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Vivement l'Ecole!

inegalites

A lire... Une Histoire des inégalités, de l'âge de pierre au XXIe siècle - Walter Scheidel

20 Mars 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Sociologie, #Inegalites, #Histoire

 

EXTRAITS

Dans une vaste enquête historique, le chercheur autrichien soutient que la réduction massive des privilèges ne peut se produire que dans des périodes extrêmes : guerre de masse, révolution, faillite de l’Etat ou pandémie. Faudra-t-il se résoudre à choisir entre la paix et l’égalité ?

Considérez-vous que l’actuelle pandémie est une manifestation du quatrième cavalier de l’apocalypse ?

Je ne le pense pas, notamment pour des raisons démographiques. Dans le passé, les grandes épidémies entraînaient une forte mortalité qui s’avère toujours propice à la réduction des inégalités. Le patrimoine des classes populaires se morcelle moins d’une génération à l’autre ; la force de travail devient plus rare, et elle est donc mieux payée, etc. Avec le Covid, il y aura cette fois-ci –et c’est heureux– proportionnellement moins de victimes, donc peu d’effets de ce type.

Nous savons aussi aujourd’hui mieux gérer les crises et maintenir une forme de statu quo social, politique et économique : les milliards d’euros et de dollars dépensés pour éviter une dépression économique majeure, les nouvelles technologies qui permettent de poursuivre le travail dans de nombreux secteurs, la science qui avance vite sur les vaccins et les traitements… Plus la stabilité est assurée, moins des bouleversements susceptibles de réduire les inégalités ont des chances de se produire. En fait, il se pourrait même que l’on ait un peu plus d’inégalités après la crise, car les personnes les plus aisées sont aussi les mieux protégées sur le plan sanitaire comme économique –celles qui peuvent télétravailler, qui ont une meilleure protection sociale, etc.– alors que les plus pauvres ne le sont pas.

L’effet de la crise sur les inégalités sera donc faible ?

Il y a une seconde hypothèse. Si la crise n’est pas aussi facilement gérée qu’on peut l’espérer aujourd’hui, si l’économie est plus endommagée que prévu, alors cela affectera les systèmes politiques, qui seront contraints de prendre des mesures de réduction des inégalités afin de limiter l’ampleur des mouvements de contestation sociale susceptibles de naître de la crise. Je ne pense pas que cela arrivera, mais c’est une possibilité.

Jusqu’à activer d’autres cavaliers de l’apocalypse, comme l’effondrement de l’Etat ou certaines révolutions ?

Ce n’est pas impossible, puisque certains Etats sont faibles, notamment en Afrique subsaharienne ou au Moyen-Orient. Ce risque vaut pour la pandémie, mais aussi pour le changement climatique et la destruction des écosystèmes qui pourraient entraîner des guerres, des mouvements révolutionnaires, des effondrements d’Etats, comme on a pu le voir en Syrie et au Yémen ces dernières années. Il y a donc un potentiel dans les décennies à venir pour que cela se produise et que ces chocs réduisent les inégalités. Mais sans doute pas en Occident où les Etats restent solides.

Votre enquête historique remonte au Néolithique. L’actuel creusement des inégalités répond-il aux mêmes logiques qu’à l’époque ?

Si l’on s’en tient aux fondamentaux, oui. Et justement, le fait d’étudier les inégalités à des époques et dans des territoires variés montre que les mêmes schémas se reproduisent. Lorsqu’apparaissent les systèmes de production agricole avec la mise en place de l’agriculture et de l’élevage, on observe une appropriation de la terre, la constitution de droits de propriété et de succession. Alors, vous évoluez inévitablement vers une société marquée par des inégalités. Les structures du pouvoir politique –rappelons que les premiers Etats naissent au Néolithique– tendent souvent à renforcer ces disparités sur le temps long. Seuls les chocs violents que constituent les quatre cavaliers de l’apocalypse sont susceptibles de s’opposer à l’ancrage de plus en plus fort des inégalités.

(...)

Une autre règle semble se détacher de vos analyses : plus un système politique et social vieillit, plus les inégalités augmentent.

Oui, car cette stabilité permet aux élites une bonne maîtrise des mécanismes de contrôle du pouvoir. Elles parviennent à surmonter de nombreuses instabilités et à transmettre leurs privilèges à la génération suivante. Cela entretient et renforce les inégalités. C’est pourquoi on observe un retour des inégalités depuis quelques décennies, après une période égalisatrice à la suite des guerres mondiales. Les bouleversements de la première moitié du XXe siècle se sont estompés. Nous avons acquis une plus grande stabilité, mais aussi une plus grande inégalité.

Pourtant, les contestations sont nombreuses, que l’on pense au mouvement Occupy, aux gilets jaunes, etc.

Ces mouvements ne changent rien, parce qu’ils ne sont pas si violents. Le mouvement des 99% aux Etats-Unis, les gilets jaunes en France, ou les mobilisations en Grèce après les mesures d’austérité de 2008 n’ont rien à voir avec une guerre civile ou une révolution. Il faut se souvenir qu’aujourd’hui, les gouvernements ont aussi beaucoup plus de moyens, que ce soit avec la police ou les technologies de surveillance, pour garder le contrôle de la situation. Cela complique la possibilité pour des mouvements vraiment transformateurs d’émerger, notamment dans les pays riches. Il faut aussi ajouter d’autres facteurs, comme le vieillissement de la population des pays riches, qui contribue à diminuer le potentiel de violence.

Il nous faut donc choisir entre paix et égalité ?

S’il fallait s’en tenir à une phrase, je crois que c’est ce que je dirais ! Mais nous pouvons aussi refuser l’alternative. Et dans ce cas, il va nous falloir inventer des moyens non violents et efficaces de réduire les inégalités. Ce n’est pas impossible, mais l’histoire ne nous aide pas à le faire. Il va nous falloir être bien plus créatif que nous ne le sommes, car c’est une tâche beaucoup plus difficile que ce qu’on aime parfois à penser. Mais cela ne veut pas dire que nous ne devrions pas essayer.

Thibaut Sardier

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Nathalie Bajos : «L’épidémie de Covid révèle les inégalités, les renforce, et en fait apparaitre de nouvelles»

3 Mars 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Inegalites

EXTRAITS

Selon les études menées par la sociologue, les conséquences de la crise sanitaire pour les populations sont étroitement liées aux rapports sociaux de domination, dont les effets sont cumulatifs.

Nathalie Bajos est une des meilleures spécialistes en France des questions liées aux inégalités et à la santé, après avoir travaillé sur la sexualité des Français. Sociologue et démographe, directrice de recherche à l’Inserm, elle dirige une vaste étude sur les inégalités face au Covid, à partir de cinq grandes cohortes regroupant près de 200 000 personnes, qu’elle interroge régulièrement. Le Covid, comme toute épidémie, se montre très inégal dans ses dégâts. Mais il pointe aussi combien nos politiques de prévention restent purement biomédicales, et n’intègrent toujours pas les facteurs sociaux. Ce qui peut devenir dramatique aujourd’hui dans l’accès aux vaccins.

Le Covid est-il une maladie particulièrement inégalitaire ?

Oui. Et c’est sans surprise : le Covid, comme toutes les épidémies, est marqué par les inégalités sociales. On l’a vu récemment pour le sida, mais ce fut aussi le cas pour la grippe espagnole de 1918 et bien d’autres épidémies encore. Le Covid s’est développé dans un pays structurellement façonné par des inégalités, sociales en général, et sanitaires en particulier. En France comme ailleurs, l’épidémie les révèle, les renforce, et en fait aussi apparaître de nouvelles.

(...)

Sur le risque d’être contaminé ou pas, y a-t-il, là, des facteurs de risque liés aux situations sociales ?

Quand on parle de l’exposition au risque, plusieurs dimensions sont à prendre en compte, et ce de manière cumulative. Où habite la personne ? Dans une ville de forte densité ? Dans quel type de logement ? Quel type de transport utilise-t-elle ? Quel travail occupe-t-elle ? Peut-elle l’exercer à distance ? Quel est son accès aux gestes de prévention ? Quels accès aux tests, au vaccin ? Toutes ces dimensions sont distribuées de manière très inégalitaire.

Peut-on être plus précis ?

Si l’on considère par exemple le fait de vivre dans une commune très dense, cela concerne 53 % des cadres supérieurs mais aussi, pour des raisons différentes, 42 % des personnes aux revenus les plus bas. Si l’on tient compte du fait de vivre ou non dans un logement surpeuplé, le regard se précise : les cadres supérieurs ne sont que 10 % à vivre dans un logement surpeuplé contre 29 % de celles et ceux ayant les revenus les plus faibles. Si l’on tient compte enfin d’un troisième indicateur d’exposition au risque, celui d’avoir travaillé à l’extérieur pendant la période de confinement, les différences sociales se renforcent puisque 50 % des cadres supérieurs sont restés travailler chez eux quand seulement entre 1 % des ouvriers et à peine 8 % des employés peu qualifiés ont pu le faire. Et si l’on examine les situations des femmes et hommes, les différences renvoient au caractère genré du marché du travail et de la répartition des tâches domestiques. In fine, on voit clairement que les facteurs d’exposition au Covid sont très différents selon les milieux sociaux et que le risque est maximum quand ces facteurs se cumulent.

Les facteurs structurels d’exposition au risque sont déterminants pour rendre compte du profil social de l’épidémie. Les personnes issues de l’immigration non européenne, plus touchées par l’infection, le sont parce que leurs conditions de vie sont plus défavorables (72 % vivent dans une commune très dense, 40 % dans un logement surpeuplé, seulement 15 % ont télétravaillé). Les études internationales montrent d’ailleurs que la surmortalité liée au Covid de certains groupes sociaux – en particulier les plus précaires ou certaines catégories de migrants – est essentiellement liée à une exposition au risque beaucoup plus grande.

(...)

Mais comment intégrer ces questions d’inégalités dans les politiques anti Covid ?

La réflexion politique s’appuie sur des connaissances scientifiques, et c’est très bien, mais cette réflexion repose très peu sur des connaissances en sciences sociales alors que cette épidémie est aussi un fait social.

Sur l’accès au système hospitalier, il n’y a pas eu, semble-t-il, de différences selon les origines sociales.

Les analyses sont en cours. Ce que l’on peut souligner, c’est que l’accès aux soins s’est fait via les médecins généralistes ou via l’hôpital. Or, les inégalités sociales dans l’accès aux soins en France renvoient surtout à l’accès aux spécialistes. Dans la prise en charge du Covid, il n’y avait pas de spécialistes, et on peut penser que l’accès socialement différencié aux soins n’est pas celui que l’on observe habituellement, car ce sont les catégories les plus populaires qui ont le plus recours aux généralistes ou à l’hôpital.

Et en réanimation ?

Nous n’avons pas encore de publications sur le sujet. Reste que la question mérite d’être posée et étudiée, car hors Covid, plusieurs études ont montré que les conditions de prise en charge de problèmes aigus de santé pouvaient différer selon les milieux sociaux.

(...)

La campagne de vaccination est-elle aussi révélatrice d’inégalités ?

(...)

L’exemple de ce qui se passe à l’AP-HP, et sans doute dans d’autres lieux, est particulièrement illustratif de cette chronique annoncée des inégalités sociales d’accès aux vaccins. Les professionnels de santé de plus de 50 ans ont été invités à se faire vacciner dès le début de mois de janvier. Il est plus que probable que des écarts importants seront enregistrés entre les différentes catégories professionnelles (aides-soignants, brancardiers, infirmières, médecins), surtout si aucune campagne de sensibilisation n’est conduite. Et on ne peut pas passer sous silence la situation des personnes qui assurent le nettoyage des bâtiments, dont les chambres des malades, et qui, parce qu’employées par des sociétés sous-traitantes, n’ont, pour la plupart, pas été invitées à se faire vacciner alors qu’elles cumulent nombre de facteurs de risque…

Eric Favereau

A lire intégralement en cliquant ci-dessous

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Najat Vallaud-Belkacem à Sciences Po, l’égalité des conditions pour un monde plus juste...

14 Février 2021 , Rédigé par La Péniche - Sciences Po Publié dans #Education, #Inegalites

Najat Vallaud-Belkacem à Sciences Po, l’égalité des conditions pour un monde plus juste...

L’ancienne ministre de l’éducation Najat Vallaud-Belkacem était présente à Sciences Po la semaine dernière dans le cadre d’une conférence organisée par le Parti Socialiste-Sciences Po, et ayant pour thème l’égalité des chances dans le cadre scolaire. Cette dernière a pu revenir notamment sur la réforme du collège menée sous le quinquennat de François Hollande ainsi que s’exprimer sur la réforme du lycée menée par l’actuel ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer.

Organisée sous la forme d’un échange de question-réponse, la conférence s’est distinguée par la pertinence des problématiques soulevées et des débats engendrés.
Tout d’abord, Najat Vallaud-Belkacem a souhaité clarifier un enjeu majeur de la discussion : elle n’aime pas le terme « d’égalité des chances », qui nierait selon elle le contexte social dans lequel baignent les individus.

Si le mérite a pour elle son importance dans la réussite scolaire, il ne fait pas tout et ne suffit pas à balayer à lui tout seul les enjeux de réussite à l’école. Outre ces préoccupations sémantiques et théoriques, nous sommes rentrés directement dans le vif du sujet lorsque l’ancienne ministre a été prise à partie sur la réforme du lycée et la suppression des filières, ainsi que sur la présence d’un grand oral au baccalauréat. L’invitée du soir a souhaité réhabiliter l’utilité des filières au lycée, et mettre en garde contre la réforme actuelle, susceptible d’orienter trop tôt (dès la classe de seconde) les élèves. A 15 ans seulement, un âge où l’on manque potentiellement de maturité, des choix effectués trop tôt pourraient influencer le parcours professionnel post-bac de lycéens encore en plein questionnement. Elle juge aussi que le grand oral du baccalauréat est indéniablement discriminant car les élèves n’y sont pas préparés.

La conférence a été aussi l’occasion d’aborder des thèmes tels que la lutte contre les violences sexistes et sexuelles à l’école ou la réforme des programmes. Constatant l’échec des abécédaires de l’égalité sous François Hollande, accusés d’inculquer la « théorie du genre » à l’école, Najat Vallaud-Belkacem a pu ajouter que le mouvement #MeToo et les récentes affaires de La Ligue du LOL montrent une volonté d’afficher une totale intransigeance envers les violences faites aux femmes, intransigeance encore en bourgeonnement pendant le précédent quinquennat socialiste.
Il faut aussi selon elle réformer les programmes, même si ce sont des réformes passionnelles qui cristallisent les tensions, afin d’inclure plus de femmes et de personnes issues de l’immigration.

La seconde partie de la conférence a été l’occasion pour des associations de Sciences Po en lien avec l’éducation de prendre la parole et d’interroger l’ex-ministre.
Des membres Des Territoires aux Grandes Ecoles, Ariane, Ambition Campus et Prométhée Education se sont ainsi succédé sur la scène de l’amphithéâtre Emile Boutmy.
Ces échanges ont permis de mettre en lumière des problématiques telles que l’inégal accès aux grandes écoles dans les territoires ruraux isolés, l’importance du milieu social dans la réussite ou encore la définition même de la « réussite », se cantonnant trop souvent à des trajectoires scolaires rectilignes dans des prépas ou des grandes écoles, niant les filières d’études technologiques et le mérite qui pourrait y être associé.

En bref, la conférence a montré une ancienne ministre sans langue de bois, lucide et clairvoyante face aux problèmes d’égalité dans le milieu scolaire. Si Najat Vallaud-Belkacem a pu montrer que l’école ne peut pas tout résoudre en matière d’égalité des chances, elle réaffirme qu’elle n’en demeure pas moins un vecteur imparfait, certes, mais ô combien nécessaire de mobilité sociale.

Sabine Audelin/La Péniche, journal des étudiants de Sciences Po

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«De là où je suis, j’ai décidé de dire les choses» - Pomme - Auteure-compositrice-interprète

14 Février 2021 , Rédigé par Médiapart Publié dans #Inegalites

La chanteuse Pomme a écrit une lettre ouverte pour évoquer les violences sexistes et sexuelles qui minent l'industrie musicale. « De mes 15 à mes 17 ans, j’ai été manipulée, harcelée moralement et sexuellement », écrit-elle. Elle a décidé « de ne plus laisser régner la peur ». « Pour que la vérité et la justice se fassent entendre ».

Par femmes, j’entends toutes les femmes, incluant les femmes trans, personnes trans-féminines et tout autre personnes victimes de violences patriarcales.

Par hommes, j’entends hommes cisgenre.

Le terme cisgenre désigne un type d'identité de genre où le genre ressenti d'une personne correspond au genre assigné à sa naissance. Le mot est construit par opposition à celui de transgenre.

Bonjour, bonsoir, je ne sais pas où vous vous trouvez.

Je suis quelque part entre la colère, le repos, la révolte et le lâcher prise.

De là où je suis, j’ai décidé de dire les choses. De ne plus laisser régner la peur, la peur de quoi, je sais même pas.

Cela fait plusieurs années que j’évolue dans l’industrie de la musique, de longues années à vrai dire, si je les compte, j’arrive à huit, à peu près. Je n’ai presque plus assez de mains.

Et si je les compte à rebours, la première année, j’avais 16 ans. 

Comme des centaines de jeunes filles qui débarquent dans ce monde parallèle, finalement pas si éloigné de l’organisation globale d’une société dangereuse pour elles.

J’en ai déjà parlé il y a quelques années, mais à l’époque, je n’avais pas la place que j’occupe aujourd’hui, c’était plus facile, ça faisait moins de bruit.

Je vais redire les choses. Que ça fasse plus de bruit aujourd’hui, tant mieux.

Mon arrivée dans l’industrie de la musique a été traumatisante. Comme pour beaucoup d’autres femmes, vous aurez commencé à le comprendre.

Énième victime d’un système d’oppression dangereux. Plus dangereux encore pour les femmes queer, handicapées, racisées. Qui sont les plus invisibilisées et discriminées.

De mes 15 à mes 17 ans, j’ai été manipulée, harcelée moralement et sexuellement, sans en avoir conscience à cette époque évidemment.

J’ai été l’objet de quelqu’un, façonnée selon ses fantasmes et déviances psychologiques.

Je ne choisissais rien de ma vie (comportements, fréquentations), ni de mon apparence (vêtements, maquillage, épilation), ni de la direction artistique de mon propre projet musical naissant à l’époque. J’ai été manipulée jusqu’à en perdre totalement confiance en moi, confiance si fébrile à cet âge là.

Être un adulte de 30 ans face à une adolescente de 16 ans et la briser. Réussir à lui faire croire qu’elle est le problème, en la sexualisant, en la rabaissant, en la contrôlant. Partir en marchant à pieds joints sur les débris d’une santé mentale détruite. Ne plus jamais donner de nouvelles.

« Sois plus sexy, moins enfant. »

« J’aurais dû te baiser ». 

« Reprends tes chansons de merde et casse-toi, débrouille-toi. »

La stratégie d’un nombre effrayant d’hommes artistes, producteurs, musiciens, chanteurs, directeurs de labels, directeurs artistiques, et j’en passe. 

Il a fallu des années avant que je prenne conscience de ce qu’il s’était passé et puisse y attribuer les mots justes. En comprendre les conséquences à long terme sur ma santé mentale. Alors, quand j’ai sorti mes premières chansons, autour de 2015/2016, j’étais encore piégée dans l’idée que j’étais coupable de cette situation. L’artiste des débuts que certain.e.s ont connu était enfermée dans une cage. Cage qui s’est un peu agrandie à la sortie d’un premier album, mais qui n’en restait pas moins une cage. J’ai mis des années à retrouver une confiance en moi qui puisse me porter et m’autoriser à être celle que je suis aujourd’hui.

Alors voilà, je n’ai pas envie de dire moi, parce que je parle pour des milliers de personnes ici, je ne parle pas que de mon histoire. Je ne suis pas un cas isolé, bien au contraire, et j’ai eu la chance d’être entourée par la suite d’humains bienveillants (à l’intérieur, mais surtout à l’extérieur du milieu de la musique) qui m’ont permis de reprendre possession de mon corps, de mon art, et de ma valeur au fil des années.

J’écris cette lettre pour toutes les personnes qui n’ont pas encore trouvé cet espace dans lequel se reconstruire, qui n’en ont pas la chance, pas l’opportunité, j’écris pour espérer que quelques unes se sentiront moins seules, pourront demander de l’aide, et pour que les autres réalisent et agissent, devant l’ampleur des violences quotidiennes perpétrées dans nos professions.

Cet été, @MusicToo a recueilli plus de 300 témoignages de harcèlement, agressions et viols, réalisés dans 98% des cas par des hommes sur des femmes.

Il y a donc un grand nombre d’hommes qui évoluent dans cette industrie en étant des harceleurs, des agresseurs, des violeurs. Un nombre que personne ne peut imaginer.

Prenez conscience d’une chose: vous les voyez à la télé, vous les entendez à la radio, vous les applaudissez en concert (avant la pandémie). Vous les acclamez. Vous consommez leur musique, je la consomme aussi sûrement, sans le savoir.

Pour mes collègues de l’industrie: vous les produisez, vous les abreuvez, vous les comptez parmi vos amis.  

Parfois, je suis dans les mêmes loges, dans les mêmes salles, sur les mêmes scènes qu’eux. Ils sont libres.

Ils sont exempts de la justice. Parce qu’ils sont des hommes, riches, puissants, assis sur des sièges de velours brodés de leurs noms en lettres d’or, desquels rien, pas même la justice, ne saurait les déloger.

« Pourquoi les femmes ne portent pas plainte? Pourquoi dénonce-t-on les coupables sur Instagram? » (demande Jean-Bernard, 57 ans). 

Parce que la justice les acquitte, mesdames et messieurs. 

Parce que porter plainte, être entendue est un processus extrêmement douloureux et laborieux, qui n’arrive que rarement à ses fins.

Parce que tout le monde n’a pas le même cheminement vers la guérison.

Parce que malgré les accusations, les plaintes, ils sont en couverture des magazines, ils sont à la télé, ils occupent des postes d’avantages, ils flottent au dessus des lois.

La société, maison mère de la culture du viol, regorge de ces individus, ils n’existent pas que dans la musique, non non. Mais dans la musique (comme dans le cinéma et bien d’autres milieux), ils ont accès à l’argent, à l’exposition et au pouvoir, le cocktail parfait pour être des criminels en toute impunité.

Si la justice et le système les protègent, si le gouvernement ne fait rien, il est temps que nous parlions. Il est temps que la honte et la peur change de camp. Nous sommes capables d’identifier ces comportements et agressions. Donc nous sommes capables de les renverser et de changer les choses.

Alors voilà, j’ai été harcelée sexuellement, et par la suite, mansplainée à d’innombrables reprises, et puis diminuée et réduite dans mes compétences, et puis et puis. Je suis pas la seule, je suis pas une exception et je suis pas à plaindre. 

Je n’ai pas l’intention de me faire plus petite. Je n’ai pas l’intention de la fermer.

Je n’ai pas l’intention d’être de celles.eux qui cautionnent. 

Je ne parlerai pas pour mes sœurs ou mes frères, je ne donnerai pas de noms à des histoires qui ne m’appartiennent pas. Je peux simplement raconter la mienne. 

Mais maintenant vous connaissez mon camp. 

Je marche les mains tendues vers toutes les personnes qui ont peur, quand elles tombent, quand elles souffrent, quand le courage les déserte. Je suis toujours, toujours prête à les écouter, je les comprends, oh comme je les comprends. 

Et si je collabore, m’associe avec l’un d’eux, s’il vous plait, dîtes le moi.

Ça suffit. C’est assez. 

Parlons-nous. Avec douceur ou avec hargne. Pour que la vérité et la justice se fassent entendre. Pour que les corps, les cœurs, les âmes de nos filles, de nos sœurs, de nos mères, ne soient plus piétinées. 

Qu’elles soient élevées au rang qui leur revient.

Le droit de rêver, le droit de vivre, le droit d’être. Intégralement. Sans peur.

Ce sera au moins un début.

Pomme

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L’après-pandémie, des leçons et une boussole pour l’avenir - Najat Vallaud-Belkacem

7 Août 2020 , Rédigé par Libération - Najat Vallaud-Belkacem Publié dans #Environnement, #Inegalites, #pandémie

L’après-pandémie, des leçons et une boussole pour l’avenir - Najat Vallaud-Belkacem

Santé, égalité femmes-hommes, climat, financements innovants et lutte contre la corruption : la crise sanitaire mondiale pourrait être le point de départ d'un nouveau multilatéralisme, estime l'ancienne ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem.

Tribune. Cette année marque le 25anniversaire du processus de Barcelone, et l’occasion de célébrer la coopération régionale et multilatérale. Mais c’est aussi l’heure de réinterroger nos objectifs – nationaux, régionaux, internationaux, à l’heure où la pandémie du Covid-19 bouscule nos certitudes les plus ancrées. De précieux enseignements surviennent de cette période douloureuse : la menace d’une résurgence fait craindre que nous ne soyons en sécurité que lorsque nous le serons toutes et tous. Ce virus ne connaît pas de frontière, et la solidarité et la coopération internationales ne devraient pas en avoir non plus. Le multilatéralisme est donc plus que jamais nécessaire, mais il ne doit pas faire l’économie de se réinventer : les coopérations Nord-Sud devraient être renforcées, en assurant un pied d’égalité aux pays en développement et en élevant les voix africaines. Le multilatéralisme doit être équipé d’une vision et d’une mission solides. Santé, égalité femmes-hommes, lutte contre la corruption et contre le changement climatique sont autant de pistes pour le partenariat Euromed et l’Union pour la Méditerranée de demain que pour le multilatéralisme et le monde que nous souhaitons construire ensemble.

L’importance de l’investissement dans les services publics et le renforcement des systèmes de santé sont des piqûres de rappel coûteuses, mais aussi un héritage majeur pour l’après-Covid. La recherche nous avait prévenus sur le risque d’épidémies, et même équipé d’outils restés sous utilisés. Avec pour preuve le Règlement sanitaire international : en 2005, suite à l’épidémie meurtrière du Sars, 196 pays s’engagent à se préparer à détecter, communiquer et répondre aux futures menaces sanitaires. Aujourd’hui, aucun pays ne respecte complètement ce règlement, et les pays à faible revenu accusent le plus de retard. La crise du Covid-19 nous enseigne encore une fois que la prévention est et restera toujours plus efficace et moins coûteuse en vies humaines et en ressources que la politique de l’urgence.

Au-delà des secteurs essentiels rappelés par la pandémie, il y a les travailleurs essentiels – où devrais-je dire, ici, les travailleuses. Les femmes sont en première ligne dans le combat contre le virus, comme en témoigne d’ailleurs le cas français, avec plus de 90% de femmes dans les métiers d’aides-soignantes, de personnel d’Ehpad, de caissières et d’aides à domicile. Ces métiers du care reposent la question de l’asymétrie entre la valeur sociale du travail et leur valorisation sociale et financière. Les femmes restent par ailleurs très peu représentées dans les postes de décision durant la crise, et n’ont pas voix égale au chapitre pour un avenir qui les concerne tout autant. Le Forum Génération Egalité, sous l’égide franco-mexicaine et reporté à 2021, est un appel aux féministes du monde entier, et pourrait être l’occasion de faire naître des synergies en région euro-méditerranéenne. La revalorisation des métiers du care, l’inclusion d’un volet relatif à l’égalité femmes-hommes dans les négociations internationales (on ne peut plus se permettre des politiques publiques aveugles à la question du genre), ainsi qu’un mécanisme de redevabilité chargé du suivi des engagements et des avancées sur l’égalité femmes-hommes sont autant de questions à investir pour le Partenariat, et dont le Forum féministe l’an prochain pourrait se faire le porte-voix.

Un autre chantier incontournable : le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité sont, on l’a vu, étroitement liés au développement d’épidémies. Il faut tirer les mêmes conclusions pour la santé que pour le climat : l’heure d’agir est avant les crises. Le respect des accords de Paris et de principes de justice climatique doit trouver une centralité dans les fora internationaux, à commencer par l’euro-méditerranéen.

L’épineuse question des financements de ces politiques ambitieuses peut trouver un double ancrage : la lutte contre les flux financiers illicites et la corruption, qui engloutissent des milliards chaque année, mais aussi la mobilisation autour de financements solidaires. Un bon exemple est celui de la taxe sur les transactions financières en France, dont une partie des revenus est affectée à l’aide au développement, dans un effort de corriger les effets néfastes de la mondialisation.

Santé, égalité femmes-hommes, climat et financements innovants : la liste n’est pas exhaustive, mais cette nouvelle décennie pourrait être celle où le partenariat euro-méditerranéen, mais aussi le multilatéralisme sous ses autres formes, se saisissent de ces sujets pour en faire des boussoles pour l’avenir.

Najat Vallaud-Belkacem, ancienne Ministre de l'Education Nationale, Directrice générale de ONE France

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Se préparer à relever le défi de l’égalité...

17 Juillet 2020 , Rédigé par Sciences Po Publié dans #Inegalites, #Femme

Photo Guillaume Adjagba / Sciences Po

Photo Guillaume Adjagba / Sciences Po

Découvrir le programme du Certificat Égalité femmes hommes et politiques publiques avec Hélène Périvier et Najat Vallaud-Belkacem

Depuis 2019, le Certificat Égalité femmes-hommes et politiques publiques forme les élèves de l'École d’affaires publiques et de l’École des affaires internationales de Sciences Po aux politiques de lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes et les discriminations. Najat Vallaud-Belkacem et Hélène Périvier, les directrices de ce Certificat, nous présentent le programme pour l’année 2020-2021.

Pourquoi avez-vous créé le Certificat Égalité femmes-hommes et politiques publiques ?

Najat Vallaud-Belkacem : Nous sommes convaincues que lutter contre les biais qui conduisent aux différences de traitements réservés aux femmes et aux hommes, ça ne s’improvise pas. Qu’il y a des méthodes à acquérir pour le faire. Des méthodes scientifiques et des leçons tirées du partage d’expérience. Nous voulons faire des étudiantes et des étudiants qui auront suivi ce certificat de futurs responsables au regard extrêmement aiguisé sur ces questions. Pour qu’ils deviennent des agents du changement, que ce soit dans le secteur public ou privé.

Hélène Périvier : Il s'agit de former des étudiantes et étudiants pour les préparer à relever le défi de l'égalité dans leur vie professionnelle, et plus largement dans leur citoyenneté. Nous souhaitons créer entre les élèves d'une même promotion une forme d'entraide et de solidarité en espérant que cet esprit se prolongera au-delà de leur scolarité pour porter l'égalité.

Lors de chaque séance du Certificat, vous invitez une personne à témoigner ou à présenter un état des savoirs. Comment choisissez-vous les thématiques abordées ?

Hélène Périvier : Nous essayons d'articuler savoirs académiques et mise en oeuvre pratique, avec des cours au premier semestre puis des études de cas au deuxième semestre. Le premier semestre propose un état des lieux par thématiques, comme le féminisme d'État, les inégalités de représentation en politique et les inégalités professionnelles.

Najat Vallaud-Belkacem : Rien de tel que d’être confronté à l’expérience pratique pour comprendre les écueils de la réalité au delà de la théorie ! Ce qui fait la force de ce Certificat c’est justement l’alternance d’éclairages théoriques et d’illustrations pratiques. Ce sont ces dernières qui permettent de comprendre les difficultés mouvantes rencontrées par les femmes dans certains mondes professionnels, la complexité à conduire des réformes, les techniques de débat et de communication...

Cette année, les élèves travailleront à partir d’études de cas portant sur des thématiques actuelles. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Hélène Périvier : L'idée derrière ces études de cas est de montrer que les politiques d'égalité doivent être pensées en cohérence avec les savoirs de la recherche, mais cela ne suffit pas : leur mise en oeuvre est bien plus complexe du fait des résistances de toutes sortes. Les thématiques retenues sont centrées sur des enjeux importants de l'égalité, comme les politiques familiales, par exemple les congés parentaux qui ont été réformés dans de nombreux pays européens pour promouvoir l'investissement des hommes dans la famille.

Najat Vallaud-Belkacem : Nous aimons plonger nos étudiants dans la peau des législateurs et leur demandons à chaque fois une perspective comparative internationale. À travers ces études de cas, ils se familiarisent avec la notion d’arbitrage politique en apprenant à tenir compte des contraintes inhérentes à l’action politique.

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"Le Certificat Égalité a donné du sens à ma préparation des concours administratifs." Elsa, stagiaire au Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes

"Le Certificat m’a apporté du répondant, il m’a permis de me construire dans cette lutte féministe, de m’y retrouver et d’établir un discours cohérent."Rita, fondatrice d'une association contre la précarité menstruelle

"Il me semblait important, pour poursuivre dans la fonction publique, d’avoir conscience des biais de genre et des inégalités fondamentales qui persistent."Clotilde, stagiaire à la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences

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La pandémie de Covid-19 pourrait fragiliser les traditionnels laissés-pour-compte de l'éducation: enfants les plus pauvres, fillettes et handicapés...

24 Juin 2020 , Rédigé par France 24 Publié dans #Education, #Inegalites

La pandémie de Covid-19 pourrait fragiliser les traditionnels laissés-pour-compte de l'éducation: enfants les plus pauvres, fillettes et handicapés...

EXTRAITS

Selon l'Unesco, la pandémie de Covid-19, génératrice de perturbations sans précédent dans l'éducation, source de fractures sociale et numérique, pourrait fragiliser encore davantage les traditionnels laissés-pour-compte de l'éducation : le enfants les plus pauvres, les fillettes et les handicapés.

À l'occasion de la publication d'un rapport mondial, l'Unesco alarme mardi 23 juin sur la situation de l'éducation à la suite de la pandémie de Covid-19. Selon l'organisation des Nations unies, le virus a généré des perturbations sans précédent. 

"Les expériences du passé, comme avec Ebola, ont montré que les crises sanitaires pouvaient laisser un grand nombre de personnes sur le bord du chemin, en particulier les filles les plus pauvres, dont beaucoup risquent de ne jamais retourner à l'école", affirme ainsi la directrice de l'Unesco, Audrey Azoulay, dans l'avant-propos du rapport, intitulé "Inclusion et éducation - Tous, sans exception".

(...)

En 2018, l'Afrique subsaharienne abritait la plus grande cohorte de jeunes non scolarisés, dépassant pour la première fois l'Asie centrale et du Sud : 19 % des écoliers, 37 % au niveau du collège, 58 % des lycéens potentiels.
 
Dans le monde, près de 260 millions de jeunes n'avaient pas accès à l'éducation, soit 17 % de ceux en âge d'être scolarisés. Et parmi les premiers exclus figurent les enfants défavorisés, les fillettes et jeunes filles, les enfants en situation de handicap, ceux issus de minorités ethniques ou linguistiques, les migrants...
 
Ainsi, "les élèves de 10 ans des pays à revenu moyen et élevé ayant reçu un enseignement dans une langue autre que leur langue maternelle obtiennent généralement des résultats inférieurs de 34 % à ceux des locuteurs natifs dans les tests de lecture".
 
(...)
 
"Alors que 55 % des pays à faible revenu ont opté pour l'apprentissage à distance en ligne dans l'enseignement primaire et secondaire, seuls 12 % des ménages des pays les moins avancés ont accès à l'Internet à domicile. Même les approches qui ne nécessitent que de faibles moyens technologiques ne peuvent garantir la continuité de l'apprentissage. Parmi les 20 % de ménages les plus pauvres, seuls 7 % disposent d'une radio en Éthiopie et aucun n'a de télévision"
 
(...)
 
Article complet à lire en cliquant ci-dessous
 
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Programme du Certificat Égalité femmes hommes et politiques publiques avec Hélène Périvier et Najat Vallaud-Belkacem...

12 Juin 2020 , Rédigé par Sciences Po Publié dans #Inegalites

Programme du Certificat Égalité femmes hommes et politiques publiques avec Hélène Périvier et Najat Vallaud-Belkacem...

Depuis 2019, le Certificat Égalité femmes-hommes et politiques publiques forme les élèves de l'École d’affaires publiques et de l’École des affaires internationales de Sciences Po aux politiques de lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes et les discriminations. Najat Vallaud-Belkacem et Hélène Périvier, les directrices de ce Certificat, nous présentent le programme pour l’année 2020-2021.

Pourquoi avez-vous créé le Certificat Égalité femmes-hommes et politiques publiques ?

Najat Vallaud-Belkacem : Nous sommes convaincues que lutter contre les biais qui conduisent aux différences de traitements réservés aux femmes et aux hommes, ça ne s’improvise pas. Qu’il y a des méthodes à acquérir pour le faire. Des méthodes scientifiques et des leçons tirées du partage d’expérience. Nous voulons faire des étudiantes et des étudiants qui auront suivi ce certificat de futurs responsables au regard extrêmement aiguisé sur ces questions. Pour qu’ils deviennent des agents du changement, que ce soit dans le secteur public ou privé.

Hélène Périvier : Il s'agit de former des étudiantes et étudiants pour les préparer à relever le défi de l'égalité dans leur vie professionnelle, et plus largement dans leur citoyenneté. Nous souhaitons créer entre les élèves d'une même promotion une forme d'entraide et de solidarité en espérant que cet esprit se prolongera au-delà de leur scolarité pour porter l'égalité.

Lors de chaque séance du Certificat, vous invitez une personne à témoigner ou à présenter un état des savoirs. Comment choisissez-vous les thématiques abordées ?

Hélène Périvier : Nous essayons d'articuler savoirs académiques et mise en oeuvre pratique, avec des cours au premier semestre puis des études de cas au deuxième semestre. Le premier semestre propose un état des lieux par thématiques, comme le féminisme d'État, les inégalités de représentation en politique et les inégalités professionnelles.

Najat Vallaud-Belkacem : Rien de tel que d’être confronté à l’expérience pratique pour comprendre les écueils de la réalité au delà de la théorie ! Ce qui fait la force de ce Certificat c’est justement l’alternance d’éclairages théoriques et d’illustrations pratiques. Ce sont ces dernières qui permettent de comprendre les difficultés mouvantes rencontrées par les femmes dans certains mondes professionnels, la complexité à conduire des réformes, les techniques de débat et de communication...

Cette année, les élèves travailleront à partir d’études de cas portant sur des thématiques actuelles. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Hélène Périvier : L'idée derrière ces études de cas est de montrer que les politiques d'égalité doivent être pensées en cohérence avec les savoirs de la recherche, mais cela ne suffit pas : leur mise en oeuvre est bien plus complexe du fait des résistances de toutes sortes. Les thématiques retenues sont centrées sur des enjeux importants de l'égalité, comme les politiques familiales, par exemple les congés parentaux qui ont été réformés dans de nombreux pays européens pour promouvoir l'investissement des hommes dans la famille.

Najat Vallaud-Belkacem : Nous aimons plonger nos étudiants dans la peau des législateurs et leur demandons à chaque fois une perspective comparative internationale. À travers ces études de cas, ils se familiarisent avec la notion d’arbitrage politique en apprenant à tenir compte des contraintes inhérentes à l’action politique.

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"Le Certificat Égalité a donné du sens à ma préparation des concours administratifs." Elsa, stagiaire au Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes

"Le Certificat m’a apporté du répondant, il m’a permis de me construire dans cette lutte féministe, de m’y retrouver et d’établir un discours cohérent."Rita, fondatrice d'une association contre la précarité menstruelle

"Il me semblait important, pour poursuivre dans la fonction publique, d’avoir conscience des biais de genre et des inégalités fondamentales qui persistent."Clotilde, stagiaire à la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences

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