n’est pas du tout fait mention de la religion. Finalement, on a l’impression qu’elle joue sur de l’implicite, des représentations, pour laisser croire que la laïcité pourrait être mise en danger par certains élèves. Dire ça, écrire ça, le présenter sous forme d’image, c’est une vision très négative et restrictive de la laïcité." Sophie Vénétitay considère que "le ministère vient un peu brouiller le travail des enseignants car il faut bien se rendre compte de la difficulté que cela peut représenter pour nous d’essayer de passer après ce type d’affiche."

Pour la sociologue et écrivaine Kaoutar Harchi, "le ministère montre à quel point sa conception de la laïcité est hantée par les fantasmes sociaux qui collent à la peau de certains membres de la population, moins citoyens égaux que fantômes musulmans dont il faut conjurer la présence."

La campagne taclée par la Vigie de la Laïcité

Cette affiche suscite la discorde chez les enseignants mais aussi au sein des associations, comme la Vigie de la Laïcité, présidée par Jean-Louis Bianco. Joint par France Inter, il s’étonne de ces affiches "hors-sujet". Pour l’ancien président de l’Observatoire de la Laïcité "le rapport avec la laïcité est loin d’être évident quand on les voit et on lit leur message. Ce sont surtout des jeunes issues de la diversité. On a l’impression que la laïcité est fait pour ceux qui ne sont pas "Français de souche" comme on disait." 

"Derrière un a priori jovial et tolérant, le message porté par ces affiches réassignent les élèves à leurs identités." écrit notamment la Vigie de la Laïcité, qui tacle une campagne qui "fait fausse route, en réduisant les enfants à leur appartenance religieuse qui serait implicitement devinée par leurs prénoms et/ou couleurs de peau."

Jean-Louis Bianco n’est pas contre l'idée de discuter d’intégration et d’assimilation, "mais encore une fois, ce n’est pas le sujet. Il aurait fallu rappeler ce qu’est la laïcité de manière pédagogique et c’était possible de le faire."

Jean-Michel Blanquer sur la défensive

Sur RTL vendredi matin, le ministre de l’Education national a répliqué : Jean-Michel Blanquer se dit "très surpris" et estime qu’une "campagne sur la laïcité est une campagne qui est faite pour unir. La laïcité est synonyme de liberté, égalité, de fraternité aussi. C’est le fait que l’État est neutre vis-à-vis des religions que chacun est libre d’avoir la croyance ou la non-croyance qu'il ou elle veut et que chacun doit se respecter, que personne ne doit faire pression sur personne sur ces enjeux. Et que l'école en particulier est un sanctuaire de neutralité sur ces enjeux."

Au ministère de l'Éducation, on rappelle que cette campagne d'affichage s'adresse surtout aux élèves, et comprend notamment des QR codes, qui renvoient à des "outils pédagogiques", que les enseignants peuvent utiliser en classe pour engager une discussion. Le ministère défend une campagne qui prend appui sur "la vie quotidienne" et les conséquences "positives" de la laïcité à l'école pour expliquer le concept aux élèves. 

Quant à l'accusation de racisme, le ministère se place "en total désaccord". Sur RTL, Jean-Michel Blanquer ajoute : "Si on regarde n’importe quelle publicité aujourd’hui, c’est le cas -il y a des couleurs de peau différentes- personne n’y prête attention. Donc comme pour n’importe quelle affiche, il y a une variété de couleurs de peau différentes, je n’y fais même pas attention." Jean-Michel Blanquer conclut : "Cette campagne est faite pour unir et pour rappeler que la laïcité est au cœur du pacte social français."

Victor Vasseur

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Urgence civique à l’école : les impensés d’un marronnier gouvernemental

7 Juin 2021 , Rédigé par AOC Publié dans #Education, #Laïcité

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EXTRAIT

Après chaque attentat, et plus généralement à chaque fois que le consensus républicain semble mis à mal, l’école est appelée à la rescousse. Mais les interventions en cascade sur l’urgence civique à l’école tendent à éclipser du débat public la question des inégalités scolaires et, derrière, des inégalités sociales dont elles sont le reflet et le moteur. L’éducation civique offre ainsi aux sociologues un parfait analyseur des dynamiques et des enjeux plus généraux qui sous-tendent la question du rôle de l’école dans la formation des élèves.

Le 6 mai dernier, le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer se rendait à la cérémonie commémorative organisée en l’honneur de Samuel Paty dans son ancien lycée de Moulins dans l’Allier. Ce fut l’occasion de mettre en avant la vocation civique de l’école et le rôle des enseignant·es dans la diffusion des valeurs de la République.

Au-delà de sa triste raison d’être, cet hommage prend place parmi ces rituels de mise en récit de l’institution scolaire par elle-même au cours desquels elle célèbre sa « noble » mission de construction des citoyen·nes de demain. De façon accentuée depuis les attentats de ces dernières années, cette mobilisation du mandat civique de l’école d’État républicaine s’articule à un discours de crise. L’école y est invoquée comme tout à la fois la responsable et la solution d’un éreintement du consensus républicain et plus largement du désenchantement citoyen qui traverserait la société actuelle.

Devenant un quasi marronnier de l’agenda médiatique et politique, la tâche de l’institution scolaire dans la formation civique des jeunes générations est constituée en problème public. Or, l’inflation de discours à laquelle elle donne lieu brouille bien souvent les frontières entre l’école imaginée et l’école telle qu’elle est.

Par contraste, c’est par le retour aux pratiques et la prise de recul qu’il permet que l’enquête sociologique peut contribuer au débat public. En s’intéressant aux réformes de l’éducation civique, nous avons pu dans un ouvrage paru récemment apporter des éclairages utiles pour lever un certain nombre de prénotions et d’impensés qui caractérisent le traitement public de ce dossier. Non pas que ce dernier se réduise à cet enseignement au demeurant marginal dans les curricula. Mais l’éducation civique est un analyseur des dynamiques et des enjeux plus généraux qui sous-tendent la question du rôle de l’école dans la formation civique des élèves.

(...)

Thomas Douniès - Politiste

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