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Vivement l'Ecole!

Articles avec #histoire tag

«Les cartes représentent aussi ce qui n’existe pas, elles donnent accès à l’imaginaire de l’autre»...

20 Juillet 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Histoire, #Geographie, #Philosophie

«Les cartes représentent aussi ce qui n’existe pas, elles donnent accès à l’imaginaire de l’autre»...

Deux philosophes, Gilles A. Tiberghien et Jean-Marc Besse, observent une véritable extension du domaine de la carte ces dernières années. Dans un ouvrage collectif, ils montrent que la cartographie ne se contente plus de représenter le monde mais qu’elle y inscrit des valeurs, des croyances, des normes et des rêves.

Tout est cartographiable aujourd’hui : les déserts médicaux, le patrimoine végétal mondial, et même les représentations des utilisateurs de Snapchat… Les centres d’art contemporain s’emparent également de l’objet cartographique, sans oublier un usage plus militant de sites comme MigrEurop recensant les naufrages en Méditerranée. Jean-Marc Besse, philosophe et spécialiste des savoirs géographiques, et son confrère Gilles A. Tiberghien, qui enseigne l’esthétique à la Sorbonne, ont tenté de dessiner l’extension du domaine de la cartographie dans un ouvrage magnifiquement illustré, Opérations cartographiques (Actes Sud, 2017). Ils ont convoqué pour des rencontres et des séminaires d’autres passionnés, comme Catherine Hofmann, conservatrice au département des cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France, Guillaume Monsaingeon, commissaire de plusieurs expositions artistiques sur la cartographie, Gilles Palsky, géographe et historien de la cartographie, et une vingtaine d’autres spécialistes… qui sont aussi auteurs de cet ouvrage.

(...)

Catherine Calvet

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Antisionisme = antisémitisme ? Une erreur historique, une faute politique...

17 Juillet 2017 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Politique, #Histoire

Antisionisme = antisémitisme ? Une erreur historique, une faute politique...

EXTRAIT

« Nous ne céderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme. » Cette phrase finale est venue gâcher le discours salutaire d’Emmanuel Macron lors de la commémoration du 75e anniversaire de la rafle du Vél d’Hiv, devant Benyamin Netanyahou. Une erreur historique, une faute politique.

La présence inédite et scandaleuse du Premier ministre le plus belliciste de l’histoire d’Israël à cette cérémonie n’est sans doute pas pour rien dans la faute politique commise par le nouveau président. Car celle-ci résulte d’un alignement sur son hôte, incroyablement qualifié de « cher Bibi » – celui-ci l’a-t-il appelé « Manu » ? – et par la même occasion sur le Conseil représentatif de institutions juives de France (CRIF).

L’histoire du conflit central du Proche-Orient – faut-il le rappeler à Emmanuel Macron ? – ne commence pas le 14 mai 1948, lorsque naît l’État d’Israël. C’est en 1897 que l’Organisation sioniste voit le jour, avec pour but la création d’un Foyer national juif en Palestine. Entériné par la déclaration Balfour en 1917, puis par le mandat que la Société des Nations confie au Royaume-Uni en 1922, cet objectif ne rallie pas la majorité des Juifs, loin de là : l’immense majorité y est hostile, communistes et bundistes, mais aussi religieux. Antisionistes, tous ces Juifs étaient-ils antisémites ?

Bien sûr que non ! A vrai dire, le sionisme est une idéologie parmi d’autres. Imagine-t-on les communistes interdire la critique du communisme ? Les gaullistes interdire la critique du gaullisme ? C’est pourtant la prétention des tenants les plus extrémistes du sionisme. Présenter l’antisionisme comme une forme d’antisémitisme reviendrait à leur donner raison.

(...)

Indéfendable historiquement comme idéologiquement, l’assimilation de l’antisionisme à l’antisémitisme constitue surtout une faute grave : elle permet en effet à la droite et à l’extrême droite israéliennes de tenter d’étouffer la voix de tous leurs opposants, à l’intérieur comme à l’extérieur. Et ce « cadeau » arrive à point nommé, alors que la violation permanente du droit international et des droits humains a isolé Israël comme jamais au sein de la communauté internationale. Marginalisé diplomatiquement, le gouvernement Netanyahou s’inquiète en outre de l’hostilité de l’opinion, avec notamment la montée de la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanctions – je pense au BDS militant, mais aussi au BDS institutionnel, qui voit de puissants fonds de pension, de grandes entreprises et de grosses banques se retirer des territoires occupés, voire d’Israël. On imagine sans mal comment les autorités israéliennes utiliseront la petite phrase d’Emmanuel Macron pour criminaliser les pressions internationales qui s’exercent sur elles.

Il y a de la schizophrénie dans la démarche de notre nouveau président. Il prétend relancer la négociation et, condamnant la colonisation, se fixe pour objectif la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël, les deux États ayant leur capitale à Jérusalem. Mais la diplomatie française ne saurait l’ignorer : des tractations israélo-palestiniennes ne sauraient suffire seules pour atteindre cet objectif. Même François Hollande, malgré son « chant d’amour pour Israël et pour ses dirigeants », l’avait compris, en acceptant le projet de conférence internationale proposé, en son temps, par Laurent Fabius. Si Emmanuel Macron veut vraiment contribuer à une paix juste et durable, il faut qu’il accepte le principe de sanctions contre Israël, dès lors que celui-ci refusera de se plier au droit international. Commencer par museler l’opinion en présentant la critique d’Israël comme antisémite n’est pas un bon début.

Guy Vidal

A lire ci-dessous dans son intégralité

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Que fait M. Nétanyahou à la commémoration de la rafle du Vel’d’hiv?...

16 Juillet 2017 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Histoire

Que fait M. Nétanyahou à la commémoration de la rafle du Vel’d’hiv?...

Inviter Benyamin Nétanyahou à la commémoration de la rafle du Vel d'hiv' : une erreur politique et une faute morale

Le président de la République française a cru bon d’inviter le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, à venir commémorer avec lui, le 16 juillet 2017, le 75e anniversaire de la rafle du Vel’ d’hiv. Ce faisant, M. Macron a commis une erreur politique et une faute morale. Erreur politique car inviter le chef d’un gouvernement d’extrême droite, coupable de multiples exactions vis-à-vis des Palestiniens et accroché à son refus d’ouvrir la moindre véritable négociation de paix, revient à lui donner une caution internationale qu’il ne mérite pas.

En associant par ailleurs à un événement purement français le premier ministre israélien, le chef de l’Etat signifie par là qu’Israël a vocation à intervenir dans toute question concernant les Juifs, à quelque nation qu’ils appartiennent, il en fait le représentant de tous les Juifs du monde, ce qu’il n’est pas, même si cette prétention a caractérisé le mouvement sioniste depuis son origine. Par là même, il dénie aux Juifs français leur qualité de Français à part entière en les assignant à une double appartenance nationale dont la majorité d’entre eux ne veut pas. 

M. Macron n’est certainement pas antisémite mais, en mêlant Israël à une commémoration française, il semble porter inconsciemment toute la mémoire de l’antisémitisme européen, selon lequel un Juif n’est jamais vraiment un Français ou un ressortissant d’une autre nation, il relève d’une appartenance autre, il est d’abord et parfois seulement un Juif. Tant qu’en Europe et ailleurs, on continuera à confondre judéité et Etat d’Israël, on nourrira d’une part l’antisémitisme et on encouragera de l’autre cet Etat à instrumentaliser celui-ci pour poursuivre sa catastrophique politique de colonisation.

Sophie Bessis, historienne et essayiste ; Suzanne Citron, historienne et écrivain ; Gérard Maarek, urbaniste retraité ; Gilles Manceron, historien. Pour le collectif « Trop c’est trop ! » trop-cest-trop.fr

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« Les solutions que propose le ministre de l’Education me font peur »...

12 Juillet 2017 , Rédigé par Street Vox Publié dans #Education, #Pédagogie, #Histoire

« Les solutions que propose le ministre de l’Education me font peur »...

EXTRAIT

par Laurence de Cock, docteure en Sciences de l’éduc. Cette prof d’Histoire en région parisienne dans le secondaire a cofondé le collectif Aggiornamento pour réfléchir à l’enseignement de l’histoire et aux politiques qui touchent à l’éducation.

On a causé pédagogie, enseignement du fait colonial et patriotisme à l’école avec Laurence de Cock docteur en sciences de l’éduc et prof d’histoire.

Jean Michel Blanquer a été nommé ministre de l’Éducation par Emmanuel Macron. Quelle est sa vision de l’école ?

C’est compliqué. D’abord, parce qu’il faut être juste, Blanquer, qui est en poste dans l’institution depuis 20 ans a un vrai amour de l’école. Il est soucieux de la réussite des élèves et de remédier aux 40% des gamins qui savent mal ou ne savent pas lire après la primaire.

Mais les solutions qu’il propose me font peur. C’est un farouche défenseur voire un croyant du modèle de l’entrepreneuriat et de la réussite individuelle. Y compris par la stimulation de la concurrence. Il a été président de l’Essec, ce n’est pas anodin.

D’un côté, il prône un discours de liberté en disant qu’il faut donner une plus grande marge de manœuvre aux établissements et aux enseignants. Mais cette liberté va être contrôlée de très près via des évaluations, qu’il affectionne particulièrement.

Par exemple, il a annoncé le retour des évaluations nationales à l’école primaire. Ce tout-évaluation me semble particulièrement dangereux. Cela va accélérer le processus de classement des établissements à toutes les échelles, nationales, internationales et européennes. On a déjà une école championne des inégalités en France. Avec Blanquer, ça risque d’empirer.

C’est aussi un fervent méritocrate, ce qui veut dire qu’il considère qu’à partir du moment où toutes les chances sont données aux élèves pour réussir, il n’y a pas de raisons qu’ils échouent. Mais que vont devenir ceux qui échouent ?

C’est une vraie question, à laquelle le précédent ministère a tenté de répondre, en voulant supprimer le redoublement par exemple, dont les études prouvent qu’il n’aide quasiment aucun élève. Mais il n’a malheureusement pas eu le temps d’aller au bout.

Pourtant, Blanquer prône l’innovation pédagogique. Il souhaite expérimenter. Il apparaît comme étant plutôt moderne.

En effet, Blanquer est un défenseur de l’utilisation des sciences cognitives dans l’apprentissage [il a mis en place une expérimentation de ce type à l’Essec]. Pour lui, toutes les expériences d’éducation, à partir du moment où elles amènent à la réussite, sont bonnes à prendre.

Par exemple, il peut défendre l’utilisation de pédagogies inspirées par la méthode Montessori. Il a financé celle de Céline Alvarez (link is external) quand il était directeur de l’enseignement scolaire, c’est-à-dire bras droit du ministre, sous Nicolas Sarkozy. Alors, pourquoi pas.

Mais il faut ajouter que notre ministre n’est pas un farouche défenseur du service public. Le grand risque pour moi est que l’école prenne un tournant néo-libéral.

Que des expérimentations financées par le privé, donc des acteurs dont l’intérêt des enfants n’est pas la priorité, puissent entrer dans des classes. Avec probablement un virage numérique spectaculaire. Tout ça pose un problème de fond sur la définition et le rôle de l’Etat dans l’éducation, qui serait sérieusement mise en péril.

(...)

Propos recueillis par Alice Maruani

Suite et fin à retrouver en cliquant ci-dessous

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«Être impérial et colonial dans les années 1930, c’est être un bon Français»...

10 Juillet 2017 , Rédigé par Slate Publié dans #Histoire

L’historien Pascal Blanchard revient sur la fabrication de l’idée coloniale sous le IIIᵉ république, ou comment les républicains de gauche et de droite, mais aussi des anti-républicains, ont «vendu» les colonies aux Français.

Comment les conquêtes coloniales sont-elles peu à peu devenues le ciment de la société française?

Jusqu’en 1870, la France est un pays qui se construit surtout dans son hexagone, elle est en train de fédérer l’idée de nation, de citoyenneté et les frontières de son rayonnement. La question coloniale est certes présente, mais pas omniprésente, malgré la conquête de l’Algérie en 1830, et celle de plusieurs autres territoires, associés notamment sous le Second Empire aux vieilles colonies. Depuis la Révolution de 1789, la France essaie de bâtir ce qu’on pourrait appeler l’identité française. Et puis arrivent la défaite de Sedan (1870) et la nécessité de trouver une nouvelle forme de nationalisme et de grandeur de la France pour les tenants de la IIIe République naissante.

Au même moment, presque par un concours de circonstances, c’est l’apogée des empires coloniaux européens, c’est le moment où il y a une forme de concurrence entre la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Angleterre, l’Italie… aux côtés d’autres nations comme le Japon et les États-Unis. La France accélère les principes de colonisation posés à partir de 1830 avec l’Algérie: se bâtir un empire comme réponse à la frustration nationale et à la perte de l’Alsace-Lorraine.

Se fabrique alors une forme d’idéal national, de grandeur patriotique qui peut se construire ailleurs, dans les espaces coloniaux. La IIIe République, non sans de vrais débats, va engager une politique coloniale. Mais ce n’est pas parce que vous décrétez que l’idée impériale est une idée nationale et républicaine que cela se fait du jour au lendemain. La Première Guerre mondiale est un déclencheur absolu: c’est la preuve que l’Empire –grâce à ses richesses, mais surtout grâce aux combattants qui peuvent être mobilisés– permet de prendre sa revanche face à l’Allemagne, qu’il peut apporter une puissance économique à la Nation. Cela donne naissance à une nouvelle forme de nationalisme. La victoire de la Grande Guerre donne raison à ceux qui prônaient l’expansion coloniale.

À partir de 1920, les Français ont eu la preuve, par l’exemple, par la victoire dans le conflit, que l’Empire était une source de puissance et de gloriole nationale. L’Empire devient le territoire commun des républicains de gauche et de droite, mais aussi des anti-républicains (comme pour L’Action française), sauf les communistes qui vont s’engager dans l’anticolonialisme (notamment pendant la guerre du Rif, au Maroc). Les Français se mettent à penser les colonies comme un tout positif. Il n’y a presque plus débat sur la question, ni à droite ni à gauche.

(...)

Propos recueillis par Marina Bellot.

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Portrait de Jean Moulin, par sa soeur Laure... France Culture... (8 juillet 1943 - Mort de Jean Moulin)

8 Juillet 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Histoire

« Il faisait des dessins qui avaient quelque chose d’intéressant. » Voici l’appréciation d’une sœur sur son petit frère. Laure Moulin, en 1964, dressait le portrait de Jean Moulin à l’occasion du proche transfert de ses cendres au Panthéon.

(...)

"Un ami de Paris est venu m’apprendre la nouvelle de son arrestation. C’était vers le milieu de juillet 1943. Et au début d’octobre de la même année, un employé de la Gestapo de Montpellier sur ordre de Paris,  m’a annoncé le décès comme ça, sans aucunes préparations, en me disant qu’il était mort d’un arrêt du cœur. C’est une "mort" qui revenait souvent d’après les Allemands"

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Coup de coeur... Peter Weiss...

1 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Histoire

Coup de coeur... Peter Weiss...

J'étais là
Lorsque Kaduk fit sortir de l'infirmerie
Des centaines de détenus
Un petit garçon a sauté
Il avait une pomme à la main
Alors Boger est sorti
L'enfant était là avec sa pomme
Boger est allé vers lui
Il l'a pris par les pieds
Et lui a fracassé la tête contre la baraque
Puis il a ramassé la pomme
Il m'a appelé et m'a dit
Vous essuierez ça sur le mur
Un peu plus tard à l'interrogatoire
Je l'ai vu
En train de manger la pomme.

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Coup de coeur... Simone Veil... Une Vie...

30 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Histoire, #Littérature

Coup de coeur... Simone Veil... Une Vie...

"Je suis favorable à toutes les mesures de discrimination positive susceptibles de réduire les inégalités de chances, les inégalités sociales, les inégalités de rémunération, les inégalités de promotion dont souffrent encore les femmes. Avec l'âge, je suis devenue de plus en plus militante de leur cause. Paradoxalement peut-être, là aussi, je m'y sens d'autant plus portée que, ce que j'ai obtenu dans la vie, je l'ai souvent obtenu précisément parce que j'étais une femme. À l'école, dans les différentes classes où j'ai pu me trouver, j'étais toujours le chouchou des professeurs. À Auschwitz, le fait que je sois une femme m'a probablement sauvé la vie, puisqu'une femme, pour me protéger, m'avait désignée pour rejoindre un commando moins dur que le camp lui-même.  "

Simone Veil

Coup de coeur... Simone Veil... Une Vie...
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Une histoire de France dénationalisée...

28 Juin 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Histoire

Une histoire de France dénationalisée...

Trente ans avant «l’Histoire mondiale de la France» de Patrick Boucheron, Suzanne Citron bousculait déjà le «roman national» dans un ouvrage précurseur, réédité aujourd’hui.

Elle a eu raison avant les autres… En 1987, Suzanne Citron publie le Mythe national, une déconstruction alerte et érudite de la légende républicaine dispensée par l’école publique depuis le XIXe siècle. Dans cette critique de l’histoire qu’on enseigne, elle se fonde notamment sur l’analyse d’un monument, le Petit Lavisse, célèbre manuel qui raconte dans une langue simple et imagée le «roman national» conçu par les pères de la République. Elle a ainsi permis de considérer avec plus de lucidité l’histoire de la France. Elle donne aujourd’hui une réédition de cet ouvrage précurseur, où l’on trouve déjà la plupart des questions polémiques qui vont ensuite émailler le débat français sur l’Histoire. Au moment où une offensive conservatrice veut justement réhabiliter le roman national en se référant à une conception fixe, fermée et défensive de l’identité française, destinée à nourrir une forme plus ou moins virulente de nationalisme, sa lecture est tout bonnement indispensable, même si la radicalité des propositions avancées pose question.

Suzanne Citron n’est pas seulement une femme d’étude et d’enseignement. Fille d’une famille juive de Lorraine, les Grumbach, elle assiste au sortir de l’adolescence à l’effondrement de 1940. Hostile au régime instauré par le maréchal Pétain, elle entre dans la Résistance en 1942, lutte clandestinement contre Vichy et l’occupant, ce qui lui vaut une arrestation et un enfermement au camp de Drancy en 1944. Elle échappe de peu à la déportation pour être libérée à l’arrivée des Alliés. Agrégée d’histoire et militante socialiste, elle enseigne longtemps au lycée tout en s’engageant dans la lutte anticoloniale. Républicaine, fille d’une famille patriote pleine de gratitude envers cette France qui a réhabilité Dreyfus, elle est horrifiée par les crimes commis pendant les guerres d’Indochine et d’Algérie, souvent sous le couvert des idéaux de cette même République. C’est ainsi qu’elle jette un œil critique sur l’histoire qu’on enseigne, dont les bases n’ont guère changé depuis la diffusion du petit manuel Lavisse destiné à enraciner la foi patriotique et républicaine dans la conscience française. Depuis, nombre de spécialistes et d’essayistes ont complété ce travail (1). Mais tous doivent quelque chose à l’ouvrage de Suzanne Citron, aujourd’hui réédité avec une nouvelle préface.

La déconstruction des légendes a toujours quelque chose de réjouissant : la lecture du Mythe national est à la fois instructive et agréable. On y apprend comment la République restaurée après la chute du Second Empire a construit à dessein le mythe finaliste d’une France immémoriale née du temps des Gaulois, portée par les dynasties successives jusqu’à la Révolution, qui aboutit à travers mille vicissitudes à la nation républicaine dispensatrice des idéaux de liberté et d’égalité. Or la Gaule, ou plutôt les Gaules, ne sont pas la France, qui naît beaucoup plus tard, les «barbares» le sont moins qu’on ne croit, Clovis, roi franc au nom francisé après coup (il s’appelait Chlodowig), n’avait aucune idée de la future nation, pas plus que Charlemagne, empereur germanique (Karl der Grosse), qu’on annexe indument à l’histoire nationale. Quant aux capétiens, dont descendent en ligne très sinueuse les rois de France, c’est au fil incertain des batailles et des conquêtes qu’ils rassemblent sous une même couronne les territoires et les cultures disparates qui forment la nation française. Rien de prédestiné, rien de nécessaire dans cette patiente construction étatique. Dans cette saga dont le sens fut défini rétrospectivement, les oublis et les occultations volontaires sont légion. Les manuels traditionnels notent que la colonisation a aboli l’esclavage dans les territoires d’Afrique conquis manu militari (chose à moitié vraie). Mais nulle part dans les mêmes ouvrages il n’est question de la traite des Noirs entamée sous Louis XIII, ni de la fortune esclavagiste des villes portuaires comme Bordeaux ou Nantes. L’apport des immigrations successives est ignoré, les exactions coloniales occultées, la culture des régions minorée, le rôle des protestants travesti. L’histoire traditionnelle se concentre sur la construction d’un Etat-nation unifié et déprécie tout ce qui semble se mettre en travers de l’œuvre patriotique. Sur tous ces points, Suzanne Citron porte un regard acide et éclairant.

Ses propositions de réforme, en revanche, suscitent un certain scepticisme. Elle prône non plus une histoire nationale débarrassée de la mythologie patriotique, mais une histoire mondiale de l’humanité fondée sur le temps long, dans laquelle la France viendrait s’insérer par intermittence pour des séquences discontinues à la chronologie fragmentée. L’intention est sans doute louable. Mais c’est aussi faire fi de l’intérêt légitime des occupants actuels du territoire national pour ceux qui les ont précédés. Sur le plan pédagogique, c’est se priver volontairement de l’arme du récit - qui n’est pas le roman - pourtant seul capable de susciter l’attention soutenue des élèves, qu’une description laborieuse des structures économiques ou sociales se déployant dans le temps plongera à coup sûr dans un ennui profond. Sur le plan politique, c’est verser d’un extrême à l’autre, nier toute pertinence à l’échelon national qui structure encore aujourd’hui la vie planétaire, alors même qu’une histoire de France corrigée par l’apport des historiens contemporains, qui prenne en compte la contribution des minorités, qui inscrive le pays dans les grands courants mondiaux et cesse de passer sous silence la face noire du passé national est parfaitement possible. Ce n’est pas un péché que de s’intéresser à son propre pays, à condition d’en décrire le devenir avec lucidité. Nier cette réalité élémentaire, qui parle de surcroît directement aux classes populaires et relie les générations, c’est substituer une mythologie à une autre, serait-ce pour la bonne cause. C’est abandonner la nation aux nationalistes. Erreur stratégique.

(1) On lira l’essai réjouissant de François Reynaert, Nos ancêtres les Gaulois et autres fadaises, le Livre de poche.

Laurent Joffrin

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Le Maroc vu du ciel... Yann Arthus-Bertrand... (Vidéo)

24 Juin 2017 , Rédigé par Yann Arthus-Bertrand Publié dans #Histoire, #Maroc

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