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Vivement l'Ecole!

jeunesse

“Il suffirait d’une étincelle pour qu’on passe des rixes aux émeutes” - Thomas Sauvadet

11 Avril 2021 , Rédigé par Télérama Publié dans #Jeunesse

Jeunes dangereux, jeunes en danger. Thomas Sauvadet

PLUS LOIN AVEC… – Chaque dimanche, interview au long cours avec un acteur ou un observateur de notre époque. Aujourd’hui, le chercheur Thomas Sauvadet, spécialiste du phénomène des bandes de jeunes, alors que les violences se multiplient, amplifiées par la crise actuelle.

Lui-même grandi dans un quartier populaire de la région francilienne, dans l’Essonne (91), le sociologue Thomas Sauvadet étudie depuis vingt-cinq ans les phénomènes des bandes dans les quartiers dits sensibles. Il en a développé une connaissance telle que les travailleurs sociaux font fréquemment appel à lui pour les comprendre. Alors que plusieurs rixes entre bandes ont eu lieu ces dernières semaines (et, dans l’Essonne, justement, causé la mort de deux adolescents de 14 ans), l’enseignant-chercheur à l’université Paris-Est Créteil analyse les rouages de ces violences, toujours très médiatisées. Mais qu’aucune mesure de fond ne vient faire cesser, comme si elles étaient une fatalité. L’auteur de Jeunes dangereux, jeunes en danger le rappelle cependant : elles ne concernent qu’une minorité de la jeunesse des quartiers défavorisés. Avec la pandémie et son cortège de tensions explosives, le « capital guerrier » de ces bandes, estime-t-il encore, touche aujourd’hui à son paroxysme.

À intervalles réguliers, depuis quarante ans, des enfants s’entretuent dans les quartiers sensibles, à l’occasion d’affrontements entre bandes rivales

On ne peut pas dire qu’ils se fassent la guerre comme les gangs des ghettos de Los Angeles ou des favelas de Rio – où l’espérance de vie ne dépasse pas la vingtaine d’années. En France, heureusement, on n’en est pas encore là. Mais ces jeunes, socialisés dans des bandes, grandissent dans un tel contexte de stress, de machisme et d’insécurité que la plupart ont pour objectif premier de développer un capital guerrier. C’est-à-dire un ensemble de compétences, psychologiques, techniques, physiques ou sociales, mobilisables pour se défendre ou pour attaquer, dans des milieux où les protections policières et judiciaires sont défaillantes ou inexistantes.

(...)

Lorraine Rossignol

Suite et fin à lire (abonnés) en cliquant ci-dessous

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Les enfants français, cibles de choix pour la publicité en ligne

16 Mars 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Jeunesse

Les enfants français, cibles de choix pour la publicité en ligne

Données personnelles, interactivité, personnalisation, les armes ne manquent pas pour atteindre efficacement les plus jeunes et la France, contrairement à d’autres pays, ne les protège pas. Il est urgent de réguler ce secteur.

De Snapchat à YouTube, en passant par Instagram et, bien sûr, les jeux vidéo, les enfants passent aujourd’hui deux fois plus de temps en ligne qu’il y a dix ans : deux heures par jour en semaine et trois heures le week-end en moyenne, avec près de 20 % d’hyperconnectés qui, ces jours-là, dépassent les six heures sur Internet. Ces chiffres explosant bien évidemment dans les périodes de couvre-feu et de confinement.

Les plus de 8 ans sont ainsi davantage désormais sur leurs smartphones ou tablettes, que devant leur écran de télévision. Plus de la moitié d’entre eux ont un profil sur un réseau social. Les annonceurs ne s’y trompent pas. C’est donc sur Internet qu’ils investissent pour séduire les enfants.

Dans les dix dernières années, à l’échelle mondiale, les dépenses de publicité digitale visant explicitement cette cible enfantine ont été multipliées par dix, alors que les publicités en direction des enfants, via les médias traditionnels comme la télévision, restaient à un niveau stable.

Pour les firmes, il s’agit d’un «investissement d’avenir» tant on sait que les habitudes de consommation se créent dans l’enfance. Les recherches montrent aussi un impact immédiat et important sur les achats des familles.

Une puissance des outils utilisés inédite

La notion de données personnelles est peu comprise par les moins de 13 ans, et l’obligation légale d’une autorisation parentale étant largement contournée, les annonceurs personnalisent leurs offres comme ils n’avaient jamais rêvé de le faire, en fonction des centres d’intérêt révélés par chaque enfant, de leur âge, du lieu précis où il se trouve.

L’interactivité est aussi une arme redoutable. Les marques organisent des jeux sur les réseaux pour engager les enfants dans la relation. La frontière entre divertissement et publicité devient particulièrement floue. De même, les influenceurs et influenceuses suivis en masse, sont rémunérés pour vanter des produits, sans que les enfants le comprennent. Les demandes de maquillage et de vêtements hypersexualisés chez les filles prépubères s’ancrent ainsi très souvent dans le désir de ressembler à leurs égéries.

Pour atteindre les moins de 8 ans, ces stratagèmes ne sont même pas nécessaires. Ils sont, pour la plupart, incapables de distinguer la publicité des informations non commerciales, y compris si la publicité n’avance pas masquée. Ils ne comprennent tout simplement pas que certains contenus sont conçus pour leur donner envie d’acheter.

Pas étonnant si l’exposition croissante des enfants ces dernières années à ces publicités en ligne qui s’additionnent aux publicités télévisées – restées à un niveau élevé – provoque in fine une augmentation de leurs désirs matérialistes.

Il est démontré que le phénomène suscite des conflits familiaux récurrents, les parents se faisant «tanner» pour des achats dont ils ne veulent pas forcément. Cette pression publicitaire contribue aussi à l’épidémie actuelle d’obésité infantile. Une étude canadienne a établi par exemple que sur les 10 sites internet canadiens préférés des enfants 90 % des publicités alimentaires concernaient des produits reconnus comme néfastes pour la santé.

Les milieux populaires plus exposés

Nos travaux montrent que les enfants des milieux populaires, à qui leurs parents offrent moins d’opportunités d’activités extérieures (sports, sorties, activités de loisirs payantes…) sont soumis à une pression publicitaire plus forte que la moyenne.

Les enfants appartenant à de petites fratries sont aussi plus touchés par ces publicités en ligne que ceux qui peuvent jouer avec leurs frères et sœurs. Nous montrons que ceux pour qui l’accès aux écrans est présenté par les parents comme une récompense en cas de bon comportement (rester tranquille, finir son assiette…) sont tout particulièrement touchés.

Faut-il accepter cette manipulation des cerveaux enfantins par la publicité dans une période où les risques inhérents à la surconsommation sont de plus en plus reconnus ? Doit-on se satisfaire d’un phénomène qui induit un niveau particulièrement élevé de frustration dans les milieux populaires ?

Certains pays ont commencé à prendre conscience des enjeux ces dernières années et légiféré fortement sur ces questions.

Au Canada, toute publicité destinée aux moins de 13 ans est interdite qu’elle soit en ligne ou à la télévision. Le grand public est régulièrement informé du numéro à appeler en cas d’infraction. En Suède, les moins de 12 ans sont protégés de la même manière. La Grèce a interdit les publicités pour les jouets. En Irlande, les programmes pour enfants n’ont pas le droit d’inclure de la publicité.

En France, les règles sont bien timides. Depuis fin 2016, les chaînes de télévision publiques sont tenues de ne pas diffuser de publicités à destination des enfants de moins de 12 ans lors du passage des programmes qui leur sont dédiés. En dehors de ce périmètre, aucune contrainte effective n’existe. Paradoxalement, l’obligation scolaire à l’âge de 3 ans est peut-être la seule mesure qui, d’une certaine manière, a limité l’exposition massive aux publicités des très jeunes enfants les plus fragiles.

Des interventions plus volontaristes sont aujourd’hui urgentes, d’autant plus indispensables que le rapport «E.U kids online 2020» révèle que les petits Français sont ceux qui ont le moins de compétences numériques, comparés aux enfants de 19 pays européens. Une approche globale est nécessaire, comprenant une autorégulation des professionnels, des normes de protection des enfants imposées par la loi, sans compter des campagnes d’information en direction des parents et des éducateurs. Nos enfants n’ont jamais autant été soumis à la publicité qu’aujourd’hui. Une réaction est possible.

par Ljupka Naumovska, Rennes School of Business

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Covid-19 : la moitié des jeunes se sont sentis très isolés depuis le début de l'épidémie, selon un sondage

15 Mars 2021 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Jeunesse

Covid-19 : la moitié des jeunes se sont sentis très isolés depuis le début de l'épidémie, selon un sondage

La crise a eu un impact négatif sur les sorties, les loisirs et la vie sociale des jeunes pour une large majorité d'entre eux.

Une solitude généralisée. La moitié des jeunes âgés de 18 à 25 ans se sont sentis très isolés depuis le début de l'épidémie de Covid-19, selon les résultats d'une étude Ipsos pour France Télévisions. D'une manière générale, ils sont 69% à trouver que la situation liée au coronavirus est difficile à vivre.

Les difficultés ont été multiples pour les jeunes durant cette année. Ainsi, 16% d'entre eux affirment avoir cherché un stage sans en trouver et 13% déclarent avoir changé de voie d'études ou professionnelles. Pire, 9% indiquent avoir perdu leur travail et 7% avoir arrêté leurs études, selon cette enquête.

La crise a eu un impact négatif sur les sorties, les loisirs et la vie sociale des jeunes pour une large majorité d'entre eux. En revanche, elle a eu peu d'impact direct sur leur vie amoureuse et leur état de santé.

Etude réalisée sur 800 jeunes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 à 25 ans, interrogés par internet du 9 au 11 mars 2011.

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Les bandes de jeunes, analyse d’un phénomène par Marwan Mohammed/CNRS (Vidéo)

10 Mars 2021 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Jeunesse

Marwan Mohammed, sociologue spécialiste des jeunesses urbaines et chargé de recherche au CNRS, est l’invité du 23h de france info samedi 27 février. 

"Une bande de jeunes est un groupe qui se retrouve par affinités liées à l’âge, au lieu de vie. La majeure partie des ados appartiennent à des groupes de copains et la finalité est sociale. Ça devient une bande à partir du moment où la dynamique devient transgressive et conflictuelle avec l’environnement et des groupes dans lesquels la petite délinquance occupe une place structurante", définit Marwan Mohammed, sociologue spécialiste des jeunesses urbaines, sur france info samedi 27 février.

"Il est extrêmement difficile de mesurer ce phénomène, car il n’y a pas d’outils statistiques", précise ce chargé de recherche au CNRS.

"La rivalité structurante, c’est souvent la rivalité entre quartiers. Il y a des logiques d’honneur, seul capital social qui reste à préserver pour des jeunes en échec scolaire ou sans emploi. Le butin c’est la réputation, faire parler de soi et accéder à des formes de reconnaissance", explique-t-il.

Une présence adulte constructive nécessaire

"Les réseaux sociaux ont modifié en profondeur la logique des rivalités : la naissance des conflits, les réputations qui se jouent avec les commentaires, la scénarisation et l’accélération des rivalités : diffusion et mobilisation en temps réel", détaille Marwan Mohammed.

"Il faut de la présence adulte en contact avec les jeunes, il faut que le secteur associatif ait les moyens de fonctionner et que ses acteurs soient légitimes, que les parents soient impliqués de manière constructive. Pas de fatalisme, il y a des villes où le travail paie", assure le sociologue.

https://www.francetvinfo.fr/societe/enfance-et-adolescence/les-bandes-de-jeunes-analyse-dunphenomene-par-marwan-mohammed_4314431.html#xtor=CS2-765-[twitter]-

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Quand la jeunesse encense le Front National

10 Mars 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Jeunesse, #Politique, #k

Tewfik Hakem s'entretient avec les réalisateurs Mathias Théry et Etienne Chaillou, autour de leur dernier film, La Cravate, qui sort en DVD à la veille de la cérémonie des Césars

Mathias Théry

Il était assumé depuis le début que nous ne sommes pas politiquement en accord avec Bastien, mais notre problème n'était pas de faire une sorte de confrontation-débat médiatique mais de comprendre la trajectoire de ce jeune homme. Pour cela il nous fallait dépasser pas mal d'embûches pour essayer d'accéder à la vérité de son parcours. 

Il a fallu que l'on écrive un texte, le texte de cette voix off, pensé un peu comme un roman - on tournait et on faisait de longs entretiens hors caméra -  qui essaye de dépasser le mirage des images pour aller plus en profondeur dans la trajectoire et dans la vie de ce jeune homme.

" Il était essentiel aussi pour nous d'avoir une forme de consentement du personnage du film : autrement dit, est-ce que la personne reconnait le personnage que nous fabriquons  "

Le dispositif ne s'est pas imposé d'emblée ; nous écrivons nos films au fur et à mesure que nous les faisons, nous les réécrivons en permanence, les idées viennent, et nous les revoyons au fur et à mesure du tournage et aussi, du montage du film.

Etienne Chaillou

Le Front National ce n'était pas du tout notre dada au départ, sachant qu'on allait en tirer un roman - un regard un peu distancié, on a filmé autrement.

Un sympathique petit soldat de l'extrême droite

Bastien, nous l'avons rencontré à l'occasion d'un film de commande pour la télévision. Nous l'avons côtoyé des mois et des mois, et nous avons créé une relation assez complexe et retranscrite dans ce film, à la fois d'estime, de respect, de confiance aussi, après quelques mois de travail ensemble.

Mathias Théry

Il nous a raconté des choses de lui. Il a compris que notre désir était de faire un portrait assez complet et assez complexe, et il s'est saisi de cette opportunité pour essayer d'exister autrement dans ce film qu'uniquement comme il existait face aux caméras en tant que militant.

Tewfik Hakem

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Drogue, prostitution, délinquance… Les enfants perdus de Barbès

5 Mars 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Société, #Sociologie, #Jeunesse

Sécurité : Barbès au bord de l'explosion - Action Barbès

EXTRAITS

Ils sont quelques dizaines d’adolescents à errer depuis 2016 dans les rues de ce quartier parisien, partageant un quotidien fait de violences. Dans ce groupe composé surtout de jeunes migrants isolés, quelques filles en rupture familiale, plus vulnérables encore, survivent sans rien attendre du lendemain.

Hana* marche d’un pas assuré rue de la Goutte-d’Or, même quand elle tangue. Ce soir de décembre, à Barbès, dans ce quartier populaire du 18e arron­dissement de Paris, tout le monde la salue – commerçants, policiers, passants… Ils le font plus ou moins gentiment. A ceux qui crachent « pute » à son passage, elle adresse un doigt d’honneur et un regard plein de colère. Même geste envers le groupe qui la traite de « Pokémon » – elle est toute petite.

Hana est drôle et entraînante. Elle a de grands yeux verts, des joues rebondies couvertes de taches de rousseur et la peau encore veloutée de l’enfance. Elle porte une grande balafre sur la joue. Un coup de couteau donné par un garçon dans un squat. « C’est pas tout », rigole-t-elle en retirant son écharpe : elle dévoile deux entailles profondes au niveau du cou, tout juste suturées.

Son objectif du moment : rejoindre la laverie plus bas, celle dont les tambours sont d’un jaune un peu décati et où la chaleur humide est agréable. Trois copains sont déjà là, ils se tombent dans les bras. Hana veut qu’on lui roule un joint. Un garçon s’exécute. Il a la coupe de cheveux en vigueur auprès des gamins de son âge : tempes rasées et petite houppe au sommet du crâne. Bientôt, un adulte, blouson noir et barbe de trois jours, passe une tête. Deux euros le cachet de Rivotril. Cette benzodiazépine – aux effets sédatifs et anxiolytiques – à laquelle les jeunes se shootent et qui les rend méchamment accros, les jeunes la couplent systémati­quement au Lyrica, un antiépileptique également utilisé pour les troubles anxieux. Un cocktail médicaments-joints-alcools qui les laisse hagards, désinhibés et vulnérables.

(...)

La vie plus trépidante de la rue

Le commerçant, un vieil Algérien qui ferme sa boutique à l’heure de la prière, est désolé pour Hana : il ne peut pas l’aider, sa batterie est morte. Il lui vend pour 12 euros un vieux téléphone. En attendant qu’il soit chargé, elle roule un joint dans un coin. Le vendeur secoue la tête. Il la voit traîner là depuis des années, « ça ne s’arrange pas ». Comme beaucoup d’habitants du quartier, il a pris ces jeunes en pitié et les aide comme il peut. Une autre fille patiente dans la boutique. Brune, cheveux bouclés. « Je lui parle pas, c’est une nouvelle. Elle est algérienne. » Hana évite les Algériens et les Tanjaouis (les habitants de Tanger). « Je ne les aime pas, pas mon délire, c’est eux qui m’ont volé mon téléphone. » Elle traîne avec les garçons de Fès et de Salé. Elle raconte qu’ils se regroupent comme ça. Sur Facebook, chacun ajoute le gentilé de sa ville d’origine après son prénom. Ça donne : « Ahmed Slaoui »« Célia Lfassiya », etc. Dans la rue, ils s’appellent comme ça, « Hey Casaoui ! », et affichent leurs blases sur les murs.

Le lendemain, Hana, de retour à la laverie, a l’air plus en forme. Elle porte sur elle une petite sacoche pleine de maquillage. Elle attend son copain. Elle pense être enceinte. Ce serait lui le père. Quand il arrive, elle l’embrasse à pleine bouche. Ayman* sort du tribunal, il a obtenu un hébergement, dans le 15e arrondissement. Ces foyers de l’aide sociale à l’enfance ou de la protection judiciaire de la jeunesse (lorsque les mineurs ont commis des infractions), les adolescents passent leur vie à en fuguer.

(...)

Des vies confuses et fragmentées

La première fois qu’on a croisé Célia, c’était au mois d’octobre 2020. Comme ses copines, elle n’avait pas l’air d’une marginale, elle ressemblait à une fille de son âge. Ce sont leurs mains, épaisses, aux ongles noircis, les engelures et les croûtes sur les phalanges, leurs dents abîmées qui trahissent leur vie dans la rue. Célia réclamait des cigarettes aux passants de la rue des Islettes. Elle faisait ça poliment et en souriant, avec sa grande copine Soraya*, une adolescente robuste. Elles dansaient aussi au pied des immeubles. Puis elles ont disparu.

Célia a grandi à Fès, à Bensouda, un ­quartier où s’entassent les familles précaires. Elle y a vécu longtemps avec ses grands-parents marocains avant de débarquer à Paris, à 12 ans, avec son grand frère, un an de plus qu’elle. Leur mère, française, était toxicomane, ils ont grandi dans les foyers. Son frère, surtout. Célia a très vite préféré la vie dehors. Elle se souvient que « la première fille à la Goutte-d’Or », c’était Sophie*, une Colombienne qu’elle a rencontrée au foyer de la Croix-Nivert, dans le 15e arrondissement, et qu’elle a suivie à Barbès. Sophie a eu une fille avec un Marocain qui s’est barré aux Pays-Bas. Elle l’élève chez sa mère. Célia, elle, ne peut plus voir sa fille, Janna, née il y a deux ans et placée en famille d’accueil. Des gens bien, il paraît.

(...)

« La vie, c’est de la merde »

Elle s’appelle Farah* et elle ne marche plus très droit. Elle a pris des ecstasys avec son amoureux, dans un studio dans le quartier de La Chapelle. Elle dit « mon copain », mais elle l’a rencontré la veille. Ses parents sont kabyles. Elle a longtemps vécu en Espagne avec sa mère avant de partir avec des garçons marocains rencontrés là-bas. Avant ça, elle ne connaissait pas Barbès. Son récit est ponctué de soupirs et de « la vie, c’est de la merde ». Elle salue des gars qu’elle connaît. L’un d’eux tente de l’embrasser, elle le repousse. Il insiste et colle ses lèvres contre les siennes. Elle se dégage. Ça lui arrive tout le temps, ces gars qui la touchent et l’embrassent alors qu’elle n’a pas envie. Ou qui l’insultent, l’air dégoûté. Les filles ont l’habitude de ces remarques. À leur passage, un agent municipal avait lancé à une riveraine : « C’est même plus des filles. » Farah mâche son chewing-gum, « la vie, c’est de la merde ».

(...)

Les filles, tabassées « comme des mecs »

Ayoub est arrivé de Tanger il y a trois ans. Il avait 11 ans. Il dit que Paris, c’est trop dur. Où voudrait-il aller ? Il se frappe la poitrine : « Vraiment ? Je te jure, au paradis. Regarde-moi : je n’ai pas mangé depuis l’hôpital, je dors dehors ou à l’hôtel. » Appuyé contre un mur, il ne s’arrête plus : « Eh ! oui, je vole, je peux le dire, mais, si je ne vole pas, je ne mange pas. Les riches ne peuvent pas comprendre, ils ont la belle vie. » Il se met à pleurer : « Je vole, je suis un sale voleur. Mais on m’a aussi volé 2 000 euros. J’essaye d’économiser pour envoyer de l’argent à mes parents. »

Hakim*, 1,50 mètre à tout casser, l’interrompt : il cherche des baskets. On lui a volé les siennes au squat, pendant qu’il dormait. La rue les abîme en un rien de temps. Les insensibilise. Ayoub en tire une sorte de fierté un peu amère : « Comment on supporte tout ça ? On a le cœur dur. Pas comme les enfants français. Ils ont 14 ans, on les voit quand ils sortent de l’école, ils ne sont pas comme nous. Ils ont papa, maman, des manteaux et des petits pains au chocolat. Ils ne tiendraient pas une minute dans la rue. Est-ce qu’ils ont voyagé comme nous, partout ? » Il vient de rouler un joint. « Ça ne te gêne pas ? » Il l’allume.

(...)

Accro au quartier

Février 2021. Célia est de retour à la Goutte-d’Or. À la mi-décembre, elle a fugué de son foyer aux Pays-Bas. « C’était dans un endroit où il n’y avait rien, pas de magasins, pas de cafés, rien… La campagne, mais il n’y avait même pas de chèvres ou de poules. Rien ! » Elle est d’abord allée en Allemagne, où elle a récupéré sa grande copine Hana. Hana, qui en avait marre de Paris, s’est barrée après Noël. Ensemble, elles sont retournées à Amsterdam. La police les a arrêtées. Hana a été conduite en centre fermé en attendant son rapatriement en France.

Célia, majeure, a pu rentrer sans encombre. Et la revoilà à la Goutte-d’Or, par - 2 °C, sans manteau sur son jogging noir. Devenue accro au quartier, son chez-elle depuis ses 14 ans, elle ne cesse d’y revenir. Elle y a pourtant traversé le pire, ce qui arrive à toutes ces filles : la drogue, les viols, les grossesses non désirées, la délinquanceEt elle est à nouveau dans le pétrin. Il y a quatre jours, elle s’est fait embarquer pour outrage à agent. Un flic a cassé sa bouteille de vodka, alors elle a pété les plombs, elle lui a dit « nique ta race de keuf ». Il a tout filmé avant de l’embarquer en garde à vue. Elle ne peut pas s’empêcher de rigoler en racontant ça. Quelques nuits plus tôt, le campement situé dans des tunnels sous la gare de Lyon où elle s’était trouvé une place a été évacué. Elle y dormait avec deux autres filles et des dizaines de migrants, des hommes. Depuis, elle s’est trouvé une place dans un squat.

Célia aura 19 ans dans quatre jours, mais, pour elle, l’avenir est devenu un concept flou. « Je ne peux rien prévoir. Je ne sais pas ce qui va se passer tout à l’heure ou ce soir… » Elle sait juste qu’elle ne veut plus dormir dans son squat de Saint-Ouen. La veille, ils étaient quinze à vouloir « la forcer ».

* Le prénom a été modifié.

Zineb Dryef

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

 
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#Etudiantspasinfluenceurs : la communication numérique du gouvernement avec les jeunes critiquée sur les réseaux sociaux

28 Février 2021 , Rédigé par France Info Publié dans #Jeunesse

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Le porte-parole Gabriel Attal a inauguré un nouveau rendez-vous sur les plateformes Twitch et YouTube. Mais le premier numéro en présence de jeunes influenceurs a frustré de nombreux étudiants.

Objectif ? Conquérir de "nouveaux terrains médiatiques". Afin de lutter contre l'épidémie de Covid-19, le gouvernement met de plus en plus l'accent sur les réseaux sociaux, afin de relayer l'appel au respect des gestes barrières et de mesures sanitaires auprès des publics les plus jeunes. Mercredi soir, le porte-parole Gabriel Attal a notamment lancé un nouveau rendez-vous baptisé "Sans Filtre", diffusé sur les plateformes Twitch et YouTube, qui s'est déroulé à l'Elysée en présence de cinq jeunes influenceurs : Marie Lopez – connue sous le nom d'EnjoyPhoenix –, Fabian CR, Elise&Julia et Malek Délégué.

"Les jeunes crèvent la dalle", les "étudiants sont en galère", en "dépression", redoutent de "diplômes en carton", ont-ils lancé à tour de rôle à Gabriel Attal, lequel a mis en avant les "dispositifs" comme le "plan jeunes", l'offre de "30 000 stages", les "repas à un euro" ou le "chèque psy" pour les étudiants... Après l'émission, et au-delà des critiques adressées au gouvernement pour sa gestion de la crise étudiante, d'autres commentaires ont également ciblé le choix même des intervenants sélectionnés pour l'occasion.

Plusieurs utilisateurs des réseaux sociaux ont ainsi regretté l'absence d'étudiants au cours d'un programme qui abordait pourtant des thèmes qui leur étaient liés. "Frôler le burn-out et la dépression, avoir des troubles anxieux... et apprendre sur Twitter que l'on est représentés par des jeunes riches non-étudiants, qui ne connaissent strictement rien de nos vies actuelles", souligne par exemple un certain Yu', sur Twitter. Le mot-dièse #etudiantspasinfluenceurs a rapidement rencontré un vif succès, afin de dénoncer notamment une opération de communication gouvernementale.

Même son de cloche pour Aurélien, qui évoque la "galère pas possible" d'étudiants obligés de "faire la queue dans les assos solidaires pour manger". Un dénommé "Rayou" demande à Gabriel Attal d'inviter "tout simplement des étudiants" lors de ses prochains rendez-vous sur les différentes plateformes, afin de "vraiment entendre la détresse étudiante".

 

Plus largement, cette vague d'indignation a permis à de nombreux étudiants de raconter leur quotidien et d'exprimer leurs difficultés liées à la crise sanitaire. Une utilisatrice, qui semble être à l'origine du mot-dièse, revient ainsi sur une situation partagée par des millions de Français. "J'entends bien que c’est pas la pire des situations", ajoute-t-elle, mais le but, "c'est de pointer des situations réelles que des influenceurs non scolarisés du supérieur et très rémunérés ne connaissent pas. Soutien à tous, particulièrement ceux en chambre U."

"Ce serait bien que la prochaine fois il y ait un jeune journaliste, un jeune, ou au moins quelqu'un qui est étudiant pour aborder ces questions", avait reconnu EnjoyPhoenix pendant l'émission, tout en devenant elle-même la cible de critiques pour avoir évoqué la "triche" à l'université lors de l'échange avec Gabriel Attal. Malek "Délégué" espère également "que des étudiants seront présents aux prochains éditions", tout en défendant sa pugnacité lors de l'émission et en appelant les internautes à ne pas réduire l'émission "à des accusations de tricherie".

L'entourage du porte-parole gouvernemental, quant à lui, assure que cette émission n'a "absolument pas vocation à rassembler uniquement des influenceurs", selon des propos rapportés par La Dépêche du midi. Et "il n’a jamais été question que les jeunes invités représentent qui que ce soit". Egalement contacté par le Huffington Post, l'entourage de Gabriel Attal précise qu'il ne s'agissait pas d'une émission uniquement consacrée à la crise étudiante. Il n'est pas exclu qu'une prochaine édition "soit consacrée aux étudiants et dans ce cas, des étudiants y participeront évidemment”.

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Boris Vallaud : « Nous sommes en dette vis-à-vis de cette génération Covid »

15 Février 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Jeunesse

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EXTRAITS

Le député des Landes devrait présenter jeudi à l’Assemblée une proposition de loi visant à la création d’un minimum jeunesse dont un revenu de base.

Boris Vallaud veut proposer, jeudi 18 février, à l’Assemblée, une loi pour créer un revenu de base de 564 euros ainsi qu’une dotation en capital de 5 000 euros pour les plus de 18 ans.

Pourquoi refaire cette proposition d’aide dévolue à la jeunesse aujourd’hui ?

En janvier 2019, nous avions fait la proposition, avec dix-neuf départements socialistes, d’une loi d’expérimentation sur le revenu de base. A l’époque, la majorité n’avait même pas voulu débattre. Quand on a vu démarrer la crise sanitaire, nous savions que les conséquences sociales de la pandémie seraient absolument considérables et que cette période allait être d’une très grande violence sociale.

Pourquoi une mesure particulière pour cette catégorie ?

La vie est déjà dure pour les jeunes en temps ordinaire : le taux de chômage est structurellement deux fois supérieur à celui du reste de la population ; le taux de pauvreté à 20 ans est trois fois plus élevé qu’à 60 ans. Or, le patrimoine moyen à 25 ans n’est que de 7 000 euros : cela veut dire que tous ceux qui ne peuvent s’appuyer sur les solidarités familiales ne peuvent compter sur rien. On est responsable sur le plan pénal à 16 ans, majeur sur le plan civique à 18 ans mais il faut attendre 25 ans pour avoir des droits sociaux. Cette injustice est encore plus insupportable avec la crise aujourd’hui.

(...)

Vous proposez un revenu de base de 564 euros pour les plus de 18 ans. Quels en sont les contours ?

Notre revenu de base est la fusion du revenu de solidarité active [RSA] actuel et de la prime d’activité. Ce droit serait ouvert à 18 ans, dégressif avec le revenu d’activité, inconditionnel mais avec un accompagnement exigeant comme il existe pour la garantie jeune. Il doit être automatique et non pas conditionné au fait d’être réclamé : le non-recours des jeunes au RSA activité est de 68 % et plus de 25 % des Français qui y ont droit ne le demandent pas faute de connaître leurs droits.

Toutes les expériences documentées montrent qu’à chaque fois que vous sortez la tête de l’eau des gens, il n’y a pas de désincitation à l’emploi, au contraire. Il faut donc aller vers eux pour les sortir de la grande pauvreté.

Votre deuxième proposition est une dotation universelle. En quoi consiste-t-elle ?

Il s’agit d’une dotation en capital de 5 000 euros pour tous les jeunes à partir de 18 ans. Cela représenterait une enveloppe de 4 milliards d’euros, l’équivalent de ce que les plus fortunés ont gagné avec les réformes de l’impôt sur la fortune et de la « flat tax » en début de quinquennat. Cette dotation serait versée sur le compte personnel d’activité et pourrait être utilisée, au choix, pour renforcer ou reprendre une formation, régler une difficulté de mobilité, soutenir un engagement associatif national ou international ou financer un projet d’entrepreneuriat. La dotation alliée au revenu de base constitue ce que nous appelons un minimum jeunesse.

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Audrey Tonnelier et Sylvia Zappi

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Les jeunes, grands perdants de la réforme des APL

15 Février 2021 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Jeunesse

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Depuis le 1er janvier, les APL sont calculées par rapport aux revenus des douze derniers mois et sont révisées tous les trimestres. De nouvelles modalités de calcul qui pénalisent les étudiants, déjà fragilisés par la crise sanitaire.

« C’est le coup de grâce ». La réforme de l’aide personnalisée au logement (APL), en vigueur depuis le 1er janvier 2021, a un goût d’injustice. Le 25 janvier pour les locataires du parc HLM et le 5 février pour ceux du parc privé, les 6,6 millions de bénéficiaires ont vu leur montant d’aides changer. Désormais, les APL sont calculées « en temps réel ».

La réforme, qui se veut plus juste selon le gouvernement et plus adaptée à la situation actuelle des bénéficiaires, conduit à de nouvelles modalités de calcul qui pénalisent les jeunes. Une double peine, au moment où beaucoup sont en détresse financière ou psychologique à cause de la crise sanitaire.

Grands oubliés des allocutions du président de la République, la réforme des APL ne fait qu’augmenter le malaise. Une pétition (accessible ici) demandant à ce qu’elles soient maintenues dans les mêmes conditions qu’avant a ainsi reçu près de 25 000 signatures.

« On a l’impression qu’on coupe dans les APL »

Depuis le 1er janvier, les APL sont calculées par rapport aux revenus des douze derniers mois et non plus par rapport à ceux de l’année n-2. Leur révision ne se fera plus une fois par an comme précédemment, mais tous les trimestres. Ainsi, alors que les jeunes qui démarraient dans la vie bénéficiaient d’un coup de pouce de l’État pendant deux ans, cette aide a été supprimée pour beaucoup d’entre eux. Sur les réseaux sociaux, les témoignages de jeunes affluent.

Un effet pervers de la réforme ? Le syndicat étudiant UNEF conteste cette hypothèse : « On s’y attendait totalement. On s’est justement opposé à la réforme parce qu’on savait que les étudiants allaient perdre de l’argent », affirme Mélanie Luce, présidente de l’UNEF.

« Sous prétexte de plus d’égalité, c’est en réalité une mesure budgétaire », poursuit-elle. En novembre 2020, Emmanuelle Wargon, ministre déléguée au Logement, déclarait en ce sens que la réforme des APL permettrait d’économiser entre 500 et 700 millions d’euros. « On a encore une fois l’impression qu’on coupe dans les APL », s’indigne Mélanie Luce.

Un trou dans le budget

Mais quels sont les effets de la réforme sur les jeunes ? Pour les étudiants, si leurs revenus peuvent augmenter au cours de leurs études, leur situation, elle, ne change pas. C’est ce qu’explique Juliette, 22 ans, en deuxième année de master d’école de commerce à Paris. « Avant, je touchais 310 euros d’APL et maintenant, je n’ai plus rienIls considèrent que je touche trop alors qu’en soi, ma situation n’a pas forcément changé depuis mon M1 ».

« Je suis à Paris, j’ai un loyer de 650 euros, j’ai des charges, je dois payer TGV Max et le métro. Ce qui me fait 950 euros de dépenses sur un salaire de 1050 euros », confie-t-elle. Un trou dans le budget qui l’a contrainte à rendre son appartement et à s’installer avec une camarade de classe, dans un 15 m2.

« A la fin du mois, sans les APL, on va souvent être dans le négatif »

Les jeunes actifs, qui démarrent dans la vie avec de petits revenus, sont désormais exclus du dispositif de la CAF, alors qu’ils pouvaient y prétendre pendant les deux premières années de vie active. Une aide qui avait pourtant un poids conséquent dans le portefeuille de beaucoup d’entre eux.

C’est le cas de Céline, 23 ans, et son conjoint Willy, 24 ans. Elle est étudiante en troisième année de licence de chinois et intérimaire le week-end pendant que lui travaille dans la restauration. Avec un SMIC et un salaire de contrat à temps partiel pour deux, selon les modalités de calcul des APL, ils touchent trop. Alors qu’ils percevaient 258 euros d’aide avant janvier 2021, ils n’ont désormais plus droit à rien.

Margaux Gable

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