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Vivement l'Ecole!

histoire

1915 - L'enfer des Eparges... (Vidéo)

11 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Histoire

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11 novembre... A mon grand-père, "poilu" qui détestait la guerre...

11 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Histoire

Le Chemin des Dames…

(À lire en écoutant la Symphonie des Adieux de Haydn)

Dans le cimetière de Varengeville, pendant que mon amie admirait les vitraux bleutés de Braque, je me suis arrêté devant la tombe d’un homme. 1889-1917. Mort à 28 ans donc. Légèrement effacée, la mention « Mort pour la France ».

C’était un jour d’août… Les années soixante… 1965 peut-être. Les vacances d’été dans le Pas-de-Calais permettaient à mes parents de revoir les leurs. Mon grand-père maternel, né lui aussi en 1889, avait été soldat pendant la « Grande Guerre ». Il avait connu les combats, l’horreur des assauts pour cent mètres gagnés et trois mille vies perdues, les poux, les rats, la peur à se pisser dessus, l’absurdité de l’attente, le bonheur du courrier et de nouveau la boue, le silence avant les bombes. Verdun, Douaumont, le Chemin des Dames… Il ira jusqu’aux Dardanelles. L’unique voyage à l’étranger de toute sa vie d’ouvrier agricole. Il s’en serait volontiers passé. Mais au moins en était-il sorti vivant.

Tout cela, et rien que cela, je le tiens de ma mère. Son père ne parlait jamais des quatre années passées loin de sa femme, elle aussi ouvrière agricole. Évoquer cette période devant lui vous exposait à une remarque immédiate, indiscutable… « Ça suffit ! C’est loin tout ça ».

Ce matin d’août 1965, il faisait très beau. Un ciel aussi bleu que celui tutoyant les falaises de Varengeville. Mon grand-père me prit la main et me dit, avec la brièveté qui caractérisait cet homme silencieux : « Viens, je vais te montrer quelque chose. Mais faudra pas le dire hein ! Ce sera notre secret ! ».

Partager un secret avec mon grand-père adoré, admiré, à sept ans. J’étais fier ! Oh non, je ne dirai rien! Conserver un secret, c'est un message d'amour.

Il m’emmena au fond du jardin où étaient disposés quelques clapiers à lapins. Il ouvrit une des portes, écarta doucement le locataire et plongea la main sous la paille qui servait de litière. Après avoir tâtonné quelques secondes, il retira sa main…

« Tu viens ? »

Mon amie me rappelait que nous avions peu de temps. Paris l’attendait… Nous remontâmes l’allée du cimetière pour retrouver le parking, la voiture, la route. Je n’ai pas pensé lui parler de mon grand-père et de ses lapins. Elle aime pourtant tellement que je me raconte.

« Regarde… Sais-tu ce que c’est ? »

Mon grand-père tenait à la main une sorte de long couteau, rouillé avec deux anneaux aux deux extrémités de ce qui me sembla être une poignée. L’objet, inquiétant, mesurait une quarantaine de centimètres. Je ne savais pas ce que c’était.

Devenu soudain très grave, il me dit :

«On appelle ça une baïonnette. Quand j’étais soldat, pendant la guerre, on la mettait au bout du fusil. Et parfois, quand y’avait plus de cartouches à tirer, on se défendait avec. Mais ça je te raconterai pas. Quand la guerre a été finie, j’ai volé la baïonnette. Oh, pas pour la garder en souvenir ! Les souvenirs de cette guerre, j’en ai trop dans la tête ! Comme c’était la victoire, que tout le monde était heureux, j’ai raconté à mon lieutenant que je l’avais perdue. J’ai pas été puni. Mais je l’avais pas perdue ! Je l’avais glissée dans la grande poche de mon manteau et je l’ai ramenée avec moi ».

- Mais puisque tu ne voulais pas te souvenir, pourquoi est-elle là?

- Ah, ça, c’est une bonne question ! Elle est là parce que lorsque j’ai été démobilisé – ça veut dire que j’étais plus militaire; je redevenais un homme – je me suis juré de la montrer un jour à ceux qui viendront après pour que ça recommence jamais ! Tu vois, ce bout de fer, c’est la guerre ! C’est ça la guerre ! Un couteau au bout d’un fusil. Pour faire du mal. À des gens qu’ont rien demandé par d’autres gens qu’ont rien demandé non plus ! Je te la montre mais je ne te la donne pas. C’est pas un cadeau à faire à un enfant ! Tiens, remets-la dans le fond du clapier ».

J’ai délicatement posé l’objet près du lapin. Mon grand-père a recouvert sa baïonnette de paille, a refermé la porte et m’a emmené voir le colombier où roucoulaient des couples d’oiseaux amoureux. Je n’ai plus jamais entendu parler ni revu cette arme.

Le « Père Maurice », comme l’appelait tout le village, n’a jamais assisté à aucune cérémonie du 11 novembre. Il pleurait ses camarades « morts pour la France » tous les jours, en silence, dans le secret de sa mémoire, dans son « Chemin des Dames ».

La route défilait. Elle aussi. C’était un moment heureux, dans le soleil de juin. Mon amie passait d’une chanson à l’autre. Dans les champs commençaient à poindre les coquelicots. Ceux que les soldats de 1914, ceux que mon grand-père a vus en partant combattre l’ennemi. En pantalon rouge !

1914-1918… Mais il y eut 1939-1945… 1940… La débâcle… L’exode. À nouveau les Allemands… Et cette fois triomphants! Le Père Maurice a dû endurer ça. Avec lui, tous ceux qui avaient connu l’enfer vingt-cinq ans seulement avant.

1940… La maison de mon grand-père servira de logement à un capitaine allemand. Avec le « Père Maurice », il était mal tombé. Il lui rejouera "Le silence de la mer" de Vercors. Pas un mot pendant environ quarante-huit mois !

À son départ, ce capitaine viendra saluer mon grand-père :

« Je sais que vous avez été un soldat de la Grande Guerre. Je comprends votre silence. Vous êtes l'honneur de votre pays ».

En 1962, un matin, un homme s’est présenté à la grille de la maison. C'était "lui". J'étais présent C'était en août. Hélas, le Père Maurice, un homme "rude", m'a dit :

« Laisse-nous. Nous devons parler entre grandes personnes ».

Je n'ai jamais su ce qu'ils s'étaient raconté. Peut-être lui a-t-il parlé d’une jeune fille que tout le monde voyait chaque jour enfourcher son vélo pour des « promenades ». La jeune fille avait quatorze ans. Elle assurait des missions de liaison entre des groupes appartenant à son réseau. C’était ma mère…

Ce capitaine appartenait à la Wermacht. Ce n'était pas un SS, ni même un nazi. Comme l'officier allemand de Vercors, il récitait des poèmes français entiers. Il était l’ennemi imposé par l’Histoire.

Lorsqu’ils sont sortis de la pièce qu’ils occupaient pour se dire ce qu’ils avaient à se dire, leurs yeux brillaient, humides.

Mon grand-père est mort, un hiver de 1970. Loin de moi.

J’ai la guerre en horreur. Mon enfance et mon adolescence furent « bercées » par des récits de guerre d’Algérie. Dans les années 1970 ensuite par ces photographies découvertes dans Paris-Match. Les soldats américains épuisés dans les rizières du Viet Nam, pupilles dilatées par la consommation de haschich. Ces paysans, la terreur dans le regard. Les bombardements depuis les B-52 et les tapis de bombes au napalm…. Et puis, en 1972, à Tran Bang, une petite fille courant nue, brûlée, hurlante, les bras écartés du corps car elle ne peut supporter le contact avec sa peau. La photo, prise par Nick Ut Cong Huynh, photographe de l'agence Associated Press, fera le tour du monde. Je n’ai jamais pu oublier Kim Phuc, sauvée après dix-sept opérations et quatorze mois d’hôpital. Elle deviendra Ambassadrice de Bonne Volonté (Goodwill Ambassador) de l'UNESCO en 1997.

Dans la voiture, j’aurais aimé faire écouter Jimmy Hendrix, Bob Dylan ou Joan Baez à mon amie. Ou La Chanson de Craonne…

Mais j’aurais fait disparaître son sourire. Les guerres ont fait et font encore assez de mal comme ça… Syrie, Libye… Tragédie en Méditerranée… Réfugiés que même la France hésite à accueillir. Je n’oublierai jamais l’Aquarius et son « Odyssée »…

Lorsque mon grand-père a retrouvé ma grand-mère, quelques jours après l’armistice, sur un quai de gare, il l’a embrassée bien sûr. Puis il a eu ces mots :

« Allez, on rentre. Il doit y avoir de l’ouvrage »

C’est tout…

Il reprit le chemin avec sa dame…

Mon amie souriait et chantait... Il faisait si beau...

Christophe Chartreux

_______________________________________

Faites des bêtises, mais faites-les avec enthousiasme.”

Colette

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A lire... "Vagabondes, voleuses, vicieuses : adolescentes sous contrôle, de la Libération à la libération sexuelle" - Véronique Blanchard

28 Octobre 2019 , Rédigé par Mollat - La Vie des Idées Publié dans #Histoire, #Sociologie, #Education

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Coup de coeur... 17 octobre 1961... Un texte de Magyd Cherfi...

17 Octobre 2019 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Littérature, #Histoire

Coup de coeur... 17 octobre 1961... Un texte de Magyd Cherfi...

Quand d'octobre vient la fin...

Le mois d'octobre c'est le mois du pauvre, il y pousse des fourches, des marteaux des faucilles, des croissants de lune et des verbes à l'impératif. c'est un mois qui secoue la terre pour la dépoussiérer des vieux os calcifiés, un mois purificateur qui veut se débarrasser des vieilles couennes à particules, des étendards au lys fleuri. Parfois il choisit le silence, un silence déterminé à faire éclater les tympans. Il y pousse des hommes qui se croient invincibles et prennent leur torse pour des boucliers et c'est pour ça qu'ils meurent. Que de morts en octobre ! à croire qu'ils se prennent les hommes pour des graines d'humains. En se jetant à terre, ils se sèment puis attendent au printemps, la repousse plus dense plus touffue, pour nourrir la colère et refaire le monde...

Moi, le fils d'immigré j ai ma fierté du seul moment arabe en territoire de France qui redressa l'orgueil d'un je-ne-sais-quoi m'appartenant. Un moment civil, pacifiste et fier qui fut plus maghrébin qu'arabe, un héritage digne de ce nom. Un acte idéal auquel rien est à reprocher. Quand on est orphelin de la petite comme de la grande histoire, il est bon d'hériter de cela et moi qui cherche dans l'épouvante quelques traces de mon histoire, je fige une date, le 17 octobre 61.

Sur ma route, point de cailloux blancs qui me ramènent à bon port, juste le hasard, un peu de chance et le bon vouloir de quelques charitables.

Octobre, oui j'ai mon octobre, la signature des miens comme un serment du Jeu de paume réapproprié à la sauce immigrée. Je me raccroche à cette manif comme à un pan d'histoire, comme à un linceul ensanglanté, un bout de parchemin qui dit du bien des miens, ces inconnus, ces bruns à moustaches, ces brunes désœuvrées, fantoches à la merci des regards, à la merci de leur apparence. Une apparence suspecte et jugée coupable car l'apparence est un tort... parfois un crime. Merci d'avoir marché chers anonymes, merci pour l'ossature qui me fait tenir droit. Les marches ont du panache quand elles servent une cause, elles sont toutes pionnières car aucune ne ressemble à une autre et pourtant elles se ressemblent toutes.

Lorsque sur le trottoir, j'assiste à une marche à laquelle je ne participe pas, c'est un spectacle à mes mirettes du don de soi. Chacun fait le don de son temps, il le fait pour d'autres plus fragiles, des souffrants lointains qui ne savent même pas l'existence du geste. Mon cœur applaudit souvent ces marches gratuites dont on ne retient pas les visages, car le nombre annihile, la foule efface, évapore les distinguos, il ne reste que la vague mouvante et les minutes à compter avant qu'elle meure, car elle meurt, la marche, derrière les balais et les camions citernes des services d'assainissement.

Octobre ma révolution, ma marche vers la Bastille, oui j'ai tout. Cher mois tu as armé mon bras, rempli ma tête et soulagé l'âme. C'était dans la Ville Lumière, oh ! le beau choix, la belle mort, la victoire certaine. Certaine, car on est jamais le vainqueur de sa victime si elle a les mains nues et qu'on est soi-même armé. J'ai mon moment de gloire, mon mausolée, mon édit de Barbès, réconciliant des Français entre eux en leur accordant une part du patrimoine qui leur est dû. Un partage dans la douleur.

Octobre 61, ma date de naissance, mon épitaphe, mon faire-part, une nuit, une vie.

En devenant algériens, les indigènes ont rendu à la France une part de sa dignité perdue en Algérie. En marchant, ils n'ont fait qu'imiter leurs maîtres, parce que ce sont les maîtres qu'on imite pas les valets. Les maîtres devraient se méfier de leur statut. Un maître, malgré lui, s'entoure d'ennemis, ceux qui le servent. Un maître a ses élèves qui l'envient, car l'élève s'élève et c'est rare qu'il ne veuille pas de la place de choix.

Et ce fut un massacre, une boucherie sanguinaire où le bougnoule se devait de crever la bouche enfoncée dans la vase des bords de Seine. Je les imagine, les chefaillons rigides et revanchards, chauffés à la mauvaise bière, la bave aux lèvres à l'idée de mastiquer du bougnoule. Y'a dans ce mot bougnoule, une sonorité nauséabonde, une vilénie visqueuse qui autorise à penser que c'est comme une incarnation du reptile achevé de rongeur, une hybridité malsaine et flasque, quelque chose de dégueulasse qu'il faut éliminer à tout prix.

On dit que ce sont les Allemands qui traitaient les paysans français de bougnoule, qu'importe. Pour les Français ce ne fut qu'un passage obligé, pour nous, un attribut héréditaire.

Je les visite dans ma mémoire, ces commissariats, jusqu'au fond des murs dans la condensation des verbes portés à ébullition pour éliminer tout remord, toute espèce de sentiment humain...

« Messieurs c'est pas des hommes ou des femmes qui vont défiler ce soir, c'est la vermine cannibale qui mangera vos enfants et violera vos femmes. Ils n'ont pas de terre, pas de religion et du respect que pour celui qui les mettra à genoux, cognez messieurs. Cognez jusqu'à leur passer le goût de vouloir se prendre pour des hommes. Il en va de la grandeur de la France. L'humanité c'est nous ! le reste ne fait que lui ressembler ».

«La grandeur de la France» ! tu parles d'une extrapolation ! Moi je suis né français mais la France a ça de délirant qu'on peut y naître par le versant minuscule, le versant bronzé que curieusement le soleil n'éclaire jamais. Né sans particule, sans orthographe, sans passé. Je suis né de ce versant douteux parmi tant d'autres dans le relief indéfini qui vous fait apatride.

On peut naître français sans jamais le devenir, ça en donne des raisons de marcher.

Depuis que je sais ça, je sais qu'il me faudra vaincre ce que d'autres ont acquis sans efforts. Quelle injustice ! L 'adversité va faire son beurre du curriculum vitae ici présent. Je vais enquiller des tours de France, sans plats ni lignes d'arrivée, de la montagne à qui mieux mieux et c'est pas ce qui manque dans ce paradis aux six côtés inégaux.

Depuis, et comme prévu, j'ai fait ma route. J'ai grimpé sur la paroi formée des corps de mes ancêtres, ils m'ont offert leur dos pour que l'escalade se fasse sans accrocs, je suis monté, monté pour leur dire qu'il existe de l'autre côté une prairie de terre grasse à nourrir mille générations, un champ où les quatre saisons se distinguent pour donner un éternel recommencement. Arrivé à la cime des montagnes les plus hautes, j'ai compris que j'étais toujours pas français, je l'étais dans le cœur, dans la tête et dans l'âme mais ça n'a pas suffi. J'ai vu se former des grimaces, la grimace des premiers arrivés et j'ai compris qu'on ne devient pas français par l'effort, le sacrifice ou l'adhésion, on le devient dans le regard de l'autre. Quelque carte d'identité qui soit ne fait pas le français, quelque devoir accompli ou droit acquis non plus, pas même l'allégeance au drapeau ou a l'hymne, rien ne vous parraine quand le regard se détourne de l'effort consenti.

C'est pour cela qu'on marche, pourquoi courir si la mort est l'aboutissement des requêtes ?

(...)

Magyd Cherfi

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Coup de coeur... Victor Klemperer... (Ou quand des mots confisquent la pensée... Encore très actuel, hélas)

9 Octobre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Histoire

«  Comment ça va à l’usine ? lui demandai-je.
Très bien ! répondit-il. Hier, c’était un très grand jour pour nous. Quelques communistes culottés s’étaient incrustés à Okrilla, alors nous avons organisé une expédition punitive [Strafexpedition]
– Vous avez fait quoi ?
– Eh bien, on les a fait passer par les verges, c’est-à-dire par nos matraques en caoutchouc, avec un peu de ricin, rien de sanglant mais très efficace tout de même, une expédition punitive, quoi.
Expédition punitive est le premier mot que j’ai ressenti comme spécifiquement nazi, c’est le tout premier de ma LTI et le tout dernier que j’ai entendu de la bouche de T. ; je raccrochai sans même prendre la peine de refuser son invitation.
Tout ce que je pouvais imaginer d’arrogance brutale et de mépris envers ce qui est étranger à soi se trouvait condensé dans ce mot expédition punitive ; il avait une résonance si coloniale qu’on imaginait un village nègre cerné de toutes parts et qu’on entendait le claquement du fouet en cuir d’hippopotame. Plus tard, mais hélas cela ne dura pas, ce souvenir eut aussi, en dépit de son amertume, quelque chose de réconfortant pour moi. Un peu de ricin : il était tellement clair que cette opération imitait les pratiques fascistes des Italiens; il me semblait que tout le nazisme n’était rien d’autre qu’une infection italienne. Mais cette consolation disparut devant la vérité qui se dévoilait, comme s’estompe une brume matinale ; le péché nazi, capital et mortel, était allemand et non italien.
Même le souvenir de ce mot nazi (ou fasciste) qu’était expédition punitive se serait certainement envolé, pour moi comme pour des millions d’autres gens, s’il n’avait été associé à un événement personnel. Car cette expression n’appartient qu’aux débuts du Troisième Reich, elle a été rendue caduque par la simple institution de ce régime, comme la flèche est rendue caduque par la bombe. Les expéditions punitives, semi-privées et exécutées en amateur, furent immédiatement remplacées par l’action policière, régulière et officielle, et le ricin par les camps de concentration. Et, six ans après le commencement du Troisième Reich, le tumulte des expéditions punitives à l’intérieur de l’Allemagne, devenues actions policières, fut couverte par le vacarme de la guerre mondiale que ses instigateurs avaient également conçue comme un genre d’expédition punitive contre tous les peuples méprisés. C’est ainsi que les mots disparaissent »
Victor Klemperer LTI , La langue du IIIème Reich Albin Michel pages 71 -72
Traduit et annoté par Elisabeth Guillot
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Coup de coeur... Sergio Zamora - Histoire d'une Trahison - 11 septembre 1973 - Coup détat au Chili

11 Septembre 2019 , Rédigé par J Guedj - Amazon Publié dans #Littérature, #Histoire

Histoire d'une trahison  :11 septembre 1973, coup d'état au Chili

Le livre de Sergio Zamora vient à point nommé. D'abord parce que nous commémorons les 40ans du coup d'État qui renversa le 11 septembre 1973 la démocratie chilienne, et son président Salvador Allende. Cet événement marqua les esprits bien au-delà du continent américain, toutes celles et tous ceux qui, attachés aux valeurs démocratiques de par le monde, ont vu la violence se déchaîner sur le palais de la Moneda d'abord, sur tout un pays ensuite. Zamora nous replonge dans la genèse de ce coup d'État, il remonte les pistes internationales et intérieures pour écrire Histoire d'une trahison. Cette enquête minutieuse basée sur les témoignages des victimes comme des proches de la junte, sur les archives américaines déclassifiées, conduite par Sergio Zamora, victime lui-même de la terrible Dina (police secrète de Pinochet), est d'autant plus remarquable qu'il prend tout le recul nécessaire pour rétablir le rôle joué par chacun dans ce complot international contre la démocratie latino-américaine, connue sous le nom de plan Cóndor. La publication de cet ouvrage, fruit d'un long travail d'enquête, entre en résonance avec l'actualité immédiate.

Comment, en lisant Zamora, ne pas penser aux révélations qui secouent la diplomatie mondiale depuis Wikileaks? Comment ne pas faire le lien entre la déclaration de William Colby, directeur de la CIA, faite le 25 novembre 1974: «Les États-Unis ont le droit d'agir dans n'importe quel lieu du monde et d'espionner dans des pays amis» et l'affaire des écoutes des représentations diplomatiques européennes par les États-Unis révélées par Snowden? Histoire d une trahison est un livre utile et nécessaire pour comprendre le passé et appréhender le présent des relations internationales.

Jérôme Guedfj, Député et président du conseil général de l Essonne.

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Gérard Noiriel: "Zemmour a un talent rhétorique pour faire croire des choses qui ne sont pas vraies" (Vidéo)

10 Septembre 2019 , Rédigé par France Culture Publié dans #Histoire

Gérard Noiriel : « Les raisons de ma propre indignation »

Dans l’avant-propos de son dernier livre, « Le Venin dans la plume. Edouard Drumont, Eric Zemmour et la part sombre de la République », l’historien Gérard Noiriel explique pourquoi « Destin français », l’ouvrage du chroniqueur du « Figaro », l’a profondément choqué.

Extraits. […] Ce que j’ai moi-même éprouvé en lisant les pages de Destin français (Albin Michel, 2018) consacrées à ma communauté professionnelle est comparable à ce que ressentent les membres des communautés musulmanes quand Zemmour discrédite leur religion, ou les homosexuels quand il s’en prend au « lobby gay ». Contrairement à Edouard Drumont, le vocabulaire injurieux d’Eric Zemmour ne vise pas nommément les personnes (en tout cas dans ses livres). Il n’empêche que sa façon de concevoir le « débat » est ressentie par ceux qui sont indirectement visés comme une atteinte inadmissible à leur dignité.

Bien que ce livre ne se situe pas sur le plan de la polémique, mais cherche plutôt à proposer une analyse, j’ai voulu mettre à profit cet avant-propos pour expliquer les raisons de ma propre indignation, car c’est aussi une manière d’éclairer le lecteur sur le point de vue d’où l’on parle. Eric Zemmour a justifié son dernier livre en affirmant : « Quant à l’idéologie, tout le monde a un œil idéologique. Même les historiens qui prétendent le contraire. Sinon, on n’écrit pas une histoire de France. »

Cette réflexion montre qu’il ignore complètement le b.a.-ba de l’épistémologie de l’histoire. Depuis Max Weber, nous savons pertinemment que toute recherche repose sur une perspective, un point de départ, en rapport avec les centres d’intérêt et l’histoire personnelle du chercheur. C’est ce qui explique que la curiosité des historiens se soit étendue à des domaines de plus en plus divers et qu’il puisse y avoir des désaccords entre eux. Il n’empêche que tout historien digne de ce nom met en œuvre une méthode, qui n’est d’ailleurs pas très éloignée de celle qui définit la déontologie du vrai journaliste : trouver des sources, les confronter pour établir des faits vrais et vérifiables, etc. Eric Zemmour, on le verra, ne respecte aucune de ces règles. Contrairement aux historiens, son objectif est, en effet, strictement idéologique.

Ce qui m’a le plus choqué dans son dernier livre, ce sont ses affirmations concernant le « pouvoir » des enseignants-chercheurs. « Ces historiens-là tiennent le haut du pavé, écrit-il. Ils ont titres et postes. Amis et soutiens. Selon la logique mafieuse, ils ont intégré les lieux du pouvoir et tiennent les manettes de l’Etat. » Je fais partie des historiens qui ont « titre et poste », puisque j’ai effectué toute ma carrière dans des institutions prestigieuses (l’Ecole normale supérieure et l’Ecole des hautes études en sciences sociales), où est formée une partie des élites de la République. Je serais donc l’un des membres de cette « grande machinerie universitaire historiographique [qui] euthanasie la France », comme il l’écrit aussi dans Destin français.

(…)

Le Venin dans la plume. Edouard Drumont, Eric Zemmour et la part sombre de la République, de Gérard Noiriel. La Découverte, 252 pages, 19 euros (à paraître le 12 septembre).

Aujourd’hui directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Gérard Noiriel a récemment publié « Une histoire populaire de la France. De la guerre de Cent Ans à nos jours » (Agone, 2018), « Les Gilets jaunes à la lumière de l’histoire » (L’Aube, 130 pages, 12 euros) et « Immigrés et prolétaires. Longwy, 1880-1980 » (Agone, 624 pages, 25 euros).

Gérard Noiriel (Historien)

A lire en intégralité ci-dessous

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Les élucubrations de Stéphane Bern sur l’école au Moyen Âge...

5 Septembre 2019 , Rédigé par Acrimed Publié dans #Education, #Histoire

Les élucubrations de Stéphane Bern sur l’école au Moyen Âge...

EXTRAIT

Mardi 27 août, France 2 diffusait « La fabuleuse histoire de l’école », nouvel épisode d’une série de vulgarisation historique portant sur un thème transversal, comme l’hygiène, la maison, le restaurant... En soi, le principe d’une émission grand public, mobilisant de gros moyens (acteurs en costumes, reconstitution de différentes époques à travers lesquels le présentateur voyage, etc.) et diffusée sur une chaîne du service public à une heure de grande écoute est intéressant. Seul problème : comme pour la plupart de ses émissions historiques, France 2 fait (une nouvelle fois) appel à l’inénarrable Stéphane Bern, qui gratifie (une nouvelle fois) les téléspectateurs de ses approximations et de sa vision caricaturale de l’histoire.

Nous publions, sous forme de tribune, cet article des historiens Catherine Rideau-Kikuchi et Florian Besson, développé pour Acrimed à partir des réactions à l’émission initialement exprimées sur Twitter par le collectif Actuel Moyen Âge, dont ils sont tous les deux membres. De même, en annexe, est reproduit un extrait de l’article du doctorant en histoire contemporaine Guillaume Lancereau, critique du volet de l’émission consacrée à l’époque moderne.(Acrimed)

On connaît la propension de Stéphane Bern, dans son émission « Secrets d’histoire », à laisser libre cours à son penchant pour une histoire aristocratique, voire royaliste, centrée sur les grandes figures de l’histoire de France. Plus récemment, dans une émission sur le Paris révolutionnaire, il diffusait avec Lorànt Deutsch une vision datée et réactionnaire de cette période.

Le sujet choisi pour cette émission de « La fabuleuse histoire », l’école, semblait a priori moins polémique que ne peut l’être la Révolution française ou la présidence de De Gaulle. Mais on y retrouve en réalité les mêmes défauts, les mêmes erreurs, le même message politique sous-jacent. L’émission, dès lors, pose en creux la même question lancinante que « Secrets d’histoire » : comment se fait-il qu’une chaîne du service public laisse un tel monopole sur l’histoire à une personnalité médiatique qui n’est pas un historien, et qui – ce qui est beaucoup plus gênant – propose systématiquement des perspectives déconnectées de l’historiographie contemporaine ?

(…)

par Catherine Rideau-Kikuchi, Florian Besson, mercredi 4 septembre 2019

L'intégralité de la tribune est à lire en cliquant ci-dessous

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REPERES PROGRESSIFS POUR LES APPRENTISSAGES DE LA MARSEILLAISE A L'ECOLE (Merci C Lelièvre)

31 Août 2019 , Rédigé par Claude Lelièvre Publié dans #Histoire

REPERES PROGRESSIFS POUR LES APPRENTISSAGES DE LA MARSEILLAISE A  L'ECOLE (Merci C Lelièvre)
REPERES PROGRESSIFS POUR LES APPRENTISSAGES DE LA MARSEILLAISE A  L'ECOLE :
QU'EST-CE QUE LA MARSEILLAISE ? CONTEXTE HISTORIQUE, TEXTE ET MUSIQUE.
PETITE SECTION
Adopté par la France comme hymne national : une première fois par la Convention pendant neuf ans du 14 juillet 1795 jusqu'à l'Empire en 1804, puis en 1879 sous la Troisième République.
MOYENNE SECTION
Les six premiers couplets sont écrits par Rouget de Lisle en 1792 pour l'armée du Rhin à Strasbourg à la suite de la déclaration de guerre de la France à l'Autriche. Dans ce contexte originel, La Marseillaise est un chant de guerre révolutionnaire, un hymne à la liberté, un appel patriotique à la mobilisation générale et une exhortation au combat contre la tyrannie et l'invasion étrangère.
GRANDE SECTION
La Marseillaise est décrétée chant national le 14 juillet 1795 (26 messidor an III) par la Convention,à l'initiative du Comité de salut public. Abandonné en 1804 sous l'Empire et remplacée par le Chant du départ, elle est reprise en 1830 pendant la révolution des Trois Glorieuses qui porte Louis-Philippe Ier au pouvoir.
CP
La IIIe République en fait l'hymne national le 14 février 1879 et, en 1887, une  version officielle  est adoptée en prévision de la célébration du centenaire de la Révolution. Le 14 juillet 1915, les cendres de Rouget de Lisle sont transférées aux Invalides.
CE1
Pendant la période du régime de Vichy, elle est remplacée par le chant Maréchal, nous voilà ! (il serait intéressant que la chorale de l'Ecole prenne en charge l'apprentissage de cet hymne). En zone occupée
le commandement militaire allemand interdit de la jouer et de la  chanter à partir du 17 juillet 1941.
CE2
Son caractère d'hymne national est à nouveau affirmé dans l'article 2 de la Constitution du 27 octobre 1946 par la IVe République, et en 1958,  par l'article 2 de la Constitution de la Cinquième République française.
Valéry Giscard d'Estaing, sous son mandat de président de la République française, fait ralentir le tempo de La Marseillaise afin de retrouver le rythme originel.
CM1
LES PAROLES
Le texte est fortement inspiré d'une affiche apposée à l'époque sur les murs de Strasbourg par la Société des amis de la Constitution, qui commence ainsi : Aux armes citoyens,l'étendard de la guerre est déployé, le signal est donné. Il faut combattre, vaincre ou mourir. Aux armes citoyens...Marchons!
L'expression les enfants de la Patrie  ferait référence aux engagés volontaires du Bas-Rhin, dont faisaient partie les deux fils du maire.
Un parent de Rouget de L'Isle rapporte qu'il aurait affirmé, lors d'une réunion, s'être inspiré d'un chant protestant de 1560 exécuté lors de la conjuration d'Amboise.
Enfin, certains ont suggéré que Rouget a pu songer à l'ode de Nicolas Boileau sur un bruit qui courut, en 1656, que Cromwell et les Anglais allaient faire la guerre à la France.
CM2
LA MUSIQUE
L'origine de la musique est plus discutée, puisqu'elle n'est pas signée (contrairement aux autres compositions de Rouget de Lisle).
Plusieurs écrivains et musiciens émettent des doutes sur la paternité de Rouget de Lisle réputé être un amateur incapable de composer un hymne dont la valeur musicale est reconnue.
En 1861, les journaux allemands ont prétendu que La Marseillaise était l'oeuvre de Holtzmann, maître de chapelle dans le Palatinat (on a parlé du Credo de la Missa solemnis n° 4), mais ce  n'était qu'un canular. L'air du début de l'Oratorio Esther, de Jean-Baptiste Lucien Grisons intitulé Stances sur  la Calomnie  a été évoqué ; mais Hervé Luxardo dit que l'air en question a été introduit postérieurement.
EXEMPLES D' ACTIVITES POUR L'ECOLE MATERNELLE
MOTRICITE : LE JEU: AUX ARMES !
Les enfants sont sans culottes. Le maître/lamaîtresse dispose au fond du préau d'autant d'armes (diverses) qu'il y a d'élèves, moins une. Au signal du maître : Aux armes, citoyens !, les enfants doivent tous se précipiter pour récupérer une arme.  Celle/celui qui n'en a pas est mis au piquet avec un bonnet d'âne et doit chanter la Marseillaise jusqu'à la fin du jeu.
Les dix derniers joueurs possesseurs d'une arme sont déclarés vainqueurs. Ils chantent: Français, en guerriers magnanimes / Portez ou retenez vos coups ! devant les perdants.  Au choix, ils épargnent les perdants ou font mine de les massacrer avec leurs armes. Ils devront justifier leur choix en débat collectif lors du retour au calme en classe.
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A lire... Voyage d'un historien à l'intérieur de l'Etat - Christophe Prochasson (28 août)

21 Août 2019 , Rédigé par Fayard Publié dans #Histoire, #Politique

A lire... Voyage d'un historien à l'intérieur de l'Etat - Christophe Prochasson (28 août)

 

L’histoire a souvent fait des héros des intellectuels qui se sont opposés au pouvoir. Mais qu’en est-il de ceux qui ont accepté de collaborer avec lui  ? Le pouvoir peut-il s’exercer sans la contribution du savoir  ? De son expérience personnelle, l’auteur tire la conviction du contraire.
L’histoire aime faire des héros des intellectuels qui s’opposent au pouvoir, laissant dans l’ombre la contribution parfois majeure de ce qu’on pourrait appeler les «  intellectuels de gouvernement  ».
 
Et pourtant, nul n’imagine que le pouvoir puisse s’affranchir de la contribution du savoir.
 
Historien, puis recteur de l’Académie de Caen, et enfin conseiller du président de la République François Hollande pour l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche, Christophe Prochasson a fait personnellement l’expérience de cette délicate articulation entre science et action publique, idéal de neutralité théorique et engagement au service de l’Etat. Il en dresse dans ce livre un bilan exigeant, convaincu que la société politique doit demeurer (ou, dans certains cas, redevenir…) une société de savoir si elle veut assurer la justice.
 
Spécialiste de l’histoire politique de la France, auteur de plusieurs ouvrages de référence sur le sujet, Christophe Prochasson a été élu président de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

 

 

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