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Vivement l'Ecole!

jeunesse

Où sont passés les enfants des villes ?

15 Septembre 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Jeunesse, #Villes

Favoriser les mobilités douces pour la santé des enfants avec les rues aux  écoles de Paris

EXTRAITS

En ville, on ne voit quasiment plus d’enfants seuls dans la rue. Pour aller à l’école, 97 % des élèves d’élémentaire sont accompagnés. Quatre spécialistes décryptent cette disparition progressive.

Vous souvenez-vous de l’âge auquel vous êtes sorti seul dans la rue pour la première fois ? Si vous êtes parent, il y a de fortes chances que ce grand moment d’autonomie soit survenu bien plus tôt que pour vos propres enfants. Les enfants seuls ont quasiment disparu des villes. Il suffit d’un chiffre pour donner la mesure du phénomène : en France, dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants, 97 % des élèves d’élémentaire sont accompagnés pour se rendre à l’école, 77 % de ceux du collège, selon un sondage Harris Interactive pour l’Unicef réalisé en 2020. Dans un texte intitulé « Les risques de la rue », disponible en ligne, le ministère de l’intérieur recommande même aux parents d’éviter toute sortie non surveillée des enfants, comme une sorte d’institutionnalisation des peurs collectives : « Faites en sorte qu’il ne soit jamais seul. Faites-le accompagner par une personne de confiance. »

(...)

Les enfants des villes sont-ils devenus des enfants d’intérieur ?

Thierry Paquot Oui. Ils sont devenus des enfants d’un intérieur qui n’est pas forcément celui de l’appartement mais celui des activités extrascolaires : le conservatoire, les sports, les arts plastiques… C’est-à-dire qu’ils sortent pour être à nouveau enfermés. Les enfants sont confinés. Depuis deux ans, le mot est un peu galvaudé, mais c’est bien de cela qu’il s’agit.

C’est une évolution qui concerne toute la société. Il faut absolument rentabiliser au mieux le temps. Les grands comme les petits ont perdu l’usage des no man’s time : des temps pour rien, comme l’ennui, l’attente, la sieste. Ces temps hors temps sont très précieux, mais ils sont stigmatisés par la société de l’efficacité.

Clément Rivière Ce sont deux géographes néerlandais, Lia Karsten et Willem van Vliet, qui ont, les premiers, parlé d’« enfants d’intérieur », en 2006. Le terme est très efficace pour faire comprendre l’expérience des enfants qui vivent en ville, et qui passent plus de temps à l’intérieur du domicile que dehors.

Il est important d’inscrire cette évolution dans un temps long, au cours duquel les usages des espaces publics se sont profondément transformés : avec les réseaux d’approvisionnement en eau, en électricité, l’apparition du réfrigérateur, puis des machines à laver ou encore du téléviseur, il est devenu possible et agréable de rester plus longtemps chez soi. Plus besoin d’aller sur la place publique pour laver son linge, par exemple.

Dans la période récente, l’apparition des nouvelles technologies a encore modifié les usages. Le smartphone permet à des enfants de passer une bonne partie du week-end à échanger avec des amis sans sortir de chez eux, voire de leur chambre – une chose impensable pour l’enfant que j’étais il y a une trentaine d’années !

D’autres facteurs sont centraux. Je pense à la place de l’automobile dans la ville, ou à une transformation profonde des normes de « bonne » parentalité, entre autres. Mais aussi à l’influence très marquée des faits divers dans l’esprit des parents, notamment ceux impliquant des pédophiles.

Donc oui, des enfants d’intérieur, ils le sont davantage qu’ils ne l’étaient, et on a de bonnes raisons de penser que ce processus va se poursuivre. Regardez les chiffres de fréquentation de cinémas, en baisse, ou celles des applis de livraison à domicile, en hausse…

(...)

Comment leur redonner les clés de la rue ?

T. P. Le premier point, essentiel, c’est la réduction de la vitesse des automobiles (et désormais des trottinettes et autres engins roulants). Il faut modifier la voirie : créer des trottoirs dégagés, ne pas planter le mobilier urbain n’importe comment, le mettre à la hauteur des enfants.

On peut imaginer des farandoles vertes : relier les espaces verts d’une ville, soit en vrai lorsque c’est possible, avec des bosquets, des plantes, soit symboliquement, en marquant au sol le lien entre deux espaces dans lesquels les voitures n’ont pas leur place. Il faut repenser les carrefours, canaliser les voitures et privilégier le piéton. C’est toute une culture de l’ingénieur des ponts et chaussées qui est à repenser !

Certaines villes commencent par des rues aux écoles, c’est déjà bien. On peut regarder ce qui se fait dans d’autres pays. En Suisse, par exemple : Bâle est la première ville « à hauteur d’enfant », où les panneaux sont à 1,20 mètre, et où des enfants ont eux-mêmes inspiré des modifications du paysage urbain.

C. R. La première chose à définir, c’est si on souhaite vraiment leur redonner les clés de la rue. Si l’on part de ce principe, il faut bien avoir en tête qu’il s’agit de choix politiques, qui vont avoir un impact sur un certain nombre d’autres usagers de la rue, à commencer par les automobilistes. On ne pourra ainsi pas sérieusement avancer sur la question de la réappropriation de la ville par les enfants sans se poser celle de la limitation de la vitesse, voire de l’interdiction pure et simple des véhicules motorisés dans certaines zones ou à certains horaires.

Ensuite, j’aimerais souligner le rôle essentiel des commerces de proximité. Ils jouent un rôle important à la fois dans l’animation du quartier, mais aussi dans le rassurement des parents (« si tu as un problème, tu entres dans un commerce, tu demandes à m’appeler »). Il y a une forte confiance dans la figure du commerçant. Or, dans de nombreuses villes, le nombre de commerces est en baisse. On le sait depuis longtemps dans les villes moyennes, et c’est aussi désormais le cas dans les grandes villes, avec l’essor récent des « dark stores », par exemple. Si l’on voulait paraphraser Victor Hugo, on pourrait presque dire : « Un “dark store” qui ouvre, c’est un enfant de moins dans la rue. »

Et la troisième chose, c’est l’existence dans un quartier de formes d’interconnaissance. Autrement dit, le fait que l’enfant dehors sans adulte soit surveillé par d’autres personnes, notamment d’autres parents. Cela peut avoir un effet boule de neige, dans un sens vertueux, et il me semble important de se pencher sur la fabrique de ces liens d’interconnaissance, même superficiels.

Anne-Marie Rodenas D’abord, il faut faire disparaître la voiture, créer des axes piétons. Parallèlement, il faut autoriser les enfants à jouer dehors. Ma petite-fille habite à Barcelone. Là-bas, on a le droit de jouer au ballon, sur des places piétonnes, contre le mur d’une église ou d’un musée… Ici, tout est limité. C’est comme les rollers ou le vélo. A Paris, les pistes cyclables sont impraticables, bien trop rapides et dangereuses pour les petits. On accepte que les gens circulent dans la rue, mais pas qu’ils l’habitent, qu’ils se l’approprient. Au XIXe siècle, les activités artisanales se faisaient dehors, l’enfant voyait tout. C’est l’esprit qui anime notre café et nos événements « La rue aux enfants » : laisser les plus jeunes s’approprier la rue. Rien que sortir une machine à coudre sur le trottoir, c’est fabuleux.

(...)

A quel âge et en quelle occasion avez-vous laissé vos enfants sortir seuls ? Et vous-même, enfant ?

T. P. Comme moi, mes enfants ont grandi en banlieue parisienne. La première fois, ils avaient 5-6 ans, ils sont allés chercher le pain parce que la boulangerie n’était pas très loin et qu’il n’y avait pas de rue à traverser. Un an plus tard, quand ma fille est entrée au CP, je l’ai laissée y aller seule. Au début, je me mettais devant le feu tricolore pour voir comment elle traversait puis elle me faisait signe et partait.

Moi, j’habitais l’école puisque mon père était directeur, donc j’allais à l’école tout seul ! A 6 ans, 7 ans, je jouais dans les rues d’Issy-Plaine, un quartier populaire à l’époque. Et je me souviens que vers 10-11 ans, on partait avec trois ou quatre copains à bicyclette au bois de Chaville, au bois de Meudon…

C. R. Mes enfants ont 3 ans et 9 mois, donc ils ne sortent pas encore tout seuls ! Mon beau-fils, lui, a 9 ans. Depuis six mois, il commence à aller seul dans un parc proche de chez nous, à Lille, et à prendre le métro seul pour aller à l’école. Cela me réjouit.

Je ne me souviens pas de ma première sortie seul, mais je me souviens bien, en revanche, du moment où j’ai eu la clé de chez moi, en CM1 : je rentrais seul de l’école, et j’arrivais à la maison avant mes parents. C’était une marque de confiance, j’en ressentais une grande fierté. J’ai également des souvenirs très heureux de retour du collège à pied avec des copains, ou de moments de liberté passés avec mes cousins à Paris.

A.-M. R. A 8 ans, ma fille n’avait plus envie d’aller au centre de loisirs, mais voulait participer à un atelier de peinture, dans un autre quartier de Paris. J’avais la charge de son petit frère, je ne pouvais pas l’accompagner. Elle m’a dit : « Je prends le bus toute seule », je l’ai autorisée. Elle m’a dit plus tard qu’elle avait eu peur, mais elle l’a fait.

Quant à moi, c’était plus tôt, mais c’était une autre époque ! Ma mère travaillait, nous étions une famille nombreuse. A 6 ans, j’allais seule à l’école.

S. T. J’ai quatre enfants, et les choses se sont passées à peu près de la même façon pour chacun d’entre eux. D’abord pour aller acheter du pain au coin de la rue, quand ils avaient 7 ans ou 8 ans. Et, ensuite, évidemment pour leur permettre de se rendre au collège.

Pour ce qui me concerne, j’ai le souvenir d’être allé d’abord seul à l’épicerie qui se trouvait au rez-de-chaussée de notre immeuble, puis d’avoir eu le droit de traverser la rue devant chez nous pour aller à la papeterie qui était juste en face.

Clara Georges

Venez participer à la conférence « Les enfants, allez jouer dehors ! », avec Anne-Marie Rodenas et des enfants du Cafézoïde, dans le cadre du Festival du Monde, dimanche 18 septembre à 16 h 30, dans les locaux du journal.

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2022 en France - De plus en plus d'enfants ont faim !

24 Juillet 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Jeunesse

Devenir pauvre fait peur à 6 enfants sur 10 en France | Le Huffington Post  LIFE

Le ventre vide, le cœur gros et deux euros

Résumé

Une mère et ses trois enfants, une puéricultrice et un professeur des écoles ont dû faire face au manque de nourriture et à la précarité extrême. Qu'elle ait duré un jour, qu'elle survienne à la fin du mois ou à répétition, qu'elle soit côtoyée, constatée ou subie, ils racontent la faim.

En savoir plus

En France, une personne sur cinq ne mange pas à sa faim. 21% des Français ont du mal à prendre trois repas par jour, faute de moyens financiers. L’INSEE qui nous rappelait en 2017 que 14,2 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté, soit 9 millions de personnes. Au-delà des chiffres alarmants, il est question, ici de l’expérience de la faim, ce que cela fait au corps, et de comment on en sort.

"Elle a volé mon goûter parce qu’elle avait faim"

Marseille, un jeune professeur chargé d'une classe de SEGPA s’aperçoit que son encas, soigneusement rangé dans le tiroir de son bureau, a disparu. C'est une élève de sa classe, turbulente et compliquée, qui le lui a volé. Quand il va lui parler, il est surpris par son attitude : "Je la sens vraiment tourmentée, comme s'il y avait quelque chose dont elle avait honte de parler." Son professeur comprend alors que cette élève de 13 ans ne reçoit pas l’alimentation dont elle a besoin.

"On a découvert petit à petit que son quotidien était très difficile, en en parlant avec les éducateurs de son foyer. Le week-end, elle allait dans un foyer d'urgence, elle mangeait pas et elle dormait pas assez. Mais elle laissait rien transparaître."

Désemparé, son professeur ne sait comment venir en aide à cette élève abandonnée à elle-même. Il décide alors de remplir son tiroir de nourriture destinée à l'adolescente… "Lui réserver quelque chose à manger, c'était aussi lui montrer qu'elle comptait pour nous." Néanmoins, son professeur sait que ce geste est loin d'être suffisant pour réellement améliorer la situation de son élève.

"Ce qui est encore plus triste, c’est que mon quotidien est fait d’élèves qui ne remplissent pas les besoins les plus élémentaires pour vivre. C’est une élève parmi tant d’autres et ça me déprime. Je n’ai pas de solution face à ça".

"Quand j’ouvre le frigo, il n’y a rien et mes enfants réclament à manger"

Sans emploi et logée dans un hôtel social, une mère parvient à peine à nourrir suffisamment ses trois enfants. Depuis son divorce, elle avait trouvé un travail en CDI, mais s'étant vue refuser le renouvellement de ses papiers, elle a été licenciée. Alors elle subsiste avec 372 euros par mois. Tous les jeudis, elle se rend aux Restos du Cœur.

"Je n’ai pas les moyens d’acheter des trucs équilibrés. A midi, j’ai fait des pâtes avec de la sauce tomate et le soir, des frites avec du pain et de la mayonnaise. Je fais avec les moyens du bord. Si j’ai du pain, je mange du pain, si j'ai que des pâtes, je leur fait tous les jours des pâtes."

Parfois, elle n'a plus rien. Alors, elle est obligée de se priver pour nourrir ses enfants. "Une fois, on est restés trois jours sans manger." Pour elle, le pire n'est pas la faim qui la taraude, mais les pleurs de ses enfants.

"Franchement, j'arrive plus à vivre comme ça. Je voudrais une cuisine, une salle à manger. Je tiens debout pour mes enfants. Je voudrais vivre comme avant."

"Elle reçoit 2 euros par jour et par enfant"

Jocelyne est puéricultrice et doit régulièrement faire face à des cas d’extrême précarité. Pour venir en aide à une mère en détresse, elle en vient à dépasser le cadre de sa profession.

"Elle n’a pas d’argent pour nourrir ses enfants. J’ai décidé de leur acheter des gâteaux, des jus de fruits, des compotes. Je lui ai donné 5 euros pour acheter du pain. A ce moment, j’agissais moins en puéricultrice qu’en maman".

La faim est telle que parfois, la mère n'ose pas sortir avec ses enfants pour ne pas qu'ils souffrent de voir des gaufres et des crêpes dans la rue. Pour Jocelyne, c'est trop difficile de voir ces enfants affamés. Elle doit les aider.

"A notre époque, une mère devrait pouvoir vivre dignement, subvenir aux besoin de ses enfants."

Merci à Jocelyne Mathieu, Jean-Louis Gérhard, Huguette Boisonnat.

Reportage : Valérie Borst

Réalisation : Anne-Laure Chanel

Des nouvelles

La jeune femme qui témoigne en premier va mieux, mais son moral est en "dents de scie". Elle est hébergée dans une structure collective avec ses trois enfants, toujours accompagnée de son assistante sociale et d'une puéricultrice. Elle a obtenu le renouvellement de son titre de séjour le 4 janvier 2022 mais attend encore que sa situation administrative se débloque. Elle pourra prétendre au RSA, mais elle est, pour le moment, limitée aux allocations familiales. Aujourd'hui, elle touche environ 600 euros par mois. Elle espérait pouvoir travailler comme agent dans les cantines et au sein de services périscolaires, mais elle peine à trouver un mode de garde pour sa dernière fille qui s'apprête à rentrer à l'école en septembre prochain. Elle s'accroche mais l'attente et les procédures sont longues.

Jocelyne est toujours puéricultrice en PMI. Le Covid a rendu son travail plus complexe, elle doit faire face à davantage de situations dégradées, notamment des cas de violences conjugales et des placements en hébergements mère-enfant.

Musique de fin : "Soutbouk" - Jawhar

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Uber, c'est ça M. Emmanuel Macron ! L'exploitation de la précarité !

12 Juillet 2022 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Jeunesse, #Politique

ARTICLES + VIDEOS] « Uber files » : Comment Emmanuel Macron, alors ministre  de l'Économie, a passé un “deal” secret avec la société Uber pour mieux  faire évoluer les réglementations en sa faveur – PLANETES360

« Tout ceci est un leurre » : des chauffeurs Uber racontent leurs désillusions

Un métier « non rentable », un « leurre » d’indépendance, des jeunes de quartiers, séduits par la promesse de liberté et qui finissent endettés jusqu’au cou… Depuis son installation, le modèle Uber a déçu, notamment les chauffeurs qui ont rapidement déchanté.

Sur le papier, Sylvain, 52 ans, a le profil idéal pour vanter les mérites du modèle Uber. Il y a quatre ans, il a choisi l’entrepreneuriat plutôt que le chômage, en devenant chauffeur VTC. Travailleur « en extra » dans la restauration, il avait besoin d’un complément de revenu, pour les périodes où l’emploi se faisait rare. 

Ne souhaitant plus dépendre des allocations-chômage pour assurer ce complément, Sylvain a obtenu sa carte professionnelle VTC, en passant l’examen requis. Il est depuis autoentrepreneur, comme la plupart des chauffeurs de VTC. Les cotisations sociales et les obligations patronales leur incombent donc. 

Costard, cravate, petites bouteilles d’eau, bonbons dans la portière et des rêves d’ascension sociale plein la tête. Les premières années, ils étaient nombreux à défendre le système Uber, encore baignés dans le flot de promesses mirifiques portées par la plateforme.

Fin 2011, le marché était en plein essor et l’entreprise y régnait sans concurrence de taille. Les chauffeurs étaient galvanisés par le succès des premiers temps, certains s’endettant considérablement pour acheter les plus belles voitures. Aujourd’hui, il ne reste plus grand monde pour défendre le modèle mis en place par l’application, et les témoignages de chauffeurs pris au cou par les dettes, étranglés par le système de l’auto-entreprenariat s’étalent partout. 

Au-delà des conditions de travail des chauffeurs déjà bien documentées, le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et ses partenaires, dont Le Monde ou encore Radio France, sont venus éclairer d’une lumière nouvelle l’installation d’Uber en France.

Le consortium a publié dimanche 10 juillet les « Uber files », une enquête en plusieurs volets permettant de « comprendre comment le géant des VTC a conquis la planète en surfant parfois aux frontières de la légalité ». Emmanuel Macron, qui était alors ministre de l’économie, y est présenté comme un soutien de choix pour Uber, intercédant en sa faveur, s’impliquant personnellement, en contournant ses collègues ministres et le chef du gouvernement d’alors, Manuel Valls. 

Face à Mediapart en novembre 2016, le candidat de l’époque avait même déclaré : « Allez à Stains expliquer aux jeunes qui font chauffeurs Uber, de manière volontaire, qu’il vaut mieux aller tenir les murs ou dealer… Ils travaillent 60, 70 heures pour toucher le Smic mais ils rentrent dans la dignité, ils trouvent un travail, ils mettent un costume, une cravate. »

Recrutement dans les quartiers populaires

Après quatre années d’activité, Sylvain a déchanté. « L’indépendance, le travail “où vous voulez, quand vous voulez” et sans subordination... Tout ceci est un leurre ! », décrit-il. Uber représente 70 % de son chiffre d’affaires. « C’est le leader. Vous sortez votre voiture, vous allumez votre application et dans la minute, vous avez une course. »

Une facilité d’apparence qui a séduit d’abord dans les quartiers populaires des grandes villes. L’entreprise s’est rapidement installée dans ces quartiers et a emballé des milliers de jeunes éloignés du marché du travail, à coups de communication à la sauce méritocratique.

Sur les réseaux sociaux, Uber publiait des vidéos virales dans lesquelles on voyait de jeunes gens, souvent noirs ou d’origine maghrébine, en chemise ou en costard, se vanter d’être leur propre patron, de pouvoir « embaucher trois personnes en six mois ». À l’extérieur, ils sont désignés comme des « partenaires », mais en interne la langue se fait plus fidèle à ce qu’ils sont en réalité : du « ravitaillement », comme on l’apprend dans les « Uber Files ».

Le discours libéral d’Uber présentant le salariat comme l’enchaînement par le travail réglementé et l’autoentreprise, comme un oasis de liberté et d’abondance, est venu répondre aux besoins de nombreux chômeurs se sentant mis au ban. Ce n’est donc pas un hasard si le siège de l’entreprise a rapidement déménagé de Paris à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis.

« Nous avons constaté que nos chauffeurs partenaires venaient essentiellement des quartiers prioritaires. Il fallait que l’on se rapproche d’eux », expliquait la firme en 2017 auprès de nos confrères des Échos

"Il faut des heures et des heures, des kilomètres et des kilomètres pour avoir un chiffre d’affaires correct."

Sylvain, chauffeur Uber

« Il y avait des bus et des affiches partout dans le 93 [Seine-Saint-Denis – ndlr], ils visaient clairement les jeunes de banlieue », estime Helmi Mamlouk, chauffeur pour différentes plateformes, devenu depuis formateur et connu pour être l’un des leaders de la contestation contre Uber, et celui qui parle le plus fort. Il fait partie des anciens, ceux qui ont été séduits dès les débuts, en 2013. Il était alors au chômage, après avoir été à la tête d’une PME qui vendait des détecteurs de fumée, fermée en 2011. Comme d’autres, il a été séduit par les promesses, avant de vite déchanter.

« Il y avait même des affiches sur lesquelles on pouvait lire qu’on allait gagner jusqu’à 8 000 euros par mois », se souvient-il. L’entreprise  se gardait bien de préciser que ces promesses relevaient du chiffre d’affaires, non pas du salaire, et qu’il fallait donc y soustraire toutes les cotisations patronales qui pèsent sur l’employeur – c’est-à-dire le chauffeur lui-même. 

« Il faut des heures et des heures, des kilomètres et des kilomètres pour avoir un chiffre d’affaires correct », souligne Sylvain. « Les bonnes journées, on peut être à 30 euros brut de l’heure, en chiffre d’affaires. Sur une journée classique, on tombe à 20 euros brut », décrit celui qui compte encore en chiffre d’affaires plutôt qu’en salaire net. 

Sylvain est connecté à quatre autres applications proposant des voitures de transport avec chauffeur. Quand il passe par Uber, la plateforme récolte un quart du prix de la course. Cela n’a pas toujours été le cas. Jusqu’à fin 2016, cette commission était de 20 %. Uber a ensuite décidé, de manière unilatérale, de la faire passer à 25 %. Cette décision a déclenché l’un des premiers mouvements sociaux des travailleurs de la plateforme, déjà échaudés par la baisse du prix des courses qui avait été, encore une fois, une décision prise sans concertation avec des chauffeurs qu’ils présentent pourtant comme leurs partenaires. 

Malgré la forte mobilisation, ils n’ont rien obtenu et la commission s’élève toujours à un quart du prix de la course. Si on y ajoute toutes les cotisations patronales réglées par le chauffeur, mais aussi les sommes engagées dans la réparation de la voiture, le prix de l’essence qui ne cesse de grimper, l’assurance et le remboursement du prêt contracté pour acquérir la belle berline noire, il ne reste plus grand-chose. 

La force d’Uber ? Le turn-over

« Et c’est aussi le chauffeur qui paye la TVA sur la commission payée à Uber ! », s’agace Brahim Ben Ali, secrétaire général de l’INV, intersyndicale nationale VTC. « Vous payez la TVA sur ce que vous encaissez et, en plus, la TVA sur la commission d’Uber ! », détaille celui qui a réalisé des courses pour le géant californien entre 2017 et 2019 avant d’être « déconnecté » définitivement de l’application.

Une mesure de rétorsion, selon lui, à la suite des blocages de plusieurs centres logistiques de la société, auxquels il a participé. « J’ai été accusé d’avoir tenu des propos diffamatoires envers Uber. En réalité, il fallait surtout couper la tête du meneur du mouvement. D’ailleurs, ça a marché. De 400 personnes mobilisées, on est passé à deux... », soupire-t-il, son témoignage faisant écho à d’autres chauffeurs vent debout qui ont été déconnectés après des mobilisations. 

Aujourd’hui encore, Brahim Ben Ali dénonce les conditions de travail et de rémunération qui se dégradent. « À votre avis, c’est quoi la force d’Uber ? Pourquoi tout le monde continue dans ces conditions ? C’est le turn-over énorme ! Les anciens partent, les nouveaux arrivent et se disent que ce n’est pas si mal... Mais ils n’ont pas connu les conditions d’avant ! », affirme-t-il. 

Il pointe « des tarifs au rabais », avec un modèle de rémunération devenu « forfaitaire » et non plus basé sur les kilomètres parcourus. De son côté, Sylvain dénonce une application parfois trompeuse sur la distance à parcourir pour aller chercher un·e client·e. Un trajet qui n’est pas rémunéré au chauffeur. 

« L’appli vous dit que le client est à quatre minutes de vous, mais en réalité, vous en mettez dix ! On a l’impression que c’est calculé à vol d’oiseau, comme si nous étions des pigeons qui passent par les toits pour aller récupérer un client », lance-t-il, riant jaune.

Une loi en faveur des applications

D’ailleurs, ce n’est que très récemment et grâce à la loi d’orientation des mobilités (LOM), votée en 2019, que les chauffeurs Uber connaissent à l’avance le montant de la course et la destination de leurs client·es. C’est l’une des rares avancées pour les chauffeurs permises par cette loi. 

Dans une interview accordée aujourd’hui à France Info, Thomas Thévenoud, l’ancien secrétaire d’État chargé du commerce extérieur, à l’origine de la loi de 2014 qui tentait déjà d’encadrer l’activité des VTC, rappelle qu’à l’époque où a été signée cette loi largement en faveur des applications, Élisabeth Borne était ministre des transports : « Elle ne peut pas ne pas savoir un certain nombre de choses... Il y avait dans cette loi une disposition qui visait à protéger Uber sous une forme de charte de responsabilité sociale. Uber édictait une charte, faisait signer ça à ses chauffeurs, en échange de quoi il ne pouvait pas y avoir de poursuites contre Uber. » Pour lui, il n’y a aucun doute sur le fait qu’aujourd’hui encore Uber continue son lobbying, autant auprès du président que de la première ministre.

Sylvain raconte qu’avant cette loi, les chauffeurs partaient totalement à l’aveugle. Mais la nouvelle disposition ne le réjouit pas pour autant. Certaines courses, jugées trop contraignantes et pas assez rentables, sont refusées par les chauffeurs. « Cela pose des problèmes car des clients se retrouvent sans voiture. Ou attendent trop longtemps. Uber a donc instauré un système de bonus, pour attirer les chauffeurs. Si vous acceptez trois courses à la suite, vous pouvez obtenir dix ou quinze euros supplémentaires, selon l’heure et la demande. »

Un prêt à 20 000 euros pour une voiture

La cadence peut vite devenir infernale pour espérer obtenir une rémunération qui en vaille la peine. « Ce métier n’est pas rentable », tranche Sylvain, s’estimant chanceux d’avoir pu payer « cash » son véhicule grâce à un apport... « Il y a des gens qui ont investi dans de grosses berlines et sont totalement dépendants d’Uber pour rembourser leur crédit. »

C’est le cas de ce vieil homme que Helmi Mamlouk a rencontré devant le siège d’Uber il y a quelques années. « Je me souviens bien qu’il pleurait à chaudes larmes en expliquant qu’il avait contracté un prêt à 20 000 euros et qu’il n’arrivait pas à le rembourser. Uber l’avait déconnecté après qu’un client s’est plaint, sans qu’on n’interroge jamais le chauffeur. C’est arrivé plein de fois, le moindre mot du client et on était déconnecté. » 

Sylvain dénonce enfin un système « gangréné par la corruption » à tous les niveaux. « Des comptes de chauffeurs sont loués à d’autres, tout le monde le sait et tout le monde a les yeux fermés. Uber devrait vérifier et bloquer ces comptes mais l’argent est plus important que l’intégrité. Et c’est ce modèle-là qui a été incité et validé par l’État ? On le dit depuis des années mais personne ne nous écoute... »

Sur le téléphone de Helmi sonnent toujours les applications Heetch, Bolt et Free Now. Uber est silencieux depuis 2014, date à laquelle il s’est fait déconnecter sans que jamais aucune explication ne lui soit fournie. Comme Brahim, Helmi explique que son expulsion est arrivée à partir du moment où l’entreprise a vu en lui un opposant.

Après seulement un an et demi au service de l’application, Helmi s’est engagé contre son fonctionnement, notamment au sein de son collectif « Capa VTC ». Les collectifs du genre ont, depuis, essaimé. Par ailleurs, des plateformes alternatives se créent ici et là, comme cette coopérative qui s’est installée en Seine-Saint-Denis en 2022, regroupant plus de 500 chauffeurs souhaitant tourner la page Uber.

Cécile Hautefeuille et Khedidja Zerouali

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"Sois jeune et prends la parole !"

26 Juin 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique, #Jeunesse

"Sois jeune et prends la parole !"

Il faut parler à la jeunesse... Et lui donner la parole...

Très rapidement et largement l'ouvrir à la politique, au sens noble du terme car la pratique politique est noble quand elle permet de se mettre au service de la communauté avant de s'en servir.

Ne plus interdire aux enseignants d'aborder des problèmes politiques en classe.

Ne plus avoir peur de donner à la jeunesse le goût de la PRATIQUE politique. Réintroduire le débat contradictoire dès le collège, la "disputatio". C'est une urgence éducative.

Je me souviens de ma jeunesse. J'avais 10 ans en mai 68. J'ai 64 ans. Nous étions toutes et tous très politisés après les événements de Mai. Même si jeunes, mes parents m'ayant initié. De droite comme de gauche. Nos enseignants ne s'interdisaient rien. Ne nous interdisaient rien. TOUS les sujets étaient abordés. La guerre du Vietnam, les dictatures sud-américaines, la Françafrique, la liberté de parole dans les lycées, la contraception naissante, que sais-je encore ? Tout !

Cela a-t-il fait de nous d'abominables "gauchistes" ou de méchants "réac"? Peut-être. Mais au moins étions-nous concernés par la "chose publique". Nous avions conscience d'être des citoyens dans la "Cité" et nous voulions participer, à sa construction, certains à sa destruction. Naïvement parfois sans doute, mais nous aimions la politique. Elle nous passionnait. Sans exception. Par classes et générations entières! Jamais nous n'aurions laissé, comme cela semble être davantage le cas aujourd'hui, la totalité de l'espace de parole aux adultes, aux "sachants", aux auto-proclamés experts s'accaparant un savoir souvent frelaté à l'abri de studios confortables.

En 2022, que laissons-nous à notre jeunesse ? Que faisons-nous de notre jeunesse ?

Une infime partie accède à Sciences Po. Je n'ai rien contre. Cette jeunesse-là se voit offrir les clefs de la politique - au sens large. D' autres jeunes filles et garçons sont appelés à aller voter, à manifester pour le climat. Sans clefs de compréhension. "On ne parle pas de politique en classe !". Et l'on s'étonne qu'ils ne répondent pas aux sommations effarouchées des adultes: "Mais enfin, soyez responsables ! Allez voter !". Quand la pratique politique est montrée du doigt comme une pratique honteuse, quand elle est interdite dans les enceintes scolaires - ou réservée à quelques-uns après bien des difficultés pour ne serait-ce qu'afficher un tract - il ne faut pas être surpris de constater l'effacement de la jeunesse du paysage politique. Je m'amuse parfois à regarder la totalité des "talk-show" que les chaînes de télévision dites d'informations en continu organisent à longueur de journée et de soirée. Je n'ai pu que constater avec tristesse l'absence de la jeunesse. Pas un seul invité régulier de moins de 35 ans, sauf rarissime exception. Pas d'étudiant, pas de lycéen, pas d'ouvriers, pas de jeunes agriculteurs, sauf pour des témoignages uniques ou une apparition lors d'un micro-trottoir.

Oui vraiment, il est urgent de réarmer notre jeunesse. La réarmer pour lui ouvrir le champ du débat politique, respectueux des différences, à l'écoute des autres. Et bien au-delà des heures consacrées à l'Education Morale et Civique dans le premier comme dans le second degré.

Sans la jeunesse, absente de plus en plus souvent des scrutins successifs, notamment la jeunesse rurale et des périphéries, la politique risque fort de n'être plus que ce qu'elle devient sous nos yeux : une friche au milieu de laquelle s'entre-dévorent populistes et libéraux. On ne peut pas dire que ce soit un "programme" très enthousiasmant.

Un slogan de Mai-68 disait sur les murs: "Sois jeune et tais-toi" raillant de Gaulle.

Je réponds: "Sois jeune et prends la parole !".

Nous toutes et tous, enseignants ou pas, devons prendre la décision de permettre à TOUTE la jeunesse de réinvestir le champ de la politique.

Le blé en herbe est là. Il n'attend que la récolte...

Christophe Chartreux

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Toujours plus d’étudiants en difficulté financière se rendent dans les distributions d’aide alimentaire

24 Juin 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Universite, #Jeunesse

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EXTRAITS

Avec la hausse continue des prix, les associations s’alarment du nombre de jeunes hommes et femmes qui ont du mal à s’alimenter, une fois le loyer et les études payés.

Ce mardi soir, une cinquantaine de personnes patientent devant le Bar commun, un lieu associatif du quartier populaire de la Goutte d’Or, à Paris. Comme toutes les semaines, l’association Linkee y réalise une distribution gratuite de produits, principalement alimentaires, destinés aux étudiants.

Vêtus de tee-shirts jaunes ou bleus, les bénévoles, souvent des étudiants eux-mêmes, s’affairent à orienter les jeunes vers les produits collectés. Midou, 20 ans, repart avec un chariot entier. Arrivé du Maroc il y a deux ans, cet étudiant en informatique dans une école privée vit avec 500 euros par mois. Une fois qu’il a payé son loyer, il n’a plus beaucoup d’argent pour s’alimenter. « Toute ma famille a cotisé pour financer mon école, je ne peux pas leur demander de m’aider », confie ce petit dernier d’une fratrie de six enfants.

Créée en 2016, l’association Linkee fournit, sur présentation d’une carte étudiante valide, fruits, légumes, féculents, fromages… souvent bio, labélisés ou issus du commerce équitable. « On récupère surplus, invendus et produits abîmés – mais encore bons – auprès d’agriculteurs, grossistes ou commerçants », expose Julien Meimon, fondateur de Linkee. Dans ses trente sites en France, l’association propose également un soutien psychologique, via l’association les Psys du cœur, et donne aussi des places de cinéma, théâtre ou opéra.

(...)

« Plus d’étudiants en difficulté financière »

Feres Belghith, directeur de l’observatoire de la vie étudiante (OVE), un organisme public, note que les remontées des établissements universitaires et des associations étudiantes convergent dans le sens d’une « plus grande proportion d’étudiants semblant être en difficulté financière » en cette fin d’année. « Il y a une réelle surprise de la part d’associations caritatives comme la Croix-Rouge ou le Secours populaire de voir de plus en plus d’étudiants demandeurs qu’ils ne connaissaient pas avant dans leur structure. Ce ne sont, pour l’instant, que des témoignages de terrain, mais c’est un indicateur », ajoute le directeur de l’OVE.

L’inflation rend les choses encore plus difficiles pour ces jeunes. Les dernières données de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) font état d’une hausse des prix à la consommation de 5,2 % sur une année. « Les vêtements, je n’en achète même plus ! », lâche Désir, 23 ans, à la sortie du Bar commun. Etudiant en deuxième année de gestion, il s’attelle le week-end à livrer des plats à vélo pour Uber Eats, parvenant ainsi à se dégager entre 300 et 400 euros par mois, en plus des 100 euros de sa bourse étudiante du Crous et de ses 190 euros d’aide personnalisée au logement (APL). Une fois factures et loyer payés, il lui reste environ 100 euros pour vivre. « Je n’utilise cet argent que pour mes besoins primaires : le logement et la nourriture », constate le jeune, qui ne souhaite pas demander à ses parents, « eux-mêmes ric-rac » sur le plan financier.

(...)

Devant le Bar commun, la file ne désemplit pas. Le sac rempli de fruits et légumes, Désir s’évertue à relativiser sa situation. Il vivait auparavant dans une chambre de bonne de 9 mètres carrés, à Nanterre. Désormais, il loue un studio du Crous, « un 22 mètres carrés, pour 450 euros ».

Florian Mestres

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Que penser de l’éducation positive ?

24 Juin 2022 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education, #Jeunesse

4 conseils simples et concrets pour appliquer l'éducation positive -  Magicmaman.com

Résumé

Parentalité bienveillante, discipline positive, éducation bienveillante... Que signifient ces termes et faut-il adopter ces pratiques ? Nos experts vous répondent.

En savoir plus

Que vaut l'éducation positive à l’épreuve de la vie quotidienne ? Conduit-elle à devenir un parent quasiment modèle ? Comment ne pas tomber dans la tyrannie de la parentalité parfaite ?

Éléments de réponses avec nos experts.

Éducation positive, qu'est-ce que c'est ?

On en parle de plus en plus mais cette appellation peut recouvrir des réalités diverses. Nos invités donnent leur définition.

Selon Rebecca Shankland, professeure des universités en psychologie, « le terme éducation positive fait référence à une éducation qui favoriserait le bien-être et le développement optimal de l'enfant. Donc l'objectif, c'est vraiment de pouvoir offrir un contexte favorable au développement de l'enfant, ce qui repose notamment sur une éducation non-violente. On parle des cris, mais il y a aussi les violences éducatives ordinaires, les fessées, les gifles, etc. Les recherches aujourd'hui ont mis en évidence que ces violences éducatives ordinaires n'apportent pas de bénéfices en termes d'amélioration des comportements de l'enfant. »

Pour Héloïse Lhérété, rédactrice en chef de Sciences Humaines, il est important de connaître un peu l’histoire de ce mouvement. Elle s’intéresse donc à l’adjectif « positif », qui peut être accolé à plusieurs termes, comme éducation positive, parentalité positive, autorité positive, etc. Elle explique : « c'est un terme qui est plutôt ambigu, ambivalent. La psychologie positive, c'est un mouvement qui s'est développé à partir de la fin des années 1990, avec l'idée qu'il fallait faire une révolution dans la psychologie, ne plus s'intéresser seulement à ce qui conditionne le malheur, la détresse, la dépression, le dysfonctionnement, mais aussi à ce qui conditionne le bien-être, l'épanouissement, la réussite. Donc, l'éducation positive s'inspire de ce mouvement pour dire qu'il faut mettre les besoins de l'enfant et tout ce qui conditionne son épanouissement au centre de l'éducation. Ce sont d'abord ses besoins effectivement de compétences, d'autonomie, et de proximité relationnelle aussi. »

Ali Rebeihi donne la définitions du Conseil de l’Europe, qui date de 2006 « L’éducation positive, c’est un comportement qui vise à élever l'enfant et à le responsabiliser, qui est non violent et qui lui fournit reconnaissance et assistance en établissant un ensemble de repères favorisant son plein développement. »

Il y a ensuite différentes façons d'appliquer ces théories.

Éducation positive : panacée ou péril social ?

Pour Didier Pleux, psychothérapeute, qui est pourtant d’accord avec la définition du Conseil de l’Europe, puisque qu'elle est dans l'intérêt des enfants, l’éducation positive à la française est un leurre. Pour lui, il faut ajouter du négatif dans l’éducation positive, et augmenter le seuil de frustration des enfants. Selon Didier Pleux toujours, les enfants doivent apprendre le principe de réalité et acquérir le sens de l'effort.

Selon Rebecca Shankland : « il faut aider l'enfant à faire avec ses émotions. Il ne s'agit pas de montrer que du positif (...). La psychologie positive, à travers ces interventions, tend à permettre un fonctionnement optimal, c'est-à-dire avoir accès à des ressources ou pouvoir mobiliser les ressources de son environnement pour faire face aux situations qu'on rencontre dans le quotidien. »

C’est un sujet complexe car la définition de l’éducation positive — et les principes qui en découlent — n'est pas la même pour toutes et tous. Héloïse Lhérété l’explique : « En fait, c'est une galaxie assez complexe, avec des figures différentes. » Certaines personnes sont contre la sanction par exemple, quand d’autres peuvent y faire appel.

Pour Nicolas Santolaria, journaliste au Monde, il y a aussi des bons côtés. Il prend l’exemple de la sortie d’école : « C’est vrai que souvent, devant l'école, on s'aperçoit qu'il y a un peu deux camps, il y a les parents qui hurlent et ceux qui arrivent à parler calmement à leurs enfants. C'est un des aspects de l'éducation positive, le fait que ça nous a amenés à réfléchir justement au comportement qu'on pouvait avoir. On parlait tout à l'heure des violences éducatives ordinaires, des comportements qu'on n'aurait pas forcément avec des adultes et qu'on se permet avec les enfants. Donc ça, c'est un des aspects intéressants, je trouve.

Mais c’est aussi un marché devenu lucratif avec des publications (livres, podcasts, ateliers, etc.), et toute une sphère d'influence, qui peut pousser les parents à se conformer à un perfectionnisme parental. La sociologue Eva Illouz parle d'une « Happycracy, pour décrire une industrie du bonheur et du développement personnel dangereuse.

Pour Nicolas Santolaria, cela comporte aussi un danger : « on a une espèce de sentiment univoque, finalement, on perd la diversité des émotions, des sentiments. Il y a une forme de perte dans l'écologie des émotions. Et ça, c'est un petit peu le risque qui va avec l'éducation positive. À mon sens, il y a effectivement une nécessité à frustrer l'enfant. »

L’éducation positive a donc des avantages, énoncés par Héloïse Lhérété à la fin de l'émission : « Le grand bienfait, c'est de diminuer les violences à l'intérieur de la famille. C'est ça avant tout. Et puis ça aide les parents aussi à se renseigner sur leurs enfants, à mieux les comprendre, à mieux les connaître, à peut-être mieux les accompagner et à favoriser aussi leur créativité, pas seulement leur obéissance, à produire des adultes plus créatifs. » Rebecca Shankland ajoute que cela permet de développer les « compétences socio-émotionnelles ».

En revanche, des inconvénients et des dangers existent, notamment pour les parents, comme cette dernière l'explique : « Cette exigence très élevée qui pèse sur les parents peut augmenter la charge mentale, voire engendrer un burn-out, avec des effets contreproductifs », mais aussi pour les enfants qui pourraient courir le risque d'être trop centrés sur eux-mêmes.

Pour en savoir plus l'éducation positive, notamment sur les débats sur les sanctions et les récompenses, écoutez l'émission dans son intégralité.

Ali Rebeihi

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Sur les réseaux sociaux, un jeune sur deux rend sa vie plus intéressante qu'elle ne l'est

17 Juin 2022 , Rédigé par Slate Publié dans #Jeunesse

Les jeunes et les réseaux sociaux — MOONKEYS EDUCATION

La génération Z entretient une relation ambiguë avec le monde numérique.

En juillet 2021, après une année rythmée par les vagues successives de Covid-19, une étude révélait que les jeunes générations considéraient la vie sur les écrans comme plus importante que le monde réel. Parmi les groupes interrogés: la génération Z, née dans les années 2000, qui a grandi avec internet. Une nouvelle étude commandée par Adobe, réalisée par OnePoll et relayée par The Independent vient apporter des éléments sur le regard ambivalent que porte cette génération sur le monde connecté.

En se basant sur un échantillon de 1.000 personnes âgées de 18 à 25 ans, les sondeurs ont trouvé qu'un jeune sur cinq n'aimait pas exposer sa vraie personnalité en ligne, tandis qu'a contrario, pour la moitié d'entre eux «les réseaux sociaux sont le seul endroit où ils peuvent vraiment être eux-mêmes».

Pour près de 58% des répondants, avoir une présence numérique –que ce soit sur TikTok, sur Instagram ou sur Twitter– les fait se sentir mieux dans leur peau. Ils sont 34% à se sentir plus en confiance «en endossant un rôle» sur ces mêmes plateformes. La moitié des sondés avoue ainsi se «cacher» derrière «un alter ego secret».

Une proportion similaire de jeunes déclare par ailleurs rendre leur vie plus attrayante et plus intéressante qu'elle ne l'est réellement, sur leurs différents profils. Dans ces cas précis, le manque de confiance en soi (55%), la pression sociale (34%) et le jugement des pairs (42%) sont cités comme les principales raisons.

Le réseau social comme outil d'expression

«Nous savons que nous sommes dans une nouvelle ère d'expression de soi et que la prochaine génération est plus susceptible que jamais de briser les barrières et d'établir ses propres règles», commente Simon Morris, vice-président du marketing chez Adobe. «Mais parfois, le faire dans le monde réel peut être intimidant.» L'étude démontre ainsi que 40% des jeunes sondés pensent que la confiance en soi est quelque chose qui vient avec l'âge.

Au-delà de certains aspects négatifs, l'étude révèle que les réseaux sociaux ont une influence majeure sur la créativité des jeunes générations –TikTok en première ligne– notamment à travers la musique ou la mode.

Il a enfin été observé que deux tiers des membres de la génération Z ont été positivement influencés par une personnalité publique, comme Harry Styles, Zendaya ou encore David Bowie: ces artistes ont poussé 45% des sondés à être plus créatifs.

Nina Iseni

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Législatives: les Jeunes avec Macron font un four avec leur clip anti-Nupes

16 Juin 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Jeunesse

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Moqués sur Twitter, les Jeunes avec Macron ont vite supprimé leur vidéo d’avant second tour alertant, sous forme de fiction, sur les conséquences d’une victoire de la Nupes dimanche. Trop tard. Les Jeunes socialistes ont sorti ce mercredi soir une parodie d’une France administrée par LREM et LR.

Un clip de fiction politique ridicule, raillé, effacé, et désormais détourné. On peut parler d’un effet Streisand, qui a prodigué à cette initiative une audience inespérée. Les Jeunes avec Macron (ça existe, même si cela peut paraître un oxymore) voulaient dire «non aux extrêmes». Et à leur yeux – comme à ceux de certains de leurs aînés et du premier d’entre eux, c’est dans cette catégorie qu’ils faut mettre la Nupes, son programme et son leader Jean-Luc Mélenchon. lls ont donc réalisé une vidéo futuriste. On y voit une jeune fille qui voit soudain, via une alerte de BFMTV, son week-end à Marrackech soudainement annulé suite à l’interdiction par le gouvernement Mélenchon des compagnies aériennes low cost, bien trop polluantes pour les «ayatollahs verts» – ce qu’un gouvernement Nupes ne ferait d’ailleurs pas, préférant se concentrer sur les vols intérieurs. Les images confinent au ridicule, comme en son temps le lipdub des Jeunes pop de l’UMP.

Rapidement, les Jeunes avec Macron se prennent rapidement une volée de bois vert et de moqueries sur les réseaux. «Nous avons publié ce matin un spot de fiction politique, visant à appeler au vote et mettant en scène certaines des mesures qui pourraient être prises si les extrêmes arrivaient au pouvoir et imposaient leur programme», écrivent les «JAM» sur Twitter, annonçant supprimer la vidéo. La raison invoquée? Des «messages de haine qui ont suivi» sa publication, «notamment envers les militants à l’image». Et les jeunes macronistes de «regrett[er] le détournement du message principal», à savoir «dire non aux extrêmes». Les «JAM» se gardent bien dans leur texte d’expliquer pourquoi ils estiment justifié de renvoyer dos à dos la Nupes et le RN. Mais leur protestation a eu une conséquence : attirer l’attention d’une grand nombre de personnes sur leur création qui, bien qu’officiellement retirée de leur compte, a vu son nombre de vues exploser, grâce aux reprises depuis d’autres comptes Twitter.

Une réponse parodique des Jeunes socialistes

L’affaire a suscité des moqueries, mais aussi remonté comme une pendule la société des journalistes de Radio France, mécontente, de voir le nom de France Info utilisé parmi la foultitude «d’alertes info» reçue par l’héroïne de la fiction – Libé, également utilisé dans la vidéo, n’a pas été davantage consulté. Elle a aussi inspiré les camarades de gauche des JAM. En fin d’après-midi, les Jeunes socialistes ont publié une parodie de la fiction macroniste, en la situant cette fois dans une France où les soutiens du Président ont dû s’allier avec LR pour disposer d’une majorité à l’Assemblée nationale.

On y voit une jeune fille qui voit un voyage chez sa grand-mère annulé pour cause de billets de TGV trop chers, entre deux alertes sur l’adoption de la retraite à 65 ans, la troisième condamnation de la France pour inaction climatique, l’arrêt des dotations qui conduit à la fin de l’audiovisuel public... Sans parler du bénévolat obligatoire et du pointage hebdomadaire devenus obligatoires pour toucher le RSA. Une parodie elle aussi caricaturale mais tout aussi hilarante. Certains la jugeront toutefois beaucoup plus inquiétante que son modèle.

Libération

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Une jeunesse africaine - Arte

10 Juin 2022 , Rédigé par Arte - Libération Publié dans #Jeunesse

"GENERATION Africa

Récits pluriels sur la jeunesse d’un continent

La collection de documentaires "GENERATION Africa" regroupe vingt-cinq films réalisés par des cinéastes issus de seize pays d’Afrique, tissant une myriade de récits à la portée universelle sur le thème de la migration, traversés par les aspirations et les rêves de la jeunesse du continent."

Arte

Voir les liens ci-dessous pour en savoir plus.

Diffusion à partir de ce vendredi.

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Moi JEune: ces adolescentes qui en ont «marre de toujours tout faire» à la maison

9 Juin 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Jeunesse, #Education

Adolescente Tenant Un Bâton De Vadrouille Faire Des Tâches Ménagères |  Photo Premium

EXTRAITS

Tâches ménagères, garde des frères et sœurs, corvées administratives… Des adolescentes dénoncent leur quotidien dédié au foyer familial, au détriment de leurs études et de leur jeunesse.

En publiant ces témoignages, Libération poursuit son aventure éditoriale avec la Zone d’expression prioritaire, média participatif qui donne à entendre la parole des jeunes dans toute leur diversité et sur tous les sujets qui les concernent. Ces récits, à découvrir aussi sur Zep.media, dressent un panorama inédit et bien vivant des jeunesses de France. Retrouvez les précédentes publications.

«C’est bon ! Tes amies peuvent attendre» – Mary-Kate, 14 ans, collégienne, Floirac (Gironde)

«Chez moi, tous les jours, je m’occupe du ménage, de la cuisine. Même en ayant trois frères. Ils ont entre 16 et 26 ans, je suis la plus petite de la famille. Et c’est à moi de tout faire ! C’est comme ça depuis quatre ans, depuis que j’ai 10 ans. Cela s’est fait d’un seul coup, dès mon arrivée en France. En Côte d’Ivoire, il y avait des gens qui faisaient le ménage à la maison. Quand je suis arrivée chez mon oncle et ma tante (que j’appelle mes parents), j’ai commencé à le faire pour être polie, sauf qu’au fur et à mesure, je me suis retrouvée à tout faire toute seule.

Pour moi, quel que soit le sexe, on devrait tous être élevés de la même manière. Par exemple, mes frères ont plus le droit de sortir que moi, et plus tard aussi, parce que ce sont des hommes. S’il leur arrive quelque chose, ils pourront plus se défendre que moi. Eux, ils peuvent dormir chez leurs amis. Moi, en quatre ans, je n’ai dormi que deux fois chez les miens. La raison, c’est que je suis une fille et que, d’après mon oncle, je n’en ai pas besoin : je dois rester à la maison.

Parfois, je demande à mon frère de m’aider à faire le ménage. Il me dit oui, mais comme il passe plus de la moitié de sa journée au téléphone avec sa copine, il oublie. Quand je l’explique à ma mère et qu’elle lui demande, il répond : “Mais si, j’ai fait le ménage !“ Sauf qu’il a fait sa vaisselle, celle avec laquelle il a mangé, et c’est tout. Entre-temps, moi j’ai fait toutes les tâches ménagères (aspirateur, serpillière, etc.).

J’en ai marre de toujours tout faire quand je rentre chez moi. Quelle que soit l’heure, je dois constamment faire le ménage. Je balaie, je fais la vaisselle, j’étends le linge, je me douche, je fais mes devoirs, je fais à manger…

Que je sois une fille ou pas, j’ai le droit d’avoir du temps pour moi ! Peut-être que si mes frères m’aidaient dans mon quotidien, je ne serais pas dans cette situation. Et ce serait bien aussi pour eux, pour pouvoir être de meilleurs maris plus tard, sans compter sur leurs femmes.»

«Si on a un souci avec les papiers, c’est toi direct» – Sophia, 18 ans, étudiante, Rennes (Ille-et-Vilaine)

«Déclaration d’impôts, demande de bourse, compte en banque, dossiers d’inscription… C’est moi qui gère tous les papiers de ma famille. Avoir cette responsabilité sur le dos, ce n’est pas simple, parce que l’administration, ça ne rigole pas. Une seule erreur et ça peut être lourd de conséquences. Mon père est marocain et ma mère est italo-marocaine. Chez moi, toute la famille privilégie l’arabe. Ma mère se débrouille bien en français dans la vie de tous les jours mais plus c’est technique, moins c’est facile pour elle.

Ce n’est pas moi l’aînée, j’ai un grand frère. Alors pourquoi c’est moi qui m’occupe de tout ça ? D’autant plus que mon frère est en licence 2 Administration économique et sociale ! Et pourtant c’est moi qui ai rempli son dossier de bourse et d’inscription en catastrophe en août.

On n’a pas de cours à l’école pour nous apprendre tout ça. C’est dommage d’ailleurs, mais ce n’est pas moi qui fais les programmes. Parfois, les documents sont clairs et bien expliqués mais souvent c’est du hiéroglyphe multiplié par dix ! Alors système D oblige, je fais une petite recherche Internet pour apprendre. La CAF, c’est le truc que j’aime le moins faire. Je me débrouille avec des “Comment écrire une lettre de…“ sur Google.

Parfois, quand je pense à tout ça, je me dis qu’il n’y a pas qu’un aspect négatif. Quand je vois des personnes de mon entourage qui sont en galère totale administrativement parlant, je me dis que moi, au moins, je sais faire. Quand mes camarades de classe sont perdus par rapport à leurs dossiers de bourse, ils me demandent de l’aide : “Si on a un souci avec des papiers, c’est toi direct !“ Ça reste gratifiant. Ils ont tous leurs bourses grâce à moi.»

(...)

«Sois une bonne fille» – Mallory, 15 ans, lycéenne, Grande-Synthe (Nord)

«Ma mère est persuadée que je suis naïve, fragile, hyper influençable, une fille facile qui se laisse embarquer dans des plans foireux et qui fait tout ce qu’on lui dit de faire. Elle me connaît très mal. Je suis devenue, par la force des choses, très indépendante, je sais me débrouiller seule. Si seulement ma mère m’accordait de la liberté.

A la maison, je me sens comme exclue par mes parents. Ma mère fait beaucoup de différence entre nous parce que je suis une fille, la fille aînée. Mes frères peuvent sortir alors que je dois plutôt rester enfermée. Je dois effectuer toutes les tâches ménagères : laver la maison, m’occuper du linge, repasser, faire la vaisselle, garder mes deux petits frères et ma petite sœur. J’ai l’impression d’être en prison.

Quand je vais au sport, je dois être accompagnée de mon grand frère, “à cause des gens dehors”. Quand je sors mon chien, j’ai pas le droit de rester plus de vingt minutes dehors, sinon c’est un interrogatoire en rentrant. Ma mère me bombarde de remarques : “Tu foutais quoi !” ; “Il te faut autant de temps pour sortir un chien ?” ; “T’étais où ?” ; “Tu étais avec un mec, c’est sûr !”

Ma mère me répète à longueur de journée : “Sois une bonne fille, Mallory !“ Elle veut dire : ne pas traîner dans la rue, ne pas fumer, ne pas boire, être respectable et respectueuse, bien travailler à l’école, faire de longues études, avoir un bon métier…

Je n’ai pas le droit d’avoir un petit copain. Si j’ai le malheur d’en avoir un, ma mère ne me laisse pas sortir, ni le voir. Et s’il ne lui plaît pas, elle fait tout pour que la relation prenne fin. Elle me fait la misère. Limite c’est elle qui veut choisir mon mec. Ses critères : qu’il habite près de chez nous, qu’il soit «français» comme nous, surtout pas un Arabe ou un musulman. Il doit avoir le même âge que moi, ne pas être un charo, c’est-à-dire ne pas traîner dans la rue avec ses potes.

Elle contrôle toute ma vie. Elle fait ça pour me protéger et parce qu’elle craint le qu’en-dira-t-on. J’habite dans un petit quartier plutôt calme. Mes voisins connaissent ma mère et lui balancent le moindre de mes faits et gestes, quoi que je dise ou fasse. Une fois, on m’a vue avec un mec, elle a pété un câble alors que c’était juste un pote d’école. Les mauvaises langues…

J’en ai marre d’être la gentille Mallory qui la ferme. Résultat, je finis souvent punie : elle me confisque mon téléphone, je dois faire plus de corvées que d’habitude, etc. La double peine. Mes parents sont séparés depuis que j’ai un an et demi. Je vis avec ma mère et mon beau-père. Plus je grandis, plus ma mère m’empêche de voir mon père. Parfois, je n’ai qu’une envie, c’est de me barrer de chez elle et aller chez lui. Chez lui, j’ai le droit de sortir, je me sens libre de faire ce que je veux. Mon père me laisse faire des erreurs, ça m’aide à grandir, à gagner en maturité, à apprendre à ne plus les faire.»

par ZEP Zone d'expression prioritaire

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