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Vivement l'Ecole!

histoire

La guerre d’indépendance algérienne, sujet sensible à l’école de part et d’autre

29 Août 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Histoire

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Enseigné au collège et au lycée en France, et tout au long de la scolarité en Algérie, le conflit fait toujours l’objet d’une attention particulière de la part des professeurs d’histoire.

Deux heures de cours en terminale dans les lycées français, contre la moitié du manuel d’histoire en Algérie : de part et d’autre de la Méditerranée, l’enseignement de la guerre d’indépendance est évidemment asymétrique. Et toujours extrêmement sensible, soixante ans après la signature des accords d’Evian. Pas pour les mêmes raisons, toutefois, dans les classes françaises et algériennes.

Côté français, «on ne retrouve pas l’importance qu’a eue l’Algérie pour la France dans les programmes scolaires», estime Kamel Chabane, professeur d’histoire dans un collège parisien. De l’installation d’un million de colons européens dans ces trois départements français, au retour de Charles de Gaulle au pouvoir en passant par la fin de la IVe République, les histoires nationales algériennes et françaises sont intimement liées. Le sujet est «majeur», rappelle Christophe Cousseau, qui enseigne l’histoire depuis trente-cinq ans dans un lycée de Vendée.

Pourtant, un élève peut traverser le collège sans entendre parler de l’Algérie si son professeur ne choisit pas d’illustrer les thèmes de «la conquête et la colonisation» (en quatrième) puis de «l’indépendance et la construction de nouveaux Etats» (en troisième), par l’occupation du territoire algérien ou la guerre d’indépendance qui s’est étirée de 1954 à 1962. Il faut attendre le lycée pour que l’étude de la colonisation (en première) et de la décolonisation de l’Algérie (en terminale) ne devienne obligatoire. Le nombre d’heures passé sur la question varie selon les professeurs, qui peuvent choisir de s’attarder ou d’évacuer le sujet. En général, en terminale, «pour les élèves qui choisissent la spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, on parle de la guerre d’Algérie environ six heures par an et on aborde les mémoires, on va au-delà des simples faits. Mais dans le tronc commun, qui concerne l’immense majorité des élèves, ça ne représente que deux heures, alors forcément l’approche est superficielle», regrette Christophe Cousseau.

Un intérêt des élèves «sans commune mesure»

Pourtant, l’intérêt des élèves pour le sujet est «sans commune mesure avec n’importe quel autre», assure l’enseignant. «En début d’année, il y a toujours une main levée pour demander quand est-ce qu’on verra la guerre d’Algérie», confirme Iannis Roder, professeur d’histoire-géographie dans un collège à Saint-Denis. Dans son rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie, rendu en janvier 2021, l’historien Benjamin Stora estimait qu’en France, plus de sept millions de personnes sont concernées par la mémoire de l’Algérie.

Parmi elles, il faut compter les enfants issus de l’immigration algérienne, descendants de harkis ou de combattants du FLN. Mais aussi ceux dont les grands-parents ont été appelés pour combattre du côté de l’armée française. «Pour certains élèves, c’est peut-être la seule fois qu’on parle d’eux, de ce qu’ils ont entendu parler en famille», souligne Iannis Roder. Et puis ce sont des références communes, liées à une actualité plus ou moins récente, qui attisent la curiosité des adolescents, comme «le match de foot France-Algérie, en 2001, [interrompu après l’envahissement de la pelouse par des supporteurs algériens, ndlr] dont les élèves parlent tous les ans», illustre Christophe Cousseau.

Enseigner pour tourner la page

«Aucun sujet n’est facile à aborder, mais comme celui-ci est particulièrement sensible, il faut un bagage de connaissances scientifiques très solide pour le traiter avec confiance et pouvoir déminer les stéréotypes que peuvent avoir les élèves», explique Kamel Chabane. Parmi ces représentations, l’idée, par exemple, que les harkis sont des «traîtres». Car la guerre sous-tend, encore aujourd’hui, des questionnements liés à l’identité, notamment chez les plus jeunes, héritiers d’une situation traumatisante qui se transmet de génération en génération. Pour déminer les stéréotypes, «rien de plus efficace que de confronter les enfants à des destins individuels. En faisant venir des anciens combattants, en montrant des photos ou des lettres, on arrive à leur faire comprendre que les prises de position s’ancraient dans un contexte particulier et ils finissent par saisir la complexité de la situation», raconte l’enseignant.

Mais faute de connaissances suffisantes, certains sujets restent tabou. Il y a une trentaine d’années, Christophe Cousseau parlait peu de la torture à ses élèves. «J’y allais piano, avec peu d’audace. Et puis il y a eu les confessions [du général] Aussaresses [en 2000, ndlr] et des travaux d’historiens. Aujourd’hui, c’est facile d’en parler», assure-t-il. Pour l’historien Benoît Falaize, certaines notions, comme le racisme colonial, restent méconnues des enseignants. «On n’en parle quasiment pas et c’est un sujet sensible car il renvoie à des phénomènes de discrimination que les élèves peuvent ressentir», souligne le chercheur.

Galerie de portraits des martyrs

En Algérie, en revanche, la guerre de libération nationale est omniprésente dans le cursus scolaire. Dès la première année d’école primaire, l’élève apprend par cœur la date de déclenchement de la guerre de libération nationale. A partir de la troisième année, l’histoire commence à être enseignée en tant que matière. La guerre est abordée dès l’année suivante, dans la classe des 9-10 ans. Près de la moitié du livre d’histoire lui est consacrée. L’apprentissage est d’abord focalisé sur la période de la colonisation (1830-1962), l’appropriation des terres, les violences et les discriminations dont sont victimes les Algériens. Les chapitres suivants portent sur les insurrections, essentiellement celles de l’émir Abdelkader et de Mokrani (1871) ; le massacre du 8 mai 1945 de Sétif, Guelma et Kherrata ; le congrès de la Soummam en 1956, qui va structurer la révolution algérienne ; les accords d’Evian et enfin l’indépendance. L’annexe du manuel est une galerie de portraits des martyrs de la révolution.

A la fin du cycle secondaire, la séquence de la préparation du déclenchement de la guerre de libération en 1954 est à nouveau abordée, en insistant cette fois sur le réseau de soutien international du FLN. Certaines figures historiques de l’indépendance considérées comme dissidentes et qui avaient été effacées des manuels, comme Messali Hadj, Hocine Aït Ahmed et Ahmed Ben Bella ou Krim Belgacem, ont refait surface à partir des années 90.

«Au temps de Boumediene, il était interdit au professeur d’histoire de parler de Messali Hadj ou de Ben Bella, rappelle Mohand Arezki Ferrad, historien et ancien député du Front des forces socialistes, vieux parti d’opposition. L’occultation de certains faits controversés était justifiée par le souci de préserver la cohésion sociale.» Encore aujourd’hui, «les problèmes survenus durant la guerre de libération ne doivent pas être enseignés au primaire ni au collège, mais seulement les grandes lignes honorables», reconnaît l’historien. «Bien entendu des vides et lacunes subsistent dans les manuels scolaires, dit-il. Mais le but de la révolution était de retrouver la souveraineté. Elle est synonyme d’unité nationale et reste sacralisée.»

Violette Vauloup et Rania Hamdi (à Alger)

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6 août 1945... 6 août 2022... "Tu n'as rien vu à Hiroshima" - Par Christophe Chartreux

6 Août 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Histoire, #Art, #Photographie

Hiroshima mon amour... Et si nous n'avions rien vu à Hiroshima...

Sortait chez Gallimard, en 2009, un livre magnifique, intitulé "Tu n'as rien vu à Hiroshima", illustré de centaines de photos prises par l'actrice Emmanuelle Riva, l'héroîne du cultissime film de Resnais : "Hiroshima mon amour".

On y voit l'Hiroshima d'après la bombe, celui des années 1958-1960, ces années au cours desquelles les possibles étaient aux coins des rues, réalisables. La guerre était dans les mémoires mais l'espoir d'un futur primait, un futur à construire sur les ruines d'un passé trop lourd, à ensevelir.

Les sourires des petites filles et garçons d'Hiroshima, pris dans l'objectif d'Emmanuelle Riva, sont autant d'appels à croire que l'Histoire, même la plus tragique, tragiquement absurde, peut prendre d'autres routes, plus sereines, par la grâce de ces enfants jouant au milieu d'un terrain vague. Derrière eux, des ruines. Devant eux, le Japon tout entier, celui d'aujourd'hui, déjà. A Hiroshima, on n'a toujours vu que la bombe.

Et si l'Histoire était ailleurs?

Et si nous n'avons rien vu à Hiroshima...

Alain Resnais, lui, a vu.

"Hiroshima mon amour" est un film imprévu, inclassable, Il rompt avec tout ce qui existait avant. Il n'a jamais été imité, approché, atteint dans la rareté qui en fait la beauté unique. Lui aussi est né sur les ruines d'un cinéma dépassé. D'un cinéma atteint par les bombes d'une génération qui donnera Truffaut, Chabrol, Godard. Entre autres. Ils n'étaient pas "de leur temps"... Ils en créaient un autre.

Ce sont les hommes et les femmes qui ont le courage de rompre avec leur passé, avec leurs habitudes, qui font et sont l'avenir. Ils ne subissent pas l'Histoire. Ils l'utilisent pour écrire des histoires et les donnent à partager, les offrent à la réflexion, contribuent à d'autres "possibles", ouvrent des portes quand celles-ci, une à une, se ferment au nez de celles et ceux auxquels on a confisqué les clefs.

Il en est même qui vivent des histoires d'amour.

Hiroshima. Mon amour.

Nous sommes loin, très loin de ces petites filles et garçons d'Hiroshima, souriants et heureux, qui offrent à Emmanuelle Riva leurs visages d'enfants déjà grands…

Oui, nous n'avons rien vu à Hiroshima...

Christophe Chartreux

Tu n'as rien vu à Hiroshima de Emmanuelle Riva - Livre - Decitre

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L'homme régénéré : de Robespierre au fascisme prétend Michel Onfray - Par Claude Lelièvre

3 Août 2022 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Histoire, #Politique

Robespierre.

Selon Michel Onfray l'origine de  «l 'homme nouveau » ou « régénéré » du fascisme se trouverait chez Robespierre et n'aurait donc pas « ses racines à l'extrême droite ». Ce tête à queue idéologique fait fi de toute référence historique d'ampleur et marque à l'évidence la pente accentuée de Michel Onfray vers la médiocrité, en pleine dégénérescence.

« Les universitaires sont dans une logique de robespierrisme. La grande idée de l'homme fasciste c'est l'homme régénéré, ça se retrouve chez Robespierre. L'homme nouveau du fascisme ne prend pas ses racines à l'extrême droite » (Michel Onfray sur Cnews le 31 juillet, dans l'émission Punchline)

Si on prend la peine de se référer à l'article « Régénération » (signé Mona Ozouf) du « Dictionnaire critique de la révolution française » (dirigé par François Furet et Mona Ozouf) paru chez Flammarion en 1988 , on peut noter d'abord que « l'idée d'homme nouveau est très loin, quand la Révolution éclate, d'être une idée neuve. Tout le XVIII° siècle [et donc les ''Lumières''] a rêvé autour des images de la seconde naissance […] C'est un rêve mais ce n'est pas seulement un rêve. Vers lui ont convergé pendant la décennie révolutionnaire mille institutions et créations » (pp. 821 et 822).

La focalisation à cet égard sur Robespierre (ou la « logique robespierriste ») relève d'une ignorance crasse ou d'une occultation en vue d'une manoeuvre idéologique tout à fait inadmissible.

On peut aussi noter qu'il y a continuité en l'occurrence après Thermidor et la chute de Robespierre . « A-t-on tout à fait rompu avec l'idée de faire de l 'école, abrégé de la société, le moyen de régénérer le peuple tout entier ? Il s'en faut […] On n'en continue pas moins de croire à la discontinuité du temps révolutionnaire, à voir , comme l'a si bien compris Benjamin Constant , dans les habitudes le fruit de la malveillance, à attribuer à des volontés mauvaises la lenteur de la régénération. Cela témoigne, malgré toutes les désillusions, de la ténacité d'un rêve pédagogique auquel seul Brumaire mettra fin » ( p. 828)

Enfin Robespierre ne s'est pas particulièrement illustré en la matière. Il en est d'autres qui ont été plus en vue à cet égard. Dans mon livre sur « L'histoire des institutions scolaires (depuis 1989) » paru chez Nathan en 1990, j'ai cité en particulier Gabriel Bouquier et son « Plan général d'ins truction publique » présenté devant la Convention en décembre 1793, fort éloigné de celui qui avait été présenté par Robespierre (car étant pour l'essentiel hors ''forme scolaire'') : « La Révolution a, pour ainsi dire d'elle-même, organisé l'éducation publique et placé partout des sources inépuisables d'éducation. N'allons pas substituer à cette organisation, simple et sublime comme le peuple qui la créée, une organisation factice et calculée sur des statuts académiques qui ne doivent plus infecter une nation régénérée » (p . 25)

Mais en l'an de grâce 2022, une référence biaisée à un ''Robespierre'' (plus ou moins mythique) peut contribuer à faire le buzz et semer le trouble en vue de la confusion et de l'inversion. On aurait tort de n'y voir que la dérive d'un homme.

Claude Lelièvre

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Coup de coeur... Marc Bloch...

1 Août 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Litterature, #Histoire

Livre: L'étrange défaite, témoignage écrit en 1940, Bloch Marc, Gallimard,  Folio histoire, 2000069234475 - Librairie Dialogues

Je suis Juif, sinon par la religion, que je ne pratique point, non plus que nulle autre, du moins par la naissance. Je n’en tire ni orgueil ni honte, étant, je l’espère, assez bon historien pour n’ignorer point que les prédispositions raciales sont un mythe et la notion même de race pure une absurdité particulièrement flagrante, lorsqu’elle prétend s’appliquer, comme ici, à ce qui fut, en réalité, un groupe de croyants, recrutés, jadis, dans tout le monde méditerranéen, turco-khazar et slave. Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d’un antisémite. Mais peut-être les personnes qui s’opposeront à mon témoignage chercheront-elles à le ruiner en me traitant de « métèque ». Je leur répondrai, sans plus, que mon arrière-grand père fut soldat, en 93 ; que mon père, en 1870, servit dans Strasbourg assiégé ; que mes deux oncles et lui quittèrent volontairement leur Alsace natale, après son annexion au IIe Reich ; que j’ai été élevé dans le culte de ces traditions patriotiques, dont les Israélites de l’exode alsacien furent toujours les plus fervents mainteneurs ; que la France, enfin, dont certains conspireraient volontiers à m’expulser aujourd’hui et peut-être (qui sait ?) y réussiront, demeurera, quoi qu’il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur. J’y suis né, j’ai bu aux sources de sa culture, j’ai fait mien son passé, je ne respire bien que sous son ciel, et je me suis efforcé, à mon tour, de la défendre de mon mieux.

Marc Bloch - L'étrange défaite

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"Les Suppliques" : requêtes pour échapper à la déportation. Avec Jérôme Prieur et Laurent Joly

17 Juillet 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Histoire

https://focus.telerama.fr/2022/06/29/0/0/1999/2500/1200/0/60/0/ae947b0_1656508779244-lettre-cite-edet-ver-current.JPG

Résumé

À l’occasion des 80 ans de la rafle du Vel' d’Hiv', France 3 diffusera lundi le documentaire "Les Suppliques" de Jérôme Prieur et Laurent Joly. Les suppliques, ce sont ces lettres adressées au Commissariat général aux questions juives. Quelques mots pour implorer la clémence du maréchal Pétain.

avec :

Jérôme Prieur (Cinéaste et écrivain), Laurent Joly (Historien, directeur de recherches au CNRS).

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Monsieur le Maréchal, veuillez avoir l’indulgence de gaspiller quelques de vos précieux instants à lire les lamentations d’un condamné à mort.” Ainsi commence une des suppliques présentée dans le documentaire Les Suppliques, co-production La Générale de Production et France Télévisions qui sera diffusé sur France 3 le 11 juillet 2022 à 22h55.

Ce documentaire est le fruit d'un dialogue entre Jérôme Prieur, réalisateur et auteur, et Laurent Joly, historien et directeur de recherche au CNRS (Centre de recherches historiques, EHESS). "Toutes ces correspondances et lettres sont une plongée absolument incroyable et saisissante dans l'occupation et dans la vie de ceux qui étaient persécutés" nous dit Jérôme Prieur.

Nos deux invités participent activement à l'écriture de la Shoah : Jérôme Prieur consacre plusieurs de ses films-documentaires à la période de la Seconde Guerre mondiale. Il s'est récemment concentré sur la vie en Allemagne nazie (Vivre dans l’Allemagne nazie, 2020) ou sur des hauts fonctionnaires du Régime de Vichy (Darlan, le troisième homme de Vichy, 2021). Laurent Joly est un spécialiste du régime de Vichy, ayant consacré une thèse sur le Commissariat général aux questions juives. Dans ce film, il apporte ainsi un regard d'historien sur les faits, notamment sur la Rafle du Vel' d'Hiv :  "cette opération a au moins trois singularités. La première, c'est que c'est la plus importante. En Europe de l'Ouest, jamais on a fait une telle opération. (...) Deuxième chose, c'est que c'est une opération qui est 100 % exécutée par la police parisienne (...). Donc il n'y a pas un Allemand qui assiste à cette opération. C'est vraiment une singularité unique parce que d'habitude, les Allemands sont là. (...) Et la troisième singularité, la plus terrible et bouleversante, c'est que pendant cette opération, il était prévu de séparer les familles. Et c'est ce qu'a fini par être par être fait. Ou on a déporté séparément les adultes des enfants.(...)  Et ça, ces séparations, cette cruauté dans la cruauté, c'est quelque chose de spécifique à la rafle du Vel' d'Hiv. Vichy ne le fera plus jamais et on a vu ça nulle part ailleurs en Europe."

Dans ce documentaire, Jérôme Prieur et Laurent Joly se concentrent sur la révélation d'archives très peu connues : les suppliques. Ces lettres adressées au Commissariat général aux questions juives ou directement au maréchal Pétain implorent la clémence du régime de Vichy qui procède aux arrestations ou aux déportations. " Il y a des gens dont on ne sait rien d'autre que cette supplique. Ils existent et le film leur donne ce surcroît de vie, le film les célèbres, les remet sur le devant de la scène, raconte Jérôme Prieur. Et j'ai employé tous les moyens possibles pour leur dresser des petits autels ".

A découvrir : la web app "Suppliques Stories", en partenariat avec France Culture

À lire aussi75% des juifs survivants de la Shoah en France : l’histoire ballottée entre mauvaise conscience et déni

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16 et 17 juillet 1942 - La rafle du Vel' d'Hiv' racontée par Annette Muller, déportée à 9 ans

16 Juillet 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Histoire

Vidéo . Annette Muller se souvient de la rafle du Vél' d'Hiv' des 16 et 17 juillet 1942. Elle avait 9 ans quand elle fut emmenée. En deux jours plus de 13 000 personnes, dont un tiers d’enfants, ont été arrêtées pour être déportées. Moins d’une centaine reviendront.

"Ils savaient qu'il y allait avoir une rafle, mais ils n'ont pas pensé une minute que ça concernerait les femmes et les enfants".  Annette Muller raconte ses souvenirs d'enfant quand, en juillet 1942, des policiers sont entrés chez elle très tôt un matin pour l'emmener, elle et sa famille, au Vél' d'Hiv.

"J'ai vu ma mère se jeter aux pieds des policiers, pleurer, supplier qu'on laisse ses enfants, qu'on les épargne. [...] Ils la repoussaient avec le pied, en disant de ne pas leur compliquer la tâche."

Ses deux grand frères ont réussi à s'échapper, mais Annette passera six jours au Vél' d'Hiv avec sa mère et son petit frère Michel, avant d'être déportée.

Elsa Mourgue

Ecoutez son témoignage complet dans Les Nuits de France Culture

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«Nation organique»: un concept utilisé par Emmanuel Macron au «cœur de la vision du monde de l’extrême droite»

15 Juillet 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Histoire

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Dans son interview du 14 Juillet, le chef de l’Etat a expliqué qu’«une nation, c’est un tout organique». Une notion prisée par l’extrême droite dans son histoire, explique l’historien Nicolas Lebourg.
Pour sa première interview télévisée depuis sa réélection, Emmanuel Macron a glissé dans ses réponses aux journalistes Caroline Roux et Anne-Claire Coudray une subtile référence à un concept prisé par l’extrême droite. En parlant d’une nouvelle réforme de l’assurance chômage, le chef de l’Etat a lancé qu’«une nation, c’est un tout organique», estimant qu’il «n’y a pas de modèle social s’il n’y a pas de travail pour le financer». Nicolas Lebourg, historien spécialiste de l’extrême droite, revient pour Libération sur le sens et l’origine de cette expression.
D’où vient cette idée de «nation organique» ?
Les idéologies nationales se sont cristallisées suite à la révolution française. Pour schématiser, il s’est développé en France une conception de la nation sur la base d’un contrat social. En Allemagne, l’idée nationale s’est structurée, elle, sur l’idée que les peuples ont un génie propre, une âme spécifique qui relie et dépasse ses membres. Cette représentation a abouti, à la fin du XIXe siècle, aux conceptions organicistes de l’extrême droite. En France, Maurice Barrès explique alors que la nation c’est «la terre et les morts» ; en Allemagne se développe l’idéologie «Blut und Boden» c’est-à-dire «sang et sol». On n’est pas dans le contrat social mais dans l’appartenance à un tout organique.
Comment et pourquoi l’extrême droite utilise-t-elle ce concept d’organicisme ?
Pour l’extrême droite, les nations sont des corps qui peuvent mourir et qu’il faut préserver de la division et de l’extérieur. Pour elle, la lutte des classes sépare la tête des bras. Les corps étrangers ne sont que des métastases, un cancer qui ronge le corps national. L’organicisme est le cœur de la vision du monde de l’extrême droite. L’unité organique est leur utopie, et leurs rejets (immigration, système politique pluraliste jugé diviseur etc.) en sont une conséquence. Cela suscite l’incompréhension de la gauche qui s’imagine que l’extrême droite est constituée d’«anti», de «contre», et ne comprend donc pas sa part séductrice.
L’écrivain fasciste Robert Brasillach définissait ainsi le fascisme comme l’amitié à l’échelle de la nation : c’était bien de l’attrait pour une société organique dont il parlait. Mais l’organicisme fonctionne aussi bien dans les courants totalitaires que démocrates, avec cet avantage dans le dernier cas que l’idéologie rejoint l’intérêt électoral. Dans notre système électoral, la préférence nationale a le mérite d’être un argument qui dit à tous les électeurs, des grands bourgeois aux précaires, qu’ils jouiront ensemble de l’Etat-providence en payant moins d’impôts puisque les immigrés seront tenus à l’écart de la solidarité nationale.
L’idée est-elle toujours en vogue au RN et à Reconquête ?
Si le RN et Reconquête n’étaient pas organicistes, ils ne seraient pas d’extrême droite. Bien au contraire : c’est là un trait martelé tant par Marine Le Pen que par Eric Zemmour. Si le second assume avec fougue une conception ethniciste de la nationalité, la première martèle avec constance le principe de l’unitarisme national, même dans une forme très soft comme lors de cette campagne présidentielle. Elle expliquait ainsi en meeting il y a une poignée de semaines qu’elle défendait le «principe fraternel de la nation» contre «la division de droite et de gauche». C’est une formulation passe-partout mais qui renvoie encore à cet unitarisme organiciste au cœur de sa pensée.
Faut-il voir dans la déclaration d’Emmanuel Macron un pas vers la vision du monde de l’extrême droite ?
Ce serait aller vite en besogne ! Il utilise cette expression quand on l’interroge sur la question sociale et non nationale. Plutôt qu’une conception pleinement organiciste de la nation, ce qui prédomine chez le président de la République c’est davantage l’idée du mérite des élites et le refus de la lutte des classes. Mais on ne connaît aucun cas en histoire électorale où la reprise de la vision du monde de l’extrême droite n’ait pas favorisé électoralement l’extrême droite.
Maxime Macé et Pierre Plottu
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Boris Vallaud répond à Elisabeth Borne. Magnifique discours ! (Vidéo)

7 Juillet 2022 , Rédigé par Parti Socialiste Publié dans #Politique, #Histoire

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De l’Algérie natale, je n’ai conservé que quelques photos en noir et blanc...

29 Juin 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Histoire

Images de TENES :: Les Rues :: MILIANA_la_rue_St_Paul

Miliana - Algérie - La ville de ma naissance

De l’Algérie natale, je n’ai conservé que quelques photos en noir et blanc. Sur l'une d'entre elles, je marche vers ma mère, mon père vient de me lâcher pour mes premiers pas. Mon Algérie est encore en guerre. Nous sommes en 1960 ou 61. Bientôt mon père décidera de mettre épouse et enfant à l’abri des « événements », manière habilement politique de ne jamais parler de guerre. Et pourtant.

Ma mère, accueillait tous les enfants des villages alentours. Français et arabes. Cela lui fut reproché par les colons « pieds-noirs ». Elle soignait ceux parfois atteints de teigne et de gale. Sans distinction. Jamais !

Bien des années plus tard, alors que mon père effectuait un stage à l’Université d’Aix-en-Provence pour préparer le concours d’inspecteur de l’Education Nationale, un des stagiaires se présenta à lui. « Bonjour. Je m’appelle Ahmed (ce n’est pas le véritable prénom) et je vous connais bien. J’étais en Algérie en même temps que vous. Mais j’étais de l’autre côté. Instituteur le jour et FLN la nuit. Un soir, il y a eu une attaque. Des morts. Des blessés. Mais pas vous. J’avais reçu ordre qu’aucun mal ne vous soit fait»

Mon père, surpris, lui demanda les raisons de cette bienveillance.

« Vous n’aviez pas l’esprit colon, Algérie Française. Chez vous, dans votre classe, avec votre épouse, les enfants étaient tous traités de la même manière. Vous respectiez nos familles, notre langue, nos fêtes religieuses. Un jour, j’ai même partagé la rupture du jeune du ramadan avec vous. Vous étiez le seul français présent ! Alors, le FLN vous a mis de coté, si je puis dire.

- Et si vous n’aviez pas reçu l’ordre ?

Ahmed a souri…

- Je l’ai reçu… Voilà... »

Oui, voilà…

Mes parents, ma mère, c’était ça. La bonté, le partage, la solidarité.

Certainement pas des colons devenus plus tard nostalgiques d'une "Algérie française" fantasmée. L'Algérie devenue indépendante ne fut sans doute pas un modèle de réussite, mais elle était libre !

LIBRE !

Christophe Chartreux

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Des députés dénoncent un "négationnisme historique" après les déclarations du député RN José Gonzalez sur l'Algérie française

29 Juin 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Histoire, #Politique

https://photos.tf1info.fr/images/1280/720/jose-gonzalez-f0033b-0@1x.jpeg

Le doyen des députés, José Gonzalez, 79 ans, a donné le coup d'envoi des travaux de la nouvelle Assemblée, mardi, provoquant une polémique après une courte allocution au "perchoir".

Comme le veut la tradition, c'est lui qui a pris la parole en premier. Et il a déjà déclenché une polémique. La première séance à l'Assemblée nationale, récemment élue à l'issue des élections législatives, a été marquée par une première sortie déjà dénoncée par les différentes oppositions.

Peu de temps après avoir déclaré "ouverte la XVIe législature de l'Assemblée nationale", le député du Rassemblement national, José Gonzalez, au "perchoir" pour quelques heures en tant que doyen de l'Assemblée, a tenu un discours introductif avec des références appuyés à l'Algérie française qui a choqué parmi les députés.

Ainsi, à 79 ans, José Gonzalez prend d'abord la parole et évoque l'unité des députés et se lance dans une parenthèse sur son histoire personnelle.. Sa voix s'étrangle alors quand il évoque l'Algérie. Il se présente comme "L'enfant d'une France d'ailleurs arrachée à sa terre natale par le vent de l'histoire. En 1962, j'ai laissé là-bas une partie de ma France", dit ce pied noir né à Oran. 

"Le premier stigmate d'une lecture de l'Histoire différente"

Avant d'aller plus loin devant la presse. Lorsqu'on lui demande si l'armée française a commis des crimes en Algérie, il répond : "Crimes de l'armée française, je ne pense pas, crimes contre l'humanité encore moins. Si je vous emmène avec moi en Algérie, dans le Djebel, beaucoup d'Algériens qui n'ont jamais connu la France disent 'quand est-ce que vous revenez ?'". Avant de conclure "ne pas savoir ou presque pas ce qu'est l'OAS", l'Organisation de l'armée secrète, bras armé des défenseurs de l'Algérie française, responsables de plus de 2200 morts en Algérie et de 70 morts en France. 

Un discours choquant pour de nombreux députés de gauche, à commencer par Alexis Corbière de la France Insoumise. "Dire 'je ne sais pas s'il faut juger les crimes, réels ou non de l'OAS', ça s'appelle du négationnisme historique. L'Assemblée nationale, aujourd'hui, était présidée par un homme qui fait du négationnisme historique sur un moment difficile de l'histoire de France", a ainsi dénoncé l'Insoumis, rejoint par Sébastien Jumel du Parti communiste. "C'est inévitablement le premier stigmate d'une lecture de l'Histoire différente de nous autres." Les députés de la Nupes y voient là, la fin de la "dédiabolisation" du Rassemblement National.

Audrey Tison

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