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Vivement l'Ecole!

jeunesse

La hausse des suicides chez les enfants et les adolescents

23 Mai 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Jeunesse

Suicide chez les adolescents : que faire ? quelle prévention ? | Santé  Magazine

Résumé

Les passages aux urgences pour idées suicidaires, les hospitalisations pour tentatives de suicides, les appels aux huit centres antipoison pour prise volontaire de médicaments ou autres toxiques n’ont cessé d’augmenter : tous les indicateurs sont au rouge...

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Le suicide est la deuxième cause de mortalité des 15-24 ans. Derrière les accidents de la route...

Et Maintenant ? Il apparaît que les suicides des enfants et des adolescents sont en très nette hausse. En effet : tous les indicateurs sont au rouge. Les passages aux urgences pour idées suicidaires, les hospitalisations pour tentatives de suicides, les appels aux huit centres antipoison pour prise volontaire de médicaments ou autres toxiques n’ont cessé d’augmenter. Le plus frappant ? Les filles représentent 80 % des cas de tentatives de suicide. Selon les professionnels de tout le pays, qui appellent à un sursaut collectif, la tendance a en fait débuté il y a une dizaine d’années. Richard Delorme, chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Robert-Debré, décrit ce phénomène, qu’il qualifie de " pandémie silencieuse "

Des suicides avant l’âge de 15 ans. Et dans un article à Télérama, Richard DELORME raconte : « À l’hôpital Robert-Debré, nous recevons uniquement des moins de 15 ans, ça commence à 8 ans, on a des enfants qui, à 11 ans, tentent de s’étouffer avec des mouchoirs coincés au fond de la gorge, de se pendre… » Alors, comment expliquer cette tendance alarmante ? Eh bien en réalité, c’est une inquiétude au carré, car nous comprenons mal, cette tendance générale. Peu d’observatoires existent et trop peu d’études ont pour l’instant été lancées. Ainsi, il demeure, entre les adultes et la vie intérieure des enfants, des adolescents, un mur d’incompréhension, des perceptions biaisées, une sous-estimation du problème. Pour Richard DELORME, il y a néanmoins un terreau commun à tous les cas qu’il observe. Des strates de stress, qui s’empilent l’une après l’autre chez ces jeunes.

Des études montrent la dégradation du bien-être à l’école, depuis une dizaine d’années. Et puis la pandémie du Covid-19 a joué le rôle d’accélérateur. La santé mentale des enfants a subi la dégradation de la santé d’un proche, de la santé familiale, du confinement, de l’isolement plus grand, de la diminution d’interaction sociale, de l’augmentation du temps d’écran, du deuil, parfois. Alors, que faire ? Sur le plan collectif, prendre les choses au sérieux. Prendre au sérieux pour mieux comprendre ce qu’il se passe, pour désaturer l’offre de soins, mieux prendre en charge, mieux prévenir, aussi. Et puis, sur le plan familial, individuel, chacun peut aussi être à l’écoute.

Et puis, autre recommandation de Richard Delorme : prendre son temps. Prendre son temps, dans le cadre d’une activité, d’un trajet de voiture, pour lui parler, pour lui permettre de se confier. Prendre son temps, au fond, pour savoir quand est-ce qu’il y a urgence.

Quentin Lafay

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Abstention des jeunes: un appel ardent à la concertation

22 Mai 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Jeunesse

https://cdn-s-www.ledauphine.com/images/2301114D-CAAE-4535-91C7-28C6286E00F6/NW_raw/pour-remobiliser-les-18-24-ans-il-faudrait-selon-certains-jeunes-interroges-que-la-politique-en-general-et-les-campagnes-electorales-en-particulier-se-mettent-a-fond-au-numerique-photo-le-dl-angelique-surel-1624518994.jpg

Pour limiter la non-participation politique des nouvelles générations, les principales organisations de jeunesse appellent à mettre en œuvre une politique de jeunesse transversale. Ils demandent la réunion d’un comité interministériel, par et pour les jeunes.

Les jeunes s’abstiennent. Ils s’abstiennent de plus en plus, et dans la durée : 41% des 18-24 ans et 38% des 25-34 ans ne se sont pas exprimés dans les urnes lors du dernier scrutin présidentiel. Devenu constant, ce phénomène engage le nouveau gouvernement à s’emparer des thèmes qui préoccupent les jeunes pour regagner leur confiance alors qu’un jeune sur deux estime que son avis n’est pas pris en compte.

Parallèlement, le baromètre sur la jeunesse le confirme, les jeunes de 18-30 ans apparaissent comme plus engagés que l’ensemble de la population. Ni résignées à être sacrifiées ni absentes de la vie publique, il est donc plus que temps de considérer les nouvelles générations pour ce qu’elles font, ce qu’elles revendiquent et ce à quoi elles aspirent. Les jeunesses s’engagent d’ailleurs dans les associations pour œuvrer dans des domaines aussi variés que la solidarité, la préservation de l’environnement, la culture, le sport ou bien encore la citoyenneté. C’est l’une des preuves de leur(s) engagement(s) au sein de toute la société française. De ce fait, il est important de ne pas enfermer les jeunes dans les thématiques qui concernent uniquement la jeunesse, mais bien de leur permettre de participer à l’élaboration de l’ensemble des politiques publiques qui fondent leur avenir.

Dès le lycée, les jeunes s’organisent dans des corps intermédiaires (associations, syndicats, partis politiques) et portent des propositions. Pour enfin prendre en compte leur avis, le rôle des organisations de jeunesse et l’expertise développée par ces jeunes doivent être reconnus, leur lien avec les pouvoirs publics refondés. Assurer leur pleine et entière participation à la vie publique, c’est déjà disposer d’un arsenal de solutions d’avenir écrit par les premières et premiers concernés. C’est le chemin à prendre pour a minima limiter la progression de l’abstention, voire la résorber. Dans ce contexte, la valeur de ces organisations est inestimable pour quiconque veut relayer les idées des jeunes et elles méritent d’être soutenues à la hauteur du travail qu’elles apportent à la société.

Des «trous dans la raquette»

Revoir la vision de nos jeunesses, c’est leur reconnaître le statut de citoyennes et citoyens à part entière en faisant enfin entrer les moins de 25 ans dans le droit commun. Face à une dégradation des conditions financières pour 41% des jeunes les plus précaires lors de la crise sanitaire, les dispositifs d’urgence adoptés lors du dernier quinquennat ne sont, par nature, pas pérennes ou sécurisés et les «trous dans la raquette» perdurent. Les jeunes restent donc victimes d’une précarité accrue qui impacte notamment leur santé mentale.

La crise sanitaire, sociale et la crise écologique ébranlent la confiance que les jeunesses ont dans leur avenir : 40% des moins de 25 ans rapportaient un trouble anxieux généralisé en 2021. Les jeunes doivent être alors parties prenantes de ce nouveau quinquennat pour être acteurs et actrices de leur futur.

Les principales organisations de jeunesse et d’éducation populaire appellent donc à mettre en œuvre une véritable politique de jeunesse transversale, avec les jeunes et à l’écoute des actrices et acteurs de l’éducation populaire. Pour refonder la méthode, le premier engagement du gouvernement doit être la réunion d’un comité interministériel, par et pour les jeunes.

La jeunesse ne saurait se résigner à subir continuellement les crises qu’on lui promet, mais bel et bien de forger dès maintenant son histoire et celles des générations suivantes.

Signataires : Allons enfants, Association nationale des apprentis de France (Anaf), Animafac, Cité des chances, Coexister, Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d’éducation populaire (Cnajep), Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), Fédération des associations générales étudiantes (Fage), Forum français de la jeunesse (FFJ), Jeunes écologistes, Jeunes Européens-France, Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), Jeunes radicaux, Jeunes socialistes, l’Alternative, la Voix lycéenne, le Mouvement associatif, MJCF, MRJC, RESES, Rêves Jeunes, UEC, UNEF, UNHAJ.

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"Diplômée de Sciences-Po, j'ai décidé d'être paysanne" : portrait de ces jeunes qui "bifurquent"

17 Mai 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Jeunesse

Panneaux de signalisation : Panneaux de direction : D74b – Code de la route  gratuit sur PasseTonCode.fr

Ils ont 20 ans, sortent des écoles les plus prestigieuses et ils ont décidé de quitter l'autoroute d'une carrière toute tracée pour prendre un chemin de traverse plus en phase avec leurs convictions écologiques. Dans le Quart d'Heure on donne la parole aux "bifurqueurs", un phénomène qui prend de l'ampleur. On s'intéresse aussi à la fin du port du masque dans les transports en commun et à la médecine esthétique qui séduit de plus en plus les moins de 35 ans qui s'offrent des lèvres plus pulpeuses ou des abdominaux dessinés. 

Dans les métros, les bus, les taxis, les avions... Dans les transports en commun, la majorité des visages sont démasqués depuis ce matin. C'est un petit cadeau de départ du gouvernement alors que Jean Castex a démissionné dans l'après midi. Certains sont heureux de montrer leur visage, quand d'autres préfèrent continuer à cacher leur bouche et leur menton. La question du physique est omniprésente dans la société, depuis des années, mais depuis peu, les Français ont recours de plus en plus tôt à la médecine esthétique. Jérôme Jadot, reporter à franceinfo, a enquêté sur ces jeunes adeptes des "Russian Lips", des nez redessinés et des fesses bombées. Il nous raconte comment les réseaux sociaux influencent les moins de 35 ans. Cette tranche d'âge représente la moitié de la patientèle du groupe de médecine esthétique leader en France, contre 5% il y a 12 ans.

La révolte des jeunes

Vous avez sans doute vu la vidéo, sur les réseaux sociaux, du discours de huit étudiants lors de leur remise de diplôme de la prestigieuse école d'ingénieur AgroParisTech. Ces "agros qui bifurquent" rejettent les enseignements reçus qui ne sont pas à la hauteur des enjeux climatiques. Un discours loin d'être isolé. De plus en plus de jeunes "élites" décident de changer radicalement de parcours comme Laura, Victor et Sam. Interrogés par le Quart d'Heure, ces diplômés de Sciences Po Lille ou des Mines d'Alès se sont dirigés chacun vers une activité professionnelle en lien avec leurs valeurs écologiques. Selon la journaliste Marine Miller, auteure de La révolte, aux éditions du Seuil, ce phénomène de désertion, apparu en 2018, va s'amplifier dans les prochaines années. 

Céline Asselot

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Comportements suicidaires : une jeunesse toujours plus en souffrance

25 Avril 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Jeunesse

Suicide des jeunes et médicaments - Le Spécialiste

EXTRAITS

ENQUÊTE Les dernières données montrent que l’augmentation des gestes suicidaires se poursuit en 2022 chez les mineurs, principalement chez les filles. Une situation d’autant plus préoccupante que l’offre de soins est saturée. Dans toute la France, les professionnels de santé de l’enfance appellent à une mobilisation collective.

C’est un cri d’alarme que lancent les professionnels de l’enfance, face aux tentatives de suicide des jeunes, qui augmentent depuis fin 2020, la hausse se poursuivant encore aujourd’hui. Dans toute la France, tous appellent à un sursaut collectif.

« Les passages aux urgences pour geste suicidaire, idées suicidaires et troubles de l’humeur se maintiennent à des niveaux élevés, comparables (pour les 11-14 ans) voire supérieurs (pour les 15-17 ans et les 18-24 ans) à ceux observés début 2021 », indique Santé publique France (SPF) dans son dernier bulletin sur la santé mentale début avril. Le rapport est de cinq filles pour un garçon. « Toutes les tranches d’âge chez les jeunes sont très au-dessus en 2022, c’est édifiant », commente Charles-Edouard Notredame, psychiatre au CHU de Lille.

Entre la 1e et la 11e semaine de 2022, précise SPF, 6 418 passages aux urgences pour gestes suicidaires ont été enregistrés (soit +27 % par rapport à la même période de 2021). Sur l’ensemble de l’année 2021, ce nombre était de 23 791, contre 17 333 en 2020 (la moyenne étant de 19 586 pour les années 2018-2019). Les passages aux urgences pour idées suicidaires n’ont, eux, cessé d’augmenter depuis 2018-2019 (moyenne annuelle de 4 246). Leur nombre est de 5 210 en 2020, 9 003 en 2021, et 2 992 pour les 11 premières semaines de 2022.

Autre donnée, « alors que ça a baissé dans toutes les tranches d’âge durant les premiers mois de la pandémie (sauf chez les personnes âgées), il y a eu ensuite une augmentation importante du nombre des adolescents hospitalisés pour tentative de suicide [TS] avec une hausse de 27 % à partir de fin 2020 par rapport à 2019, les jeunes filles étant là aussi très majoritairement concernées, explique Fabrice Jollant, psychiatre et chercheur (université Paris Cité). C’est très évident et très franc, et ce niveau élevé se poursuit ».

Quant aux appels aux huit centres antipoison (CAP) pour prise volontaire de médicaments ou autres toxiques, « ils sont, cette année, quasiment deux fois plus nombreux concernant les 12-24 ans, avec environ 35 appels par jour en moyenne, contre 20 environ en 2019, les femmes étant plus touchées », ajoute Dominique Vodovar, médecin au CAP de l’hôpital Lariboisière (AP-HP), à Paris.

(...)

Autre enseignement, les filles sont bien plus nombreuses, ce qui n’est pas nouveau. En revanche, les garçons, eux, emploient des méthodes bien plus violentes, conduisant plus souvent au décès. « Le mal de vivre et la souffrance des filles se traduisent par des plaintes et des atteintes à leur corps (douleurs, troubles alimentaires, scarifications…) dont les tentatives de suicide sont une forme d’expression, alors que les garçons extériorisent davantage leur souffrance par le recours à la force et à la violence (délinquance, alcoolisation…) dont les décès par suicide sont la forme ultime », soulignait le troisième rapport de l’Observatoire national du suicide (ONS) de 2018.

« Situation intenable »

Face à cette augmentation de la souffrance, les services d’urgence pédopsychiatrique, déjà en tension auparavant, sont donc submergés. « Notre activité perd son sensNous sommes formés à évaluer en urgence un enfant. Mais à quoi ça sert s’il n’y a pas de suivi, pas de lit d’hospitalisation disponible, ni de rendez-vous pour une consultation », déplore Alicia Cohen, pédopsychiatre à Robert-Debré, de garde en ce jour d’avril. Elle se souvient qu’il y a un an et demi il était rare qu’un enfant passe plus d’une nuit aux « lits porte » – des structures adjacentes aux urgences –, exceptionnel qu’il en passe deux. Récemment, une patiente de 12 ans, en classe de 6e, venue pour une seconde tentative de suicide, est restée onze jours aux lits porte, ses parents à son chevet, très en colère.

« On a parlé du tri des patients par les réanimateurs pendant la crise du Covid. Nous, cela fait des années que l’on fait des choix et, là, la situation devient intenable », poursuit la pédopsychiatre. Les structures qui pourraient accueillir les enfants – lits d’hospitalisation en pédopsychiatrie, les centres médico-psychologiques, rendez-vous en ville – sont saturées. Plusieurs sociétés savantes et fédérations, dont la Société française de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et des disciplines associées, avaient adressé un courrier aux candidats à l’élection présidentielle le 5 avril, demandant un doublement des moyens et une refondation structurelle.

(...)

Importance de la prévention

Quelles que soient les causes, il y a urgence. « Ces éléments de crise obligent à une forme de transformation et d’innovation. Le système hospitalier à bout de souffle doit inciter à penser différemment et à une forte mobilisation de la communauté : les soignants, les citoyens, associations… », résume Charles-Edouard Notredame. Les maisons des ados (un peu plus d’une centaine en France) devraient être renforcées. Et les équipes mobiles plus nombreuses. Celle de Rennes propose au patient dix rendez-vous avec des binômes pédopsychiatre-infirmier, dont certains au domicile, avec les parents, avant d’orienter si nécessaire l’enfant vers un professionnel. D’autres structures d’urgence voient le jour, comme Atrap, dans le 20e arrondissement de Paris, financée par l’agence régionale de santé Ile-de-France et destinée aux Parisiens de 10-15 ans. Ceux-ci sont reçus en urgence et se voient proposer des soins, sur la base d’un contrat court.

Après des années d’attente, un plan de prévention lancé par les pouvoirs publics en 2018 a notamment vu la mise en place de la ligne d’écoute 3114, numéro national de prévention du suicide. Près de 70 000 appels ont été reçus à la mi-avril. Il est aussi prévu de renforcer l’adaptation aux jeunes du dispositif de suivi VigilanS, créé en 2015 dans les Hauts-de-FranceDes actions pour éviter la contagion sont développées, avec des programmes comme Papageno ou le développement de réseaux de sentinelles (personnes ressources dans l’environnement des adolescents, par exemple dans le milieu scolaire, etc), qui consistent à identifier les personnes à risque, les jeunes étant souvent peu enclins à demander de l’aide.

(...)

De même, le rôle de la famille est essentiel. Les parents doivent rester vigilants dès lors qu’il y a un changement de comportement, des conduites à risque. L’irritabilité constitue, par exemple, l’un des premiers symptômes de la dépression chez l’enfant. Dans tous les cas, tout propos suicidaire doit être pris au sérieux. Ils peuvent appeler leur médecin généraliste, les urgences ou le 3114. « Le risque suicidaire diminue d’autant plus que l’alliance thérapeutique a pu se construire avec les parents », indique Sylvie Tordjman. De même, les thérapies de groupe (familiales et/ou entre adolescents) sont souvent plus faciles à accepter par les adolescents. Elles comprennent parfois une approche corporelle (hypnose, relaxation…), qui peut permettre de restaurer les rythmes physiologiques, notamment du sommeil, de reprendre l’activité physique, etc.

« Des soins adéquats permettent de réduire grandement le risque suicidaire et de reprendre le cours normal de sa vie, rassure Fabrice Jollant. Et, si environ 10 % des jeunes ont des idées suicidaires, ce qui est beaucoup, 90 % n’en ont pas et la plupart vont bien. »

Pascale Santi

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« Le décalage entre les attentes de la jeunesse et les propositions politiques qui leur sont faites est un vrai défi démocratique »

20 Avril 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Jeunesse

L'âge de l'engagement - Ép. 2/3 - Jeunesse : la fin des illusions

EXTRAITS

Si l’abstention est un phénomène qui touche surtout les jeunes, leur manière de voter ne les distingue pas fondamentalement des générations un peu plus âgées, explique Laurent Lardeux, sociologue à l’Injep.

Pourquoi, lors du premier tour de l’élection présidentielle, environ 40 % des 18-34 ans n’ont pas été voter, alors que 80 % des retraités se sont rendus aux urnes ? Comment expliquer que ces jeunes aient accordé massivement leurs voix à Jean-Luc Mélenchon ? Eléments de réflexion avec Laurent Lardeux, sociologue spécialiste de la politisation de la jeunesse à l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep).

Comment expliquer que plus de quatre électeurs sur dix entre 18 et 34 ans aient boudé les urnes ?

Le premier tour de l’élection présidentielle 2022 confirme la tendance qu’on observe depuis une trentaine d’années, scrutin après scrutin, d’une nouvelle forme de participation politique des jeunes générations, déjà abondamment documentée. Pour ces jeunes, la participation citoyenne passe autant par l’engagement « direct » dans des associations ou des mouvements que par un vote tous les cinq ans. Aller aux urnes n’est souvent plus conçu comme un devoir mais comme un droit que les jeunes utilisent quand les enjeux et débats politiques sont à la hauteur de leurs attentes et besoins.

Or, la jeunesse est touchée de plein fouet par la précarité depuis la crise sanitaire et elle est particulièrement sensible aux questions d’environnement et de justice sociale, par exemple. Ces préoccupations n’ont pas été centrales depuis le début de la campagne électorale, on aurait pu s’attendre à une abstention encore plus forte, à l’image de ce qu’elle fut aux élections intermédiaires.

Il est difficile de dire ce qu’il en sera pour le second tour. Reste que le décalage entre les attentes d’une jeunesse très exigeante politiquement et les propositions politiques qui leur sont faites, dont l’abstention est le révélateur, est un vrai défi démocratique pour les années qui viennent.

(...)

Comment le niveau d’études joue-t-il sur la participation électorale et les votes des jeunes ?

Moins on est diplômé, moins on est enclin à voter, d’une part parce que le sentiment de légitimité se trouve plus fragilisé chez celles et ceux qui ont fait des études plus courtes ; d’autre part parce qu’ils se sentent moins bien représentés par des politiques et des candidats souvent en tout point opposés de leur condition de vie ou de travail, de leur origine sociale, de leur territoire de vie.

On ne vote pas pour quelqu’un qui nous ressemble, mais certaines populations peuvent se sentir faiblement représentées par des politiques qui éprouvent des difficultés à prendre en compte les dominations qu’ils subissent dans leur quotidien. Ce qui, in fine, peut se traduire soit par de l’abstention, soit par cette forme de contestation par le vote dont je parlais, en choisissant des candidats qui s’affichent stratégiquement comme antisystème dans une logique de récupération électorale de cette colère.

(...)

Si rupture générationnelle il y a, celle-ci n’est pas nouvelle donc. En revanche, le vote du premier tour confirme, après bien d’autres scrutins, l’important décrochage entre les plus de 65 ans et toutes les autres générations, tant en matière de participation que de type de vote. Attention donc aux effets de loupe qui accentuent les traits des jeunes, dont la spécificité est surtout d’avoir été fortement précarisée par la crise sanitaire, sujet relativement invisible dans cette campagne.

Séverin Graveleau

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"On n'attend plus rien des politiques !" : mots et maux de jeunes face à l'élection présidentielle

24 Mars 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Jeunesse, #Politique

EXCLUSIF - Présidentielle : 87% des jeunes ont l'intention d'aller voter

Selon l'Insee, lors de l'élection présidentielle de 2017, 4 jeunes de 18 à 30 ans sur 10 se sont abstenus. Cette année, dans un sondage Ipsos pour la fédération étudiante la FAGE, 8 jeunes sur 10 déclarent qu'ils iront voter. Reportage à l'école de formation en alternance IGS, à Paris.

Les jeunes iront-ils voter cette année à l'élection présidentielle ? En 2017, 40% des 18-30 ans s'étaient abstenus. Cette année, 80% de ceux et celles interrogés pour la FAGE, par Ipsos, déclarent que oui. Et pourtant, face à leur quotidien de plus en plus incertain, ils se disent abandonnés des politiques.

"On ne sent pas légitimes pour choisir un candidat !"

"Moi Président(e)", c'est le nom du projet lancé depuis la rentrée de septembre auprès de 600 étudiants sur les 2 000 que compte le campus parisien du groupe IGS. Lancée par le pôle alternance de l'école, l'idée est d'offrir un espace à des jeunes, déjà entrés dans la vie active, pour parler de leur rapport au vote et plus largement à la politique. Car beaucoup d'étudiants l'avouent sans complexes : ils n'ont jamais voté.

"Si on ne vote pas, c'est pas parce qu'on ne veut pas, c'est parce qu'on ne sait pas. Nous sommes perdus dans un flot d'informations et de fausses informations qui rendent cette élection illisible pour nous. Alors on ne sent pas légitimes pour choisir un candidat !" Nicolas Gueréan, 23 ans, alternant en marketing opérationnel.

L'école et, très vite, des étudiants ont donc organisé des ateliers, des débats, des conférences pour s'informer sur le fonctionnement de l'élection et des institutions. Ils ont élaboré un sondage, rempli par 600 étudiants, pour cerner leur propre rapport au vote et à la politique et tenter de comprendre et de définir leurs attentes.

Avant tout préoccupés par la précarité étudiante

De quoi donner à voir le fossé qui sépare leurs préoccupations des propositions électorales de l'élection. Car, avant les questions de l'éducation, de l'environnement, de la diversité et de l'égalité femmes hommes, ce qui mobilise cette génération c'est avant tout la précarité étudiante. Une précarité qui s'est aggravée avec la crise sanitaire et que les jeunes ressentent comme un abandon ou un mépris politique. Parmi leurs priorités aussi, une réforme de la justice pénale contre les violences faites aux femmes et la question de l'environnement.

"Moi, présidente, j'augmenterais les bourses. Parce que la précarité des jeunes est vraiment forte. Ca s'est surtout vu durant les confinements où les jeunes étaient obligés d'allés dans leurs CROUS ou aux Restos du coeur pour quémander un peu de nourriture. Avec ces quelques euros, on ne peut pas vivre décemment."

Mais ces étudiants refusent de tomber dans le déclinisme. Comme l'a fait également le réseau étudiant Animafac, ils ont défini des propositions concrètes et proches de leurs préoccupations qu'ils ont envoyées aux 12 candidats en lice. Leur objectif est de parvenir à faire entendre leur voix et à faire passer leurs idées pour que les jeunes de leur génération se sentent concernés par cette élection et décident peut-être d'aller voter.

"Pourquoi je vais aller voter ? Parce que dans le fond, je me dis qu'il y a peut-être un candidat qui va réussir à nous sauver..." Kim Bastard, étudiante en communication à l'IGS.

Cécile de Kervasdoué

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Jeunesse qui espère recherche candidat solidaire - ONE France

17 Mars 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Jeunesse

ONE | ONE | Lutter contre la pauvreté et les maladies évitables

75 jeunes engagés dans lutte contre l’extrême pauvreté prennent la plume pour interpeller les candidats à la présidentielle.

Le 22 mars 2022, Libération et l’ONG ONE organisent une journée spéciale pour interpeller les candidats à la présidentielle sur le retour de l’extrême pauvreté partout sur la planète et ses conséquences sur les grands défis qui nous attendent. Au programme : réchauffement climatique, poids de la dette, aide publique au développement, sécurité alimentaire… Rendez-vous au Théâtre du Rond-Point dès 9 heures. Un cahier spécial de 20 pages accompagnera cet événement, dans l’édition de Libération du 22 mars. Retrouvez dans ce dossier ces articles.

Chère candidate, cher candidat,

Nous, jeunes françaises et français, vous appelons à enfin vous prononcer sur votre vision du rôle de la France sur la scène de la solidarité internationale. En ce temps d’incertitudes, de violences, de crises sanitaires, économiques, écologiques et sociales ; l’exigence de l’entraide et de la solidarité est impérative. Les crises sont mondiales et dépassent nos frontières. La solidarité internationale doit être une réponse aux enjeux géopolitiques. Ne laissons plus personne de côté.

On l’a dit désintéressée et abstentionniste, la jeunesse française, au contraire, a une pleine conscience des enjeux de son siècle et sait avec acuité que son avenir se joue maintenant. L’engagement de notre génération ne se limite pas aux urnes : appels sur les réseaux sociaux, grandes manifestations pour des causes mondiales, boycotts, engagements citoyens… La jeunesse se mobilise bel et bien et elle le fait pour un monde et un futur plus juste, où chacun peut vivre une vie digne et pleine d’opportunités. Si les candidat·e·s à l’élection présidentielle attendent notre vote, alors ils devront traduire nos aspirations dans leurs programmes. Nous avons une voix, saurez-vous l’écouter ?

Persistance du manque de solidarité mondiale

Le monde est de plus en plus inégalitaire et pour la première fois depuis les années 90, l’extrême pauvreté augmente. L’Afrique, qui concentre plus de 60% des individus «extrêmement pauvres», se présente comme le continent le plus vulnérable économiquement et socialement. A la pauvreté s’ajoute la crise sanitaire. Si le Covid-19 frappe le monde entier sans distinction, la réponse à la pandémie est, elle, bien inégale et liée à la richesse des pays. Ces inégalités augmentent une fois de plus le chômage, la pauvreté et la criminalité de ces pays fragiles, tout en diminuant l’accès à l’éducation. L’arrivée des vaccins a continué d’exacerber les inégalités mondiales : seule 18% de la population africaine est vaccinée. La pandémie démontre la persistance du manque de solidarité mondiale face à la triple peine sociale, économique et sanitaire que vit l’Afrique.

Les crises doivent interroger notre fonctionnement et nos actions. Nous, jeunes françaises et français, sommes convaincus qu’œuvrer pour un monde meilleur là-bas, c’est construire un monde meilleur ici. Les cinq prochaines années doivent établir un monde plus juste et égalitaire où l’extrême pauvreté et les maladies évitables sont en voie de disparaître.

Nous demandons aux candidat·e·s en priorité : d’abord de mettre fin à la pandémie partout sur la planète, puis de soutenir la relance des pays africains et d’agir d’égal à égal en tant que véritable partenaire du continent africain.

Candidate, candidat, il n’est plus possible de penser le futur de notre pays sans se soucier de ce qu’il se passe dans le reste du monde. Il est de votre responsabilité d’agir. Il ne s’agit pas de charité, mais de justice.

par Collectif des 75 jeunes Ambassadeurs de ONE en France

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Guerre en Ukraine : "Même un bébé sent la guerre de manière épidermique", explique un psychologue

17 Mars 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Jeunesse, #Ukraine

Déjà 100 000 déplacés en Ukraine | Guerre en Ukraine | Radio-Canada.ca

Trois millions de personnes ont fui l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe, dont 1,4 million d'enfants. Franceinfo a interrogé le psychologue Philip Jaffé sur les répercussions psychologiques de cette guerre chez les plus jeunes.

A presque chaque seconde qui passe, un enfant en Ukraine devient un réfugié. Tel est la terrible estimation du porte-parole de l'Unicef. Ces 20 derniers jours, environ 1,4 million d'enfants ont été forcés de fuir le pays, soit environ 55 par minute, a annoncé James Elder lors d'un point de presse à Genève. Que comprennent-ils du conflit qui se joue ? Comment vivent-ils cet exil forcé ? Le psychologue Philip Jaffé, membre du comité des droits de l'enfant à l'ONU et du directoire du Centre suisse de compétence pour les droits humains (CSDH), apporte son expertise sur les conséquences psychologiques de la guerre pour les enfants.

Franceinfo : Quelle est la situation des enfants ukrainiens ?

Philip Jaffé : Malheureusement, les conflits se répètent et se ressemblent. La guerre en Ukraine n'est pas différente de celle qui se passe en Syrie, même si les conditions géopolitiques sont différentes. Au comité des droits de l'enfant (instance des Nations unies, NDLR), nous essayons de rappeler à l'Etat russe qu'il est signataire de la convention relative aux droits de l'enfant et qu'il a des obligations, qu'il ne respecte pas. En plus des bombardements, la Russie est aussi responsable du manque d'accès aux soins médicaux en Ukraine ou encore des écoles fermées.

En temps de guerre, les enfants se voient séparés de leurs activités quotidiennes, de leurs routines, de leurs loisirs. Soudainement, toute leur vie est complètement chamboulée.

"La première conséquence d'une guerre chez un enfant, c'est la disparition des sourires. Les jeux s'arrêtent, leur enfance leur est soustraite. Ils rencontrent parfois des troubles du sommeil, puisqu'ils dorment dans des conditions nouvelles. Des cauchemars peuvent arriver, les mines sont renfrognées." Philip Jaffé, psychologue à franceinfo

Pour les plus jeunes, il serait faux de les penser protégés par leurs capacités cognitives jugées inférieures aux adultes. Même un bébé sent la guerre de manière épidermique au contact de sa mère inquiète. On sait qu'à chaque étape du développement de l'enfant, des fondamentaux doivent se réaliser, or, pour les bébés, le sentiment de bien-être est perdu et ne peut pas être remplacé. Curieusement, un certain nombre d'enfants ont tout de même une capacité de résistance surprenante.

Quelles symptômes physiques peuvent survenir chez ces enfants ?

Dans tous conflits, avant même qu'une guerre ne se déclenche, les enfants réagissent à l'angoisse des adultes. Ils sont déjà marqués par l'atmosphère délétère. Ça les fragilise, ça les rend plus vulnérables. On entend souvent parler du syndrome de stress post-traumatique. Mais avant ça, il y a des symptômes légers à moyens. Ceux qui doivent alerter varient en fonction des âges. Les enfants qui se referment et qui ne parlent pas, qui deviennent ingérables sur le plan du comportement, en hyperactivité ou destructeurs, demandent une attention particulière. Il faut aussi faire attention à l'alimentation qui n'est plus digérée, à l'enfant qui ne mange plus… Il y a pléthore de signes.

C'est tout l'art d'une bonne gestion de la santé mentale : pouvoir les évaluer au cas par cas. Pour les enfants qui ont eu possibilité de quitter l'Ukraine dans des conditions moins urgentes, d'avoir été accueillis à l'étranger par des volontaires qui ne sont pas sur les rotules, le pronostic est meilleur, d'autant plus lorsqu'ils ne sont pas témoins directs des bombardements.

A quoi faut-il penser pour accueillir ces enfants dans les meilleures conditions possibles 

Pour les enfants qui arrivent en France ou en Suisse, par exemple, il faut qu'ils puissent retrouver des routines, des repas à heures régulières, un espace qui soit le leur.

"Même s'ils ne retrouveront pas leur appartement ou leur maison en Ukraine, il faut limiter la perte d'intimité. Les enfants doivent aussi rejoindre assez vite l'école, dès la maternelle, lorsque leur situation est stabilisée." Philip Jaffé, psychologue à franceinfo

Ils ont besoin de contacts sociaux, de pouvoir de nouveau se dépenser physiquement, de jouer, de rigoler même si à la maison, la situation est inquiétante. L'attention portée à la santé mentale de ces enfants est importante, avec éventuellement une intervention psychologique lorsque des critères la justifient. Il faut enfin réussir à maintenir le même degré de mobilisation dans le temps. Les familles ont besoin d'un soutien à long terme, avec la perspective de pouvoir rentrer en Ukraine.

Leur traumatisme peut-il s'inscrire dans le temps ?

Evidemment, pour certains enfants, les effets de la guerre en Ukraine seront perceptibles à très long terme. Il y aura des enfants qui deviendront des adultes perturbés à tout jamais. C'est peut-être le cas des enfants qui avaient des vulnérabilités avant le début de la guerre.

"Mais si on soutient bien les familles, s'ils sont rassurés sur le devenir des gens restés en Ukraine, certains ne devraient retrouver aucune trace du traumatisme à moyen et long terme." Philip Jaffé, psychologue à franceinfo

A l'issue de la Seconde Guerre mondiale, on s'est dit que les populations civiles seraient traumatisées à tout jamais. Dans les faits, la vaste majorité a su gérer les souvenirs douloureux et a renoué avec la joie de vivre.

Propos recueillis par Eloïse Bartoli

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En Ukraine, une enfance sous les bombes

14 Mars 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Jeunesse, #Ukraine

Guerre en Ukraine: élan de solidarité pour les réfugiés en Pologne -  Nice-Matin

Au moins 71 enfants ont perdu la vie depuis l’invasion de l’Ukraine le 24 février, dans un conflit où les forces russes bombardent sans hésiter des zones d’habitation, indistinctement, y compris écoles et maternités. De Kyiv à Jytomyr en passant par Odessa et la frontière polonaise, «Libération» raconte leur quotidien et leurs traumatismes.

Ils viennent grossir les rangs des centaines de milliers de réfugiés qui fuient l’Ukraine en guerre. Quand ils ne sont pas terrés dans les caves, les stations de métro, les abris de fortune des villes bombardées par l’armée russe. Les soldats de Vladimir Poutine n’épargnent personne, surtout pas les enfants, comme ils viennent de le démontrer en bombardant, mercredi, l’hôpital pédiatrique de Marioupol. L’attaque, qui a fait trois morts dont une fillette, a suscité une vague d’indignations et de condamnations internationales.

Les établissements accueillant des enfants sont bombardés par le régime russe, qui vise sans hésiter des zones d’habitation, indistinctement. Selon Liudmyla Denisova, chargée des droits humains auprès du Parlement ukrainien, au moins 71 enfants ont été tués en Ukraine, et plus de 100 blessés, depuis le début de l’offensive russe le 24 février. Un premier bilan probablement sous-estimé puisque peu d’informations nous proviennent de villes lourdement frappées comme Marioupol ou Kharkiv.

Réunis le 4 mars, les ministres européens en charge de l’enfance, ont rappelé l’évidence : «Lors des conflits armés, les enfants sont toujours les plus vulnérables.» L’Ukraine ne fait pas, hélas, exception. Les représentants ont tenu à souligner qu’une «génération d’enfants est privée, sur notre continent, de l’accès à ses droits les plus élémentaires». Avant d’alerter sur les «conséquences à long terme» d’un conflit qui pourrait durer. Libération est allé à la rencontre de ces jeunes plongés dans la guerre, jetés sur les routes de l’exil, «devenus en deux semaines des adultes».

La panique sur le quai de la gare de Kyiv

Sacha, 5 ans, n’a pas compris que son pays était en guerre. Il vit dans une tour du centre-ville de la capitale ukrainienne. A chaque sirène, à chaque fois qu’il faut quitter l’appartement du 17e étage et rejoindre le sous-sol pour s’abriter, ses parents lui racontent qu’un gros nuage arrive et qu’un ouragan approche. Ils disent qu’ils resteront à Kyiv tant que les bombardements ne sont pas trop intenses et qu’il les croira.

Ce sont d’autres visages d’enfants, parfois paniqués, souvent en pleurs ou le regard perdu, très rarement souriants que l’on croise à la gare. Ils sont avec leurs parents, ou leur mère seule. Ils n’ont emporté qu’un sac, souvent un jouet, quelques-uns une cage, avec leur chat ou leur cochon d’Inde emmitouflé dans une serviette. Dans la cohue de l’exil et des quais saturés des trains qui partent vers l’ouest, des parents expliquent les nuits précédentes sans sommeil, entrecoupées par les glaçantes sirènes d’alerte, les pleurs incessants et l’incompréhension de leurs enfants quand ils ont expliqué que «les Russes attaquaient le pays».

Après deux semaines de guerre, Kiev est en train de se vider de ses enfants. Dans la rue Kirillovka, dans le quartier de Podil, le jardin d’enfants Tapalapa reste pourtant ouvert. «Nous accueillons d’ordinaire douze enfants, seulement deux familles sont restées à Kyiv», explique Marina Gulman, 36 ans, directrice adjointe de la crèche, qui reste ouverte pour ces deux gamins, et où tout le personnel loge à la cave depuis quinze jours. La pédagogue comprend le choix des parents, car elle avait déjà noté le changement de comportement des enfants avant même le début du conflit. «On a vu débarquer le petit Vania, 6 ans, qui n’arrêtait pas de parler de Poutine et du Covid à tous les autres enfants.» Puis les premiers bombardements ont aggravé la situation. «A 2 ans, les petits ne comprennent pas les sirènes, mais ils voient leurs parents qui sont dans tous leurs états, et c’est là qu’ils se mettent à stresser», poursuit Marina. «On remarque plusieurs symptômes de stress face à la guerre : les enfants se mettent à courir en rond, sont hyperactifs, n’arrivent pas à se concentrer, perdent leur structuration ou se réfugient dans les écrans mobiles, ils sortent de la réalité», explique Marina Gulman.

A Jytomyr, des ados à l’affût

Sacha, Edik et Vova, 15 ans tous les trois et les mêmes vêtements – baskets, survêtement et anorak – marchent d’un pas lent devant l’école numéro 25 de Jytomyr, à 150 kilomètres à l’ouest de Kyiv. Ils ne la regardent pas vraiment, ils discutent dans le vent glacé. L’école numéro 25 n’est que débris : toit explosé, façade en lambeaux de béton et fenêtres arrachées. Edik réfléchit quand on lui demande quand elle a été bombardée. «Il y a quatre jours», finit-il par dire. Ses deux amis acquiescent. C’était en réalité deux jours plus tôt, le vendredi 4 mars. Il raconte qu’il était chez lui quand le missile russe a frappé, que sa maison a tremblé, que la panique avait gagné les rues. Il parle calmement, comme si la destruction de l’école était sinon normale, du moins peu surprenante. La guerre a commencé deux semaines plus tôt, une éternité pour les adolescents d’une ville frappée chaque jour depuis par des bombardements aériens ou des missiles de croisière lancés depuis le Bélarus voisin.

Les trois amis ne le cachent pas : s’ils le pouvaient, ils rejoindraient les forces territoriales, ces bataillons de civils qui appuient l’armée ukrainienne. Ce n’est pas de la vantardise, leur père, leurs grands frères, leurs oncles, tous l’ont fait. Eux sont trop jeunes, ils n’ont pas 18 ans. A la différence d’autres conflits, en Syrie ou en Afghanistan, on ne voit pas d’enfants soldats dans les rues de Jytomyr ou de Kyiv. Sacha, Edik et Vova n’ont pas le droit de porter une arme mais ils tentent de se rendre utiles face à l’envahisseur. Ils surveillent leur quartier, à l’affût des visages inconnus et donc suspects, traquent les marques, des croix encerclées, que des soldats ou agents de renseignement russes infiltrés ont laissé devant les bâtiments à bombarder. Ils sont calmes et déterminés. «Nous ne voulons pas des Russes ici, ils n’ont aucune chance», dit Edik.

A Odessa, le signe de la victoire

Pour mettre les enfants à l’abri, quand elles le peuvent, les mères s’en vont avec leur progéniture. Jeenya Kim, une énergique trentenaire résidant à Mikolaïv, ville du sud-ouest du pays attaquée depuis plus de dix jours par l’armée russe, a lancé des convois routiers d’évacuation par la route. «Je voulais sauver autant d’enfants que possible pour reconstruire le pays. Je veux croire qu’il existe un futur pour [l’Ukraine]», disait-elle, mercredi.

Cinq autocars s’apprêtaient à partir du front pour gagner Odessa, sous la menace des canons du Kremlin. A l’intérieur des bus, les plus jeunes se ruent sur leur téléphone, malgré les tirs d’artillerie au loin et la sirène qui retentit soudain. Un ado regarde un match de basket. Une jeune fille, au visage perlé de taches de rousseur, s’abrutit de musique dans ses écouteurs, en regardant dehors. Un bébé sourit aux inconnus. Un autre pleure dans le fond.

Odessa, leur destination, ne sera que temporaire. Ils repartiront vers l’ouest du pays ou l’étranger. La grande ville portuaire du sud-ouest de l’Ukraine s’est elle-même déjà vidée d’un cinquième de son million d’habitants. Dans les rues, calmes mais pas désertes, les enfants sont rares. On surprend une gamine en train de faire de la balançoire avec ses parents, dans le square de la rue Deribasovskaya. La sirène ne les inquiète pas.

Dans le froid en Pologne

Eux viennent de quitter l’Ukraine, mais ils ne sont pas près de sortir de la guerre. Il y a une semaine, des avions russes ont bombardé des immeubles à Kyiv tout près de chez Liev, un taiseux brun de 15 ans et de Daniella, sa sœur, une ado de 14 ans au visage poupin. Ils affirment que ce jour-là, leur mère était plus anxieuse que jamais. Quand les détonations ont fait trembler les murs de leur appartement, elle a fait un arrêt cardiaque. Personne n’a pu la réanimer. Elle est morte dans leurs bras. Leur tante Irina leur a demandé de remplir un sac de vêtements chauds et de se préparer à fuir. Pas le temps de penser au deuil, ils ont traversé tout le pays en bus et à pied pour arriver dans le froid à la frontière polonaise, à Medyka, l’un des principaux points d’entrée en Europe. Ils iront ensuite jusqu’à la capitale polonaise où Irina a prévu de les inscrire dans une école ukrainienne. Leur père, lui, est resté à Kyiv. «Ce sont des adultes maintenant, estime la femme, une petite blonde aux yeux bleus perçants. Depuis deux semaines, tous les enfants d’Ukraine sont devenus des adultes.»

A la frontière polonaise, des milliers d’enfants affluent chaque jour. Des petites silhouettes enveloppées dans des couvertures épaisses. Que garderont-ils de tout cela ? Des parents grimacent : «Nous, ça va, mais eux…» Ils s’inquiètent et interrogent les bénévoles qui leur proposent d’être pris en charge dans un autre pays européen : «Pourront-ils aller à l’école ?»«Est-ce qu’ils pourront s’inscrire au sport ?»

Certains jeunes ressassent encore le traumatisme de la guerre : les immeubles détruits, les nuits passées dans des abris, les blessés… Anna, 8 ans, tremble de tout son corps. Ses parents ne trouvent plus de mots pour la rassurer. Elle s’est murée dans le silence. Alors, ils la conduisent au poste de secours.

Ourson policier

Au sein des fratries, de nombreux aînés, des ados, se sentent investis d’un nouveau rôle : en l’absence des pères, des grands frères, ils s’improvisent chef de famille. Egor, 15 ans, parcourt les rangées de tentes installées pour les réfugiés. Il se tient droit comme un «i». L’ado porte les sacs de sa petite sœur de 9 ans. Un bus a déposé sa famille à quelques kilomètres de là, ils ont dû terminer leur route à pied dans la nuit glaciale. Près d’un feu crépitant dans un baril en ferraille, il lâche toutes les affaires au sol. Serein, le brun à la voix fluette glisse : «Nous allons en Allemagne. Là-bas, je n’irai pas à l’école, je vais m’occuper de tout ça.» Il veut dire ses proches. Sa mère sourit avec tendresse et tempère. Pour l’instant, ils ignorent encore tout de ce qui les attend là-bas. Puis, Egor redevient un enfant : «Je veux rentrer à la maison», souffle-t-il.

Quelques kilomètres plus loin, au centre commercial de Mlyny, où de nombreuses familles sont transférées pour trouver un peu de repos avant de reprendre leur exode, la police a déployé une mascotte. Un ourson géant qui porte un képi et un gilet jaune sur lequel est inscrit «Police». C’est la star des bambins : il ne peut pas faire trois mètres sans être arrêté pour un selfie. Sur leur parcours, les enfants piochent dans d’immenses cartons de jouets qui affluent de toute l’Europe. Dans les allées, d’autres courent dans tous les sens, tapent dans des ballons, jouent avec des petites voitures. Ils se font des nouveaux copains aussi, des petits voisins de campement venus de tout le pays. Une maman toise son enfant, rassurée : «Ça fait du bien de l’entendre rire.»

par Luc Mathieu, Envoyé spécial à Kyiv et Jytomyr (Ukraine), Pierre Alonso, Envoyé spécial à Odessa et Mikolayiv (Ukraine), Stéphane Siohan, correspondant à Kyiv et Gurvan Kristanadjaja

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« C’est comme si on ne pouvait plus penser au lendemain » : les rêves brisés des jeunes Ukrainiennes

13 Mars 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Jeunesse

Comment traiter l'anxiété liée à la guerre en Ukraine ? | Radio-Canada.ca

Elles voulaient être fleuriste, enseignante ou avocate : elles ont fui leurs villes bombardées par la Russie, abandonnant sur les routes de l’exil leur vie d’avant.

Sur les images de son compte Instagram, Daria Konovalova, 15 ans, originaire de Kharkiv (Ukraine), danse avec deux copines une chorégraphie minutieusement travaillée sur une musique d’un rappeur américain. Elle avait posté la vidéo sur le réseau social, même si elle avait eu le sentiment, particulièrement frustrant, de manquer des gestes qu’elle connaissait pourtant par cœur. C’était sa vie d’avant. « Quand on passait notre temps sur Netflix, TikTok et YouTube ». La vie d’avant, « quand on se parlait sans arrêt entre copines, blablabla et blablabla, sur tout, et qu’on se demandait en rigolant ce qu’on allait faire ensemble le lendemain ! »

Daria montre ces images, enveloppée sous une couverture offerte par des bénévoles, à l’intérieur d’une tente installée sur le port fluvial d’Isaccea par les autorités roumaines pour accueillir des Ukrainiens fuyant les bombardements russes. Comme des milliers de réfugiés, presque exclusivement des femmes et des enfants, elle a emprunté, sous un froid glacial, une immense barge qui traverse le Danube et permet de quitter l’Ukraine pour rejoindre la Roumanie. Pour elle, ensuite, ce sera l’Allemagne. Juste avant le poste-frontière ukrainien, parmi les files de voiture en attente, de l’autre côté du fleuve, elle a dit au revoir à son père, 47 ans, ingénieur, qui l’avait accompagnée avec son demi-frère et sa belle-mère. Lui n’a pas le droit de quitter le territoire ukrainien, comme tous les hommes entre 18 et 60 ans.

(...)

« Personne n’a le choix »

Les jeunes femmes qui traversent le Danube rejoignent l’Allemagne, la Roumanie, le Royaume-Uni, la Bulgarie. Elles racontent souvent des histoires similaires. La stupeur, d’abord. « Il y avait eu la guerre de 2014 contre la Russie mais c’était un bout de l’Ukraine et cela nous paraissait tellement loin, on ne savait pas vraiment ce qui s’était passé », explique Iryna Paramonova, 26 ans, en route pour Bucarest avant de rejoindre la Turquie. « La veille de l’attaque, c’est fou, on buvait du champagne avec des copains à Odessa ! Je me suis réveillée le lendemain, et c’était comme un cauchemar », raconte Christina Korablyava, 20 ans, en attente d’une solution pour aller en Bulgarie avec sa mère et sa petite sœur de 4 ans.

Le 24 février, premier jour de l’offensive russe, elle devait passer un entretien d’embauche pour un poste d’enseignante dans une école primaire. Une chance. Elle espérait ainsi pouvoir financer ses études à l’université maritime d’Odessa. « Mon rêve, mon grand rêve, c’est d’embarquer sur un navire commercial pour voir le monde entier ! » Un sourire, puis un voile de tristesse parce que le projet est suspendu, comme tout le reste.

(...)

De la fierté et de la peur

Julie Maztyrnova, qui fêtera ses 20 ans dans quelques jours, fille d’une femme au foyer et d’un marin au long cours, suivait des études de littérature à Odessa. « La littérature russe, la littérature ukrainienne, j’aime tellement. » A la fin du lycée, elle avait obtenu l’équivalent du bac avec une médaille d’or, une récompense donnée aux meilleurs élèves. Elle avait, du même coup, obtenu une bourse pour sa licence. « Mon rêve c’est d’enseigner. C’est un but dans ma vie », dit-elle avec énergie, malgré le froid qui saisit les réfugiés pendant la traversée du Danube. Elle a dû fuir Odessa et son village natal, Chornomorsk, une zone propice pour un éventuel débarquement naval lorsque les Russes décideront d’attaquer la grande ville portuaire. « Dans mon village, 80 % des femmes et des enfants sont partis. » Il demeure une poignée d’hommes. Dont son petit ami, avec lequel elle est en couple depuis quatre ans. Etudiant en médecine, il s’est porté volontaire pour rejoindre le front et soigner les blessés comme infirmier. De la fierté et de la peur, sentiments mêlés.

Daria Pozniak, 20 ans, poursuivait ses études à l’université pour devenir avocate. Sous la tente installée pour les réfugiés, elle profite d’un instant où son petit frère, âgé de 3 ans, joue avec des voitures pour montrer les photos et les vidéos des frappes russes dans son quartier. Ses mots et ses yeux disent l’épouvante et la peur, ses bras miment l’ampleur des dégâts. Quinze minutes pour faire sa valise puis quitter Mykolaïv dans un moment d’accalmie. Elle ne voulait pas partir, sa mère l’a obligée. Un bus a évacué les femmes et les enfants. Son rêve était d’étudier longtemps. De jouer de la guitare. De continuer à chanter dans l’église du quartier. D’avoir deux enfants. De gagner de l’argent. Tout cela lui semble si loin. Comme une autre vie.

Luc Bronner, Isaccea, Roumanie - Envoyé spécial

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