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Vivement l'Ecole!

environnement

" Ce n'est pas l'écologie qui est punitive, c'est l'inaction " - Camille Etienne / Vidéo

24 Mai 2023 , Rédigé par Médiapart Publié dans #Environnement

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A lire ... "Se tenir quelque part sur la terre - Comment parler des lieux qu'on aime" par Joëlle Zask

1 Avril 2023 , Rédigé par Libération Publié dans #Sociologie, #Environnement

Se tenir quelque part sur la terre - Comment parler des lieux qu'on aime -  broché - Joëlle Zask - Achat Livre ou ebook | fnac

Les paysages ne sont pas les arrière-plans décoratifs de nos vies, mais des lieux riches d’interactions qui contribuent à faire grandir les individus, autant que l’inverse, analyse la philosophe Joëlle Zask, spécialiste de la démocratie participative.

A Sainte-Soline (Deux-Sèvres) comme dans les manifestations de rue contre la réforme des retraites, s’entremêlent occupation d’un territoire, revendications démocratiques et écologiques, et participation active et sensible à un lieu. La philosophe Joëlle Zask, maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille, explore depuis deux décennies et plusieurs livres les liens entre citoyenneté et environnement, dont la Démocratie aux champs (la Découverte, 2016), Zoocities, des animaux sauvages dans la ville (Premier Parallèle, 2020) ou Se réunir : du rôle des places dans la cité (Premier Parallèle, 2022).

Selon cette théoricienne, pionnière de la démocratie participative, une troisième voie est possible entre une conception fusionnelle et identitaire du rapport à la Terre, et une vision libérale hors-sol synonyme d’exploitation sans limites. S’inspirant autant de Georges Perec que de l’attachement de Cézanne à sa Provence ou des Corses à leur île, elle plaide dans Se tenir quelque part sur la Terre, comment parler des lieux qu’on aime (Premier Parallèle) pour revivifier, par les mots, par les gestes ou par l’urbanisme, la fécondité des relations que l’on noue avec les lieux qui nous construisent, notamment publics.

Contre les mégabassines ou la réforme des retraites, l’occupation du terrain permet-elle de recréer du commun ?

Le rôle d’une manifestation ou d’un rassemblement est de rendre visible une quantité d’individus à un instant T, et les lieux ont une influence sur les manières de faire collectif. Beaucoup de nos places publiques invitent à l’entassement d’individus, aux masses et aux foules, fort peu aux publics. Des usages qui n’entretiennent pas de relation avec l’histoire de ces lieux. La place de la République à Paris est une ancienne place d’armes – dont elle a gardé un certain caractère, et celle de la Concorde est une place royale. On y circule et s’y croise plus qu’on s’y rencontre. Leur architecture est peu propice au partage et à la communication entre groupes pluriels ou personnes individuelles, comme c’est le cas sur la Grand-Place de Bruxelles ou la place d’Austerlitz à Strasbourg. C’est plutôt en s’étirant le long d’une avenue qu’un cortège se déploie de façon hétérogène, dans les manifestations où s’échelonnent les déguisements, les slogans, les pancartes, de la musique…

Comment un lieu peut-il contribuer à l’épanouissement démocratique des individus ?

C’est à partir d’une situation concrète qu’on peut avoir une action sur soi-même et sur le monde. Entre un individu et son environnement, il y a une continuité qui fait, je pense, le cœur d’une démocratie proprement écologique. Mais le vocabulaire courant pour qualifier ce lien, qui mobilise les notions de racine, d’appartenance, d’appropriation ou d’identité, me semble inadapté. Là où il y a fusion et identification, il n’y a plus d’interaction. A l’opposé, nous sommes habitués à une vision cosmopolite et «délocalisée» de la citoyenneté, sous prétexte qu’il y aurait un antagonisme entre l’influence des caractéristiques de notre milieu et la capacité à penser rationnellement l’universel.

On ne se demande pas assez quelle serait la «bonne architecture» pour accompagner les modes de vie démocratiques. Nous aurions au contraire intérêt à repenser une citoyenneté intégrant l’aménagement ou la préservation de nos espaces de vie commune, fondée sur la rencontre avec autrui mais aussi pourquoi pas, avec des plantes ou avec des animaux. A la manière d’un paysan qui cultive sa terre pour lui et pour les autres, ou d’un quartier traversé par des troupeaux, comme à Belleville où transhumaient des chèvres, autrefois.

Nous n’investissons pas seulement les lieux physiquement mais aussi affectivement

Les espaces porteurs d’une valeur affective sont des lieux d’expériences qui participent de la création de nous-mêmes, et qui sont en retour requalifiés par ces expériences, comme l’enfant qui se souviendra des plages où il faisait des pâtés de sable. En ce sens, à la différence des espaces publics dédiés à la représentation et au spectacle, dont celui du jeu politique, les lieux publics permettent de déployer une démocratie davantage participative.

Leur qualité démocratique se mesure à l’affection qu’ils suscitent, à leur accessibilité, à leur retrait par rapport au bourdonnement de la ville alentour, à la multiplicité des activités qu’ils rendent possibles : lire, jouer, converser, manifester, danser, se reposer, se rassembler… D’ailleurs, l’agora de l’Athènes démocratique, loin d’avoir été réservée à la seule assemblée des citoyens, revêtait cette fonction de sas entre travail, loisir, vie politique et vie privée. Elle était biscornue, fréquentée par toutes et tous, bruissante de vie.

A-t-on trop coupé les individus de ce lien affectif, en le figeant dans des représentations statiques ?

Non seulement la compétence des gens à «produire» les espaces qui leur conviennent est habituellement niée, mais l’importance que les lieux revêtent pour chacun est minimisée, rares étant ceux qui ont appris à la revendiquer et à la décrire. Il y a en France une inculture et un analphabétisme spatial criant, y compris chez les décideurs, chez les urbanistes et même chez les architectes. Quand vous mentionnez l’influence néfaste des espaces construits, on vous rétorque souvent que se les «approprier», les «requalifier», les «transgresser» est toujours possible.

Ce n’est pas le cas. Il y a, certes, des espaces qui libèrent notre potentiel, mais il y en a beaucoup d’autres qui l’amenuisent et nous enferment. Nous ne sommes pas étanches aux «signes» que les espaces envoient, loin de là. Comme les chats, dont l’espèce de chorégraphie qu’ils effectuent pour s’installer quelque part relève d’une fine exploration sensible, les enfants choisissent naturellement leur place ; ils expriment sans filtres s’ils se sentent à l’aise ou non, si un espace les protège ou les met en danger. Faute d’être encouragée, cette compétence est ensuite étouffée. Il n’est toutefois pas très compliqué de l’exhumer.

Comment les lieux continuent-ils alors de vivre en nous ?

Derrière notre sensibilité en berne et les expressions convenues se cachent des expériences singulières. Un lieu aimé est un accélérateur des expériences qui nous font «grandir» en intensifiant notre rapport au dehors et en amplifiant nos perceptions, nos libertés, nos capacités d’action. On peut aimer un lieu sans être taxé de chauvin ou d’esprit de clocher nationaliste. Les endroits qu’on aime ne sont pas l’arrière-plan plus ou moins décoratif de nos vies mais comme des partenaires, des interlocuteurs qui nous ouvrent des portes et participent à notre propre évolution. La formation de soi n’a jamais lieu nulle part mais toujours quelque part. L’espace est-il configuré de manière à vous singulariser comme personne ou au contraire à vous rendre interchangeable avec d’autres ? Voilà le genre de question qu’un vrai défenseur des libertés devrait se poser.

Pourquoi sommes-nous particulièrement liés aux lieux de notre enfance ?

Pour une raison assez simple qui n’a rien à voir avec l’origine, le sang, le sol, les racines : l’enfance est l’âge de l’exploration. Les enfants passent leur temps à explorer leur environnement sous toutes ses coutures. Ils en découvrent les plis et les replis, en jouent et les considèrent comme des partenaires de leurs jeux. Construire une cabane, grimper à un arbre, observer des plantes et des petits animaux, se cacher, pétrir la terre, mettre en scène des objets, collectionner… sont autant de façons de nouer avec un lieu des relations intimes et gaies. En revanche, les espaces rétifs à toute transformation constructive ne laissent pas de bons souvenirs. Cela explique que nous soyons en réalité nombreux à ne pas aimer le lieu de notre naissance ou de notre enfance…

Qu’est-ce qui rend certains environnements plus attachants que d’autres ?

Je dirais qu’il s’agit d’un mélange entre continuité et renouvellement. Par exemple, la langue que je parle dit quelque chose du lieu où je me trouve ; au fur et à mesure que je découvre ce lieu, elle s’enrichit de nouveaux termes, c’est un cercle vertueux. Les lieux accueillants nous acceptent comme nous sommes, en même temps qu’ils nous disposent à changer de monde, à s’intégrer. Se demander quelles pourraient être les architectures de l’accueil serait bien utile en démocratie, – qu’il s’agisse de facilitation administrative, du bureau d’accueil souvent peu accueillant d’un hôpital, d’une université ou d’un Ehpad. Personne ne peut éprouver de l’affection pour un lieu qui l’a mal accueilli, mis à l’épreuve ou rejeté.

Prendre soin de cette relation conduit aussi à prendre soin du lieu lui-même, et inversement, montrez-vous

Oui, c’est le point d’articulation entre la citoyenneté démocratique et les pratiques écologiques. L’usage des lieux suppose de les préserver pour des expériences ultérieures. Le jardin incarne par excellence cette figure marquante, qui tranche entre la sanctuarisation d’un côté et l’extractivisme de l’autre. Cultiver un jardin, c’est s’engager dans une histoire commune, le jardin conserve une grande marge d’imprévu auquel le jardinier s’ajuste.

Cela implique de changer de regard pour reconnaître la vie propre de ces lieux, loin de toute nostalgie ?

Oui, nos environnements abritent des rencontres qui sont aujourd’hui facilement empêchées, par certaines formes géométriques (cercle, damier) en design urbain, la sanctuarisation, le zonage, la planification rigide… ou la nostalgie. Celle-ci est un sentiment compréhensible pour les gens coupés des lieux qu’ils aimaient, mais il a le défaut de figer les souvenirs et de mythifier les lieux perdus. Or, qu’on le veuille ou non, les lieux changent. On ne retrouve jamais ce qui était là. D’où l’importance d’intégrer dans l’amour qu’on éprouve pour tel ou tel endroit la perspective de ses changements, comme on le fait à l’égard de nos enfants, dont il est normal de souhaiter qu’ils grandissent.

Quelle place les politiques publiques accordent-elles à ce lien ?

Malgré certaines recommandations européennes comme le «droit au paysage», presque aucune. Il n’y a pas d’espace public où faire valoir ce droit et obtenir la reconnaissance d’une blessure face à nos lieux malmenés. Il y a une très grande violence dans la privatisation des espaces urbains ou de leur spécialisation fonctionnelle, la distribution arbitraire de permis de construire, l’implantation d’éoliennes ou d’antennes 5G dans le champ de vision des habitants, et aussi dans le design despotique des lieux de travail, comme l’open space. «L’aménagement du territoire» est aveugle à ce qu’on pourrait appeler le sentiment de beauté. Nous sommes nombreux à nous occuper de nos espaces privés, de l’aménagement de notre salon ou de notre cuisine, mais nous avons abandonné nos droits et nos devoirs concernant les espaces dits publics. Il est urgent de les revendiquer et de les exercer.

Propos recueillis par Clémence Mary

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Être éco-délégués au collège ou au lycée : quels moyens d’action ?

28 Mars 2023 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education, #Environnement

Élection d'élèves Éco-Délégués - Lycée Stendhal

Être éco-délégués au collège ou au lycée : quels moyens d’action ?
Evelyne Bois, Université d’Orléans; Aurélie Zwang, Université de Montpellier et Mandarine Hugon, Université d’Orléans

Depuis 2020, chaque classe de collège et de lycée doit avoir élu un ou deux éco-délégués. Ils sont en quelque sorte des porte-parole des enjeux du développement durable auprès de leurs camarades et peuvent mettre en œuvre des actions en établissement telles que l’installation de composteurs ou la réduction du gaspillage alimentaire.

Notre analyse des cadrages institutionnels complétée par l’étude des discours tenus par les élèves révèle une tension entre injonctions et réalités du terrain. Prendre en compte le point de vue des élèves, en pleine construction de leur identité dans un monde en transition, met en lumière l’écart entre l’urgence de la situation désormais largement appréhendée par la jeune population et les avancées modestes dans les établissements scolaires.

Les éco-délégués : des demandes fortes de l’institution

En lien avec la politique de labellisation des établissements scolaires, le terme « éco-délégué », sans être précisément défini, apparaît pour la première fois en 2013 dans un texte ministériel. Aujourd’hui, les élèves éco-délégués sont des appuis pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD).

Ils sont incités à proposer leurs projets au sein des diverses instances représentatives aux échelles de l’établissement et de l’académie (comités de pilotages, conseils de vie collégien ou lycéen). Au niveau national, leurs actions peuvent être reconnues par le prix de « l’action éco-déléguée de l’année ») et mises en valeur comme exemples sur le site du ministère. Les éco-délégués doivent aussi acquérir des compétences qu’ils pourront faire valoir en tant que futurs citoyens et « acteurs économiques »

Le vade-mecum de l’éducation au développement durable précise que les éco-délégués ont pour rôle d’incarner les changements de comportements individuels et collectifs :

« Les éco-délégués, jeunes sentinelles volontaires en mouvement pour le développement durable, engagent leur disponibilité et leur implication par la définition et la poursuite d’objectifs quantifiables et/ou observables et l’adoption d’une attitude modélisante. »

Ces recommandations cadrent principalement l’éducation au développement durable dans une éducation aux bons comportements (écogestes) et à la bonne gestion de l’établissement scolaire (économie d’énergie, tri des déchets…). Les élèves se voient dépositaires d’une forte responsabilité vis-à-vis des problèmes sociaux et environnementaux.

Des petites actions mais pas à la hauteur des attentes

Afin de questionner l’expérience et le point de vue des éco-délégués, des entretiens auprès de 22 collégiens et lycéens ont été réalisés en 2021-2022, dans des contextes scolaires variés.

Quel que soit le niveau scolaire, les éco-délégués interrogés se sentent responsables et veulent agir dans leur établissement scolaire pour « aider/préserver la planète » en engageant leurs camarades et les adultes qui les entourent : « Toutes les actions au collège, j’essaie d’y faire participer ma famille » (collégienne).

Les élèves disent être amenés à faire des petites actions dans la classe (communiquer ; ramasser les papiers ; éteindre les lumières et ordinateurs…) et dans l’établissement (installer des poubelles de recyclage, trier des déchets, limiter le gaspillage alimentaire, correspondant plus à des éco-gestes liés à des pratiques anecdotiques qu’à des projets avec une portée sur le long terme.

Cela fait bien référence aux exemples d’actions proposées par les guides des éco-délégués, édités en 2021 par le ministère de l’Éducation nationale et l’Agence de l’environnement et la maîtrise de l’énergie. Les écodélégués y sont désignés comme étant des « décideurs », des « relais », des « garants », des « copilotes » et enfin, des « chefs de projet en herbe ». Ces termes et les illustrations employées construisent l’image d’un éco-délégué tel un « héros ordinaire ».

L’absence de réflexivité sur les actions réalisées, perçue chez les élèves interrogés, pourrait laisser supposer que le dispositif s’inscrit dans une orientation non « critique » de l’éducation, dans laquelle les élèves seraient des réceptacles des prescriptions comportementalistes de l’institution scolaire.

Des engagements mais des manques de moyens

L’engagement des éco-délégués interrogés est lié à une motivation forte d’agir pour l’environnement, de se sentir utile et d’être en accord avec les idées défendues pour qu’elles soient appliquées dans leurs différents lieux de vie : « Je me sens très concernée par le changement climatique et j’avais vraiment envie d’agir pour changer les choses », observe ainsi une lycéenne. « On se rend compte qu’il y a des problèmes, qu’il faut aider notre planète et même la biodiversité, etc. Et je pense qu’il faut quelqu’un pour représenter ça », ajoute un lycéen.

C’est bien une vision à grande échelle qui semble motiver les élèves, au-delà des actions au sein d’un seul établissement scolaire. Ces élèves ont des projets à long terme, visant notamment une ouverture au monde et parviennent à les concrétiser dans certains établissements (collectes pour des associations ; marche de la propreté ; « solidarité pour le Congo »).

Un décalage est donc constaté entre leurs aspirations et les objectifs de l’institution, visant l’application des textes officiels, dont la labellisation des établissements scolaires. D’ailleurs, les élèves interrogés n’ont pas connaissance de l’existence de cette labellisation.

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Les rôles prescrits par l’institution scolaire ne correspondent pas toujours à la réalité du terrain. De nombreuses contraintes semblent empêcher les élèves de réaliser pleinement leurs missions.

Les élèves interrogés signalent notamment leurs difficultés à communiquer, à valoriser leurs actions auprès des autres élèves : « je leur en parle vite fait, mais je pense pas qu’ils y font attention, je crois qu’ils s’en fichent un peu », note un collégien. En outre, le rôle d’éco-délégué perd en légitimité lorsque celui du délégué de classe est considéré comme plus important : « les gens sont souvent en train de nous dire qu’on est un peu inutiles, que de toute façon il y a les délégués qui proposent déjà des idées ».

Lauréat prix de l’action éco-déléguée 2021 catégorie collège (Collège Courteline, Paris).

Nous constatons par ailleurs des obstacles à la prise de décision. Quand les collégiens disent avoir du mal à faire des choix sur les actions à réaliser, les lycéens rappellent leurs contraintes de temps mais aussi l’absence de diagnostics qui permettraient de réfléchir à des projets liés aux besoins réels de l’établissement.

Quel espace de liberté créative leur est-il offert afin qu’ils puissent devenir « acteurs et auteurs », combiner l’action et la réflexion, et ainsi participer au changement ? Proposer cet espace implique un réel changement des pratiques éducatives. Il paraît essentiel de questionner la place accordée aux éco-délégués en fonction des contextes scolaires.

La nécessité d’une meilleure intégration dans l’établissement

Nos études montrent que les éco-délégués sont davantage motivés et sont force de propositions pour agir lorsque les professionnels leur font confiance, les considèrent comme capables de penser et d’agir, les accompagnent dans leurs questionnements, valorisent leurs actions au sein de l’établissement, notamment en explicitant leurs rôles et missions.

De même, la participation des éco-délégués aux instances permet de découvrir le fonctionnement de l’établissement, de savoir à qui s’adresser pour la réalisation de projets et de s’adapter aux besoins de l’établissement. Enfin, le travail collectif réalisé lors de réunions ou de formations leur permet de faire des rencontres (ouverture aux autres), de se sentir appartenir à un groupe et valorisés en tant que personne à part entière.

Considérer [la parole des élèves] et développer des politiques d’établissements volontaristes paraît essentiel pour permettre aux écodélégués d’être pleinement acteurs mais aussi pour développer une éducation au développement durable adaptée à leurs fortes attentes. Pour ce faire, les professionnels sont essentiels et il parait indispensable de questionner désormais la façon dont ils considèrent leur rôle d’accompagnement auprès des éco-délégués.The Conversation

Evelyne Bois, Maîtresse de conférences en sciences de l'éducation et de la formation, Université d’Orléans; Aurélie Zwang, Maître de conférences en sciences de l'éducation et de la formation. Éducation à l'environnement. Didactique des sciences, Université de Montpellier et Mandarine Hugon, Maître de conférences psychologie sociale du développement et de l'éducation, Laboratoire ERCAE, Université d’Orléans

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Des élites scolaires face à l’enjeu écologique

15 Mars 2023 , Rédigé par La Vie des Idées Publié dans #Education, #Environnement

Un besoin criant de formation des managers publics sur les enjeux  écologiques | À la une | Acteurs Publics

EXTRAIT

La médiatisation des diplômés des Grandes écoles optant pour une carrière alternative correspond-elle vraiment à une tendance de fond à la fuite vers des aspirations professionnelles écologiques et sociales ? Une enquête récente sur ces étudiants d’élite fournit des éléments de réponse.

En 2022, des cérémonies de remise des diplômes – à Agro ParisTechHECPolytechnique, ou encore Sciences Po Paris – ont été le théâtre de nombreuses prises de parole étudiantes qui dénonçaient la trop grande timidité des formations de l’enseignement supérieur à l’égard des enjeux environnementaux, et leur responsabilité dans la destruction des conditions d’habitabilité de la terre, par le biais de leur participation à un système économique non viable. Ces discours, très médiatisés, font écho aux mobilisations écologiques qui, depuis quelques années, émergent dans les grandes écoles. En 2018, des élèves d’HEC, l’École normale supérieure, AgroParisTech et CentraleSupélec s’étaient d’ailleurs réunis pour publier un « manifeste pour un réveil écologique », afin d’exprimer la volonté de choisir leurs employeurs sur des critères environnementaux, et d’appeler à une meilleure intégration des enjeux écologiques dans leurs formations.

Ces mobilisations interrogent d’autant plus que les grandes écoles sont des établissements porteurs d’une perception très hiérarchisée du marché du travail, qui associe l’emploi au prestige social et à la réussite professionnelle (Bès et al., 2022) et incarnée par les parcours de leurs anciens élèves, particulièrement présents parmi les cadres d’entreprise, les ingénieurs, les chefs d’entreprise ou encore les hauts fonctionnaires (Bourdieu, 1989 ; François, 2010 ; Denord et al. 2011). Dans ce contexte, certains étudiants de ces établissements « d’élite » se détourneraient du monde des grandes entreprises (Tasset, 2021), incarnant la fragilisation du « nouvel esprit du capitalisme » (Boltanski & Chiappello, 1999) face au renouveau de la critique écologique (Chiappello, 2013),. Si les différentes mobilisations qui existent dans les grandes écoles n’ont pas toutes le même degré de radicalité, cet essai revient principalement sur la frange « réformiste » de ces étudiants engagés. Au sein de leurs écoles ou à l’extérieur, il s’agit plus particulièrement des élèves qui s’investissent dans des collectifs ou dans des associations dont l’objectif est de transformer les pratiques des établissements et des entreprises en adoptant une posture accompagnatrice : il s’agit alors plus d’aider à faire évoluer les institutions que de s’opposer à elles de manière frontale. De plus en plus fréquentes dans l’espace public, ces mobilisations témoignent autant d’une conscience écologique des jeunes diplômés que de la visibilité spécifique des étudiants des Grandes écoles dans le champ de l’enseignement supérieur et, comme le prouve le grand nombre de manchettes de presse sur le sujet, au-delà.

Or, les rapports de la Conférence des Grandes écoles sur l’insertion des jeunes diplômés invitent à relativiser l’idée d’une défection généralisée ou même d’une désaffection réelle des étudiants pour les grandes entreprises. Depuis 2018, ces enquêtes pointaient d’ailleurs une relative stabilité de la proportion d’étudiants intégrant une « grande entreprise » en sortie d’étude (Allain & Bouyer, 2022). En 2021, 28,8 % des diplômés ingénieurs et 33,7 % des diplômés managers se sont dirigés vers une entreprise de plus de 5 000 salariés. On s’aperçoit également que la politique de Responsabilité sociale des entreprises (RSE) n’est pas vraiment prise en compte par les étudiants dans leurs aspirations professionnelles : seulement 5,5 % d’entre eux accordent une importance première à ce critère dans le processus de sélection de leur emploi en 2021, reléguant ainsi l’unique référence aux enjeux socio-environnementaux en bas de l’échelle de priorisation des aspirations professionnelles des étudiants.

(...)

Erwan Franchon

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Du service militaire au service à la Terre

5 Mars 2023 , Rédigé par Huffington Post Publié dans #Environnement

Demain, c'est nous - Plaidoyer pour l'éducation au changemen - Dernier  livre de François Bernard - Précommande & date de sortie | fnac

EXTRAITS

Et si l’on inventait le « service à la Terre » ? C’est la proposition de François Bernard qui vient de publier avec la glaciologue Heïdi Sevestre le livre « Demain c’est nous » aux Editions du Faubourg.

ENVIRONNEMENT - Et si l’on rétablissait le service autrefois dit militaire dans une version plus actuelle, plus en lien avec les urgences du moment… Et si l’on inventait le « service à la Terre » ? Humains et non-humains, nous sommes tous concerné·es par le changement climatique, qu’on le veuille ou non. Chacun de nous aura dans un avenir très proche à se confronter à des bouleversements qui viendront directement impacter de nombreux domaines du quotidien.

Ce n’est pas seulement une histoire de météo, ce sont aussi notre alimentation, notre santé, nos lieux de vie, notre relation au monde… Tous les domaines qui touchent à la vie sur Terre vont être bousculés, transformés et parfois disparaître.

(...)

Il est temps pour nos sociétés, nos gouvernements, de faire face à la réalité. Aux écoles de former à entrer dans la vie et non dans un système qui s’effondre. Si le service militaire a mobilisé autant de moyens pendant autant de temps, pourquoi un service à la Terre ne serait-il pas possible au nom d’un défi non moins grand que la défense de notre pays, la défense de notre espace vital, la défense de notre vie sur la Terre ?

François Bernard

Texte complet à lire en cliquant ci-dessous

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Lycée + biodiversité : même combat !

3 Février 2023 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education, #Environnement

Idées de nature ?

Des élèves du lycée Paul Rey à Nay, dans les Pyrénées-Atlantiques, sont mobilisés pour qu'un maximum de terrains en France soient convertis à la "libre-évolution", c'est-à-dire qu'on ne touche à rien et laisse la nature se développer sans intervenir d'aucune façon. Ils lancent un appel !

Ils sont une vingtaine, comme Thaïs, en 1ère STMG, filière pro gestion management économie et droit : des élèves du lycée Paul Rey à Nay, près de Pau, en plein Béarn, engagés pour la biodiversité. Leur projet : “trouver des terrains à placer en libre-évolution”. « Un lieu où l’homme n’intervient pas sur la nature, de quelque manière que ce soit, » expliquent-ils, «la chasse, la pêche, la cueillette ou la coupe d’arbres sont interdites. »

« Les espaces en libre évolution, ça capte le CO2*. Ça permet de* réduire l'érosion, de réduire les sécheresses, à redistribuer l'eau de façon plus équilibrée. » Raphaël, élève de Terminale, a bien retenu tout ce qu’il a appris depuis 2 ans, et c’est tant mieux. Ces terrains en libre évolution sont, en fait, des terrains où on ne touche à rien, on laisse tout pousser, faire sa vie. « On a pu prendre conscience de tout ça, mais c’est vrai que le grand public n'est pas du tout sensibilisé à ça. Et souvent, quand on parle à des gens, leur dit de ne plus rien toucher, ils nous regardent et haussent les sourcils. » Ild se sont d’abord adressés aux élus, comme l’explique cette fois Alex : « On s'est dit que le plus facile, ce qui pouvait le plus nous apporter des terrains, c'était de contacter les maires qui sont autour de nous, parce que, quand on est dans la ruralité, il y a pas mal de communes. Et on a été très surpris par leur accueil, parce qu'on pensait vraiment qu'on allait se faire recaler un peu partout, mais finalement, ça va. Il y a quand même, sur 29 mails, une dizaine de réponses. Et aujourd'hui, il y a 3 communes qui nous ont proposé des terrains donc rien n'est acté pour l'instant, mais des terrains sont proposés et c'est déjà passé dans certaines communes, même en Conseil municipal. »

4 hectares en vue… Mais ils ne comptent pas s’arrêter là : « En vrai, ça serait, tout d'abord, d'avoir plein de terrains ici, mais notre 2ème souhait serait qu’il y ait des gens qui écoutent la chronique et qui se disent “Ah, mais, ça serait super bien de mener le même projet chez nous ! ” et que le projet se démultiplie partout en France ; et nous, on est prêt à aider*. Bien sûr, si ça intéresse des gens, on a plein de dossiers, on a plein de recherches qu'on a faites et qu'on peut partager, s'il le faut. »* Voilà ces lycéennes et lycéens vous lancent un appel : si vous avez des terrains, n’importe où en France, contactez-les ! « On prend tout ce qui passe. L'idéal, c'est sûr, c'est un plus grand terrain en forêt, par exemple. Mais vraiment comme je l'ai dit, vraiment tout ce qui passe, même si c'est un champ d'une centaine de mètres de carré, même ça, on prend. On recherche tout type de terrain*. »* Pour les inscrire, les inventorier sur un fichier national et faire en sorte que l’objectif européen de 10 % de terrains en libre-évolution soit atteint (en France, on serait plutôt à 0,6 % aujourd’hui). Ils suivront aussi les évolutions, quelles espèces apparaissent par exemple. Andrea, motivé comme les autres à la base par leur prof de SVT Corinne Lamaille qui en avait un peu marre de la déprime, veut faire avancer les choses

« On voit en ce moment à la télé que ce n'est pas génial ce qui se passe au niveau de la nature donc c'est un peu notre futur aussi. Donc c'est vrai que c'est une cause qui me tient à cœur, parce que c'est un domaine qui m'intéresse. J'aimerais bien travailler là-dedans, mais également parce que ça nous concerne, nous les jeunes*. »* Et Alex, elle, ajoute : « Moi, je vois qu'il y a des endroits, autour de chez moi, qui commencent à disparaître et ça me fait un peu peur. Du coup, c'est vrai que de m'engager dans ce projet, je me dis “Bon bah au moins j'agis. Je fais quelque chose*. ” Ça permet aussi* de lutter*, pour beaucoup d'entre nous,* contre une petite éco-anxiété*. »* Lutter contre l’angoisse par l’action, c’est la clé. Mais tous leurs camarades ne sont pas forcément à fond, Thaïs l’a bien constaté. « Je sais qu'en début d'année, quand j'en ai parlé dans ma classe, j'ai eu peur d'être jugée. Mais au final, ça ne leur a pas fait grand-chose. » Et Calixte, en seconde, qui vient de rejoindre le groupe, enchaîne : « Ils s'en fichent un peu de protéger la nature. Ils ne veulent pas venir. Ça ne les intéresse pas. »

Il y a encore un peu de chemin à faire pour que s’engager pour la biodiversité, motive tout le monde. « C'est vrai que c'est pas mal, que, justement, vous nous interviewez, parce qu’ils vont se dire “ Ah oui, c'est vrai que nous aussi à notre âge, on peut faire quelque chose . » Ces élèves espèrent convertir un maximum de gens « Nous, notre objectif, c'est que plus personne ne touche plus à rien en France, que toute la France soit en libre évolution . Ce serait notre rêve » lance Raphaël, et appliquent le principe d’abord à eux-mêmes, et à leurs parents, comme Andrea. « Non, ça va, ils sont assez sensibilisés là-dessus, ils ne tondent pas leur pelouse comme des Américains ! »

Pour contacter le lycée Paul Rey à Nay : 0559619342 ou ce.0640046c@ac-bordeaux.fr ou encore corinne.lamaille@lyceeconnecte.fr !

Camille Crosnier

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Réveil écologique des grandes écoles : ce que nous ont appris les discours de jeunes diplômés

10 Janvier 2023 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education, #Environnement

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Réveil écologique des grandes écoles : ce que nous ont appris les discours de jeunes diplômés
Polytechnique : Voies/voix d’X face à l’urgence écologique et sociale. Capture d'écran/Youtube
Morgan Meyer, Mines Paris

Pointant des formations « biaisées », lançant des appels à « déserter », exprimant des sentiments d’« éco-anxiété » et des critiques du « greenwashing », différentes prises de parole lors de cérémonies de remise de diplômes dans les grandes écoles ont marqué les esprits en 2022. Le discours des huit « déserteurs » d’AgroParisTech avait ouvert le bal le 30 avril 2022.

Plusieurs allocutions ont suivi, dont celles d’Anne-Fleur Goll et de Camille Fournier à HEC en juin 2022, d’un collectif à l’ENSAT et de plusieurs promotions de Polytechnique le même mois, ou encore d’un collectif à Mines Paris et d’Albane Crespel à l’ESSEC.

Derrière des formats similaires, ces discours se situent-ils vraiment tous dans la même lignée ou font-ils émerger des positionnements différents ? Les replacer dans une chronologie permet d’en faire ressortir les logiques et de cerner ce qui a fait école et ce qui divise.

Des plaidoyers personnalisés

Les discours sont tous très personnels et font apparaître explicitement les émotions et états d’esprit des orateurs, que ceux-ci soient positifs (enthousiasme, passion, fierté, détermination) ou négatifs (peur, éco-anxiété, malaise, tristesse). Plusieurs mots reviennent souvent, comme les « doutes » et l’« anxiété » des étudiants, tout comme leurs « engagements » et « responsabilités ».

Les discours pointent tous une entité macroscopique – le « système », le « monde » – et estiment qu’il faut la « changer » et la « transformer ». Les problèmes identifiés sont globalement les mêmes : changement climatique, perte de la biodiversité, inégalités sociales, pollution. Pris dans leur ensemble, ces discours affichent le même style : ce sont des plaidoyers personnalisés, émotionnels, critiques et réflexifs sur l’état du monde qui proposent certaines pistes pour le transformer.

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Il faut saisir ces discours dans leur historicité, car deux d’entre eux ont fait date et contribué à impulser une dynamique. Tout d’abord, il y a celui de Clément Choisne à Centrale Nantes, en novembre 2018, qui critique l’obsolescence programmée et la surconsommation, tout en appelant à plus de sobriété et d’éthique. Ce discours a inspiré de nombreux élèves en instituant un nouveau genre de prise de parole.

Ensuite, les déserteurs d’AgroParisTech ont largement contribué à populariser ce type de prise de parole, tout en instaurant une certaine grammaire : les mots « déserter » et « bifurquer » sont dorénavant des points de passage quasiment obligés de ce type de prise de parole.

Des propositions différentes

On peut différencier trois degrés de critique. Il y a des discours qui font des critiques fortes (ceux prononcés à Centrale Nantes, AgroParisTech, l’ENSAT, Polytechnique et à l’ESSEC). L’accusation y est radicale et sans réserve : l’industrie, le capitalisme, l’école et la formation des élèves sont directement et conjointement critiqués. Les déserteurs d’AgroParisTech, par exemple, critiquent à la fois leur formation, l’agro-industrie, le capitalisme, les start-up et des termes comme transition, en parlant de « ravage » et de « jobs destructeurs ».

D’autres discours sont plus nuancés dans la critique, comme ceux prononcés à HEC, dans lesquels le « système » est pointé du doigt, alors que l’industrie et la formation ne sont que peu critiquées. Enfin, le discours de Mines Paris est relativement positif. Malgré certaines remarques critiques (« le solutionnisme technique ne suffira pas »), il est largement axé sur l’engagement.

Discours d’Anne-Fleur Goll (HEC Graduation, 2022).

Les solutions proposées sont, elles aussi, différentes. D’un côté, il y a des discours qui estiment qu’il faut sortir du système : qu’il faut s’en « écarter » (Centrale Nantes), « bifurquer » (AgroParisTech, ENSAT), « boycotter » (ENSAT), « miner les lobbys et entreprises, stopper l’agro-industrie » (ESSEC). De l’autre, il y a ceux (à HEC et aux Mines) qui se placent dans une optique moins disruptive, et appellent plutôt à changer le système de l’« intérieur », tout en utilisant un vocabulaire axé sur la responsabilité.

Quelque part entre ces deux positions, les discours prononcés à Polytechnique estiment que « toutes et tous » peuvent contribuer aux évolutions, « en changeant le système de l’intérieur ou en désertant » et ne souhaitent « pas prôner un chemin plutôt qu’un autre ».

Le positionnement par rapport à la formation diffère aussi. Ainsi, les élèves de Mines Paris remercient leur école pour avoir pu « bénéficier d’une formation de grande qualité », alors que les déserteurs d’AgroParisTech dénoncent « une formation qui pousse globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours ». Le discours à l’ENSAT, plus modéré, fait un plaidoyer pour plus d’interdisciplinarité et pour l’intégration de savoirs pratiques.

Un terme central : bifurquer

Parmi les mots fréquemment utilisés, il y en a un qui sort du lot : « bifurquer ». Il est, tout d’abord, utilisé dans le discours à AgroParisTech, dans lequel bifurquer est un choix professionnel et personnel : « à vous de trouver vos manières de bifurquer » conclut le discours.

Dans le discours de Camille Fournier (HEC), le terme est utilisé pour s’adresser à un public plus large : pas seulement les jeunes diplômés, mais aussi les personnes qui travaillent dans des entreprises. Le terme a ici une connotation plus positive, et moins radicale, en étant juxtaposé au mot ensemble : « Let’s branch-out together ! » Ce faisant, Fournier a déradicalisé et désingularisé le terme.

Dans le discours à l’ESSEC, bifurquer est utilisé dans un sens très similaire à celui des déserteurs. Cependant, l’accent est mis sur l’indignation, avec une référence à Stéphane Hessel, auteur de Indignez-Vous !.

C’est dans le discours à l’ENSAT que le terme bifurquer est le plus amplement discuté. Une triple définition est donnée : faire différemment (prendre une autre voie, changer de monde, quitter des projets), critiquer (questionner, interroger) et créer du lien. Le discours de l’ENSAT pluralise donc la signification du mot bifurquer, en le faisant désigner à la fois le fait de changer, de critiquer et de créer du commun.

Si le terme « déserter » est utilisé de façon plus constante et singulière à travers les discours, le terme « bifurquer » a une biographie plus complexe. Il a été publicisé et politisé par les déserteurs d’AgroParisTech, puis maintes fois référencé, redéfini, réinterprété et critiqué.

Entre désertion et engagement

Dans beaucoup de médias, les discussions se sont focalisées sur la portée critique et la radicalité des discours. Toutefois, ces derniers ne peuvent se résumer à la critique. Les étudiants font preuve d’une double stratégie d’attachement et de détachement : ils pointent du doigt les problèmes écologiques et prennent leurs distances avec le « système » actuel, tout en affirmant ce à quoi ils tiennent : leurs choix professionnels, leurs valeurs, leurs façons de voir le monde.

À côté des critiques du monde existant, il faut donc aussi retenir tous ces éléments positifs, engagés, ouverts, qui décrivent un monde à faire advenir. C’est ce double jeu entre désertion et engagement, entre critique et espoir, entre le niveau personnel et le niveau institutionnel qui explique, en partie, la force rhétorique des énonciations.

Malgré le fait qu’on observe une certaine remise en question des sciences, on ne décèle pas de posture formellement anti-scientifique dans les discours. Les discours, même les plus critiques, proposent plutôt un décentrement des sciences. La formule « la technologie à elle seule ne nous sauvera pas » est illustrative : il ne s’agit pas de faire sans la science, mais de ne pas la laisser œuvrer « seule ».

Cérémonie de remise de diplômes 2022 aux Mines de Paris.

On peut parler ici d’écologisation de la science, dans deux sens du terme. Premièrement, les discours appellent à ce que les problématiques de l’écologie et du changement climatique soient amenées à occuper une place plus centrale dans les cursus. Deuxièmement, l’écologie – dans le sens de Star et de Griesemer - des sciences est importante : il faut considérer les problèmes de façon anti-réductionniste, en replaçant les sciences dans leur écosystème plus large et en mettant le projecteur sur les relations entre les sciences, la société et le politique. L’écologisation des sciences est à la fois une question de contenu pédagogique et une question de posture épistémique.

Le détournement du slogan de Polytechnique « Pour la patrie, les sciences et la gloire » en « Pour l’humanité, le vivant et l’avenir » exemplifie ce changement de posture. La science et la nation ne sont plus centrales, mais cèdent la place à la préoccupation pour le – et le care du – monde vivant.

Peut-on peut parler de « réveil écologique » des ingénieurs et des étudiants ? Les discours analysés ici doivent en effet être replacés dans un contexte plus large, avec le lancement d’associations comme Ingénieur·e·s Engagé·e·s (en 2017) et Les Désert’heureuses (en 2022), la publication de tribunes collectives, des manifestes, ou livres grand public sur le sujet.

On comprend alors mieux les controverses et débats suscités par les discours, car ils touchent à la substance même de ce qu’est un ingénieur. D’un côté, une vision de l’ingénieur comme une figure moderniste, qui contrôle, qui conçoit des solutions et qui évacue toute forme de sentiment. Rappelons l’analyse d’André Grelon des ingénieurs comme « unis par une même foi en l’objectivité technicienne et dans l’amour du bel ouvrage et du progrès scientifique ». De l’autre, une vision de l’ingénieur comme une figure écologiste, qui est à l’écoute et qui peut douter, qui prend soin et qui explicite ses sentiments et ses attachements.The Conversation

Morgan Meyer, Directeur de recherche CNRS, sociologue, Mines Paris

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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« Dis-moi, pourquoi il y a le réchauffement climatique ? » - Le podcast qui répond aux questions des enfants

29 Décembre 2022 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Environnement, #Jeunesse, #Education

Les conséquences du réchauffement climatique

« Dis-moi, pourquoi il y a le réchauffement climatique ? »
Benoît Tournadre, Mines Paris

La surface de la Terre se réchauffe, on observe ce phénomène presque partout sur la planète, mais il est très différent selon les endroits. Par exemple, les températures du pôle nord augmentent plus vite qu’ailleurs. Le changement climatique est dû aux fameux gaz à effets de serre, qu’est-ce que c’est ? Comment cela fonctionne ? Et surtout comment lutter contre ?


Les enfants posent naturellement beaucoup de questions, ce qui correspond à un besoin essentiel de comprendre l’environnement dans lequel ils évoluent. Depuis 2019, notre média propose des articles de vulgarisation scientifique à destination des plus petits et de leurs parents. Réalisés avec des chercheurs, ils répondent à des questions posées par les enfants et apportent des explications claires et ludiques à leurs interrogations. Retrouvez l’ensemble des réponses à ces questions dans « Dis-moi, pourquoi… ? » Le podcast qui répond simplement aux questions des enfants.

Crédits : Une production Making Noise par Making Waves et The Conversation France. Conception, Benoît Tonson et Fabrice Rousselot. Direction artistique, Alexandre Plank. Coordination, Hervé Marchon. Réalisation, Romain Masson assisté de Rodrigue Dibanzila et Momar Fall. Musique, Emma Esdourrubailh. Mixage, Martin Delafosse.

Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science, qui a lieu du 1er au 11 octobre 2021 en métropole et du 5 au 22 novembre 2021 en outre-mer et à l’international, et dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition a pour thème : « Eureka ! L’émotion de la découverte ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.The Conversation

Benoît Tournadre, Chercheur post-doctoral en sciences du climat et de l’environnement, Mines Paris

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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"Jusqu'à 10°C dans les classes" : face à la flambée des prix de l'énergie, les communes peinent à chauffer les écoles

1 Décembre 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Environnement

"Jusqu'à 10°C dans les classes" : face à la flambée des prix de l'énergie, les communes peinent à chauffer les écoles

Depuis plusieurs semaines, de nombreux enseignants et parents d'élèves se plaignent des températures dans les classes. A l'origine de ce retard à l'allumage, l'explosion des prix de l'énergie pour les mairies.

Il y a quelques jours encore, écharpes et gants étaient indispensables pour les élèves de l'école élémentaire du Bois Bohy d'Evreux (Eure). Pas seulement dans la cour, mais jusque dans les salles de classe. "En arrivant avec ma fille un matin de cette semaine, l'enseignant m'a prévenue qu'il faisait 12°C, raconte Marie*, mère d'une élève de CE2, mercredi 23 novembre. Exceptionnellement, les enseignants ont laissé les enfants garder leurs écharpes et leurs gants en classe." Dans l'école de sa fille, le chauffage vient à peine d'être correctement réglé.

Elle n'est pas la seule. Partout en France, de nombreuses écoles ont constaté le même retard. A Limeil-Brévannes (Val-de-Marne), il a fallu attendre le 28 octobre pour que tous les établissements scolaires soient chauffés, après plusieurs semaines de plaintes répétées des parents. "Les enfants ne peuvent pas apprendre dans de telles conditions", dénonce Eric Labastie, président de la FCPE. Si le problème du chauffage se pose chaque année dans de nombreux établissements vétustes, la crise énergétique complique la donne. Plusieurs mairies interrogées par franceinfo affirment devoir économiser pour tenir leur budget et faire face à l'explosion des factures.

"Les enfants doivent s'habituer à ces conditions"

Dès le début du mois d'octobre, la colère est montée dans les écoles de Limeil-Brévannes. Les températures estivales avaient commencé à laisser place à la fraîcheur de l'automne. Mais dans les salles de classe de plusieurs écoles, élémentaires comme maternelles, les radiateurs restaient froids. "Des parents ont fait des relevés de température, on était à 10-12°C", assure Audrey Gouffé, vice-présidente de l'association locale de parents GIPE.

L'association décide alors de rédiger une pétition pour exiger l'allumage du chauffage dans les classes. Malgré des relances, la demande reste lettre morte. "La mairie nous a dit qu'étant donné la situation, les enfants devaient s'habituer à travailler dans ces conditions", assure Audrey Gouffé.

A Limeil-Brévannes, les élèves de petite section, qui ont classe dans des préfabriqués mal isolés, grelottent. "Lorsque les températures baissent, les préfabriqués sont les premiers touchés", illustre Diana, mère d'un enfant de 4 ans dans une école de la ville. Elle explique avoir à plusieurs reprises contacté les services de la mairie, qui lui ont répondu que les classes se réchauffaient souvent à la mi-journée. Un argument "irrecevable" pour ce type de bâtiments "mal isolés", objecte la mère.

"On ne peut pas laisser les enfants faire la sieste sans chauffage."

Audrey Gouffé, parent d'élève et vice-présidente de l'association GIPE à franceinfo

Impuissants, les instituteurs conseillent aux parents de "bien couvrir" leurs enfants, et de "multiplier les couches" de vêtements. Dans l'école du fils de Diana, le personnel prévient les parents des faibles températures en classe à l'aide d'affiches accrochées à la grille. Le lendemain, la mère décide de retirer son fils de classe, pour éviter qu'il tombe malade. "10°C pour un élève de 4 ans, je trouvais ça inadmissible, déplore-t-elle. Cela faisait deux jours que mon fils se plaignait d'avoir froid à l'école, je me suis sentie idiote de ne pas l'avoir cru."

Couvertures et chauffages d'appoint

Des solutions ponctuelles sont proposées pour pallier le froid. Limeil-Brévannes fournit des couvertures aux établissements dès la mi-octobre, puis des chauffages électriques d'appoint pour les préfabriqués. "Certains chauffages ne fonctionnaient déjà plus au retour des vacances de la Toussaint", selon Audrey Gouffé.

Comme à Limeil-Brévannes, d'autres écoles ont dû s'armer de patience. A Limoges, les enfants ont également fait l'expérience de faibles températures dans les salles de classes, lors de la rentrée des vacances de la Toussaint. A Evreux, c'est presque "de force" que le chauffage est finalement activé dans les écoles maternelles, le jour où des parents bloquent des établissements, le 27 septembre, comme le rappelle Paris-Normandie. Mais dans plusieurs écoles élémentaires d'Evreux, il faut attendre plusieurs semaines après le retour de vacances scolaires. La mairie leur avait pourtant donné la date du 15 octobre pour l'allumage du chauffage.

Interrogée par franceinfo, la municipalité d'Evreux justifie ce report par la nécessité de réduire ses dépenses énergétiques dans le cadre d'un plan de sobriété adopté à l'automne. Parmi une trentaine de pistes retenues pour limiter les dépenses figure l'ajustement du chauffage des bâtiments publics. Cela implique d'allumer le chauffage au cas par cas, "en tenant compte des besoins de chaque école, selon les températures extérieures et les conditions météo", précise la mairie.

Des factures énergétiques qui explosent

Dans un contexte de flambée des prix de l'énergie, de nombreuses municipalités se retrouvent dans l'incapacité d'absorber les dépenses face à des factures énergétiques qui explosent. La mairie de Limeil-Brévannes évalue à 3,7 millions d'euros le surcoût lié à la hausse des prix de l'énergie.

"Le coût du chauffage tel qu'il est annoncé va mettre l'ensemble des communes de France face à un mur."

Julien Laudet-Haddad, directeur de cabinet à la mairie de Limeil-Brévannes à franceinfo

Outre l'explosion des factures énergétiques, des problèmes techniques plus ponctuels surviennent dans certains établissements vétustes. De manière générale, "de nombreux établissements représentent des gouffres de dépenses énergétiques", affirme Eric Labastie.

A long terme, le directeur de cabinet de la mairie de Limeil-Brévannes ignore si la commune parviendra à maintenir tous les services publics, malgré la fermeture ponctuelle déjà entamée de plusieurs bâtiments administratifs. La Première ministre, Elisabeth Borne, a présenté fin octobre un bouclier tarifaire destiné aux collectivités territoriales, comprenant notamment un "amortisseur "électricité" qui vise à prendre en charge une partie des factures. Mais à l'heure actuelle, les municipalités contactées par franceinfo n'en ont toujours pas vu la couleur.

Rachel Rodrigues

*Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressé(e)

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Éco-anxiété chez les enfants, que faire ?

29 Novembre 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Ecologie, #Environnement, #Enfance

Réchauffement climatique : les enfants particulièrement touchés par l’éco-anxiété

Il y a un an, the Lancet publiait une vaste étude qui révélait qu'un jeune de 15 à 25 ans sur deux est sujet à l'éco-anxiété, cette angoisse existentielle face au changement climatique. Mais qu'en est-il des enfants ? En France, le phénomène n'est pas étudié. Pourtant, il est très présent à l'école.

L'école primaire Jules Verne de Noisy-le-Grand (93), classée en réseau d'éducation prioritaire est située entre l'autoroute, un couloir aérien et les arènes de Picasso, deux tours massives en forme de camembert imaginées au début des années 80 par l'architecte post-moderne Manuel Nuñez Yanowsky.  Dans ce quartier dit "sensible", la nature n'a pas été privilégiée.

En 2016, les enfants du groupe scolaire Jules Verne ont donc demandé et obtenu d'élire des éco-délégués dans chaque classe. Les élus se sont ensuite réunis une fois par semaine, afin de réfléchir à des "actions climatiques". Effarés du volume de déchets, et du gaspillage alimentaire de la cantine, dont les portions produites à distance sont toutes pensées pour des enfants de 10 ans, ils ont demandé et obtenu d'installer un poulailler dans la cour de récréation.

Aujourd'hui, avec 6 poules et plusieurs oeufs par jour, le poulailler leur permet de recycler leurs déchets alimentaires tout en les initiant au cycle de la vie mais aussi à la protection du vivant. Alors, après le poulailler, ils ont accueilli un lombricomposteur, qui tourne dans les classes, et grâce au terreau produit, ils ont aménagé dans leur cour un potager qui ne cesse de grandir grâce aux efforts collectifs des élèves de primaire, de maternelle et aussi de la crèche de ce groupe scolaire.

Plus leur inquiétude grandit, plus ils ont envie d'agir. Ils ont donc écrit au maire de leur ville, ce mois-ci, pour demander davantage de poubelles jaunes dans leur quartier. Dans cet environnement très bétonné, ils souhaitent aussi créer des jardins partagés et surtout ils demandent à leurs parents d'utiliser moins de plastique, de manger moins de viande et de moins "télécharger d'applications".

Une goutte d'eau ? Certains enfants le disent : "Bien sûr, ce n'est pas grand chose par rapport à tout ce qu'il faudrait faire ; mais c'est mieux que rien". Au moins, ils se sentent mieux connectés avec la nature ou comme le dit une élève de CM2 : " La nature, ça fait du bien à l'humain. Moi, mon corps en avait besoin !"

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