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Vivement l'Ecole!

histoire

Coup de coeur... Jean Zay...

14 Février 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Education, #Histoire

Les journaux racontent que, "profitant d'une belle après-midi et pour se donner quelques instants de détente", le maréchal Pétain effectuait une promenade dans les environs de Vichy lorsque, passant sur une petite route de campagne, il aperçut une quarantaine d'enfants "qui prenaient leurs ébats dans un pré". Il fit arrêter sa voiture et en descendit pour interroger l'instituteur et l'institutrice de l'école primaire du petit hameau de la Bruyère, commune de Saint-Christophe, qui accompagnaient leurs élèves. Ce qu'il entendit le combla d'aise. "ll venait d'apprendre de l'instituteur qu'une fois par semaine les écoliers, guidés par leur maître et leur maîtresse, allaient passer l'après-midi aux champs pour prendre contact avec la nature et une leçon de choses".

Ce que le maréchal Pétain "vient d'apprendre", c'est que l'instituteur et l'institutrice de Saint-Christophe appliquent les instructions ministérielles de 1937-1938. Celles-ci ont prescrit dans les écoles primaires une après-midi par semaine de "plein air" et d' "activités dirigées" : dans les villes, visites d'usines, de musées, de jardins ou de monuments, et, dans les campagnes, visites d'exploitations agricoles, de lieux historiques, étude des curiosités naturelles ou des particularités géographiques, herborisation, etc. L'enseignement ménager était naturellement prévu pour les filles; les travaux manuels, pour les garçons. Un décret du 19 juin 1937 avait permis la création d'ateliers-écoles près des établissements scolaires. Il s'agissait, là comme ailleurs, d'éveiller les aptitudes et la curiosité des élèves, d'ouvrir plus largement à la vie le travail scolaire, de familiariser l'enfant avec les spectacles de la nature et de la société, de lui faire connaître l'histoire et la géographie locales, et de remplacer, comme dit Montaigne, le savoir appris par le savoir compris. Pareille formation devait conduire l'écolier à un certificat d'études rénové, rendu obligatoire pour l'accès au second degré et conçu comme un examen d'aptitudes plus que de connaissances.

L'éducation physique prenait tout naturellement sa place dans cet ensemble. Les programmes de 1936-1939 prévoyaient dans chaque établissement une après-midi par semaine ou une demi-heure par jour d'éducation physique, selon l'éloignement ou la proximité des terrains. Une assez vaste cour suffisait d'ailleurs, mais des crédits importants furent votés par les Chambres pour la création de terrains de jeux et de sports. Comme il fallait autant de temps que d'argent pour aménager peu à peu les terrains nécessaires, les expériences furent étendues progressivement à un nombre croissant de départements : quatre en 1937, quinze en 1938, vingt-neuf en 1939. Les résultats en furent significatifs et s'inscrivirent même dans la statistique des succès au certificat d'études. Si simples que dussent être les leçons, encore fallait-il que les maîtres et les maîtresses fussent aptes à les donner. Aussi institua-t-on des stages spéciaux pour les instituteurs et les institutrices. Des postes de moniteurs furent créés dans les écoles normales.

Avant guerre, ces nouveautés n'allèrent pas, bien entendu, sans soulever de vives résistances. L'opposition de l'opinion rurale fut la plus difficile à vaincre :

"- Eh quoi ! disaient beaucoup de paysans. Le maître d'école veut emmener nos enfants se promener dans la campagne, alors qu'ils vivent aux champs toute l'année ! Il leur fait faire de la gymnastique, alors qu'ils sont sans cesse au bon air et accomplissent souvent des trajets de plusieurs kilomètres par jour pour se rendre à l'école !"

Je dus faire observer que les campagnards ne sont pas nécessairement les mieux portants, ainsi que le prouvent les statistiques sanitaires, et que ce sont souvent les enfants des villages qui ont le plus besoin de corriger des attitudes vicieuses, de parer à une existence où les règles d'hygiène essentielles ne sont pas toujours respectées. Comme il fallait s'y attendre, l'opposition rurale trouva plus spécialement son écho au Luxembourg ; plusieurs sénateurs se récriaient :

" - On ne fait plus rien dans nos écoles ! Les enfants vont se promener ! "

Seule, l'étude du calcul et de l'orthographe, la tête penchée sur un pupitre, leur paraissait du vrai travail. En France, tout n'est souvent qu'une question de mot et notre malheur fut peut-être d'avoir employé d'abord sans méfiance le terme de "loisirs dirigés". Loisirs ! Cela vous avait un petit parfum de paresse, de nonchalance, de goût du moindre effort. En 1936, la situation sociale, grèves et revendications ouvrières, réduction de la journée de travail, rejaillissaient singulièrement sur l'opinion qu'on se faisait des réformes scolaires. Il était entendu qu'on ne voulait plus travailler en France. Le "ministère des Loisirs" ne pouvait avoir pour but que d'organiser la fainéantise ouvrière. Et voilà qu'il était maintenant question d'introduire des "loisirs" à l'école ! Nous précisâmes notre pensée en disant désormais : "Activités dirigées". Du coup, on comprit mieux. Réformateurs, méfiez-vous de vos étiquettes !

Jean Zay - Souvenirs et Solitude, Journal, pp.145-147

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1986, les recettes d'un principal pour lutter contre les violences scolaires...

30 Janvier 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Histoire

1986, les recettes d'un principal pour lutter contre les violences scolaires...

Il y a trente ans, la violence à l'école existait déjà, les ministres annonçaient déjà des plans antiviolence ne servant pas à grand chose, avec des mesures (déjà) réchauffées. En revanche, les chefs d'établissement s'exprimaient sans langue de bois dans la presse. Si, si.

«Ah, l’école… c’était tellement mieux avant.» Faites le test : lancez une discussion sur l’éducation dans ce pays, il arrive toujours un moment où la nostalgie pointe. Les politiques le savent, et en abusent. L’école d’antan – la dictée, l’uniforme, la chorale… – est une ficelle de communication politique très efficace. Libé a donc décidé de plonger la tête dans ses archives, pour retrouver ce que le journal racontait de l’école il y a cinq, dix, trente ans… Cette nouvelle chronique «Classe rétro», concoctée avec le service documentation de Libé, met en scène un article du temps d’avant.

Hello, nous sommes en septembre 1986, et Michèle Alliot-Marie, 40 piges, est secrétaire d’Etat à l’Enseignement auprès du ministre René Monory. Elle prend le clairon pour annoncer un grand plan de lutte contre l’insécurité à l’école… Mettant pour l’occasion dans le même sac «délinquance, tabac, drogue, alcool et maladies sexuellement transmissibles». «Avec un tel amalgame construit autour du thème cher au RPR [ancêtre de LR, ndlr], elle espère se faire un nom dans une opinion sensible à la sécurité», commente Libé, qui titre sobrement : «Ecoles : Zorro est arrivée.» Dans un recoin de la colonne de gauche, on apprend qu’à l’époque, Michèle Alliot-Marie, que l’on appellera plus tard MAM, est «réputée pour ses gaffes». Son ministre de tutelle, René Monory, ne lui laisse que «qu’un ou deux osselets à ronger, et notamment ce dossier, hautement médiatique, sur la "sécurité".»

Une de Libération du 25 septembre 1986La une de «Libération», le 25 septembre 1986.

Dans son panier de mesures, MAM mise sur la «prévention» : augmentation du nombre de surveillants dans les «établissements sensibles». Et appel aux parents pour accompagner leurs ados matin et soir devant les bahuts. «C’est un élément dissuasif», précise la ministre. Il est aussi question de mobiliser les forces de police et gendarmerie… pour s’assurer que dans les bars et cafés, on ne trouve pas d’enfant seul de moins de 13 ans, et qu’on ne serve pas de boissons alcoolisées au moins de 16 ans.

Forcément, ces mesures résonnent avec le plan antiviolence qui devrait être détaillé dans les prochains jours. Le quinzième plan contre les violences à l’école depuis 1990. Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, l’avait annoncé en octobre dernier pour répondre au vent de contestation #PasDeVague – ces enseignants qui dénonçaient sur Twitter le manque de soutien de leur hiérarchie. Parmi les mesures «évoquées» pour calmer la gronde : faire entrer des policiers dans les établissements scolaires…

Un principal, en 1986: «Un jour, les élèves ont cassé tout ce qui pouvait encore l’être»

En 1986, Libé avait recueilli le témoignage Michel Delay, principal du collège Paul-Eluard à Vénissieux, dans la banlieue lyonnaise : il racontait comment il avait rétabli un climat serein dans son établissement. Avec les lunettes de l’an 2019, on croit avoir la berlue : quoi, un chef d’établissement scolaire qui répond à la presse ? De nos jours, la communication est si bien vissée par le ministère, qu’aucun chef d’établissement n’ose publiquement s’exprimer, à moins d’être délégué syndical ou de parler sur ordre exprès de la hiérarchie.

Autre époque donc, Michel Delay raconte son arrivée en 1982 dans «un collège ordinaire en crise dans un quartier en crise» [les Minguettes, ndlr]. Les dix-sept voitures de profs vandalisées en un an, les multiples actes de racket ou les agressions verbales – et même physiques. «Un jour, les élèves ont cassé tout ce qui pouvait encore l’être. Le tiers des profs étaient en congé maladie.» Sans parler des absences. «200 élèves sur moins d’un millier disparaissaient régulièrement du collège pendant plusieurs jours.» Quatre ans après, affirmait le principal, «Dix élèves seulement sèchent encore sans justificatif. Les profs font cours.» La recette ? «Quelques idées simples. Redonner confiance aux jeunes et aux adultes, travailler en équipe… Et ouvrir les portes du collège. Quand je suis arrivé certains demandaient que l’établissement soit complètement sous clé. Au contraire, j’ai préféré laisser le portail ouvert toute la journée. Nous avons pris contact avec les parents et les travailleurs sociaux.» Il a invité les habitants du quartier pour des fêtes et des cours d’alphabétisation.

Trente ans plus tard, les cours d’alphabétisation existent toujours. Nous avons attrapé au vol, mardi matin sur son téléphone le temps du trajet (les joies des années 2010), un enseignant de Paul-Eluard en poste depuis quatre ans. Le collège, classé REP +, est plutôt calme, assure-t-il, avec toutes sortes de projets menés par l’équipe. «On a plusieurs parcours d’excellence, en partenariat notamment avec l’université Lyon-III. On travaille aussi avec des comédiens pour préparer un concours d’éloquence.» Bien sûr qu’il connaît le nom de cet ancien principal. Michel Delay a marqué l’histoire du collège et a donné son nom au centre académique de formation pour les enseignants qui se situe tout près. On y dispense entre autres, nous raconte l’enseignant, des formations pour le personnel de l’Education nationale sur la gestion des conflits.

En 1986, l’interview du principal finissait sur ces mots : «Nous n’avons pas réponse à tout. La violence, il est toujours possible de la gérer, en tout cas à l’intérieur de l’établissement – il est vrai qu’elle n’a pas disparu à l’extérieur. En revanche, il y a des désespoirs individuels auxquels il est beaucoup plus difficile de faire face : que faire devant des adolescents qui ont faim par exemple ?»

Cliquez sur la page ou sur ce lien pour lire l’événement du 25 septembre 1986

Evenement du 25 janvier 1986.

Marie Piquemal avec Bénédicte Dumont et Suzy Aouizerate

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Comment enseigner la Shoah sans « grands témoins » ?...

25 Janvier 2019 , Rédigé par Fondation Jean-Jaurès Publié dans #Education, #Histoire

Comment enseigner la Shoah sans « grands témoins » ?
Débat avec Iannis Roder et Dimitry Anselme

Comment  préparer les professeurs d'histoire à enseigner la Shoah, dont les  témoins vont disparaître dans les prochaines années ? Plus largement,  comment enseigner l'histoire des génocides d'abord et avant tout comme  des processus politiques ?

Au lendemain du 27 janvier, journée internationale à la mémoire des victimes de l'Holocauste, Iannis Roder,  directeur de l'Observatoire de l'éducation de la Fondation Jean-Jaurès,  professeur d'histoire-géographie à Saint-Denis et responsable des  formations au Mémorial de la Shoah, livrera ses propositions lors d’un  dialogue avec Dimitry Anselme, directeur exécutif des programmes pour l’organisation Facing History & Ourselves, animé par Jérémie Peltier, directeur des études à la Fondation Jean-Jaurès.

Pour en savoir plus, cliquer ci-dessous

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A propos du "Grand Débat National", de justice sociale et de transition écologique...

12 Janvier 2019 , Rédigé par Le Monde diplomatique Publié dans #Histoire, #Politique

A propos du "Grand Débat National", de justice sociale et de transition écologique...

EXTRAIT

(...)

Le grand débat national

Sans préjuger des questions posées et solutions avancées par le grand débat national, on peut prévoir que « la tache nouvelle qui n’a pas plus de précédent que la crise planétaire qui bouleverse toutes les formes de politique » sera de « parvenir à lier les injustices sociales et les injustices écologiques ». Dans Les Echos, en pages Idées & débats, Joseph E Stiglitz estime que « La colère des opinions publiques occidentales doit conduire les dirigeants à en finir avec la stricte orthodoxie financière et engager une série d’investissements écologiques qui créeront de l’emploi et sauveront la planète. » Car les raisons du mécontentement actuel sont facilement identifiables : « quatre décennies de promesses faites par les dirigeants politiques à la fois du centre gauche et du centre droit, adeptes de la foi néolibérale selon laquelle la mondialisation, la financiarisation, la déréglementation, la privatisation et une foule de réformes connexes apporteraient une prospérité sans précédent » des promesses qui « se sont évanouies sans être tenues. » Dans ce contexte, « demander des sacrifices aujourd’hui en échange de la promesse d'une vie meilleure demain ne passera pas ». Et l’économiste d’en appeler à « quelque chose de positif pour nous sauver de l’affreuse vague de populisme, de nativisme et de proto-fascisme qui déferle sur le monde ». D’autant que les conséquences du changement climatique sont une charge beaucoup plus menaçante pour les générations à venir que les dettes financières, « qui peuvent être gérées d’une manière ou d’une autre ». À cet égard, l’article de Philippe Descamps dans Le Monde diplomatique est édifiant. Alors que les mesures fiscales des gouvernements européens, les baisses de l’impôt sur les bénéfices et les facilités de crédit « gigantesques » accordées par la BCE (Banque centrale européenne) aux banques privées ne se traduisent pas en matière d’investissement dans la transition écologique, on peut s’inquiéter de l’irresponsabilité des acteurs privés, qui préfèrent « reverser des dividendes record aux actionnaires (en hausse de 23,6% en France en 2017) ». Une situation qui requiert sans doute « des outils institutionnels bien plus audacieux que le débat national annoncé ».

Par Jacques Munier

L'article complet est à lire en cliquant ci-dessous

https://www.monde-diplomatique.fr/2019/01/DESCAMPS/59409

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«Les Révoltés», quand les archives de 1968 éclairent le présent...

9 Janvier 2019 , Rédigé par Slate Publié dans #Cinéma, #Histoire

EXTRAIT

Composé d’images réalisées en Mai 1968, le film de Michel Andrieu et Jacques Kebadian rend leur richesse aux événements et permet de prendre la mesure de ce qui a changé depuis.

(...)

De 1968 aux «gilets jaunes»

C’est pourquoi il ne s’agit pas de jouer au jeu des Sept erreurs avec le mouvement des «gilets jaunes», pour lister ce qui ressemble et ce qui dissemble entre les événements de 1968 et ces dernières semaines.

Il s’agit, sans amnésie aucune quant à l’histoire longue des mobilisations populaires, d’au contraire prendre la mesure de ce qui fait date aujourd’hui, c'est-à-dire un demi-siècle, un changement de millénaire et quelques mutations fondamentales plus tard. «Mai 68» fait désormais partie de ce vieux monde loin duquel on incita naguère à courir.

La conception du film, l’état des images (certaines altérées par le passage du temps) mais surtout l’état des mots, des idées, des corps tel que Les Révoltés nous les montre contredit le folklore des imageries révolutionnaires qu’entretenait par exemple l’exposition Soulèvements, de regrettable mémoire, avec sa manière d’aplatir sous les apparences les bouleversements des sociétés toujours inscrites dans leur temps.

Des images réalisées par Jacques Kebadian et Michel Andrieu en 1968 au sein du collectif Atelier de Recherche Cinématographique (ARC), qui nourrissent Les Révoltés, a été tiré un beau petit livre, Les Fantômes de Mai 68 cosigné par Kebadian et Jean-Louis Comolli.

(...)

Jean-Michel Frodon

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

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Victor Hugo : "C'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches"...

2 Décembre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Histoire

En 1869, Victor Hugo publie "L'Homme qui rit", l'une de ses oeuvres les plus sombre. Une puissante réflexion politique et sociale sur la transformation du peuple en "monstre" par la monarchie anglaise de la fin du XVIIe siècle. Mais dans "L'Homme qui rit", qui sont les vrais monstres ?

Au début du XVIIIe siècle, sur les côtes anglaises, un enfant au visage monstrueux est abandonné, dans des conditions effroyables. Après maintes péripéties, il trouve refuge chez un saltimbanque qui l'élèvera. Devenu adulte, il connaîtra un destin exceptionnel.

"L’Homme qui rit" est un roman si triste, mais un roman si beau, qu'il n’est pas exclu que d’un noir si profond jaillisse, comme une promesse sans date, la certitude que la vie ne se corrige que dans l’écriture. Rire aux larmes ou bien pleurer d’un rire contraint.

Une conférence enregistrée en 2014.

Agnès Spiquel, professeur émérite de littérature à l'Université de Valenciennes, présidente de la Société des Etudes Camusiennes.

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Hommage à Romain Gary... Mort un 2 décembre...

2 Décembre 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Littérature, #Histoire

Gary pourrait être un classique, et il l'est d'une certaine manière devenu. Les lycéens lisent l'histoire de Madame Rosa dans La vie devant soi. Leurs parents ont aimé La Promesse de l'aube, ne serait-ce que pour son très beau titre et cette phrase terrible qu'il contient : 

Avec l'amour d'une mère, la vie vous fait une promesse qu'elle ne tient jamais.

A-t-on vraiment placé Gary à la place que mérite son œuvre ? C'est ce que nous allons tenter d'apprendre avec cette série

58 min
LE 05/06/2017

Né au sein de ce qui était encore l’Empire russe, mais d’origine polonaise, Romain Gary affirmait avec vigueur qu’il était français. Jean-Marie Catonné..

59 min
LE 06/06/2017

S’il y a bien une "langue de Romain Gary" et une "langue d’Émile Ajar", on peut en réalité compter plus d’une quinzaine d'idiomes dans l’œuvre de cet auteur...

58 min
LE 07/06/2017

Parce que Romain Gary était à la fois écrivain et diplomate, sa vie fut marquée par ses voyages. Myriam Annissimov revient avec nous sur son séjour américain...

58 min
LE 08/06/2017

Romain Gary construisit lui-même sa propre légende, multipliant les identités, les masques (parfois parodiques) et les (auto)biographies. Guy Amsellem...

La Compagnie des auteurs par Matthieu Garrigou-Lagrange

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Non, 1/4 des jeunes de 18 à 34 ans n’ont pas « jamais entendu parler de la Shoah »...

29 Novembre 2018 , Rédigé par Payknow Publié dans #Histoire, #Education

Non, 1/4 des jeunes de 18 à 34 ans n’ont pas « jamais entendu parler de la Shoah »...

EXTRAIT

Une étude avec beaucoup de chiffres. Une étude selon laquelle 1/4 des Français ne connaîtraient pas la Shoah.

CNN, c’est sérieux ça CNN.

Aucun journaliste francophone ne prend le temps de décrypter l’étude, de la lire réellement et se contente de retranscrire ce que les autres médias (américains) ont écrit.

Pourquoi c’est bidon ?

On ne leur a pas demandé si ils avaient entendu parler de l’extermination des juifs, de la Shoah,… On leur a demandé si ils connaissaient le mot Holocauste par la question « A quel niveau estimez-vous vos connaissances sur l’Holocauste ? ».
Le mot holocauste n’est plus trop utilisé au « profit » de Shoah depuis un petit temps. Et du coup, ça biaise le résultat puisqu’on peut imaginer que certaines personnes ne connaissent tout simplement pas le terme qui est bien plus utilisé en anglais qu’en français.

(...)

Vincent Flibustier

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous

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Les thèses d’Éric Zemmour et le régime de Vichy : quel est le regard de l’historien?...

20 Novembre 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Histoire

Après la polémique suscitée par les propos d’Emmanuel Macron sur le maréchal Pétain, c’est la politique antijuive du régime de Vichy, qui est soumise à interprétation, sous la plume, en particulier, d’Eric Zemmour.

Ce dernier relativise le rôle du gouvernement de Pétain dans la déportation des Juifs. Mais que nous enseigne l’histoire sur l’Etat français à cette période ? Les explications de l'historien Laurent Joly, auteur du livre "L'Etat contre les Juifs : Vichy, les nazis et la persécution antisémite (1940-1944)".

Pour le polémiste Éric Zemmour, Pétain aurait sauvé des Juifs en France en sacrifiant "les Juifs étrangers".

La question qui se pose aux historiens, c’est de comprendre pourquoi. Tout le monde sait qu’il y a eu moins de juifs déportés de France que d’autres pays. Pourquoi il y a eu 74 150 juifs qui ont été déportés, on le sait depuis les travaux de Serge Klarsfeld et 200 000 qui ont survécu en France ? Est-ce que ça s’explique par la politique de Vichy ? Est-ce que ça s’explique par un contexte, un tissu social ? Aujourd’hui, les historiens sont tous unanimes pour dire que ce n’est pas la politique de Vichy qui explique cela, mais c’est déjà l’existence d’une administration, les agents qu’on a mobilisés pour arrêter les juifs, étaient des agents ordinaires de l’Etat, et on ne pouvait pas attendre d’eux qu’ils agissent comme des antisémites. Sur la rafle du Vel d’Hiv, j’ai pu montrer que les deux tiers des juifs qui étaient visés ont pu échapper à la rafle, parce que tous les agents n’étaient pas très zélés, et puis parce qu’il y avait un environnement social qui a protégé beaucoup de Juif. Mais la politique de Vichy était de livrer le maximum de Juif.

Y-a-t-il quelque chose qui tendrait à prouver que le maréchal Pétain ait sauvé des juifs ?

Il faut toujours se remettre dans le contexte. Printemps 1942, Vichy va livrer massivement des juifs apatrides et leurs enfants - la plupart étaient français, nés en France – Pierre Laval et René Bousquet sont aux manettes et ce sont eux qui négocient avec les Allemands et eux qui ordonnent à l’administration, à la police française d’arrêter les juifs. Pétain ne fait que valider cette politique en estimant que la distinction entre les juifs français que l’on va protéger, que l’on ne va pas livrer aux Allemands et les juifs étrangers sera comprise de l’opinion. Sauf que l’opinion, contrairement à ce qu’Eric Zemmour a pu raconter, n’a pas compris cela et a été choquée par ces livraisons. Il faut voir quand même que ce qu’il s’est passé en été 1942 est absolument anormal, a été perçu comme transgressif et que l'opinion a été bouleversée par ces rafles de femmes, d’enfants et de vieillards.

Nos articles à lire

Depuis "Le Suicide français" (en 2014) jusque chez Alain Finkielkraut (le 17 novembre sur France Culture), le polémiste Eric Zemmour raconte une version de Vichy et du rôle de Pétain qui est démentie par toute la recherche en histoire.

(...)

Intervenants
  • historien, directeur de recherche au CNRS, auteur de « L'Etat contre les Juifs : Vichy, les nazis et la persécution antisémite (1940-1944) », ed. Grasset.
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Petite liste (non exhaustive) des énormités proférées par Éric Zemmour sur France Culture... Par Laurent Joly

19 Novembre 2018 , Rédigé par Laurent Joly Publié dans #Histoire, #Politique

Petite liste (non exhaustive) des énormités proférées par Éric Zemmour sur France Culture... Par Laurent Joly

Passons sur la honte qui consiste à avoir offert une tribune à un tel personnage sur une radio de service public dédiée au savoir et à la culture.

Passons aussi sur les confusions délibérées, les parallèles absurdes, les insultes ("ça c’est du sous-Paxton"), le ton de cuistre hargneux ("Il faut se remettre tout ça dans le contexte quand même") de l’invité vedette, qui font de cette émission un moment éprouvant – y compris pour celui qui en est l’instigateur ("La moutarde me monte au nez", "Vous foutez pas de moi", s’énerve Finkielkraut). Passons enfin sur le dispositif de l’émission (il y aurait tant à dire).

Juste quelques faits :

- Zemmour prétend qu’avant Paxton tous les historiens "disaient le contraire de lui". En vérité, les historiens qui ont travaillé sur Vichy et les juifs à partir d’archives avant Paxton concluaient dans le même sens (les trois volumes de Joseph Billig sur le commissariat général aux Questions juives, parus entre 1955 et 1960, "La Grande Rafle du Vel d’Hiv" de Claude Lévy et Paul Tillard en 1967). Le mythe du "glaive et du bouclier" a été démoli avant Paxton par Billig, Henri Michel et Eberhard Jäckel.

- Tous les historiens contemporains "sont aux ordres de Paxton", décrète Zemmour. En fait, depuis une vingtaine d’années, et la thèse de Barbara Lambauer sur Otto Abetz, l’œuvre fondatrice de Robert Paxton n’a cessé d’être critiquée, discutée, amendée. Moi-même, dans mon récent livre, j’exprime plusieurs désaccords d’interprétation – certains sur des points cruciaux (les origines du statut des juifs d’octobre 1940, le rôle de Bousquet). Mais c’est le propre de la discipline historique, qui n’est pas ce relativisme circulaire et idéologique qu’elle devient entre les mains d’un Zemmour.

- Pétain aurait pleuré de rage le 11 novembre 1918 car il voulait poursuivre jusqu’à Berlin ; son livre de chevet était une étude sur Iéna. C’est une double légende. Voir la biographie, récente et très complète, de Bénédicte Vergez-Chaignon.

- "90 %" des résistants accourus à Londres en 1940 étaient de l’Action française !" Autre légende (et vieux cliché de l’extrême droite) colportée par Zemmour. En vérité, s’il y avait des maurrassiens et des camelots du roi à Londres (le cas de Daniel Cordier est devenu célèbre), ils ne formaient qu’un petit groupe au sein d’une population émigrée hétéroclite, dominée par les républicains (voir "La France Libre" de Jean-Louis Crémieux-Brilhac).

- Vichy a persécuté les protestants, au même titre que les juifs et les francs-maçons ! Sans commentaire, si ce n’est qu’Alain Finkielkraut et Paul Thibaud (le contradicteur choisi pour discuter Zemmour) ont brodé sur le même thème, aiguillonnés par leur docte ignorance.

- La presse collaborationniste de Paris n’avait pas de "mots assez durs" contre Pétain. C’est faux. Sauf exception, la presse collaborationniste ménageait le chef de l’État, trop populaire pour être attaqué frontalement, se focalisant sur Laval et ses ministres.

- Les vainqueurs "ont le droit de vie et de mort" sur les populations occupées. Zemmour ignore visiblement la convention de La Haye (1907) et la convention d’armistice, qui ne permettaient pas tout... Et les Allemands le savaient. C’est pour cela qu’il leur fallait attirer Vichy dans le piège de la collaboration.

- Zemmour annonce fièrement qu’il a eu entre les mains un document capital : les instructions données à la police parisienne à la veille de la rafle. Et, conclut-il de cet examen, c’est "exactement la même procédure que pour l’expulsion des étrangers irréguliers" ! On touche là ce que le révisionnisme zemmourien a de plus insupportable : relativiser la politique antijuive de l’été 1942 et l’entreprise nazie d’extermination des juifs. La République des années 1930 raflait-elle des milliers d’étrangers dont les enfants étaient Français et scolarisés ? Les instructions données aux policiers qui procédaient au refoulement d’étrangers irréguliers précisaient-elles, dans le menu détail, les effets et ustensiles dont les intéressés devaient se munir avant leur départ ? Ces derniers étaient-ils refoulés dans des wagons à bestiaux ? Le parallèle est évidemment absurde, indécent. Et, dans mes recherches sur les commissaires du Vel d’Hiv, je n’en ai trouvé qu’un, le très antisémite commissaire du 19e arrondissement, à oser un tel rapprochement : "L’opération m’est apparue alors comme l’exercice du droit d’expulsion d’individus étrangers". Tous – ou presque – avaient conscience qu’ils accomplissaient-là une besogne anormale et exceptionnelle.

- Si un "sondage" avait été organisé en 1942, "il n’est pas sûr que les Français auraient défendu le droit d’asile", avance Zemmour. A nouveau, il ignore les travaux des historiens (Serge Klarsfeld, Pierre Laborie, Jacques Semelin), qui ont montré que l’opinion a été majoritairement indignée par les opérations de l’été 1942, notamment en zone libre. Et à nouveau il relativise la politique Laval-Bousquet, choquante et transgressive aux yeux de la plupart des Français.

- En 1943, le maréchal Pétain a refusé la dénaturalisation des juifs devenus français dans les années 1930. En vérité, Vichy a signé en juin 1943 ce fameux décret de dénaturalisation. Mais les Allemands ont alors mis leur veto à sa publication au "Journal officiel", car ils craignaient que les juifs concernés leur échappent. Mauvais calcul : un mois plus tard, le renversement de Mussolini est un tournant de la guerre ; Vichy fait machine arrière. Pétain n’a fait que valider une décision prise par Laval…

Je n’ai pris que dix exemples. Il y en aurait vingt autres.

Certains collègues assurent qu’il ne faut pas répondre à Zemmour. Je crois pour ma part qu’il faut le faire. Bien sûr, c’est coûteux en temps. Cela demande du travail. Mais il n’est pas possible de laisser se propager des mensonges et des manipulations sans réagir. Comme disait Karl Marx, "ne pas réfuter une erreur, c’est encourager la malhonnêteté intellectuelle".

Laurent Joly, Historien

Source:

https://www.facebook.com/100028982770523/posts/153034815672610/

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