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Vivement l'Ecole!

jeunesse

Appel signé par 40 personnalités pour demander de véritables droits pour les moins de 25 ans...

9 Juillet 2020 , Rédigé par La Croix Publié dans #Société, #Jeunesse

Appel signé par 40 personnalités pour demander de véritables droits pour les moins de 25 ans...

La crise sanitaire a rendu particulièrement visible l’ampleur de la pauvreté des jeunes, qui touche en France plus d'un jeune sur cinq. La crise sociale qui s'annonce, avec la contraction de l'emploi, de l'intérim, des petits boulots, va accroître encore ces situations de pauvreté, en creusant inévitablement les inégalités d’accès à l’emploi. Ce sont des centaines de milliers de jeunes, diplômés ou pas ou peu qualifiés, qui, ne pouvant s'appuyer sur le soutien familial, vont se trouver sans ressources et sans filet de sécurité.

→ TRIBUNE. Pour ne pas laisser les jeunes vulnérables sombrer

La société solidaire qu'appelle de ses vœux le président de la République ne peut laisser ainsi une part importante de ses jeunes sur le bord de la route. Il en va de notre responsabilité collective. Il nous faut aujourd'hui tirer les leçons de trente ans de politiques de lutte contre la pauvreté des jeunes, partielles et segmentées, qui mettent des jeunes dans des cases, et définir enfin, pour tous, un droit à l'insertion, c'est-à-dire un droit à un accompagnement de qualité couplé à la garantie d'un revenu décent.

→ ANALYSE. Les diplômes du supérieur, solide tremplin vers l’emploi

Tout citoyen de 18 à 25 ans doit pouvoir, s'il le souhaite, être accompagné dans son parcours. Nous mesurons l'ampleur d'une telle ambition. Elle impose de mobiliser tous les acteurs qui accompagnent aujourd'hui les jeunes dans le cadre de politiques sectorielles (acteurs de l’insertion sociale et professionnelle, acteurs de l'hébergement, structures de l'insertion par l'activité économique, acteurs du handicap...) et de leur donner les moyens d'amplifier leurs efforts. A la diversité des situations doit en effet répondre une pluralité d’acteurs et de modalités d'action, pour garantir à la fois la qualité de l’accueil et l’adaptation aux profils et aux besoins des jeunes.

L’épidémie mine l’insertion des jeunes

Tous les jeunes en difficulté d’insertion pourront faire valoir ce droit à l'accompagnement, à commencer bien sûr par les plus exclus, dans une démarche active pour les repérer et les mobiliser, avec une attention particulière pour les jeunes en errance, les jeunes en situation de handicap, les jeunes sortant de l'aide sociale à l'enfance ou encore les jeunes des zones urbaines sensibles et des zones rurales isolées. Plus que jamais, le non-recours serait un aveu d'échec.

A ce droit à l'accompagnement doit répondre un droit à une allocation équivalente au montant du RSA, sous condition de ressources. Tout citoyen de 18 à 25 ans, s'il répond aux critères de ressources et s'il a fait valoir son droit à l'accompagnement, aura droit à cette allocation. Il est temps de mettre fin à cette discrimination qui exclut les moins de 25 ans du droit inscrit dans le préambule de la constitution du 27 octobre 1946, pour toutes les personnes en difficulté d’accès à l'emploi, d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence.

→ DÉBAT. Emploi des jeunes : faut-il ouvrir le RSA aux moins de 25 ans

Il convient enfin de promettre à ces jeunes qu’ils ne seront jamais abandonnés sans solution. Le droit à l'accompagnement, comme le droit au soutien monétaire de la collectivité, doit donc s'exercer sans limite de durée, jusqu'à ce que les jeunes accompagnés soient autonomes.

La crise sociale qui s'installe et qui va toucher particulièrement les jeunes rend nécessaire une réponse forte de la Nation. Au-delà de leur coût et des effets d'aubaine qu’elles offrent aux employeurs, les recettes classiques qui, pour favoriser l'emploi des jeunes, passent par l'abaissement du coût du travail, ne traitent qu'une partie du problème, faute d’accompagnement pour les personnes qui ont besoin de temps et de soutien pour tracer leur chemin. Il faut aller plus loin et reconnaître enfin les devoirs de la société envers les jeunes les moins favorisés, en faisant progresser leurs droits. C'est à ce prix qu'on leur construira un avenir : le nôtre.

Vous trouverez la liste complète des signataires en cliquant sur ce lien

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Le sexisme, une triste télé-réalité...

3 Mars 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Jeunesse, #Médias

Dans la deuxième édition de son état des lieux du sexisme en France, le Haut Conseil à l’égalité épingle, entre autres, la représentation caricaturale des femmes et les stéréotypes genrés dans les émissions de divertissement.

Des corps hypersexualisés, une vision caricaturale des femmes, des insultes sexistes à foison, des candidates encouragées à se dénigrer entre elles… Dans la deuxième édition de son état des lieux du sexisme en France, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) fustige son omniprésence dans les programmes de divertissement français, et en particulier dans les émissions de télé-réalité. Scrupuleusement, les membres de cette instance consultative indépendante se sont donc employés à regarder trois programmes, diffusés sur des chaînes différentes : les Marseillais vs le reste du monde (W9) ; les Anges de la télé-réalité (NRJ12) et Koh-Lanta (TF1). Soit, au total, pas moins d’une vingtaine d’épisodes, diffusés entre mars et décembre 2019, et choisis parce que mettant en scène des candidats dans un décor ou une situation dont ils ne peuvent s’échapper. Bilan : «La télé-réalité est une grande pourvoyeuse de sexisme», analyse le Haut Conseil à l’égalité.

Les autrices du rapport pointent la sexualisation excessive des corps féminins, «guidée par la recherche du "male gaze" [imposer au public un regard d’homme hétérosexuel, ndlr] et non par l’affirmation de la puissance du corps des femmes». Ainsi, dans deux des programmes étudiés, les candidates apparaissent au moins une fois par épisode partiellement dénudées et sont fréquemment montrées dans des tenues n’étant pas en adéquation avec la situation, par exemple en peignoir transparent et talons aiguilles au petit-déjeuner, dans les parties communes de la maison. Globalement, la vision des femmes présentée dans ces programmes est «caricaturale», pointe le HCE. Leurs traits de caractère sont empreints de stéréotypes, associés soit à la figure de la « bimbo », ou à celle de la «partenaire idéale», le rapport notant au passage que la maternité est affichée comme «un gage de sagesse».

Culture du clash

Pis, les candidates sont volontiers présentées comme «stupides». Par exemple, un candidat des Marseillais déclare, à propos de sa compagne : «Carla, je l’aime beaucoup, mais quand elle fait le test de culture gé, j’ai envie de me mettre sous la terre. Heureusement qu’elle fait pas les comptes à la maison, sinon on serait dans la merde.»

Les programmes eux-mêmes semblent encourager le dénigrement entre candidates, en les plaçant en compétition les unes contre les autres et en jouant sur une culture du clash, permettant leur visibilité à l’écran. Le féminin est par ailleurs fréquemment associé au champ lexical de la faiblesse, et les injures sexistes telles que «pute» ou «ta mère» fusent régulièrement, rejoignant les conclusions du précédent rapport de l’institution, qui pointait la «double disqualification, à la fois individuelle et collective», induite par l’omniprésence des injures sexistes, objet d’une grande tolérance sociale. A l’inverse, quand des hommes sont la cible d’insultes, celles-ci remettent en cause leur virilité («t’es un homme, porte tes couilles»), illustrant ce que la docteure en sociologie Nathalie Nadaud-Albertini appelle la «culture de la virilité» dans ce type de programmes.

Qui plus est, reprenant une étude du CSA, le rapport observe que les femmes «sont essentiellement représentées dans la catégorie socioprofessionnelle des employées (23 %) ou des personnes sans activité professionnelle (15 %). Les métiers les plus exposés sont ceux de danseuse et serveuse. Les femmes de pouvoir, ayant fait de longues études, les cadres, les chercheuses […] ne sont jamais représentées dans ces programmes». 

«Consentement»

Autre point problématique relevé : évoquant le cas d’une candidate morigénée parce qu’elle refuse d’avoir des rapports sexuels avec son petit ami, le HCE souligne que la question de «la pression sur les femmes et du consentement dans la télé-réalité se pose». L’instance rappelle que le CSA a déjà mis en garde certaines chaînes sur le sexisme de leurs programmes, comme NRJ12 en 2016. Un candidat des Anges de la télé-réalité avait alors déclaré : «Dimitri râle parce que la cuisine est dans un sale état. Moi, je suis tout à fait d’accord avec lui sauf que je dis à Dimitri : "Nous, on est des mecs, ce n’est pas à nous de faire ça, respecte-toi, c’est pas à l’homme de faire ça, c’est à la femme."»

Le HCE préconise notamment de faire signer une charte d’engagement aux chaînes qui diffusent des programmes de télé-réalité et suggère de profiter du projet de loi sur l’audiovisuel pour y intégrer un renforcement du rôle du CSA, afin de permettre d’imposer à chaque chaîne de progresser annuellement sur la présence des femmes à l’antenne et la lutte contre les stéréotypes.

Outre le divertissement télévisé, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes épingle également la politique, «bastion du sexisme», ainsi que le monde de l’entreprise, et exhorte les pouvoirs publics à financer une vaste enquête annuelle d’opinion sur ces questions.

Virginie Ballet

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Les réformes s’enchaînent, la précarité des jeunes s'accroît...

30 Janvier 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Sociologie, #Jeunesse

Les réformes s’enchaînent, la précarité des jeunes s'accroît...

Les jeunes ayant 20 ans aujourd’hui compteront parmi les grands perdants d'un système de retraite à points qui aura pour conséquence de baisser leurs pensions et de figer encore davantage les destinées.

Dans un contexte de réformes successives dégradant de manière rapide et brutale l’Etat social et les services publics (réduction de 5 euros par mois des APL en 2017, mise en place de Parcoursup en 2018, nouvelles règles de l’assurance chômage en 2019, augmentation des frais d’inscription pour les étudiant·e·s étranger·e·s à l’université en 2019, réforme des retraites prévues pour 2020, etc.), nous alertons des effets de ces choix politiques sur les conditions de vie des jeunes en France, et notamment de celles et ceux issu·es des milieux les plus modestes. Nous ne pouvons rester silencieux·ses face à l’affaiblissement des droits et protections sociales au regard du contexte actuel de précarisation du travail et du marché de l’emploi, qui touche plus particulièrement les jeunes.

En 2017, le taux de chômage des 15-29 ans s’élevait à 17% (contre 9,4% pour l’ensemble de la population). Pour les non diplômé·es, ce taux monte jusqu’à 39,2%. Les jeunes sont de plus en plus confronté·es à la difficulté de trouver un emploi pérenne. Leurs parcours sont marqués par des allers et retours entre des situations d’activité salariée faiblement rémunérée, des périodes d’auto-entreprenariat, des temps partiels subis et des périodes de chômage. Auparavant, les vingt-cinq meilleures dernières années étaient prises en compte dans le calcul des retraites pour ceux du secteur privé et ceux contractuels de la fonction publique, et les six derniers mois pour les fonctionnaires. La réforme des retraites à points va prendre en compte l’ensemble de la carrière du salarié pour les générations nées après 1974, et instaurer un système de malus conduisant à des départs en retraite (pour une retraite sans décote) de plus en plus tardifs. Les jeunes ayant 20 ans aujourd’hui partiront probablement en retraite à 67 ans. Ces générations compteront parmi les grandes perdantes d’un système qui aura pour conséquence de baisser leurs pensions de retraite, d’imposer un temps de travail plus long et de pousser les jeunes à accepter des emplois de plus en plus précaires et faiblement rémunérés pour obtenir quelques points de retraite.

Dépendance familiale

Une autre réforme, celle concernant l’attribution des allocations-chômage, conduit d’ores et déjà à des conséquences graves pour les jeunes. Alors qu’un·e chômeur·euse pouvait prétendre à une allocation après avoir travaillé pendant quatre mois, il ou elle lui faut à présent six mois de contrat. Or, l’on sait que les contrats courts sont plus fréquents chez les jeunes. De plus, les indemnisations ne seront plus calculées à partir du nombre de jours travaillés effectifs, mais à partir d’une moyenne calculée sur l’ensemble des jours de la semaine de la période travaillée. Ce qui signifie concrètement une baisse importante des allocations. Les jeunes, et notamment celles et ceux les plus précaires, connaîtront une augmentation du temps de cotisation et une baisse du montant de leur allocation, les confrontant ainsi à une situation de pauvreté grandissante et à un prolongement de la dépendance familiale.

Concernant les APL, elles ont été diminuées de 5 euros par mois en 2017. Cela, ajouté aux effets potentiellement négatifs de la contemporanéité des APL (réévaluation des aides sur la situation actuelle, et non à n-2 comme c’était le cas jusqu’ici) et à l’exclusion des moins de 25 ans sans enfant du RSA, précarise l’existence quotidienne des jeunes.

Renforcer les inégalités

Ces politiques sociales s’inscrivent dans un contexte global de fragmentation territoriale et sociale des parcours des jeunes, de la maternelle à l’université, avec des réformes conduisant à renforcer les inégalités, à figer encore davantage les destinées. L’ensemble des politiques sociales évoquées est justifié par la nécessité de faire des économies sur le budget de l’Etat, alors que vient d’être annoncée l’attribution de plus d’un milliard d’euros par an pour la généralisation du service national universel (SNU), soit deux semaines d’encadrement militaire qui ne répondront pas aux inégalités sociales, économiques, territoriales rencontrées par les jeunes.

Ainsi, ce sont différents pans de soutiens à l’entrée dans l’âge adulte qui sont attaqués et qui vont fortement dégrader les conditions de vie des jeunes et renforcer les inégalités entre eux. Ce programme de destruction des droits sociaux se réalise de manière accélérée et dans une certaine indifférence.

Les politiques menées par ce gouvernement, au premier rang desquelles le projet de réforme des retraites, ne visent qu’à ancrer la précarité vécue par les jeunes lors de leurs premiers emplois et ne conduiront, à terme, qu’à accroître les inégalités entre jeunes et entre générations.

Signataires : Yaëlle Amsellem-Mainguy, Valérie Becquet, Julie Couronné, Aden Gaide, Isabelle Lacroix, Laurent Lardeux, Patricia Loncle, Emmanuelle Maunaye, Paolo Stuppia, David Sudre, Guillaume Teillet, Benjamin Vial, Arthur Vuattoux, sociologues, membres de l’Association française de sociologie.

un collectif de sociologues membres de l’Association française de sociologie

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« Jeunes des villes, jeunes des champs : la lutte des classes n’est pas finie »

22 Novembre 2019 , Rédigé par La Montagne Publié dans #Education, #Jeunesse

« Jeunes des villes, jeunes des champs : la lutte des classes n’est pas finie »
La note de la Fondation Jean-Jaurès s'appuie sur une enquête Ifop auprès des 17-23 ans.

La Fondation Jean-Jaurès et l’association Chemins d’avenirs ont publié mercredi 20 novembre une enquête d’opinion Ifop sur les jeunes Français face à leur avenir. Réalisée auprès des 17-23 ans elle est éloquente sur la fracture territoriale qui sépare les jeunes des métropoles et ceux des petites villes et territoires ruraux, dans les domaines de l’orientation, de la mobilité et dans l’estimation même de leur capacité à réussir.
Présidente de Chemins d’avenirs, Salomé Berlioux analyse avec nous cette enquête.

Qu’est-ce qui vous frappe dans cette étude ?

Au-delà de l’influence du milieu social sur la réussite des jeunes, elle montre qu’il existe aussi de vrais effets de lieu, un déterminisme territorial qui s’ajoute au déterminisme social. Un jeune qui grandit dans une zone rurale ou dans une petite ville a des défis supplémentaires à relever et ce, quel que soit son potentiel, ses talents, sa motivation. Cette fracture territoriale est accentuée par la mobilité, qui est autorisée pour certains et plus complexe pour d’autres, éloignés des métropoles.

L’égalité des chances n’est pas également répartie. Dire ça n’est pas du misérabilisme, c’est dire que les jeunes dans les territoires sont aussi capables, aussi motivés, aussi talentueux que les autres mais qu’il faut leur donner les moyens d’exprimer ce potentiel pour aller aussi loin qu’ils le souhaitent, au sein de leur territoire ou ailleurs.

Les modèles aussi répondent à des logiques territoriales nous dit l’étude. 

Je suis particulièrement frappée par le décalage entre les jeunes ruraux et des petites villes d’une part et ceux de l’agglomération parisienne d’autre part en ce qui concerne les « rôles modèles », les personnalités inspirantes, le carnet d’adresses en fait. C’est un point sur lequel nous essayons de répondre à Chemins d’avenirs avec le parrainage individuel. Mais les associations ne peuvent pas résoudre le problème de milliers de jeunes, les pouvoirs publics doivent s’emparer de la question pour donner les mêmes chances aux jeunes de tous les territoires.

Les jeunes ruraux ont tendance à limiter leurs ambitions. 

A résultats scolaires équivalents, ils doutent plus d’eux-mêmes, ont tendance à plus s’autocensurer, à considérer que telle filière ou tel métier ne sont pas faits pour eux. Il faut donc mettre en place des dispositifs pour rendre leurs choix plus larges et plus faciles.
n Le cas des jeunes de banlieues est mieux pris en compte par les politiques publiques. Il l’est en tout cas depuis plus longtemps. La question des jeunes des quartiers est dans le débat public depuis plusieurs années avec des dispositifs en place. Il faut s’inspirer de cela pour les jeunes ruraux et amplifier les mesures pour la mobilité qui est plus criante dans les territoires ruraux pour des raisons évidentes d’éloignement avec les métropoles.

Les jeunes disent que les études longues ne sont pas forcément déterminantes. 

Ils disent que les études supérieures comptent pour leur avenir professionnel, mais bien après l’expérience professionnelle acquise durant les stages et après la constitution d’un carnet d’adresses, après les rencontres. Il faut en tenir compte dans la façon d’aborder l’orientation en France.

L’oreille accordée aux Gilets jaunes a-t-elle modifié l’écoute de vos alertes ?

Leurs revendications sont issues des mêmes territoires que nous étudions et sur lesquels nous intervenons. Depuis dix-huit mois je constate une évolution dans la compréhension des freins dont souffrent les jeunes de ces territoires et dans la nécessite de leur donner les moyens de se réaliser.

Jean-Marc Laurent

A compléter en cliquant ci-dessous

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Bonheur, protection, écologie: à quoi rêvent les jeunes?...

16 Juin 2019 , Rédigé par Slate Publié dans #Jeunesse

Bonheur, protection, écologie: à quoi rêvent les jeunes?...

EXTRAIT

Leurs objectifs ne sont pas si différents des autres générations.

L’édition 2018 de l’enquête sur les valeurs (la cinquième édition depuis 1981) permet d’analyser les orientations fondamentales des Français·es. Un livre récent a rendu compte des principaux résultats. Je voudrais dans cette chronique faire un focus sur les valeurs des jeunes puisqu’on s’accorde à reconnaître depuis Ronald Inglehart que les valeurs évoluent avec le renouvellement des générations.

L’illusion des ruptures générationnelles

Avant de présenter quelques résultats saillants, il faut mettre à bas une idée reçue tenace que permettent de démentir précisément les différentes éditions des enquêtes sur les valeurs. Cette idée est une extrapolation excessive de la thèse sur le renouvellement des générations. L'évolution des valeurs se fait bien par le renouvellement des générations... Mais c'est une évolution, pas une révolution, comme ont trop souvent tendance à le dire les médias et les hommes de marketing. L’idée que chaque génération nouvelle (X, Y, Z…) serait porteuse d’une identité particulière radicalement différente de celles de leurs devancières a sans doute une part de vérité en ce qui concerne les modes culturelles.

Mais elle est démentie en ce qui concerne les valeurs qui sont des orientations beaucoup plus stables. Les enquêtes sur les valeurs montrent bien des évolutions générationnelles, mais celles-ci sont graduelles, ce sont des tendances qui se prolongent ou s’accentuent, rarement des décrochages brutaux. Les historiens l’ont bien montré, les clivages générationnels profonds se manifestent à l’occasion «d’événements fondateurs» qui sont liés généralement à des guerres ou à des révolutions, en tout cas à des bouleversements historiques profonds de la société, qui créent un sentiment de table rase chez les jeunes générations. Par définition ces événements sont rares.

Une seconde illusion est liée à la première, celle selon laquelle, sur le plan des valeurs, les jeunes seraient radicalement différents des adultes. On verra bien sûr dans la suite de cette chronique qu’ils et elles le sont sur certains points, mais les données des enquêtes valeurs démentent l’idée qu’ils et elles le seraient de façon radicale. D’ailleurs, lorsqu’on étudie ces données au niveau européen, on est frappé de constater que, le plus souvent, les jeunes d’un pays donné ont en moyenne des valeurs plus proches de celles des adultes de même nationalité, que des jeunes des autres pays européens. La proximité nationale l’emporte sur la proximité générationnelle.

L’enquête sur les valeurs est très riche et je ne pourrai pas rendre compte de l’ensemble des résultats qu’elle contient. Essayons simplement de mettre en exergue quelques traits saillants.

(...)

Des valeurs écologiques fortes

Les valeurs écologiques pourraient-elles constituer un corps de valeurs mobilisateur pour relancer la participation des jeunes à la société? Indéniablement, les jeunes adhèrent à ces valeurs. Leur confiance dans les organisations environnementales est élevée (70%) et ils semblent prêts à agir pour la protection de l’environnement. 59% se disent prêts par exemple «à donner de l’argent pour éviter la pollution» et le même pourcentage est d’accord avec la proposition «On devrait donner la priorité à la protection de l’environnement, même si cela ralentit la croissance économique et si certains perdent leur emploi.» Notons cependant que sur ces différentes questions, les jeunes ne sont pas plus écologistes que les adultes. L’ensemble des Français·e·s veut défendre l’environnement et est inquiet à ce sujet.

À l’issue des élections européennes, les commentateurs ont remarqué que la liste EELV avait plus attiré les jeunes: 23% des 18-24 ans auraient voté pour cette liste, 13% des 25-40 ans et seulement 9% des 65 ans et plus (sondage Ifop Fiducial du 27 mai 2019). Mais attention à ne pas surinterpréter ces chiffres: ce résultat porte sur la sociologie des votants, or les jeunes se déplacent peu pour les élections intermédiaires. Selon la même enquête de l’IFOP, l’abstention chez les jeunes de moins de 25 ans à cette élection a été de 73%!

Rapporté à l’ensemble des jeunes, en tenant compte de ce taux d’abstention, l’engouement pour la liste verte est beaucoup moins impressionnant: ce serait seulement 6% des 18-24 ans qui lui auraient donné leur suffrage, pas plus finalement que les 65 ans et plus dont le taux de participation est très élevé (67%). Pour résumer, les jeunes politiquement mobilisés sont indéniablement attirés par le vote écologiste, mais les jeunes politiquement mobilisés sont bien peu nombreux. Il reste donc beaucoup de chemin pour que les jeunes deviennent des participants actifs à la cause écologiste… ou à d’autres causes.

(...)

Olivier Galland

Le billet complet est à lire en cliquant ci-dessous

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Même les colos sont trop chères pour les enfants des familles modestes...

19 Mai 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Jeunesse

Même les colos sont trop chères pour les enfants des familles modestes...

L'association La Jeunesse au plein air a dévoilé les résultats d'une enquête Ifop sur les colonies de vacances. Coût du séjour et manque d'information sont les premières raisons d'une baisse majeure des fréquentations.

Les colonies de vacances ne sont plus une pratique de masse. C’est ce que montrent les résultats d’une enquête Ifop révélée ce jeudi par l’association La Jeunesse au plein air, qui a pour mission de faciliter l’accès des enfants aux vacances et aux loisirs. L’étude, réalisée sur un échantillon de 400 enfants âgés de 7 à 12 ans et sur 1 003 parents, montre que seul un quart des personnes de cette tranche d’âge sont déjà allés en colonie de vacances. En 2018-2019, plus d’1,4 million d’enfants sont partis en séjour collectif. Et les joies de la colo sont surtout connues des enfants issus des catégories socioprofessionnelles supérieures (32% contre seulement 20% pour les milieux populaires).

Le prix reste le principal frein pour les familles modestes. Pour Anne Carayon, directrice générale de la confédération La Jeunesse en plein air, créée en 1938, «je ne voudrais pas qu’on laisse entendre que les colos sont trop chères. Il y a la question des transports qui augmentent pour tout le monde, l’entretien et la rénovation des structures, l’alimentation, les activités et l’encadrement. Derrière le coût se cache une qualité. Il faut au travers des aides, réussir à baisser le prix affiché pour les parents». Tout cela a un coût : en moyenne, un séjour d’une semaine en colonie revient à environ 550 euros.

Les colos toujours plébiscitées

En France, les colonies de vacances s’intègrent dans le système éducatif dès la fin de la Première Guerre mondiale. Dans le prolongement des patronages paroissiaux ou laïcs, elles connaissent leur âge d’or à la fin des années 60 où environ 4 millions d’enfants les fréquentent. Un succès populaire, porté notamment par les comités des grandes entreprises telles que Renault, la SNCF, EDF, La Poste… et aussi les municipalités – notamment de gauche – qui avaient fait des colos un instrument d’accès aux vacances des enfants issus des familles pauvres.

Aujourd’hui, l’expérience de la colo est toujours plébiscitée par ceux qui la vivent : 93% des jeunes participants la jugent positive et 53% souhaitent repartir. Pour Jacques Durand, président de l’association, «pouvoir partir en vacances est une demande forte, qui s’est notamment exprimée lors de la crise sociale que traverse notre pays. Une demande qui a été reprise lors du "grand débat national" et par les gilets jaunes, les samedis et sur les ronds-points». Pour remédier au frein financier du départ, l’association propose la création d’un «compte épargne colos» pour les familles de classes moyennes qui ne bénéficient pas des aides mais peuvent épargner, ainsi que la mise en place d’un fonds national de solidarité pour les enfants des familles modestes.

«Beaucoup d'emplois»

«Il devient urgent de rendre leur rôle d’inclusion sociale à ces lieux d’éducation hors les murs et d’en faire bénéficier le plus grand nombre», défend Jacques Durand, qui rappelle l’enjeu d’inclusion sociale mais aussi de développement économique liés à ces séjours : «Nous avons beaucoup d’emplois dans le secteur associatif et nous avons, sur un territoire, une vie économique liée à la présence des colonies, avec un tissu local forgé au fil des années. Je discutais il y a peu avec un maire d’une commune du Sud-Est de moins de 10 000 habitants. Après la disparition de la gendarmerie en raison du regroupement, il craint maintenant que le centre ne disparaisse et que sa commune ne s’effondre.» 

Afin de donner une meilleure visibilité aux colonies et aux innovations mises en œuvre tels que les séjours spécifiques ou les mini-camps, l’association entend déclencher le «réflexe colo» en multipliant les présentations au sein des écoles. En partenariat avec le ministère de l’Education nationale et de la Jeunesse, l’association a lancé le concours «Ta classe en colo» qui permet aux élèves des huit classes lauréates de partir gratuitement pour une semaine de vacances dans l’organisme de leur choix. Au début du mois de mai, Gabriel Attal, secrétaire d’Etat à la jeunesse, a lancé une campagne de communication baptisée «A nous les colos». Le Premier ministre a également confié une mission sur le tourisme à la députée Pascale Fontenel-Personne et un plan sera annoncé après l’été.

En France, chaque année, environ 3 millions d’enfants ne partent pas en vacances. 

Charles Delouche

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Près de Caen, Najat Vallaud-Belkacem incite les élèves d’un lycée à « s’engager pour changer le monde »...

5 Mai 2019 , Rédigé par Actu.fr Publié dans #Education, #Jeunesse

Près de Caen, Najat Vallaud-Belkacem incite les élèves d’un lycée à « s’engager pour changer le monde »...

Vendredi 3 mai 2019, les élèves du Collège lycée expérimental d'Hérouville Saint-Clair (Calvados) ont rencontré l'ex-ministre, dans le cadre d'un atelier pour "changer le monde".

À l’initiative d’un de leurs professeurs, François-Michel Dupont, les élèves du Collège lycée expérimental (CLE) d’Hérouville Saint-Clair, près de Caen (Calvados), participent en cette année 2019 à un atelier intitulé « peut-on changer le monde ? »

« Le CLE était un de mes modèles en tant que ministre »

Vendredi 3 mai 2019, François-Michel Dupont avait organisé une conférence sur le thème de l’engagement, dans l’amphithéâtre de l’établissement. Pour évoquer cette thématique chère à des adolescents, l’enseignant avait convié la députée (PS) de la deuxième circonscription du Calvados, Laurence Dumont, ainsi que l’ancienne ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem. Cette dernière a particulièrement apprécié l’invitation :

"Le CLE est l’un des modèles qui ont inspiré les réformes que j’ai portées en tant que ministre de l’Éducation nationale. L’équipe pédagogique réalise un formidable travail pour prévenir et lutter contre le décrochage scolaire. Les projets pluridisciplinaires qui y sont menés constituent une richesse incomparable pour les jeunes, en les ouvrant sur le monde. "

En Belgique, avec le Premier ministre

Les élèves qui participent à l’atelier « changer le monde » ont notamment effectué une visite en Belgique, pour rencontrer le premier ministre, Charles Michel, un ancien ministre de l’Éducation nationale, un candidat écologiste aux élections européennes, mais aussi des membres d’Amnisty International. Autant d’interlocuteurs précieux pour échanger sur la notion d’engagement, comme l’ont raconté Zoreah et Ramzi, deux élèves de Terminale.

Najat Vallaud-Belkacem, après avoir rappelé qu’elle avait eu le déclic pour se lancer en politique le « 21 avril 2002, quand le Front National est passé pour la première fois au second tour de l’élection présidentielle », a encouragé les jeunes du CLE à « avoir confiance en (vos) convictions » :

"Il ne faut pas avoir peur d’être seul à avoir raison contre la majorité. L’important est de savoir ce que l’on veut défendre. Les formes d’engagement évoluent mais votre mobilisation peut avoir un impact à condition qu’elle soit constante."

Nicolas Claich

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«A 14 ans, un destin peut être déterminé par une affaire de kilomètres»...

14 Février 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Jeunesse

Dans leur livre «les Invisibles de la République», Salomé Berlioux et Erkki Maillard donnent la parole à des jeunes de la «France périphérique», souvent oubliés et moins valorisés que ceux des métropoles. Un désarroi qui rappelle celui des gilets jaunes.

Salomé Berlioux commence son livre, les Invisibles de la République (1), par une anecdote personnelle. Il y a quelques années, elle monte à Paris, de la Nièvre, pour un entretien à Sciences-Po. Un étudiant, pas vraiment mal intentionné, l’interpelle : «T’es une fille, boursière, tu viens de la campagne… Manquerait plus que tu sois handicapée aussi.» Ce jour-là, elle porte les chaussures à talons de sa grand-mère, desquelles ses pieds débordent. Depuis, la presque trentenaire a fait du chemin : elle est désormais conseillère politique.

Avec Erkki Maillard, quadra, énarque et cadre dans l’énergie, elle a créé l’association Chemins d’avenirs, pour accompagner des jeunes éloignés des grandes agglomérations, dans leur parcours professionnel et écrit ce bouquin. Celui-ci est rythmé par un fil directeur : l’égalité des chances est un concept paraplégique quand on vient d’une commune très reculée, loin des centres mondialisés. Le mouvement des gilets jaunes donne une résonance particulière à leur récit, somme de témoignages et de trajectoires (dans l’Allier, les Vosges, les Pyrénées-Orientales), qui rappelle les descriptions faites, il y a déjà des décennies, des banlieues les plus mal loties et les plus résignées. Libération a croisé les deux auteurs à Paris.

Vu l’invisibilisation dont vous parlez, on pourrait se demander pourquoi ça reste plutôt calme dans les zones rurales…

Salomé Berlioux : Pour un collégien ou un lycéen issu de ces territoires, le sentiment de déconnexion prévaut sur la colère ou l’oppression. Les écrans accentuent cela. Un jeune voit un champ des possibles, la mobilité, la mondialisation, les voyages… et il se dit qu’il n’y a pas droit ou que ce n’est pas forcément pour lui. Ce qui inspire certaines questions. Suis-je trop «nul» ? Suis-je si «différent» parce que je viens de la campagne ?

Erkki Maillard : Plus qu’un sentiment de révolte, on a vu et entendu du désarroi. La situation est potentiellement dangereuse parce que ces jeunes se mettent à la marge. A leur échelle, ils ne vont pas au bout de leur potentiel, ce qui est en soi problématique. A une échelle plus large, on touche à la cohésion de la société dès lors qu’une partie de la jeunesse ressent un besoin de repli.

Salomé Berlioux : Le désarroi naît également de cette sensation de ne pas être outillé pour l’avenir.

De loin, on pourrait se limiter à une grille de lecture très simple : beaucoup de villages sont désertés, donc les jeunes bougent…

E.M. : La mobilité est positive dès lors qu’elle est choisie. S’il faut s’en aller pour vivre alors qu’on n’en a pas envie, cela devient un problème.

S.B. : Pour un jeune d’une grande métropole, aller en seconde générale au lycée n’est pas un sujet dès lors qu’il en a envie. Ça le sera beaucoup plus pour un jeune de cette «France périphérique». Si l’établissement se situe à quarante-cinq minutes de route, ou plus loin encore, il faut peut-être envisager un internat. Qui ne peut prendre tout le monde. Une sélection se fait, des élèves sont laissés de côté. A défaut d’étudier en seconde générale, il ira peut-être dans un lycée professionnel. A 14 ou 15 ans, un destin peut être déterminé par une affaire de kilomètres. Qui met ça en avant ?

Comment réussit-on quand on vient d’un village isolé ?

E.M. : Il faut rester dans la nuance. La France périphérique n’est pas simplement composée de villages désertés, de paysans ou encore de familles qui n’ont pas de moyens matériels. Quid par exemple de certaines communes qui attirent des habitants ? Mais les moins pourvus qui réussissent «compensent». Avec le recul, ils évoquent, pour «compenser» justement, une perte de temps, une perte d’énergie. Et puis, ils parlent de chance.

S.B. : Partir de chez soi après la troisième, à 15 ans, pour faire ses études et donc construire un avenir… c’est très tôt. A 17 ou 18 ans, après le bac, ça peut être tout aussi compliqué. Le jeune d’une grande métropole, quelle que soit sa voie, peut rester chez ses parents, et donc s’interdire moins de choses. Certains nous disent qu’ils ont réussi parce qu’à un moment, quelqu’un leur a fait confiance dans leur parcours, sans raison objective. Mais on ne peut pas se remettre à la chance quand il s’agit de son destin. Ça ne suffit pas.

Le mouvement des gilets jaunes est parti du prix des carburants. Vous mettez en avant une statistique : 93 % des trajets dans les territoires que vous décrivez se font en voiture. Vous aviez vu venir la contestation ?

S.B. : Il y a une forme d’épuisement des familles. Pour les services, les loisirs des enfants… les trajets sont longs. En réalité, l’idée n’est pas de dire que ces trajets-là constituent quelque chose d’insurmontable mais de remettre ça dans un contexte : dans ces territoires périphériques, ce n’est pas un obstacle qu’il faut surmonter mais toute une somme. Ça va de la mobilité aux mécanismes psychologiques engendrés par l’isolement, en passant par la fracture numérique et par les moyens financiers pour envoyer son enfant étudier ailleurs.

E.M. : Voir venir le mouvement, non… Mais ce n’est pas étonnant que cette question des transports prenne autant de place. Au-delà du prix de l’essence, il ne faut pas sous-estimer la longueur des trajets. Ceux d’un bus de ramassage scolaire par exemple… c’est très long. Jusque-là, aucun homme politique ne s’est réellement penché sur cette France invisible. Les gilets jaunes offrent une occasion de voir si la réflexion évoluera dans le bon sens.

A partir de quand se situe-t-on dans cette France périphérique ?

E.M. : La limite géographique est un débat en soi. D’une certaine manière, nous l’avons mise de côté en posant ce postulat : dès lors qu’il n’y a pas la possibilité d’accéder tous les jours à une grande métropole connectée à la mondialisation, on y est. Un banlieusard de Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, aura des difficultés à se rendre à Paris. Mais il y est en combien de temps ? Une heure et quart ? Ce sera plus compliqué pour un jeune de Charleville-Mézières, dans les Ardennes. Quoiqu’en Seine-et-Marne ou en Essonne, il y a des communes qui pourraient entrer dans la définition.

S.B. : Le danger serait, on le répète, d’opposer quartiers et campagnes, par exemple. Le raisonnement est plus global. Si on a réussi à faire avancer des choses dans les quartiers populaires, on peut aussi agir dans les territoires que nous décrivons. D’ailleurs, des associations qui ont œuvré en banlieue nous ont inspirés sur la méthodologie à adopter. Parce que s’il y a des problématiques spécifiques à la campagne et aux quartiers, il y a des points communs évidents, notamment dans la valorisation de soi.

Quid des quartiers populaires dans cette France périphérique que vous décrivez ?

E.M. : C’est la double peine…

Il y a un paradoxe : dans «l’élite parisienne», beaucoup de personnes sont issues de ces territoires ruraux ou de petites villes enclavées…

E.M. : C’est un point fondamental. Les professeurs et les chefs d’établissement, par exemple, le soulèvent souvent : les jeunes ont besoin d’identification. De savoir que des personnes dans le domaine de l’art, du sport, de la culture, du journalisme ont surmonté ces problématiques-là. L’idée n’est pas de glorifier son appartenance au point de devenir ridicule, mais de ne pas s’en cacher. Certains le font. Mais pas encore assez.

S.B. : Le fil directeur de ce livre n’est pas tant de dire «Il faut envoyer tous ces jeunes-là dans toutes les grandes écoles», ce serait contre-productif. Si un collégien veut se diriger vers un CAP de pâtisserie, c’est très bien. Simplement, il faut qu’il ait le choix.

Cette périphérie-là est glorifiée en période d’élection sur le ton «la vraie France», «le pays qui souffre mais ne se révolte pas». Est-ce que les habitants que vous avez rencontrés s’estiment manipulés ?

E.M. : Il y a deux pièges dans lesquels il ne faut pas tomber. D’abord, celui de faire basculer le débat vers la question suivante : «Est-ce que ces difficultés, dans ces territoires, existent vraiment plus qu’ailleurs ?» Le second serait de laisser une chapelle politique s’en emparer. Nous, on entend parfois, ici et là, des personnes expliquer qu’ils s’auto-organisent. Ce que nous disons, c’est que ce pays a des institutions. Elles sont certes imparfaites, mais elles existent. L’enjeu est d’entrer dedans pour les changer. Ce qui pose la question de la représentativité.

S.B. : Les élus que nous avons croisés jusque-là n’ont jamais nié les problématiques et ne se sont jamais montrés réticents aux actions sur le terrain. Au contraire. Mais il y a un décalage avec l’urgence ou des actions trop isolées. Quand on parle de France périphérique, on raconte la désertification, la fermeture de services publics et des usines… Mais les jeunes ? C’est un sujet mis à part, qui nécessite des solutions adaptées.

Il est beaucoup question de codes qui manquent au rural, par exemple au moment d’intégrer une grande école. Peut-on parler de discrimination ?

S.B. : On se positionnerait plutôt sur la problématique de l’égalité des chances. Parmi les obstacles, il y a tout le volet informatif : le jeune de la France périphérique ne sait pas toujours mettre en avant son expérience. Il y a ce garçon qui a, par exemple, construit une cabane chez lui. Il y a installé l’eau, l’électricité… Cela n’apparaissait nulle part dans son CV alors que c’est valorisé dans un entretien. Pourtant, ce qu’il a fabriqué s’appelle de la gestion de projets, qui peut largement remplacer un voyage aux Etats-Unis. A vrai dire, l’école ne peut pas tout faire dans cette France périphérique - ce serait lui faire porter un trop gros fardeau. D’autres acteurs (les élus, les chambres de commerce, les associations…) doivent venir en appui.

Le discours politique, quand il s’agit de moyens financiers, évoque souvent l’argent mis dans les quartiers au détriment des campagnes. C’est un discours que vous avez entendu ?

E.M. : Jamais… Peut-être qu’il y a des débats, on ne sait pas. Mais ces jeunes-là que nous accompagnons n’en parlent jamais. Ils sont beaucoup trop concentrés sur leur situation et leur propre territoire.

(1) Editions Robert Laffont.

Ramsès Kefi

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Pourquoi la jeunesse ne se sent-elle pas écoutée ?

19 Décembre 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Jeunesse

 Pourquoi la jeunesse ne se sent-elle pas écoutée ?

La jeunesse peut-elle se faire entendre ? Les lycéens mobilisés contre la réforme du lycée ne cessent de dire qu’ils ne sont pas écoutés alors que le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, affirme qu’il a consulté des milliers d’élèves pour construire cette réforme.

Un sujet d’actualité aujourd'hui dans Etre et savoir, avec les manifestations lycéennes dont la forme et les contours ne sont pas exactement les mêmes que lors des précédentes mobilisations. Des jeunes y expriment notamment des inquiétudes qui résonnent avec celles des Gilets jaunes – les lycées ruraux seraient les grands perdants de la réforme.

L'actualité c’est aussi, plus discrètement, l’élection cette semaine du Conseil national de la vie lycéenne – et c’est bien une forme de représentation démocratique, la démocratie scolaire… Ce processus est censé avoir ses vertus éducatives, mais est-il réellement efficace en termes d’adhésion au système démocratique ?

D’ailleurs, qu’est-ce qui est efficace ? Comment la confiance mais aussi la révolte, le sentiment d’injustice, la défiance envers le pouvoir et les institutions se forgent pendant la jeunesse ? Enfin, comment la politisation se construit, ou non, comment et avec qui : les parents, les pairs, les institutions?

La sociologue et politiste Anne Muxel vient de publier Politiquement jeune, elle se penche depuis des années sur le sujet, elle est notre invitée aujourd’hui – à ses cotés deux syndicalistes lycéens et le Directeur général de l’enseignement scolaire.

Avec :

  • Anne Muxel, sociologue, politiste, directrice de recherche au CEVIPOF et au CNRS. Elle vient de publier Politiquement jeune (Editions de l'Aube, 2018).

La socialisation politique des jeunes aujourd'hui se fait de plus en plus dans le cadre d'une culture protestataire,

Il y a un problème dans notre pays dans l'articulation entre le système éducatif et l'emploi, il y a une anxiété très importante de la jeunesse quant à son avenir, Anne Muxel

  • Jean-Marc Huart, Directeur général de l'enseignement scolaire (Dgesco) au Ministère de l'Éducation nationale.

Nous sommes dans une démocratie, les lycéens sont présents au Conseil supérieur de l'éducation, chacun a le droit de s'exprimer dans ces instances, Jean-Marc-Huart

La démocratie lycéenne aujourd'hui n'est pas efficace, il faut que plus de gens votent, et que les instances qui existent soient décisionnelles, Louis Boyard.

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"Les jeunes" dit-on avec paresse... Mais qui sont-ils?... (Vidéo)

1 Novembre 2018 , Rédigé par Fondation Jean-Jaurès Publié dans #Jeunesse, #Politique

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