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Vivement l'Ecole!

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Auvergne-Rhône-Alpes : sur la formation, Wauquiez ne fait pas crédit...

27 Mai 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Formation

Formation professionnelle : comment Laurent Wauquiez crée une panne dans le  retour à l'emploi

Depuis son élection à la tête de la région, en 2015, l’ancien ministre LR a amputé le budget consacré à l’accompagnement des demandeurs d’emploi, allant jusqu’à refuser les aides de l’Etat. Des coupes drastiques critiquées par les organismes dédiés et par les partenaires sociaux.

Penchés sur leurs claviers, les stagiaires peaufinent leur CV. «Chacun à son rythme», précise la formatrice de Tremplin Anepa (Association nationale d’éducation permanente pour adultes). A Lyon, cet organisme accompagne près de 400 demandeurs d’emploi par an, en particulier des jeunes, des allocataires du RSA, des femmes, des personnes porteuses de handicap et des réfugiés. «Plus que des outils techniques, nous proposons des parcours très individualisés et du soutien dans une phase de vie parfois difficile», explique Marie-Eve Péguy, la directrice de Tremplin Anepa. Ses formations ne sont pas qualifiantes, mais participent à la préparation d’un projet professionnel et à la recherche de stages en entreprise.

Un socle de «soft skills» est complété à la carte par des remises à niveau en maths et en français, des modules sur le droit du travail, les gestes et postures ou l’hygiène et la sécurité. Le bonus, une ouverture aux arts : les actuels stagiaires participeront au défilé amateur de la Biennale de la danse de Lyon. «Le projet artistique représente 20 % du temps de formation, il est le levain de la dynamique de groupe, considère Marie-Eve Péguy. Nos parcours sont une première marche pour négocier un nouveau virage, reprendre confiance en soi et être prêt, ensuite, à entrer dans une formation spécifique à un métier.»

«Ce n’est pas une histoire de sous, c’est idéologique»

Mais à l’arrivée de Laurent Wauquiez à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes en 2016, ce type d’accompagnement de fond, non qualifiant, a été la première victime des lourdes coupes budgétaires sur la formation professionnelle. En 2015, les dépenses de fonctionnement de cette compétence majeure (avec le ferroviaire) de l’échelon régional atteignaient 206 millions d’euros en Rhône-Alpes et 111 millions d’euros en Auvergne, soit un total de 317 millions d’euros, d’après les comptes administratifs des collectivités. En 2016, quand Wauquiez hérite de la grande région fusionnée, elles passent à 226 millions d’euros et ne cessent de diminuer jusqu’à 100 millions d’euros en 2020. Sur le mandat, c’est, en cumulé, 850 millions d’euros en moins pour financer l’ensemble de la formation professionnelle. Des amputations chroniques que les avis annuels du Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser), une instance consultative, n’ont cessé de dénoncer depuis six ans.

En novembre 2015, un mois avant son élection à la tête du conseil régional, l’ancien secrétaire d’Etat chargé de l’Emploi des gouvernements Fillon déclarait dans le Progrès vouloir «fermer les formations fantaisistes comme celles des métiers du cirque et des marionnettistes» et «aider davantage ceux qui se donnent vraiment du mal et qui veulent réellement trouver un emploi». «En fait, Laurent Wauquiez a fait ce qu’il avait dit pendant sa campagne, se désole le directeur d’un organisme de formation. Ce n’est pas qu’une histoire de sous, c’est idéologique.» Pour le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, candidat à sa réélection et grand favori, l’équation se résume à deux expressions chocs : «Le travail plutôt que l’assistanat» et la fin des «stages parking» (ces formations qui, selon lui, permettent de faire baisser artificiellement les statistiques du chômage). Sa priorité : pourvoir les secteurs en tension, tels les métiers de l’industrie, du bâtiment et de la propreté, l’agriculture, les services à la personne, le numérique ou le transport-logistique. «Tout ça pour être le doigt sur la couture face au monde économique», souffle le directeur d’un organisme de formation.

En détrônant la gauche en 2015 à Lyon et Clermont-Ferrand, Wauquiez a décidé de faire de la deuxième région économique de France une vitrine de son ambition nationale : la course à la présidentielle de 2022. En Auvergne-Rhône-Alpes, la réduction de la dette est ainsi devenue sa feuille de route exclusive : montée en flèche des investissements et un milliard d’euros d’économies sur les coûts de fonctionnement durant le mandat. Six ans plus tard, le pari est semble-t-il gagné pour le VRP de l’autoproclamée «région la mieux gérée de France». Sauf que ce satisfecit joue sur une confusion : «Les dépenses de fonctionnement, ce ne sont pas que les frais de fonctionnement de la structure, ça concerne d’abord les compétences premières, dont la formation professionnelle, explique Edith Bolf, membre de la délégation CFDT du Ceser, dont elle préside la commission dédiée à la formation. Or si le conseil régional a cette compétence, il doit l’assumer.»

«C’est une perte de chance hallucinante»

Mais Laurent Wauquiez ne l’entend pas de cette oreille. En 2016, il refuse de participer au plan annoncé par François Hollande pour créer 500 000 places de formation supplémentaires en France pour les demandeurs d’emploi. L’Auvergne-Rhône-Alpes passe ainsi à côté de 300 millions d’euros fléchés par ce dispositif. Début 2019, quand le gouvernement d’Edouard Philippe négocie les pactes d’investissement dans les compétences (PIC) avec les régions, pour qu’elles bénéficient d’une partie de l’enveloppe de 15 milliards d’euros prévue pour la formation d’un million de jeunes et d’un million de chômeurs d’ici 2022, le ton monte avec Wauquiez, dont les équipes ne respectent pas les conditions d’abondement prévues.

Une politique «pas acceptable», juge alors Jean-Marie Marx, le haut-commissaire aux compétences, qui pointe un fort désinvestissement «en matière d’achat de formations et notamment des non-qualifiés». Pôle Emploi est finalement chargé de gérer les 652 millions d’euros alloués par l’Etat sur quatre ans à la Région. «Si on cumule les baisses budgétaires, les refus du plan Hollande et du PIC, on arrive à près de 2 milliards d’euros dont la région s’est privée, c’est une perte de chance hallucinante pour les demandeurs d’emploi, s’étrangle l’entourage de Jean-François Debat, chef de file de l’opposition socialiste. Et c’est d’un cynisme total car ce n’est pas le genre de public qui viendra manifester avec des pancartes sous les fenêtres du conseil régional.»

Fin 2015, la région comptait 400 500 demandeurs d’emploi sans aucune activité ; au premier trimestre 2021, ils étaient 412 000. Depuis 2016, la collectivité aurait lancé 230 marchés en matière de formation à destination des branches professionnelles, en parallèle de programmes ciblés tels les contrats d’aide et de retour à l’emploi durable (Cared), «des actions construites ad hoc en réponse au besoin spécifique d’une entreprise qui recherche à recruter», indique le service communication de la région. Selon lui, «le nombre moyen cumulé d’entrées en formation […] est en moyenne de 44,5 % de plus que sous le précédent mandat».

«Il y a un manque de transparence permanent»

Une recherche sur le site du ministère du Travail, qui donne les chiffres des formations commandées chaque année par les régions, permet pourtant d’établir que 106 000 formations ont été commandées dans la grande région entre 2016 et 2020, contre 235 841 entre 2010 et 2015 (Auvergne et Rhône-Alpes additionnées). L’écart serait donc de près de 130 000 formations en moins sous la gouvernance de Wauquiez.

«C’est difficile de faire l’évaluation de ses politiques, il y a un manque de transparence permanent», constate Stéphane Bochard, représentant CGT de 2014 à 2019 au Conseil régional de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles (Crefop), une instance d’analyse et de négociation paritaire. «Avant 2016, on avait la ligne budgétaire précise, action par action, se souvient-il. Après, on n’a jamais eu de rendu chiffré sur le type de formation, par territoire, par public, c’est difficile de naviguer sans aucune visibilité pour articuler les pilotages.» Contactée à plusieurs reprises, Stéphanie Pernod-Beaudon, vice-présidente déléguée à la formation professionnelle, à l’apprentissage et au sport, tête de liste Les Républicains dans l’Ain pour les élections régionales, n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Il y a en revanche un sujet sur lequel l’exécutif de Laurent Wauquiez communique abondamment : le plan de relance consécutif à la crise sanitaire. L’un de ses avatars, le «pacte rebond pour l’emploi» contractualisé avec l’Etat, prévoit une enveloppe de 77 millions d’euros pour un objectif de 11 000 parcours de formations supplémentaires à destination des jeunes. «Les appels d’offres sont en cours, nos réseaux sont à nouveau entendus, réclamés, ce n’était pas le cas depuis plusieurs années», observe Jeanine Chapot, présidente de l’Union régionale des organismes de formation en Auvergne-Rhône-Alpes et vice-présidente du Syndicat national des organismes de formation. Restructurations en urgence et licenciements, redressement voire liquidations judiciaires, fermeture d’antennes locales : ces derniers ont pourtant pâti des coupes budgétaires brutales de Wauquiez. «Un saccage complet», juge le directeur de l’un d’eux. Un autre ne se leurre pas sur l’actuel regain d’intérêt : «C’est très électoraliste mais on s’en fiche, il faut jouer avec les cartes qui nous sont données.»

Maïté Darnault

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Formation : et si on demandait leur avis aux enseignants?...

17 Juin 2018 , Rédigé par L'Instit Humeurs Publié dans #Education, #Politique, #Formation

Formation : et si on demandait leur avis aux enseignants?...

EXTRAITS

Dans un rapport de l’Inspection générale de l’EN, passé inaperçu mais qui rejoint les préconisations de la dernière publication de l’OCDE, on peut lire que la formation des enseignants ne correspond pas à leurs besoins réels. Mais comme le ministre semble voir la formation uniquement comme un moyen de faire appliquer ses mesures, il y a fort à parier que la situation n’est pas près de changer. Pourtant, les attentes des enseignants sont précises, leurs souhaits pertinents.

(...)

JM Blanquer : une formation continue qui applique les mesures ministérielles

Alors que les études et les comparaisons internationales sont très claires sur ce sujet de la formation continue des enseignants, le ministre JM Blanquer, qui revendique s’inspirer d’elles, semble agir dans les faits de manière très "pragmatique" : la formation continue des instits, résumée aux 18 heures tant décriées par son propre ministère, est exclusivement utilisée selon un axe, l’accompagnement des réformes relatives aux enseignements et à leur organisation.

En témoigne cette lettre écrite en mars dernier aux recteurs, inspecteurs d’académie, IEN, DASEN, bref, à tous les N et N+1 de l’EN, et révélée par le Café Pédagogique. Dans cette lettre, le ministre commence d’abord par dire que les professeurs des écoles « doivent disposer de tous les apports nécessaires à la construction d’une culture professionnelle solide, enrichie par les contributions de la recherche, leur permettant d’assurer l’acquisition des savoirs fondamentaux (lire, écrire, compter, respecter autrui) par leurs élèves ».

Pour l’année 2018-2019, le ministre explique ensuite que les 18 heures d’animation pédagogique « seront obligatoirement centrées sur des actions dédiées à l’enseignement de la lecture, de l’écriture et des mathématiques », 9 heures pour la langue et 9 heures pour les maths. Le contenu des 18 heures est ensuite décrit dans le détail : au CP, par exemple, « les actions de formation se centreront sur l’acquisition des premières compétences de lecture et d’écriture en s’appuyant sur les préconisations formulées dans ce guide de référence, dont la diffusion sera largement assurée pour permettre une appropriation de son contenu par l’ensemble des professeurs des écoles ». Le guide ? C’est le fameux guide orange qui a, depuis, tant fait parler de lui. Le CE1 et le CE2 devront se concentrer sur « l’enseignement explicite de la grammaire et du vocabulaire » et pour les enseignants de cycle 3 « l’intérêt d’un enseignement effectif, régulier, explicite, structuré et progressif de la grammaire, de l’orthographe et du vocabulaire sera souligné ». On reconnait ici la prose des quatre circulaires parues quelques semaines plus tard sur ces sujets, en même temps que le guide orange. Enfin en maths, il s’agira de poursuivre le « travail engagé dans le cadre du "plan mathématiques" ».

On voit comme rien ne doit être laissé au hasard : les 18 heures sont entièrement dédiées à l’application des mesures ministérielles, leur contenu doit se fonder uniquement sur les circulaires et le fameux guide orange pondus par le ministre, toute la hiérarchie de l’EN est prévenue, et avec eux les formateurs, la feuille de route est très précise. Certes, il est de bonne guerre et finalement assez logique qu’un ministre cherche à faire appliquer sa politique sur le terrain, et après tout c’est l’une des vocations de la formation continue que de le permettre. Mais ce n’est pas la seule. Et en agissant de manière aussi directive, autoritaire, résolument descendante, le ministre se comporte à contre-courant de ce que préconisent ses propres services de l’Inspection générale, met en œuvre une méthode inverse à celle décrite par l’OCDE comme participant activement à un système éducatif efficace et performant. Les besoins du terrain ? Les attentes des enseignants ? La question ne semble même pas effleurer JM Blanquer.

(...)

Lucien Marboeuf

Le billet complet est à lire en cliquant ci-dessous

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"Le milliard et demi d'euros attribués aux régions pour financer les lycées pros ira "aux entreprises et aux jeunes" - M Pénicaud

1 Mai 2018 , Rédigé par Twitter Publié dans #Education, #Formation

"Le milliard et demi d'euros attribués aux régions pour financer les lycées pros ira "aux entreprises et aux jeunes" - M Pénicaud

"La ministre Muriel Pénicaud affirme que "le milliard et demi d'euros attribués aux régions pour financer les ira "aux entreprises et aux jeunes" " .

Et d'ajouter : "Cela repose sur le pari que les entreprises vont embaucher plus d'apprentis"."

@ErwinCanard

 

Réaction du

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Comment former des profs innovants?...

29 Juillet 2017 , Rédigé par L'Etudiant Publié dans #Education, #Formation

Comment former des profs innovants?...

Publié le

Peut-on apprendre à innover ? Oui, selon Lasalle Beauvais et l’Insa Toulouse qui ont mis en place des dispositifs de formation à l'innovation présentés lors des QPES (Questions de pédagogie dans l'enseignement supérieur), du 17 au 19 juin à Brest.

Comment forme-t-on les enseignants à l’innovation ? C’est une des questions à laquelle ont essayé de répondre les participants du 8e colloque des QPES (Questions de pédagogie dans l'enseignement supérieur) organisé à Brest du 17 au 19 juin 2015. Un enseignement difficile à définir et encore à l’état d’expérimentation, selon Tiphaine Liu, chercheuse en innovation à l’ENS Cachan. "Former à l’innovation signifie lui donner une forme, ce qui peut paraître paradoxal. L'enseignement permet d'‘outiller’ et de ‘pousser’ à l’innovation", avance la chercheuse.

À Lasalle Beauvais, la pédagogie érigée en stratégie

Depuis 2012, l’Institut Lasalle Beauvais s’est donné comme mission de soutenir le développement pédagogique des enseignants avant de proposer des outils innovants, explique Pascale Rigaud, directrice des études. Première étape : la pédagogie a été réinscrite dans le plan stratégique de l'établissement, et un conseil de perfectionnement en pédagogie, qui se réunit une fois par an, a été créé.

Un "rendez-vous pédagogique" a lieu une fois par mois autour de thèmes tels que l'évaluation interactive d'un rapport de stage, le cours idéal ou encore l'évaluation des apprentissages. Objectifs : échanger sur les pratiques pédagogiques et les difficultés rencontrées. Entre 25 et 30% du corps enseignant qui se compose d'une centaine d'enseignants-chercheurs a déjà participé à ce type de rencontre, précise Pascale Rigaud. "C’est évidemment sans obligation, car l'innovation ne doit pas être une injonction", précise Pascale Rigaud. Trois jours de formation continue facultatifs, mais obligatoires pour la petite dizaine de nouveaux entrants, sont également proposés chaque année.

Cette pratique réflexive individuelle puis collective favorise l'émergence de l'enseignant innovant.
(P. Rigaud)

La cellule d'appui à l'enseignement centralise l'ensemble de ces actions. "Cette pratique réflexive individuelle puis collective favorise l'émergence de l'enseignant innovant, avance Pascale Rigaud. Aujourd’hui, il y a une vraie visibilité de cette cellule d'appui. La moitié des enseignants ont participé à au moins une des actions proposées et 78% déclarent avoir changé leurs pratiques. "

Cinq conseillers pédagogiques ont également été nommés afin d’assister les nouveaux  enseignants et de soutenir les innovations des plus expérimentés. C’est l’évaluation des enseignements par les étudiants, mis en place depuis une douzaine d'années, qui sert d’indicateur qualité. Environ 20% des enseignants ont même démarré des classes inversées.

Le dispositif semble rencontrer l'adhésion des enseignants, assure Pascale Rigaud, mais attention au "clivage qui peut se créer entre ceux qui ont entamé une démarche de pédagogie active et ceux qui n'ont pas commencé", prévient-elle.

À Toulouse, les jeunes enseignants ciblés

Cible privilégiée : les nouveaux entrants. C’est vers ces jeunes enseignants que l’Insa de Toulouse, l’INP Toulouse, les Mines d’Albi et l’ISAE ont mis l’accent à travers le projet "DEFI Diversités" labellisé Idefi en 2012. Difficile, selon le responsable de la pédagogie à la direction des études, Christophe Romano, car les enseignants, qui n'ont pas été formés durant leurs études, ne s'intéressent pas tous à la pédagogie.

"Nous avons commencé doucement en proposant une demi-journée puis nous avons accéléré." Aujourd’hui, l’Insa propose une formation sur 10 jours la première année, et 5 jours la deuxième année. "Nous commençons par expliquer ce qu'est la pédagogie, nous les aidons à construire un enseignement, et nous travaillons sur les bonnes pratiques dans l'enseignement traditionnel sans aller tout de suite sur l'innovation. Petit à petit, nous introduisons des notions de pédagogie active." Le cycle se termine par deux journées autour de l'apprentissage par problèmes et par projets. 55 enseignants ont à ce jour bénéficié de ce dispositif.

Moodle, Mooc, APP (Apprentissage par problèmes et par projets)... À l'issue de leur formation, une trentaine d'ateliers de deux ou trois heures chacun sont proposés. L’école fait le pari de la durée : "Nous passons une sorte de contrat moral avec eux pour qu’ils suivent une dizaine d'ateliers sur l’année, souligne Christophe Romano. L’idée est de transmettre le virus…"

Morgane Taquet

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La formation continue des enseignants doit être AUSSI un projet personnel...

15 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Formation

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Ecrit en 2009

 

La formation doit aussi être un projet personnel

 

A un moment où les enseignants – et plus généralement les fonctionnaires – sont invités ou menacés de flexibilité, de mobilité, voire de redéfinition de leurs missions1… il est urgent de réfléchir concrètement aux moyens de faire bouger les lignes, d’étudier ce qui pourrait favoriser des changements qui soient des avancées pour tous.

 

Les enseignants sont souvent critiqués pour leur (supposé) immobilisme. Il est fréquent de lire dans la presse, sur des blogs, des jugements sévères sur l’École et son fonctionnement, pointant la responsabilité des enseignants qui seraient accrochés à leur statut, incapables de s’adapter au monde d’aujourd’hui, attachés à des savoirs académiques décalés et à des pratiques pédagogiques dépassées : bref un peu « fossilisés ». Nous ne nions pas l’existence de tels enseignants et il ne s’agit pas ici d’adopter un point de vue corporatiste. Mais - ce qu’ignorent ceux qui ne fréquentent pas le monde de l’École – c’est qu’il s’agit d’un système professionnel qui est lui-même immobile.

 

Les formations, quand elles existent, ne sont plus qu’octroyées au compte-goutte. Elles ne sont pas professionnalisantes. Elles ouvrent peu sur le monde extérieur (et après on reproche aux professeurs d’être fermés au monde de l’entreprise ?). Elles ne conduisent à aucune « promotion ». Certes, ont été créés des concours internes (CAPES interne, Agrégation interne…) mais il ne s’agit que d’un ascenseur limité compte tenu du nombre de postes offerts. Dans le monde de l’École, ceux qui se forment – sur leur temps personnel et avec leurs moyens propres – le font pour le plaisir, la gloire, l’intérêt. Pour ne citer qu’un exemple : l’université Paris-Diderot Paris 7 offre un Master recherche de didactique des disciplines. Ces « étudiants » (en fait professeurs en titre parfois chevronnés), venant pour certains de province chaque semaine pour assister aux séminaires, consacrant leur temps libre pendant deux années en moyenne pour l’obtention du Master… ne toucheront pas un centime d’euro de plus sur leur salaire. Ils pourront, dans certains cas, envisager plus facilement des postes dans un IUFM (devenu ESPE) intégré à une Université, mais, compte tenu des grilles indiciaires qui régissent la fonction publique, cela ne leur vaudra aucune réelle « promotion ».

 

Or, oui un enseignant peut avoir le désir de changer de métier, de monter dans la hiérarchie, de réorienter son projet professionnel. Mais quelles sont les possibilités concrètes offertes au personnel de l’éducation nationale ? Devenir inspecteur ou chef d’établissement ? Tout enseignant, toute personne travaillant dans la sphère scolaire, doit pouvoir construire – dans la perspective d’un Éducation tout au long de la vie – son projet personnel ; enrichir sa formation en enrichissant du coup la communauté éducative ; évoluer vers de nouvelles fonctions en y étant accompagné.

 

Il y a urgence à ce qu’une réflexion collective soit menée dans ce domaine. En réponse au Livre vert sur l’évolution du métier de la commission Pochard (janvier 2008 !), le ministère devait répondre par un Livre blanc sur la redéfinition du métier de l’enseignant. Il y a urgence décidément : quelles sont précisément les missions de l’enseignant ? Que propose l’institution pour aider chaque enseignant à évoluer et à devenir toujours plus performant ? Comment penser intelligemment l’articulation complexe entre projet individuel et projet collectif (au sein d’un établissement par exemple) ? Comment promouvoir un parcours, individuel - évalué de manière collégiale dans ce même établissement - et prenant en compte la cohérence du trajet de chacun ? Comment valoriser (y compris matériellement) les enseignants qui se forment ? Les interrogations sont nombreuses et, parce qu’elles touchent à l’évaluation des enseignants, sensibles : l’histoire a montré l’infantilisation qui sévit parfois et la démagogie qui peut aussi exister.

 

Christophe Chartreux et Nicole Allieu-Mary

 

Aller plus loin

 

Pochard Marcel [sous la direction de] (2008) Livre vert sur l’évolution du métier d’enseignant. MEN.

[Rapport clair établi par la commission après une large consultation des acteurs. Il dresse un diagnostic de la condition enseignante et trace les contours des évolutions de la fonction et du métier qu’il conviendrait d’accompagner. Noter le constat sans appel à la question Quelles carrières professionnelles pour les enseignants ? « Débuts de carrière faiblement rémunérés, parcours de carrière ensuite trop « plats » et insuffisamment diversifiés, reconnaissance du mérite très limitée, fins de carrière non aménagées : les carrières aujourd’hui proposées aux enseignants ne permettent de valoriser correctement ni leurs compétences, ni leur engagement. », p. 193]

1- Voir le Livre vert sur la redéfinition du métier de l’enseignant remis par Marcel Pochard à Xavier Darcos le 4 février 2008.

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Le droit des enseignants à une formation avant et pendant toute leur carrière est inaliénable...

17 Novembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Formation

Le droit des enseignants à une formation avant  et pendant toute leur carrière est inaliénable...

Une formation des enseignants, ambitieuse et continue… c'est possible !

Le droit des enseignants à une formation avant  et pendant toute leur carrière est inaliénable.

Un principe fondamental 

Tout enseignant a droit, en entrant dans le métier et tout au long de sa carrière, à l’accès à des formations diplômantes, prises en compte dans l’avancement et le calcul de son traitement et de sa retraite (moyen de compenser l’accès tardif au métier et juste retour sur investissement comme c’est le cas dans toute profession).

Trois piliers essentiels doivent constituer cette formation tout au long de la vie professionnelle

Celui concernant les  savoirs de référence (dits savoirs « savants » ou  académiques) 

Il s’agit du droit essentiel à une permanente mise à jour de savoirs qui évoluent très rapidement dans tous les domaines ; ainsi que de la réflexion théorique, plus proprement didactique, sur ces savoirs dès qu’ils doivent être enseignés. Universités, grandes Écoles, etc. doivent recevoir aussi comme mission d’offrir aux professeurs des enseignements de qualité, en prise avec les programmes scolaires et de s’ouvrir à des problématiques nouvelles portant sur toutes les grandes questions de sociétés (développement durable ; éducation à la santé ; questions de citoyennetés…) qui sont aujourd’hui inscrites dans les programmes. Si la spécialisation extrême est légitimement l’apanage des travaux universitaires, il n’est pas concevable que des enseignants en soient réduits à de « l’autodidactisme » sur des questions fortes, sociétales… parce que n’intéressant pas les chercheurs spécialistes. Universités et grandes Écoles ont aussi une fonction sociale, et ce d’autant plus, que la disparition des MAFPEN a créé un vide considérable dans la formation continuée des enseignants.

Celui concernant la  pédagogie proprement dite

Les ESPE doivent être chargées – parallèlement à leur rôle en formation initiale – de proposer des modules de formation continuée sur toutes les questions touchant à la connaissance de l’élève et des problématiques d’apprentissage (approches psychologique, cognitive, théories de l’apprentissage et du développement, sociologie du curriculum, etc.). L’hétérogénéité des publics, la complexification de certains savoirs imposent de considérer ces apports théoriques comme indispensables, à réactualiser en permanence, et totalement imbriqués aux savoirs eux-mêmes. Le suivi personnalisé des élèves suppose que les enseignants soient outillés pour penser des remédiations efficaces : les difficultés des élèves dans l’acquisition de savoirs fondamentaux ne sont pas imputables à ce qui serait une « mauvaise pédagogie » ; mais, à la nécessité de prendre en compte des profils d’élèves très différents, des manières d’apprendre diverses, des obstacles parfois personnels face à tel ou tel apprentissage. Une formation très pointue sur ces questions (en lien avec des Universités de psychologie, de psycho-sociologie) ; une information large de tous les outils, écoles, méthodes existants déjà (avec des forums ou journées d’études faisant partie du service enseignant) est une priorité à mettre en œuvre rapidement.

Celui concernant les  savoirs professionnels transversaux à toutes les disciplines

Tous les cycles d’enseignement sont concernés ; on pourrait même y inclure les enseignants d’Université qui découvrent les difficultés à enseigner face à de jeunes bacheliers. De telles formations/informations doivent prendre en compte la complexité de besoins professionnels couvrant des champs de plus en plus vastes. Ces derniers peuvent être purement personnels (tel enseignant ayant conscience d’un « manque » dans sa pratique et souhaitant se former) ; émaner d’équipes enseignantes (pour assurer efficacement un projet pédagogique d’établissement) ou émerger ponctuellement dans un contexte spécifique (situation de crise particulière ou terrain difficile). 

Les thématiques sont de plus en plus variées : communication, travail sur la voix, gestion du stress, gestion des conflits, travailler en équipe, gérer des groupes, accompagner des projets, connaître les nouvelles technologies et leurs usages pédagogiques, faire face aux violences scolaires, aider les élèves dans la construction de leur projet professionnel … la liste est sans limite.

Chaque enseignant doit pouvoir trouver dans l’Institution des réponses à ses problèmes professionnels qu’il se pose – ce qui n’est pas incompatible avec des démarches personnelles - et que l’Institution lui pose par sa nécessaire adaptation aux demandes du temps.

Christophe Chartreux et Nicole Allieu-Mary

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