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Vivement l'Ecole!

histoire

Histoire contemporaine - La Russie est-elle une dictature?... (Vidéo)

19 Août 2019 , Rédigé par France Info Publié dans #Histoire

Peut-on qualifier la Russie de Vladimir Poutine de dictature ? C'est la question au cœur des Idées claires, notre programme hebdomadaire produit par Franceinfo et France Culture et destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

Le 25 octobre 2018, le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov recevait le prix Sakharov "pour la liberté de l’esprit" du Parlement européen.

Si la porte-parole de la diplomatie russe a immédiatement dénoncé "une décision politique", le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a quant à lui salué "un symbole de la lutte pour la libération des prisonniers politiques détenus en Russie et dans le monde."

Cet opposant notoire à la politique de Poutine avait entamé une grève de la faim 5 mois auparavant depuis sa prison sibérienne pour protester contre le sort des prisonniers ukrainiens détenus en Russie. Le cinéaste ukrainien purge une peine de 20 ans pour "terrorisme" et "trafic d’armes". Son procès avait été qualifié en 2015 de "stalinien" par Amnesty International.

Le cas Sentsov illustre bien les difficultés pour les voix dissonantes du régime de Vladimir Poutine de s’exprimer librement. Mais il illustre également les incompréhensions culturelles entre la Russie et l'Europe occidentale, notamment sur le concept de pouvoir légitime.

Sur le papier, la Russie de Vladimir Poutine a tout du régime autoritaire et autocratique : assassinats des opposants politiques, fraude électorale massive, longévité du président, répression des manifestations, climat de menace pour les journalistes. Pourtant, sur le terrain, la popularité de Poutine est réelle et rendrait jaloux beaucoup de dirigeants européens. Pour autant, même si Poutine a été élu par un vote, peut-on dire que son régime est démocratique ?

Pour répondre à nos questions, nous avons demandé à Anna Colin-Lebedev, spécialiste de la Russie et maîtresse de conférences à l'université Paris-Nanterre.

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"Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose" - Albert Camus/8 août 1945

6 Août 2019 , Rédigé par Combat Publié dans #Histoire, #Littérature

"Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose" - Albert Camus/8 août 1945

Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique.

On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.

En attendant, il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d'aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d'idéalisme impénitent, ne songera à s'en étonner.

Les découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu'elles sont, annoncées au monde pour que l'homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d'une littérature pittoresque ou humoristique, c'est ce qui n'est pas supportable.

Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu'une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d'être définitive. On offre sans doute à l'humanité sa dernière chance. Et ce peut-être après tout le prétexte d'une édition spéciale. Mais ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.

Au reste, il est d'autres raisons d'accueillir avec réserve le roman d'anticipation que les journaux nous proposent. Quand on voit le rédacteur diplomatique de l'Agence Reuter* annoncer que cette invention rend caducs les traités ou périmées les décisions mêmes de Potsdam*, remarquer qu'il est indifférent que les Russes soient à Koenigsberg ou la Turquie aux Dardanelles, on ne peut se défendre de supposer à ce beau concert des intentions assez étrangères au désintéressement scientifique.

Qu'on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction d'Hiroshima et par l'effet de l'intimidation, nous nous en réjouirons. Mais nous nous refusons à tirer d'une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d'une véritable société internationale, où les grandes puissances n'auront pas de droits supérieurs aux petites et aux moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l'intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État.

Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison.

Albert Camus - 8 août 1945 dans "Combat"

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Sortir... "Le monde en sphères" - Bibliothèque Nationale de France...

9 Juin 2019 , Rédigé par BNF - Le Café Pédagogique Publié dans #Histoire

(...)

Pour le public scolaire

Les professeurs peuvent organiser des visites autonomes  de l’exposition, et elles sont gratuites. Elles doivent toutefois être réservées auprès du service groupes de la BNF, visites@bnf.fr   .  La réservation doit mentionnée le jour et l’heure de la venue, ainsi que le niveau et l’effectif de la classe.

Béatrice Flammang

L’exposition « Le monde en sphères »

Les activités pédagogiques

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Il était une fois l'Occupation selon "Le Parisien" : un western aux références ambiguës...

28 Mai 2019 , Rédigé par France Culture Publié dans #Histoire

Il était une fois l'Occupation selon "Le Parisien" : un western aux références ambiguës...

EXTRAITS

Chronique | En Une, Lorànt Deustch qui nous guide sur les pas de la Wehrmacht, des "collabos" ou d'une évocation suspecte de Céline ou des Juifs. Au fil des pages, des anecdotes qui semblent tout mettre sur le même plan et racontent la rafle du Vél' d'hiv un peu comme un Guide du Routard. On a lu pour vous.

Un nouveau Hors-série du Parisien est sorti le 13 mai, Le Paris de l’Occupation. Huitième numéro d’une collection pour “tout connaître de l’histoire de Paris” qui comptait déjà, en vrac, Le Paris d’Haussmann (N°4), Le Paris du Moyen-Âge (N°1), Le Paris des Années folles (N°7) ou Le Paris des grands rois (N°2), cet opus intriguait dès la Une : sous le sous-titre “Collaboration, Résistance, vie quotidienne”, la silhouette de Lorànt Deustch, mains sur les hanches.

Dissipons d’emblée un malentendu : le Parisien n’a pas confié les rênes à Lorànt Deutsch, comme France 2 l’avait missionné, le 2 mai, dans un tandem ouvertement monarchiste avec Stéphane Bern, pour une émission de prime time sur... la Révolution française. 

Ici, le comédien et auteur du best seller Métronome semble n’avoir signé aucun des textes sur les 103 pages que compte le hors-série. L’éditorial n’est pas de lui, mais de Charles Saint-Sauveur, journaliste au Parisien. Finalement, la présence de Lorànt Deutsch apparaît plus visuelle qu’historiographique : c’est lui qui pose devant l’objectif d’un photographe à travers ce qui se présente comme une série de “balades” dans “le Paris des Allemands”, “le Paris des résistants”, ou… “le Paris des plaisirs” et “le Paris de la mémoire”. On découvre par exemple au fil des pages :

  • Lorànt Deutsch chez Maxim’s ou “la fête perpétuelle” (“Allemands et Français s’y cotoyaient joyeusement!”)
  • Lorànt Deutsch devant le Collège de France (“Le gendre de Marie Curie mettait la main à l’explosif!”)
  • Lorànt Deutsch d’un air pénétré, en lunettes de soleil, devant le Mémorial des enfants du Vel’d’Hiv

(...)

Sous-texte et références raciales

Ailleurs, c’est le mot “propagande” qui frappe : dans la “balade” numéro 2 (“Le Paris des résistants”), le numéro 6 sur la carte renvoie au 170 rue de Grenelle, à Paris, où la résistante communiste Danielle Casanova est arrêtée le 15 février 1942. Elle sera déportée à Auschwitz, où elle mourra du typhus. Mais on lit à la page 93 du hors-série qu’avant cela, “à la Santé, puis au fort de Romainville, elle continue d’organiser la propagande”. Or le même terme, “propagande”, vaut aussi pour la prose collaborationniste que vend, boulevard Saint-Michel, la librairie Rive gauche,“consacrée à la propagande de la France européenne, organisation montée par les ultra-collaborationnistes”.

Parfois, la référence échappe de prime abord, mais intrigue. Page 68, alors qu’on retrouve l’histoire de la conservatrice Rose Valland que documente bien l’exposition du Mémorial de la Shoah proposée en ce moment par l’historienne Emmanuelle Polak, on nous raconte aussi celle de la maison d’enchères Drouot pendant l’Occupation. Et de ces marchands persécutés, spoliés, dont les biens sont aryanisés (“les collectionneurs juifs, les Rotschild, David-Weill, Schloss, Fabius ou Kann”), on nous dit ceci :

A partir de juillet 1941, ils seront même interdits d’accès à Drouot, ce qui leur épargnera de voir leurs trésors bradés à la race des nouveaux seigneurs.

“La race des nouveaux seigneurs” ? L’expression figure sans guillemets, ni pour race ni pour seigneurs. Elle est déjà curieuse en soi. Mais l’auteur sait-il qu’avant d’être le titre d’un livre du fils d’Alain Delon, La Race des seigneurs était celui d’un film de 1974, par Pierre Granier-Deferre… qui l’adaptait en réalité d’un roman de Félicien Marceau, auteur et académicien dont la réputation est très polémique au sortir de la Seconde guerre mondiale ?

(...)

Volonté pédagogique ? On peut imaginer que les tournures narratives sur un mode “il était une fois” s’expliquent par ce souci de nous prendre par la main. Pourtant, la vertu pédagogique n’est pas flagrante lorsque page 9, on évoque le premier train de la mort qui s’ébranle le 27 mars 1942 à destination d’Auschwitz en commençant par : “Il fait un temps superbe lorsque, en ce début d’après-midi, les Allemands rassemblent les 4000 Juifs détenus au camp de Drancy.” Mais la météo est assez présente au fil de tout le hors-série, dont l’éditorial débutait sur : “Le printemps 1940 fut l’un des plus chauds que la capitale ait connu depuis très longtemps”. Chaud.

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Cholé Leprince

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Brève histoire de la répression politique des enseignants au XXème siècle...

13 Mai 2019 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Histoire

Brève histoire de la répression politique des enseignants au XXème siècle...

EXTRAIT

Les vives discussions autour de l'article 1 de la loi Blanquer soulèvent la question de la liberté d'expression des enseignants. Un détour par l'histoire permet de situer ces débats sur le temps long et de montrer que la répression politique des enseignants et la conquête de leurs libertés ont aussi une histoire, souvent méconnue.

Certains droits semblent tellement acquis que l’idée même de leur réversibilité n’effleure pas. La période est pourtant à une urgente vigilance. Les métamorphoses de ce qu’il subsiste d’État-providence atteignent jusqu’au cœur même des identités professionnelles, à commencer par celles des fonctionnaires dont les gouvernements successifs organisent la disparition depuis des décennies. L’une des conditions de ce démantèlement historique, on le sait, est d’en limiter toute possibilité de contestation, surtout de la part des premiers concernés. Le corps enseignant - comme on dit - corps qui ne porte pas très bien son nom tant ses membres se désarticulent plus qu’ils ne se coordonnent, n’échappe pas à la règle. Il subit même une attaque que l’on aimerait qualifier de « sans précédent » mais qui évoque davantage quelques funestes « déjà vus ». L’école ayant cette faculté mystérieuse de fabriquer sa propre amnésie, il n’est sans doute pas inutile de retracer une petite histoire de la répression politique des enseignants que l’on dit si protégés et privilégiés.

L’inquiétude actuelle des enseignants provient de cette apparente anodine précision de l’article 1 de la loi Blanquer, en discussion actuellement au parlement : « par leur engagement et leur exemplarité, les personnels de la communauté éducative contribuent à l’établissement du lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l’éducation ». L’article a suscité un tollé tel que le ministère s’est vu contraint de préciser qu’il ne s’agissait là que d’une position de principe, mais que rien ne remettait en cause la liberté d’expression des enseignants. Les syndicats ont rappelé qu’on pouvait tout de même tiquer sur cette précision arrivant en contexte de contestation des réformes éducatives en cours. Rapidement les débats se sont orientés sur ce fameux devoir de réserve dont les juristes ont pourtant montré qu’il ne concernait pas les enseignants mais la haute administration. Anicet Le Pors, responsable de la rédaction du texte de base sur les droits des fonctionnaires en juillet 1983 avait été très clair dans son article 6 : « la liberté d’opinion est garantie aux fonctionnaires », renvoyant une définition plus précise de la « réserve » à la construction jurisprudentielle, seule à même de statuer[1].

Il faut  expliquer pourquoi cette conquête récente d’une relative protection juridique des enseignants n’est pas forcément immuable. Nous proposons pour cela d'en retracer à grands traits l'histoire récente, courant sur un siècle, dès lors que l’école dite républicaine est bien installée, avec ses codes et règles censés définir le modèle républicain, l’histoire d’un service public et de ses agents recrutés pour et par la République dont ils sont censés faire la promotion, en toute « neutralité ». Une injonction contradictoire, à l’origine de la plupart des moments répressifs de l’histoire des enseignants, tant la définition de la République ne peut évidemment faire consensus au vu de la variété des modèles républicains qui traversent le siècle.

(...)

Laurence De Cock, Professeure d'histoire-géographie Paris

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A Lire... "Retour à Birkenau" - Ginette Kolinka et Marion Ruggieri/Ed Grasset...

8 Mai 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Histoire

La dernière fois que je suis retournée à Birkenau, c’était au printemps. Les champs se couvraient de fleurs, l’herbe était verte, le ciel limpide, on pouvait entendre les oiseaux chanter. C’était beau.

Comment puis-je employer un mot pareil ? Et pourtant, je l’ai dit ce mot, je l’ai pensé : « C’est beau. »

Au loin, j’ai vu cette silhouette qui remontait le long de la prairie. D’abord, je n’y ai pas cru, je me suis dit « ce n’est pas possible », mais c’était bien ça : une joggeuse. Elle faisait son footing, ici. Sur cette terre grasse et méconnaissable, qui avait vu tant de morts, dans cet air qui sentait le petit matin frais, la rosée. Elle courait, tranquillement. J’en ai eu le souffle coupé. J’ai eu envie de hurler, de lui crier : « Es-tu folle ? »

L’étais-je, moi ?

Il ne faut pas retourner à Birkenau au printemps. Quand les enfants jouent sur leur toboggan dans les jardins des petites maisons longeant l’ancienne voie ferrée qui menait au camp et à son funeste arrêt, la Judenrampe.

16 avril 1944. Le train s’arrête enfin. J’ai l’impression d’avoir somnolé tout ce temps. Derrière la porte, on entend des voix qui crient, des chiens qui aboient, le bruit des gonds que l’on déverrouille : un air vif pénètre le wagon, comme c’est bon ! Après ces heures passées recroquevillés dans la pénombre et la puanteur. Combien de jours, de nuits ? On me dit trois jours et trois nuits, alors je répète, trois jours et trois nuits. Il y a mon père, mon petit frère,

Gilbert, et mon neveu. Je me revois refuser quelque chose à mon frère dans le wagon. À manger peut-être ? Peut-être nous ont-ils donné un peu de nourriture pour les enfants à Drancy ? Quelque chose pour les « J3 » ? Pendant la guerre, à cause des restrictions alimentaires, nous sommes partagés en catégories : il y a les J1, les bébés, les J2, les J3, etc. Les J1 ont du lait, les suivants ont du lait avec un peu de farine, les J3 ont des gâteaux secs, et les adultes ont le droit à du vin. Je m’entends lui répéter pendant le trajet : « Non, Gilbert, il ne faut pas tout manger d’un coup, on ne sait pas combien de temps peut durer le voyage… »

Mon père a 61 ans. Aujourd’hui cela paraît jeune. Le pauvre homme a réussi à subtiliser deux couvertures avant notre départ. Il est si maigre qu’il les a glissées dans son pantalon. Nous sommes assis dessus, tant bien que mal. Il y a un peu de paille sur le sol. C’est un train de marchandises, aveugle, sans fenêtres ni grillages. Longtemps, j’ai cru que nous avions embarqué Gare du Bourget, j’ai appris par la suite qu’il s’agissait de Bobigny.

À Bobigny, quand on débarque des autobus de Drancy, il n’y a plus de policiers français. J’entends des cris, des ordres, des hurlements. On nous pousse violemment pour nous regrouper. Puis on nous pousse encore jusqu’au quai. Je vois le train de marchandises, je pense naïvement qu’il va partir et qu’un autre train va arriver pour nous. Mais on nous pousse à nouveau vers les wagons : Schnell ! C’est le premier mot que j’apprends en allemand.

Dans le wagon, on ne se quitte pas, on reste ensemble, Papa, Gilbert, mon neveu et moi, nos regards tendus vers la clarté du quai, debout, serrés, d’ailleurs personne ne s’assoit tant que les portes sont ouvertes. Je vois toutes ces silhouettes qu’on entasse jusqu’à les confondre. Une vague d’ombres. Un lourd bruit de ferraille étouffe le dernier rayon de lumière. On verrouille les serrures. La nuit tombe et je n’ai pas peur. Je pense que l’on va pouvoir travailler dans les champs ou à l’usine. Mon petit neveu a 14 ans, mais il fait jeune homme, il est costaud, débrouillard. Quant à mon père, il sait piquer à la machine, je le rassure : « On te mettra à l’atelier ! » Comment ai-je pu croire, jusqu’au bout, que j’allais travailler ? Comment ai-je pu ne me douter de rien ? Dans l’obscurité, mes yeux s’habituent à voir : la paille, au sol, un genre de seau, de tonneau dans un coin. S’asseoir est presque impossible. Nous sommes si nombreux entassés là. Et une fois assis, comment placer ses jambes ? Et une fois ses jambes placées, comment se relever, faire ses besoins ? Je me le demande… Se lever sans marcher sur les autres est un drôle d’exercice : une fois posée, je n’ai pas le souvenir d’avoir bougé.

Les phares nous aveuglent. Des soldats sautent dans le wagon. Ils hurlent : Schnell ! Ils nous poussent, nous soulèvent de force, nous font signe de descendre. Certains veulent prendre leur sac, des femmes s’accrochent à leur maigre bagage, mais les soldats les en empêchent, leur tordent le bras, les valises restent là. Il y a des cris, des bousculades, des ordres en allemand. Sur le quai, les chiens aboient. Je ne comprends rien. Quelqu’un me traduit : « On va nous emmener à pied au camp, mais le camp est loin. Il y a des camions pour les plus fatigués. »

Cette phrase, soixante-dix ans après, résonne encore en moi. « Il y a des camions pour les plus fatigués. » Dans ma naïveté, cette naïveté qui m’a peut-être sauvée et qui les a condamnés, je pense à mon père, amaigri par ces dernières semaines, exténué par le voyage, je pense à Gilbert, mon petit frère, qui n’a que 12 ans, à sa petite tête ébouriffée. Et je m’entends leur crier : « Papa, Gilbert, prenez le camion ! »

C’est toujours ça qu’ils n’auront pas à faire à pied.

Je ne les embrasse pas. Ils disparaissent.

Ils disparaissent.

Ginette Kolinka , avec Marion Ruggieri - Retour à Birkenau

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A Lire... Les écrivains et la politique en France - De l’affaire Dreyfus à la guerre d’Algérie / Gisèle Sapiro

1 Mai 2019 , Rédigé par La Vie Des Idées Publié dans #Education, #Histoire, #Littérature

Gisèle Sapiro

Gisèle Sapiro

EXTRAIT

Sans se limiter aux grandes figures de l’engagement, Gisèle Sapiro théorise l’évolution des relations entre pratiques littéraires et politiques au XXe siècle, en appliquant les outils de la sociologie aux études historiques et littéraires.

Directrice du Centre européen de sociologie et de science politique, Gisèle Sapiro livre dans cet ouvrage une étude large et approfondie des liens entre littérature et politique. Elle y poursuit notamment sa réflexion, développée dans un précédent essai, sur la responsabilité des écrivains dans le contexte des crises qui ont marqué le court XXe siècle, de la Première Guerre mondiale à la guerre froide [1]. Ce nouvel ouvrage reprend une série d’articles déjà publiés – et pour partie retravaillés – dont la cohérence est assurée par l’approfondissement des théories issues de la sociologie de la culture, spécialité de Gisèle Sapiro.

Si l’approche retenue est sociologique, l’étude s’enrichit d’un dialogue avec les autres disciplines que la sociologie croise dans ce champ de recherche : l’histoire sociale et culturelle – notamment l’histoire des médias – d’une part, les études proprement littéraires, d’autre part. Cette réflexion permet à Gisèle Sapiro d’interroger de façon détaillée les liens entre les écrivains et la politique − au-delà de la question de l’engagement intellectuel défini dans un sens strict comme une prise de position dans le débat public (qui se manifeste par la signature de pétitions, la publication de tribunes ou d’œuvres clairement engagées) − et de renouveler ainsi l’approche de la question.

En dépit d’un sous-titre presque obligatoire pour ce sujet − de l’affaire Dreyfus à la guerre d’Algérie − indicateur de la période retenue, l’ouvrage ne revient pas en détail sur les épisodes les plus célèbres − et déjà largement étudiés [2] − des engagement intellectuels. Si elles sont convoquées, les figures de Zola et de Sartre, qui demeurent associées à la mobilisation des intellectuels dans l’Affaire Dreyfus ou contre la torture dans la guerre d’Algérie, ne sont pas au centre de l’étude. C’est en effet à la question plus large des relations entre littérature et politique que cette dernière cherche à répondre − une question dont Gisèle Sapiro souligne l’acuité contemporaine. Ayant rappelé en introduction l’intérêt actuel pour les œuvres pamphlétaires d’écrivains impliqués dans la Collaboration, elle donne d’emblée à sa réflexion un caractère d’urgence qui confère à cet essai un ton engagé : le but est, au-delà de l’exploration historique, de comprendre les représentations et les visions du monde dont notre époque a hérité et que les combats politiques de l’après-guerre froide ont fait ressurgir, sur fond de montée de l’extrême droite et de la xénophobie. Cette interrogation explique aussi l’attention que l’auteur accorde, également dans un souci de rééquilibrage historique, aux écrivains engagés aux deux extrêmes, gauche et droite, et aux moments de crise républicaine, particulièrement des années 1930 et de la Seconde Guerre mondiale.

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Elisa Capdevila

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Le Joli Mai... Chris Marker... 1962... Visionnaire...

1 Mai 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Sociologie, #Histoire

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On a fait regarder l’émission de Stéphane Bern et Lorànt Deutsch sur la Révolution française à une historienne...

1 Mai 2019 , Rédigé par Les Inrocks Publié dans #Education, #Histoire

On a fait regarder l’émission de Stéphane Bern et Lorànt Deutsch sur la Révolution française à une historienne...
EXTRAITS
 
France 2 diffuse, jeudi 2 mai à 21h, un numéro de l'émission “Laissez-vous guider” consacré à la Révolution française, présenté par Stéphane Bern et Lorànt Deutsch, connus pour leurs convictions royalistes. L'historienne Sophie Wahnich, spécialiste d'histoire de la Révolution française, relève les biais idéologiques du programme. 
 
L'annonce de la diffusion d'un numéro de l'émission “Laissez-vous guider”, sur le thème de la Révolution française, présenté par Stéphane Bern et Lorànt Deutsch a suscité un petit émoi dans le milieu des historiens, ainsi que dans la sphère politique. En cause, le fait que “deux partisans d’une histoire royaliste” (dixit l'historien Guillaume Mazeau) aient été choisis pour rendre compte de cette période. Pour juger sur pièce du résultat, nous avons fait visionner l'émission à l'historienne spécialiste de la Révolution française Sophie Wahnich, directrice de recherche au CNRS, membre de la Social Science School de Princeton, auteure de La Révolution française n'est pas un mythe (Klincksieck, 2017) et de L'Intelligence politique de la Révolution française (Textuel, 2019). Alors que 1789 sert d'allégorie aux Gilets jaunes”, et que cet événement fondateur de la république démocratique inspire des pièces de théâtre et des films, elle s'interroge : “Qu’arrive t-il à l’objet historique ‘révolution’ quand il passe par ‘l’assaisonnement’ proposé par cette émission ?” Selon elle, ce document télévisuel tente de “faire passer une histoire doloriste et monarchiste pour un récit pertinent, classique et émouvant”. Elle relève cinq points particulièrement problématiques.
 
1 - Les lieux communs sur la prise de la Bastille
 
“Le processus de désactivation politique tient en premier lieu à l’organisation même du récit, qui n’est pas un récit mais une déambulation touristique qui désarticule la chronologie des événements, et fait ainsi perdre toute cohérence à leur enchainement. L’émission débute à la Bastille, mais l’appel aux armes de Camille Desmoulins (qui craint une Saint-Barthélémy des patriotes) n’arrive qu’en fin d’émission, dans le contexte du Palais-Royal. Il s’agit alors davantage d’expliquer les origines de la cocarde, que de donner à entendre ce qui anime les Parisiens en termes d’espérance et d’effroi, la veille de la prise de la Bastille. Le récit n’est pas scandé par des dates, il ne présente ni cause ni conséquence, sinon celles des lieux communs les plus convenus : le peuple a faim (c’est ainsi en une seule phrase que nos compère en parlent à la Bastille), le roi et la reine en perdront la tête.

Sur ce qui fait de la révolution un événement politique populaire, on ne saura rien. Le peuple comme acteur politique doué de liberté est absenté. Le seul peuple qui reste est celui des spectateurs : un peuple de badauds qui veulent bien se laisser guider et aller au spectacle sur les grands boulevards pour écouter et voir un mélodrame. A priori aussi un peuple de province à qui on explique le métro parisien - sa ligne 5 où restent des vestiges de la Bastille (mais on omet de dire que récemment à cet endroit même, la présentation de Robespierre a été démantelée au profit d’une présentation neutralisée de l’événement).”

(...)

3 - Un tropisme royaliste et contre-révolutionnaire

“En ce qui concerne la Révolution française, réactiver des lieux communs revient toujours à réactiver un discours contre-révolutionnaire, qui depuis Edmund Burke et Joseph de Maistre [deux philosophes contemporains de 1789 et contre-révolutionnaires, ndlr] passe plus de temps à déplorer la mort du couple royal qu’à saluer la rédaction d’une Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Ici elle aussi absente des propos tenus, quand tous les chapitres de l’émission parlent du roi et de la reine et font pleurer sur leur sort bien injuste. L’accusation d’inceste fait frémir les “cœurs de mère” comme la mort de Marat, qui elle aussi devient une ritournelle antirévolutionnaire sur sa supposée cruauté. Tout l’art consiste à faire passer une histoire finalement doloriste et monarchiste pour un récit pertinent, classique et émouvant. Un récit qui en vaudrait bien un autre, et qui n’aurait pas besoin de s’encombrer d’historiens de métiers, tout en se donnant des allures scientifiques en convoquant des historiens de l’architecture et des journalistes férus d’histoire.”

(...)

5 - Des produits dérivés idéologiques qui ne disent pas leur noms

“Sans doute que tout est là : le jeu de rôle et l’identification est la règle du jeu. Stéphane Bern et Lorànt Deutsch demandent à chacun d’être dans une immersion non pas historique mais ludique, prétexte aussi léger que les bulles de champagne bues à la Bastille pour faire savoir qu’il en aurait coûté à un prisonnier noble la valeur de 75 euros. Le détail vrai ramené à nos repères contemporains, notre monnaie, notre conception de la justice, de la douleur, de l’émotion, associé à un savoir en miettes, permet de ne plus interroger le sens même de ce que l’on entend. Il ne s’agit pas de comprendre mais de bien s’amuser.

L’histoire, comme Marie-Antoinette ou la Bastille, est devenue un prétexte pour des produits dérivés idéologiques qui ne disent pas leur noms. De la Bastille à la prison du temple, on sera passé par le tunnel du canal Saint-Martin, inutile sinon pour faire un bon mot : c’est le seul tunnel avec un “virage”, et Stéphane Bern d’entendre “naufrage”. Lui aussi s’amuse à dire ce qu’il pense, en mode lapsus inconscient. La révolution dérapage n’est pas loin. Ici elle est un “tunnel” qui produit un tournant historique, naufrage de la monarchie. Ici il ne s’agit donc certes pas de penser la révolution, mais de réactiver un imaginaire collectif réactionnaire en s’amusant. Et ainsi de désactiver une demande sociale d’histoire politique de la révolution.”

Mathieu Dejean

Derniers ouvrages parus de Sophie Wahnich : La Révolution française n'est pas un mythe (Klincksieck, 2017) et L'Intelligence politique de la Révolution française (Textuel, 2019)

L'article complet est à lire en cliquant ci-dessous

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Hommage aux déportés...

28 Avril 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Histoire

Hommage aux déportés...

« Ce cœur qui haïssait la guerre… »

Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu’il bat pour le combat et la bataille !
Ce cœur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit,
Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haine.
Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent,
Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne,
 Comme le son d’une cloche appelant à l’émeute et au combat.
 Écoutez, je l’entends qui me revient renvoyé par les échos.
Mais non, c’est le bruit d’autres cœurs, de millions d’autres cœurs battant comme le mien à travers la France.
Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces cœurs,
Leur bruit est celui de la mer à l’assaut des falaises
Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d’ordre :
Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !
Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,
Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères
Et des millions de Français se préparent dans l’ombre à la besogne que l’aube proche leur imposera.
Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté au rythme même des saisons et des marées,
du jour et de la nuit.

Robert Desnos, 1943 (paru dans L’Honneur des poètes) 

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"Dernier" poème de R. Desnos

« J’ai rêvé tellement fort de toi,
J’ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu’il ne me reste rien de toi,
Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres
D’être cent fois plus ombre que l’ombre
D’être l’ombre qui viendra et reviendra dans ta vie ensoleillée. »

Robert DESNOS.  Dernier poème.

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