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Vivement l'Ecole!

jeunesse

Crise du Covid-19 : la jeunesse française est inquiète mais reste optimiste pour son avenir, selon un sondage...

11 Décembre 2020 , Rédigé par France Info Publié dans #Jeunesse

Crise du Covid-19 : la jeunesse française est inquiète mais reste optimiste pour son avenir, selon un sondage...

Pour les 18-24 ans, la crise sanitaire est synonyme de privations, notamment alimentaires, et de projets personnels et professionnels compromis. Ils sont pourtant une grande majorité à vouloir changer le monde et agir pour l'environnement, d'après une étude de l'institut Elabe.

La jeunesse française vit la crise du Covid-19 avec inquiétude mais refuse le fatalisme. Sous pression, les 18-24 ans restent malgré tout optimistes pour leur avenir. C'est ce qui ressort d'un sondage* effectué sur les 18-24 ans par l'institut Elabe pour le Cercle des économistes, publié mercredi 9 décembre. Une enquête réalisée dans le cadre de la journée de débat "Comment éviter une génération sacrifiée ?" organisée le 10 décembre par le Cercle des économistes, en partenariat avec Radio France à suivre en direct à partir de 9h30 sur franceinfo.fr.

Le confinement, une période d'angoisse et d'isolement

Inquiétude et lassitude sont les deux sentiments qui caractérisent principalement le quotidien des jeunes. Ils sont 29% à se dire inquiets et près d'un quart (23%) à se sentir las. Mais deux jeunes sur dix soulignent malgré tout leur optimisme (21%) et leur bonheur (30% se disent heureux). Ils ne sont que 10% à faire part de leur pessimisme, et 8% à se dire en colère. 

Les périodes de confinement sont vécues par les jeunes comme des épreuves. Pour près de six personnes interrogées sur dix, il s’agit d’une période de grande angoisse, et d'un moment d’isolement. Pour les trois quarts (74%), la crise sanitaire a renforcé les fractures dans notre pays. Si plus de la moitié (52%) ont eu le sentiment de perdre leur temps, près de six jeunes sur dix (68%) ressentent la période comme un moment d'isolement. 

Un jeune sur deux a réduit ses dépenses alimentaires

L'état d'esprit des 18-24 ans est aussi marqué par un quotidien sous pression. Leurs difficultés financières restent un élément prégnant. Plus de quatre jeunes sur dix (42%) vivent dans un foyer en étant contraints de se restreindre, de puiser dans leurs réserves, ou de se faire prêter de l’argent pour boucler les fins de mois. Un tiers d'entre eux (29%) recherche systématiquement les prix les plus bas pour les courses alimentaires. Quatre sur dix le font pour les autres dépenses, habillement (41%), loisirs (37%) ou équipement de la maison (42%). Un quart des jeunes avouent rencontrer des difficultés pour régler les factures d'électricité ou de gaz ((26%), de communication (26%) ou pour payer le loyer (25%)). Un tiers des personnes interrogées (36%) a renoncé ou retardé des soins de santé pour des raisons financières.

Mais c’est sur l’alimentaire que la privation est la plus forte : un jeune sur deux (48%) confie avoir réduit ses dépenses alimentaires ou dû sauter un repas au cours des six derniers mois. Si près de six parents sur dix (58%) ont pu aider financièrement leurs enfants dans les derniers mois, ils sont aussi touchés par la crise. Un sur dix déclare ne plus avoir les moyens de le faire aujourd'hui.

Emploi et santé, priorités de la jeunesse

Selon ce sondage, l'épidémie a entravé les projets de la jeunesse française. Six jeunes sur dix ont dû modifier (dont 48% retardé) leurs projets personnels. Quatre sur dix ont fait de même pour leurs projets professionnels. Ils ont notamment dû faire une croix sur certains rites initiatiques de la jeunesse, voyages, rencontres, mariage, ou engagement associatif.

Sur le plan professionnel, trois quarts des jeunes (76%) qui projetaient de chercher du travail, un contrat d’alternance ou un stage déclarent n’avoir pas réussi, et huit sur dix parmi ceux qui prévoyaient de terminer leurs études n’ont pu le faire. La crise fait de l’emploi et de la santé les préoccupations centrales de la jeunesse. L'emploi est la première préoccupation pour 48% des personnes interrogées, devant la santé, citée par 41% des sondés. Ces deux thématiques se détachent nettement de tous les autres thèmes y compris des questions environnementales qui arrivent en troisième position : 24% des jeunes en font une priorité. 

Ils veulent changer le monde et agir pour l'environnement

Malgré cette morosité, les jeunes de 18 à 24 ans n'en gardent pas moins un certain optimisme. Ils sont plus nombreux (75%) à miser sur l’énergie de la jeunesse pour rebondir, qu’à constater qu’ils font partie d’une génération sacrifiée (63%). De même, une large majorité (65%) estime que c’est une période difficile mais que l’on va s’en sortir. Aujourd'hui, les jeunes affichent un optimisme prudent. 55% des personnes interrogées sont optimistes sur leur avenir professionnel, 58% le sont pour leur avenir personnel. 

Pour faire face à l'après Covid et surmonter leurs difficultés, les jeunes comptent d’abord sur eux-mêmes, à 52%, et sur leur famille comme leur entourage (50%). La crise a fait émerger chez eux de nouvelles priorités, la santé et la famille comptent nettement plus qu’avant pour six jeunes sur dix. Au final, les deux tiers des 18-24 ans (65%) évaluent leur moral comme étant plutôt bon. Et malgré les difficultés, ils se sentent en capacité de changer le monde et d’agir pour l’environnement. Près de huit jeunes sur dix (78%) affirment qu'ils ont de l'énergie pour changer le monde, et sept sur dix (70%) assurent qu'avec eux, rien ne sera plus pareil pour l'environnement. 

*Ce sondage Elabe pour le Cercle des économistes a été réalisé par Internet du 23 novembre au 4 décembre auprès d'un échantillon de 800 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans à 24 ans et sur un échantillon de 1001 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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TRIBUNE. Quand l'antiterrorisme piétine la justice des mineurs...

7 Décembre 2020 , Rédigé par JDD Publié dans #Education, #Jeunesse

TRIBUNE. Quand l'antiterrorisme piétine la justice des mineurs...

L'avocat Nabil Boudi déplore "l'abandon du principe de prééminence de l'éducatif sur le répressif" face à la menace terroriste.

La tribune : "Depuis 1945, l'ordonnance relative à la délinquance des mineurs fait prévaloir l'éducation de nos enfants sur leur répression. Bien qu'elle ait subi nombre d'évolutions dont certaines fort regrettables, le cœur de cette philosophie a toujours tenu. Mais aujourd'hui, la France est confrontée à une nouvelle menace qui bouleverse notre conception de la justice : le terrorisme. Face à ce fléau qui, en plus de massacrer des innocents, s'attaque à la conscience des plus jeunes, nous avons laissé la peur anesthésier notre vigilance collective pour laisser une place croissante à de faux remèdes qui déshonorent notre histoire et trahissent nos principes les plus élémentaires.

Depuis 2015, les réformes adoptées en la matière ne cessent d'entériner nos renoncements. Le dernier en date n'est pas le moins préoccupant. Ces derniers jours, j'ai eu la responsabilité d'assurer la défense d'une jeune lycéenne mineure qui, pour des propos que l'on doit évidemment désapprouver sur le fond mais qui ne demeurent que de simples propos, a passé plus de sept heures en garde à vue et été exclue de son lycée. Le traitement pénal et disciplinaire disproportionné dont a fait l'objet cette jeune lycéenne témoigne de l'abandon du principe de prééminence de l'éducatif sur le répressif.

(...)

En des temps si troublés, il faut en effet du courage pour préférer une politique d'investissements à une dérive répressive qui remet en cause ces principes. À l'évidence, cela fait bien longtemps que ce courage a déserté l'action de ceux qui ont la lourde responsabilité de diriger ce grand pays. Une société qui ne sait plus faire la différence entre un enfant et un adulte est une société en mauvaise santé, en perte de repères, et dans laquelle on peut redouter le pire. Une société qui néglige ses enfants est une société qui fait le lit de sa propre perte."

Texte complet à lire en cliquant ci-dessous

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Les jeunes, premières victimes de la pauvreté en France...

7 Décembre 2020 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Jeunesse

Les jeunes, premières victimes de la pauvreté en France...

(La vidéo est en lien de bas de page)

Entretien filmé avec Noam Leandri, président de l’Observatoire des inégalités, et Christian Lampin, chargé de la jeunesse au Secours populaire. Ils pointent la situation dramatique des plus jeunes dans l’accroissement de la pauvreté en France, en particulier depuis le début de la crise sanitaire. Et posent la question de la mise en place d’un revenu minimum universel.

 

Emmanuel Macron a une fois de plus fermé la porte. Non, le RSA ne sera pas ouvert aux jeunes de 18 à 25 ans. « Le grand défi de notre société, c’est un rapport au travail », a justifié le chef de l’État dans un entretien à Brut, alors que cette tranche d’âge est depuis longtemps négligée par la solidarité nationale. 

Le problème a été aiguisé par la crise sanitaire, qui se métamorphose de plus en plus en crise sociale. Les premiers touchés par la pandémie demeurent en effet les plus pauvres et les plus précaires, soit une partie significative de la jeunesse du pays. Dans son rapport annuel sur l’état de la pauvreté en France, l’Observatoire des inégalités, présidé par Noam Leandri, consacre dix pages à ces « jeunes en première ligne », mineurs et jeunes adultes, souvent invisibilisés dans les statistiques officielles.

Sur le terrain, le Secours populaire, dont Christian Lampin dirige la mission Jeunes, a vu arriver 45 % de nouveaux bénéficiaires lors du premier confinement, certes de tous âges, mais dont une proportion non négligeable était constituée d’étudiants privés de petits boulots et de décrocheurs abandonnés par le système des aides, qui continue de cibler les foyers et les ménages.

elon le travail de compilation effectué par l’Observatoire des inégalités, 22 % des 18-25 ans qui ne vivent pas chez leurs parents sont pauvres et un enfant sur dix grandit dans une famille pauvre. Et selon des projections du ministère de la santé, le nombre d’allocataires du RSA (réservé aux plus de 25 ans, donc) devrait bondir de 10 % cet année.

D’où, aujourd’hui, la mise en débat d’un revenu minimum universel afin de pallier l’absence d’aides directes pour les jeunes les plus démunis frappés par une crise sans précédent. Une idée soutenue par les deux invités de ce grand entretien. 

> Cette émission peut aussi s’écouter en version audio.

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"Interview de Macron sur Brut : le président a-t-il réussi à parler à la jeunesse ?" (Non...)

6 Décembre 2020 , Rédigé par Europe 1 Publié dans #Education, #Jeunesse

"Interview de Macron sur Brut : le président a-t-il réussi à parler à la jeunesse ?" (Non...)

Invités d'Europe Soir Week-end, la secrétaire d'État à la jeunesse Sarah El Haïry et plusieurs jeunes reviennent sur l'interview qu'Emmanuel Macron a donné au média en ligne Brut sur de nombreux sujets vendredi. Au coeur du débat, cette question : le président a-t-il réussi à parler à la jeunesse ? 

INTERVIEW

Une interview pour s'adresser à la jeunesse. Vendredi, Emmanuel Macron a accordé un entretien d'environ 2h30 au média en ligne Brut, prisé notamment par la jeunes. Un échange au cours duquel le chef de l'État a abordé des sujets aussi variés que les violences policières, la guerre d'Algérie, le climat, le glyphosate, le coronavirus, ou encore les Ouïghours. Si 70% des personnes qui ont regardé cette interview ont moins de 35 ans, les thèmes abordés reflètent-ils vraiment la réalité des préoccupations de ceux qu'Emmanuel Macron a surnommé la "génération Covid" ? 

Pour la secrétaire d'État à la jeunesse, l'interview est un succès

"Oui", affirme au micro d'Europe Soir week-end Sarah El Haïry, secrétaire d'Etat à la jeunesse. "C'est un président qui a parlé à des jeunesses, je l'ai trouvé très sincère et il a rappelé à chaque jeune que l'État est là et qu'il aidera tout le monde, personne n'est seul."

Un sentiment qui n'est pas forcément partagé

Mais force est de constater que la jeunesse visée par le président ne fait pas la même analyse que la membre du gouvernement. C'est notamment le cas de Rayane, étudiant en sciences sociales qui passe le confinement chez ses parents à Forbach. Invité d'Europe Soir pour débattre avec Sarah El Haïry il estime que la tentative du président est un échec. "Parler des violences policières, de l'article 24 du projet de loi sécurité globale, du président turc Erdogan... Je ne pense pas que se soient des sujets pour la jeunesse."

Décrivant la précarité de ses amis étudiants et leur détresse psychologique - qu'il ressent lui-même vis-à-vis du marché du travail -, il n'a pas "eu l'impression que le président voulait s'adresser à la jeunesse."

"Si vous avez des amis qui ont besoin d'aide, ils doivent se faire connaître", lui rétorque alors Sarah El Haïry. "La semaine dernière, on a encore annoncé 56 millions d'euros pour le plan d'aide d'urgence aux étudiants", rappelle-t-elle. "Notre objectif est de venir en aide à l'ensemble de nos jeunesses."

"Il n'est pas venu pour répondre à nos questions mais pour nous dire quoi faire et quoi penser"

Également invité à débattre, Clément, un Grenoblois de 17 ans, a lui été très déçu par le chef de l'État. "Il n'est pas venu pour répondre à nos questions mais pour nous dire quoi faire et quoi penser", tacle-t-il en faisant référence pêle-mêle aux mesures de la convention citoyenne contre le climat ou aux discriminations contre la police. 

Une charge que Sarah El Haïry trouve "un peu injuste", notamment sur la question environnementale. Rappelant que la convention citoyenne est "une première pour notre pays", la secrétaire d'État pointe également que "tout le plan de relance à un regard vert". Et d'abonder : "On n'a jamais eu un État aussi fort, aussi présent, aussi protecteur. Il faut être juste et éviter les réponses hâtives et radicales."

Par Ugo Pascolo

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La délicate « opération junior » de Macron...

4 Décembre 2020 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Jeunesse

La délicate « opération junior » de Macron...

EXTRAITS

LE CLIN D’ŒIL DE SERGE RAFFY. Comment calmer la colère qui gronde chez les 15-24 ans ? Le président, en parlant sur le média en ligne Brut, joue plus gros qu’il n’y paraît. Car chez les « millennials », le volcan est au bord de l’éruption. Attention, danger.

Comment parler aux « millennials », la génération née après 2000, adepte des Snapchat, TikTok et autres réseaux sociaux, à qui le Covid a volé une partie de leur jeunesse ? Ils voient en Emmanuel Macron un représentant d’une génération de croulants liberticides. Ces « kids », suractifs sur les portables, informés en live sur tout et rien, des infos les plus tragiques aux blagues les plus hilarantes, ne sont pas coupés du monde. Au contraire ! Ils sont le « nouveau monde », celui que ce président au look de premier communiant, tente de sauver du désastre.

Sur un ring incertain

Ces « millennials » sont très injustes avec lui ? Ils n’en finissent pas de lui coller le sparadrap de « président des riches » et des traders. A tort ? Malgré sa figure poupine, son énergie adolescente, le chef de l’État, pour eux, incarne « l’ancien monde », celui que « Young Manu » vitupérait fougueusement avant d’être élu, en 2017. Un paradoxe de plus chez lui. Au fil des épreuves, il a revêtu le costume du « vieux ». Recoller aux jeunes ? Pour notre président à la quarantaine pimpante, l’exercice n’est pas nouveau. Il est monté sur le ring des 15-24 ans depuis le début de sa carrière politique à plusieurs reprises. Il a essuyé les plâtres de sa « teen-communication » chez Konbini, durant sa campagne électorale de 2017, puis sur YouTube, faisant quelques apparitions fugitives sur Snapchat. Il est sans doute un des hommes politiques qui a le mieux perçu la toute puissance des images, et leur dangereuse viralité. Elles ont des effets de souffle dévastateur sur notre classe politique tout entière. D’où son intervention chez Brut, le média en ligne fondé par un ancien réalisateur de Canal+.

(...)

Que leur raconter sur la République, la laïcité, le communautarisme rampant ? Quel patriotisme nouveau peut bien présenter ce président exempté du service militaire à des jeunes pour qui la question est quasiment antédiluvienne ? Comment s’afficher comme le père de la nation alors qu’il a l’allure d’un grand frère vibrionnant et exalté ? Peut-il seulement les écouter ? Et non plus palabrer durant des heures, comme il l’a fait durant le grand débat national, qu’il avait initié pour garder le contact avec une nation dévorée par le doute ? Bien sûr, personne ne lui demande de jouer les « djeun’s », de revêtir un sweat à capuche ou de ponctuer ses phrases de « ouaich, bro ». Mais s’il se mettait simplement en position d’écoute d’une génération « sacrifiée », ou presque. Oui, seulement tendre l’oreille. Pour ne pas perdre le contact. Est-ce encore possible ?

Serge Raffy

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

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Avoir 20 ans en 2020 : «Le défi de notre jeunesse est existentiel»...

2 Décembre 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Jeunesse

Avoir 20 ans en 2020 : «Le défi de notre jeunesse est existentiel»...

EXTRAITS

Quatre vingtenaires engagés dans le milieu associatif ou politique témoignent de la singularité de la période pour leur génération.

«J’ai peur que les mesures sanitaires cassent l’élan de la mobilisation pour le climat»

Marie Chureau, 18 ans, étudiante en droit franco-allemand et engagée dans la branche Ile-de-France de Youth for Climate.

«Quand Emmanuel Macron nous dit "c’est dur d’avoir 20 ans en 2020", je trouve ça ironique et un peu blessant. On est une génération née avec des problèmes climatiques qu’on ne sait pas gérer. On ne sait pas si on va vivre sur une planète viable, si on va avoir un futur. Donc s’entendre dire ça quand on instaure un couvre-feu plutôt que quand on essaie de parler de problèmes environnementaux, ce n’est pas facile à entendre. Nous aussi, on aimerait bien avoir pour seule préoccupation de sortir avec nos amis, mais on doit organiser des manifestations pour essayer de pousser le gouvernement à agir face à l’urgence climatique.

«Il nous parle comme s’il se mettait à notre place mais si c’était le cas, s’il partageait notre anxiété, il aurait fini par prendre des mesures écologiques. Là c’est tout le contraire, tous les jours des reculs, sur les néonicotinoïdes, sur les propositions de la Convention citoyenne pour le climat. Pendant ce temps-là, le dérèglement climatique s’accélère, mais on n’en parle plus. En l’espace de vingt ans, les catastrophes naturelles alimentées par le changement climatique ont tué 1,2 million de personnes.

«Je n’ai pas de légitimité pour juger les mesures sanitaires mais on voit quand même que le gouvernement fait des choix pour continuer à privilégier l’économie. J’ai peur que les mesures sanitaires, même si elles sont nécessaires, cassent l’élan de la mobilisation pour le climat. L’an dernier, il a connu un vrai essor, ça a contribué à sensibiliser beaucoup de gens. Le confinement a ralenti les choses, et surtout on voit maintenant une répression qui n’existait pas avant s’abattre sur les mouvements écologistes. Désormais quand on essaie de monter une action, on est empêchés d’agir par la présence policière, et ça c’est la volonté du gouvernement. C’est dans ces moments-là que je trouve difficile d’avoir 18 ans.» 

Recueilli par Nelly Didelot

(...)

«Le propre de notre génération, c’est la libération de la parole»

Lucie Bonnet, 22 ans, étudiante en art et militante à la Clef, cinéma occupé illégalement au centre de Paris.

«Quand j’ai commencé à m’engager à La Clef, j’ai tout de suite été étonnée par son autogestion. Je ne me suis jamais sentie aussi libre qu’ici alors que j’ai milité dans plusieurs associations étudiantes ou organisations de gauche (Attac, etc). Ce n’est pas parce que tu as 20 ans que tu es reléguée à une position d’écoute. Tu te sens réellement impliquée dans un projet collectif nouveau et qui plus est attire du monde. Ça donne confiance en la nécessité du cinéma et ça contredit le discours ambiant qui voudrait que les gens ne soient plus attachés aux salles et préfèrent voir des films sur Netflix.

«Ce qu’il y a de précieux à la Clef, c’est que c’est vraiment un lieu pour confronter nos cinéphilies et nos idées. Dès que tu as un créneau de programmation, tu peux passer le film que tu veux. Bien sûr ça va susciter des débats avec la trentaine d’autres programmateurs mais c’est la pluralité des voix qui y est privilégiée. L’engagement politique, les questions de représentation et la réflexion sur l’actualité passent par le cinéma et font que l’on ne se conforte peu dans des certitudes idéologiques. De toute façon, il est rare qu’un film corresponde totalement à des convictions. Il y a sans cesse quelque chose qui dérange et ça oblige à se déplacer. Dans les discussions à la Clef, on n’est jamais sommé de se placer sur l’échiquier politique avec exactitude.

«A l’inverse de Mai 68, notre jeunesse n’est plus guidée par un idéal politique unifiant. Le propre de notre génération, c’est la libération de la parole. On veut donner la parole aux plus de gens possibles (femmes, minorités, etc.), faire remonter des récits qu’on a jamais entendus, des expériences sur des sujets intimes… Et ce n’est pas la preuve d’un déficit théorique ou d’une faiblesse intellectuelle, mais d’une manière plus inclusive de penser la lutte.» (Recueilli par Annabelle Martella)

Rachid Laïreche , Charles Delouche-Bertolasi , Nelly Didelot , Anabelle Martella

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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Génération Covid, génération perdue ?...

29 Novembre 2020 , Rédigé par France Culture Publié dans #Sociologie, #Jeunesse

Génération Covid, génération perdue ?...

L’inquiétude monte sur la santé mentale d'une jeunesse de plus en plus perçue comme sacrifiée dans la lutte contre la Covid.

Il n’y aura pas de génération sacrifiée affirmait en juin Gabriel Attal, alors secrétaire d’État en charge de la jeunesse.

On était à l’issue du premier confinement. La promesse a été réitérée jeudi dernier par Jean Castex lors de sa conférence de presse pour préciser les conditions du second déconfinement. Le premier ministre y a annoncé un dispositif destiné aux 18-25 ans, comprenant la création de 20 000 jobs étudiants, des aides financières d'urgence pour les étudiants précaires et une aide mensuelle pour les jeunes en recherche d'emploi. 

Le même jour, l’Observatoire des inégalités rendait un rapport indiquant que la crise économique engendrée par le coronavirus aggraverait plus fortement la précarité des moins de 30 ans, qui représentent déjà près de la moitié des pauvres en France. À cela s’ajoute la détresse psychologique : selon l’enquête Coviprev menée par Santé Publique France, 29% des 18-24 ans se disent déprimés. Et ce n’est pas la nouvelle de la réouverture des universités en février, après la troisième phase du déconfinement, qui a de quoi leur donner de l’espoir. La « détresse morale » des étudiants « tuera plus, à terme, que le virus », a ainsi alerté cette semaine le président de l'université de Strasbourg Michel Deneken. 

Afin de mettre en débat les mesures prises par la majorité et d’interroger l’état psychologique, économique et social de la jeunesse, Raphaël Bourgois s'entretient avec Sandrine Mörch, députée LREM de la 9ème circonscription de Haute-Garonne et présidente de la Commission d'enquête pour mesurer et prévenir les effets de la crise du Covid-19 sur les enfants et la jeunesse à l'Assemblée Nationale, Anne Lambert, sociologue à l'INED, responsable scientifique de l'enquête "Coronavirus et confinement", coordinatrice de l’enquête COCONEL - logement et conditions de vie, une enquête sur la population générale au printemps 2020 qui a permis d’éclairer la transformation de la situation des jeunes avec la crise sanitaire et Virginie Dupont, Présidente de l'Université Bretagne Sud.

Une génération stigmatisée ? 

On est tous légitimement extrêmement inquiets sur la déprime, sur les pensées suicidaires, sur la dépression qui envahit la jeunesse. Cette crise a servi de révélateur. Il y a tellement de choses qui étaient déjà antérieures au Covid : les jeunes, ça fait longtemps qu'ils sont en dépressurisation,  en perte de repères, d'identité, de sens. (...) Je trouve qu'il y a une typologie de nouvelles qui réduisent le monde à une seule et mauvaise nouvelle, que c'est anxiogène et que ça bloque les jeunes entre deux états d'esprit : la volonté de s'en sortir et l'anxiété majeure. Sandrine Mörch 

Les mots de soutien, les politiques d'aides à ces jeunes sont venus bien trop tard. On a attendu quasiment la fin du confinement, puis la rentrée, pour mettre des aides. Comment voulez-vous qu'ils soient combatifs, pleins d'énergie quand ils vivent avec 1025 euros par mois, quand ils sont enfermés dans leurs logements, puisqu'ils sont les seuls qui sont réellement confinés aujourd'hui ? Je suis très virulente contre les discours psychologisants qui sont culpabilisants pour ces jeunes. Ils sont dans des difficultés matérielles, de vie, de travail, de logement, qui sont massives, et que le confinement révèle et fait éclater - mais qui sont bien des problèmes structurels. Et je pense qu'il faut des politiques à la hauteur de cette classe d'âge, qui seront les actifs de demain, qui seront le moteur de notre société. (...) Nous, les sociologues, ça fait  bien longtemps qu'on travaille dessus et dès avril-mai à l'INED on a fait cette grande enquête qui disait : "Alerte rouge : tous les indicateurs se dégradent le plus fortement et le plus massivement pour les 18-24 ans." Anne Lambert

C'est une génération extrêmement stigmatisée depuis de nombreux mois, puisqu'on ne cesse de dire que c'est par eux que se propage le Covid. (...) Je crois qu'il faut leur faire confiance. Les étudiants sont très attachés à leurs études, à leur avenir. Et dire qu'ils n'en ont rien à faire de tout, c'est faux. C'est une croyance. Mais effectivement, ils ont, comme tout le monde, besoin d'avoir des relations sociales, de la convivialité.  Je suis convaincue que les relations sociales participent aussi à la construction de ces jeunes adultes. C'est absolument indispensable et je crois que ce qu'ils vivent aujourd'hui, on va le payer pendant longtemps. Virginie Dupont

 

Une vision erronée de la jeunesse 

Ce virus agit comme un révélateur. Maintenant on doit s'en servir aussi comme un détonateur. Si je reviens à ma commission d'enquête, ce qui a très vite été décelé, c'est qu'il y a une vision erronée de la jeunesse qui empêche une bonne prise en compte de leurs besoins. Ils sont absents de toutes les concertations dans l'élaboration des politiques publiques. C'est une parole qu'on n'écoute pas. Et on ne sait pas non plus leur parler. (...) Il faut savoir que c'est un mal endémique, ils sont mal représentés depuis très longtemps : l'âge moyen de la population est de 42 ans, celui des maires est de 62 ans, celui des députés est de 51 ans ... Il y a un vrai problème de représentativité des jeunes pour impulser les politiques qui les concernent en priorité pour demain. Les jeunes et les décideurs politiques ne parlent pas la même langue.Sandrine Mörch

Les jeunes sont très peu représentés mais je tiens à rappeler qu''un certain nombre d'études montrent qu'ils sont très intéressés par la chose politique. Il y a plus de la moitié des jeunes qui ont déjà signé des pétitions en ligne, 15% qui ont déjà manifesté au cours d'une année donnée. Le problème, ce n'est pas tellement leur intérêt pour la chose politique. (...) On pense toujours cette catégorie d'âge comme ayant le désir d'être autonomes, très festifs, avec tous les rites de passage, le bac, les fêtes étudiantes ... (...) Oui, quand on enregistre les taux d'inscription sur les listes électorales, la participation, si on s'en tient à ces indicateurs officiels, on voit qu'ils sont en retrait. Mais si on se donne un peu les moyens d'aller regarder où ils sont actifs, leur rapport au politique, où est-ce qu'ils s'expriment ... Alors on découvre une jeunesse mobilisée. Anne Lambert 

Les étudiants sont associés dans les différents conseils des universités. On a également des vice-présidents étudiants qui sont aussi les porte-paroles des étudiants. Pendant le premier confinement ce sont eux qui nous ont donné l'alerte sur les difficultés numériques rencontrées par les étudiants qui se retrouvaient brutalement isolés, confrontés à suivre du jour au lendemain des cours parfois uniquement par l'intermédiaire d'un téléphone, puisque certains n'avaient pas d'ordinateur. Pendant l'été on a pu se préparer pour anticiper ce deuxième confinement. On a pu préparer les étudiants, mais aussi former nos enseignants, avoir de meilleurs outils pour leur permettre de suivre les cours dans de meilleures conditions. On a également aussi pu mettre en place ce qu'on n'avait pas réussi très bien à faire au premier confinement, tout ce qui est l'accompagnement des étudiants en matière de paniers repas. Virginie Dupont

 

Penser le monde après la Covid

Il faut investir massivement dans la jeunesse et je pense que c'est déjà ce qui se fait de manière conjoncturelle aujourd'hui avec le plan "Un jeune, une solution" : c'est quand même le triplement du budget habituel consacré aux jeunes. Ça facilite l'entrée des jeunes dans la vie professionnelle avec toute une série de mesures associées qui aident les entreprises qui tendraient la main aux jeunes. C'est orienter et former plus de 200.000 jeunes vers des secteurs d'avenir, donc vers de nouvelles formations qualifiantes. On ne peut pas dire que les jeunes soient oubliés dans le plan de relance, on ne peut pas dire que les jeunes soient oubliés dans l'accompagnement, notamment pour ceux qui sont particulièrement éloignés de l'emploi, des parcours d'insertion, pour tous ces saisonniers qui ont perdu leur travail. Sandrine Mörch

Effectivement on peut se satisfaire des nouvelles propositions qui ont été faites par le Premier ministre cette semaine. Mais un certain nombre de ces mesures, si les étudiants ne reviennent pas en présentiel, ne pourront pas se mettre en place. Je pense qu'il faudrait que le gouvernement revienne sur ces propositions et qu'il permette que les universités ouvrent de nouveau dès le mois de janvier. On ne fait pas confiance aux jeunes étudiants et on ne fait pas confiance aux universités non plus. Virginie Dupont

Il faut saluer bien sûr les différentes aides d'urgence ponctuelle qui ont été mises en œuvre à la fois sur ces emplois étudiants, le doublement des budgets des CROUS, l'extension des bénéficiaires de la garantie Jeunes. Après la question c'est plutôt celle des politiques structurelles. C'est-à-dire, qu'est-ce qui va être pérennisé ? Qu'est-ce qu'on va mettre en place une fois que cette crise sera finie pour améliorer durablement la situation des jeunes générations en France ? Une partie assez large de la communauté académique, des associations de prise en charge des jeunes et de la pauvreté demandent soit l'extension du RSA aux jeunes, soit des dotations de départ pour les jeunes ou, plus largement, la mise en place d'un revenu minimum civique ... L'idée est de pouvoir garantir à une population, et en particulier aux jeunes, des revenus minimaux d'existence qui ne dépendent pas seulement de la famille. Si on les renvoie à l'aide familiale ou l'aide informelle des proches, ça les renvoie à des inégalités très fortes pour se lancer dans la vie active, pour acquérir une forme d'autonomie. Anne Lambert

 

Raphaël Bourgois

Musique diffusée 

Beats - David Numwami

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COVID-19 : La jeunesse paie le prix fort sur le front de l'emploi...

16 Novembre 2020 , Rédigé par LCP Publié dans #Jeunesse

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La commission d'enquête visant à prévenir les effets de la crise du Covid-19 sur la jeunesse a entendu des représentants des partenaires sociaux et des associations afin de réfléchir aux moyens de limiter l'impact de la crise sanitaire sur l'emploi des jeunes. Le constat est plutôt sombre : formation, apprentissage, insertion sur le marché du travail, tous les domaines sont impactés par la pandémie.

Les 16-25 ans feront-ils partie de la génération sacrifiée sur l'autel de la lutte contre le Covid-19 ? Les perspectives de l'insertion sur le marché du travail de cette catégorie de la population ne sont guère reluisantes. Entendue jeudi 12 Novembre par les députés de la commission d'enquête visant à "mesurer et prévenir les effets de la crise du Covid-19 sur les enfants et la jeunesse", Inès Mimim, secrétaire nationale de la CFDT, a alerté sur la hausse "très brutale" du chômage des jeunes en cette fin d'année. Une situation que le reconfinement menace encore d'aggraver. "On prévoyait déjà 26 à 27 % de chômage des jeunes fin 2020", contre 19,6 % à la même période en 2019, a-t-elle expliqué. "On risque de dépasser ce chiffre."

Un constat largement partagé. Représentants de syndicats, d'organisations patronales, d'associations : toutes les personnes auditionnées par les députés de la commission ont témoigné des effets délétères des mesures de confinement sur l'entrée des jeunes sur le marché du travail, qu'il s'agisse de la formation, des contrats d'apprentissages, ou des petits boulots en parallèle des études. Le principal risque, ont souligné les intervenants, étant de perdre de vue des jeunes en difficulté, sans les orienter efficacement, dans un contexte où les conséquences de la crise pourraient affecter leur vie sur plusieurs années.

"NOUS SOMMES PARTICULIÈREMENT INQUIETS POUR L'INTÉGRATION DES JEUNES [EN APPRENTISSAGE], CAR ILS SONT ENCORE EN PÉRIODE D'ESSAI"

MARIE DUPUIS-COURTES, VICE-PRÉSIDENTE DE LA CPME

LA RÉPONSE "AMBITIEUSE" DE L'EXÉCUTIF

Ce tableau étant brossé, les acteurs du milieu ont toutefois salué les efforts de l'exécutif pour limiter les effets de la crise sanitaire, portés notamment au sein du plan "un jeune, une solution". Ce dernier, doté de 6,5 milliards d'euros, prévoit des allégements de charges pour les entreprises qui recrutent un jeune ainsi que des aides pour le recrutement d'alternants. Les participants à la table ronde ont majoritairement plaidé pour davantage de souplesse et d'agilité, au niveau des entreprises comme des centres de formation d'apprentis. 

Ils ont également proposé des pistes de réflexion supplémentaires pour mieux aider les jeunes, notant que la crise pouvait avoir des effets accélérateurs. Inès Mimin (CFDT) a proposé que les jeunes puissent bénéficier des minimas sociaux (lesquels sont aujourd'hui uniquement versés aux personnes de plus de 25 ans). Elle a également plaidé pour le déploiement d'une application destinée à mieux informer les jeunes des dispositifs disponibles.

Maxime Dumont, représentant de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), a pour sa part évoqué l'ouverture de l'apprentissage dès la 3ème, afin de mieux orienter les collégiens vers une voie qui peut encore parfois souffrir, selon lui, d'une image négative. Il a par ailleurs regretté qu'il n'y ait pas de contrepartie négociée dans le cadre des aides du plan en faveur de l'emploi des jeunes.

Si elle a reconnu que la priorité des PME n'était pas d'embaucher mais de "survivre", la  présidente de la commission éducation–formation du Medef, Marie Christine Oghly, a pour sa part insisté sur le fait que les entreprises n'étaient pas suffisamment informées des aides qui leur étaient apportées.

LA FRACTURE NUMÉRIQUE TOUCHE AUSSI LES JEUNES 

Plus surprenant, plusieurs personnalités auditionnées ont également mis en garde contre la fracture numérique qui touche une partie des jeunes, compliquant l'enseignement à distance. La crise sanitaire a mis en lumière un illectronisme qui n'allait pas de soi chez les 16-25 ans. "Ce n'est pas parce que les adolescents possèdent un smartphone qu'ils savent se servir des outils informatiques", a témoigné Philippe Lehericey, secrétaire général adjoint de la CFTC-Enseignement public et recherche. Il a notamment demandé la mise en oeuvre d'un plan informatique "digne de ce nom" dans les établissements scolaires. 

Cette fracture numérique peut également s'expliquer par des difficultés financières. Pour cette raison, Marie Dupuis-Courtes, vice-présidente de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), a plaidé pour que l'acquisition d'un ordinateur soit intégré au financement de l'apprentissage, cet outil étant devenu nécessaire pour la formation.

Autant de réflexions qui devraient nourrir les conclusions de la commission. Celle-ci auditionnera jeudi 19 novembre Sarah El Haïry, secrétaire d'État chargée de la Jeunesse et de l'Engagement. 

Raphaël Marchal

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Pourquoi la Fédération des centres sociaux est dans le viseur du gouvernement ?

15 Novembre 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Jeunesse

Pourquoi la Fédération des centres sociaux est dans le viseur du gouvernement ?

La structure fait l’objet d’une inspection lancée au lendemain d’une rencontre entre la secrétaire d’Etat à la Jeunesse et l’Engagement Sarah El Haïry et 130 jeunes, le 22 octobre à Poitiers.

«Nous abordons cette inspection avec sérénité.» Dans un communiqué de presse, la Fédération des centres sociaux et socioculturels de France (FCSF) – 160 000 bénévoles et 60 000 salariés (1) – a indiqué jeudi qu'elle faisait l’objet d’une enquête de l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche, qui dépend du ministère de l’Education nationale. Tout est parti de la visite de la secrétaire d’Etat chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, Sarah El Haïry, à la journée de restitution de l’événement annuel organisé par la fédération, «Réseau Jeunes».

Du 19 au 23 octobre, 130 jeunes de 14 à 23 ans, principalement issus de quartiers prioritaires mais aussi de zones rurales, se sont rassemblés pendant cinq jours au lycée Isaac-de-l’Etoile, à Poitiers. Le thème de cette année portait sur «Religions et laïcité», comme décidé un an auparavant. Mais la rencontre avec Sarah El Haïry, le 22 octobre, intervient dans un contexte particulier. Quelques jours avant, Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie, a été assassiné aux abords de son collège, pour avoir montré des caricatures de Mahomet en classe.

Trois comptes-rendus

Trois médias ont notamment relaté l’événement. Publié le 23 octobre, un article de la Croix fait état d’un «divorce consommé entre la plupart de ces jeunes et la laïcité à la française»«sous le regard accommodant des adultes présents»«manifestement mal à l’aise sur le terrain religieux».

Discriminations, humiliations, incompréhensions : les jeunes exposent leur ressenti, mais aussi leurs points d’accord et de désaccord. Et leurs propositions : par exemple, pourquoi ne pas autoriser les signes religieux visibles à l’école ? Pourquoi ne pas interdire le blasphème ? La laïcité, selon le journal, resterait une notion «abstraite» pour eux. Dans ce premier article, il n’est pas fait mention de la visite de la secrétaire d’Etat. Et pour cause, la journaliste a assisté à la journée d’échange du 21 octobre, la veille de la venue de Sarah El Haïry.

Le quotidien régional la Nouvelle République a, lui, assisté aux échanges entre la secrétaire d’Etat et l’assistance. Dans son article publié le 23 octobre, le quotidien rapporte un dialogue impossible. Entre des jeunes qui attendent «des réponses concrètes, des actes», et une secrétaire «bâton de pèlerin» républicain à la main. «La ministre écoute et la visite devient une leçon d’éducation civique», rapporte le journal, avant d’évoquer la fin de la rencontre. «La colère, la fatigue des jeunes, Sarah Haïry l’a ressenti et a essayé de faire le tampon avec cette génération et, pour l’unir, a chanté la Marseillaise.». Mais «personne ne s’est levé. Pas même un élu».

Une semaine après la rencontre, le 30 octobre, c’est au tour de l’hebdomadaire chrétien la Vie de publier un reportage, comprenant de longues citations de jeunes. Présent également pour la restitution du 22 octobre face à la secrétaire d’Etat, le journaliste écrit que cette dernière n’a pas «réussi à établir le dialogue qu’espéraient les jeunes». Le journaliste le souligne, «les paroles prononcées sont directes et sans filtre». Mais au moment d’évoquer les «violences policières»«malaise dans la salle». La secrétaire d’Etat interrompt, expliquant «que la police ne peut pas être raciste, car elle est républicaine». Plus tard, face au «cours d’éducation civique et morale», l’incompréhension règne parmi les participants. «Mais qu’est-ce que c’est que ce catéchisme qu’elle vient nous débiter ?» dit un ado.

Une secrétaire d’Etat «énervée» qui diligente une inspection

Dès le lendemain de cette rencontre houleuse, le 23 octobre, Sarah El Haïry adresse une lettre de mission à l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche, lui demandant de diligenter une mission d’inspection de la Fédération des centres sociaux. Objectif : «examiner les objectifs, les conditions d’organisation et d’encadrement» de cette rencontre Réseau jeunes, «ainsi que plus largement les conditions d’organisation et de fonctionnement» de l’association.

Contacté par Libération, le cabinet de la secrétaire d’Etat soutient avoir été «très surpris» par la teneur des échanges du 22 octobre. «Les revendications principales étaient très fermes, sur la volonté de liberté du port du voile, de garantir des repas de substitution, de condamner des discours islamophobes notamment sur BFM et plus généralement dans les médias. Et le clou du spectacle : la loi de 2004, qu’ils trouvaient islamophobe.»

«La secrétaire d’Etat était énervée. Non pas par les jeunes», soutient son équipe, mais par cette question : «Comment, en étant encadrés depuis plusieurs jours, ces jeunes pouvaient encore tenir de tels propos ? Et notamment qualifier des lois de la République d’islamophobes ?» Des propos martelés par El Haïry dans un entretien accordé au Point. «Mon devoir, ce jour-là, en tant que ministre de la République, c’est de leur expliquer en quoi leurs propos et leurs demandes n’étaient pas adaptés à notre pacte républicain», affirme-t-elle à l’hebdomadaire, précisant que «cette inspection ne remet pas en cause la liberté de parole des jeunes à laquelle je tiens particulièrement, mais la manière dont ont été conduits les travaux pendant les quatre jours».

A la Fédération des centres sociaux, un goût amer

Le président de la Fédération des centres sociaux, Tarik Touahria, n’est pas étonné par cette inspection. «C’est dans la continuité de l’attitude de la ministre», rapporte-t-il à Libération«Sereine sur l’issue», l’équipe reste «choquée de subir une inspection», enchaîne-t-il. Les sanctions potentielles sont non négligeables, «une levée de l’agrément jeunesse et éducation populaire qui pourrait avoir des impacts lourds sur nos financements publics». Mais jusqu’aux résultats, le président préfère «garder confiance dans le professionnalisme des inspecteurs».

Tarik Touahria prolonge : «Ça fait 98 ans qu’on fait de l’éducation populaire. On n’est pas suspects de transiger. Désolé si ce que les jeunes disent ne plaît pas, mais par essence, ils le disent…» Et d’ajouter : «On ne travaille pas avec des jeunes imaginaires qui auraient la laïcité infuse.»

Il se souvient de ce 22 octobre au soir. «Ces jeunes étaient fiers de rencontrer une ministre. Mais ils se sont pris un refus de dialogue. Ils sont repartis furieux, cassés. Alors que pendant ces trois journées, ils faisaient société, ils faisaient République», regrette-t-il avant d’inviter les membres du gouvernement à travailler sur le terrain. «On fait le boulot. C’est nous qui nous coltinons les intégristes, qui faisons en sorte que les oppressions de tous types diminuent. Alors se faire accuser de petites compromissions, c’est être sur une autre planète.»

«Pouvoir porter des signes religieux à partir du lycée»

Dans un compte-rendu publié par la Fédération des centres sociaux, les neuf jeunes représentant le reste des participants ont résumé plusieurs propositions. A l’école d’abord, ces jeunes souhaitent de «vrais cours sur les religions» ainsi que la «mise en place d’espaces où se rencontrer, échanger, débattre autour des religions comme de sujets de société». Et enfin, la liberté «de pouvoir porter des signes religieux à partir du lycée».

Certaines propositions dépassent néanmoins le thème de la religion : «Plus de formation auprès de la police, pour qu’il y ait moins de contrôle au faciès, moins de situations de discrimination.» Elles concernent également les élus (qu’ils «ne donnent pas leur opinion personnelle quand ils sont invités à parler des religions en tant que représentants de la République»), ou en encore les médias («qu’ils proposent de l’information et pas de l’opinion ou du jugement»).

Pour eux, des «vérifications, voire des sanctions» doivent être mises en place «quand les médias stigmatisent au lieu de protéger et d’informer». Dernière demande : qu'«ils arrêtent de parler à la place des uns ou des autres, et donnent aussi la parole aux personnes concernées».

«C’est interdit d’interroger la loi de 2004 ?»

Dans ces propositions finales, les repas de substitution ou le blasphème ne sont par exemple pas évoqués. «Ça a été discuté et écarté», explique le président de la Fédération. Mais comment expliquer par ailleurs la remise en cause de la loi de 2004 et la revendication de pouvoir de porter de signes religieux visibles au lycée ?

Parmi les 130 jeunes, «il y avait des jeunes de toutes les religions et de non-religion aussi», assure-t-il, écartant la possibilité que les participants soient en grande majorité de confession musulmane. «Mais il faut regarder la réalité. Les discriminations portent plus sur la religion musulmane que sur les autres.»

Il s’inquiète ainsi d’une «police de la pensée», qui reprocherait «aux structures de laisser les jeunes se questionner». «Je n’ai entendu aucun jeune parler de loi islamophobe. Mais ils la vivent comme une discrimination. Notre structure d’éducation populaire part de ce que vivent et pensent les jeunes. C’est interdit d’interroger la loi de 2004 ?» Avant de conclure : «On nous reproche quelque chose qui est plus large que nous. Est-ce que le ministère se fait une inspection lui-même parce que certains jeunes ne comprennent pas la laïcité ?»

Miren Garaicoechea

(1) Il existe 2283 centres sociaux agréés CAF en France, dont 1300 sont regroupés par la Fédération des centres sociaux qui va faire l’objet d’une inspection. 78% se trouvent en zone urbaine, 22% en zone rurale. Ils comptent 61 000 salariés, dont la moitié ne sont pas des emplois à temps plein, et 160 000 bénévoles, qui accueillent chaque année 1,8 million de personnes. Ce sont des lieux «de proximité à l’échelle d’un quartier» explique le service de la communication. «Ça peut être des cours de couture, d’informatique pour personnes âgées, de français… On accompagne aussi ceux qui souhaitent résoudre une difficulté individuelle, un problème qui peut devenir un projet collectif, ou ceux qui ont un projet pour animer leur rue.»

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LA VIE D'AVANT... et maintenant (Vidéo) - "Les états d’âme d’une jeunesse en plein doute"...

13 Novembre 2020 , Rédigé par Télérama Publié dans #Jeunesse

La jeune vidéaste Léa Bordier propose sur sa chaîne une YouTube une compilation de témoignages de quelques jeunes qui affrontent, comme ils le peuvent, la période actuelle. Une vidéo pleine de poésie.

« Je me demande juste si on va pouvoir revivre comme avant, et c’est déprimant. » Entre pandémie mondiale et crise économique majeure, difficile de mettre des mots sur la période que nous traversons. Camille, Élodie, Florian, Inès ou encore Sophia tentent pourtant de le faire dans une brillante série de témoignages compilée par la vidéaste Léa Bordier. Le temps de quelques minutes d’une simplicité désarmante, cette dernière tend le micro à une quinzaine de jeunes en proie au doute et à l’incertitude. Nostalgie du « monde d’avant », anxiété chronique, absence de perspectives… Autant d’états d’âme légitimes, tant le contexte actuel semble pousser chacun à une sorte d’instabilité permanente. A la simplicité des mots s’ajoute aussi celle des images du quotidien qui s’enchaînent sous nos yeux, d’une banale balade en forêt à l’insouciance joyeuse d’une soirée d’anniversaire. Poétique et cathartique.

https://www.telerama.fr/ecrans/sur-youtube-lea-bordier-capture-les-etats-dame-dune-jeunesse-en-plein-doute-6722298.php?utm_medium=Social&utm_source=Twitter#Echobox=1605202098

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