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Vivement l'Ecole!

femme

« Voilé ou dévoilé, le corps féminin est toujours coupable »

6 Octobre 2020 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Femme

Avec son voile, elle est élue « la mieux habillée » de son lycée

EXTRAITS

Après la polémique sur la « tenue républicaine » voulue par Jean-Michel Blanquer, l’historienne Christine Bard rappelle que l’émancipation des femmes s’est jouée sur la modification des dosages entre les trois fonctions traditionnelles du vêtement : parure, pudeur et protection.

Spécialiste de l’histoire des femmes, Christine Bard a notamment écrit Ce que soulève la jupe. Identités, transgressions, résistances (Autrement, 2010) et Une histoire politique du pantalon (Le Seuil, 2010). Après la polémique suscitée par les propos du ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, sur la « tenue républicaine » demandée aux lycéennes, elle revient sur la récurrence historique des controverses à propos du vêtement féminin.

Quel regard portez-vous sur le débat autour des propos de Jean-Michel Blanquer sur la nécessité pour les élèves de porter une « tenue républicaine » ?

La République, c’est d’abord la liberté et l’égalité. Or la formule du ministre de l’éducation nationale équivaut à limiter la liberté vestimentaire des jeunes filles dans un geste inégalitaire, puisque ces polémiques ne visent que les jeunes filles. L’historienne que je suis observe la récurrence des controverses à propos du vêtement féminin. Elles n’en finissent pas. Trop courte, la minijupe fait problème, trop longue aussi, car elle serait devenue un signe religieux ostentatoire. Il y a quelques semaines, on s’inquiétait des risques sociaux de la mode non genrée… Le vêtement met en tension permanente trois fonctions traditionnelles : la parure, la pudeur et la protection. L’émancipation des femmes s’est jouée sur la modification des dosages entre ces trois fonctions.

(...)

On pense forcément au débat sur le voile à l’école. Que faites-vous de cette double injonction contradictoire faite aux jeunes filles ?

Elle est sexiste parce qu’elle ne s’adresse qu’aux jeunes filles. Le voilé, la pudeur, la modestie d’un côté ; le dévoilé, l’audace, la parure, l’érotisation des apparences de l’autre. Cette dialectique anime toute l’histoire du vêtement féminin. J’aurais tendance à désenclaver le débat sur le voile musulman pour monter en généralité. Le vêtement a toujours été, dans toutes les sociétés, un outil de contrôle social, et l’on sait le rôle que les religions jouent traditionnellement dans ce contrôle consolidant l’ordre moral et sexuel patriarcal. La sexualisation du corps des jeunes filles, celle qui panique encore, visiblement, c’est tout autant la monstration du corps que son effacement. Voilé ou dévoilé, le corps féminin est coupable. C’est celui de l’Eve tentatrice.

(...)

Voyez-vous une fonction politique à ces polémiques récurrentes ?

Le désir de limites, de normes, d’interdiction qui s’exprime dans la controverse a bien sûr une dimension politique conservatrice. On peut se demander aussi si ce type de controverse n’a pas d’autres fonctions. Au lieu d’affronter les urgences sanitaires, sociales, on discute de manière un peu routinière, avec un petit côté de déjà-vu, sur la façon dont doivent s’habiller des jeunes filles. C’est fou. Les lycéennes en crop top de 2020 sont aussi, à mon avis, les victimes collatérales d’une angoisse diffuse qui active les désirs autoritaires de contrôle du corps des femmes. Au risque de nous faire régresser collectivement.

Propos recueillis par Valentine Faure

Entretien complet à lire en cliquant ci-dessous

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Eric Dupond-Moretti et Simone de Beauvoir...

1 Août 2020 , Rédigé par 20 Minutes Publié dans #Femme

EXTRAITS

« On ne naît pas ministre on le devient » : Quand Eric Dupond-Moretti reprend Simone de Beauvoir à contre-sens

Le Garde des Sceaux a plaidé pour qu’on lui laisse le temps d’apprendre en utilisant une phrase de Simone de Beauvoir qui a fait bondir la philosophe Manon Garcia, qui en est spécialiste

« On ne naît pas ministre on le devient », a déclaré vendredi 31 juillet au soir le Garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti, dans un entretien accordée à BFM TV, en réemployant une phrase de la philosophe féministe Simone de Beauvoir à contresens. Un entretien où il a notamment accusé « certaines féministes » de se comporter « comme des Ayatollahs ».

(...)

Pas de « modèle déposé » de femme, disait Beauvoir

La phrase « On ne naît pas femme : on le devient » est une citation extraite du livre le plus célèbre de Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe. Dans ce livre, la philosophe retrace des siècles d’assignation sexiste et de discriminations des femmes, récusant le principe d’une « nature » féminine. Bien plutôt, les femmes sont construites comme telles par le regard et les préjugés, qui leur prêtent tout un tas de qualités, qui souvent se retournent contre elles.

« Tout être humain femelle n’est donc pas nécessairement une femme ; il lui faut participer à cette réalité mystérieuse et menacée qu’est la féminité. Celle-ci est-elle sécrétée par les ovaires ? ou figée au fond d’un ciel platonicien ? Suffit-il d’un jupon à frou-frou pour la faire descendre sur terre ? Bien que certaines femmes s’efforcent avec zèle de l’incarner, le modèle n’en a jamais été déposé », se moque Simone de Beauvoir dans l’introduction, contre tout essentialisme qui voudrait enfermer les femmes donc, dans une essence prédéfinie, et surtout, définitive.

(...)

« Ignorance »

Concernant le mot « hystériser », Manon Garcia estime aussi « qu’on ne peut plus utiliser ce terme à part dans un contexte d’histoire de la psychiatrie » : « C’est un concept qui a été construit d’une manière sexiste pour médicaliser et sexualiser un certain type de trouble. C’est la version polie pour accuser les femmes d’être mal baisées. C’est l’idée que si les femmes étaient pénétrées comme il fallait il n’y aurait plus de problème. Je ne comprends pas qu’un ministre de la justice puisse employer ce terme. Les bras m’en tombent devant une telle ignorance. »

S’agissant enfin du terme « ayatollahs », Manon Garcia juge « particulièrement mal venu de faire une analogie entre les femmes qui se battent pour leurs droits et les Ayatollahs qui ont tout fait pour que les femmes n’aient plus de droits ».

 

Aude Lorriaux

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

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Gisèle Halimi est morte... La plaidoirie du procès de Bobigny. Le triomphe des idées!

28 Juillet 2020 , Rédigé par Gisèle Halimi Publié dans #Femme

« Monsieur le président, Messieurs du tribunal,

Je ressens avec une plénitude jamais connue à ce jour un parfait accord entre mon métier qui est de plaider, qui est de défendre, et ma condition de femme.

Je ressens donc au premier plan, au plan physique, il faut le dire, une solidarité fondamentale avec ces quatre femmes, et avec les autres.

Ce que j’essaie d’exprimer ici, c’est que je m’identifie précisément et totalement avec Mme Chevalier et avec ces trois femmes présentes à l’audience, avec ces femmes qui manifestent dans la rue, avec ces millions de femmes françaises et autres.

Elles sont ma famille. Elles sont mon combat. Elles sont ma pratique quotidienne.

Et si je ne parle aujourd’hui, Messieurs, que de l’avortement et de la condition faite à la femme par une loi répressive, une loi d’un autre âge, c’est moins parce que le dossier nous y contraint que parce que cette loi est la pierre de touche de l’oppression qui frappe les femmes.

C’est toujours la même classe, celle des femmes pauvres, vulnérables économiquement et socialement, cette classe des sans-argent et des sans-relations qui est frappée.

Voilà vingt ans que je plaide, Messieurs, et je pose chaque fois la question et j’autorise le tribunal à m’interrompre s’il peut me contredire. Je n’ai encore jamais plaidé pour la femme d’un haut commis de l’État, ou pour la femme d’un médecin célèbre, ou d’un grand avocat, ou d’un P-DG de société, ou pour la maîtresse de ces mêmes messieurs.

Je pose la question. Cela s’est-il trouvé dans cette enceinte de justice ou ailleurs ? Vous condamnez toujours les mêmes, les « Mme Chevalier ». Ce que nous avons fait, nous, la défense, et ce que le tribunal peut faire, ce que chaque homme conscient de la discrimination qui frappe les mêmes femmes peut faire, c’est se livrer à un sondage très simple. Prenez des jugements de condamnation pour avortement, prenez les tribunaux de France que vous voudrez, les années que vous voudrez, prenez cent femmes condamnées et faites une coupe socio-économique : vous retrouverez toujours les mêmes résultats :

- 26 femmes sont sans profession, mais de milieu modeste, des « ménagères » ;
- 35 sont employées de bureau (secrétaires-dactylos) : au niveau du secrétariat de direction, déjà, on a plus d’argent, on a des relations, on a celles du patron, un téléphone… ;
- 15 employées de commerce et de l’artisanat (des vendeuses, des coiffeuses…) ;
- 16 de l’enseignement primaire, agents techniques, institutrices, laborantines ;
- 5 ouvrières ;
- 3 étudiantes.

Autre exemple de cette justice de classe qui joue, sans la moindre exception concernant les femmes : le manifeste des 343.

Vous avez entendu à cette barre trois de ses signataires. J’en suis une moi-même. Trois cent quarante trois femmes (aujourd’hui, trois mille) on dénoncé le scandale de l’avortement clandestin, le scandale de la répression et le scandale de ce silence que l’on faisait sur cet avortement. Les a-t-on seulement inculpées ? Nous a-t-on seulement interrogées ? Je pense à Simone de Beauvoir, à Françoise Sagan, à Delphine Seyrig – que vous avez entendues – Jeanne Moreau, Catherine Deneuve… Dans un hebdomadaire à grand tirage, je crois, Catherine Deneuve est représentée avec la légende : « La plus jolie maman du cinéma français » ; oui certes, mais c’est aussi « la plus jolie avortée du cinéma français » !

Retournons aux sources pour que Marie-Claire, qui s’est retrouvée enceinte à seize ans, puisse être poursuivie pour délit d’avortement, il eût fallu prouver qu’elle avait tous les moyens de savoir comment ne pas être enceinte, et tous les moyens de prévoir.

Ici, Messieurs, j’aborde le problème de l’éducation sexuelle.

Vous avez entendu les réponses des témoins. Je ne crois pas que, sur ce point, nous avons appris quelque chose au tribunal. Ce que je voudrais savoir, c’est combien de Marie-Claire en France ont appris qu’elles avaient un corps, comment il était fait, ses limites, ses possibilités, ses pièges, le plaisir qu’elles pouvaient en prendre et donner ?

Combien ?

Très peu, j’en ai peur.

Il y a dans mon dossier une attestation de Mme Anne Pério, professeur dans un lycée technique, qui indique que, durant l’année scolaire 1971-1972, il y a eu treize jeunes filles entre dix-sept ans et en vingt ans en état de grossesse dans ce lycée. Vous avez entendu, à l’audience, Simone Iff, vice-présidente du Planning familial. Elle est venue vous dire quel sabotage délibéré les pouvoirs publics faisaient précisément de cet organisme qui était là pour informer, pour prévenir, puisque c’est de cela qu’il s’agit.

Vous avez, Messieurs, heureusement pour vous, car je vous ai sentis accablés sous le poids de mes témoins et de leur témoignage, échappé de justesse à deux témoignages de jeunes gens de vingt ans et de dix-sept ans, mes deux fils aînés, qui voulaient venir à cette barre. Ils voulaient vous dire d’abord à quel point l’éducation sexuelle avait été inexistante pendant leurs études. L’un est dans un lycée et l’autre est étudiant. Ils voulaient faire – il faut le dire – mon procès. Mon procès, c’est-à-dire le procès de tous les parents. Car l’alibi de l’éducation sexuelle, à la maison, il nous faut le rejeter comme quelque chose de malhonnête. Je voudrais savoir combien de parents – et je parle de parents qui ont les moyens matériels et intellectuels de le faire – abordent tous les soirs autour de la soupe familiale l’éducation sexuelle de leurs enfants. Mme Chevalier, on vous l’a dit, n’avait pas de moyens matériels, et elle n’avait pas reçu elle-même d’éducation sexuelle. Je parle de moi-même et de mes rapports avec mes enfants. Moi, je n’ai pas pu le faire. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Mais je peux peut-être essayer de l’expliquer. Peut-être parce que, entre les parents et les enfants, il y a un rapport passionnel, vivant, vivace, et c’est bon qu’il en soit ainsi ; peut-être aussi parce que, pour les enfants, il y a cette image des rapports amoureux des parents et que cela peut culpabiliser les enfants et la mère ? Toujours est-il que l’on ne peut décider que les parents auront l’entière responsabilité de l’éducation sexuelle. Il faut des éducateurs spécialisés, quitte pour les parents à apporter, en quelque sorte, une aide complémentaire.

Pourquoi ne pratique-t-on pas l’éducation sexuelle dans les écoles puisqu’on ne veut pas d’avortement ?

Pourquoi ne commence-t-on pas par le commencement ? Pourquoi ?

Parce que nous restons fidèles à un tabou hérité de nos civilisations judéo-chrétiennes qui s’oppose à la dissociation de l’acte sexuel et de l’acte de procréation. Ils sont pourtant deux choses différentes. Ils peuvent être tous les deux actes d’amour, mais le crime des pouvoirs publics et des adultes est d’empêcher les enfants de savoir qu’ils peuvent être dissociés.

Deuxième responsabilité :

L’accusation, je le lui demande, peut-elle établir qu’il existe en France une contraception véritable, publique, populaire et gratuite ? Je ne parle pas de la contraception gadget, de la contraception clandestine qui est la nôtre aujourd’hui. Je parle d’une véritable contraception. Je dois dire que j’ai cru comprendre que même la contraception était prise à partie dans ce débat.

Je dois dire qu’il m’est arrivé de parler à plusieurs reprises de ce problème, publiquement. J’ai eu face de moi des hommes d’Église : même eux n’avaient pas pris cette position. La contraception, à l’heure actuelle, c’est peut-être 6% ou 8% des femmes qui l’utilisent. Dans quelles couches de la population ? Dans les milieux populaires, 1% !

Dans la logique de la contraception, je dis qu’est inscrit le droit à l’avortement.

Supposons que nous ayons une parfaite éducation sexuelle. Supposons que cela soit enseigné dans toutes les écoles. Supposons qu’il y ait une contraception véritable, populaire, totale, gratuite. On peut rêver… Prenons une femme libre et responsable, parce que les femmes sont libres et responsables. Prenons une de ces femmes qui aura fait précisément ce que l’on reproche aux autres de ne pas faire, qui aura manifesté constamment, régulièrement, en rendant visite à son médecin, sa volonté de ne pas avoir d’enfants et qui se trouverait, malgré tout cela, enceinte.

Je pose alors la question : « Que faut-il faire ? »

J’ai posé la question à tous les médecins. Ils m’ont tous répondu, à l’exception d’un seul : « il faut qu’elle avorte ». Il y a donc inscrit, dans la logique de la contraception, le droit à l’avortement. Car personne ne peut soutenir, du moins je l’espère, que l’on peut donner la vie par échec. Et il n’y a pas que l’échec. Il y a l’oubli. Supposez que l’on oublie sa pilule. Oui. On oublie sa pilule. Je ne sais plus qui trouvait cela absolument criminel. On peut oublier sa pilule. Supposez l’erreur. L’erreur dans le choix du contraceptif, dans la pose du diaphragme.

L’échec, l’erreur, l’oubli…

Voulez-vous contraindre les femmes à donner la vie par échec, par erreur, par oubli ? Est-ce que le progrès de la science n’est pas précisément de barrer la route à l’échec, de faire échec à l’échec, de réparer l’oubli, de réparer l’erreur ? C’est cela, me semble-t-il, le progrès. C’est barrer la route à la fatalité et, par conséquence, à la fatalité physiologique.

J’ai tenu à ce que vous entendiez ici une mère célibataire. Le tribunal, je l’espère, aura été ému par ce témoignage. Il y a ici des filles, des jeunes filles qui, elles, vont jusqu’au bout de leur grossesse pour des raisons complexes, mais disons, parce qu’elles respectent la loi, ce fameux article 317. Elles vont jusqu’au bout.

Que fait-on pour elles ? On les traites de putains. On leur enlève leurs enfants, on les oblige, la plupart du temps, à les abandonner ; on leur prend 80% de leur salaire, on ne se préoccupe pas du fait qu’elles sont dans l’obligation d’abandonner leurs études. C’est une véritable répression qui s’abat sur les mères célibataires. Il y a là une incohérence au plan de la loi elle-même.

J’en arrive à ce qui me paraît le plus important dans la condamnation de cette loi. Cette loi, Messieurs, elle ne peut pas survivre et, si l’on m’écoutait, elle ne pourrait pas survivre une seconde de plus : Pourquoi ? Pour ma part, je pourrais me borner à dire : parce qu’elle est contraire, fondamentalement, à la liberté de la femme, cet être, depuis toujours opprimé. La femme était esclave disait Bebel, avant même que l’esclavage fût né. Quand le christianisme devint une religion d’État, la femme devint le « démon », la « tentatrice ». Au Moyen Âge, la femme n’est rien. La femme du serf n’est même pas un être humain. C’est une bête de somme. Et malgré la Révolution où la femme émerge, parle, tricote, va aux barricades, on ne lui reconnaît pas la qualité d’être humain à part entière. Pas même le droit de vote. Pendant la Commune, aux canons, dans les assemblées, elle fait merveille. Mais une Louise Michelle et une Hortense David ne changeront pas fondamentalement la condition de la femme.

Quand la femme, avec l’ère industrielle, devient travailleur, elle est bien sûr – nous n’oublions pas cette analyse fondamentale – exploitée comme les autres travailleurs.

Mais à l’exploitation dont souffre le travailleur, s’ajoute un coefficient de surexploitation de la femme par l’homme, et cela dans toutes les classes.

La femme est plus qu’exploitée. Elle est surexploitée. Et l’oppression – Simone de Beauvoir le disait tout à l’heure à la barre – n’est pas seulement celle de l’économie.

Elle n’est pas seulement celle de l’économie, parce que les choses seraient trop simples, et on aurait tendance à schématiser, à rendre plus globale une lutte qui se doit, à un certain moment, d’être fractionnée. L’oppression est dans la décision vieille de plusieurs siècles de soumettre la femme à l’homme. « Ménagère ou courtisane », disait d’ailleurs Proudhon qui n’aimait ni les juifs, ni les femmes. Pour trouver le moyen de cette soumission, Messieurs, comment faire ? Simone de Beauvoir vous l’a très bien expliqué. On fabrique à la femme un destin : un destin biologique, un destin auquel aucune d’entre nous ne peut ou n’a le droit d’échapper. Notre destin à toutes, ici, c’est la maternité. Un homme se définit, existe, se réalise, par son travail, par sa création, par l’insertion qu’il a dans le monde social. Une femme, elle, ne se définit que par l’homme qu’elle a épousé et les enfants qu’elle a eus.

Telle est l’idéologie de ce système que nous récusons.

Savez-vous, Messieurs, que les rédacteurs du Code civil, dans leur préambule, avaient écrit ceci et c’est tout le destin de la femme : « La femme est donnée à l’homme pour qu’elle fasse des enfants… Elle est donc sa propriété comme l’arbre à fruits est celle du jardinier. » Certes, le Code civil a changé, et nous nous en réjouissons. Mais il est un point fondamental, absolument fondamental sur lequel la femme reste opprimée, et il faut, ce soir, que vous fassiez l’effort de nous comprendre.

Nous n’avons pas le droit de disposer de nous-mêmes.

S’il reste encore au monde un serf, c’est la femme, c’est la serve, puisqu’elle comparaît devant vous, Messieurs, quand elle n’a pas obéi à votre loi, quand elle avorte. Comparaître devant vous. N’est-ce pas déjà le signe le plus certain de notre oppression ? Pardonnez-moi, Messieurs, mais j’ai décidé de tout dire ce soir. Regardez-vous et regardez-nous. Quatre femmes comparaissent devant quatre hommes… Et pour parler de quoi ? De sondes, d’utérus, de ventres, de grossesses, et d’avortements !...

- Croyez-vous que l’injustice fondamentale et intolérable n’est pas déjà là ?
- Ces quatre femmes devant ces quatre hommes !
- Ne croyez-vous pas que c’est là le signe de ce système oppressif que subit la femme ? Comment voulez-vous que ces femmes puissent avoir envie de faire passer tout ce qu’elles ressentent jusqu’à vous ? Elles ont tenté de le faire, bien sûr, mais quelle que soit votre bonne volonté pour les comprendre – et je ne la mets pas en doute – elles ne peuvent pas le faire. Elles parlent d’elles-mêmes, elles parlent de leur corps, de leur condition de femmes, et elles en parlent à quatre hommes qui vont tout à l’heure les juger. Cette revendication élémentaire, physique, première, disposer de nous-mêmes, disposer de notre corps, quand nous la formulons, nous la formulons auprès de qui ? Auprès d’hommes. C’est à vous que nous nous adressons.
- Nous vous disons : « Nous, les femmes, nous ne voulons plus être des serves ».

Est-ce que vous accepteriez, vous, Messieurs, de comparaître devant des tribunaux de femmes parce que vous auriez disposé de votre corps ?... Cela est démentiel !

Accepter que nous soyons à ce point aliénées, accepter que nous ne puissions pas disposer de notre corps, ce serait accepter, Messieurs, que nous soyons de véritables boîtes, des réceptacles dans lesquels on sème par surprise, par erreur, par ignorance, dans lesquels on sème un spermatozoïde. Ce serait accepter que nous soyons des bêtes de reproduction sans que nous ayons un mot à dire.

L’acte de procréation est l’acte de liberté par excellence. La liberté entre toutes les libertés, la plus fondamentale, la plus intime de nos libertés. Et personne, comprenez-moi, Messieurs, personne n’a jamais pu obliger une femme à donner la vie quand elle a décidé de ne pas le faire.

En jugeant aujourd’hui, vous allez vous déterminer à l’égard de l’avortement et à l’égard de cette loi et de cette répression, et surtout, vous ne devrez pas esquiver la question qui est fondamentale. Est-ce qu’un être humain, quel que soit son sexe, a le droit de disposer de lui-même ? Nous n’avons plus le droit de l’éviter.

J’en ai terminé et je pris le tribunal d’excuser la longueur de mes explications. Je vous dirai seulement encore deux mots : a-t-on encore, aujourd’hui, le droit, en France, dans un pays que l’on dit "civilisé", de condamner des femmes pour avoir disposé d’elles-mêmes ou pour avoir aidé l’une d’entre elles à disposer d’elle-même ? Ce jugement, Messieurs, vous le savez – je ne fuis pas la difficulté, et c’est pour cela que je parle de courage – ce jugement de relaxe sera irréversible, et à votre suite, le législateur s’en préoccupera. Nous vous le disons, il faut le prononcer, parce que nous, les femmes, nous, la moitié de l’humanité, nous sommes mises en marche. Je crois que nous n’accepterons plus que se perpétue cette oppression.

Messieurs, il vous appartient aujourd’hui de dire que l’ère d’un monde fini commence. »

Gisèle Halimi

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Un point de vue - "Démission de Christophe Girard, ou l'influence d'une morale de dupe"

25 Juillet 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Femme

Un point de vue - "Démission de Christophe Girard, ou l'influence d'une morale de dupe"

Par Perrine Simon-Nahum, Philosophe, directrice de recherches au CNRS

Jamais mis en cause par la justice dans «l’affaire Matzneff», l'adjoint à la culture de la mairie de Paris a été contraint de démissionner de son poste. Au nom de quels principes éthiques, demande la philosophe Perrine Simon-Nahum.

Tribune. La démission annoncée hier soir de Christophe Girard de son poste d’adjoint à la culture de la mairie de Paris ne concerne pas seulement le cercle restreint des édiles parisiens. Elle doit secouer nos consciences de citoyens. Je ne parle pas ici de l’aspect judiciaire de ce qu’il est désormais convenu d’appeler «l’affaire Matzneff» dans laquelle l’écrivain est visé par une enquête pour «viols sur mineurs», affaire pour laquelle Christophe Girard n’a jamais été mis en cause par la justice. On rappellera pour mémoire qu’il a été entendu en mars au titre des fonctions de secrétaire général de la maison Yves Saint Laurent (dans les années 80), elle-même citée dans cette affaire pour avoir, à l’instar d’autres institutions comme le Centre national du livre (CNL), un moment, financé l’écrivain.

Tout citoyen averti, tout philosophe intéressé aux choses du politique ne pourront en revanche que s’alarmer devant ce qui relève, au minimum, d’une dangereuse confusion des genres, au pire, d’une mauvaise compréhension de ce que signifie la gestion de la chose publique. Car c’est bien ce signal inquiétant entre tous que nous envoie le collectif de militantes féministes et d’élus écologistes qui semble avoir obtenu hier la démission de l’adjoint à la culture après avoir manifesté sous les fenêtres de l’hôtel de ville où se tenait le premier conseil de Paris de la nouvelle mandature.

Conduite des affaires publiques

Au début des années 90, Michel Rocard s’alarmait déjà de ce que le développement des actions judiciaires en responsabilité allait détourner ceux qui en manifestaient la vocation de s’engager en politique. Il ne resterait, disait-il, pour incarner l’avenir du pays, que les médiocres ou ceux qu’anime le désir du pouvoir et, pire encore, l’idée d’étancher cette soif de reconnaissance au cœur de la chose publique. Il semble que nous y soyons. On aurait tort de se focaliser sur les seuls effets néfastes que provoque sur la conduite des affaires publiques le désintérêt qu’elle suscite chez les citoyens. Personne ne niera que la montée de l’abstention lors des récentes élections soit un signal dont il faut s’inquiéter. Bien peu, en revanche, s’alarment des effets délétères que produit l’ordre moral qui étend petit à petit son ombre sur le domaine de la culture et nuit à la qualité d’action de nos dirigeants politiques.

Les militantes féministes et les élus écologistes en question, qui se réclament d’une légitimité dont on ne sait si elle s’ancre dans une élection acquise au rabais (rappelons qu’aux dernières municipales parisiennes, le taux d’abstention a battu un record) ou d’une mode idéologique, celle de la cancel culture, imitée des Etats-Unis, nous offrent un avertissement à grands frais. Leurs protestations, qui ne reposent sur aucune preuve et violent les procédures, ne sont que le côté émergé de l’iceberg qui nous entraîne vers le fond de la culture, de la politique, de la démocratie. Il faudra un jour sans doute revenir sur l’action de Christophe Girard à la tête de la culture parisienne dont on sait qu’il y a travaillé à accueillir ces minorités, ces diversités dont se réclament ses adversaires et s’est toujours montré attentif, au-delà des différences, au respect de chacun.

Nouveaux justiciers

Aux nouveaux justiciers qui s’appuient sur «la rumeur, les amalgames et les soupçons» comme le dit Anne Hidalgo, je rappellerai la nécessité de prendre quelque distance historique. Il importe de garder les choses dans leur contexte. Au nom de quelle morale le met-on en cause et par qui ont été investis ceux qui s’en font les porte-voix ? Ce n’est pas en pratiquant l’anathème et l’exclusion que l’on fera avancer la cause des femmes et des enfants. La morale n’est pas affaire d’idéologie, encore moins de politique. Elle est à l’image d’une société, diverse, mouvante, qui se cherche et met un point d’honneur à s’interroger. Le reste n’est qu’une morale de dupes.

Sans doute doit-on se montrer attentifs au fait que nos dirigeants nationaux ou municipaux fassent preuve des qualités d’«éthique» et de «responsabilité», pour reprendre les termes utilisés par les élues féministes et leurs alliés écologistes. A ceux-ci, il faut rappeler cependant que la grandeur de la politique réside sans doute dans sa capacité à faire entendre des voix différentes mais plus encore à les mettre en dialogue pour parvenir à un consensus dont les institutions démocratiques sont les porteuses et à défendre ainsi ce qui s’appelle encore «l’intérêt général».

Perrine Simon-Nahum, Philosophe, directrice de recherches au CNRS

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Un "modèle" de féminisme... Alexandria Ocasio-Cortez... (+ bref commentaire)

25 Juillet 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Femme, #Politique

Une femme libre et raisonnable pour un féminisme qui défend les femmes sans haïr les hommes. Raisonnable au sens de "dotée de raison", l'un des piliers du pacte républicain avec le droit fondant l'Etat.

Depuis quelques années et de plus en plus ces trois dernières, la raison recule. Les idées perdent poids.

Quant à l'Etat de droit, il est fragilisé par des contre-pouvoirs populistes et par le "tribunal du peuple". Tout le monde désormais peut se transformer en sinistre Fouquier-Tinville. Et, pire encore, parvenir à ses fins.

Mettant en péril les "noces de la République et de la raison" pour reprendre une formule utilisée par Christophe Prochasson dans son livre "Voyage d'un historien à l'intérieur de l'Etat", Fayard/collection Raison de plus, Paris 2019.

Loin de moi l'idée de nier la part immense de responsabilités de millions d'hommes de par le monde coupables des pires actes à l'encontre de jeunes filles et de femmes! Mais je suis persuadé que la cause des femmes avancera beaucoup plus vite en associant les hommes - de bonne volonté et il en existe beaucoup - à leurs combats plutôt qu'en les stigmatisant dans des amalgames imbéciles comme ceux que véhicule Alice Coffin ces derniers jours. 

Christophe Chartreux

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Le "féminisme" vu par Eric Dupond-Moretti...

20 Juillet 2020 , Rédigé par Libération Publié dans #Femme

"Phrases sorties de leur contexte", d'après le Garde des sceaux... Salaud de "contexte"!

"Phrases sorties de leur contexte", d'après le Garde des sceaux... Salaud de "contexte"!

EXTRAIT

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Depuis sa nomination au ministère de la Justice accompagnant la promotion de Gérald Darmanin à l’Intérieur, Eric Dupond-Moretti se voit rappeler ses prises de position pas franchement compatibles avec la «grande cause du quinquennat» qu’est l’égalité entre les femmes et les hommes. Les femmes qui «regrettent» de ne plus être «sifflées», Me too c’est très bien mais il y a quand même «des folasses qui racontent des conneries» et autres joyeusetés. Alors le garde des Sceaux a tenu à se défendre, hier soir au JT de France 2. Se disant favorable à une stricte égalité des droits entre les femmes et les hommes notamment du point de vue salarial, l’ex-ténor des prétoires a affirmé : «Je suis féministe et je le dis sans avoir à rougir.» Sauf qu’il a ensuite enchaîné avec tout plein d'arguments caricaturaux qui suggèrent l’inverse. Balayant «deux ou trois phrases sorties de leur contexte», il a rétorqué : «Le féminisme, c’est une très grande cause, mais il est dévoyé quand il est excessif.» Les militantes visées seront ravies d’apprendre ici qu’elles militent mal. «J’ai dit qu’il fallait condamner les salauds qui se tenaient mal avec les femmes. […] J’ai dit aussi qu’il était arrivé que des hommes soient accusés à tort.», a aussi tenu à rappeler «EDM». Et un point de plus pour l’écoute de la parole des victimes. Puis cette conclusion : «Moi je ne veux pas vivre la moralisation comme on la connaît aux Etats-Unis, je veux qu’un homme puisse prendre l’ascenseur avec une femme [c’est bien entendu le cas aux Etats-Unis, rassurez-vous, ndlr]. Et la guerre des sexes, franchement je trouve qu’elle est inutile.» Ça y est c’est bon, il semblerait que tous les arguments des vrais féministes aient été avancés.

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Via ChezPol/Libération

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Se préparer à relever le défi de l’égalité...

17 Juillet 2020 , Rédigé par Sciences Po Publié dans #Inegalites, #Femme

Photo Guillaume Adjagba / Sciences Po

Photo Guillaume Adjagba / Sciences Po

Découvrir le programme du Certificat Égalité femmes hommes et politiques publiques avec Hélène Périvier et Najat Vallaud-Belkacem

Depuis 2019, le Certificat Égalité femmes-hommes et politiques publiques forme les élèves de l'École d’affaires publiques et de l’École des affaires internationales de Sciences Po aux politiques de lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes et les discriminations. Najat Vallaud-Belkacem et Hélène Périvier, les directrices de ce Certificat, nous présentent le programme pour l’année 2020-2021.

Pourquoi avez-vous créé le Certificat Égalité femmes-hommes et politiques publiques ?

Najat Vallaud-Belkacem : Nous sommes convaincues que lutter contre les biais qui conduisent aux différences de traitements réservés aux femmes et aux hommes, ça ne s’improvise pas. Qu’il y a des méthodes à acquérir pour le faire. Des méthodes scientifiques et des leçons tirées du partage d’expérience. Nous voulons faire des étudiantes et des étudiants qui auront suivi ce certificat de futurs responsables au regard extrêmement aiguisé sur ces questions. Pour qu’ils deviennent des agents du changement, que ce soit dans le secteur public ou privé.

Hélène Périvier : Il s'agit de former des étudiantes et étudiants pour les préparer à relever le défi de l'égalité dans leur vie professionnelle, et plus largement dans leur citoyenneté. Nous souhaitons créer entre les élèves d'une même promotion une forme d'entraide et de solidarité en espérant que cet esprit se prolongera au-delà de leur scolarité pour porter l'égalité.

Lors de chaque séance du Certificat, vous invitez une personne à témoigner ou à présenter un état des savoirs. Comment choisissez-vous les thématiques abordées ?

Hélène Périvier : Nous essayons d'articuler savoirs académiques et mise en oeuvre pratique, avec des cours au premier semestre puis des études de cas au deuxième semestre. Le premier semestre propose un état des lieux par thématiques, comme le féminisme d'État, les inégalités de représentation en politique et les inégalités professionnelles.

Najat Vallaud-Belkacem : Rien de tel que d’être confronté à l’expérience pratique pour comprendre les écueils de la réalité au delà de la théorie ! Ce qui fait la force de ce Certificat c’est justement l’alternance d’éclairages théoriques et d’illustrations pratiques. Ce sont ces dernières qui permettent de comprendre les difficultés mouvantes rencontrées par les femmes dans certains mondes professionnels, la complexité à conduire des réformes, les techniques de débat et de communication...

Cette année, les élèves travailleront à partir d’études de cas portant sur des thématiques actuelles. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Hélène Périvier : L'idée derrière ces études de cas est de montrer que les politiques d'égalité doivent être pensées en cohérence avec les savoirs de la recherche, mais cela ne suffit pas : leur mise en oeuvre est bien plus complexe du fait des résistances de toutes sortes. Les thématiques retenues sont centrées sur des enjeux importants de l'égalité, comme les politiques familiales, par exemple les congés parentaux qui ont été réformés dans de nombreux pays européens pour promouvoir l'investissement des hommes dans la famille.

Najat Vallaud-Belkacem : Nous aimons plonger nos étudiants dans la peau des législateurs et leur demandons à chaque fois une perspective comparative internationale. À travers ces études de cas, ils se familiarisent avec la notion d’arbitrage politique en apprenant à tenir compte des contraintes inhérentes à l’action politique.

En savoir plus

"Le Certificat Égalité a donné du sens à ma préparation des concours administratifs." Elsa, stagiaire au Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes

"Le Certificat m’a apporté du répondant, il m’a permis de me construire dans cette lutte féministe, de m’y retrouver et d’établir un discours cohérent."Rita, fondatrice d'une association contre la précarité menstruelle

"Il me semblait important, pour poursuivre dans la fonction publique, d’avoir conscience des biais de genre et des inégalités fondamentales qui persistent."Clotilde, stagiaire à la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences

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Stop Fisha: cybersexisme et faiblesse de l’arsenal juridique...

28 Juin 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Société, #Femme

« Les corps des femmes et des filles ne doivent pas être source d’exploitation et de divertissement à leur insu ». Contre l'explosion des comptes “fisha” (“affiche” en verlan) qui diffusent photos et vidéos à caractère sexuel majoritairement de filles et de femmes pour la plupart mineures, un collectif s'est créé. Avec un grand nombre de soutiens, il tire la sonnette d’alarme face à grande faiblesse de l’arsenal institutionnel et juridique pour lutter contre le cybersexisme. 

Elyse, 16 ans, a mis fin à ses jours au Havre, mercredi 1er avril 2020, à cause d’un compte fisha. Depuis le confinement, les violences faites aux filles et aux femmes ont augmenté et le cyberharcèlement sexuel a explosé. Bien que virtuelles, ces attaques ont de graves conséquences et force est de constater que les comptes fisha tuent.

Slut-shaming de masse

Des comptes dits “fisha” (“affiche” en verlan) ont été massivement créés sur les réseaux sociaux dans le but de diffuser des photos et vidéos à caractère sexuel majoritairement de filles et de femmes, pour la plupart mineures, sans leur consentement. Appelés “nudes”, ces contenus sont souvent divulgués avec le nom de la victime, son adresse, son établissement scolaire… Si cette pratique existait déjà, cette vague est sans précédent. 

Sur ces comptes fisha, sont publiés chaque jour des messages incitant à la diffusion de “dossiers” pour humilier et punir : « vous avez d’autres dossiers sur cette pute ? », « Faut afficher mon ex, cette sale chienne », ou bien « afficher des dossiers de gens ça rend service à tout le monde. Les personnes affichées peuvent changer de voie ou rester dans leur puterie ». Ils les traquent, les persécutent, et les condamnent systématiquement, publiquement - puis se félicitent. Certains nudes sont monétisés par les agresseurs, d’autres sont publiés sur des sites pornographiques sans que les victimes ne soient au courant. On y a aussi trouvé des photos et vidéos pédocriminelles, de viols en réunion, d’agressions sexuelles. Les diffuseurs veulent toujours plus de contenu trash pour attirer toujours plus de monde. Un compte fisha Instagram nommé “les putes de Liège” a publié la vidéo d’un viol en réunion - d’une jeune fille, mineure, qui avait été droguée. Le contenu est resté disponible plus de 16 heures. Et ce, malgré les milliers de signalements.

Les diffuseurs deviennent des agresseurs et s’auto-proclament juges : c’est du revenge-porn* et du slut-shaming* de masse.

#STOPFISHA : l’auto-organisationface à un système défaillant 

Notre collectif auto-organisé Stop Fisha s’est créé en urgence, en mars 2020. Depuis, nous nous battons nuit et jour pour agir contre ces délits impunis qui ne cessent de prendre de l’ampleur et contre ces comptes fisha qui ne cessent de se multiplier. Les membres du collectif mènent deux types d’actions :

  • Traque, dénonciation des comptes fishaet veille sur les réseaux sociaux ;
  • Soutien aux victimes trop souvent seules et isolées face aux cyber-violences qu’elles subissent. 

Mais qui sommes-nous ? Nous avons entre 16 et 50 ans. Et nous sommes épuisé·e·s. Nous sommes étudiant·e·s ou salarié·e·s et en peu de temps, nous sommes devenu·e·s la nouvelle brigade numérique, qui remplace celle censée nous protéger. En deux mois, le collectif est parvenu à fédérer plus de 12.000 membres actif·ve·s prêt·e·s à nous aider. L'existence de notre combat est la preuve d’un système défaillant.

Le cybersexisme mis à l'abandon

Le confinement a accéléré la digitalisation de notre quotidien : la société se numérise à une vitesse éclair, les cybercrimes et le cybersexisme aussi. Triste est de constater qu’il n’y a à ce jour aucun moyen mis en place pour nous en protéger, tant dans la sphère digitale que physique.  

PHAROS, la plateforme de signalement de contenus dangereux sur internet, compte une centaine de policiers·ères et gendarmes pour lutter contre la cybercriminalité. Parmi ces agent·e·s, seule une vingtaine traite les affaires de cyberviolences. Depuis le début du confinement, le site reçoit 45 000 signalements par mois, 1500 par jour, plus d’un par minute! C’est sans compter les signalements de comptes Snapchatque Pharos refuse de comptabiliser depuis plusieurs semaines. Y aurait-il un “bug” ? Du côté des réseaux sociaux, Instagram ne prend que peu de signalements en compte : “En raison [du] COVID-19, […] nous ne pouvons examiner que les contenus qui présentent le plus grand risque de préjudice”. Quant à Snapchat, les signalements sont toujours trop vagues : la pédopornographie n’est catégorisée que de  “malveillante”. Pourtant, c’est un délit, puni de 7 ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende.  

Notre seul allié institutionnel est Net Ecoute (e-Enfance) qui a constaté une explosion de 60% des comptes fisha depuis mars et des appels qui ont bondi à plus de 350 par semaine, soit 50 par jour.Le tout, géré par 6 personnes.

Si les réseaux sociaux ne prennent pas en compte nos signalements, la police non plus. L’état d’urgence sanitaire a servi de justification aux refus - déjà trop nombreux - de dépôts de plaintes. « Il y a des priorités ». Nous sommes en état d’urgence sanitaire, « les plaintes ne peuvent plus être prises ».  

La situation, en plus d’être pathétique, est dangereuse. 

Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations a proposé, afin de pallier l’inaction des réseaux sociaux, de créer une chaîne Snapchat ayant pour vocation de sensibiliser au revenge-pornNous souhaitons aller plus loin et que ces chaînes soient créées sur tous les réseaux sociaux. 

Du côté de la Belgique, le pays s’est saisi du problème des fishas en avril 2020 en votant une loi contre le revenge-porn. La France, a récemment voté la loi AVIA dite de « lutte contre les contenus haineux sur Internet », en plus d’être insuffisante, elle a été partiellement censurée par le Conseil Constitutionnel

Nous pointons du doigts son inefficacité : Pharos était censée collaborer avec les réseaux sociaux, à qui toute la responsabilité a été reléguée. Cependant, le sous-effectif de Pharos, pourtant au coeur de la loi, n’a pas été évoqué. Comment pouvait-elle être appliquée ? 

Face à la faiblesse de l’arsenal juridique actuel, nous tirons la sonnette d’alarme : Nous demandons des mesures concrètes, fortes, urgentes.  

Agir, maintenant.  

Notre collectif s’est créé suite à un constat, une urgence : nous n’avions plus le temps d’attendre que les choses se passent, il a fallu agir. Nous alertons de nouveau face à la passivité et le manque d'intérêt des pouvoirs publics : il faut agir.  

Lutter contre le (cyber)sexisme, c’est empouvoirer la protection numérique, l’éducation à l’égalité de genre, et la justice. 

Lutter contre le cybersexisme, c’est s’attaquer à la sensibilisation dans les milieux scolaires et professionnels. C’est donner des cours de responsabilisation et de protection numérique. C’est former les forces de l’ordre à ces nouvelles violences, et augmenter l’effectif et les moyens d’action des plateformes concernées. C’est prendre en charge différemment les victimes d’infractions d’un nouveau genre.  

Lutter contre le cybersexisme, c’est créer les outils nécessaire au système judiciaire pour reprendre le dessus sur les schémas de dominations sociétaux, tant dans la rue que sur la toile.  

Parce que les corps des femmes et des filles ne doivent pas être source d’exploitation et de divertissement à leur insu, parce que les diffuseurs n’ont pas à jouir de leurs actes sous prétexte que c’est la victime qui en serait coupable, parce qu’une photo ne doit pas prendre une vie, la honte doit changer de camp et justice doit être faite.

*Revenge porn : ou encore “vengeance pornographique” est la diffusion de contenus intimes d'une personne sans son consentement dans le but de se “venger” et l’humilier.

*Slut-shaming : rabaisser ou humilier une femme en la ramenant à la figure de la "salope".

Signataires :

Famille de Élyse Emo : Cindy Emo, Arnaud Deschamps, Sandrine Emo. 
Collectif StopFisha: Shanley Clemot McLaren, Hajar Outaik, Hana Outaik, Zakarya Ait Ouaid, Iman El Hakour, Maeva Janvier, Davy Beauvois, Sara Pellegrin, Léa Reynaud, Chloé Bourne, Mickael Ferreira, Mhawa Grandiere, Laura Pereira Diogo, Sabrina Haouari. 
Association En avant toute(s)
HumansForWomen, association féministe intersectionnelle 
Association HandsAway, application contre le harcèlement sexuel de rue
Collectif des collages féministes de Tours
Collectif des collages féministes de Poitiers
Collectif féministe lycéenne et enragées, du lycée Dumont d'Urville de Toulon
Association Volar (Poitiers)
AssociationChafia, contre les violences faites aux femmes
P8 Féministe dtr, collectif féministe de l’université Paris 8 
Equipe de "Maintenant Assume"(@mtn_assume)
Anna Toumazoff alias @memespourcoolkidsfeministes, militante féministe
Elvire Duvelle-Charles alias @clitrevolution, militante féministe
Sarah Constantin, activiste féministe, co-créatrice de Clit Revolution
Illana Weizman, militante féministe et membre du collectif #MonPostPartum
Selma Anton, activiste féministe et créatrice du compte @ca_va_saigner
Fatima Benomar, féministe, dessinatrice, cofondatrice des@effrontees
Marie Laguerre, étudiante et militante féministe 
Masha Sexplique, militante féministe et blogueuse sexo
Camille Aumont Carnel, militante @jemenbatsleclito - @jedisnonchef
Ginevra Bersani, militante féministe et co-Présidente @Politiqu’elles Paris
Sophia Antoine, activiste, cyberactiviste, militante féministe
Noémie de Lattre, activiste féministe 
Marie-Elise Vidal, activiste féministe
Luce Villemin, activiste féministe
Judith, alias @tapotepute 
Laura Jovignot, militante #NousToutes et fondatrice du collectif #PasTaPotiche
Rebecca Amsellem, Les Glorieuses
Rokhaya Diallo, journaliste, militante antiraciste et féministe
Fiona Schmidt, journaliste et autrice 
Sofia Fischer, journaliste
Paloma Clément-Picos,journaliste
Arnold Nguenti, journaliste, collectif @echobanlieues
Chahinaz Berrandou, étudiante, collectif @plumebanlieue
Baptiste Beaulieu, romancier
Vincent Lahouze, travailleur social, romancier
Yseult, chanteuse 
Inas Chanti, actrice
Marion Seclin, actrice
Tay Calenda, photographe professionnelle 
Rachid Sguini (Rakidd), auteur et illustrateur 
Bouchera Azzouz, réalisatrice et présidente Féminisme Populaire
Laura Berlingo, gynéco-obstétricienne
Olga Pérez, professeure d'espagnol et référente égalité filles/garçons au lycée Dumont d'urville de Toulon
Marion Castellani, professeure de Mathématiques au lycée Dumont d’Urville, Toulon
Camilya Othmani, consultante en stratégie de communication
Rachel-Flore Pardo, avocate
Joachim Scavello, avocat
Ines Seddiki, fondatrice et présidente de GHETT'UP
Ouarda Sadoudi, présidente Home et cofondatrice Féminisme Populaire 
Élu.e.s Conseil National de Vie Lycéenne : Yannis Perrier-Gustin, Alcyone Bernard, Emanuela Periers, Nina Sevilla, Amélie Four, Maxime Rodrigues, Clairanne Dufour
Élu.e.s Conseil Supérieur de l’Education: Teddy Wattebled, Zoé Perochon-De Jametel, Camille Galvaire
Union Nationale Lycéenne, syndicat lycéen
Lyes Louffok, Membre du Conseil National de la Protection de l'enfance
Laurence Rossignol, Sénatrice PS de l'Oise
Esther Benbassa, sénatrice EELV
Sophie Taillé-Polian, Sénatrice Génération-s du Val de Marne 
Michelle Meunier, Sénatrice PS de la Loire-Atlantique
Laurence Cohen, Sénatrice PCF du Val-de-Marne. 
Danièle Obono,députée LFI de Paris
Mathilde Panot, députée LFI du Val-de-Marne 
Leïla Chaibi, députée européenne France Insoumise
Caroline Fiat,député LFI de Meurthe-et-Moselle
Marie Toussaint, eurodéputée EELV
Danielle Simmonet, conseillère de Paris
Clémentine Autain, Députée LFI
Manon Aubry, Députée Européenne LFI
Anne Vignot, conseillère municipale de Besançon 
Léonore Moncond’huy, militante écologiste, candidate à la mairie de Poitiers 
Laura Slimani, conseillère municipale de Rouen et membre du collectif national Génération-s
Collectif national de Génération-s: Jimmy Behague, Joséphine Delpeyrat, Corinne Acheriaux, Sorayah Mechtouch, Sandrine Lelandais, AlexisDebuisson, Alice Brauns, William Leday, Michel Bock, Margot L’Hermite, Nicolas Braemer, Marie Luchi, Isabelle Couradin, Zerrin Battaray, Anne Joubert, Eric Mauger, Bruno Gavarri
Alice Bosler, coordinatrice des Jeunes Génération-s
Roberto Romero, conseiller régional d'île de France Génération-s
Claire Monod, coordinatrice Nationale de Génération-s 
Manon Aubry, Députée Européenne LFI
Youth For Climate Paris
Quidam, Association d'éducation populaire
NPA Nanterre

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#IWD2020 - L’écart entre les sexes des effectifs de l’enseignement primaire a diminué de moitié ces 25 dernières années

8 Mars 2020 , Rédigé par UNESCO Publié dans #Education, #Femme

#IWD2020 - L’écart entre les sexes des effectifs de l’enseignement primaire a diminué de moitié ces 25 dernières années

À l’occasion de la Journée internationale de la femme, le 8 mars, l’UNESCO a publié une nouvelle fiche d’information sur l’éducation des filles, intitulée « Son éducation, notre avenir », qui présente les progrès réalisés au cours des 25 dernières années. Elle montre que le taux de scolarisation des filles dans l’enseignement primaire et secondaire a presque doublé dans les pays à faible revenu, et que l’écart entre les sexes des effectifs de l’enseignement primaire a été réduit de moitié. Mais elle montre aussi que le changement n’est pas assez rapide. Au rythme actuel, ce n’est qu’en 2050 que l’on parviendra à scolariser toutes les filles dans l’enseignement primaire.

Cette année, nous célébrons le 25e anniversaire de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes (tenue à Beijing en 1995), qui a abouti à la Déclaration et Programme d’action de Beijing, document de politique mondiale clé sur l’égalité des sexes qui constitue la feuille de route la plus ambitieuse pour l’autonomisation des filles et des femmes.

« Ignorer l’éducation des filles revient à ignorer l’une des solutions les plus efficaces pour le développement », explique la Directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay. « Lorsque les filles accèdent à une éducation de qualité, cela les encourage à briser les stéréotypes sociaux qui freinent l’égalité des sexes. L’éducation leur donne également les outils nécessaires pour mieux orienter leurs futurs choix de vie, en ce qui concerne la grossesse, l’accouchement et les problèmes de santé qui coûtent la vie à des millions d’enfants dans le monde. Nous ne pouvons pas réaliser le monde que nous voulons sans l’éducation et l’autonomisation de toutes les filles et femmes ».

Le Rapport mondial de suivi sur l’éducation (GEM) de l’UNESCO montre que si toutes les femmes terminaient leurs études primaires, la mortalité maternelle serait réduite de deux tiers. Si elles recevaient une éducation secondaire, la mortalité infantile serait réduite de moitié, ce qui sauverait 3 millions de vies, et il y aurait deux tiers de mariages d’enfants en moins. Si toutes les filles d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud et de l’Ouest recevaient une éducation secondaire, le nombre de grossesses des moins de 17 ans diminuerait de près de 60 %. Mais la lenteur des progrès empêche les filles de profiter de ces avancées potentielles. Comme l’illustre visuellement le nouveau site Web interactif education-progress.org, le taux de scolarisation des filles dans le primaire n’a augmenté que de dix points de pourcentage ces 25 dernières années, passant de 78 % à 88 %, soit moins d’un demi-point par an.

La nouvelle fiche d’information montre, en s’appuyant sur les données de Son Atlas de l’UNESCO, les progrès réalisés depuis 1995 en matière d’engagement mondial, via les conventions internationales, en faveur du droit des filles à l’éducation – et fait ressortir les zones où des progrès sont encore nécessaires. En 1995, le Programme d’action de Beijing a exhorté les pays à éliminer la discrimination fondée sur le genre dans l’éducation, désormais interdite par les constitutions de 90 pays. Depuis le Programme d’action de Beijing, le nombre d’États ayant ratifié la Convention de l’UNESCO concernant la lutte contre la discrimination dans le domaine de l’enseignement est passé de 82 à 105. Cela signifie toutefois que près de la moitié ne l’ont pas encore signée. En 1995, 150 États avaient ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF), qui consacre l’égalité des droits entre les hommes et les femmes. Elle a depuis été ratifiée par 189 États parties, mais 27 pays l’ont signée en formulant des réserves concernant certains articles sur le mariage des enfants ou la politique de discrimination.

Une nouvelle campagne dans les médias sociaux, intitulée « Son éducation, notre avenir » (#HerEducationOurFuture), est en cours de lancement, en partenariat avec de nombreuses organisations du secteur de l’éducation ; son objectif est de contribuer à tenir les engagements pris en matière d’éducation dans la Déclaration de Beijing. La campagne invite les filles et les enseignants, afin d’appeler au changement, à donner leur avis sur ce qu’ils voudraient améliorer pour la prochaine génération de filles, à un horizon de 25 ans. Le lancement de la campagne coïncide avec la Journée internationale de la femme et la réunion de la Commission de la condition de la femme – ce qui nourrira le Forum Génération Égalité, rassemblement mondial pour l’égalité des sexes convoqué par ONU-Femmes et coprésidé par la France et le Mexique, avec la société civile comme chef de file et partenaire. Le Forum démarrera à Mexico (Mexique) les 7 et 8 mai 2020 et se clôturera, sur une durée de trois jours, à Paris (France), du 7 au 10 juillet 2020.

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