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Vivement l'Ecole!

jeunesse

"Les jeunes sont-ils devenus paresseux ?"

4 Février 2023 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Jeunesse

Jean-Baptiste Greuze - The lazy boy.jpg

Le petit paresseux - Jean-Baptiste Greuze / 1755 - Musée Fabre de Montpellier

On ne compte plus les publications qui signalent voire dénoncent l’absence de motivation des jeunes, leur détachement du travail, leur mise en retrait. Les jeunes sont-ils vraiment devenus paresseux ?

La jeune génération serait, si l’on en croit diverses publications médiatiques, désengagés, démotivés, en retrait du monde de l’entreprise et plus généralement du travail. Cette situation s’expliquerait pêle-mêle par le choc de la crise sanitaire, l’addiction au réseaux sociaux, la perte du sens de l’effort : les jeunes seraient donc finalement, plus encore que les autres générations, touchés par une épidémie de flemme.

Une épidémie de flemme chez les jeunes ?

C’est précisément pour mettre cette idée à l’épreuve – déjà en vogue au début des années 2000 – que, sous la responsabilité de Patricia Vendramin, un programme de recherches sur le rapport des européens au travail avait été engagé. Au terme de cette recherche plusieurs éléments apparaissaient clairement. D’abord, le fait que toutes les époques ont été le théâtre d’une telle condamnation de la jeune génération : en 1974, Jean Rousselet publiait L’allergie au travail et, en 1975, paraissait un Cahier du Centre d’études de l’emploi intitulé Les jeunes et l’emploi qui présentait les résultats d’une vaste enquête sur le rapport des jeunes au travail. Non seulement aucune dévalorisation du travail n’était constatée mais l’enquête mettait en cause l’idée même qu’il existerait une mentalité spécifique, "une idéologie jeune homogène s’opposant en tout ou partie à celle des adultes." Au contraire, les auteurs mettaient en évidence les profondes différences en vigueur au sein de la catégorie jeune.

Une catégorie jeunes fortement fragmentée selon la trajectoire scolaire et professionnelle

Dans notre enquête menée en 2007 auprès des jeunes européens, en particulier auprès des jeunes français, nous étions parvenus aux mêmes conclusions : contrairement à tous les propos entendus ad nauseam, les jeunes apparaissaient bien plus attachés au travail que les autres générations. Les jeunes Français arboraient le même tiercé que les autres générations concernant le travail : bien gagner sa vie, avoir un travail intéressant, travailler dans une bonne ambiance, mais leurs attentes étaient plus intenses que celles des plus âgés. Ils étaient plus nombreux que les autres générations à accorder de l’importance au travail, à plébisciter les dimensions expressives du travail et à vouloir éviter que le travail n’empiète trop sur le reste de leur vie. A l’époque, les jeunes apparaissaient plus concernés que les autres générations par le sens du travail et l’utilité de celui-ci pour la société. En revanche, la catégorie jeunes était fortement fragmentée selon la trajectoire scolaire et professionnelle.

Le travail, source de développement personnel, de construction identitaire, de bien-être

C’est ce que confirment les travaux récents publiés par l’Institut National de la Jeunesse et de l’Education Populaire (INJEP) à partir de l’exploitation de l’enquête "Génération" réalisée par le Cereq en 2016 : les jeunes restent fortement attachés au travail mais souhaitent que celui-ci constitue une source de développement personnel, de construction identitaire et plus généralement de bien-être. Ils sont particulièrement attachés à l’équilibre entre vies professionnelle et personnelle. L’attention qu’ils portent à la sécurité de l’emploi s’explique par le caractère de plus en plus difficile, pour certains, de leur insertion dans la vie active où les stages, les CDD et les périodes de chômage se succèdent.

(...)

La chronique est à écouter dans son intégralité en cliquant sur le haut de la page. Histoire, économie, sciences, philosophie, histoire de l'art… Écoutez et abonnez-vous à la collection de podcasts "Le Pourquoi du comment" ; les meilleurs experts répondent à toutes les questions que vous n'osez poser.

Dominique Méda

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Mort, justice, liberté : comment parler philosophie aux enfants - Avec Edwige Chirouter

1 Février 2023 , Rédigé par France Culture Publié dans #Philosophie, #Education, #Jeunesse

Mort, vie, justice, liberté... Ce n'est pas parce qu'on a 4 ans qu'on ne se pose pas de grandes questions existentielles, bien au contraire. Et si on profitait de la curiosité naturelle des enfants pour leur apprendre à réfléchir par eux-mêmes ? C'est l'objectif des ateliers de philosophie.

"Pourquoi l’oiseau il ne bouge plus ? Il est où papy ? C’est quoi la mort ?" Si vous avez un enfant dans votre entourage, vous serez probablement confronté un jour à ce genre de questions. Et pour Edwige Chirouter, professeur de philosophie et de sciences de l'éducation à l'université de Nantes, celles-ci peuvent être la base de l'apprentissage de la philosophie, malheureusement réservé aux seuls adolescents qui poursuivent leur cursus scolaire jusqu'à la classe de terminale.

Des questions inévitables

Pour la philosophe Edwige Chirouter, "Les enfants se posent des questions à partir du moment où ils sont dans l’étonnement devant le monde. Une expérience dont parle déjà Aristote et qui, selon lui, distingue les hommes des animaux. Ce qui nous distingue fondamentalement c’est notre capacité à nous étonner. C’est l’âge des “Pourquoi ?”, c’est l’âge des ”Comment ?”. On vit dans un monde où il y a eu la pandémie, puis la guerre, les enfants ne sont pas épargnés par ces questions-là. Et à partir du moment où ils y sont confrontés, il faut les écouter et les accompagner."

Non seulement elles sont inévitables, mais faire de ces questions, parfois gênantes, un tabou est contre-productif car "ce qui est important avec les enfants, rappelle la professeure, c’est de reconnaître l’angoisse. De dire : "Bien sûr, tu es un être humain, tu as conscience de la mort. Cette question t’angoisse et c’est normal : elle angoisse tout le monde.” C’est aussi leur faire accepter notre vulnérabilité. Mais pour cela, il faut les accompagner : lire des histoires, discuter, etc."

Le livre ou comment créer la distance nécessaire

C’est une des clés indispensables pour parler philosophie avec des enfants : utiliser un support pour mettre de la distance.

"Je pense qu’il faut toujours avoir une médiation culturelle, insiste Edwige Chirouter. Les questions philosophiques comme "qu’est-ce qu’une vie juste ?" ou "est-ce qu’il faut toujours obéir à la loi ?" peuvent résonner fortement avec notre intimité. Et quand ça résonne trop, on ne raisonne pas de façon sereine. Il faut une certaine distance affective. Mais il ne faut pas non plus que la question philosophique soit trop abstraite, qu’elle ne concerne pas l'enfant. Il faut trouver une juste mesure entre une question trop intime et une question trop abstraite. Et pour cela, pour moi, il n'y a rien de mieux que la littérature !

Ces questions liées à la mort irriguent la littérature contemporaine, mais aussi de nombreuses légendes et contes pour enfants comme La Petite Fille aux allumettes d'Andersen par exemple. Ces contes, mythes et autres comptines offrent aux enfants une expérience de pensée.

Car appréhender la question de la mort à travers un livre, c’est aussi prendre la distance nécessaire pour aborder des problématiques plus larges : par exemple, est-ce que la mort peut être quelque chose de positif ? Dans La visite de la petite mort de Kitty Crowther (École des loisirs, 2004), elle est vécue par exemple comme un soulagement par le personnage.

Pour Edwige Chirouter : "Notre condition de mortel est plutôt une chance, parce que quand on a conscience de la mort, on est obligé de se poser la question de ce qu’il y a avant. Et ce qu’il y a avant de mourir, c’est la vie. Donc, la question de la mort nous oblige à nous demander ce qu'est une vie bonne, ce qu'est le bonheur. Et cela oblige à faire des choix pour être en accord avec ce que je vais entendre par avoir une vie bonne ou une vie heureuse."

La philosophie, ce scandale de l'éducation

C’est pour cela que l’enseignement de la philosophie est si important dans l’apprentissage des enfants. C’est même, depuis 2016, une nouvelle chaire de l’Unesco, dont Edwige Chirouter fait partie, avec pour objectif de promouvoir cet enseignement.

"En France, dans notre système éducatif, souligne la philosophe, on a une représentation de la philosophie à la fois tardive - en dernière année du lycée - et élitiste parce qu'elle n'est enseignée que dans les filières générales et technologiques mais pas dans l'enseignement professionnel. Ce qui est un vrai scandale ! C'est une forme d’indignité, voire d’insulte institutionnelle faite aux enfants des classes populaires qui n’auraient pas droit à cet exercice de la pensée. Donc, l’idée, c’est de commencer dès la grande section de maternelle pour permettre à tous et à toutes d’apprendre la philosophie qui par ailleurs est une discipline difficile. Ce n’est pas parce que c’est facile qu’on pourrait en faire avec les enfants, c’est justement parce que c’est difficile qu’il faut commencer tôt. Il y a un vrai enjeu démocratique dans le fait de donner un accès précoce à la philosophie, c’est-à-dire à l’esprit critique, à la pensée complexe, à la vulnérabilité. Cela permet de lutter contre deux écueils de notre temps : celui du relativisme qui voudrait que l'on peut dire tout et n’importe quoi, et celui du dogmatisme qui voudrait au contraire qu'il n'y ait qu’une seule réponse possible à un problème donné."

D’où l’importance pour éviter ces écueils de la mise en place d’ateliers collectifs et faits par un autre adulte que le parent pour s’éveiller à d’autres pensées.

Alors à quand la mise en place d’ateliers de philosophie en grande section de maternelle ?

Par Elsa Mourgues

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Les signes avant-coureurs de troubles anxieux identifiés chez les adolescents

1 Février 2023 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Jeunesse

Les signes avant-coureurs de troubles anxieux identifiés chez les adolescents

Au menu du journal des sciences : les signes prédictifs des troubles anxieux détectés avec une intelligence artificielle, le retard d’apprentissage des enfants depuis la pandémie, une comparaison de l’âge de procréation entre hommes et femmes et une étude des récifs coralliens grâce à Instagram.

Les signes prédictifs des troubles anxieux détectés avec une intelligence artificielle

Les troubles anxieux sont répandus à l'adolescence, on estime que près d’un ado sur trois est concerné. Et chez certains de ces individus, cette angoisse peut s’accentuer et prendre la forme de troubles anxieux généralisé à l’âge adulte… d’où l’importance d’en détecter les prémisses le plus tôt possible.

Pour cela, des scientifiques ont suivi un groupe de 2000 adolescents européens pendant près de 10 ans. Les volontaires ont renseigné leur état de santé psychologique via des questionnaires en ligne… au moment de leur recrutement, lorsqu’ils avaient autour de 14 ans… et ont rempli les mêmes questionnaires à 18 ans puis finalement à 23 ans… Ils ont aussi passé des tests neuro-psychologiques et des examens d’imagerie cérébrale.

Pour traiter ce volume de données considérables, les chercheurs et chercheuses ont utilisé un algorithme d’intelligence artificielle, pour déterminer si certaines réponses formulées par un des sujets à 14 ans avaient une incidence, c'est-à -dire un certain pouvoir prédictif de l’apparition de troubles anxieux de ce même sujet, arrivé cette fois à l’âge adulte.

Résultat, trois signes avant-coureurs ont été mis en évidence : le neuroticisme, le désespoir, et certains symptômes émotionnels. Jean-Luc Martinot est pédopsychiatre, directeur de recherche à l’Inserm et à l’ENS-Paris Saclay et co-auteur avec Alice Chavanne de cette étude.

La pandémie a fait perdre un trimestre d’école aux enfants

Il s’agit des résultats d’une méta-analyse, une étude des études disponibles au sujet de l’impact de la pandémie sur l’apprentissage… En analysant 42 études menées dans 15 pays différents, ces trois chercheurs de l’Université d’Oxford constatent un déficit global d’apprentissage chez les enfants du primaire… un retard apparu dès le début de la pandémie et qui n’est toujours pas résorbé.

Dans le détail, ils mettent en évidence qu’un trimestre d’apprentissage aurait été perdu… et que les enfants les plus touchés sont issus de milieux socio-économiques les plus modestes. Et certaines matières sont plus impactées que d’autres, le déficit est plus important pour les mathématiques que pour la lecture… probablement parce que les parents ont pris le relai en lecture et ont donc épongé partiellement le retard d’apprentissage. Il s’agit de l’étude la plus complète réalisée à ce jour… bien que l’on manque encore de données pour les pays à plus faible revenus.

(...)

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous

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Trouver un emploi, le garder et gagner sa vie : les attentes des jeunes des classes populaires

31 Janvier 2023 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education, #Jeunesse

Une caissière compile des anecdotes : "Si tu ne travailles pas bien à  l'école, tu finiras caissière comme la dame" - Paris (75000)

Trouver un emploi, le garder et gagner sa vie : les attentes des jeunes des classes populaires
Nicolas Roux, Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA) et Julie Couronné, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Les statistiques nous apprennent qu’en France le diplôme reste le meilleur atout pour avoir accès à l’emploi, d’autant plus quand il s’agit d’un contrat stable, à durée indéterminée – surtout en temps de crise. C’est l’enseignement que nous livre la crise financière de 2007-2008, comme l’explique le Céreq :

« En 2010, soit trois ans après avoir quitté le système éducatif, 73 % des jeunes travaillent. Parmi les diplômé·es de l’enseignement supérieur, 85 % sont en emploi. C’est le cas de seulement de 48 % des non diplômé·es. »

Alors que nous n’analysons pas encore complètement l’impact de la crise actuelle sur le travail et l’emploi, que sait-on aujourd’hui de cette jeunesse non étudiante, et peu ou pas diplômée ?

Depuis plusieurs années, nous réalisons des enquêtes de terrain auprès des jeunes des classes populaires, issus de familles qui ont un accès précaire à l’emploi, de faibles niveaux de revenus et de diplôme, et qui sont les plus concernés par les politiques publiques d’insertion.

Ces recherches ont fait tomber d’emblée l’idée d’une jeunesse qui n’aurait jamais travaillé ou n’aurait pas fait les efforts nécessaires pour trouver du travail.

Depuis leurs débuts dans la vie active, ces jeunes alternent des périodes d’emploi ou de formation avec des épisodes de chômage plus ou moins longs, plus ou moins récurrents. Pour une grande partie d’entre eux, les horaires de travail ne sont pas toujours fixes et sont décalés, et leurs contrats de travail de courte durée.

Certains sont embauchés en CDI, mais pas forcément à temps plein. D’autres enchaînent les missions d’intérim avec des durées variables, allant de quelques jours à quelques mois. Les niveaux de salaire de leurs emplois ouvriers et employés se situent autour du SMIC.

La loi du marché

Alors que les nouvelles générations sont de plus en plus diplômées, ces jeunes paient au prix fort leur sortie précoce du système éducatif, surtout les immigré·es ou descendant·es d’immigré·es d’origine maghrébine et d’Afrique subsaharienne, confronté·es aux discriminations à l’école et pendant les débuts de leur carrière.

Les jeunes que nous avons rencontrés se confrontent au jugement des employeurs, souvent négatif, leur reprochant la faiblesse ou l’absence de leur diplôme et leur manque d’expérience. Ils et elles envoient parfois des dizaines de candidatures spontanées, sans jamais recevoir de réponse, même négative.

Les entretiens montrent à quel point le marché du travail et de l’emploi s’est complexifié. Il se caractérise aujourd’hui par une injonction très forte à la flexibilité et par une mise en compétition de plus en plus dure. Ainsi, Karima, rencontrée au sein d’un foyer de jeunes travailleurs, espère obtenir un emploi d’hôtesse de caisse dans une grande enseigne de supermarché (« une bonne place »), car elle a déjà de l’expérience en tant que caissière. Elle a passé des tests de sélection pendant deux jours :

« On devait comparer deux tickets de caisse et trouver les fautes qu’il y avait. Sauf que tout ça, c’était chronométré en fait. On devait faire le plus de tickets de caisse ».

Quand elle se rend aux entretiens collectifs, il y a quatorze jeunes femmes pour cinq places à l’essai. Au final, une seule d’entre elles aura le CDI. Après une période d’essai de deux mois, le contrat de Karima n’est pas reconduit : « On m’a reproché d’être trop proche des clients… J’ai pas compris… »

Pénibilités du travail

Autre fait marquant : ces jeunes, conscients de la faiblesse relative de leur qualification, s’accommodent d’emplois peu rémunérateurs et de conditions de travail parfois éprouvantes. C’est le cas d’Ibrahim, préparateur de commandes depuis quelques semaines. « Je scanne, je scotche, je scanne, je scotche », dit-il pour illustrer ce travail répétitif.

Quand nous lui demandons si son activité n’est pas trop difficile, sa réponse rejoint les propos que nous avons régulièrement entendus auprès des travailleur·euses les plus exposé·es aux pénibilités. Celles-ci sont minimisées, sinon déniées, ou sont valorisées lorsqu’ils parviennent à les surmonter. « Franchement, ça va, c’est pas physique, c’est pas des poids lourds », déclare Ibrahim. Il précise toutefois qu’il est obligé de s’asseoir pendant ses pauses pour soulager ses douleurs au dos, « des petites douleurs » selon ses mots.

Conscients de la faiblesse relative de leur qualification, ces jeunes s’accommodent d’emplois peu rémunérateurs et de conditions de travail parfois éprouvantes. Shutterstock

Pour Rébecca, rencontrée dans une mission locale, la préparation de commande, « c’est sympa ». Mais comme beaucoup d’autres, elle aspire avant tout à avoir un travail régulier (un CDI à temps plein) pour pouvoir emménager dans un appartement avec son compagnon.

Solidarité familiale

Le fort attachement au travail et à l’emploi salarié est donc un résultat central de nos recherches et de bien d’autres. C’est ce que confirme la manière dont ils se représentent, à l’inverse, leur « inactivité » forcée lors des deux confinements de 2020, ainsi que la nécessité d’avoir recours aux aides sociales.

« C’était dur de pas travailler », affirme Samir. Contrairement à des idées reçues sur les « assisté·es », toucher une allocation (allocation chômage, allocation Garantie jeunes…) n’est pas anodin pour ces jeunes. Ils distinguent clairement les revenus issus des aides sociales de ceux issus du travail. Et ils ne se satisfont pas de cette situation de dépendance financière.

Au contraire, ils souhaitent stabiliser leur situation par le travail et ainsi à avoir « une vie comme les autres » (une expression qui revient souvent). « J’aimerais bien dépendre de mon salaire », affirme par exemple Laura. Son propos traduit le coût symbolique d’être dépendant·e des aides sociales.

L’usage qu’ils en font est par ailleurs révélateur de leur condition sociale. Alors qu’ils sont à un âge où la norme voudrait que ce soit leurs parents qui les soutiennent financièrement (par exemple pour le permis de conduire), une majorité d’entre eux redistribue à leur famille les revenus provenant des aides sociales comme du travail.

Cette « solidarité familiale inversée » se caractérise par des transferts financiers (« Je donne 100 euros tous les mois à ma mère ») ou par des achats de biens matériels pour leur famille : « mettre de l’essence dans la voiture », « remplir le frigo », « racheter un matelas ».

Conscience sociale

Au cours de la crise sociale, économique et politique que nous traversons, on s’est à juste titre inquiété de la condition étudiante et des situations de grande détresse que ces jeunes peuvent connaître. Mais on a eu tendance à oublier qu’une partie d’entre eux a travaillé durant cette période.

Celles et ceux des classes populaires ont été chauffeurs-livreurs, hôtes et hôtesses de caisse, préparateurs et préparatrices de commandes dans la grande distribution, employé·es de rayons, aide-soignant·es ou parfois ouvriers du bâtiment.

Si la crise a permis de remettre en cause l’idée que 20 ans est « le plus bel âge de la vie », nos recherches rappellent que les jeunes ne sauraient être dépeints au travers de stéréotypes sociaux qui ont la vie dure : celui de la fête, de l’insouciance, de la légèreté voire de l’égoïsme d’un côté ; celui de la défiance, de la déviance et de la « délinquance » de l’autre.

En réalité, au-delà de spécificités liées à certains âges de la vie, les jeunes enquêté·es ont globalement les mêmes préoccupations majeures que leurs aînés des classes populaires : trouver un emploi, le garder et gagner sa vie. Et l’usage solidaire qu’ils font des aides sociales n’est qu’un exemple parmi d’autres d’une conscience sociale qui a tendance à être sous-estimée.The Conversation

Nicolas Roux, Maître de conférences en sociologie, Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA) et Julie Couronné, Chargée d'études et de recherche à l'Injep, affiliée au CEET, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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"Quand la jeunesse descend dans la rue, il y a un effet d'entraînement de la population", prévient un sociologue

30 Janvier 2023 , Rédigé par France Inter Publié dans #Retraite, #Jeunesse, #Education

Réforme des retraites : Les organisations de jeunesse soutenues par LFI  défilent à Paris

Les organisations lycéennes appellent au blocage des lycées dès lundi pour dénoncer la réforme des retraites. La dernière fois qu'ils se sont mobilisés, le projet de loi sur le Contrat première embauche en a fait les frais, rappelle le chercheur Vincent Tiberj.

"Une fois que la jeunesse descend dans la rue, il y a un effet d'entraînement symbolique de la population", prévient lundi 30 janvier sur France Inter, Vincent Tiberj, sociologue et chercheur au centre Émile Durkheim, alors que les organisations lycéennes appellent au blocage des lycées dès lundi pour dénoncer la réforme des retraites, à la veille de la deuxième journée de grève interprofessionnelle.

Cette mobilisation de la jeunesse doit être prise au sérieux, car "la dernière fois qu'un mouvement social a empêché une réforme de passer, c'était le CPE", explique Vincent Tiberj. En effet, en 2006, le projet de loi sur le Contrat première embauche à destination des moins de 26 ans a entraîné de nombreux blocages de lycées et d'universités en mars et avril, avant d'être officiellement abandonné.

Le sociologue, professeur des universités à Sciences Po Bordeaux, s'interroge sur le suivi de cette journée de mobilisation, car cette génération "n'a pas connu de grand mouvement social" jusqu'ici. Elle "n'est pas fortement connectée aux syndicats lycéens et étudiants", ajoute-t-il. Mais Vincent Tiberj rappelle que "cette jeunesse a une possibilité de se mobiliser de façon très vaste en utilisant les réseaux sociaux, les pétitions et le militantisme proche".

Une génération sacrifiée ?

Vincent Tiberj estime par ailleurs que les jeunes Français ont de nombreuses raisons de descendre dans la rue lundi et mardi. "La jeunesse, ce n'est pas forcément l'âge de l'insouciance bien au contraire", affirme le sociologue. Il évoque notamment les conditions de précarité qui se sont exacerbées durant la crise sanitaire, avec des jeunes qui "ont connu une période où les jobs étudiants disparaissaient". En ce sens, "pour beaucoup, les études représentent un coût". À cela, s'ajoute le cas de ceux qui appellent les "premières générations", ces jeunes "qui arrivent dans le supérieur pour la première fois dans leur famille et qui ont des problèmes financiers majeurs". Vincent Tiberj détaille aussi les sacrifices qui incombent à cette génération "qui devrait rentrer sur le marché du travail à 21 ans".

"C'est une génération à laquelle on empêche toute bifurcation : ils ont connu Parcoursup qui leur demande de penser dès 18 ans à leur projet professionnel et ils vont subir une réforme qui va les obliger à rentrer sur le marché du travail après leurs études."  Vincent Tiberj, sociologue et chercheur à franceinfo

Cette mobilisation lycéenne peut être d'autant plus forte que la "politique de la jeunesse" réalisée par le gouvernement se résume principalement "en Parcoursup, la réforme des retraites et le Service national universel (SNU)". Ce qui se joue à travers la mobilisation de la jeunesse lundi c'est donc "une redite du débat qui n'a pas eu lieu lors du débat de l'élection présidentielle", observe Vincent Tiberj. Il rappelle qu'Emmanuel Macron "n'était pas le candidat de la jeunesse", sauf pour "une partie minoritaire".

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Moi JEune : «Je passe ma vie entre l’hôpital et le lycée»

27 Janvier 2023 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Jeunesse

Mourir à l'hôpital par manque de soins dans son milieu de vie | Le Devoir

Parcours de soins lourds, scolarité difficile à suivre, regard des autres… Quatre jeunes racontent leur expérience de la maladie et de l’hôpital et comment ils ont réussi à surmonter cette épreuve.

En publiant ces témoignages, Libération poursuit son aventure éditoriale avec la Zone d’expression prioritaire, média participatif qui donne à entendre la parole des jeunes dans toute leur diversité et sur tous les sujets qui les concernent. Ces récits, à découvrir aussi sur Zep.media, dressent un panorama inédit des jeunes en France. Retrouvez les précédentes publications.

«Mon cancer m’a fait développer un optimisme à toute épreuve»

Mounir, 23 ans, étudiant, Mantes-la-Jolie (Yvelines)

«T’as 15 piges, tu te sens au sommet de ta gloire et un mercredi matin tout s’arrête. On t’annonce que t’as un cancer, un synovialosarcome plus précisément. On te dit que les douze prochains mois, tu vas les passer sur un lit d’hôpital à te faire shooter à ta nouvelle cure de jouvence, la chimio.

«J’avais une boule sur le bras gauche, un kyste. Rien de grave selon mon médecin. Pour des raisons de gêne et d’esthétique, je suis passé sur le billard. L’opération s’est passée sans encombre. C’était bon, j’avais retiré cette boule et j’étais de nouveau moi. Un mois après, un mercredi matin, alors que je m’apprêtais à aller en cours, le téléphone a sonné. C’était le service de radio de l’hôpital de Mantes. Ils voulaient me voir parce que dans la biopsie de mon kyste, ils avaient trouvé des cellules malignes. Le merdier a commencé ! Mes parents, en panique totale, ne comprenaient strictement rien. On m’a annoncé que j’allais devoir repasser sur le billard dans les jours suivants pour une seconde opération qui allait me retirer 60% de mon biceps gauche. Putain, 60% de mon biceps, c’est juste dingue !

«Tout allait trop vite. Tu sais pas comment prendre la maladie que t’es déjà sur un lit à te faire shooter. Après l’opération, j’ai fait quatre mois de rééducation pour récupérer la mobilité de mon bras. Pour terminer le championnat des opérations, j’ai eu le droit à l’implantation d’un cathéter central en haut à droite de mon pectoral pour protéger les veines de la chimio. C’est par lui que l’on m’injectait ma chimio et l’ensemble des drogues qui me shootaient.

«Jeune sans souci de santé, avec une excellente condition physique, je suis devenu un cancéreux luttant pour vivre. J’ai passé douze mois dans le service d’oncologie de l’hôpital Raymond-Poincaré. J’ai côtoyé l’espoir et le désespoir, l’amour de la vie et l’attente de la mort. L’équipe médicale était tout simplement incroyable. On ressentait une réelle passion et une volonté de rendre la maladie la moins douloureuse possible. Je reste redevable à tout jamais à ces médecins qui, par un travail acharné, permettent de rendre la vie beaucoup plus agréable.

«Mes semaines entre l’hôpital et ma chambre, c’était d’abord cette chimio qui me rendait malade à en crever. Imaginez avoir tous les mois une grippe qui vous retourne et surtout une fatigue qui affaiblit au point où marcher 100 mètres est une torture. Ça, c’est la chimio ! Après la torture, je rentrais chez moi.

«Le gamin que j’étais a pris une grosse claque, une claque qui a fait de moi celui que je suis aujourd’hui. Cette période m’a fait développer un optimisme à toute épreuve. Au début, je prenais mon cancer comme un cancer. J’avais en tête le début de la fin, aucun espoir, la mort me tendait ses bras. Puis, mon état d’esprit a complètement changé. Je ne voyais plus la maladie comme un poids mais comme une réalité. J’étais malade, je devais apprendre à m’y faire. Pour cela, j’ai mis en place deux stratégies. La première était de rendre ma maladie moins grave d’un point de vue psychologique. C’est là que mon cancer est devenu une “grosse grippe”. La deuxième stratégie était de connaître à fond ma maladie. Je me suis documenté, j’ai posé des questions à mes médecins et j’ai rencontré d’autres malades. Cela m’a permis de me rendre compte que j’avais de grandes chances de guérison !

«Je suis devenu un “jeune vieux”, en décalage avec mes amis de 15 ans qui n’en ont rien à foutre de leur santé ou n’en ont pas conscience. A cette époque, j’étais en seconde. J’ai raté toute ma première que j’ai redoublée à cause de mon traitement. Ma deuxième première a aussi été très compliquée. Je venais de terminer ma chimio. Ça a duré trois ans. Trois ans, avec de la fièvre tous les deux jours. Abonné au Doliprane. Ajoutez à ça une fatigue chronique due au traitement, vous obtenez moi : un élève présent en cours 40% du temps. Malgré tout, j’ai réussi mon bac ES avec 11 de moyenne ! C’est ouf ! Aujourd’hui est signe de renouveau : je reprends mes études en première année de Staps. C’est juste hyper excitant. Lorsque je regarde mon passé, je me dis qu’il est riche d’expériences, de rencontres ; qu’il est ouf ! J’ai toute la vie devant moi et je kiffe ma race.»

«J’ai longtemps pensé que je ne pouvais pas m’en sortir»

Bilal, 19 ans, en recherche de formation, Bagnolet (Seine-Saint-Denis)

«Huit mois alité, quinze kilos perdus. On m’a nourri avec une perf. La vie à l’hôpital, c’est nul. J’y ai passé une bonne partie de mon adolescence. Perfusions, opérations, allers-retours. Ma pathologie, c’est une maladie qui survient à l’adolescence. En mars 2020, on m’a opéré d’urgence à la clinique Floréal à Bagnolet. On m’a gardé un mois et demi. Les médecins disaient qu’ils ne pouvaient rien faire. J’ai donc été hospitalisé à Saint-Antoine à Paris où je suis resté plus de huit mois.

«Les quatre premiers mois, on me réveillait vers 5 heures du matin pour prendre ma tension. Ensuite, l’infirmière me donnait un morceau de paracétamol et me souhaitait bonne nuit. Déjà que la nuit, je n’arrive pas à dormir à cause de la douleur alors là, c’est sûr que je n’allais pas réussir à me rendormir. La meuf, t’as juste envie de l’insulter.

«Je voyais beaucoup de monde dans ma chambre. Médecins, infirmières, famille. Au début, il y avait même mon père, et parfois ma mère qui restait avec moi parce que j’étais mineur. A mes 18 ans, j’ai demandé à ne plus avoir de visites. Ma famille parlait à ma place, ils disaient n’importe quoi. Je pensais : “C’est pas vous qui vous faites taillader et qui criez de douleur pendant des mois !” En réalité, je pense qu’ils en profitaient pour poser des questions parce qu’ils avaient peur d’attraper la même chose que moi.

«Le jour de ma sortie, j’ai fait des efforts pour ne plus avoir l’air malade. Dans la salle de bain de ma chambre d’hôpital, je me regardais dans le miroir et je me disais : “Et c’est moi ça ?”» —  Bilal

«Le jour de ma sortie, j’ai fait des efforts pour ne plus avoir l’air malade. Dans la salle de bain de ma chambre d’hôpital, je me regardais dans le miroir et je me disais : “Et c’est moi ça ?” La première fois que j’ai recommencé à marcher, j’ai tenu dix minutes avant de m’asseoir. J’étais choqué parce que j’étais vraiment maigre. Je ne me suis pas reconnu. J’avais toujours la tenue d’hôpital avec un pyjama. J’avais du flow de ouf en pyjama, peignoir et chaussons. Ma famille ne m’a pas reconnu non plus. Après être sorti, je me prenais pour Rick Grimes dans The Walking Dead. Je marchais, le teint pâle, et je titubais. J’ai repris mon poids en deux semaines.

«A l’hôpital, je n’étais en contact qu’avec le personnel soignant, donc niveau vie sociale, c’était le néant ! Pour les cours, pareil ! Je ne pouvais pas travailler. Je me souviens avoir eu le seum parce que je n’ai pas pu passer le bac. Une fois sorti, j’ai pris conscience de ma nouvelle réalité : j’avais deux ans de retard. Je me souviens marcher avec un ami qui me racontait sa vie. J’étais comme ailleurs. Je réfléchissais déjà à un plan pour rattraper mon retard. Les jours suivants, mes souvenirs de l’hôpital ont refait surface d’un coup. Sans m’en rendre compte, je me suis levé et j’ai pris une douche gelée. Depuis, je ne prends que des douches gelées. Je pense que c’est ce qu’il me fallait.

«L’hôpital m’a gâché deux ans de ma vie ; j’ai longtemps pensé que je ne pouvais pas m’en sortir. J’avais perdu espoir mais aujourd’hui, j’ai réussi à me relancer. J’ai retrouvé des amis et une femme qui partage les mêmes centres d’intérêt que moi.»

«J’ai appris à avoir une vie à peu près normale»

Assia, 16 ans, Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis)

«A 16 ans, je n’ai pas la même vie que les gens de mon âge. Chaque semaine, je me rends à l’hôpital pour faire des examens, des prises de sang et des transfusions. Je rate des heures de cours, voire même des journées entières. Puis je dois les rattraper pour éviter d’avoir trop de retard sur les autres.

«Je passe ma vie entre l’hôpital et le lycée. J’ai une maladie chronique, elle attaque mes plaquettes, qui servent à coaguler le sang pour éviter les hématomes et les hémorragies. Je me suis habituée. J’essaie de faire mine que tout va bien en souriant, mais je suis épuisée. La fatigue me cause souvent des maux de tête et des vertiges, parfois même des grosses douleurs au cœur.

«Je n’en parle jamais. Je n’ai pas honte, mais je préfère dire que je vais bien pour ne pas que les gens s’inquiètent, ou qu’ils me considèrent comme malade. C’était le cas quand j’étais petite, on me faisait sentir que j’étais différente. J’ai été diagnostiquée à 3 ans, j’ai passé deux ans et demi à l’hôpital. Quand on est une petite fille, on ne comprend pas pourquoi on ne peut pas aller à l’école comme les autres.

«A l’hôpital, j’avais ma chambre toute seule. Les infirmières et les médecins y défilaient, jours et nuits. Mais personne ne comprenait ma maladie, et ma santé ne s’améliorait pas. Alors on a décidé avec ma maman, qui a été à mes côtés durant toute mon hospitalisation, de me faire reprendre l’école pour la rentrée en CP. Les autres me posaient énormément de questions : “Pourquoi tu viens pas en récré ?“ ; “Pourquoi t’étais pas là ?” Je me sentais différente.

«Les médecins m’ont toujours déconseillé de faire des activités sportives, pour éviter de provoquer des hémorragies. Je suis du genre à n’en faire qu’à ma tête, donc j’ai fait beaucoup de sport dans ma vie : du foot, de la gym, de la danse, du patinage ! J’aime aussi sortir avec mes copines, mais surtout, j’aime trop partager des moments en famille : pour moi, c’est ce qu’il y a de plus précieux. J’ai appris à avoir une vie à peu près normale. Mais je ne sais pas si ça va s’empirer ou bien s’améliorer, car ma maladie n’est pas connue des médecins. Je vis au jour le jour.»

«J’ai réussi à avoir mon bac à l’hôpital»

Ahmed, 19 ans, étudiant, Paris

«A l’hôpital, une infirmière passait le bac en même temps que moi. Elle avait la quarantaine. Le matin, on révisait ensemble les mathématiques. C’était moi le prof ! Les autres matières, je les révisais tout seul, parce qu’elle était en économie-gestion, alors que moi j’étais en sciences de l’informatique.

«J’avais toujours la même routine : à partir de minuit, je commençais mes révisions et je terminais à 5 heures du matin. J’ai veillé des nuits en étudiant. Mes amis et mes professeurs m’envoyaient les cours. Je cherchais aussi sur YouTube, et sur des sites de cours en ligne. C’était difficile. J’étais seul, et je ne pouvais pas demander d’aide.

«J’ai appris que j’avais un cancer du sang en entrant en terminale. Je me suis senti épuisé, et mon état s’est aggravé. Dès que je marchais un petit peu, je me sentais faible. Je dormais tout le temps, je ne pouvais plus rester avec mes amis. Je n’avais plus faim. J’ai perdu beaucoup de poids.

«J’ai appris que j’allais arrêter d’étudier et que je ne pouvais pas retourner à l’école. C’était une période difficile. La chimiothérapie a commencé, ce qui a aggravé mon état. J’ai eu une chute de cheveux, ma peau était très sensible, j’avais beaucoup de douleurs dans la bouche et dans la gorge…

«Avec détermination, patience et force, j’ai essayé de continuer mes cours à l’hôpital. J’aimais beaucoup l’année du bac. Ça faisait longtemps que j’attendais la fin du lycée et je ne voulais pas redoubler. Je n’avais jamais redoublé. A l’hôpital, je ne pouvais pas réviser toutes les matières en même temps, alors j’avais juste révisé les principales avec des gros coefficients. L’informatique par exemple, c’était coefficient 6. Si je ne faisais pas ça, je ne réussissais pas.

«J’ai réussi à avoir mon bac. Les professeurs m’ont dit que j’étais un champion. J’ai eu une mention assez bien, avec 12,2 de moyenne. J’étais fier. Je suis retourné à l’hôpital. Après mes cures, le médecin m’a dit qu’il fallait faire une autogreffe (greffe de moelle osseuse). J’ai envoyé mon dossier à Gustave-Roussy en région parisienne, et ils m’ont accepté.»

ZEP - Zone d'Expression Prioritaire

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Des élèves de lycée pro ont dû travailler la nuit pour coudre les robes de Miss France

25 Janvier 2023 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Jeunesse, #Lycee pro

Miss France 2023 : Les cinq finalistes défilent en robe de soirée et  maillots de bain

Des élèves du lycée professionnel Octave-Feuillet ont travaillé jusqu’au bout de la nuit, plusieurs jours de suite, pour coudre les robes et chapeaux des Miss France à l’occasion du concours diffusé sur TF1 en décembre dernier. Alerté, le rectorat de Paris a dû intervenir. 

Àl’aube d’une nouvelle réforme, tout est bon pour valoriser les lycées professionnels, même si l’arrière-boutique est parfois peu reluisante. Au lendemain de l’élection de Miss France 2023, le 17 décembre 2022, plusieurs personnalités du monde de l’éducation se sont ainsi fendues d’élogieux messages publics au lycée de la mode et des métiers d’art Octave-Feuillet, à Paris, dont les élèves ont réalisé cinq robes pour les finalistes du concours de beauté.

La ministre déléguée chargée de l’enseignement et de la formation professionnelle, Carole Grandjean, a adressé sur Twitter un « immense bravo » à ces lycéennes qui ont fait « briller la voie professionnelle et les yeux des français (sic) ». Le recteur de Paris, Christophe Kerrero, en complément d’un message officiel de l’académie, a personnellement salué ces « merveilleuses créations, symboles du savoir-faire et de l’excellence à la française ». Les élèves, filmées au travail, ont également fait l’objet d’un reportage, diffusé sur TF1 après le concours.

La direction du lycée elle-même a abondamment relayé l’évènement sur son compte Twitter, en concluant par la citation d’une élève déclarant avoir passé la « meilleure semaine » de sa vie à la confection de ces bikinis, capes chamarrées et coiffes ornées de plumes et de bijoux.

Le rectorat, de même que la médecine scolaire, avait cependant été alerté, cette même semaine de décembre, des conditions difficiles dans lesquelles ces costumes avaient été créés. Les élèves, mineures pour la plupart (voir notre Boîte noire en fin d’article), ont dû pour certaines travailler jour et nuit et dormir dans l’établissement, au mépris de toutes les règles encadrant la scolarité et le travail en lycée professionnel.

Ce que le rectorat de Paris, interrogé par Mediapart, ne dément pas : « Cette année, ce projet a conduit, en raison notamment de contraintes de livraison de fournitures, à exposer quelques élèves de l’établissement à un rythme de travail trop soutenu dans les derniers jours précédant la manifestation. »

Le vendredi avant la diffusion du concours sur TF1, « la directrice s’est vu sommée de ne plus faire travailler d’élèves la nuit au lycée », précise un membre de l’équipe pédagogique du lycée parisien.

"C’est le rôle des adultes, qui ont des jeunes en charge, d’apprendre qu’une carrière se construit aussi sur des “non”."

Un membre du personnel du lycée Octave-Feuillet

Selon plusieurs témoignages, le travail en atelier, partie intégrante de la formation en lycée professionnel, a en effet largement débordé le cadre habituel. Les élèves, dont la plupart n’habitent pas dans le XVIe arrondissement de Paris où se trouve le lycée Octave-Feuillet, n’ont pas pu rentrer chez elles et ont dû coudre tissus, strass et plumes une bonne partie de la nuit, les jours précédant l’évènement.

Sous la pression, certaines craquent, pleurent, font des crises d’angoisse. Pour récupérer, elles doivent dormir, la tête posée sur leurs bras croisés, à même la table de l’atelier.

Interrogée, la proviseure du lycée renvoie vers le rectorat de Paris, qui confirme avoir, « dès qu’il a été prévenu de ces éléments », immédiatement pris « les dispositions nécessaires pour les faire cesser ». Des solutions d’hébergement à proximité, en établissement scolaire, auraient été proposées aux élèves engagées dans le projet.

Au-delà de la fatigue physique et psychologique, l’enjeu de sécurité est important, puisque l’établissement, appartenant à la Ville de Paris, accueille le soir des formations pour adultes, qui ne sont en aucun cas censés croiser des mineures sur les lieux.

Un enjeu de notoriété

La pression autour d’évènements censés valoriser l’établissement et ses élèves n’est pas nouvelle. Le lycée Octave-Feuillet a déjà travaillé l’an passé à la réalisation de robes pour Miss France, et il participe à la création de chapeaux pour le « défilé des Catherinettes », chaque année, organisé par la mairie du XVIe arrondissement.

Cette fête, tombée en désuétude, célèbre sainte Catherine, patronne des « filles à marier », et consiste à coiffer de chapeaux les femmes de 25 ans n’ayant pas encore d’époux. Elle continue d’être célébrée dans le chic arrondissement parisien, cette année par un défilé aux couleurs du réalisateur américain Tim Burton.

« Entre ce défilé, qui a lieu en novembre, et les Miss France mi-décembre, les élèves sont prises dans un étau maximal, une pression énorme, même si beaucoup sont très fières et contentes de participer à ces projets, raconte ce même membre de l’équipe pédagogique. C’est d’ailleurs ce que disent les professeures, souvent issues elles-mêmes d’ateliers de haute couture : quand les élèves seront diplômées, elles devront travailler très dur, donc autant s’habituer. Mais on ne peut pas normaliser dès le lycée le fait de s’exonérer du Code du travail et de la protection de la santé ».  

Ce que confirme l’un de ses collègues. « Franchement, Octave-Feuillet, c’est un bon lycée, public, gratuit, qui donne sa chance à tout le monde, installé dans un ancien hôtel particulier, avec des gens passionnés qui y travaillent. Mais c’est le rôle des adultes, qui ont des jeunes en charge, d’apprendre qu’une carrière se construit aussi sur des “non”. »

L’entourage de Carole Grandjean affirme que la ministre n’avait pas « connaissance de ces conditions » de réalisation avant de tweeter son soutien. La société productrice du concours de Miss France, également sollicitée par Mediapart, explique avoir fait part de ses « souhaits d’orientations artistiques au lycée » dès le mois d’octobre 2022, « soit 6 à 7 semaines » à l’avance, « pour la confection de ces cinq costumes », la société Miss France fournissant la matière première dans le cadre d’une convention avec le lycée.

Ce sont les professeur·es qui ont « défini le calendrier de réalisation ainsi que les projets de créations, en fonction de ce qu’ils ont considéré comme adapté au niveau d’étude des élèves dans ces délais », ajoute le producteur Frédéric Gilbert, qui assure que la société n’a pas fait de « souhaits additionnels » justifiant des écarts en charge de travail. Il souligne également « l’exceptionnelle opportunité » pour promouvoir le lycée et les élèves, certaines sections de couture spécialisées, comme celles des « plumes et des fleurs », étant régulièrement menacées.  

L’enjeu de notoriété pour les lycées professionnels est loin d’être anecdotique. Devenu au fil du temps et des réformes le parent pauvre de l’Éducation nationale, concurrencé par l’apprentissage dispensé par les centres de formation (CFA), l’enseignement professionnel traîne une réputation de « voie de garage », malgré la diversité de ses cursus.

Le rectorat de Paris explique, dans le cas d’Octave-Feuillet, soutenir la participation des élèves au projet Miss France pour « porter l’enseignement professionnel comme voie de réussite et d’excellence pour tous les élèves ».

Le rapport à l’entreprise et au monde du travail, enfin, n’est pas le moindre des points de friction, quasiment aussi vieux que l’histoire du lycée professionnel lui-même. Né après-guerre, fort de l’idée selon laquelle il fallait « soustraire la formation professionnelle des mains du patronat », et promouvoir une formation méthodique et complète de « l’homme, du travailleur et du citoyen » – expression encore revendiquée aujourd’hui par les enseignant·es –, l’enseignement professionnel sous statut scolaire a été soumis à un virage profond ces trente dernières années.

La volonté du président Emmanuel Macron, qui en a fait un sujet personnel, est d’augmenter encore le temps passé dans les lieux de travail en dehors du lycée et de coller davantage aux besoins et aux méthodes d’apprentissage des entreprises. Une nouvelle réforme en ce sens devrait être annoncée au printemps prochain, à l’issue d’une concertation lancée sous la houlette de Carole Grandjean. L’occasion, peut-être, de rappeler à tous que le Code du travail n’est pas une option.

Mathilde Goanec

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Retraite - La jeunesse aux avant-poste de la contestation

21 Janvier 2023 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education, #Jeunesse, #Retraite

Retraites : comment la réforme incarne le bras de fer entre le pouvoir et la rue
Manifestation contre le projet de réforme des retraites du 17 décembre 2019. Jeanne Menjoulet/Flickr, CC BY-NC-ND
Mathias Bernard, Université Clermont Auvergne (UCA)

La réforme des retraites est l’un des enjeux majeurs du second quinquennat d’Emmanuel Macron, qui aspire à être le président qui réglera un dossier ouvert dès le début des années 1990. Lors de la campagne présidentielle de 2022, il s’était d’ailleurs engagé à faire aboutir une réforme dont il avait dû reporter l’adoption début 2020, sous la double pression de la rue et de la crise Covid.

Il s’engage ainsi dans un bras de fer avec les organisations syndicales, dont la mobilisation commence le jeudi 19 janvier 2023 par un appel intersyndical à la manifestation et à la grève.

Si le souvenir du mouvement de novembre-décembre 1995 contre le « plan Juppé » est dans tous les esprits, le contexte politique et social a radicalement changé et contribue à modifier le rapport de forces entre le pouvoir et la rue.

Les grandes manifestations de 1995 constituent un tournant dans l’histoire des mobilisations sociales en France. Jusqu’alors, les grands mouvements sociaux visaient à obtenir des acquis sociaux, comme en mai-juin 1936, voire à défendre l’utopie d’une nouvelle société, comme en mai 1968.

À partir des années 1970, la crise économique, l’attention portée par les gouvernements successifs à la question sociale, la montée de l’individualisme, le déclin du communisme et la dilution de l’identité ouvrière affaiblissent les mouvements revendicatifs.

La jeunesse aux avant-poste de la contestation

Les organisations syndicales adoptent alors une position plus défensive. De fait, c’est plutôt la jeunesse lycéenne et étudiante qui est promue aux avant-poste de la contestation, en 1973 contre la loi Debré), en 1986 contre la loi Devaquet réformant l’Université ou encore en 1994 contre le Contrat d’insertion professionnelle proposé par le gouvernement d’Édouard Balladur et présenté comme un « smic jeunes ». À chaque fois, le pouvoir est contraint d’abandonner son projet de réforme.

Le même Édouard Balladur avait fait adopter une première réforme des retraites, en juillet 1993, sans susciter de contestation frontale. Il avait, il est vrai, pris de multiples précautions : la réforme a été présentée dans la foulée de la très large victoire de la droite aux législatives de 1993, en plein milieu de l’été ; elle s’appuyait sur les recommandations du Livre blanc sur les retraites qui, publié deux ans plus tôt, a suscité une première prise de conscience collective de la nécessité d’une réforme ; elle concernait les seuls salariés du secteur privé.

Deux ans plus tard, le Premier ministre Alain Juppé adopte une tout autre méthode pour présenter sa réforme, qui étend aux salariés du secteur public les dispositions de la loi de 1993. Comme son prédécesseur, il pensait sans doute profiter de l’état de grâce dont bénéficie traditionnellement un gouvernement en début de mandat, après l’élection présidentielle gagnée en mai 1995 par Jacques Chirac.

Mais cette réforme semble en décalage par rapport à la campagne du candidat Chirac, centrée sur la « fracture sociale ». L’annonce du plan Juppé confirme ainsi, aux yeux de l’opinion, un changement de discours opéré dès la fin de l’été 1995 : la priorité est désormais à la réduction des déficits publics.

Front commun à gauche

À la réforme des retraites s’ajoutent à l’époque une réforme de l’assurance maladie, le blocage du montant de certaines prestations sociales et l’annonce d’un plan de rigueur à la SNCF. Cette accumulation sonne comme une provocation pour les organisations syndicales, mais aussi pour une majorité de l’opinion publique qui soutient la contestation. Un mouvement de grève touche l’ensemble du secteur public – notamment le transport –, scandé par six grandes journées nationales de mobilisation dont la dernière, le 12 décembre, regroupe près de 2 millions de personnes selon les syndicats.

Jamais, depuis mai 68, un mouvement social n’avait mobilisé autant de salariés sur une durée aussi longue : un mois.

L’opposition de gauche, jusqu’alors désarçonnée par la fin du mitterrandisme, voit là une occasion inespérée de reprendre l’offensive. Les intellectuels se déchirent entre ceux qui, derrière Pierre Bourdieu, dénoncent l’avènement d’un néo-libéralisme défendu par la noblesse d’État et ceux qui, derrière l’historien et syndicaliste Jacques Julliard, voient dans ces manifestations le symptôme d’une stérile « mélancolie sociale ».

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Cette épreuve de force tourne à l’avantage de la rue, qui bénéficie du soutien de l’opinion – à tel point que les médias ont pu parler de « grève par procuration ». Le 15 décembre 1995, Alain Juppé en prend acte et retire le projet de réforme des retraites. Cet échec affaiblit l’exécutif dès le début du septennat. Il peut d’ailleurs être considéré comme l’un des facteurs de la défaite électorale de la droite aux législatives provoquées par la dissolution de l’Assemblée nationale de 1997.

Prudence politique

Comme le souvenir de Mai 68 a alimenté, au sein de la classe politique, une véritable phobie des mouvements étudiants, la grève de 1995 et l’échec du plan Juppé ont accrédité l’idée que la réforme des retraites présentait de hauts risques politiques. C’est sans doute ce qui explique l’extrême prudence avec laquelle les gouvernements successifs abordent désormais le sujet.

En 2003, toujours sous la présidence Chirac, c’est significativement le ministre des Affaires sociales, François Fillon, et non le premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, qui porte une réforme des retraites tout en se gardant bien de toucher aux régimes spéciaux. Il fait alors face à un important mouvement de grève, qui parvient à mobiliser près d’1 million de personnes. Mais les organisations syndicales ne sont pas soutenues, comme en 1995, par l’opinion publique – et Fillon peut donc faire voter sa réforme.

À l’automne 2007, quelques mois seulement après son élection à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy présente un projet portant à 40 annuités également la durée de cotisation pour les bénéficiaires des régimes spéciaux. C’était d’ailleurs l’une de ses promesses de campagne. Mais, face à un mouvement social particulièrement suivi dans les transports et à EDF, il laisse à son ministre du Travail, Xavier Bertrand, une grande latitude pour négocier des compensations qui font dire à certains économistes que cette réforme est l’une des « réformes ratées du président Sarkozy ».

Affirmer la prépondérance du pouvoir sur la rue

L’impact réel de la réforme importe peu, il s’agit avant tout de donner l’impression du changement et d’affirmer symboliquement la prépondérance du pouvoir du politique sur celui de la rue. Il s’agissait là, pour le nouveau président, d’un enjeu important : dix-huit mois auparavant, en avril 2006, le gouvernement Villepin n’avait-il pas été contraint de retirer son projet de « Contrat première embauche », suite à un mouvement étudiant de grande ampleur, soutenu par une partie des organisations de salariés qui y voyaient une attaque contre le droit du travail ?

Manifestation contre le CPE, 2006 (JT, INA).

Même symbolique, cette victoire du politique permet aux gouvernements successifs d’imposer leurs projets de réforme, face à des mobilisations sociales qui tendent à se multiplier, à se radicaliser et à échapper parfois au contrôle des organisations syndicales – comme l’a montré le mouvement « Nuit debout », en marge de la mobilisation contre la « loi Travail » de 2016 ou encore la contestation des « gilets jaunes », à l’automne 2018.

Un test majeur pour Emmanuel Macron

En 2010, la réforme portée par Eric Woerth est adoptée, en dépit d’une mobilisation qui fait descendre plus d’un million de personnes dans la rue. En 2016 puis 2017, les présidents Hollande puis Macron passent outre la contestation sociale et n’hésitent pas à recourir à l’article 49.3 comme aux ordonnances pour assouplir la réglementation du travail.

Et c’est avant tout la crise Covid, bien plus que la mobilisation de la rue, qui interrompt l’élaboration de la réforme des retraites, engagée à la fin de l’année 2020 par le gouvernement d’Édouard Philippe. Or, le bras de fer entre le pouvoir et la rue qui démarre le 19 janvier pourrait confirmer cette prépondérance du pouvoir sur la rue, d’autant que le gouvernement a pris soin, au préalable, de disposer d’une majorité parlementaire pour faire adopter cette nouvelle réforme, en négociant avec Les Républicains.

Au-delà de la question des retraites, Emmanuel Macron met en jeu sa capacité à affirmer sa légitimité face à des oppositions aux formes multiples. Il s’agit là d’un test majeur, dont l’issue influera forcément sur l’ensemble de son second mandat.The Conversation

Mathias Bernard, Historien, Université Clermont Auvergne (UCA)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Comment expliquer les enjeux de la réforme des retraites aux plus jeunes ?

18 Janvier 2023 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education, #Jeunesse

Retraites: le pari d'une réforme en profondeur

Comment expliquer les enjeux de la réforme des retraites aux plus jeunes ?
Roxana Eleta de Filippis, Université Le Havre Normandie

La retraite, tout le monde en parle en ce moment mais, c’est quoi au juste ?

C’est un droit. Il existe, pour certains travailleurs depuis la fin du XIXe siècle mais encore aujourd’hui certains pays ne reconnaissent pas ce droit ou ne l’appliquent pas.

Un droit à quoi ? Au repos après une vie au travail qu’il soit plaisant ou pénible. C’est un droit à vivre dignement quand on n’a plus la force ou l’énergie de travailler.

Donc, on peut dire que c’est l’action de se retirer de la vie active, de quitter son travail et de recevoir un revenu, une pension de retraite, ou une retraite pour faire court, jusqu’à la mort.

On dit partir à la retraite mais en réalité on rentre en retraite. Elle peut être courte ou longue, cela dépend de l’état de santé des personnes. Les femmes et les hommes âgés de 65 ans en 2022 vivraient en moyenne 89 et 86 ans, mais beaucoup moins en bonne santé : 77 ans et 75 respectivement.

En France, les travailleuses, les travailleurs et les patrons donnent de l’argent tous les mois à une caisse, c’est une cotisation sur le salaire. Cette caisse (parfois il y a plusieurs caisses) paye les pensions des retraités.

Donc ceux qui travaillent payent tous les mois les pensions de ceux qui ne travaillent plus, les retraités. C’est pourquoi on dit que les générations des actifs et des retraités sont solidaires. C’est un modèle nommé de répartition. Ce n’est pas de l’épargne mais une solidarité intergénérationnelle. Quand on travaille, on cotise pour payer, avec toutes les personnes d’une génération, les retraites des générations plus âgées.

Mais il y a des conditions pour la retraite : actuellement, il faut travailler et cotiser au moins 42 ans et avoir 62 ans pour demander la retraite. La pension est calculée en fonction des années passées à travailler et des salaires gagnés. Donc si on ne cotise que 10 ans et que l’on arrive à l’âge de 62 ans, notre retraite est toute petite. Sous certaines conditions, on peut travailler jusqu’à 67 ans ou alors toucher une pension minimum et éviter la pauvreté.

En ce moment, le gouvernement veut changer les règles. Il souhaite que les travailleuses et travailleurs cotisent plus, pendant 43 ans et qu’ils partent plus tard à l’âge de 64 ans.

Cela pour garder l’équilibre entre les actifs et les retraités qui passent plus de temps à la retraite car ils vivent plus longtemps. Seulement, les syndicats ne sont pas d’accord et d’autres tensions sociales apparaissent avec les grèves prévues ce jeudi 19 janvier. Si tout le monde semble d’accord pour avoir un système équilibré entre ce que les actifs vont payer et ce que les retraités vont toucher, il existe différentes manières d’y parvenir : augmenter l’âge de départ mais aussi, augmenter les cotisations des employeurs ou réduire les retraites des plus riches par exemple.


Diane Rottner, CC BY-NC-ND

Si toi aussi tu as une question, demande à tes parents d’envoyer un mail à : tcjunior@theconversation.fr. Nous trouverons un·e scientifique pour te répondre.The Conversation

Roxana Eleta de Filippis, Maîtresse de conférences en sociologie, Université Le Havre Normandie

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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En France, un tiers des pauvres sont des enfants

17 Janvier 2023 , Rédigé par Liberation Publié dans #Enfance, #Jeunesse, #Pauvreté

Le code pénal pourrait punir la discrimination pour pauvreté | L'Humanité

Selon un rapport de l’Observatoire des inégalités publié mardi, les moins de 18 ans sont de plus en plus précaires. Pour les associations et les experts, les réponses des pouvoirs publics ne sont pas à la hauteur du problème.

Ils sont mentionnés spécifiquement dans le préambule de la Constitution de 1946. Au onzième alinéa, les enfants se voient garantis par la nation «la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs», ainsi qu’un «droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence». Et pourtant. Les enfants et les adolescents comptent pour près d’un tiers des 5,2 millions de personnes situées sous un seuil de pauvreté fixé à 50 % du niveau de vie médian, alors qu’ils ne représentent que 20 % de la population totale en France. En élargissant aux 18-30 ans, moins protégés que les autres adultes car les droits au revenu de solidarité active (RSA) ne s’ouvrent qu’à 25 ans, une personne pauvre sur deux a moins de 30 ans. En dressant ce constat, dans son troisième rapport sur la pauvreté en France, publié mardi, l’Observatoire des inégalités distingue deux catégories : «Les jeunes adultes, souvent en difficulté d’insertion sur le marché du travail» et «les enfants qui subissent la pauvreté de leurs parents».

Les enfants ne sont pas non plus épargnés par la grande pauvreté, définie par le fait d’avoir à la fois à vivre sous le seuil de pauvreté et de subir sept privations sévères, comme ne pas pouvoir s’acheter de vêtements neufs ou maintenir son logement à bonne température. Alors que le taux de pauvreté de l’ensemble de la population reste quasi stable depuis deux décennies, autour de 7,6 % en 2020, celui des mineurs se dégrade, passant de 8,7 % en 2004, à 11,5 % en 2019, selon les relevés de l’Insee. Pour l’Observatoire des inégalités, cette pauvreté des mineurs «est la conséquence de l’importance de la pauvreté des familles monoparentales – essentiellement des femmes seules avec enfant(s) – qui représentent un quart des très pauvres contre 10 % de la population». Plusieurs facteurs font varier le taux de pauvreté des enfants, comme la taille de la fratrie dans laquelle ils grandissent et le nombre d’adultes avec lesquels ils vivent.

Succession de crises

Sans qu’il soit aisé de les dénombrer, les mineurs seraient des «milliers à dormir à la rue, faute de place dans les hébergements d’urgence», souligne aussi le rapport sur la pauvreté. Le 22 août au soir, la Fédération des acteurs de la solidarité et l’Unicef France ont constaté que les enfants représentaient 40 % des personnes hébergées en urgence par le 115. Ils étaient cette nuit-là 41 098 précisément. Près d’un sur trois avait moins de 3 ans. Toujours selon ce baromètre, 1 658 avaient dormi dans la rue. L’Unicef France alerte sur «l’extrême pauvreté» des mineurs non accompagnés (MNA) qui, parce que leur demande de protection est en cours d’évaluation par les départements ou en attente d’audience devant le juge lorsque leur minorité a été contestée, ne bénéficient «la plupart du temps d’aucune forme de protection, vivent souvent dans la rue ou dans des habitats précaires». Ils souffrent d’un accès difficile à la scolarisation. Et l’agence onusienne de rappeler qu’en France, l’influence du milieu social sur les performances scolaires est parmi les plus élevées des pays de l’OCDE avec 20 % en France contre 13 % en moyenne (enquête PISA, 2018). «La persistance d’inégalités tant sociales que territoriales – en particulier dans les quartiers prioritaires de la ville et les territoires d’Outre-mer – empêche un trop grand nombre d’enfants d’avoir accès à l’école, aux services de santé ou de protection», résume Adeline Hazan, la présidente d’Unicef France.

La succession de crises, avec, deux ans après la pandémie, le retour d’une inflation élevée, aggrave encore les difficultés. Les prix de l’alimentation, par exemple, accusent en novembre une hausse de 12,2 % sur un an. Ceux du gaz et de l’électricité augmenteront en janvier de 15 % pour tout le monde, et bien que les chèques énergie prévus pour les plus démunis permettront d’amortir le choc, ils ne l’effaceront pas. La sociologue Vanessa Stettinger, maîtresse de conférences à l’université de Lille, l’une des rares spécialistes des enfants pauvres, observe : «La pauvreté existait avant dans leur quotidien, cela ne peut que s’aggraver. L’inflation vient renforcer les difficultés préalables sur l’alimentation des enfants, sur l’achat de leurs habits. La hausse du prix de l’énergie va aussi les toucher plus fortement, notamment quand ils vivent dans des logements mal isolés impossibles à chauffer. Ce ne sont pas les aides ponctuelles qui vont les aider à sortir de cette situation-là.» Elle évoque aussi ceux qui n’apparaissent pas encore dans les statistiques : «A côté des enfants qui vivent dans des familles où la pauvreté est persistante, des familles sont à la lisière du seuil de pauvreté. La question de l’inflation pèse sur ces familles, elle les fait basculer.»

Le sujet n’échappe pas aux biais

Les premiers constats, en provenance des associations, sont alarmants. Les Restos du cœur observent que les files d’attente s’allongent. Le Secours catholique estime, lui, que le budget des ménages qu’il accueille rétrécit. Et ce malgré les aides publiques. Le reste à vivre a diminué depuis deux ans, avec moins de 5 euros par jour et par personne pour la moitié des ménages rencontrés. «Avec cela, il faut acheter à manger, des produits d’hygiène, s’habiller…», rappelle l’association, qui ajoute : «Deux ans après le début de la crise, 48 % des ménages rencontrés se retrouvent donc dans l’incapacité de couvrir leur dépense alimentaire quotidienne.» Une hausse de trois points en deux ans.

De quoi peser sur un quotidien, celui des enfants pauvres, qui se joue au sein des foyers, et que les statistiques, seules, ne peuvent décrire. Un quotidien sur lequel les études récentes font défaut. «On n’interroge pas les enfants sur la manière dont ils vivent la pauvreté, sur ce qu’elle leur fait. Même les nombreux travaux sur la sociologie de l’enfance ne se penchent que très peu sur la différence sociale, sur la pauvreté des enfants», regrette Vanessa Stettinger. Or, un enfant pauvre «qui rentre dans une chambre d’hôtel, qui n’a pas assez à manger, n’a pas une vie d’enfant», résume Adeline Hazan. Leurs conditions de vie au sein de logements petits, insalubres, mal isolés «sont très différentes de celles des autres enfants», complète la sociologue : «Le manque de place entraîne des tensions, les couples n’ont pas d’intimité, les enfants se dérangent les uns les autres.»

Le sujet n’échappe pas à certains biais, poursuit-elle : «Sur la pauvreté des enfants, on va porter un regard particulier, souvent misérabiliste, en se focalisant sur leur devenir, avec cette peur que suscite l’enfant pauvre, que l’on lie souvent à un enfant délinquant, en échec scolaire. On ne va pas s’intéresser à sa vie au quotidien.» Là n’est pas le seul écueil : «Ces familles ne sont pas invisibles, mais leur pauvreté l’est. Envers elles, l’approche est souvent relationnelle, psychologique. Ce qui est important, mais insuffisant. Il faut une approche autour de l’environnement. On va, par exemple, traiter l’alcoolisme d’un parent, mais cela ne suffit pas pour transformer leur logement en quelque chose de vivable.»

Cette multiplicité de conséquences de la pauvreté sur les conditions de vie des pauvres, le gouvernement l’a identifiée. C’est une réponse au spectre large qu’il promet au travers du comité interministériel à l’enfance lancé le 21 novembre, qui marque, selon la Première ministre, Elisabeth Borne, «un coup d’accélérateur en faveur de l’enfance». Objectif, selon l’exécutif : «Faire que chaque enfant ait les mêmes chances, où qu’il naisse.» Pour cela, plusieurs ministères sont mobilisés : Intérieur, Justice, Santé, Logement, Education, Handicap, Travail, Collectivités territoriales… La secrétaire d’Etat chargée de l’enfance, Charlotte Caubel, assure l’animation de cette instance.

Constat d’échec

De quoi répondre en partie aux attentes des associations qui plaident pour une stratégie globale et réclament toujours un ministère de plein exercice autour de la protection de l’enfance, ce qu’elles n’ont pas obtenu, malgré les promesses de campagne d’Emmanuel Macron d’en faire une «grande cause nationale». La réponse apportée par les politiques publiques est, en effet, jugée inadaptée par nombre d’observateurs. Louis Maurin, le président de l’Observatoire des inégalités, juge qu’il existe un «grand décalage entre la réalité sociale et les politiques mises en place. Il n’est pas possible de dire qu’il n’y a pas de préoccupation, mais ce n’est pas à la hauteur. Cela ne correspond pas aux besoins sociaux les plus forts». Lui, comme les autres, insiste : «Ce sont d’abord les parents qui sont pauvres.»

Des promesses, il y en a eu. La stratégie nationale de lutte contre la pauvreté, lancée en 2018, a pris fin sur un constat d’échec. Le rapport d’évaluation publié cet été par France stratégie qualifie ses résultats de «limités» et constate que seules 4 des 35 mesures «ont été intégralement mises en œuvre». Le gouvernement a esquissé la suite en lançant une concertation avec les collectivités et les associations et en annonçant un «pacte des solidarités» avec quatre axes. Et pour «traiter l’urgence», la Première ministre a indiqué fin novembre à l’Assemblée nationale que 2,3 millions de ménages modestes recevront une prime de Noël. Un nouveau chèque, après les indemnités inflation, chèques énergie, et autres primes de rentrée. Les mesures de soutien aux plus pauvres depuis le début de la pandémie ont certes été amplifiées, mais privilégier les aides exceptionnelles par rapport à des mesures pérennes est devenu une habitude.

La réponse gouvernementale ne peut être efficace sans moyens, et sur ce point, les associations restent aussi dubitatives. Face à l’inflation, des solutions doivent être apportées au plus vite pour prévenir un «drame social», alerte le Secours catholique. Pour ne pas seulement «gérer la pauvreté» mais «permettre aux gens de s’en sortir», celui-ci réclame une revalorisation des minima sociaux à 40 % du revenu médian et des bas salaires et un droit effectif à l’emploi pour les chômeurs de longue durée. A quelques semaines de l’entrée en vigueur de la nouvelle réforme de l’assurance chômage qui va réduire la durée d’indemnisation des demandeurs d’emploi, le Secours catholique appelle le gouvernement «à mesurer l’impact de toutes les décisions de politique publique sur les plus pauvres», souvent «hors de radar». Et sur leurs enfants.

Amandine Cailhol et Anne-Sophie Lechevallier

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