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Vivement l'Ecole!

histoire

Enseignement de la Shoah - Depuis 2012, des progrès sur les connaissances historiques...

12 Septembre 2020 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Histoire

L'enseignement de la Shoah fait encore l'objet de crispations sur fond de concurrence mémorielle, selon un sondage

Deux jeunes français sur dix affirment avoir déjà observé un ou plusieurs élèves remettre en cause un aspect du génocide des juifs lors d'un cours, selon un sondage Ifop pour "Le Journal du dimanche" et l'Union des étudiants juifs de France.

Près de 9 Français sur 10 (87%) âgés entre 15 et 24 ans ont déjà entendu parler de la Shoah, selon un sondage réalisé par l'Ifop pour Le Journal du dimanche et l'Union des étudiants juifs de France (UEJF). Cette enquête, nommée "Le Regard des jeunes sur la Shoah", revient sur les représentations et la transmission de l'histoire du génocide des juifs, et dessine un horizon parfois troublé par des phénomènes de concurrence mémorielle. Elle est publiée dimanche 13 septembre, à l'occasion de la cérémonie du souvenir en mémoire des déportés et des victimes de la Shoah, diffusée sur France 2.

Des progrès sur les connaissances historiques

Quelque 80% des sondés disent avoir acquis des connaissances sur le génocide des juifs à l'école, pendant les cours. Ils sont 33% à citer les films ou les livres, et 14% les musées ou le cadre familial. “On peut se féliciter des progrès faits au sein de la société sur la connaissance de la Shoah”, commente Noémie Madar, présidente de l’UEJF contactée par franceinfo. Quelque 68% des jeunes sondés assurent connaître la rafle du Vel' d'Hiv, contre 58% dans une autre enquête menée en 2012 dans toutes les catégories d'âge.

Pour autant, les cours ne se passent pas toujours dans de bonnes conditions. Remise en cause de certains aspects du génocide (évoquée par 21% des jeunes interrogés), refus de cet enseignement (13%)... Quelque 11% des sondés affirment même que le professeur d'histoire est dans l'impossibilité d'enseigner cette période de l'histoire. “Lors d’interventions dans des classes, nous avons déjà été confrontés à des propos très virulents d’élèves, commente Noémie Madar. Quand ils sont confrontés à cet antisémitisme du quotidien, on imagine mal comment des élèves juifs peuvent rester dans ces classes.”

(...)

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De la tablette d’argile au Big Data, comment a-t-on appris à apprendre ? - France Culture

11 Septembre 2020 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Histoire

De la tablette d’argile au Big Data, comment a-t-on appris à apprendre ? - France Culture
De la tablette d’argile au Big Data, comment a-t-on appris à apprendre ? - France Culture

Comment, tout au long de l’histoire, l’humanité, les sociétés, civilisations ont-elle appris ? Comment a-t-on enseigné, comment a-t-on formé, éduqué ? De quelles transmission parle-t-on : des savoirs, des savoir faire, des connaissances ? Dans quels domaines : langues, numération et calcul...?

Le savoir est une entité mouvante, évolutive : parfois stagnante, une société n’apprend plus rien, ou presque, pendant un temps donné. Parfois même régressive, lorsque des dirigeants s’en prennent à une certaine forme de savoir pour la bannir. Mais qu’est-ce exactement le savoir, et surtout, comment se transmet-il ? Question facile à l’époque de l’écriture, ou les mécanismes de transmission sont figés mais avant l’écriture ? Comment nos ancêtres, comment les premières civilisations se transmettaient-elles leurs connaissances ? C’est à cette archéologie de la transmission que nous allons nous intéresser aujourd’hui ou comment a-t-on appris à apprendre ?

(...)

Nicolas Martin

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A lire... "Papa, qu'as-tu fait en Algérie?" - Raphaëlle Branche

3 Septembre 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Histoire

Extrait

Faire l’histoire d’un silence

"Pourquoi les anciens appelés ont-ils peu raconté à leurs proches, notamment à leurs enfants ? Pourquoi les familles découvrent-elles tardivement l’importance de cette expérience ? Parfois après le décès des hommes eux-mêmes ? Si les vécus de cette guerre de plus de sept ans sont marqués du sceau de l’extrême diversité, l’impression de silence est ce qui domine.

Quels que soient l’endroit, le moment, le grade en Algérie, quels que soient l’origine sociale, le niveau de diplôme, le métier, les hommes qui ont participé à ce conflit sont décrits comme ayant peu transmis, au moins jusqu’aux années 2000. Dès lors, les explications de cette faible transmission sont sans doute moins à chercher dans le détail des expériences combattantes que dans les conditions ayant ou non permis sa possibilité, dès la guerre puis pendant des décennies. Plutôt que de se pencher exclusivement sur ce qui s’est passé en Algérie, l’analyse doit alors considérer ce qui a formé le premier espace pour dire (ou non) l’expérience : leurs familles. En effet, les silences des hommes ne sont pas solitaires : ce sont des silences familiaux, au sein d’une société française longtemps oublieuse de son passé algérien.

Ces « structures de silence » sont historiques. D’une part, elles renvoient à des contextes sociaux, politiques, culturels qui pénètrent les familles et les conditionnent en partie. Des normes existent, dans la société française, sur ce qu’il est possible, désirable ou pas de dire et d’entendre sur la guerre d’Algérie. Ces normes ont varié dans le temps. D’autre part, les structures de silence renvoient à des situations de communication internes aux familles (il n’est pas toujours possible de parler) qui, elles aussi, sont prises dans le temps. Ainsi, la valeur attribuée à la parole d’un père ou à la question d’un enfant a connu d’importants changements dans la seconde moitié du XXe siècle. Ces changements ont, en retour, influencé les transmissions de l’expérience algérienne dans les familles."

A lire... "Papa, qu'as-tu fait en Algérie?" - Raphaëlle Branche

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Coup de coeur... Albert Camus... Après Hiroshima...

6 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Histoire

Coup de coeur... Albert Camus... Après Hiroshima...
Coup de coeur... Albert Camus... Après Hiroshima...

" Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique.

On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.

En attendant, il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d'aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d'idéalisme impénitent, ne songera à s'en étonner.

Les découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu'elles sont, annoncées au monde pour que l'homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d'une littérature pittoresque ou humoristique, c'est ce qui n'est pas supportable.

Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu'une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d'être définitive. On offre sans doute à l'humanité sa dernière chance. Et ce peut-être après tout le prétexte d'une édition spéciale. Mais ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.

Au reste, il est d'autres raisons d'accueillir avec réserve le roman d'anticipation que les journaux nous proposent. Quand on voit le rédacteur diplomatique de l'Agence Reuter annoncer que cette invention rend caducs les traités ou périmées les décisions mêmes de Potsdam, remarquer qu'il est indifférent que les Russes soient à Koenigsberg ou la Turquie aux Dardanelles, on ne peut se défendre de supposer à ce beau concert des intentions assez étrangères au désintéressement scientifique.

Qu'on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction d'Hiroshima et par l'effet de l'intimidation, nous nous en réjouirons.

Mais nous nous refusons à tirer d'une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d'une véritable société internationale, où les grandes puissances n'auront pas de droits supérieurs aux petites et aux moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l'intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État.

Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison. "

Albert Camus, éditorial de "Combat", journal clandestin de la Résistance, du 8 août 1945

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6 août 1945... 6 août 2020... "Tu n'as rien vu à Hiroshima"...

6 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Histoire, #Cinéma

Hiroshima mon amour... Et si nous n'avions rien vu à Hiroshima...

Sortait chez Gallimard, en 2009, un livre magnifique, intitulé "Tu n'as rien vu à Hiroshima", illustré de centaines de photos prises par l'actrice Emmanuelle Riva, l'héroîne du cultissime film de Resnais : "Hiroshima mon amour".

On y voit l'Hiroshima d'après la bombe, celui des années 1958-1960, ces années au cours desquelles les possibles étaient aux coins des rues, réalisables. La guerre était dans les mémoires mais l'espoir d'un futur primait, un futur à construire sur les ruines d'un passé trop lourd, à ensevelir.

Les sourires des petites filles d'Hiroshima, prises dans l'objectif d'Emmanuelle Riva, sont autant d'appels à croire que l'Histoire, même la plus tragique, tragiquement absurde, peut prendre d'autres routes, plus sereines, par la grâce de ces enfants jouant au milieu d'un terrain vague. Derrière elles, des ruines. Devant elles, le Japon tout entier, celui d'aujourd'hui, déjà. A Hiroshima, on n'a toujours vu que la bombe.

Et si l'Histoire était ailleurs?

Et si nous n'avons rien vu à Hiroshima...

Alain Resnais, lui, a vu.

"Hiroshima mon amour" est un film imprévu, inclassable, Il rompt avec tout ce qui existait avant. Il n'a jamais été imité, approché, atteint dans la rareté qui en fait la beauté unique. Lui aussi est né sur les ruines d'un cinéma dépassé. D'un cinéma atteint par les bombes d'une génération qui donnera Truffaut, Chabrol, Godard. Entre autres. Ils n'étaient pas "de leur temps"... Ils en créaient un autre.

Ce sont les hommes et les femmes qui ont le courage de rompre avec leur passé, avec leurs habitudes, qui font et sont l'avenir. Ils ne subissent pas l'Histoire. Ils l'utilisent pour écrire des histoires et les donnent à partager, les offrent à la réflexion, contribuent à d'autres "possibles", ouvrent des portes quand celles-ci, une à une, se ferment au nez de celles et ceux auxquels on a confisqué les clefs. Il en est même qui écrivent des histoires d'amour.

Hiroshima. Mon amour.

Qu'en est-il aujourd'hui de l'Histoire? Elle est un produit. Un produit de consommation. Tout est "historique". Le but d'un footballeur, la sortie d'un nouveau modèle de voiture, un défilé de mode, des sommets du G20, 22, 27 qui pourtant ne changeront pas le monde. 

Nous sommes loin, très loin de ces petites filles d'Hiroshima, souriantes et heureuses, qui offrent à Emmanuelle Riva leurs visages d'enfants déjà grandes…

Oui nous n'avions rien vu à Hiroshima...

Christophe Chartreux

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Sortir... Le tragique exode de juin 1940 au Musée de la Libération de Paris

3 Août 2020 , Rédigé par La Croix Publié dans #Education, #Histoire

Le nouveau Musée de la Libération de Paris retrace la genèse et l’impréparation de cette fuite massive. L’exposition insiste sur la réalité tragique de cet événement et le traumatisme collectif.

Huit millions de personnes jetées sur les routes, dont 2 millions de Parisiens… Cet événement considérable se résume à quelques images, toujours les mêmes. Un convoi hétéroclite, hagard, pressé, où se mêlent à la manière d’un dessin surchargé de Dubout, sans son ironie grasseyante, tous les moyens de locomotion terrestres. Chevaux, vélos, autos, bus, charrettes, brouettes, chargés à la hâte d’un capharnaüm d’objets, de meubles, de matelas, dans un ébranlement général de sauve-qui-peut qui brasse toutes générations et conditions.

Le tout nouveau Musée de la Libération de Paris, sur la place Denfert-Rochereau, qui vient de rouvrir ses portes, en retrace la genèse, l’impréparation, le déroulement tragique et le retour en ordre dispersé dans une capitale sous le joug de la soldatesque nazie qui se présente alors comme aimable et prévenante.

(...)

Jean-Claude Raspiengeas

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Le péril jeune ou la fabrique d'une peur...

1 Août 2020 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Histoire

Ils seraient de plus en plus jeune, de plus en plus violent. Ils agiraient en bande et n'auraient plus de limite. Ce sont les jeunes délinquants. Le phénomène serait de société et même inquiétant. Mais de qui parle-t-on ? De la jeunesse déviante d'aujourd’hui, de 1910, 1950... on frôle la rengaine.

Première diffusion le 7 décembre 2015 dans l'émission Sur les docks.

C’est une réactivation permanente du péril jeune. Vous trouvez ça sur des poteries babyloniennes 2000 ans avant Jésus- Christ. Le péril jeune est une construction. Il existe des comportements déviants liés à la transgression de l'adolescence. Laurent Bonelli

Ce documentaire fait entendre, le péril jeune brandi hier et même avant hier : ainsi, aux Gamins de Paris qui poignardaient les Bourgeois dans le dos, se succèdent les Apaches et leurs règlements de compte sur les fortifs, les Blousons noirs et leurs chaînes de vélo puis, les racailles et leurs casquettes. 

On a donc des périodes où la délinquance juvénile est mise en avant sur la scène publique. Ça ne correspond pas nécessairement à un accroissement majeure de la délinquance juvénile. Dans les années 50, il y a un développement de la délinquance en général pour une raison fort simple, c’est la croissance économique très importante. Donc, il y a de plus en plus de choses à voler et les jeunes y participent. Jean-Jacques Yvorel

Autant de figures d'un péril jeune dont on comprend qu'elle relève souvent d'une construction médiatique déconnectée de la réalité de la délinquance juvénile. 

l y a toujours eu des phénomènes de délinquance juvénile et il y en aura toujours. Ça ne suffit pas à expliquer pourquoi il y a des moments où on en parle beaucoup, et puis d'autres, pas du tout. Donc, c'est qu'il y a autre chose. C'est d'une part la récupération politique et d'autre part, la mise en scène médiatique. Laurent Bonelli

Nous sommes allés fouiller les archives de la radio et de la télévision pour faire entendre le rapport de la société française à sa jeunesse, ses moments de tolérance, ses moments de répression. Loin des stéréotypes, d'une histoire linéaire, nous entendons ici les tiraillements de société française vis-à-vis de ses enfants dits "dangereux".

Avec : 

Extraits des films  :  La guerre des boutons d'Yves Robert et Les 400 coups de François Truffaut

Lecture et chant :  Marius et Octave. Merci à Catherine Sultan, ancienne directrice de la Direction de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ)

Un documentaire de Camille Juza, réalisé par Julie Beressi 

 

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Sortir... Grand Palais - Exposition "immersive"... Pompei...

9 Juillet 2020 , Rédigé par France Inter Publié dans #Art, #Histoire

Pompei chez vous en cliquant ci-dessous

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Jean Zay... Assassiné par la milice le 20 juin 1944. Un grand ministre de l'Education...

20 Juin 2020 , Rédigé par Divers Publié dans #Education, #Histoire

Lettre de Jean Zay, en date du 19 juin 1944, lue par Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l'Education Nationale en hommage à celui qui devait être assassiné le 20 juin de la même année.

Jean Zay, l’un des pères de la démocratisation de l’École – Préface de l’ouvrage d’Antoine Prost et Pascal Ory

Retrouvez ici la préface de l'ouvrage d'Antoine Prost et Pascal Ory consacré à Jean Zay, préface signée Najat Vallaud-Belkacem. L'ouvrage est co-édité par Tallandier et Canopé.

Certains individus accomplissent très jeunes ce que d’autres mettent une vie à construire : Jean Zay fut de ceux-là.

Engagé politiquement dès ses études secondaires, député à 27 ans, ministre à 32 ans, responsable d’un large périmètre englobant à la fois l’éducation nationale, la recherche, les beaux arts, le sport et les loisirs, Jean Zay a fait bouger les lignes en faisant ce qu’aucun autre n’avait fait avant lui, et à un âge où personne ne l’avait fait.

Car au fond, Jean Zay est, après Jules Ferry, le deuxième à avoir jeté les bases de l’école républicaine telle qu’on la connaît aujourd’hui. Il n’était pas un expert, mais un homme politique charismatique porteur d’un esprit réformateur et capable de convaincre, autour de lui, de la nécessité de faire évoluer l’École de la République.

Dans l’esprit collectif, Jean Zay reste aujourd’hui le jeune ministre brillant, foudroyé en pleine ascension ; un symbole du Front Populaire, conscient très tôt des dangers liés à la montée du fascisme et de l’antisémitisme dont il fera personnellement les frais, d’abord victime d’une campagne de haine et de dénigrement, avant de payer de sa vie, dans des conditions tragiques en 1944, tout ce qu’il représentait.

Mais tous ne le savent pas, Jean Zay fut aussi l’un des pères de la démocratisation de l’École. Celui qui, avant beaucoup d’autres, a compris que la France ne pouvait se satisfaire d’un système scolaire à deux vitesses déterminé socialement, avec un lycée réservé à une élite, et a fait évoluer l’Ecole vers un système unique, fondé sur les degrés. Celui qui aura fait passer la durée de la scolarité obligatoire de 13 à 14 ans, le 9 août 1936. Celui, également, qui aura su imposer sa méthode pour assurer une transformation rapide de la société : c’est par une politique minutieuse et volontariste de décrets, d’arrêtés et de circulaires que Jean Zay a contribué à bâtir, pas à pas, un système scolaire plus égalitaire.

Précurseur, Jean Zay n’a pas hésité non plus à réformer l’éducation en passant d’abord par des expérimentations, là aussi pour convaincre, pour tester des pédagogies nouvelles, pour avancer.

Il aura de plus créé un évènement aujourd’hui constitutif du patrimoine culturel français, le Festival de Cannes. Homme de culture et visionnaire, désireux de permettre à chaque enfant d’accéder à la culture, il crée le musée d’art moderne et celui des Arts et des Traditions populaires, en même temps qu’il développe les loisirs dirigés, parce qu’il a à cœur, déjà, « [d’]ouvrir la maison de la jeunesse à la vie ».

Un grand ministre réformateur, ouvert sur le monde et féru de déplacements internationaux, un soldat courageux de la Seconde guerre mondiale, un prisonnier stoïque victime d’un procès politique ; un homme aussi avec sa part d’intimité et sa famille : c’est l’ensemble de ces aspects de la vie de Jean Zay que retrace cet ouvrage, au moment où nous nous apprêtons à célébrer son entrée au Panthéon en même temps que trois autres grandes figures qui incarnent l’esprit de résistance comme autant de modèles pour les élèves d’aujourd’hui : Pierre Brossolette, Geneviève De Gaulle Anthonioz et Germaine Tillion.

Cette cérémonie sera l’occasion, j’en forme le voeu, d’un grand moment de commémoration nationale autour des valeurs de Jean Zay, qui restent actuelles dans l’Ecole que je tâche de construire. Une Ecole dans laquelle, comme l’écrivait Jean Zay, « on élève un enfant pour qu’il vive et achève pleinement sa destinée, pour qu’il tire le meilleur parti de ses aptitudes ».

Najat Vallaud-Belkacem

55ème Congrès international de la Ligue de l’Enseignement
Nice – Dimanche 28 mai 1939
Séance de clôture du Congrès

Discours de Jean Zay, Ministre de l’Education Nationale

(...)

Mesdames, Messieurs, je veux ici rendre hommage à la Ligue Française de l’enseignement. Elle est si vraiment incorporée à l’existence de l’Ecole et du Ministère qui est chargé de veiller sur son destin, que j’ai pu, malgré la suppression des déplacements ministériels, être parmi vous sans autorisation spéciale de M. le Président du Conseil puisqu’il s’agit d’une manifestation technique de l’Ecole.

La Ligue Française de l’Enseignement remplit, en effet, bien souvent des fonctions qui devraient naturellement incomber à l’Etat, qu’il ne remplit pas, faute de moyens matériels, faute aussi d’avoir jusqu’ici porté à leur expression suprême certaines de ses institutions scolaires, mais que la Ligue, elle, assume avec une bonne grâce, une spontanéité, une générosité de cœur et d’esprit auxquelles je dois rendre hommage.

Vos fédérations, qui couvrent aujourd’hui la France d’un réseau serré et attentif, rassemblent tous les amis de l’école et vous entendez ce terme au sens large et complet. Or, le rôle de ces amis de l’école ne s’arrête pas aux limites d’une heure de classe ou au terme de la scolarité ; il se poursuit dans le domaine postscolaire, dans la vie toute entière, qu’il s’agisse des sports, du cinéma, des bibliothèques, des vacances, etc…

Nous avons travaillé ensemble. Récemment encore, la Ligue de l’Enseignement inscrivait à son actif des réalisations, telles que l’ouverture de ce Bureau de Documentation professionnelle, auquel nous avons été heureux d’assurer la subvention nécessaire, et qui, en collaboration avec le Bureau Universitaire de Statistique, donnera à tous les jeunes qui n’ont que la formation primaire, les indications utiles sur les professions qu’ils peuvent envisager, auxquelles ils peuvent accéder.

Vous avez ainsi formé, dans nombre de domaines, des réalisations dont vous comprendrez que tout à l’heure, je veuille dire un mot…Mais saluant tous les militants de cette œuvre admirable, je féliciterai d’abord le Président de la Ligue, mon ami Brenier, qui s’est consacré entièrement à cette tâche, qui lui donne, non seulement son temps, mais son intelligence, son don étonnant de construction et de réalisation, et une perspicacité qui font qu’on le rencontre toujours sur les chemins utiles à l’école, et, partant, au pays, et qui, avec un désintéressement total et une ardeur inégalable, remplit dans la France une des missions les plus élevées et les plus notables qui soient.

Je ne veux pas nommer ses collaborateurs, vous le comprendrez…Aussi bien un certain nombre sont-ils les miens, et les partageons-nous en commun ; mais si je résume en la personne de M. Brenier, l’hommage que j’adresse à tous les conducteurs de la Ligue, vous comprendrez que je veuille saluer spécialement les liens qui, à travers le monde, vous unissent à ceux qui pensent comme vous, et que je les souligne en disant avec quel plaisir, quelle joie et quelle émotion même, nous avons retrouvé – puisqu’il fut déjà des vôtres – M. Smelten, président de la Ligue Belge, qui apporte parmi vous, non seulement l’affection de ceux qui habitent hors de nos frontières, mais celle du noble et magnifique pays auquel nous nous sentons si étroitement associé.

Il y aura trois ans dans quelques jours, nous commencions, ou plutôt je continuais avec vous la collaboration qui m’avait rapprochée de mes prédécesseurs, trois années traversées de difficultés qui n’émanaient pas de l’Ecole mais qui se répercutait sur elle, difficultés financières, difficultés internationales. Nous pouvons les considérer avec la satisfaction d’y avoir dignement fait face. La collaboration de la Ligue de l’Enseignement avec toutes les institutions officielles de l’Ecole s’est poursuivie chaque jour. Il serait impossible, en cet instant, d’en résumer toutes les étapes. Laissez-moi, en quelques mois, évoquer les dernières circonstances où elle s’est manifestée.

(...)

Jean Zay

Le discours complet est à lire en cliquant ci-dessous

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Covid-19 : pour une mémoire ordinaire de l’extraordinaire...

25 Avril 2020 , Rédigé par Libération Publié dans #Histoire

Covid-19 : pour une mémoire ordinaire de l’extraordinaire...

Ce que nous retiendrons de la période actuelle ne doit pas se réduire à une affaire de grands hommes et d’arbitrages politiques, ni au caractère sensationnel de l’événement. Il faudra donner la voix à celles et ceux qui gèrent la crise au quotidien et éclairer le vécu des populations.

Tribune. En raison de la pandémie mondiale de Covid-19, la majorité de l’humanité est appelée à pratiquer une forme de confinement et fait face à la réduction de ses libertés individuelles. C’est pourquoi, nous, historien·ne·s, sociologues et archivistes, appelons les particuliers, les institutions et les pouvoirs publics à conserver des archives sur cet évènement qui rompt avec le quotidien des sociétés industrialisées à l’échelle planétaire. Son analyse doit mettre en lumière des «vies minuscules», d’ordinaire invisibles, mais qui participent à la grande histoire des sociétés humaines.

La construction d’une mémoire n’est jamais neutre. Les sciences sociales qui traitent du passé restent tributaires des traces laissées par les contemporains, puis conservées dans des fonds d’archives. Or, ces traces peuvent surreprésenter ou invisibiliser des groupes sociaux, suivant les méthodes de collecte qui ont été choisies et les documents qui ont été privilégiés. Ce point n’est pas anecdotique : les choix d’archivage orientent la manière de faire de l’histoire chez les historien·ne·s et pèsent sur la manière de se représenter le passé parmi les citoyens.

Comme l’ont précisé plusieurs chercheur·euse·s, la crise sanitaire actuelle touche plus particulièrement les classes sociales qui sont d’ordinaire invisibles. En soignant ou en assurant la continuité des services de base – alimentation, propreté et maintien de l’ordre public – elles se trouvent en première ligne de la lutte contre le Covid-19.

Pour ne pas oublier leur rôle, la période qui entoure cette pandémie doit être appréhendée sous l’angle de l’histoire sociale. Elle ne doit pas se réduire à une affaire de grands hommes et d’arbitrages politiques, ni au caractère sensationnel de l’évènement. Le recours à l’histoire sociale vise à mettre en lumière les expériences contrastées et multiples de la pandémie selon les lieux, les genres et les âges et ainsi à écrire une histoire ordinaire de l’extraordinaire. L’enjeu est, d’une part, de donner la voix à celles et ceux qui gèrent la crise au quotidien. Parmi ces actrices et ces acteurs, il est essentiel de souligner le rôle des femmes, qui se trouvent en première ligne dans les services de santé, les services sociaux et la grande distribution. L’enjeu est, d’autre part, d’éclairer le vécu de populations, qui suivant les configurations politiques, font face à l’arrêt de leur activité économique, à la généralisation du télétravail, ou bien, ont un accès limité aux biens de première nécessité.

Afin de ne pas reproduire une histoire des dominants, il est primordial de conserver la mémoire des gens ordinaires : caissier·ère·s, parents, postier·ère·s, soignant·e·s, ouvrier·ière·s, agent·e·s de transports, camionneur·euse·s, prisonnier·ère·s, infirmier·ère·s, travailleur·euse·s migrant·e·s, réfugié·e·s ou enfants ; autrement dit, de collecter des récits citoyens et de ne pas s’en tenir aux seuls documents administratifs. Cet archivage pourrait s’inspirer des actions menées par les Archives de Paris, les Archives de la ville de Bruxelles et la Manchester Art Gallery and Archives respectivement après les attentats de 2015, de 2016 et de 2017. Ces centres ont pris l’initiative de récupérer et de numériser un grand nombre de messages déposés par la population dans des lieux de mémoire éphémères. Concernant la pandémie de Covid-19, plusieurs projets commencent à voir le jour. Des initiatives de documentation du confinement ont déjà été entreprises dans de nombreux endroits, par des musées, des chercheur.euse.s ou des centres d’archives locaux (1).

Cependant, il est nécessaire d’aller plus loin. D’abord, nous invitons chacun d’entre nous à conserver des témoignages personnels et professionnels sur la pandémie. Ces témoignages sont multiples : photographies, vidéos, récits de vie et de confinement, sites de solidarité, affiches, correspondances numériques, registres d’hôpitaux ou encore articles de presse. Ensuite, et surtout, nous appelons les centres d’archives, affiliés à des municipalités, des universités ou des organisations internationales, à créer des fonds dédiés à la pandémie. Ces institutions pourront par la suite lancer une collecte auprès des gestionnaires invisibles de la crise et de leurs lieux de travail, mais aussi recenser les récits qui sont actuellement publiés par des journaux, des blogs et des Tumblr. Il est également primordial de recourir à l’histoire orale et de mener une série d’entretiens auprès du personnel de première ligne et des populations touchées, soit par téléphone soit à la sortie de la crise sanitaire (2).

Pour nous, historien·ne·s, sociologues et archivistes, la pandémie liée au Covid-19 constitue un fait social total et une occasion d’exploiter les réflexions qui ont animé la recherche ces cinquante dernières années. Loin d’être l’objet d’une histoire confinée, elle pourra éclairer d’autres phénomènes sociaux et ainsi nourrir une multitude de champs historiographiques, tels que l’histoire des solidarités et des politiques sociales, l’histoire des politiques publiques ou l’histoire des épidémies.

L’enjeu est, enfin, de contribuer à la construction d’une mémoire « ordinaire », inclusive et citoyenne de la pandémie. A ce titre, nous espérons que cet appel constituera un pont entre des donateurs potentiels et des centres d’archives et qu’il encouragera une collaboration internationale entre ces institutions.

 (1) En français, le blog L’histoire contemporaine à l’ère numérique recense les projets de ce type. Aux États-Unis, en Suisse, ou encore en Finlande, des musées ont commencé à récupérer des objets et des photographies. En Chine, le projet «Reporting, Non-fiction and Personal Narrative» récupère des témoignages.

(2) A titre d’exemple, le programme 13-11, qui a été mis en place après les attentats de novembre 2015 en France, a lancé le recueil de témoignages d’un groupe de 1000 personnes volontaires sur une dizaine d’années.

Myriam Piguet , historienne (Université de Genève) et Caroline Montebello, historienne (Université de Genève, EHESS)

La liste des signataires est à découvrir en cliquant sur le lien ci-dessous

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