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Vivement l'Ecole!

histoire

Sortir - Le Louvre ouvre une nouvelle base de données...

6 Avril 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Art, #Education, #Histoire

La Pyramide du Louvre fête ses 30 ans ce week-end | Vogue Paris

La base de données Collections présente plus de 480 000 œuvres du musée du Louvre et du musée national Eugène-Delacroix. Enrichie quotidiennement, elle est issue d’un travail continu de recherche et de documentation mené par le personnel scientifique des deux musées.

Les muséophiles confinés en rêvaient, le Louvre l’a fait. L’institution vient de lancer Collections.louvre.fr, une vaste base de données permettant de visualiser ses œuvres. S’y ajoutent celles du Musée Eugène-Delacroix, rattaché au Louvre depuis 2004, ainsi que les sculptures du jardin des Tuileries et du Carrousel et les œuvres MNR (Musées nationaux récupération), récupérées en Allemagne après la seconde guerre mondiale et confiées au musée dans l’attente d’une restitution à leur légitime propriétaire.

Au total, Collections répertorie à ce jour plus de 482 000 œuvres et objets d’art, soit environ 75 % des œuvres exposées, prêtées ou en dépôt au Louvre. A titre de comparaison, l’ancienne base Atlas qu’elle vient remplacer n’en comptait « que » 30 000. « Cela permet de ne plus se limiter à ce qui est visible au Palais et d’avoir une vue d’ensemble de nos fonds, notamment de fouilles archéologiques qui ne peuvent pas être exposées », commente Néguine Mathieux, directrice de la recherche et des collections du musée.

(...)

Anissa Bekkar

Suite et fin en cliquant ci-dessous

https://www.lemonde.fr/culture/article/2021/04/01/le-louvre-leve-le-voile-en-ligne-sur-ses-collections_6075253_3246.html?xtor=EPR-33281056-[education]-20210406-[_titre_1]

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Claude Lelièvre : « Les débats passionnés sur l’école en France laissent libre cours aux images d’Epinal et aux contre-vérités »

6 Avril 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Histoire

Claude Lelièvre : « Les débats passionnés sur l’école en France laissent libre cours aux images d’Epinal et aux contre-vérités »

EXTRAITS

Dans son dernier ouvrage « L’Ecole d’aujourd’hui à la lumière de l’histoire », l’historien de l’éducation souligne les nombreuses « fake news historiques » et idées reçues qui parsèment les discours sur l’institution scolaire.

Pourquoi cette envie d’écrire, en 2021, sur les contre-vérités historiques sur l’école : la période actuelle est-elle plus propice à ces images tronquées sur l’institution scolaire ?

J’ai écrit cet ouvrage comme un livre d’histoire de l’éducation « pour les nuls », mais aussi pour faire une sorte de désintox des « fake news » historiques sur l’institution scolaire. Car ils sont nombreux ! Les débats sur l’école sont en effet passionnés en France, et l’histoire régulièrement convoquée dans les argumentations des uns ou des autres de façon un peu rapide, approximative. Cette tendance ancienne laisse libre cours aux images d’Epinal au mieux, aux contre-vérités au pire, même chez certains ministres.

Cette passion française pour l’école s’explique par les rôles politiques qui ont été donnés très tôt à cette institution très centralisée : pérenniser l’ordre politique menacé par les révolutions grâce à l’éducation, faire survivre une laïcité balbutiante face à l’Eglise, etc. Depuis, les débats et les contre-vérités sur l’école n’ont jamais cessé. J’ai mis une quarantaine d’années à les décrypter, à les compiler, et à en sourire parfois comme dans ce livre.

Parmi les 52 thématiques abordées dans votre ouvrage, quelles sont, selon vous, les contre-vérités les plus importantes ?

Elles ont à voir avec la figure et la philosophie de Jules Ferry, régulièrement mise en avant ces derniers temps. On entend souvent dire qu’il faudrait revenir aux enseignements « fondamentaux » ou aux « rudiments » de l’école républicaine de Jules Ferry, à savoir le « lire, écrire, compter ». Quel paradoxe, quand on sait que le père de l’instruction obligatoire et gratuite ne cessait de répéter que son école se distinguait de celle de l’Ancien Régime dans le fait qu’elle avait pour objectif, justement, de dépasser le « lire, écrire, compter ». Plus précisément, il souhaitait inverser la hiérarchie entre les enseignements « fondamentaux » et ceux « accessoires » : dessin, histoire naturelle, leçon de choses, etc.

Sur le même principe, Jules Ferry s’est battu pour apporter aux élèves non plus seulement des connaissances mais aussi leur « apprendre à apprendre ». Il disait que les méthodes pédagogiques comptaient plus que les programmes et il défendait la liberté pédagogique des enseignants. Bien loin de ce que l’opposition historiquement fausse entre pédagogues et républicains pourrait laisser penser.

(...)

Le récent projet de réécriture des programmes de maternelle a été vivement critiqué pour son approche tournée vers une exigence de résultat. Quel a été historiquement le rôle donné à l’école maternelle ?

Ce débat s’inscrit pleinement dans celui qui oppose depuis toujours les deux grandes orientations pour la maternelle : doit-elle être un lieu d’instruction préparant à la suite de la scolarité ou un lieu de développement et d’éveil intellectuel ? Si le récent projet de programme penche franchement pour la première option, cela n’a pas toujours été le cas, notamment chez Pauline Kergomard, la créatrice des écoles maternelles en 1882.

Cette grande figure historique de l’école française estimait d’ailleurs que la maternelle était un « mal nécessaire », que l’enfant doit prioritairement rester auprès de sa mère pour son « développement intellectuel ». Mais que si cela n’est pas possible, l’école maternelle nouvellement créée pouvait prendre le relais, mais sans jamais tomber dans l’instruction. Les conceptions ont évolué.

(...)

Une dernière « fake news » éducative : les périodes de vacances scolaires ne sont pas un héritage de la France agricole…

Il y a cette idée que les deux mois de vacances d’été auraient été calés sur le calendrier des travaux des champs : il n’en est rien. Ce rythme fut d’abord celui de l’enseignement secondaire avant d’être celui du primaire. Or, comme l’a bien montré l’historien Antoine Prost, le secondaire n’accueillait sous la IIIe République que 2 % à 3 % des enfants, les plus favorisés. S’ils ne participaient pas aux travaux agricoles, la seconde moitié de l’été était par contre un moment propice pour développer leurs réseaux de sociabilité à la campagne, notamment autour de la chasse… Une forme de nostalgie de la France rurale alimente sans doute cette contre-vérité.

Séverin Graveleau

Entretien complet à lire en cliquant ci-dessous

https://www.lemonde.fr/education/article/2021/04/06/claude-lelievre-les-debats-passionnes-sur-l-ecole-en-france-laissent-libre-cours-aux-images-d-epinal-et-aux-contre-verites_6075670_1473685.html?xtor=EPR-33281056-[education]-20210406-[_titre_1]

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La fermeture de établissements scolaires, une première historique? - Par Claude Lelièvre

31 Mars 2021 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelievre Publié dans #Education, #Histoire

La fermeture de établissements scolaires, une première historique? - Par Claude Lelièvre

Comme l'Histoire a tendance à bégayer ces temps-ci, je pense que Le Monde me pardonnera de reproduire ici un an après ma tribune du 16 mars 2020 sur le sujet ( in extenso, en espérant qu'il y a prescription). Alea jacta est!

Coronavirus : « La fermeture générale des établissements scolaires est une première historique »
TRIBUNE
Claude Lelièvre
Historien, spécialiste de l'éducation

Grippe « espagnole », « asiatique », Mai 68, « H1N1 », etc. : la fermeture de l’ensemble des établissements scolaires et universitaires, si elle a pu être mise en débat, « n’a pas d’antécédent historique », explique l’historien de l’éducation Claude Lelièvre dans une tribune au « Monde ».
Publié le 16 mars 2020 

La fermeture de l’ensemble des établissements scolaires et universitaires qui vient d’être décidée au plus haut sommet de l’Etat est indiscutablement une première. Elle n’a pas d’antécédent historique. Le mouvement de Mai 68 a bien entraîné la fermeture de fait de nombreux établissements ; mais cela n’a été nullement une décision du pouvoir exécutif et une mise en œuvre générale. Il en a été de même durant les deux guerres mondiales du XXe siècle, même si, ici ou là, pour des raisons variées, et en temps ou espaces limités, il y a eu des fermetures de certains établissements scolaires ou universitaires.

Il en a été de même pour les grandes épidémies, notamment grippales, du XXe siècle, même lorsqu’elles ont pu conduire à un nombre de décès fort élevé. Par exemple, pour la « grippe espagnole » vers la fin de la Grande Guerre, sans doute plusieurs centaines de milliers de morts en France et une grande opacité due à la censure dans un pays en guerre, ou bien encore pour la « grippe asiatique » de 1957, plus de 100 000 morts en France. « Un Français sur cinq a la grippe ; les hôpitaux sont surchargés ; les médecins doivent travailler jour et nuit ; la majorité des victimes sont des adolescents », titrait, au mois d’octobre de cette année-là, Le Journal du dimanche.

Fin septembre, dans Le Figaro, un conseiller municipal parisien du nom de Peretti avait bien suggéré de « renvoyer à une date ultérieure la rentrée scolaire, l’école étant un foyer de contamination par excellence ». Sans succès. Dans Le Figaro du 9 octobre, le professeur Etienne Chabrol lui avait répondu que « la riposte par les antibiotiques nous trouve mieux armés qu’à l’époque de la grippe espagnole ». On ne doute pas alors que les antibiotiques puissent être très efficaces contre les surinfections bactériennes, complications classiques de la grippe.

Vaccination de masse

Un demi-siècle plus tard, ce ne sont plus les antibiotiques qui sont mis en avant pour rassurer la population et éviter les mesures exceptionnelles, mais la vaccination. Dès l’été 2009, lors de l’épisode de l’épidémie H1N1, le gouvernement français fait savoir qu’il opte pour une campagne de vaccination de masse et fait le forcing. Cela n’est pas suivi par les Français avec beaucoup d’empressement. Finalement, selon le Haut Conseil de la santé publique, il y aurait eu près de 6 millions de personnes vaccinées et entre 12 et 18 millions d’immunisées contre le virus (la majorité l’ayant été par infection)

Le pouvoir de fermer des classes ou établissements scolaires est dévolu aux préfets. Si l’on en juge par l’intervention de Patrick Zylberman, professeur à l’Ecole des hautes études en santé publique, en 2009, à l’audition publique du Sénat sur « La gestion des pandémies : H1N1, et si c’était à refaire ? », cela n’a pas été jugé convaincant : « Le 15 août 2009, le ministre de l’éducation nationale, Luc Chatel, a prôné la fermeture des classes dès que trois cas sont recensés parmi les élèves et le personnel en moins d’une semaine, expliquait alors le spécialiste. La mesure a été très prisée des préfets : le 18 novembre, 168 classes et 116 établissements sont fermés. Mais, curieusement, la France a envisagé de fermer des classes au moment où les Etats-Unis et le Royaume-Uni y ont renoncé, déçus par le peu de résultat de cette mesure. »

Pour ce qui concerne le coronavirus, il ne pouvait être question de s’appuyer sur une vaccination, faute de vaccin ad hoc. D’où des mesures de confinement, de « quatorzaines », de fermetures d’établissements scolaires plus ou moins ciblées spatialement afin de retarder la progression de l’épidémie. Avec in fine la décision sans précédent qui vient d’être prise.

Le président de la République a réaffirmé, lors de son allocution, fonder cette décision historique sur les avis de scientifiques. Les scientifiques, sur le cas moins grave de la grippe saisonnière, estimaient, dans une longue mise au point datée du 31 mars 2015, sur « l’efficacité de la fermeture des écoles comme mesure de la lutte contre la grippe » ; que celles-ci « demeurent peu concluantes. […] Les chercheurs soulignent le manque de données empiriques solides qui permettraient des comparaisons entre les communautés ayant opté pour la fermeture d’écoles et d’autres qui ne l’ont pas fait ».

Des familles coéducatrices ?

Quoi que l’on puisse penser de l’opportunité de cette décision sans précédent et de sa date, elle est prise et ne sera pas réévaluée avant pas mal de temps : pas avant les vacances de printemps, a déclaré le ministre de l’éducation nationale (suggérant, par ailleurs, que cela pourrait être bien après ; « jusqu’à nouvel ordre »).

Le risque d’inégalité renforcée selon les familles (déjà très présent en France si l’on en juge par les évaluations PISA selon les milieux socioculturels) devrait donc être un souci de premier plan lors de la mise en place des dispositifs d’« école à la maison ».

Si cette fermeture des établissements d’enseignement dure plus longtemps qu’on l’imagine, comme il est probable, les familles (surtout certaines d’entre elles, en général de milieux socioculturels favorisés) vont prendre de fait une place plus importante voire inédite dans les processus scolaires de par, entre autres, la nécessité qu’elles ont de suivre de près l’enseignement à distance délivré à leur enfant. Historiquement, l’école de la République s’est construite en laissant les parents d’élèves dans une position marginale. Durant toute une période, cela ne va plus être le cas. Et si cela dure longtemps, il ne sera plus question de revenir purement et simplement à la situation précédente. Si la famille a « fait école », elle pourra dire qu’elle peut continuer à « faire école » et être effectivement coéducatrice dans l’école.

Claude Lelièvre

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Debout les damnés de la terre, destins de communards (20h35/Arte/23 mars)

23 Mars 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Histoire

La Commune de Paris est une insurrection populaire durant laquelle se sont révélées des personnalités diverses. Parmi elles, des populations jusque-là exclues de la scène politique dont des femmes et des étrangers. Qui sont les communards et qu'ont-ils apportés à la démocratie ?

Victorine Brocher, Eugène Varlin, Marguerite Tinayre, Lucien Henry, Zéphirin Camélinat, ouvriers et ouvrières, artistes, infirmières, barricadières, responsables politiques ou militaires, journalistes, syndicalistes, français ou étrangers : ils et elles sont des milliers à avoir pris part à l'insurrection de la Commune de Paris en 1871. Que leurs noms soient devenus célèbres ou restés anonymes, qu’ils aient péri dans les massacres de la semaine sanglante ou poursuivi des engagements politiques, la Commune a profondément marqué leur vie.

150 ans après ces événements, plusieurs travaux d’histoire font revenir jusqu’à nous le souvenir de celles et ceux qui ont fait la Commune et rendent hommage à ces destins bouleversés. Les damnés de la Commune, film d’animation de Raphaël Meyssan réalisé entièrement à partir de gravures d’époques, nous fait traverser la Commune de Paris à travers les yeux de Victorine Brocher, brancardière du bataillon des enfants perdus, tandis que paraît le Maitron des communards, La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l’événement, les lieux, somme impressionnante regroupant des centaines de notices biographiques.
Qui étaient les communards ? Où retrouver la mémoire de ces vies prises dans l’histoire ? Et comment ces milliers de destins ont-ils été marqués par la Commune ?

Avec Raphaël Meyssan, graphiste et auteur du roman graphique en 3 volumes Les Damnés de la Commune (Éditions Delcourt, 2017,2019) dont il a réalisé une adaptation audiovisuelle diffusée sur Arte pour les 150 ans de la Commune de Paris le 23 mars 2021. 

Et Jean-Louis Robert, professeur émérite d'histoire à l’Université Paris 1, spécialiste de l'histoire sociale contemporaine, ancien directeur du Centre d’histoire sociale du XXe siècle, président d’honneur des Amies et Amis de la Commune. Il est également président de l’association des Amis du Maitron. Il a dirigé Le Paris de la Commune - 1871 (Belin, 2015) et, avec Claude Pennetier, Édouard Vaillant, de la Commune à l’Internationale (1840-1815) (L'Harmattan, 2016). Jean-Louis Robert est conseillé historique du film de Raphaël Meyssan Les damnés de la commune et co-auteur du scénario de la bande dessinée Rouges estampes, une enquête pendant la commune de Paris (Éditions Steinkis, 2021).

Avec nous aussi, Michel Cordillot, professeur émérite à l'Université de Paris.  Il est le coordinateur du nouveau volume du Maitron, La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l'événement, les lieux (Éditions de l'atelier, 2021) et auteur d'Aux origines du socialisme moderne : la première Internationale, la Commune de Paris, l'exil (Éditions de l'atelier, 2010), d'Eugène Varlin, internationaliste et communard (Spartacus Éditions, 2016).

Xavier Mauduit

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A lire... Une Histoire des inégalités, de l'âge de pierre au XXIe siècle - Walter Scheidel

20 Mars 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Sociologie, #Inegalites, #Histoire

 

EXTRAITS

Dans une vaste enquête historique, le chercheur autrichien soutient que la réduction massive des privilèges ne peut se produire que dans des périodes extrêmes : guerre de masse, révolution, faillite de l’Etat ou pandémie. Faudra-t-il se résoudre à choisir entre la paix et l’égalité ?

Considérez-vous que l’actuelle pandémie est une manifestation du quatrième cavalier de l’apocalypse ?

Je ne le pense pas, notamment pour des raisons démographiques. Dans le passé, les grandes épidémies entraînaient une forte mortalité qui s’avère toujours propice à la réduction des inégalités. Le patrimoine des classes populaires se morcelle moins d’une génération à l’autre ; la force de travail devient plus rare, et elle est donc mieux payée, etc. Avec le Covid, il y aura cette fois-ci –et c’est heureux– proportionnellement moins de victimes, donc peu d’effets de ce type.

Nous savons aussi aujourd’hui mieux gérer les crises et maintenir une forme de statu quo social, politique et économique : les milliards d’euros et de dollars dépensés pour éviter une dépression économique majeure, les nouvelles technologies qui permettent de poursuivre le travail dans de nombreux secteurs, la science qui avance vite sur les vaccins et les traitements… Plus la stabilité est assurée, moins des bouleversements susceptibles de réduire les inégalités ont des chances de se produire. En fait, il se pourrait même que l’on ait un peu plus d’inégalités après la crise, car les personnes les plus aisées sont aussi les mieux protégées sur le plan sanitaire comme économique –celles qui peuvent télétravailler, qui ont une meilleure protection sociale, etc.– alors que les plus pauvres ne le sont pas.

L’effet de la crise sur les inégalités sera donc faible ?

Il y a une seconde hypothèse. Si la crise n’est pas aussi facilement gérée qu’on peut l’espérer aujourd’hui, si l’économie est plus endommagée que prévu, alors cela affectera les systèmes politiques, qui seront contraints de prendre des mesures de réduction des inégalités afin de limiter l’ampleur des mouvements de contestation sociale susceptibles de naître de la crise. Je ne pense pas que cela arrivera, mais c’est une possibilité.

Jusqu’à activer d’autres cavaliers de l’apocalypse, comme l’effondrement de l’Etat ou certaines révolutions ?

Ce n’est pas impossible, puisque certains Etats sont faibles, notamment en Afrique subsaharienne ou au Moyen-Orient. Ce risque vaut pour la pandémie, mais aussi pour le changement climatique et la destruction des écosystèmes qui pourraient entraîner des guerres, des mouvements révolutionnaires, des effondrements d’Etats, comme on a pu le voir en Syrie et au Yémen ces dernières années. Il y a donc un potentiel dans les décennies à venir pour que cela se produise et que ces chocs réduisent les inégalités. Mais sans doute pas en Occident où les Etats restent solides.

Votre enquête historique remonte au Néolithique. L’actuel creusement des inégalités répond-il aux mêmes logiques qu’à l’époque ?

Si l’on s’en tient aux fondamentaux, oui. Et justement, le fait d’étudier les inégalités à des époques et dans des territoires variés montre que les mêmes schémas se reproduisent. Lorsqu’apparaissent les systèmes de production agricole avec la mise en place de l’agriculture et de l’élevage, on observe une appropriation de la terre, la constitution de droits de propriété et de succession. Alors, vous évoluez inévitablement vers une société marquée par des inégalités. Les structures du pouvoir politique –rappelons que les premiers Etats naissent au Néolithique– tendent souvent à renforcer ces disparités sur le temps long. Seuls les chocs violents que constituent les quatre cavaliers de l’apocalypse sont susceptibles de s’opposer à l’ancrage de plus en plus fort des inégalités.

(...)

Une autre règle semble se détacher de vos analyses : plus un système politique et social vieillit, plus les inégalités augmentent.

Oui, car cette stabilité permet aux élites une bonne maîtrise des mécanismes de contrôle du pouvoir. Elles parviennent à surmonter de nombreuses instabilités et à transmettre leurs privilèges à la génération suivante. Cela entretient et renforce les inégalités. C’est pourquoi on observe un retour des inégalités depuis quelques décennies, après une période égalisatrice à la suite des guerres mondiales. Les bouleversements de la première moitié du XXe siècle se sont estompés. Nous avons acquis une plus grande stabilité, mais aussi une plus grande inégalité.

Pourtant, les contestations sont nombreuses, que l’on pense au mouvement Occupy, aux gilets jaunes, etc.

Ces mouvements ne changent rien, parce qu’ils ne sont pas si violents. Le mouvement des 99% aux Etats-Unis, les gilets jaunes en France, ou les mobilisations en Grèce après les mesures d’austérité de 2008 n’ont rien à voir avec une guerre civile ou une révolution. Il faut se souvenir qu’aujourd’hui, les gouvernements ont aussi beaucoup plus de moyens, que ce soit avec la police ou les technologies de surveillance, pour garder le contrôle de la situation. Cela complique la possibilité pour des mouvements vraiment transformateurs d’émerger, notamment dans les pays riches. Il faut aussi ajouter d’autres facteurs, comme le vieillissement de la population des pays riches, qui contribue à diminuer le potentiel de violence.

Il nous faut donc choisir entre paix et égalité ?

S’il fallait s’en tenir à une phrase, je crois que c’est ce que je dirais ! Mais nous pouvons aussi refuser l’alternative. Et dans ce cas, il va nous falloir inventer des moyens non violents et efficaces de réduire les inégalités. Ce n’est pas impossible, mais l’histoire ne nous aide pas à le faire. Il va nous falloir être bien plus créatif que nous ne le sommes, car c’est une tâche beaucoup plus difficile que ce qu’on aime parfois à penser. Mais cela ne veut pas dire que nous ne devrions pas essayer.

Thibaut Sardier

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"Non, les chiffres romains ne sont pas bannis au musée Carnavalet à Paris"

18 Mars 2021 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Histoire

Les chiffres romains et les mesures - Légion VIII Augusta

Louis XIV devient 14, les chiffres romains vont-ils disparaitre des musées parisiens ? Le Musée Carnavalet l'annonce, alors que le Louvre a déjà supprimé les chiffres romains il y a quatre ans, mais uniquement les chiffres qui désignent les siècles et non les rois et les reines.

À une époque où l'on traduit la saga Harry Potter en latin et en grec, où Beyoncé s'inspire d'Alexandre Legrand ou de Vénus dans ses clips ou photos, les chiffres hérités de la Rome antique pourraient tomber de leur piédestal au nom de l'accessibilité universelle. C'est en tout cas ce qu'ont cru certains, irrités de voir que des musées remplacent les chiffres romains par des chiffres arabes, plus ancrés dans nos habitudes quotidiennes, sur les titres de leurs cartels. 

Ainsi le musée Carnavalet à Paris annonce vouloir supprimer une partie des chiffres romains sur ses panneaux explicatifs. Louis XIV devient donc Louis 14. Même chose pour les siècles, comme c'est d'ailleurs déjà le cas depuis des années au Louvre ou au British Museum.

Mais Noémie Giard, la responsable du musée Carnavalet spécialisé dans l'Histoire de Paris, tient à mettre les choses au point : c'est en fait une infime partie des contenus qui sera modifiée. "Je confirme que tous les visiteurs qui viendront au musée Carnavalet au moment de la réouverture, pourront bien lire Louis XIV, XV, ou Henri IV en chiffres romains, sur tous les cartels et même pour les enfants, et c'est uniquement, sur 170 textes, sur un ensemble de 3 000 contenus, qui ont été produits pour le nouveau parcours dans le musée, que nous avons choisi d'appliquer cette mesure d'accessibilité universelle. C'est une réglementation européenne, pour une information facile à lire et à comprendre". 

Un souci de compréhension pour tous, sur une infime partie des contenus

Pas question de bannissement des chiffres romains, explique donc la responsable, "il y a juste une volonté de s'adresser à tous les publics, à tous les visiteurs étrangers, aux personnes en situation de handicap psychique, qui peuvent être gênés dans leur compréhension."  

Cette toute petite partie des contenus, est donc "exagérément grossie dans la polémique".  

Pourrait-on encore surnommer Emmanuel Macron Jupiter ? La devise de Paris, Fluctuat nec mergitur, devra-t-elle être traduite pour que tout le monde comprenne mieux qu'il y a des styles, des histoires, et des expressions insubmersibles ? Il semble que cela ne soit venu à l'idée de personne, pour l'instant. 

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Quand les diplomates parlaient français

16 Mars 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Histoire

Quand les diplomates parlaient français - Ép. 2/4 - La langue française,  une histoire politique

Le premier traité international rédigé exclusivement en français date de 1714. Signé à Rastatt, il met fin à la guerre de Succession d'Espagne. Dès lors, le français est la langue diplomatique en Europe jusqu'à la Conférence de Paris en 1919. Comment expliquer ce choix puis son abandon ?

« Nos pauvres Bas-Bretons, à ce que je viens d’apprendre, s’attroupent quarante, cinquante par les champs ; et dès qu’ils voient les soldats, ils se jettent à genoux, et disent mea culpa : c’est le seul mot de français qu’ils sachent », commente Madame de Sévigné à propos de la révolte des Bonnets rouges en 1675. Cette réalité de la pratique du français en France au XVIIe siècle est d’autant plus étonnante pour nous qu’elle en côtoie une autre : c’est à cette époque que les princes et les ambassadeurs européens commencent à utiliser le français lors de leurs échanges diplomatiques. Les raisons de cet essor de la langue de Louis XIV sont nombreuses : démographiques d’abord, car la France est très peuplée ; économiques, car elle représente un marché intéressant pour les Hollandais, les Italiens ou les Suisses ; religieuses, car une grande communauté huguenote s’est dispersée en Europe où elle a répandu l’usage du français.

Cette adoption du français à l’échelle européenne ne s’est pourtant pas faite en un jour et les réticences des monarques voisins sont nombreuses. Comment la langue s’est-elle imposée peu à peu à l’oral et à l’écrit ? Quelles compétences linguistiques exige-t-on du personnel des ambassades ? Parle-t-on la même langue suivant les occasions - représentation officielle, négociation en cours, correspondances privées ou encore rédaction d’un traité ? Et surtout, quand l’anglais commence-t-il à apparaître comme un concurrent sérieux à l’hégémonie française ? 

Avec Lucien Bély, historien moderniste, professeur d'histoire moderne à Sorbonne Université, spécialiste des relations internationales. Il est notamment l'auteur de « L’usage diplomatique de la langue française, instrument de la puissance ? », Linguistic and Cultural Foreign Policies of European State, 18th – 20th Centuries, sous la direction de Karène Sanchez-Summerer and Willem Frijhoff (Amsterdam UP, 2017), L’art de la paix en Europe. Naissance de la diplomatie moderne, XVIe-XVIIIe siècle (Presses Universitaires de France, 2007). Il a contribué aux ouvrages dans Le siècle de Louis XIV sous la direction de Jean-Christian Petitfils (Perrin, 2017) et Pour l’histoire des relations internationales sous la direction de Robert Frank (Presses Universitaires de France, 2012).

Xavier Mauduit

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Sortir de l’oubli les hussardes noires de la République...

5 Mars 2021 , Rédigé par Médiapart Publié dans #Education, #Histoire

Un modèle de l'Instruction républicaine | Histoire et analyse d'images et  oeuvres

EXTRAIT

Les femmes sont les oubliées de la laïcisation de l’école. L’historien François Jacquet-Francillon le relève, qu'on célèbre « les hussards noirs de la République en oubliant que la laïcisation incomba plus encore aux institutrices, est une sorte de scandale historiographique ». Le roman « Séduction » d’Hector Malot paru en 1881 est de ce point de vue un témoignage de première main.

Sortir de l’oubli les hussardes noires de la République et leur rôle majeur dans la laïcisation de l’école

Le 8 mars, journée internationale pour les droits des femmes, approche.

Je saisis cette occasion pour rappeler le rôle majeur des premières institutrices laïques. Ce rappel est nécessaire car, comme l’a écrit l’historien François Jacquet-Francillon, « que nous continuions à célébrer les ‘hussards noirs de la République’ en oubliant que la laïcisation incomba plus encore aux institutrices, est une sorte de scandale historiographique ». Le roman Séduction d’Hector Malot paru en 1881 est de ce point de vue un témoignage de première main sur les premiers temps de notre école laïque à travers le destin d’une institutrice laïque au temps de Jules Ferry.

Le texte qui suit est un extrait d’une étude[1] qu’on peut retrouver dans un dossier Hector Malot, l’écrivain instituteur (direction Christa et Jean-Paul Delahaye), paru dans la revue dirigée par Francis Marcoin, les Cahiers Robinson n° 45, Presses de l’Université d’Artois, 2019.

Le roman Séduction (1881) d’Hector Malot, la question laïque au cœur de l’actualité

Travailler sur ce roman me paraissait d’autant plus utile que pour décrire la situation particulièrement difficile des premières institutrices laïques, la référence est jusqu’à présent le roman « L’institutrice de province » de Léon Frapié, publié en 1897. L’auteur y raconte l’histoire de Louise Chardon, jeune institutrice très investie dans son métier mais qui se heurte aux nombreuses difficultés que peut rencontrer une institutrice laïque dans un village à l’époque: hostilité du curé, des notables, mais aussi manque de soutien de ses supérieurs, de ses collègues, des parents, etc. Rien ne lui est épargné et sa vie devient une sorte de martyre. En mai 1897, le critique littéraire Francisque Sarcey[2] publie un compte rendu du roman de Frapié dans les Annales politiques et littéraires. Il demande à cette occasion à ses lectrices institutrices de lui écrire pour lui dire «si tout ce que dit M. Léon Frapié est vrai»[3]. Sarcey reçoit des dizaines de réponses qui témoignent de la justesse du roman[4]. Mais, ni à ce moment ni plus tard, il n’est fait mention du roman d’Hector MALOT, Séduction, paru pourtant 18 ans auparavant, qui évoque le même sujet[5]. Cet oubli est d’autant plus étonnant et injuste que ce roman de Malot très documenté est au cœur de la mise en œuvre de l’école républicaine au temps de Jules Ferry et que c’est un roman engagé qui soutient la position du gouvernement républicain en matière de laïcité.

(...)

Jean-Paul Delahaye

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Sophie Wahnich: «Exercer son aptitude à l’utopie est une nécessité absolue quand l’avenir paraît avoir disparu»

13 Février 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Histoire

Sophie Wahnich: «Exercer son aptitude à l’utopie est une nécessité absolue quand l’avenir paraît avoir disparu»

EXTRAITS

Sophie Wahnich «Exercer son aptitude à l’utopie est une nécessité absolue quand l’avenir paraît avoir disparu» Comment nous projeter dans l’avenir et imaginer un monde meilleur alors que la crise sanitaire nous donne l’impression de faire du sur-place ? Pour l’historienne, spécialiste de la Révolution française, la pensée utopique constitue une source d’émancipation plus que jamais nécessaire. Même si elle se heurte au réel.

Quand elle était en sixième, sa professeure de français demandait à ses élèves d’imaginer des mondes utopiques. L’historienne de la Révolution française Sophie Wahnich n’a finalement jamais interrompu cet exercice, que ce soit dans sa vie de citoyenne engagée, ou en scrutant les archives et les imaginaires sociaux de son époque de prédilection. Que deviennent les utopies aujourd’hui quand chacun éprouve la désolante impossibilité de se projeter, qui d’ordinaire est le propre de la dépression ? L’impression généralisée de vivre une journée sans fin anéantit-elle notre capacité à concevoir des organisations sociales aussi inédites qu’impérieuses ? Contre toute attente, Sophie Wahnich, directrice de recherche au CNRS, autrice notamment de la Révolution n’est pas un mythe, et longtemps chroniqueuse dans ces pages, dissocie l’aptitude à inventer des utopies, qui lui semble le propre de l’humain, de la possibilité du futur. Selon elle, s’il y a des périodes plus propices que d’autres à leur floraison, les utopies, leur dur désir de durer, et la faculté d’en imaginer de nouvelles, persistent même et surtout dans les moments qui paraissent le plus sans issue.

En quoi l’impossibilité actuelle de se projeter met à mal la construction d’utopies ?

L’utopie n’est pas forcément une projection dans le temps. Elle est une construction imaginaire qui se développe avec le plus de nécessité dans les périodes les plus entravées. Elle naît d’ailleurs avec Thomas More, qui écrit Utopia en 1516 en pleine Renaissance, période où l’essor du capitalisme met à mal certaines vies communautaires et lors de laquelle l’affirmation d’un nouvel art de gouverner est perçue comme tyrannique. Il ne me paraît donc pas contradictoire de soigner la dimension utopique de l’humain, dans les époques particulièrement sombres, despotiques, où, effectivement, on a le sentiment qu’on ne peut que se retirer dans ce «hors lieu» qu’est étymologiquement l’utopie. Produire ce lieu imaginaire permet de continuer à penser. Exercer son aptitude à l’utopie est une nécessité absolue quand l’avenir paraît avoir disparu. Sinon, effectivement, la mort est au rendez-vous : la mort sociale et la mort individuelle et psychique.

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Qu’est-ce qui différencie une utopie d’autres types de projet ?

L’enjeu de toute utopie est de démontrer que l’énoncé «ça a toujours été comme ça» est faux. «Ça peut être autrement» est une pensée réformiste. «Ça doit être différent» est une pensée révolutionnaire. Mais «ça pourrait être différent» est une pensée utopiste. Tout d’un coup l’imaginaire est ouvert. Nul besoin de faire exister l’utopie immédiatement, elle peut se transmettre au-delà de votre temps de vie. Ce qui a été lancé, n’est jamais perdu pour l’histoire.

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Durant le premier confinement, il y a eu un énorme espoir de changement. On parlait du «monde d’après». Cela s’est fracassé. Y a-t-il eu un moment d’utopie ?

Oui, mais il a été suscité par un malentendu : le «quoi qu’il en coûte» a été entendu comme si on allait enfin faire payer les détenteurs du capital. Emmanuel Macron, depuis sa position de président de la République, a affirmé que le monde d’après serait différent, mais il l’a affirmé au même titre qu’il nous a parlé de «révolution» pendant la campagne présidentielle de 2017. Autour de ce malentendu est apparu «un violent désir de bonheur» pour reprendre le titre d’un beau film de Clément Schneider. Ce désir était latent, tout prêt à surgir, malgré le désespoir indéniable dû à une gestion cruelle de la crise du Covid – je pense à la situation des étudiants maintenus devant un écran, aux lieux culturels fermés. Le refus de penser ce qui nous ferait du bien n’a en soit rien de démocratique. Car l’un des principes démocratiques, c’est justement de retenir la cruauté.

Anne Diatkine

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8 février 1962... "Il y a eu Charonne quand même!"

8 Février 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Histoire

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Daniel Féry a été tué dans une charge de la police parisienne, à la station de métro Charonne, alors qu’il manifestait contre l’OAS. C’était le 8 février 1962, non loin de Bastille, au cœur du Paris populaire d’alors.

Daniel Féry était un jeune communiste de Vitry-sur-Seine. Il avait seize ans.

 Sont mort avec lui huit autres amis du peuple algérien, étouffés ou matraqués à mort :

Jean-Pierre Bernard,

Fanny Dewerpe,

Anne-Claude Godeau,

Édouard Lemarchand,

Su­zanne Martorell,

Hippolyte Pina,

Raymond Wintgens,

Maurice Po­chard.

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