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Vivement l'Ecole!

enfance

En France, un tiers des pauvres sont des enfants

17 Janvier 2023 , Rédigé par Liberation Publié dans #Enfance, #Jeunesse, #Pauvreté

Le code pénal pourrait punir la discrimination pour pauvreté | L'Humanité

Selon un rapport de l’Observatoire des inégalités publié mardi, les moins de 18 ans sont de plus en plus précaires. Pour les associations et les experts, les réponses des pouvoirs publics ne sont pas à la hauteur du problème.

Ils sont mentionnés spécifiquement dans le préambule de la Constitution de 1946. Au onzième alinéa, les enfants se voient garantis par la nation «la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs», ainsi qu’un «droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence». Et pourtant. Les enfants et les adolescents comptent pour près d’un tiers des 5,2 millions de personnes situées sous un seuil de pauvreté fixé à 50 % du niveau de vie médian, alors qu’ils ne représentent que 20 % de la population totale en France. En élargissant aux 18-30 ans, moins protégés que les autres adultes car les droits au revenu de solidarité active (RSA) ne s’ouvrent qu’à 25 ans, une personne pauvre sur deux a moins de 30 ans. En dressant ce constat, dans son troisième rapport sur la pauvreté en France, publié mardi, l’Observatoire des inégalités distingue deux catégories : «Les jeunes adultes, souvent en difficulté d’insertion sur le marché du travail» et «les enfants qui subissent la pauvreté de leurs parents».

Les enfants ne sont pas non plus épargnés par la grande pauvreté, définie par le fait d’avoir à la fois à vivre sous le seuil de pauvreté et de subir sept privations sévères, comme ne pas pouvoir s’acheter de vêtements neufs ou maintenir son logement à bonne température. Alors que le taux de pauvreté de l’ensemble de la population reste quasi stable depuis deux décennies, autour de 7,6 % en 2020, celui des mineurs se dégrade, passant de 8,7 % en 2004, à 11,5 % en 2019, selon les relevés de l’Insee. Pour l’Observatoire des inégalités, cette pauvreté des mineurs «est la conséquence de l’importance de la pauvreté des familles monoparentales – essentiellement des femmes seules avec enfant(s) – qui représentent un quart des très pauvres contre 10 % de la population». Plusieurs facteurs font varier le taux de pauvreté des enfants, comme la taille de la fratrie dans laquelle ils grandissent et le nombre d’adultes avec lesquels ils vivent.

Succession de crises

Sans qu’il soit aisé de les dénombrer, les mineurs seraient des «milliers à dormir à la rue, faute de place dans les hébergements d’urgence», souligne aussi le rapport sur la pauvreté. Le 22 août au soir, la Fédération des acteurs de la solidarité et l’Unicef France ont constaté que les enfants représentaient 40 % des personnes hébergées en urgence par le 115. Ils étaient cette nuit-là 41 098 précisément. Près d’un sur trois avait moins de 3 ans. Toujours selon ce baromètre, 1 658 avaient dormi dans la rue. L’Unicef France alerte sur «l’extrême pauvreté» des mineurs non accompagnés (MNA) qui, parce que leur demande de protection est en cours d’évaluation par les départements ou en attente d’audience devant le juge lorsque leur minorité a été contestée, ne bénéficient «la plupart du temps d’aucune forme de protection, vivent souvent dans la rue ou dans des habitats précaires». Ils souffrent d’un accès difficile à la scolarisation. Et l’agence onusienne de rappeler qu’en France, l’influence du milieu social sur les performances scolaires est parmi les plus élevées des pays de l’OCDE avec 20 % en France contre 13 % en moyenne (enquête PISA, 2018). «La persistance d’inégalités tant sociales que territoriales – en particulier dans les quartiers prioritaires de la ville et les territoires d’Outre-mer – empêche un trop grand nombre d’enfants d’avoir accès à l’école, aux services de santé ou de protection», résume Adeline Hazan, la présidente d’Unicef France.

La succession de crises, avec, deux ans après la pandémie, le retour d’une inflation élevée, aggrave encore les difficultés. Les prix de l’alimentation, par exemple, accusent en novembre une hausse de 12,2 % sur un an. Ceux du gaz et de l’électricité augmenteront en janvier de 15 % pour tout le monde, et bien que les chèques énergie prévus pour les plus démunis permettront d’amortir le choc, ils ne l’effaceront pas. La sociologue Vanessa Stettinger, maîtresse de conférences à l’université de Lille, l’une des rares spécialistes des enfants pauvres, observe : «La pauvreté existait avant dans leur quotidien, cela ne peut que s’aggraver. L’inflation vient renforcer les difficultés préalables sur l’alimentation des enfants, sur l’achat de leurs habits. La hausse du prix de l’énergie va aussi les toucher plus fortement, notamment quand ils vivent dans des logements mal isolés impossibles à chauffer. Ce ne sont pas les aides ponctuelles qui vont les aider à sortir de cette situation-là.» Elle évoque aussi ceux qui n’apparaissent pas encore dans les statistiques : «A côté des enfants qui vivent dans des familles où la pauvreté est persistante, des familles sont à la lisière du seuil de pauvreté. La question de l’inflation pèse sur ces familles, elle les fait basculer.»

Le sujet n’échappe pas aux biais

Les premiers constats, en provenance des associations, sont alarmants. Les Restos du cœur observent que les files d’attente s’allongent. Le Secours catholique estime, lui, que le budget des ménages qu’il accueille rétrécit. Et ce malgré les aides publiques. Le reste à vivre a diminué depuis deux ans, avec moins de 5 euros par jour et par personne pour la moitié des ménages rencontrés. «Avec cela, il faut acheter à manger, des produits d’hygiène, s’habiller…», rappelle l’association, qui ajoute : «Deux ans après le début de la crise, 48 % des ménages rencontrés se retrouvent donc dans l’incapacité de couvrir leur dépense alimentaire quotidienne.» Une hausse de trois points en deux ans.

De quoi peser sur un quotidien, celui des enfants pauvres, qui se joue au sein des foyers, et que les statistiques, seules, ne peuvent décrire. Un quotidien sur lequel les études récentes font défaut. «On n’interroge pas les enfants sur la manière dont ils vivent la pauvreté, sur ce qu’elle leur fait. Même les nombreux travaux sur la sociologie de l’enfance ne se penchent que très peu sur la différence sociale, sur la pauvreté des enfants», regrette Vanessa Stettinger. Or, un enfant pauvre «qui rentre dans une chambre d’hôtel, qui n’a pas assez à manger, n’a pas une vie d’enfant», résume Adeline Hazan. Leurs conditions de vie au sein de logements petits, insalubres, mal isolés «sont très différentes de celles des autres enfants», complète la sociologue : «Le manque de place entraîne des tensions, les couples n’ont pas d’intimité, les enfants se dérangent les uns les autres.»

Le sujet n’échappe pas à certains biais, poursuit-elle : «Sur la pauvreté des enfants, on va porter un regard particulier, souvent misérabiliste, en se focalisant sur leur devenir, avec cette peur que suscite l’enfant pauvre, que l’on lie souvent à un enfant délinquant, en échec scolaire. On ne va pas s’intéresser à sa vie au quotidien.» Là n’est pas le seul écueil : «Ces familles ne sont pas invisibles, mais leur pauvreté l’est. Envers elles, l’approche est souvent relationnelle, psychologique. Ce qui est important, mais insuffisant. Il faut une approche autour de l’environnement. On va, par exemple, traiter l’alcoolisme d’un parent, mais cela ne suffit pas pour transformer leur logement en quelque chose de vivable.»

Cette multiplicité de conséquences de la pauvreté sur les conditions de vie des pauvres, le gouvernement l’a identifiée. C’est une réponse au spectre large qu’il promet au travers du comité interministériel à l’enfance lancé le 21 novembre, qui marque, selon la Première ministre, Elisabeth Borne, «un coup d’accélérateur en faveur de l’enfance». Objectif, selon l’exécutif : «Faire que chaque enfant ait les mêmes chances, où qu’il naisse.» Pour cela, plusieurs ministères sont mobilisés : Intérieur, Justice, Santé, Logement, Education, Handicap, Travail, Collectivités territoriales… La secrétaire d’Etat chargée de l’enfance, Charlotte Caubel, assure l’animation de cette instance.

Constat d’échec

De quoi répondre en partie aux attentes des associations qui plaident pour une stratégie globale et réclament toujours un ministère de plein exercice autour de la protection de l’enfance, ce qu’elles n’ont pas obtenu, malgré les promesses de campagne d’Emmanuel Macron d’en faire une «grande cause nationale». La réponse apportée par les politiques publiques est, en effet, jugée inadaptée par nombre d’observateurs. Louis Maurin, le président de l’Observatoire des inégalités, juge qu’il existe un «grand décalage entre la réalité sociale et les politiques mises en place. Il n’est pas possible de dire qu’il n’y a pas de préoccupation, mais ce n’est pas à la hauteur. Cela ne correspond pas aux besoins sociaux les plus forts». Lui, comme les autres, insiste : «Ce sont d’abord les parents qui sont pauvres.»

Des promesses, il y en a eu. La stratégie nationale de lutte contre la pauvreté, lancée en 2018, a pris fin sur un constat d’échec. Le rapport d’évaluation publié cet été par France stratégie qualifie ses résultats de «limités» et constate que seules 4 des 35 mesures «ont été intégralement mises en œuvre». Le gouvernement a esquissé la suite en lançant une concertation avec les collectivités et les associations et en annonçant un «pacte des solidarités» avec quatre axes. Et pour «traiter l’urgence», la Première ministre a indiqué fin novembre à l’Assemblée nationale que 2,3 millions de ménages modestes recevront une prime de Noël. Un nouveau chèque, après les indemnités inflation, chèques énergie, et autres primes de rentrée. Les mesures de soutien aux plus pauvres depuis le début de la pandémie ont certes été amplifiées, mais privilégier les aides exceptionnelles par rapport à des mesures pérennes est devenu une habitude.

La réponse gouvernementale ne peut être efficace sans moyens, et sur ce point, les associations restent aussi dubitatives. Face à l’inflation, des solutions doivent être apportées au plus vite pour prévenir un «drame social», alerte le Secours catholique. Pour ne pas seulement «gérer la pauvreté» mais «permettre aux gens de s’en sortir», celui-ci réclame une revalorisation des minima sociaux à 40 % du revenu médian et des bas salaires et un droit effectif à l’emploi pour les chômeurs de longue durée. A quelques semaines de l’entrée en vigueur de la nouvelle réforme de l’assurance chômage qui va réduire la durée d’indemnisation des demandeurs d’emploi, le Secours catholique appelle le gouvernement «à mesurer l’impact de toutes les décisions de politique publique sur les plus pauvres», souvent «hors de radar». Et sur leurs enfants.

Amandine Cailhol et Anne-Sophie Lechevallier

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Comment éduquer ses enfants contre la haine ? Les leçons de Spinoza

26 Décembre 2022 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education, #Enfance

Comment éduquer ses enfants contre la haine ? Les leçons de Spinoza
Comment éduquer ses enfants contre la haine ? Les leçons de Spinoza
Charles Hadji, Université Grenoble Alpes (UGA)

« Tant de mains usées, Tant de chaînes. Tant de dents brisées, Tant de haines ». Raymond Queneau, chanté par Guy Béart, semble avoir cerné le triste visage de notre époque. À tel point que le chef de l’État a cru devoir appeler avec force à ériger des « remparts » face à la haine. L’éducation ne pourrait-elle, ne devrait-elle pas, constituer le premier de ces remparts ? Mais peut-on vraiment, et comment, éduquer ses enfants contre la haine ?

Dans son Éthique, Spinoza définit la haine comme une tristesse accompagnée de l’idée d’une cause extérieure : « Haïr quelqu’un, c’est imaginer qu’il est cause de tristesse ». La tristesse est, avec la joie, et le désir, l’un des trois sentiments humains « primitifs ». Un sentiment est un état qui affecte le corps en modifiant (en augmentant, ou en diminuant) sa puissance d’agir. D’une façon générale, la joie augmente cette puissance d’action, et marque le passage à une plus grande perfection ; et la tristesse la diminue, ce qui conduit à une moindre perfection.

La haine est ainsi une passion triste. En tant que telle, elle est « nécessairement mauvaise ». Elle pousse à « écarter » ou à « détruire » ce qui en fait l’objet. Il faut donc s’efforcer de la combattre. Mais le drame est que « les hommes sont par nature enclins à la haine ». Comment peut-il alors être possible de lutter contre une telle tendance « naturelle » ? L’éducation, en particulier, devrait-elle être, sur ce point, dénaturation ?

Tout l’effort de Spinoza est de montrer comment on peut accéder à une « bonne manière de vivre » en restant dans le cadre des possibilités offertes par la nature humaine. Mieux, en réalisant pleinement cette nature (qui, pour lui, est une partie de la nature divine). Car l’homme a, par nature, la capacité de vaincre la haine. Pour cela, trois grandes voies lui sont offertes.

Faire prévaloir la raison sur la passion

« L’homme est toujours nécessairement soumis aux passions ». Mais action et passion ont une même origine : « c’est une seule et même tendance qui nous fait dire que l’homme est actif ou passif ». Cette tendance devient passion quand elle est liée à des idées inadéquates ; et vertu quand elle est liée à des idées adéquates.

La passion n’est que privation de connaissance. Elle manifeste l’impuissance de l’esprit. Inversement, la puissance de l’esprit se manifeste dans la connaissance claire et distincte, dans l’acte même de comprendre.

Car la passion n’a pas le pouvoir d’effacer la raison. Au contraire, « tous les actes que nous faisons déterminés par un sentiment-passion, nous pouvons les faire déterminés sans lui, par la raison ». Par la connaissance, on acquiert du pouvoir sur les sentiments. En particulier, « un sentiment-passion cesse d’être une passion dès que nous en formons une idée claire et distincte ». C’est la raison – libératrice, source de joie – qui nous sauve de la passion – cause de servitude, synonyme de tristesse-. L’homme peut donc être, en effet, soumis aux passions ; mais aussi libéré de cette soumission.

Puisqu’« agir par vertu, c’est agir sous la conduite de la raison », le premier remède à des sentiments tels que la haine, réside dans leur « connaissance vraie ». Faire prévaloir la raison, c’est donc orienter toute l’éducation vers la mise en jeu de l’acte même de comprendre. Comprendre est « le bien que désire pour lui-même celui qui agit par vertu », et qu’il « désirera aussi pour tous les autres hommes ».

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Du point de vue éducatif, est bon tout ce qui conduit à comprendre ; mauvais, tout ce qui a pour effet d’empêcher de comprendre. « Mener l’intelligence jusqu’à la perfection, ce n’est rien d’autre que comprendre ». C’est pourquoi Il faut apprendre à l’enfant à être déterminé à agir « à partir de ce qu’il comprend ». La première façon d’ériger un rempart éducatif contre la haine est ainsi de faire comprendre aux enfants qu’il faut toujours, et avant tout, chercher à comprendre. Et de les accompagner dans cet effort.

Expérimenter la force de l’amour

« Il est rare cependant que les hommes vivent sous la conduite de la raison ». Et, par ailleurs, certains pourraient juger qu’une vie sans passion serait bien mièvre. Fort heureusement, une deuxième piste s’offre aux éducateurs, qui permet d’agir en restant sur le plan même des sentiments : combattre, et vaincre, un sentiment-passion négatif (la haine), par un sentiment actif, et positif (l’amour). Car « un sentiment ne peut être réprimé ou supprimé que par un sentiment opposé plus fort que lui ». En l’occurrence, « la haine doit être vaincue par l’amour (ou générosité) et non pas compensée par une haine réciproque ».

Mais par quel miracle l’amour, qui est « la joie associée à l’idée d’une cause extérieure », peut-il être plus fort que la haine ? Tout simplement, parce que la puissance d’agir est augmentée par la joie, alors qu’elle est diminuée par la tristesse. C’est pourquoi « qui vit sous la conduite de la raison s’efforce, autant qu’il peut, de donner amour (ou générosité) en échange de la haine, de la colère, du mépris, etc. qu’il reçoit d’autrui ». D’autant plus que « si l’on a à cœur de vaincre la haine par l’amour, on se bat avec joie et sécurité ».

Mais cela s’éprouve, plus que cela ne se démontre. La meilleure façon, pour des parents et des éducateurs, de combattre la haine, est donc, pour ce qui concerne cette deuxième piste, d’aimer, ses enfants, comme ses élèves. C’est-à-dire d’éprouver de la joie en pensant à eux, et en étant avec eux. Ce qui implique, il faut l’observer, que l’on s’aime aussi, c’est-à-dire que l’on éprouve de la joie du simple fait d’être soi. Mais cela conduit à la troisième piste.

Conforter la puissance d’agir

Le secret du miracle de l’amour est simple : il contribue à conforter la puissance d’agir de chaque enfant. La puissance d’agir se confond avec la puissance de comprendre. Or la haine est un signe et un aveu d’impuissance. La servitude peut précisément être définie comme « l’impuissance de l’homme à gouverner et à réprimer ses sentiments ».

Tout repose sur la « tendance », qui « n’est rien d’autre que l’essence (ou nature) de l’homme ». Elle n’est donc rien d’autre que la puissance ou effort (conatus) par lequel chaque chose persévère dans son être. La tendance se nourrit d’elle-même. « Plus on s’efforce de rechercher ce qui est utile (conserver son être) et plus on le peut ; au contraire, dans la mesure où on néglige de conserver ce qui est utile (son être), on est impuissant ».

C’est pourquoi il faut aider l’enfant à sauvegarder sa puissance. Comment ? La puissance se développe dans et par l’action. Le philosophe Alain l’explicitera clairement : « la grande affaire est de donner à l’enfant une haute idée de sa puissance, et de la soutenir par des victoires ». La « difficulté vaincue » est « l’appât qui convient à l’homme » (Propos sur l’éducation). La puissance d’agir est toujours joyeuse. « Quand l’esprit se considère soi-même et considère sa puissance d’agir, il est dans la joie ». La joie de pouvoir passer, en étant actif, à une perfection plus grande.

Pour vaincre la haine, il faut donc, selon cette troisième piste, faire éprouver le contentement de soi. En effet, « la joie qui résulte de la considération de soi-même s’appelle amour-propre ou contentement de soi » ; d’où la nécessité, notée plus haut, de s’aimer soi-même !

Il faut observer, enfin, que la puissance d’agir concerne tout autant le corps que l’esprit. Pour Spinoza, « substance pensante et substance étendue, c’est une seule et même substance ». Si bien que :

« L’effort (ou puissance) qui anime l’esprit lorsqu’il pense est, par nature, égal et contemporain de l’effort (ou puissance) qui anime le corps lorsqu’il agit ». Est donc utile tout ce qui augmente, nuisible tout ce qui diminue, la « capacité du corps » :

« Plus un corps est apte, comparativement aux autres, à faire ou à subir plusieurs choses à la fois, plus son esprit est apte, comparativement aux autres, à percevoir plusieurs choses à la fois ». Peut-on faire plus bel éloge de l’éducation physique et sportive, qui ajoutera ses bienfaits à la mise en œuvre de l’amour, et au développement de la raison ?

Comprendre, aimer, agir, tels pourraient donc être, si l’on suit Spinoza, les trois maîtres-mots d’un projet éducatif dont l’ambition serait d’armer contre la haine. Et de faire vivre dans la joie.The Conversation

Charles Hadji, Professeur honoraire (Sciences de l’éducation), Université Grenoble Alpes (UGA)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Des enfants sans toit ni loi pour les abriter

13 Décembre 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Enfance, #Pauvreté

Scandale : 42 000 enfants sont SDF en France - L'insoumission

Aïcha et Sami, respectivement 10 et 12 ans, dorment dehors depuis six mois. Sara, 28 ans, et sa fille ont été expulsées de leur logement cet été, sans solution de relogement. Chacun raconte ses nuits d’errance, sans sommeil et sans-abri.

Elles sont douze associations à s’être réunies pour publier, en novembre 2019, un manifeste indigné et demander des moyens supplémentaires. Il y a la Fédération des acteurs de la solidarité, la Fondation Abbé Pierre, le Samu Social de Paris ou encore Unicef France. Ces associations indiquent que chaque soir il y a à Paris 700 enfants qui dorment dans la rue avec leurs parents, qu’en France ce sont des milliers d’autres enfants qui sont sans-abri ou très précaires, et que, par ailleurs, 20 000 mineurs vivent à l’hôtel en Île-de-France avec leur famille. En 2019, huit d’entre eux, mineurs, sont morts dans la rue selon le Collectif Morts de la Rue. "Cette situation est indigne de la France, sixième puissance économique mondiale et signataire de la Convention internationale des droits de l’enfant", ajoutent ces associations.

Les Pieds sur terre sont donc partis à la rencontre de ces enfants sans toit ni loi pour les abriter. Chacun raconte ses nuits d’errance, sans sommeil et sans-abri. À Paris notamment, le nombre de familles à la rue est en forte augmentation et le système d’hébergement d’urgence, saturé. Frère et sœur, Sami et Aïcha, respectivement 12 et 10 ans, dorment dehors depuis six mois.

“Nous n'avons pas d'hébergement. Il y a six mois, nous avons passé notre première nuit dehors. Un monsieur nous a donné des couvertures et nous avons dormi au parc. Ma mère a dormi sur le banc et moi et mes sœurs, nous avons dormi par terre, sur l'herbe. Et parfois l'herbe est mouillée.” Sami

“Mes amis du collège ne sont pas au courant que je dors dans la rue. Parfois, je leur dis que j'ai une maison car si je leur dis la vérité, ils ne vont plus me parler, ils ne vont plus m'aimer. Déjà qu'ils me reprochent de porter toujours les mêmes habits…” Sami

“J'ai peur de devoir rester toute ma vie dans la rue, c'est ça qui me fait flipper.” Sami

“Dès fois, les passants nous regardent bizarrement alors je me cache le visage avec ma capuche. Mais pourquoi croyez-vous que nous sommes là ? On ne fait pas exprès !” Aïcha

“Moi, si j'étais présidente ou maire, je donnerais à toutes les familles qui vivent dans la rue, un logement.” Aïcha

Sara, 28 ans, et sa fille ont été expulsées de leur logement cet été, sans solution de relogement.

“C'est un 28 juin, à 9 heures du matin, que je suis expulsée de mon appartement, juste avant les vacances scolaires. Heureusement, ma fille n'était pas présente à ce moment-là car elle était à l'école. Trois policiers et un huissier ont débarqué. J'étais prise de panique. Je leur ai demandé combien de temps j'avais et ils m’ont dit qu'il fallait faire vite. J'ai donc pris avec moi quelques affaires et je me suis retrouvée dehors, sans relogement... Je me suis effondrée.” Sara

“A 28 ans, on ne s'imagine pas se retrouver dans ce genre de situation avec son enfant. Psychologiquement, c'est dur.” Sara

Merci à Aïcha et Sami, Sara, Nathalie Martz, Samia Abdi et Violette Volson.

Première diffusion : 30/12/2019

Reportage : Olivia Müller

Réalisation : Clémence Gross et Emily Vallat

Musique de fin : The Day The Sun Came de Raashan Ahmad feat. Keren Ann

Des nouvelles

Aïcha et Sami habitent dans un hôtel dans l'Essonne. Aïcha est désormais en troisième et Sami a intégré un lycée professionnel dans le 15e arrondissement de Paris, en spécialité électricité et informatique.

Le père de famille vient d'obtenir un titre de séjour de deux ans et cherche du travail dans le BTP. Les enfants sont également en situation régulière. Reste la maman, à qui on a refusé deux fois de suite un titre de séjour.

La situation est toujours compliquée au quotidien, ils espèrent fort que le père trouvera un travail, ils manquent d'argent et de nourriture pour tous les enfants.

Pour aller plus loin : 700 enfants et leur famille à la rue chaque soir à Paris ! publié le 20 novembre 2019 via Morvan56 sur Mediapart

Sonia Kronlud

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Éco-anxiété chez les enfants, que faire ?

29 Novembre 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Ecologie, #Environnement, #Enfance

Réchauffement climatique : les enfants particulièrement touchés par l’éco-anxiété

Il y a un an, the Lancet publiait une vaste étude qui révélait qu'un jeune de 15 à 25 ans sur deux est sujet à l'éco-anxiété, cette angoisse existentielle face au changement climatique. Mais qu'en est-il des enfants ? En France, le phénomène n'est pas étudié. Pourtant, il est très présent à l'école.

L'école primaire Jules Verne de Noisy-le-Grand (93), classée en réseau d'éducation prioritaire est située entre l'autoroute, un couloir aérien et les arènes de Picasso, deux tours massives en forme de camembert imaginées au début des années 80 par l'architecte post-moderne Manuel Nuñez Yanowsky.  Dans ce quartier dit "sensible", la nature n'a pas été privilégiée.

En 2016, les enfants du groupe scolaire Jules Verne ont donc demandé et obtenu d'élire des éco-délégués dans chaque classe. Les élus se sont ensuite réunis une fois par semaine, afin de réfléchir à des "actions climatiques". Effarés du volume de déchets, et du gaspillage alimentaire de la cantine, dont les portions produites à distance sont toutes pensées pour des enfants de 10 ans, ils ont demandé et obtenu d'installer un poulailler dans la cour de récréation.

Aujourd'hui, avec 6 poules et plusieurs oeufs par jour, le poulailler leur permet de recycler leurs déchets alimentaires tout en les initiant au cycle de la vie mais aussi à la protection du vivant. Alors, après le poulailler, ils ont accueilli un lombricomposteur, qui tourne dans les classes, et grâce au terreau produit, ils ont aménagé dans leur cour un potager qui ne cesse de grandir grâce aux efforts collectifs des élèves de primaire, de maternelle et aussi de la crèche de ce groupe scolaire.

Plus leur inquiétude grandit, plus ils ont envie d'agir. Ils ont donc écrit au maire de leur ville, ce mois-ci, pour demander davantage de poubelles jaunes dans leur quartier. Dans cet environnement très bétonné, ils souhaitent aussi créer des jardins partagés et surtout ils demandent à leurs parents d'utiliser moins de plastique, de manger moins de viande et de moins "télécharger d'applications".

Une goutte d'eau ? Certains enfants le disent : "Bien sûr, ce n'est pas grand chose par rapport à tout ce qu'il faudrait faire ; mais c'est mieux que rien". Au moins, ils se sentent mieux connectés avec la nature ou comme le dit une élève de CM2 : " La nature, ça fait du bien à l'humain. Moi, mon corps en avait besoin !"

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Adeline Hazan : "42.000 enfants sans domicile fixe, c'est inadmissible dans un pays développé"

10 Octobre 2022 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education, #Enfance

Les difficultés psychologiques des enfants SDF - Santé Mentale

Résumé

Journée mondiale de la santé mentale . L'Unicef France alerte sur la santé mentale des enfants sans domicile fixe : Adeline Hazan présidente de l'Unicef France est l'invitée de 6h20.

En savoir plus

Elle réagit d'abord à la suppression annoncée de 14.000 places d'hébergement d'urgence en deux ans : "Je le dénonce, c'est dans le projet de loi de finances. Alors qu'il y a déjà un manque criant de places ! C'est ce cri d'alarme que nous voulons porter aujourd'hui avec le Samu social : il y a environ 42.000 enfants qui sont aujourd'hui sans domicile fixe, à la fois à la rue, en hôtel, et en foyer d'hébergement. C'est un chiffre inadmissible dans  un pays développé."

"Ce chiffre a plutôt tendance à augmenter", précise Adeline Hazan. "Ce qu'il faut savoir c'est que ce n'est pas un chiffre officiel, nous avons dû le constater nous-mêmes avec les autres organisations humanitaires. Nous avons même dû élaborer  un baromètre pour savoir exactement le nombre d'enfants qui vivaient à la rue. Au cours d'une nuit du mois d'août, nous avons compté 1.600 enfants qui dormaient dans la rue. C’est un angle mort des politiques publiques, parce qu'il n'y a pas de statistiques ni d'action pour contrer ce phénomène."

"Vivre dans la rue, dans un hôtel ou un foyer, c'est vivre en danger"

Le rapport publié par l'Unicef France revient justement sur la santé mentale de ces enfants sans domicile fixe, un lien "primordial", selon sa présidente. "C'est au moment de l'enfance que le cerveau se construit. Or vivre dans la rue, dans un hôtel ou dans un foyer d'hébergement, ça veut dire vivre en danger, vivre dans la proximité familiale avec des risques de tension et de violences. Ça veut dire ne pas aller à l'école, pour ceux qui vivent dans la rue, car souvent les mairies n'acceptent pas les enfants de famille sans adresse. Et même s'ils arrivent à se faire inscrire, ils ne pourront pas apprendre dans des conditions satisfaisantes."

"Tout ça engendre de l'angoisse, de l'insécurité, des relations familiales perturbées", s'inquiète Adeline Hazan. "Et tous ces troubles qui s'inscrivent dans l'enfance vont perdurer à l'âge adulte."

A écouter en cliquant ci-dessous

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"L'inceste est partout" - Vidéo

19 Septembre 2022 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Enfance

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A une femme voilée, follement aimée... Par Christophe Chartreux

13 Février 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Enfance

Cette femme voilée que j'ai tant aimée...

Un jour entre Rouen et Paris...

Du coin de l’œil, et furtivement car je devais fixer la route, je regardais tes pieds nus. Ils étaient jolis. Me revinrent alors en mémoire d’autres pieds nus…

Ceux de Khadija, que j’appelais khaddouj. Elle était notre bonne au Maroc. Je déteste ce terme : « Bonne ». Il était utilisé par les familles françaises. Pas par mes parents qui avaient connu les ravages du colonialisme entre 1952 et 1960 en Algérie, avant de s'installer au Maroc.

Elle était d'abord avant tout la grande sœur à qui je me confiais lorsqu'enfant j'avais à partager un moment heureux ou moins heureux. Cette femme ne savait ni lire ni écrire mais elle savait mieux que personne lire dans mon regard et écrire dans ma mémoire. Rien d'elle ne s'est jamais effacé. J'ai appris énormément d'une femme illettrée. Paradoxe intéressant. Elle aussi, dès son arrivée à la maison jusqu’à son départ, retirait ses chaussures et restait pieds nus. Des pieds peints de la cheville aux orteils. Ces figures me fascinaient car je ne les comprenais pas. C’était une jeune femme de vingt-cinq ans, brune aux yeux sombres, très mince, le visage toujours illuminé d’un sourire. Souvent, elle chantait en travaillant. Jamais elle ne se plaignait. Ses pieds nus rendaient sa démarche, d’une noblesse infinie acquise depuis l’enfance par le port de divers récipients posés en équilibre sur la tête, légère, élégante et délicate. Elle ne touchait pas le sol, elle le frôlait, l’effleurait, le caressait. C’était une fée. Ma fée.

Au plus fort de la chaleur du jour, elle m’invitait à la cave. Il y faisait si frais. S’asseyant en tailleur et, dans un geste ample sculptant l’espace,  ramenant son sarouel entre ses jambes repliées, elle m'invitait à me blottir dans le berceau ainsi formé. Alors, caressant mon front, je l’entendais reprendre une mélopée ancienne. Jamais je n’ai entendu la fin. Je m’endormais, tranquille, mes pieds nus reposant au sol, secoués de quelques soubresauts provoqués par des rêves oubliés.

La journée finie, elle réajustait le voile finement transparent qu'elle avait retiré à son arrivée. Il couvrait son visage et son regard souriait. Il me parlait. 

Je l'ai follement aimée.

Christophe Chartreux

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Canada - Un nombre record d’enfants hospitalisés

31 Décembre 2021 , Rédigé par La Presse (Québec) Publié dans #Enfance

Ottawa dévoilera aujourd'hui un plan d'aide de plus de 25 milliards |  Coronavirus | Radio-Canada.ca

EXTRAITS

La vague Omicron frappe de plein fouet les jeunes enfants, de plus en plus nombreux à être hospitalisés en raison de la COVID-19. Un nombre record qui inquiète les pédiatres.

Le jour de Noël, 11 enfants de moins de 10 ans atteints de la COVID-19 ont été admis à l’hôpital, soit le plus grand nombre depuis mars 2020 au Québec, selon les plus récentes données de l’Institut national de santé publique du Québec. Le 26 décembre, 9 enfants de cette tranche d’âge ont aussi été hospitalisés, puis 6 les 27 et 28 décembre respectivement.

« Les enfants ne sont pas chanceux, parce que la vague est arrivée avant qu’ils ne soient tous vaccinés », déplore le DChristos Karatzios, spécialiste en infectiologie pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants.

(...)

"Il y a des sécrétions qui entrent plus rapidement dans les poumons et qui vont congestionner la respiration de façon plus importante que le [variant] Delta."

La Dre Julie St-Pierre, pédiatre

« Ça va apporter une réaction d’enflure et d’inflammation dans le système qui atteint les poumons. Ça, c’était peu présent, voire presque inexistant, dans les autres vagues. »

Plusieurs symptômes alarmants peuvent indiquer que des tout-petits doivent recevoir des soins médicaux, indique la Dre St-Pierre. Les très jeunes qui ne veulent plus manger ou boire et qui n’ont pas uriné depuis quelques heures, par exemple. Ou encore une fièvre persistante (les bébés de moins de 2 mois devraient toujours aller à l’hôpital en cas de fièvre), un vomissement ou une diarrhée trop abondante, ou une rétraction des muscles entre les côtes. De plus, un parent devrait consulter pour un bébé qui fait des efforts supplémentaires avec ses narines pour respirer ou dont le contour de la bouche devient bleuté, ou encore qui peine à se réveiller et devient irritable.

Rappelons que le 17 décembre, un nourrisson a succombé à la COVID-19 au CHU Sainte-Justine, devenant le premier enfant de moins de 10 ans à mourir du virus au Québec.

(...)

Lila Dussault

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

Il n’est pas certain que le variant Omicron soit plus dangereux pour les enfants, indiquent plusieurs experts consultés par La Presse. Par contre, la propagation exponentielle du virus contribue à augmenter le nombre d’enfants ayant besoin de soins hospitaliers.
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Covid-19 : flambée des cas positifs chez les enfants, le dépistage seul en cause ?

30 Décembre 2021 , Rédigé par Le Parisien Publié dans #Education, #Enfance

Covid-19 à l'école : que faire si mon enfant est cas contact ? : Femme  Actuelle Le MAG

Le taux d’incidence dépasse désormais 1 000 chez les enfants âgés de 6 à 10 ans, et le nombre de tests réalisés atteint lui aussi des niveaux record. Mais ce n’est pas la seule raison à la très forte augmentation des cas positifs.

« Le mot est trop fort ! », s’est insurgé Jean-Michel Blanquer mardi matin. Pas question, pour le ministre de l’Education nationale, d’accepter l’idée d’une « explosion » des contaminations chez les enfants.

Le taux d’incidence, soit le nombre de cas positifs pour 100 000 personnes sur la semaine écoulée, est pourtant en très forte hausse chez les plus jeunes. Il dépasse désormais 1 000 dans la tranche des 6-10 ans, par exemple. Cela signifie qu’en une semaine, plus d’un enfant sur 100 dans cette tranche d’âge a été testé positif. « On ne peut pas dire qu’il y ait une explosion », a insisté Jean-Michel Blanquer sur RTL, mettant en avant la forte accélération du dépistage. Qu’en est-il réellement ?

Taux d’incidence et taux de dépistage en forte hausse

Factuellement, il est vrai que le taux d’incidence « explose » chez les enfants. Dit de façon moins abrupte, il augmente très fortement. En un mois, il est passé de 50 à 1 000 chez les 6-10 ans (contre 210 lors du pic de la deuxième vague, début novembre 2020, et 350 à celui de celle d’après début avril 2021). Chez les 3-5 ans, l’incidence a grimpé de 40 à 460 sur la même période. Rappelons que les moins de 12 ans, contrairement aux adolescents, ne sont pas vaccinés (les piqûres pour les 5-11 ans devraient débuter le 15 décembre pour ceux fragiles, puis à partir du 20 décembre pour tous les autres).

Cela étant, le taux d’incidence ne reflète pas le nombre réel de contaminations. En effet, il s’agit uniquement des cas positifs qui sont recensés. Cet indicateur dépend donc très fortement du nombre de tests réalisés. Plus on teste, donc plus on cherche, et plus on peut s’attendre à détecter des enfants ayant été infectés. Et il se trouve que le dépistage s’est également très fortement accéléré chez les plus petits ces dernières semaines.

Parmi 100 enfants âgés de 6 à 10 ans, près de 20 ont été testés durant la semaine qui vient de s’écouler. C’est 14 fois plus qu’au pic de la deuxième vague, durant l’automne 2020, et quasiment 3 fois plus qu’à celui de la troisième vague, au printemps dernier. Le taux de positivité, lui, n’augmente que légèrement ces dernières semaines, un peu en dessous de 6 %.

Alors, pas de quoi s’alarmer ?

Du coup, aurait-on trouvé autant d’enfants positifs si on en avait testé autant il y a six mois ou un an ? Sans doute pas. Dans son point épidémiologique hebdomadaire paru ce jeudi soir, Santé publique France indique que le taux de positivité chez les enfants de 6 à 10 ans grimpe à 19% si l’on se concentre sur seuls symptomatiques. Ce qui fait dire à l’agence sanitaire que « le taux d’incidence important dans cette classe d’âge n’est pas seulement dû au fort taux de dépistage ».

L’épidémiologiste Mahmoud Zureik estime lui aussi qu’il serait « faux de dire que la hausse du nombre de cas est entièrement expliquée par celle du nombre de tests ». « Généralement, le nombre de tests suit le taux d’incidence car il y a tous les cas contact à dépister, et pas l’inverse », développe-t-il.

Certes, des opérations de dépistage sont parfois menées dans des écoles, sans forcément qu’il y ait des suspicions d’enfants positifs. Mais on est loin de campagnes « itératives » de tests, par exemple à raison d’un ou deux prélèvements chaque semaine pour un maximum d’enfants. C’est la stratégie qu’a mise en œuvre l’Autriche, par exemple.

Une autre explication tient aux caractéristiques du variant Delta, absent du paysage jusqu’à la fin du printemps dernier. Celui-ci est très transmissible (50 % fois plus que le variant Alpha, ultra-présent durant les premiers mois de l’année 2021 et lui-même 50 % plus contagieux que la souche d’origine). Ce qui fait dire à Mahmoud Zureik qu’on « n’aurait sans doute pas trouvé autant d’enfants positifs avant Delta pour un même nombre de tests ».

Les hospitalisations, l’indicateur crucial

Il y a des données qui ne sont pas perturbées par le nombre de tests réalisés : les hospitalisations et les décès. Si les enfants sont beaucoup moins à risques de formes graves, « des complications existent », nous rappelait récemment le Pr Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’Institut Pasteur.

Sur ce point, la situation semble déjà critique lors de cette cinquième vague. 98 enfants de moins de 10 ans sont actuellement hospitalisés suite à une infection par le SARS-CoV-2, d’après Santé publique France. C’est quasiment un niveau record : il y en a eu jusqu’à 109 lors de la première vague et 112 lors de la deuxième vague.

Les admissions de jeunes enfants à l’hôpital (le « flux », à distinguer du « stock »), elles, sont mises à jour chaque jeudi soir. Les dernières disponibles portent sur la semaine du 29 novembre au 5 décembre, avec 137 hospitalisations d’enfants âgés de 0 à 9 ans (138 la semaine précédente et 107 celle encore d’avant). Là aussi, on est tout proche du record absolu de 148 admissions, début novembre 2020.

Or, on sait qu’il y a toujours un décalage d’environ 10 à 15 jours entre les contaminations, donc les cas positifs, et les formes graves (lorsqu’elles surviennent). Ainsi, on peut s’attendre à ce que les nombres de lits occupés et d’admissions à l’hôpital chez les moins de 10 ans atteignent voire dépassent, ces prochains jours, les pics atteints lors des vagues précédentes. Ce qui témoignerait d’un plus grand nombre de contaminations.

Nicolas Berrod

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Onze enfants racontent le monde qui se dessine

28 Décembre 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Enfance, #Education

regard-d-enfant - Un dernier livre avant la fin du monde

Quatre sujets émergent : l'environnement, l'égalité entre les filles et les garçons, la question sociale et le numérique.

Mercredi, nous nous sommes rendus dans un Centre de loisir, situé dans le 20ème arrondissement de Paris, Porte de Bagnolet. Un centre de l'association Réseau Môm'artre. Un centre qui concentre ses activités sur l’éducation et l’expression artistique et culturelle.

Ce mercredi, ils étaient 11, âgés de 5 ans et demi – la précision est d’importance ! – à 9 ans, à avoir accepté de nous répondre. De nous dire comment ils voient le monde qui se dessine sous nos yeux, de raconter ce qui les inquiète, ce qui les révolte, ce qui leur tient à cœur. Ils s’appellent Kays, Mickaël, Yousra, Camille, Antoine, Jeanne, Louis, Nelia, Rayan, Sofines, Sarah. De nos échanges, de nos discussions, un premier sujet a émergé, urgent et évident : la défense de l’environnement, des plantes et des animaux. Et quelques solutions ont été avancées. 

Autre sujet fondamental qui a émergé dans ce groupe passionné, ce petit échantillon qui ne représente que lui-même. L’égalité entre les femmes et les hommes. Entre les filles et les garçons. 

Mais les enfants n’oublient pas non plus la question sociale. Et ces injustices qu’ils voient, qu’ils rencontrent, littéralement vous allez l’entendre, les rebutent. 

Enfin un sujet les interroge : Internet, le numérique. Qui leur apportent disent-ils de formidables opportunités pour apprendre, jouer, découvrir. Mais dont ils reconnaissent sans coup férir les limites. 

Alors aujourd’hui et demain, bien sûr, les enfants sont à l’honneur. Mais pour les écouter plus encore, entendre parler d’eux un peu plus, l’enfance et les enfants sont au cœur des programmes de France Culture. Avec de très très belles et nombreuses émissions dédiées cette semaine, à réécouter. Le podcast des aventures du petit Nicolas. Et les envoûtantes fictions pour la jeunesse, aussi, diffusée tout au long de la semaine prochaine. Pour résumer, le mot de la fin revient à la plus jeune du de la petite assemblée !

Quentin Lafay

A écouter en cliquant ci-dessous

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