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Vivement l'Ecole!

femme

« Nous sommes peu formés à aborder cette question avec les filles » : les règles, un tabou que l’école voudrait dépasser

8 Mars 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Femme

Les règles des femmes, sujet d'un rapport inédit à l'Assemblée nationale |  Le Huffington Post LIFE

EXTRAITS

La région Ile-de-France, qui a lancé à la rentrée 2020 une campagne pour équiper les lycées en distributeurs de serviettes hygiéniques et tampons gratuits, estime qu’une élève sur trois ne dispose pas d’un accès satisfaisant aux protections périodiques.

Il y a ces collégiennes qui demandent à sortir « avec un regard entendu », celles qui « envoient la copine demander un tampon » à voix basse à l’enseignante, celles qui ne viennent pas en cours, tous les mois, pendant une journée ou deux – parce qu’elles craignent les accidents ou ont trop mal au ventre pour se déplacer. A l’adolescence, l’apparition des règles peut compliquer la scolarité de certaines jeunes filles, pour au moins deux raisons : l’inconfort physique provoqué par les menstruations et le manque d’accès aux protections – voire d’informations à leur sujet.

Difficile de savoir combien d’élèves sont concernées. La grande majorité d’entre elles seront réglées au cours de leurs années collège… Et toutes ne souffrent pas de douleurs incapacitantes ni d’un manque d’accès aux protections les obligeant à rater la classe. Selon une étude IFOP pour l’association Dons solidaires parue en 2019, 1,7 million de femmes en France sont touchées par la précarité menstruelle. La marque Always estime, quant à elle, sur la base d’une étude Google Survey, que 130 000 Françaises ratent les cours, chaque année, à cause de leurs règles. La région Ile-de-France, qui a lancé à la rentrée 2020 une campagne pour équiper les lycées en distributeurs de serviettes hygiéniques et tampons gratuits, avance qu’une élève sur trois ne dispose pas d’un accès satisfaisant aux protections périodiques.

(...)

Importance de la pédagogie

« L’argument principal n’est pas économique, poursuit Marie-Caroline Ciuntu. Les jeunes filles n’ont pas besoin d’être en grande précarité pour utiliser le distributeur. L’idée est que les lycéennes sachent que le problème est réglé, qu’elles n’ont plus à s’en préoccuper et peuvent venir en cours l’esprit tranquille. » Le coût de l’opération, pour les 31 établissements, s’élève à 40 000 euros en 2020. Etendre la mesure au reste des 465 établissements publics de la région coûtera 1 million d’euros en 2021, puis 700 000 euros par an – le prix de l’approvisionnement régulier des distributeurs en tampons et serviettes.

Les premiers retours des établissements concernés – dont un tiers sont situés en Seine-Saint-Denis – sont positifs, assure la région. Les élèves se servent et les distributeurs ne sont pas dégradés. « On nous a dit que les serviettes étaient utilisées à peu près dans les proportions que nous avions prévues, mais les tampons beaucoup moins, note Marie-Caroline Ciuntu. Quand les jeunes filles les prennent, c’est plutôt pour observer l’objet. »

(...)

Enseignants « peu formés »

De ce point de vue, sortir la question des règles de l’infirmerie, est-ce la bonne solution ? Pas toujours, affirme Saphia Guereschi, secrétaire générale du SNICS-FSU, le syndicat majoritaire des infirmières scolaires. « Quand une élève vient demander une protection à l’infirmerie, cela déclenche une conversation, défend-elle. Derrière le simple oubli, il peut y avoir de la précarité, mais aussi d’autres enjeux sur le rapport au corps et à l’intimité. » L’infirmière peut aussi – à la différence du distributeur – faire un travail de prévention et de prise en charge. « A un âge où les règles peuvent être douloureuses, certaines pensent que c’est normal : une femme, ça souffre et c’est comme ça. On peut leur apprendre à gérer leur douleur, avec une poche de chaleur pour détendre l’utérus, par exemple. » Mais, parfois, les jeunes filles ont de vrais problèmes de santé. « Quand on soupçonne de l’endométriose, on peut orienter l’élève pour qu’elle soit prise en charge de manière adaptée », souligne Mme Guereschi.

(...)

Violaine Morin

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

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Najat Vallaud-Belkacem évoque les droits des femmes... (Vidéo)

8 Mars 2021 , Rédigé par France Info - Publié dans #Femme

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#8mars - Ma mère...

8 Mars 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Femme

Ma mère…

(À lire en écoutant les 12 fantaisies pour violon seul de Telemann. Exclusivement par Arthur Grumiaux)

Je ne sais pas parler d’elle. Ou plus exactement, je ne peux rien écrire car très vite mon regard se noie de larmes…

Les larmes arrachées par les beaux souvenirs qu’elle m’a offerts, fabriqués, construits…

De l’Algérie natale, je n’ai conservé que quelques photos en noir et blanc. Je marche vers elle, mon père vient de me lâcher pour mes premiers pas. Mon Algérie est encore en guerre. Nous sommes en 1960 ou 61. Bientôt mon père décidera de mettre épouse et enfant à l’abri des « événements », manière habilement politique de ne jamais parler de guerre. Ce fut pourtant bien une guerre.

Ma mère, accueillait tous les enfants des villages alentour. Français et arabes. Cela lui fut reproché par les colons « pieds-noirs ». Elle soignait ceux parfois atteints de teigne et de gale. Sans distinction. Jamais !

Bien des années plus tard, alors que mon père effectuait un stage à l’Université d’Aix-en-Provence pour préparer le concours d’inspecteur de l’Education Nationale, un des stagiaires se présenta à lui. « Bonjour. Je m’appelle Ahmed (ce n’est pas le véritable prénom) et je vous connais bien. J’étais en Algérie en même temps que vous. Mais j’étais de l’autre côté. Instituteur le jour et FLN la nuit. Un soir, il y a eu une attaque. Des morts. Des blessés. Mais pas vous. J’avais reçu ordre qu’aucun mal ne vous soit fait»

Mon père, surpris, lui demanda les raisons de cette bienveillance.

« Vous n’aviez pas l’esprit colon, Algérie Française. Chez vous, dans votre classe, avec votre épouse, les enfants étaient tous traités de la même manière. Vous respectiez nos familles, notre langue, nos fêtes religieuses. Un jour, j’ai même partagé la rupture du jeune du ramadan avec vous. Vous étiez le seul français présent ! Alors, le FLN vous a mis de coté, si je puis dire.

- Et si vous n’aviez pas reçu l’ordre ?

Ahmed a souri…

- Je l’ai reçu… Voilà... »

Oui, voilà…

Mes parents, ma mère, c’était ça. La bonté, le partage, la solidarité. Elle aussi aimait la petite fille aux pieds nus qui riait avec moi. Qui rit toujours avec moi…

Le dimanche, un rituel. Qui n’était pas la messe. Elle me prenait par la main et m’emmenait acheter un « palmier ». Ce biscuit saupoudré de sucre. Nous revenions par la promenade devant la mer. Puis remontions, en passant devant le cinéma Marhaba et ses grandes affiches annonçant les films proposés et à venir, vers la rue Guynemer. Je prenais le temps de ne terminer ma gourmandise qu’une fois arrivé à la maison. Le plaisir est quelque chose qu’il faut savoir faire durer. Sinon, à quoi bon…

« Ça va, mon fils ? Pourquoi es-tu si long à finir un si petit gateau ? »

Parce que je n’aime pas les fins maman… Parce que je n’aime pas les fins…

Plus tard, lorsque mon père aura décidé de vivre une autre vie avec une autre femme, j’accompagnerai ma mère dans d’autres promenades. Sans « palmier ». C’est moi qui tiendrai sa main pour l’empêcher de précipiter sa vie du haut d’une falaise. Mais cela, ça m’appartient…

Elle s’est éteinte discrètement. Sans plainte malgré la maladie. Les derniers jours, elle m’appelait « Monsieur ». Sa mémoire était allée rejoindre ses souvenirs et mon père parti quelques mois avant, le jour d’une rentrée scolaire, ces rentrées qui depuis restent pour moi tout à la fois d’immenses bonheurs et le chagrin toujours présent d’un père absent.

Ma mère aimait le soleil, le vent, la plage, les enfants et les amis à la maison…

Elle t’aurait tant aimée…

Christophe Chartreux

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A lire... Femmes et République - La Documentation Française

3 Mars 2021 , Rédigé par La Documentation Française Publié dans #Femme

Femmes et République | Vie publique.fr

A moins d’une semaine de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, la Documentation française publie un ouvrage ambitieux sur l’évolution de la place des femmes au sein de la République. Ce livre richement illustré, préfacé par Michelle Perrot et rédigé par quelques-unes des plus grandes spécialistes de l’histoire des femmes, retrace plus de deux siècles d’une conquête encore inachevée. Il explore les nombreux apports des femmes dans l’histoire d’une République où leur place n’est pas encore tout à fait égale à celles des hommes.

    « Entre la République et les femmes, il y a une alliance objective : faire que les « droits de l’homme » deviennent ceux de tous les êtres humains. L’ouvrage dessine une fresque qui devrait intéresser un vaste lectorat, intrigué par le silence de la République sur les femmes.

                                                      Un beau livre à mettre entre toutes les mains. » 
                                                                                                       
Michelle Perrot
                                

Préface                                                                                       Auteures

 

                                                                                                        Scarlett BEAUVALET

Michelle PERROT                                                                         Annie DUPRAT

                                                                                                        Armelle LE BRAS-CHOPARD

                                                                                                        Mariette SINEAU

                                                                                                        Françoise THEBAUD

 

Sommaire

 

La conquête des droits républicains, de la Révolution à la fin de la IIIe République

Des citoyennes sans citoyenneté sous la révolution

Le difficile accès aux droits politique (1800-1848)

Les promesses de la IIIe République (1870-1940)

Trois décennies paradoxales : 1914-1944

 

L’exercice du pouvoir, de 1945 à nos jours

La IVe République : l’espoir déçu des femmes (1944-1958)

Les femmes à l’épreuve de la Ve République (1958-1974)

La résistible inclusion dans la cité (1974-1997)

Vers la République paritaire (1997-2020)

 

Représenter la République

L’image de la femme dans l’art politique et républicain

La « première dame », quelle place dans la République

 

Chronologie

Bibliographie

Index

Présentation des auteures

 

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Sciences-Po Bordeaux : «J’ai été violée et l’administration a répondu par de la violence supplémentaire»

5 Février 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Femme

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EXTRAITS

«Libération» a pu s’entretenir avec une dizaine d’étudiantes de l’institut d’études politiques victimes d’agressions sexuelles ou de viols, le plus souvent lors de séjours académiques à l’étranger. Dans certains cas, ils auraient été perpétrés par leurs camarades. Toutes questionnent la prise en charge par l’institution.

Elle n’oubliera jamais la couleur bleue du mur.

Le sentiment de «tétanie». «L’humiliation.» Puis «l’anéantissement». Ce mois de septembre 2016, Brune (1) le garde gravé au fer rouge dans sa mémoire. La jeune étudiante de Sciences-Po Bordeaux explique avoir été violée à plusieurs reprises par un étudiant d’un autre institut d’études politiques (IEP) français, durant son année de mobilité dans un pays européen, lorsqu’elle était à peine majeure. Quatre années plus tard, le 23 janvier, Brune a choisi de briser le silence sur un groupe Facebook privé des étudiants de l’institut bordelais, galvanisée par la publication d’un autre témoignage. Libérée d’un poids, elle pointe en revanche la responsabilité de l’établissement dans l’aggravation de son mal-être : «J’ai été violée et l’administration a répondu par de la violence supplémentaire. […] Je me suis sentie abandonnée et niée dans ma chair et dans ma souffrance.»

Créé il y a deux semaines, ce groupe Facebook privé dédié à des étudiants de l’école accueille désormais près de 200 témoignages de victimes de violences sexuelles, avec cette phrase en étendard : «La honte change de camp.» Y sont relatés des viols, des agressions sexuelles, des affaires d’inceste, de revenge porn, de zones grises ou encore de stealthing (le retrait du préservatif sans l’accord du ou de la partenaire)… Seize étudiants mis en cause étaient scolarisés dans un IEP français au moment des faits, et certains le sont toujours. Seule une petite minorité de victimes a porté plainte. Au-delà des faits rapportés, c’est un système défaillant qui est mis au jour. Comment accueillir la parole des victimes ? Comment détecter leurs souffrances ? Ou, plus simplement : comment leur venir en aide ? Libération a pu s’entretenir avec une dizaine de jeunes femmes, actuellement étudiantes ou récemment diplômées de l’institut bordelais, pour tenter de comprendre les dysfonctionnements dans la prévention et la prise en charge des violences sexuelles. Toutes, anonymement, réclament a minima davantage d’«empathie», d’«écoute», d’«aménagements scolaires», et dénoncent un climat «peu propice à la prise de parole».

«Ne pas “salir” l’image de la maison Sciences-Po»

«Nous sommes stupéfaits par l’ampleur du phénomène. Encore plus face à cette nouvelle vague de témoignages», a réagi la direction de l’établissement auprès de Libération. Mardi, après une rencontre avec l’association féministe de l’institut, Sexprimons-nous, très mobilisée sur le sujet, le directeur, Yves Déloye, a tenu à saluer «le courage de toutes celles et tous ceux qui ont choisi de témoigner de ces actes odieux». Il a condamné fermement ces faits et leurs auteurs. Plusieurs dispositifs ont été déployés ces dernières années (cellule de veille, affichages, discours…), a-t-il rappelé, tout en ajoutant qu’il fallait «en poursuivre le développement, en ajouter de nouveaux et les adapter pour saisir tous les cas avérés». «Il faut une prise de conscience à la hauteur des drames», a-t-il martelé.

(...)

«Ma volonté, mon courage et ma douleur sont piétinés»

De plus en plus conscient du sexisme et des violences sexuelles qui gangrènent la société, et n’épargnent pas l’IEP de Bordeaux, l’établissement crée en décembre 2018 une cellule de veille et d’écoute. Depuis sa création, celle-ci a été saisie une vingtaine de fois. Deux cas ont abouti au licenciement d’un agent pour harcèlement sexuel et à une procédure judiciaire contre un étudiant. Mais des failles ont perduré. En janvier 2019, après plus de deux années de «terreurs» entrecoupées de «flashs», de phases de «dépression» et de «troubles alimentaires» liées à son viol par un camarade, Brune a elle aussi cherché de l’aide auprès de Sciences-Po Bordeaux, encore «trop fragile psychologiquement» pour porter plainte au commissariat. L’étudiante veut «connaître ses droits» et savoir s’il est possible d’«avertir» l’IEP où celui qu’elle accuse d’être son agresseur est scolarisé. Elle obtient un premier rendez-vous avec la chargée de mission égalité femmes-hommes de son école. Puis un deuxième. Dans un échange de mails du 6 mars 2019 que Libération a pu consulter, Brune explique s’être sentie «peu considérée et soutenue». Surtout, l’étudiante regrette que son interlocutrice ait «insisté» pour qu’elle porte plainte et qu’elle ait «pointé du doigt [ses] émotions pour remettre en cause [sa] lucidité et la pertinence de [sa] démarche».

(...)

Dans un mail daté du 17 mars, Brune demande un nouveau rendez-vous avec la cellule car elle a d’autres interrogations. Le lendemain, pour insister sur le caractère urgent de sa demande, elle précise dans un mail avoir été prise de «crises de tétanie». Un message qui restera sans réponse. Il faudra attendre plus d’un mois, le 29 avril, pour qu’on lui propose une rencontre. Sur ce délai, la direction reconnaît «une malheureuse erreur» – la cellule n’aurait pas vu le mail à temps. A bout de force, Brune finira par abandonner Sciences-Po quelques jours plus tard. Le 5 mai, l’administration «accuse réception de sa décision» dans un courrier et lui souhaite «bonne continuation».

Eva Fonteneau

(1) Tous les prénoms des victimes témoignant dans cet article ont été modifiés.

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

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Plus de 11 millions de filles pourraient ne pas retourner à l'école après la crise du COVID-19 (Vidéo)

31 Janvier 2021 , Rédigé par Unesco Publié dans #Education, #Femme

11 million.

That’s the number of girls who might not return to school this year due to COVID-19’s unprecedented education disruption. This alarming number not only threatens decades of progress made towards gender equality, but also puts girls around the world at risk of adolescent pregnancy, early and forced marriage, and violence. For many girls, school is more than just a key to a better future. It’s a lifeline.

Join UNESCO and members of the Global Education Coalition in a new #LearningNeverStops campaign to ensure that every girl is able to learn while schools are closed and return to the classroom when schools safely reopen. Let’s speak out for the 130 million girls who were already out of school before the pandemic, and work together to safeguard their right to education. It’s time to turn this crisis into an opportunity to build back equal. And it starts NOW!

                                                          __________________________________

11 millions

C'est le nombre de filles qui pourraient ne pas retourner à l'école cette année en raison de la perturbation sans précédent de l'éducation du COVID-19. Ce nombre alarmant menace non seulement des décennies de progrès accomplis vers l'égalité des sexes, mais expose également les filles du monde entier au risque de grossesse chez les adolescentes, de mariage précoce et forcé et de violence. Pour de nombreuses filles, l'école est plus que la clé d'un avenir meilleur. C’est une bouée de sauvetage.

Rejoignez l'UNESCO et les membres de la Coalition mondiale pour l'éducation dans une nouvelle campagne #LearningNeverStops pour garantir que chaque fille puisse apprendre pendant que les écoles sont fermées et retourner en classe lorsque les écoles rouvriront en toute sécurité. Prenons la parole pour les 130 millions de filles qui n’étaient déjà pas scolarisées avant la pandémie et travaillons ensemble pour sauvegarder leur droit à l’éducation. Il est temps de transformer cette crise en une occasion de reconstruire sur un pied d’égalité.

Et ça commence MAINTENANT!

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Grand entretien avec Najat Vallaud-Belkacem « Héroïser les femmes, ce n’est pas remettre en cause le système de domination masculine »

24 Janvier 2021 , Rédigé par Women Today Publié dans #Femme

Grand entretien avec Najat Vallaud-Belkacem « Héroïser les femmes, ce n’est pas remettre en cause le système de domination masculine »
Grand entretien avec Najat Vallaud-Belkacem « Héroïser les femmes, ce n’est pas remettre en cause le système de domination masculine »

EXTRAIT

L’ancienne ministre des Droits des femmes, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports qui fut aussi en charge du portefeuille de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche entre 2014 et 2017 signe chez Gallimard avec la philosophe Sandra Laugier La société des vulnérables, leçons féministes d’une crise, un court mais percutant ouvrage sur la manière dont la crise du Covid a porté un coup supplémentaire à la situation des « premières de cordée » alors qu’elle aurait pu et dû fournir matière à la réévaluer. Rencontre.

Dans La société des vulnérables, vous décrivez cet étrange paradigme qui fait que les personnes qui assument les fonctions les plus cruciales dans nos vies (soignant(e)s, employé(e)s de commerces essentiels etc…) ont tendance à déconsidérées. Comment notre monde a-t-il pu se construire ainsi ? Est-ce un constat que vous aviez déjà fait en tant que femme politique ?

Notre sentiment avec Sandra Laugier, c’est que la dépréciation des métiers en question tient précisément au fait qu’ils sont exercés par des femmes. Qu’ils sont au fond toujours perçus comme une extension du champ domestique avec toute la fantasmagorie qui accompagne ce champ (des tâches « gratuites » exécutées par altruisme sur le mode du bénévolat, de l’affect etc…) . Or ce qui relève du foyer, du domestique est à la fois toujours dévalorisé et toujours à la charge des femmes. Une enquête INED parue en juillet 2020 illustrait comment même les femmes cadres, dont on aurait pu penser qu’elles seraient un peu préservées de la vulnérabilité dont il est question dans le livre, ont en réalité, confinement oblige, très vite récupéré la très grande majorité des tâches domestiques, et ainsi vécu une expérience du télétravail imposé éprouvante et pesante … Qu’elles soient, par leur travail de soignante ou de caissière, directement exposées à la pandémie, ou qu’elles soient un peu plus préservées par le télétravail à domicile, partout les femmes ont vu leur situation se dégrader (et plus encore naturellement dans les pays les plus pauvres). Et parallèlement, leur parole devenir complétement inaudible : leur présence dans les médias, leur participation à la gestion politique de la crise, s’est réduite à peau de chagrin. Jusqu’à leurs publications scientifiques qui, elles aussi, ont connu une chute importante…

Estimez-vous que cette crise nous a amenés à porter un regard différent sur elles ?

Je suis assez désenchantée quand je vois la différence de perception de ces sujets entre le premier confinement, avec ses prises de conscience, ses salves d’applaudissements à l’attention de ceux qui se sacrifiaient pour nous, la multiplication des tribunes sur le monde d’après etc… et le deuxième confinement, où tout cela semble avoir disparu de nos horizons, même si cela peut se comprendre au regard des préoccupations des gens. Nous sommes passés à côté de cette fenêtre de tir que les prises de conscience du premier confinement (sur nos interdépendances, nos nécessaires solidarités, notre hiérarchie de valeurs inversées à repenser à tout prix etc…) nous avaient offert. Et la meilleure preuve qu’on est passés à côté, c’est qu’on n’a même pas été capables d’écouter la voix de celles qui fournissent pourtant le gros des bataillons de ce monde du care auquel on se disait si reconnaissants et qui est principalement habité par elles.

(...)

Propos recueillis par Bénédicte Flye Sainte Marie

En pratique : Le livre La société des vulnérables, leçons féministes d’une crise de Najat Vallaud-Belkacem et Sandra Laugier est paru dans la collection Tracts des éditions Gallimard le 24 septembre 2020 ( 3, 90 euros) 

A suivre en cliquant sur le lien ci-dessous

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