Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

histoire

Lire la suite

Policiers à l'Ecole: Belloubet et Bayrou vont-ils l'emporter sur 'Castagner'?...

31 Octobre 2018 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Histoire

Policiers à l'Ecole: Belloubet et Bayrou vont-ils l'emporter sur 'Castagner'?...

Au ''Grand-Jury RTL-Le Figaro-LCI'', la Garde des Sceaux a tenu à faire valoir dimanche dernier que "l'école n'est pas une maison de redressement. Il est indispensable de concevoir l'école uniquement comme un lieu de savoir".

Ce faisant, Nicole Belloubet a rejoint les positions exprimées de longue date par François Bayrou, un allié politique d'Emmanuel Macron qui a son importance.

Le nouveau ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner s'est empressé il y a quelques jours de déclarer qu’il « n’excluait pas la présence physique de forces de l’ordre à l’école » ( "avec l’accord du chef d’établissement '' a-t-il précisé par la suite).

Ce faisant, il a choisi la position de Nicolas Sarkozy à laquelle s’opposait François Bayrou dans une querelle historique passée (mais pas dépassée semble-t-il; et en un sens qui en dit long sur certains penchants actuels)

Retour en arrièreLa question de la violence à l’Ecole est très présente – et plus que jamais – durant la longue campagne de l’élection présidentielle de 2007.

Dès février 2006, Nicolas Sarkozy s’empare de ce thème et le développe longuement en appelant à la ‘’mobilisation ». Et, comme il l’avait déjà fait dès janvier 2004, Nicolas Sarkozy appelle de façon réitérée à l’installation permanente de policiers dans les établissements qui en feraient la demande.

François Bayrou se démarque très tôt de lui, dès la clôture du colloque sur l’éducation organisé par l’UDF le 11 mars 2006 : « retrouver un collège paisible, cela ne se fera pas avec des policiers dans les établissements scolaires, car si nous acceptons l’idée que la loi de l’école est la même que celle de la rue, alors l’école a perdu. Les valeurs de la rue, c’est trop souvent – hélas ! – la loi du plus fort. Et la police est là pour imposer la force de la loi aux caïds qui veulent prendre le dessus. Les valeurs de l’école ce n’est pas la loi du plus fort, c’est la loi du respect, le respect du savoir, le respect de l’éducation, et le respect de l’autre.  Si l’on veut sauver l’école, il faut défendre son système de valeurs ! C’est l’autorité du professeur et du surveillant qu’il faut reconstruire ».

Et, lors de son passage sur France II le 13 février 2007, François Bayrou répond à une question sur les violences des élèves que « la poignée d’entre eux qui déstabilisent certains établissements doivent être placés dans des établissements spécialisés où ils seront encadrés par des éducateurs chargés de leur redonner des repères », tout en réitérant sa ferme opposition à l’entrée de policiers à l’école comme le veut Nicolas Sarkozy : « une erreur de la pensée, car la loi de l’école ce sont les enseignants et les éducateurs ; si on met des policiers à l’école, c’est la défaite de l’éducation et ce sera la loi du plus fort ».

Par delà les questions de principe (qui sont en l'occurrence de toute première importance) on doit aussi noter que les tentatives effectives de Nicolas Sarkozy n'ont pas rencontré en leur temps un franc succès, loin s'en faut

A partir de 2004, Nicolas Sarkozy a fait plusieurs tentatives afin que des policiers soient installés dans des établissements scolaires sensibles. A chaque fois, il a rencontré l’opposition des principaux syndicats d’enseignants et de chefs d'établissement ainsi que les réserves de la plupart des syndicats de la police (les uns et les autres considérant qu’il s’agit d’un ‘‘mélange des genres’’ fâcheux et qui pose des questions de postes mal résolus pour les uns comme pour les autres).

Finalement, une circulaire interministérielle est parue le 16 août 2006 sous les signatures de Gilles de Robien (ministre de l’Education nationale), Nicolas Sarkozy (ministre de l’Intérieur) et Pascal Clément (ministre de la Justice), où il est dûment indiqué que « le chef d’établissement peut, après en avoir informé son conseil d’administration, en concertation avec les services de police ou les unités de gendarmerie, demander à ceux-ci d’organiser, dans l’enceinte de l’établissement, une permanence d’un agent des forces de l’ordre. Ce dernier sera à même de participer à des actions de prévention, il sera à l’écoute des personnels et des élèves, et pourra intervenir en cas de problème ». Il est aussi dûment précisé que « les autorités académiques inciteront les chefs d’établissements dans lesquels les actes de violence sont très fréquents à demander la mise en place d’un tel dispositif ».

Quatre ans après, rien ne semble s’être passé sur le terrain (peu empressé, à l’évidence, d’aller spontanément dans cette direction). Dans le contexte de l’accentuation de sa politique ultrasécuritaire, Nicolas Sarkozy annonce à nouveau l’installation de policiers au sein de collèges et lycées difficiles « sur la base du ‘’volontariat’’ du chef d’établissement », en soulignant qu’en cas de refus, le chef d’établissement devrait « prendre ses responsabilités et le signaler par écrit au ministre de l’Intérieur ».

Cette injonction renouvelée et pressante est suivie d’un certain effet à la rentrée scolaire. Mais il est significatif que l’installation de la première policière en uniforme dans le lycée polyvalent de Moissy-Cramayel (Seine-et-Marne ) en présence des ministres de l’Education et de l’Intérieur ne s’est pas faite sans manifestation résolue d’opposition : un quart de enseignants ont été jusqu’à faire grève, et un fort groupe d’élèves encadrés par des représentants de la Fidel (la Fédération indépendante et démocratique lycéenne) ont accueilli les ministres bruyamment, le proviseur faisant quelque peu profil bas...

Claude Lelièvre

Lire la suite
Lire la suite

Sortir... ARMISTICE, soirée de lectures de textes d’écrivains contemporains autour de la grande guerre... Paris/25 octobre

20 Octobre 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Histoire, #Littérature

Sortir... ARMISTICE, soirée de lectures de textes d’écrivains contemporains autour de la grande guerre... Paris/25 octobre

Avec la Comédie Française, les Éditions Gallimard et la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale.

Jeudi 25 octobre à 20h Maison de la radio - Studio 104  116 avenue du Président Kennedy 75016 Paris

RÉSERVEZ ICI

ARMISTICE

Une soirée France Culture de lectures de textes d’écrivains contemporains autour de la grande guerre

Fiction, récit, chant, discours, essai, lettre… : une dizaine de prises  de parole inédites et très personnelles à découvrir en musique en  partenariat avec la Comédie-Française, les Éditions Gallimard et la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale.
 

Textes de Carole Martinez, Sylvie Germain, Boualem Sansal, Danièle Sallenave, François Cheng, Didier Deaninckx, Jean-Christophe Rufin, Anna Hope, Pierre Jourde et Anna Moï.

Lus par la troupe de la Comédie-Française : Thierry Hancisse, Pierre Louis-Calixte, Nâzim Boudjenah, Dominique Blanc.

François Dumont au piano

Réalisation de Baptiste Guiton

Diffusion sur France Culture le dimanche 11 novembre à 21h dans Théâtre et Cie.

Parution de l'ouvrage ARMISTICE aux éditions Gallimard le 25 octobre 

Lire la suite

"Un enfant de 4 ans issu d’une famille défavorisée a entendu 30 millions de mots en moins qu’un enfant issu d’une famille aisée. " Jean-Michel Blanquer... Sauf que...

18 Octobre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Histoire

"Un enfant de 4 ans issu d’une famille défavorisée a entendu 30 millions de mots en moins qu’un enfant issu d’une famille aisée. " Jean-Michel Blanquer... Sauf que...

"On sait par exemple, qu’un enfant de 4 ans issu d’une famille défavorisée a entendu 30 millions de mots en moins qu’un enfant issu d’une famille aisée. " Jean-Michel Blanquer

Cette affirmation, maintes fois dite sur tous les plateaux, devant tous les micros - et il y en a pléthore - est, par son contenu, impressionnante!

Le chiffre - 30 millions! - surprend l'interlocuteur/journaliste, l'auditeur, le téléspectateur, le lecteur. Evidemment, jamais, ce chiffre n'est accompagné de la moindre source. Jamais d'ailleurs cette source n'est demandée. Le Ministre a dit... le Ministre a donc forcément raison. La parole institutionnelle en France est très rarement mise en débat.

Surtout depuis 16 mois.

Et pourtant...

Ce chiffre ne repose sur AUCUN fondement sérieux. Il ne s'agit certes pas d'une Fake news. Plutôt une de ces nombreuses "légendes urbaines" devenues vérités à force d'être crues.

Mais alors d'où vient ce chiffre?

D'une étude réalisée par des universitaires du Kansas ( Todd Risley et Betty Hart, pédopsychologues à l’université de Lawrence/Kansas) il y a 35 ans! 35 ans!!! Sur un échantillon de 42 familles - pas une de plus -  dont les enfants furent enregistrés. A partir de cette "étude", aujourd'hui TRES contestée aux Etats-Unis comme dans la plupart des pays du monde, sauf manifestement en France, une conclusion s'imposa:

"Un enfant de 4 ans issu d’une famille défavorisée a entendu 30 millions de mots en moins qu’un enfant issu d’une famille aisée. ".

Un véritable mantra depuis quelques semaines. Mais construit sur les résultats d'une étude très limitée dont le sérieux fut depuis maintes fois mis en question. (voir liens de bas de page)

Imposer, en 2018, comme vérité scientifique une telle énormité - j'insiste: cette étude fut réalisée aux Etats-Unis sur un échantillon non représentatif, il y a 35 ans! - a bien évidemment une utilité:

elle n'est hélas que politique.

Christophe Chartreux

Lire la suite

Rendons le féminin à la langue française...

18 Octobre 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Histoire

Rendons le féminin à la langue française...

Le français était bien plus égalitaire au Moyen Age qu’aujourd’hui. La masculinisation à marche forcée n’a eu lieu qu’au XVIIe siècle, comme le montre un essai captivant de l’universitaire Eliane Viennot.

On se souvient peut-être qu’en 1985, Bernard Pivot avait proposé, lors d’une émission d’Apostrophes, de rembourser quiconque n’aurait pas été conquis par Comme neige au soleil, le roman de William Boyd. L’animateur déclarait même ne prendre «aucun risque» avec cette proposition pourtant hardie, que je reprends aujourd’hui volontiers à mon compte pour recommander la lecture du dernier essai d’Eliane Viennot, le Langage inclusif. Pourquoi ? Comment ? (1). Je vois déjà les yeux qui s’écarquillent et j’entends d’ici les soupirs plein d’aigreur exhalés depuis le quai Conti ou la rédaction du Figaro. Attendez.

Imaginez un petit livre vif, qui dissèque avec autant de clarté et de concision que d’élégance, à la manière d’un polar, le grand roman de la langue française dans son rapport au genre - pas au genre policier, mais au genre masculin et féminin. Le résultat de ce «petit précis historique et pratique» est si passionnant que je m’engage à rembourser celui ou celle qui n’apprend pas quelque chose à chaque page.

Le livre est divisé en trois parties. Les deux premières («La langue française n’a pas besoin d’être féminisée» et «La masculinisation du français») dressent un constat ahurissant pour les profanes, dont je suis : dès le Moyen Age, la langue française disposait de tout l’arsenal nécessaire, grammaire et vocabulaire, pour exprimer très équitablement le féminin et le masculin. Soit par recours à des mots épicènes (commun aux deux genres comme enfant, mécène, ministre…), soit que les noms de métiers ou d’activités, par exemple, existent déjà au féminin : archière, cervoisière, coffrière, ferronne, heaulmière, mairesse, maréchale, portière, jongleresse, chevaleresse, moinesse, doctoresse, chirurgienne, et bien sûr médecine. Même le bourreau avait son équivalent, la bourrelle ! Une ambassadrice était une «dame envoyée en ambassade» - et non la femme d’un ambassadeur, acception inventée sous on ne sait quel prétexte par l’Académie. Jean de Marconville parle de Jeanne d’Arc «la pucelle, victrice des ennemis du nom Gaulois», Brantôme de la duchesse de Montpensier comme d’une «grande femme d’Etat». Plus stupéfiant, écrivaine et autrice, qui heurtent tant certaines oreilles contemporaines, sont attestées depuis belle lurette : on retrouve dans les archives la trace d’une certaine «Jeanne l’écrivaine», scribe qualifiée ; Marguerite d’Autriche se plaît à rappeler à son neveu Charles Quint qu’on lui écrit en tant qu’«autrice de paix». La grammaire n’est pas en reste. L’accord de proximité, hérité du latin, qui consiste à pratiquer l’accord avec le dernier terme prononcé ou écrit, était monnaie courante. Pierre Nicole, dans son traité De l’éducation d’un prince (1670) parle de «ces pères et ces mères qui font profession d’être chrétiennes» (et non chrétiens). Cet accord «à l’oreille» permet d’ailleurs de choisir à loisir, et cette souplesse est à souligner : «ces hommes et ces femmes sont belles» ou «ces femmes et ces hommes sont beaux». Si bien qu’Eliane Viennot est en droit de dire : «Nous n’avons pas à modifier notre langue, mais à renouer avec ses logiques, en nous appuyant sur ses ressources.»

Comment avons-nous perdu ou négligé, jusqu’à les faire disparaître, ces structures ? La masculinisation à marche forcée, qui doit tout à l’idéologie et rien à la linguistique, s’opère à partir du XVIIe siècle. Les «infléchissements masculinistes» s’observaient déjà avec le moyen français. Le pronom «il» en lieu et place d’un pronom neutre gagne du terrain : «il pleut» mieux que «ça pleut». Mais c’est avec la naissance de l’Académie française (1635) que les choses se gâtent vraiment. Bien que Vaugelas hésite mais préfère l’accord de proximité, Dupleix décrète en 1651 : «Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs féminins, quoiqu’ils soient plus proches de leur adjectif.» Pourquoi «plus noble» ?«A cause de la supériorité du mâle sur la femelle», répond Beauzée en 1767, sans autre forme de procès. C’est assez dire que la cause est politique. Le «il» assoit son règne de neutre tout puissant. Si bien qu’en 1847, Bescherelle peut claironner que la langue française s’est «mise en opposition avec toutes les autres langues, en laissant au masculin tous ces nomsauteur, amateur, docteur, géomètre, général, graveur, professeur, philosophe, poète, traducteur, etc. lors même que ces noms désignent des femmes». Si Mme Furtado-Heine est élevée en 1887 au rang de chevalière de la Légion d’honneur et Rosa Bonheur à celui d’officière, Colette recevra sa décoration au masculin en 1920. Même les mots épicènes (commissaire, juge, maire, ministre) devront être employés exclusivement au masculin. Bien sûr, il y eut des protestations, comme celle de ce musicien qui remarque astucieusement en 1847 qu’on dit «lectrices» ou «accompagnatrices», mais dès qu’il s’agit de composer, la langue préfère étrangement parler de «femmes compositeurs»…

Ce catéchisme, en grande partie sédimenté sous la IIIe République, exige désormais un «travail de décontamination». C’est l’objet de la dernière partie du livre («Rendre son langage inclusif»), qui propose des solutions simples et argumentées : renoncer à la plus-value masculine en utilisant des féminins qui sonnent à l’oral comme des masculins (préférer donc autrice à auteure), utiliser la «double flexion» (le fameux : «Françaises ! Français !» du général de Gaulle), ouvrir la foire aux néologismes (iels ou ielles pour éviter ils et elles), adopter l’accord de proximité ou de majorité, intégrer le point médian, etc. Un programme simple et de bon sens, plus en phase avec notre monde, dont la langue est la première à exprimer la vision. En bref, et pour reprendre les mots d’Eliane Viennot : «L’égalité fait du bien.»

(1) Le Langage inclusif. Pourquoi ? Comment ? Petit précis historique et pratique, avec une postface de Raphaël Haddad et Chloé Sebagh, éditions iXe, 2018, 15 €.

Cette chronique est assurée en alternance par Serge Gruzinski, Sophie Wahnich, Johann Chapoutot et Laure Murat.

Laure Murat professeure au département d'études françaises et francophones et directrice du Centre d'études européennes et russes à UCLA

Lire la suite

17 octobre 1961... Ne jamais oublier... Ne jamais recommencer...

17 Octobre 2018 , Rédigé par Youtube - INA Publié dans #Education, #Histoire

Lire la suite

A Voir... Capharnaüm... De Nadine Labaki...

14 Octobre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique, #Histoire, #Cinéma

Lire la suite

L'enseignement de l'Histoire à l'école - Les enjeux...

13 Octobre 2018 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Histoire

L’histoire à l’école : enjeux

Comment les élèves peuvent-ils construire un rapport apaisé, critique et intégrateur au passé de la société humaine et à l’Histoire ? Une histoire qui prenne en compte le récit, l’histoire politique, économique, sociale, les représentations, les enjeux de mémoire, qui éveille l’esprit et qui crée du « nous ».

Voir le sommaire et les articles en ligne

A lire également sur notre site :

Histoire plurielle, passés singuliers, avant-propos du n° 546, par Alexandra Rayzal, Benoit Falaize.
La Balade nationale, entretien avec Etienne Davodeau et Sylvain Venayre
Le roman national, la barbe du Père Noël et la moustache de Clovis, Antidote n° 4, par Yannick Mével

Lire la suite

Histoire au lycée : opacité, régression et ennui profond au programme....

11 Octobre 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Histoire, #Politique

Histoire au lycée : opacité, régression et ennui profond au programme....

Le Conseil supérieur des programmes a élaboré sans concertation de nouveaux programmes à l'attention des professeurs et des lycéens. Ils s'appuient sur une vision rétrograde de l'histoire sans intégrer celle de l'immigration ni celle des femmes.

Laurence de Cock, professeure en lycée à Paris, chargée d'enseignement à l'université Paris-Diderot. 

Les nouveaux programmes d’histoire de lycée viennent d’être rendus publics par le Snes, syndicat des enseignants, fort mécontent de l’absence de concertation et de discussion avec un Conseil supérieur des programmes (CSP) dont le fonctionnement est de plus en plus opaque. On craignait en effet le pire depuis les quelques interviews de sa présidente, Souâd Ayada, accordées au Point ou à Causeur, qui laissaient entendre le retour d’une histoire conservatrice dans ses thèmes comme dans ses finalités.

Le résultat est à la hauteur de nos appréhensions. Les propositions de programmes mises en circulation témoignent de régressions majeures et d’un décrochage alarmant vis-à-vis de la recherche historique. Les préposés à l’écriture ont la lourde tâche de procéder à des arbitrages susceptibles de provoquer des frustrations ici et là. Néanmoins, il a toujours été d’usage d’auditionner un minimum d’universitaires spécialisés et de se montrer à l’écoute des associations professionnelles et syndicales, relais importants de la parole des enseignants. Ce ne fut pas le cas pour ces programmes écrits dans la précipitation d’un été pour coller à la réforme précipitée du lycée et, depuis la rentrée, gardés sous embargo.

Le CSP redoute-t-il une nouvelle polémique lors de la publication des programmes ? Les projets en circulation pourraient lui donner raison, car il y a là moult raisons de s’alarmer. On commencera par mentionner la fausse bonne idée consistant à déplacer la Révolution française en début de classe de première alors qu’elle était traditionnellement étudiée en seconde. Une décision justifiée par la volonté de lui accorder plus d’importance en amorce de l’année, ce choix produira sans aucun doute l’inverse car il faut rappeler qu’à l’issue de la seconde, 25% des élèves s’orientent vers les classes technologiques dont les programmes ne seront pas réécrits et encore 5% dans les classes professionnelles. On a donc une fraction non négligeable des élèves – généralement socialement défavorisés – qui n’étudieront pas la Révolution française – moment politiquement fondateur s’il en est – au lycée.

Décalage

On sait par ailleurs que l’une des demandes les plus pressantes des enseignants concerne la lourdeur des programmes, qui gardent pourtant dans cette nouvelle version un caractère encyclopédique ; des programmes impossibles à terminer autrement qu’au pas de charge. On aura donc beau jeu une fois encore de rappeler la sempiternelle «liberté pédagogique», quand la seule option reste l’abattage de chapitres.

Mais le plus grave est sans doute le décalage manifeste avec le travail historiographique profondément renouvelé ces dernières décennies ; on pense notamment à l’histoire mondiale (présente dans les anciens programmes) ou encore aux approches socioculturelles, aux renouvellements de l’histoire économique et militaire, et plus généralement au souci de la recherche de donner à voir et entendre des acteurs et actrices de l’histoire invisibilisés par le grand récit nationalo-centré : les femmes, les populations immigrées, les gens ordinaires, ces «vous et nous du passé» comme je dis à mes élèves, dont le rôle dans la marche de l’histoire est resté trop longtemps masqué par les «grands personnages». A l’heure où paraît notamment la belle Histoire populaire de la France de Gérard Noiriel, et deux ans après L’histoire mondiale de la France de Patrick Boucheron, on mesurera le gâchis de ne pas avoir su saisir cette opportunité de s’inspirer de récits alternatifs tout à fait réjouissants.

Soporifique

Il est en outre inquiétant (mais aussi révélateur ?) que des évènements politiques aussi lourds de sens que l’accueil des réfugiés ou le moment Me Too n’aient pas éveillé un tant soit peu le désir d’insister sur l’histoire de l’immigration, grande sacrifiée par ces nouveaux programmes de lycée, ou donné l’idée d’accorder une place plus conséquente à l’histoire des femmes. Ce n’est pas faute d’insister sur le sujet depuis des décennies ; à commencer par le travail de Michelle Perrot, marraine de cette édition, qui, dans le cadre du CNP (Conseil national des programmes entre 1989 et 2005), avait œuvré pour l’intégration de cette histoire aux programmes, un travail relayé aujourd’hui par l’association Mnémosyne.

Souâd Ayada annonçait dans Causeur son grand intérêt pour les célèbres manuels Malet et Isaac en vogue au milieu du XXe siècle ; ces programmes lui donneront sans doute une entière satisfaction : l’histoire y est campée sur la France ou l’Europe, elle est politique, évènementielle, lisse et terriblement soporifique. On y trouve encore une expression comme «les grandes découvertes» dont les guillemets ne retirent rien au caractère désuet et méprisant vis-à-vis des peuples plus décimés que «découverts» ; c’est une histoire fatalisée, connue de tous, ne laissant aucun jeu pour la déconstruction de la chronologie consensuelle, pour la variation des focales, ou même pour le travail sur les sources, matière première de l’historien. «L’histoire se raconte», indique le préambule des nouveaux programmes. Certes, mais elle s’écrit d’abord. Elle se débat, s’éprouve et se déguste si tant est qu’on accepte de dévoiler les coulisses de son atelier et de ses artisans. C’est en cela que l’histoire est une discipline au service d’une émancipation par l’esprit critique et non une désolante vulgate maintes fois ressassée qui a toutes les chances d’anesthésier autant les élèves que les vocations pour le métier d’enseignant.

Libé des historiennes. A l’occasion des rencontres de Blois, suivez l’actualité vue par les historiennes et les historiens sur Libération.fr et retrouvez notre édition spéciale de jeudi.

Laurence De Cock professeure en lycée à Paris

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>