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Gérald Darmanin avait déclaré qu'il refuserait de marier des homosexuels. On peut donc être homophobe et ministre.

Voulant échapper au collège public où je redoutais le harcèlement des «caïds», j’ai poursuivi ma scolarité dans un collège privé catholique. Malgré l’autorité apparente de l’administration, je n’ai cessé d’être harcelé et maltraité pendant sept ans. Crachats, coups, insultes, lancers de sac à dos en plein visage, menaces. Tel était le quotidien haineux auquel j’ai survécu. Les jeunes homosexuels, comme la plupart des minorités pointées du doigt, savent parfaitement ce qu’est la haine, le rejet, la discrimination, la violence organisée et instituée, les silences complices.

C’était du racisme. Ni plus ni moins. On ne me traitait ni de «négro» ni de «bougnoule», mais de «pédé», de «pédale», de «tapette», de «fiotte», de «tante», de «tantouze», de «tafiole». Les «pédés» bénéficient d’une bien plus grande variété d’insultes que les Noirs et les Arabes. Nous sommes des privilégiés en la matière. Et d’ailleurs, il aurait été impensable que des racistes aient leur place au gouvernement. Mais des homophobes, cela ne pose visiblement aucun problème.

Comme l’a justement observé Caroline De Haas : «Gérald Darmanin a quand même expliqué qu’il refusait de marier des personnes de même sexe. Ça s’appelle de la discrimination. De l’homophobie. L’homophobie, ce n’est pas uniquement des gens qui vont tuer des homosexuels en Tchétchénie. C’est, tout simplement, le fait de traiter différemment des personnes. Pour moi, ça dit beaucoup d’Emmanuel Macron. Ça dit que l’égalité des droits n’est pas un élément structurant de sa pensée politique. Manifestement, l’homophobie n’est pas une ligne jaune. C’est tout ce que je remarque. On peut être homophobe et ministre.»

J’ai expérimenté et subi la haine homophobe durant toute mon adolescence. Et mes tortionnaires de l’époque n’imaginent pas à quel point l’homosexualité, après avoir été une malédiction, m’a finalement émancipé. Mais au moment où l’islam radical est une menace supplémentaire pour les homosexuels – exécution de Syriens et d’Irakiens, attentat d’Orlando, expulsion de Redouane Dabi et Ayoub Sedki, deux Marocains projetant des attentats dans une boîte de nuit gay à Metz –, le gouvernement français aurait dû se montrer exemplaire sur ce chapitre. Il n’en est rien.

Hier soir, j’ai terminé la première saison de la série controversée 13 Reasons Why. Celle-ci décrit parfaitement l’enfer que peut être le collège-lycée. Dans le dernier épisode, on apprend la treizième raison pour laquelle Hannah Baker, le personnage principal, a choisi de se trancher les veines. Le conseiller d’éducation lui a «conseillé» de «tourner la page» de son viol et ne l’a pas retenue, alors qu’elle avait explicitement fait comprendre qu’elle voulait en finir. Cela m’a rappelé des souvenirs d’un autre registre quand, toujours mineur, je prenais mon courage à deux mains pour affronter la direction de mon établissement, révélant ce que j’y vivais quotidiennement depuis sept ans. Et ce jour, la direction a répondu à l’adolescent que j’étais, après un haussement d’épaules : «Que voulez-vous, il y a des choses qui se voient». Il y a des choses qui se voient…

Cette phrase, qui justifie l’homophobie, est semblable à la nomination d’un Gérald Darmanin au gouvernement. Professeurs, parents d’élèves, conseillers d’éducation, émissions beaufs du PAF spécialisées dans l’humiliation (suivez mon regard), directions d’établissement, gouvernement… Un jour, il faudra s’interroger sérieusement sur la responsabilité des adultes dans la perpétuation de ces comportements inacceptables contre les homosexuels.

Alban Ketelbuters doctorant en Histoire et civilisations à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS)