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Vivement l'Ecole!

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Derrière l’algorithme de Parcoursup, un choix idéologique...

21 Juillet 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #L'Obs

Derrière l’algorithme de Parcoursup, un choix idéologique...

EXTRAITS

DISSENSUS. Cessons de penser que les algorithmes prennent des décisions ; ils ne font qu’exécuter les choix de ceux qui les ont écrits, rappelle le chercheur Hugues Bersini.

La répartition des étudiants entre les universités et les filières est un problème complexe puisqu’elle s’effectue sur base d’un conflit massif entre l’offre et la demande : on dénombre plus de 880.000 candidats pour un total (à raison de 10 vœux possibles par candidat) de quelques 7.000.000 de vœux de formation [810.000 ont in fine validé leurs voeux, NDLR]. La résolution d’un tel conflit n’est plus sérieusement envisageable humainement. Dès lors qu’un algorithme travaille à cette mise en relation n’est pas à remettre en question. La vraie question est celle de l’objectif assigné à l’algorithme et des choix qu’il doit exécuter. 

Des cartes récemment publiées montrent un résultat consternant depuis la mise en place de l’algorithme de Parcoursup : la diminution de la mobilité des étudiants issus des périphéries crève les yeux. Des responsables politiques et des citoyens, légitimement heurtés par ce constat, s’en saisissent aujourd’hui pour accuser l’algorithme de Parcoursup d’être un "algorithme discriminant". En cela, ils rejoignent, sans toujours en avoir conscience, ceux qui souhaitent engager en Europe une réflexion pour attribuer une personnalité juridique aux algorithmes.

(...)

Dans le cas de Parcoursup, la théorie du ruissellement voudrait que les étudiants méritants, mais surtout issus des milieux favorisés, domiciliés dans les quartiers aisés, ayant déjà bénéficié des lycées réputés, désormais formés par des facultés prestigieuses, deviennent encore meilleurs, puis finissent par favoriser le bien de l’ensemble de la société et par pousser les étudiants défavorisés à s’améliorer. Il faudrait que les champions universitaires, professeurs comme étudiants, consacrent de leur temps et de leur talent à rehausser le niveau des universités en difficulté. En réalité, le système éducatif devient pénalisant, décide pour les jeunes de cinq années de formation, d’un parcours de vie, et bloque la mobilité sociale dès le début de la vie. 

(...)

Avec le tirage au sort, on rebattait les cartes, on accordait moins d’importance au relevé des notes passées, à la réputation du lycée, à la localisation géographique puisque ce système n’avait pas pour but de classer et de sélectionner l’ensemble des étudiants. On envoyait le signal à tous les étudiants que, moyennant la satisfaction des attendus, que quelle que soit la réputation d’un établissement supérieur, quel que soit son ranking objectif ou imaginaire, ils avaient une chance.

Bien sûr, des étudiants brillants n’ont pas obtenu la filière ou l’université de leur choix à cause du tirage au sort. Comment ne pas entendre leur déception ? Mais, au-delà des cas individuels malheureux, il faut prendre la mesure de l’orientation inégalitaire générale qui a succédé à APB. La France était pourtant déjà de tous les pays européens le plus inégalitaire avec celui de l’Angleterre. Un système comme APB ou Parcoursup serait inimaginable ailleurs en Europe parce que l’on considère que chacun doit avoir sa chance. Et Parcoursup n’est qu’une seconde sélection puisqu’il ne concerne même pas les hautes écoles comme Polytechnique, Centrale ou HEC, où l’on rechigne en plus à appliquer les décrets européens favorisant la mobilité des étudiants. 

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Propos recueillis par Benoît Kanabus

(*) Hugues Bersini est notamment l’auteur de "Big Brother is driving you. Brèves réflexions d'un informaticien obtus sur la société à venir", Académie royale de Belgique, 2017, et de "Haro sur la compétition", PUF, 2010.

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