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Vivement l'Ecole!

enfance

Protection de l’enfance : les associations dénoncent une avancée en trompe l’œil pour les jeunes majeurs

10 Juillet 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Enfance

Les sans-domicile, de plus en plus souvent des personnes seules - Actualité  fonction publique territoriale

L’amendement surprise du gouvernement, adopté mercredi, sur la généralisation de la protection de l’enfance jusqu’à 21 ans pour les jeunes issus de l’Aide sociale à l’enfance laisse un goût d’inachevé aux associations.

La surprise du gouvernement ne convainc pas totalement. Déposé mardi, jour d’ouverture de l’examen du projet de loi sur la protection de l’enfance à l’Assemblée nationale, l’amendement portant sur la généralisation de la prise en charge des anciens enfants placés jusqu’à 21 ans avait fait naître beaucoup d’espoir. Si les associations saluent une avancée après son adoption mercredi, le texte laisse un goût d’inachevé et elles appellent à la vigilance.

Les associations accompagnant les majeurs et les professionnels de l’aide sociale à l’enfance (ASE) attendaient depuis longtemps la généralisation de l’accompagnement des jeunes majeurs. Actuellement, les départements, compétents en matière de protection de l’enfance, n’ont pas l’obligation de prendre en charge les jeunes passés par l’ASE une fois leurs 18 ans révolus. Conséquence : les jeunes adultes qui ne bénéficient pas du «contrat jeune majeur», une extension de leur protection jusqu’à leurs 21 ans, et qui n’ont pas de solutions pérennes à leur majorité (emploi, poursuite des études dans l’enseignement supérieur, solution de logement ou d’hébergement) sont contraints de se débrouiller par eux-mêmes.

Et les chiffres sont implacables. Un quart des sans-abris nés en France «sont d’anciens enfants placés en protection de l’enfance», selon le rapport sur l’état du mal-logement de 2019 de la Fondation Abbé-Pierre. Entre 18 et 25 ans, plus d’un tiers des SDF sont d’anciens majeurs issus de l’ASE. «Les anciens enfants placés ne sont pas seulement en surreprésentation dans la rue, ils le sont également dans les hôpitaux psychiatriques, dans la population carcérale, etc.», indique Lyes Louffok, membre du Conseil national de la protection de l’enfance, lui même ancien enfant placé et auteur de Dans l’enfer des foyers (1). Il y avait donc urgence à systématiser l’accompagnement socio-éducatif, psychologique et pour le logement de ce public.

C’est à cette problématique que le gouvernement, jusque là sourd aux demandes des associations, apporte une réponse. C’est «un amendement qui va garantir à tous les jeunes majeurs une solution d’accompagnement », assure-t-on du côté du secrétariat d’Etat à la Protection de l’enfance. Les mineurs non accompagnés, anciennement «mineurs étrangers isolés», devraient pouvoir également bénéficier de cet accompagnement à leur majorité. «Il n’y a aucune disposition qui limite l’accès au contrat jeune majeur, confirme l’entourage du secrétaire d’Etat Adrien Taquet. La seule disposition, c’est celle d’avoir été confiée à l’ASE à un moment de sa minorité.» Aussi, cette généralisation du «contrat jeune majeur» pourrait intervenir à n’importe quel moment du parcours des anciens enfants placés entre 18 et 21 ans.

«Cet amendement a été travaillé avec les départements», déclare le ministère, qui ajoute que l’Etat participera au financement de la prolongation. Mais pour les associations, il n’apporte aucune mesure pour contraindre ces collectivités territoriales à appliquer l’extension du «contrat jeune majeur». «Il y a certains départements qui accordent très peu de contrats jeune majeur, reconnaît le ministère. La loi fera changer les choses.»

«Décevant»

Si Lyes Louffok a pu dans un premier temps saluer l’avancée, son enthousiasme est retombé comme un soufflet «en allant dans les détails» de l’amendement. «Décevant», c’est le premier mot qui lui vient à l’esprit. Il déplore que l’amendement ne précise pas l’accompagnement «à titre temporaire» que devront proposer les présidents de département aux jeunes. «Le département reste souverain. Il jugera à la fois du périmètre et de la durée de la prise en charge. Pour nous, ce n’est pas du tout sécurisant. C’est le statu quo.» Dans un communiqué, publié jeudi, le collectif Cause majeur ! regrette également que «la rédaction de l’amendement exclut les jeunes de la protection judiciaire de la jeunesse tout comme ceux vulnérables dont les difficultés n’ont pas été repérées durant leur minorité».

Et même la proposition «systématique» de la «garantie jeune», une allocation mensuelle qui permet «d’accompagner les jeunes entre 16 et 25 ans en situation de grande précarité vers l’emploi ou la formation» ne satisfait pas. Lyes Louffok dénonce un simple effet d’annonce. «L’immense majorité des jeunes issus de l’ASE y était déjà éligible, affirme-t-il. Ce n’est pas révolutionnaire pour nous.» Les espoirs reposent désormais sur les sénateurs, qui étudieront le texte après son passage en première lecture à l’Assemblée nationale. «On va tout faire pour convaincre les sénateurs de nous aider en modifiant cet article [l’article 3 du projet de loi sur la protection de l’enfance, que modifiait l’amendement du gouvernement, ndlr], en imposant que la protection soit réelle jusqu’à 21 ans», annonce Lyes Louffok.

Margaret Oheneba

(1) Dans l’enfer des foyers, Lyes L., Lyes Louffok et Sophie Blandinières, 224 pages, 2014.

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Enfants placés : violence à tous les étages

3 Juillet 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Enfance

Aide sociale à l'enfance : une assistante familiale creusoise se sent  "abandonnée"

Que ce soit en foyer ou en famille d’accueil, les jeunes qui bénéficient de l’Aide sociale à l’enfance subissent des violences diverses, que l’institution n’écoute et n’accompagne pas suffisamment, note une étude de l’Ined.

Le sujet s’est imposé par la force des choses. Engagées dans une enquête sur les trajectoires des jeunes sortant de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), des chercheuses de l’Ined (Institut national d’études démographiques) ont constaté qu’une thématique revenait fréquemment dans la bouche des interrogés : la violence. Elles ont donc décidé de recentrer leur étude sur ce thème spécifique et ont publié, en juin, «La violence sous protection : expériences et parcours des jeunes récemment sortis de placement», travail basé sur les paroles de 37 jeunes venant de quitter le giron de l’ASE. En voici les principaux enseignements.

Dans les familles d’accueil, le risque accru des violences psychologiques

Nombre de documentaires ont révélé le climat violent pouvant régner dans des foyers de la protection de l’enfance, où coups et insultes sont légion. Mais il est une violence plus difficile à percevoir et, a fortiori, à montrer : la violence psychologique. Les familles d’accueil en sont, indique l’étude, «le lieu de prédilection».

Des filles, en particulier lorsqu’elles sont étrangères ou d’origine étrangère, dénoncent l’exploitation dont elles font l’objet. «On pliait les vêtements, on triait les vêtements [des] enfants [de la mère d’accueil], enfin les femmes de ménage quoi, toujours H24. Elle m’a fait faire le lit au moins dix fois. Avant elle a dit : “Si tu fais pas très bien ton lit, ben il faut que tu laves tout avec de l’eau de javel parce que ça va laisser vos microbes ici, vous les Africaines on sait pas si vous avez le sida ou des trucs comme ça, faut bien nettoyer”», relate Rosie, qui affirme avoir été mise dehors sous la pluie ou avoir dû manger la nourriture que les enfants de la famille avaient fait tomber.

Ces violences s’installent d’autant plus aisément que les assistants familiaux comme les jeunes accueillis n’ont souvent que peu de liens avec l’ASE. «Je n’ai eu qu’une visite en l’espace de cinq ans, c’est pas normal. […] C’est comme si j’avais été abandonnée. […] Je n’avais pas de lieux pour parler de ce qui n’allait pas», raconte ainsi Emilie. Les parents accueillants, eux, manquent de relais et de soutien face à des jeunes difficiles.

La nature même de la relation entre les enfants et leurs familles d’accueil peut être source de conflits. «Alors que [les jeunes] attendent un investissement affectif de la part [des assistants familiaux], ils s’aperçoivent parfois que leur accueil repose sur une transaction financière, ce qui peut être très mal vécu», indique l’enquête. Clara affirme même qu’«à la fin, ben ils sont devenus extrêmement méchants jusqu’à dire que j’étais qu’une fiche de salaire, que je servais à rien quoi».

Lorsque des jeunes parviennent à dénoncer des problèmes, «la réponse institutionnelle est presque toujours le déplacement de l’enfant vers un autre lieu de vie». Sans, donc, que la famille ne soit ni sanctionnée ni accompagnée.

Dans les foyers, une violence banalisée

Dans les foyers, la violence s’exerce surtout entre pairs. «Il faut jouer des coudes, montrer qu’on ne se laissera pas faire et tenir sa réputation», note l’étude. Interrogée par les chercheuses, Nadejla résume : «Soit tu choisis d’être le larbin des gens, soit tu choisis d’être parmi les boss. Il faut choisir son camp. Parce que si tu te bagarres pas, t’es considérée comme une personne faible.» Toutefois, si le niveau de violence est «probablement plus élevé» dans les foyers que dans les familles d’accueil, «l’accompagnement par l’équipe éducative permet de canaliser les agressivités».

A noter que «les jeunes confrontés à des violences avant le placement tendent à relativiser celles subies dans l’institution, attitude particulièrement fréquente chez les garçons». Ainsi, «toute une partie des actes qui seraient probablement évalués par un observateur extérieur comme de la violence reste en sourdine».

Face aux violences sexuelles, la parole de la victime remise en question

Parce qu’elles ont un parcours chaotique, peuvent être turbulentes, difficiles à gérer, les victimes d’agressions sexuelles peuvent voir leur parole remise en cause lorsqu’elles osent en parler. Elles «restent fréquemment perçues comme fragiles psychologiquement, pouvant élaborer de fausses histoires pour mettre à mal l’institution», indique l’étude. Ce qu’illustre Justine : «Mon éducateur ne me croyait pas. Il croyait que je mentais juste pour quitter le truc [le foyer, ndlr]

Faute de crédibilité, la victime n’est pas suffisamment accompagnée, psychologiquement ou pour porter plainte, et finit «dans tous les cas» par être changée de lieu d’accueil, afin d’être séparée de l’auteur des faits, qu’il s’agisse d’un professionnel, du conjoint d’une «mère d’accueil» ou d’un autre jeune. «La réparation psychologique passe par la reconnaissance des faits, et celle-ci semble absente», constate l’Ined.

Des moments charnières dans le parcours au sein de l’ASE

Le premier placement peut être particulièrement violent pour les jeunes, en particulier lorsqu’ils n’ont pas été informés de ce qui allait se passer et encore moins consultés. «Si la séparation lors de la première entrée en placement est mal préparée, ou bien si les enfants sont malmenés au cours du premier placement, alors une méfiance qui ne sera parfois jamais levée, s’instaure», alerte l’étude.

A l’autre bout du processus, la sortie du giron de la protection de l’enfance peut provoquer «une véritable souffrance». A 18 ans, 21 s’ils bénéficient d’un contrat jeune majeur, ils doivent se débrouiller seuls. Ils le savent depuis longtemps, les éducateurs ne manquant pas de leur rappeler régulièrement l’échéance, ce qui cause du stress chez certains. «Mineur c’est beau et majeur c’est la catastrophe, résume Nadjela. Ils te le disent : “T’es considéré comme majeur, t’es dehors.”»

Des pistes d’amélioration

Que faire de tout cela ? Les chercheuses suggèrent notamment de contrôler davantage les lieux de placement, d’écouter les jeunes et de les associer aux décisions. Elles conseillent aussi de travailler sur les sorties de l’ASE afin qu’elles soient moins vécues comme un traumatisme.

Mais l’enjeu dépasse le seul cadre de l’Aide sociale à l’enfance, car les jeunes sont souvent confrontés à de la violence avant même leur placement : «Lutter contre la violence en institution suppose aussi de lutter contre la violence qui s’exprime dans la société, hors de ses murs. Une politique sociale visant à réduire les violences sociales serait certainement la politique de prévention des violences institutionnelles la plus efficace.»

Elsa Maudet

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Couvre-feu : «Les voisins ont souvent un rôle clé pour signaler les cas de maltraitance d'enfants»

17 Janvier 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Enfance

Violence à l'encontre des enfants : la Covid-19 a des conséquences  "dramatiques" dans le monde, alerte l'OMS - Actusoins actualité infirmière

Avec le couvre-feu avancé à 18 heures, les acteurs de la protection de l’enfance redoutent une recrudescence des maltraitances envers les enfants. Joanny Moulin, avocat au barreau de Marseille et président de l’association Parole d’enfant, appelle à la vigilance collective.

L’annonce du couvre-feu généralisé à 18 heures, dès ce samedi, ne laisse pas les acteurs de la protection de l’aide à l’enfance indifférents. Environ 80% des violences faites aux enfants sont commises dans l’environnement familial. Cette mesure fait craindre une nouvelle hausse des maltraitances envers les enfants, analyse Joanny Moulin, avocat au barreau de Marseille et président de l’association Parole d’enfant. 

Le couvre-feu avancé à 18 heures entraînera-t-il automatiquement une recrudescence de la maltraitance infantile?  

Je pense que ce sera le cas. Les bourreaux passeront plus de temps avec leurs victimes, en l’occurrence des enfants. Ces derniers auront beaucoup moins de contacts avec l’extérieur. Par conséquent, ils auront plus de difficultés à dénoncer les violences morales ou physiques qu’ils subissent. Les témoins seront plus rares. Dans cette situation-là, les voisins peuvent souvent avoir un rôle clé pour signaler les cas de maltraitance. C’est un constat que l’on a observé notamment durant le premier confinement.

Quelles sont les violences qui sont les plus susceptibles d’augmenter ? 

Toutes les formes de violence augmenteront sûrement. Au sein de l’association Parole d’enfant, nous sommes souvent sollicités pour des coups reçus ou des agressions sexuelles intra-familiales. Il arrive aussi que des mineurs soient les agresseurs. Les personnes qui nous appellent ont du mal à contacter directement les pouvoirs publics. Nous apportons aux victimes, une aide psychologique et juridique en se portant partie civile. 

Comment lutter efficacement pour tenter d’éviter ce phénomène? 

Il faut attirer l’attention de la population sur la situation, et en particulier celle des professionnels qui ont un lien direct avec les enfants : les enseignants, les médecins, les éducateurs, les animateurs…  Ces acteurs doivent être formés, afin de pouvoir repérer les signes qui ne trompent pas : bleus récurrents sur le corps, changement d’attitude soudaine, etc. Rappeler aux enfants leurs droits et leurs devoirs est tout aussi important.  Il est essentiel de leur expliquer que leur corps leur appartient, pour les encourager à dénoncer leurs actes dont ils ont été victimes. Pour eux, il est souvent difficile de le faire surtout lorsqu’un membre de leur famille est impliqué. 

Est-ce que cette mesure impactera le travail de votre association, Parole d’enfant ? 

Nos missions ne s’arrêteront pas à 18 heures. Nous serons disponibles à tout moment. Ceci contrairement au premier confinement où nos missions d’interventions ont été un peu réduites. Les enfants étaient confinés en structure d’accueil sans pouvoir rendre visite à leur famille, ou ils devaient rester à leur domicile et bénéficiaient d’un accompagnement moins intensif et régulier des acteurs de la protection de l’enfance. 

Kadiatou Sakho

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Protection de l'enfance : la maison brûle ! (Vidéo)

20 Novembre 2020 , Rédigé par France Inter Publié dans #Enfance

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L’enfance en fanfare, le culte de l’enfant prodige, des comptines bien mal élevées, la nostalgie des grands et le spleen des petits.

4 Août 2020 , Rédigé par France Culture Publié dans #Musique, #Enfance

Les premiers de la classe ou les cancres, les mioches, les morveux, les gamines, la marmaille. Natacha Triou nous propose de traverser les âges de la vie. Hier encore, nous n’étions que des avortons. Aujourd’hui, on entre dans le puéril.  Pervers polymorphe selon Freud, individu de désir et de communication selon Dolto, petit être pur et naturel selon Rousseau : comment est-ce que ça se chante, un gosse?  Et quels sont les liens entre la musique et le juvénile ? 

L’histoire de l’enfance reste surtout l’histoire du regard que les adultes posent sur cette période : entre fantasme, nostalgie et ambivalence. Mais ces dernières décennies, ce regard s’est profondément transformé. Entre une partie de cache-cache et un « J’ai volé ton nez », rentrons dans l’épisode 2 : l’enfance.

Suite et fin en cliquant ci-dessous

https://www.franceculture.fr/emissions/la-serie-musicale-dete/la-fleur-de-lage-25-fais-pas-ci-fais-pas-ca?actId=ebwp0YMB8s0XXev-swTWi6FWgZQt9biALyr5FYI13OojN5VSMd2TMt8SkIKwMoFh&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=601490#xtor=EPR-2-[LaLettre04082020]

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Ce que l’exil fait à l’enfance...

22 Août 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Enfance

Ce que l’exil fait à l’enfance...

Ruser, trouver des passages, de l’argent, de bonnes personnes, accepter le pas en arrière, éviter les violences. Et après, qu’est-ce qu’on fait de la liberté ? Très engagée pour l’accueil des réfugiés, l’écrivaine Marie Cosnay rend la parole aux «mineurs isolés». Leur évasion est héroïque parce que réputée impossible.

Tribune. Il est question d’enfance. De jeune âge. De petites personnes quittant leur pays d’Afrique de l’Ouest, Côte-d’Ivoire, Mali, Guinée, Cameroun. Quand ils quittent, puis arrivent en Europe, là où la géographie les a menés, et l’histoire et l’habitude, ils disent à quel point ils détestent les vieux chefs d’Etat pourris de leurs pays pourris. Il y a peu de jeunes gens que laisse indifférents un Alpha Condé préparant son troisième mandat. On peut fuir et aimer. On peut fuir et vouloir. Fuir en engagement. «Voter avec ses pieds» (1).

Un jeune homme de Guinée dit : «Donne-moi un visa de deux ans, de trois ans. Je reviens dans mon pays investir ce que j’ai appris et l’argent que j’ai gagné.»

Un autre jeune homme, venu seul du Cameroun, en 2016, protégé depuis par l’aide sociale à l’enfance de Chambéry, muni d’un titre de séjour, part cet été au Cameroun (2). Qu’on mesure bien : il avait 15 ans, il était seul, il a passé le désert, déjoué les pièges, franchi la mer. Cinquante personnes avaient cette nuit-là embarqué près de Nador [dans le nord du Maroc, ndlr]. Il est l’un des douze survivants. Cela fait de lui, dit-il, un témoin. Un être d’exception et de devoir. A l’âge de 15 ans, il a laissé sa mère, l’a laissée pour toujours, visa et frontières étant ce qu’ils sont, il n’a pas dit adieu, il s’est arraché. Le retour est impossible. Partir est tragique, on ne revient jamais. Pourtant, le jeune homme de Chambéry retourne cet été au Cameroun. Avec ses éducateurs, il a bien pensé les choses : il retourne mais pas exactement. Il ne faut pas tomber dans l’œil de l’impossible. Il n’ira pas dans le village d’enfance. Il retourne mais avec une question qui n’est pas (que) personnelle. Il demande : «Comment comprendre que nos pays où les liens de famille sont forts et les enfances respectées chassent ainsi leurs jeunes ? Comment comprendre que ce sont justement les familles, oncles, tantes, marâtres, deuxièmes épouses, qui font fuir ?»

Le pays pèse comme un couvercle. Ici, rien n’est possible. Mon frère a un master en management mais rien. Les petits ne vont plus à l’école. On nous coupe l’espoir, au cœur pas de désir. Des morts-vivants enfermés dans des familles elles aussi enfermées. Allez, file ! Evade-toi. Quelles que soient les manières de le dire. Mon fils à moi a réussi l’Europe, dit la première épouse.

Je suis debout, 15 ans, j’étouffe, et ce qui rend l’aventure mortelle c’est qu’avec leurs milliards, eux, ils nous coupent les routes. Tous les moyens sont bons pour asphyxier. Frontex empêche les départs et surveille les points d’eau sur nos chemins traditionnels de passage et de fuite. On passe plus haut, plus bas. Le désert devient cimetière. Finalement, on fait de l’évasion un but. Puisqu’il n’y a pas de but. L’évasion, la route impossible, mort comprise, est le but. L’évasion, cette entreprise de vie qui comprend la mort.

On est en prison. Dans ces familles qui font violence parce qu’elles ne respirent pas. Dans le pays. Regarde bien, je vais vite : les contrôles aux frontières, à chaque frontière. Les externes, bien sûr. Mais aussi les frontières internes, à l’intérieur de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Pas besoin de visa du Burkina au Niger, mais on renvoie quand même au Burkina ce jeune homme qui, au Niger, est soupçonné de vouloir partir en Europe. Sur un soupçon on le saisit, l’Europe viole le droit d’un groupement de pays d’Afrique. Qui dit irrégularité ?

L’Europe a grand intérêt à ce que les pays d’Afrique se dotent de passeports biométriques. Qu’à cela ne tienne. Quelque chose techniquement résiste, pénurie de passeports. Qu’à cela ne tienne : les Guinéens se voient privés depuis plus d’un an de passeports. Que les préfectures en France continuent d’exiger pour la délivrance des titres de séjour. Machines à empêcher. On voit bien qui fait la prison, qui presse en prison.

Être à la hauteur

Arrivés à ce niveau d’empêchement, d’injustice, point d’eau après frontière après démarche, on ne craint plus grand-chose. Si on fait un pas, un geste, un pas et un geste de combattant, il faut s’y tenir après, à l’arrivée. Si c’est le salut (survivant de la Méditerranée), il faut drôlement être à la hauteur.

Parfois, un trajet très difficile, victorieux, nous tient. Pousse. De légers traits paranoïaques : on ne fait plus bien la différence entre empêchement et empêchement. Refus d’un trois fois rien, c’est l’explosion.
Tu as touché terre et tu as un sentiment incroyable de victoire, il y a eu les années de désert et d’Algérie, et celles du Maroc. La traversée, peur immense, immense excitation. La rapidité, sur la fin. Une course contre le temps. S’évader, c’est faire vite, vite. Je suis arrivé à Tanger le 2 mai. Le 4, je mettais le pied en Espagne. Je donnais mes empreintes, une date de naissance de mineur, quelques jours en centre, on ne peut pas faire mieux ni plus vite, un gardien a laissé la porte ouverte, une nuit de marche à travers l’Andalousie, au matin me voilà à Séville, et la suite. Le 15, dans le sud de la France, le 20 mai à Paris. La suite. La suite. Vite.

Qu’est-ce qu’on fait de la liberté ? Le but, c’était le danger, le but, c’était de rester affolé. Il fallait ruser, trouver des passages, de l’argent, de bonnes personnes, accepter le pas en arrière, dénicher un coin de forêt, éviter les violences. Qu’est-ce qu’on fait de la liberté ? D’abord, on savoure, se repose à l’hôtel, au début un quatre-étoiles, après il y a les bêtes et les odeurs. On ne sort pas beaucoup, un peu piqué d’inquiétude, bientôt en désir de décisions. On nous dit d’attendre. Ici même les alliés, dont on comprend assez vite qu’ils ne sont pas payés, on les appelle quand même les associations, posent trop de questions, disent ce qu’il faut faire, ce qu’il ne faut pas, absolument, surtout et surtout pas. Attendre. Qu’est-ce qu’on fait de la liberté ?
Quand un geste, un salut t’a donné une responsabilité de témoin, l’angoisse que ça s’arrête. Tu cherches le danger. En jouant contre toi mais qui sait ? Autrefois aussi tu étais poussé : mon fils à moi, il est parti. Que faire de ton extraordinaire victoire ? Un danger, un autre, encore ? Tu passes ici les évaluations, voici l’ordalie des papiers, des tests osseux. Rien, ici, n’a à voir avec la mort, les vagues, la nuit ou les moustiques du Maroc. Le danger ici, tu le dis très bien, c’est de devenir fou.

Hier, tu te jetais dans la mer, un pneu noir autour du cou, il fallait éviter le rouge des gilets de sauvetage, rouge qu’aperçoivent les Marocains qui te ramènent à terre avant que tu ne sois dans les eaux espagnoles, hier, tu te jetais dans la mer et au bout de la nuit, après que vous aviez bien tourné en rond, tu apercevais les oiseaux de l’Espagne et de l’Europe, ceux qui virevoltent près des terres, victoire, tu t’étais jeté du bord vers l’autre bord. Aujourd’hui, tu tournes en rond de dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers (Demie) en centre d’information et d’orientation (CIO) et dans le meilleur des cas, tu apprends les sigles par cœur.
Je ne veux pas, de ce côté du monde où on fait tout pour ne rien risquer, trouver ton exil romantique. Mais c’est toi qui le dis : tu t’es conduit en héros et cela te donne, avec fragilité, une grande force. Cette force est partagée. Tu fais et t’évades. D’autres empêchent qu’on s’évade, ils emmurent. Je crois que nous vivons toi et moi dans un monde où on définit l’héroïsme d’une même manière : du côté de l’élan, de la vie qui décide, est libre et libère. Pas du côté où on se laisse mourir et où on laisse mourir. Même dans notre Europe mortifère emmurée, on admire les figures valeureuses qui avancent alors même qu’on leur dit de ne pas avancer, qui avancent pour se sauver et pour sauver. Malgré Frontex aux points d’eau, malgré les drones et les polices aux frontières, malgré les fossés, les barbelés, les lames de Ceuta, malgré celles de la mer d’Alborán. Malgré un tout petit bonhomme qui parle d’une façon très inconvenante, malgré d’autres qui se taisent et c’est pire, malgré un minuscule navire de guerre qui empêche de rentrer au port quand on y arrive. On n’imagine pas que quelqu’un un jour s’extasie de la figure d’un emmureur, d’un empêcheur obéissant, qu’il en fasse un portrait élogieux.

J’avais écrit : ce que ça fait à la vérité. Ce que ça fait à l’enfance. L’enfance en exil doit, une fois arrivée en Europe, en France en tout cas, s’expliquer, elle doit dérouler sa chronologie, réduire son parcours, en répéter les étapes, les dates, se faire l’interprète de sa société, de sa culture, elle doit se montrer isolée et vulnérable. Elle l’est malgré la grande force. Elle trouve et ouvre des brèches même quand il n’y a qu’impossibilités.

On gagnera

Pour qu’on te dise mineur, ce qui est ta seule chance, si tu viens d’Afrique de l’Ouest, de vivre légalement en France, il faut que l’état civil de ton pays ressemble à celui de la France, alors on fait tout au pays pour qu’il y ressemble. Comme il se doit tu fais mourir ton père et si on te dit que lui seul pouvait demander pour toi ce document que tu viens de recevoir tu diras que ton oncle porte le même nom que ton père, à chaque empêchement tu trouveras un récit, à chaque opposition une fiction mais la fiction sera plus vraie que le vrai. Ce que ça fait à la vérité ? Ça l’a fait déborder. Bien sûr mon père est mort, ce qui ne veut pas dire que mort comme il est il n’a pas pu gagner pour moi le papier, la vérité, c’est que j’ai besoin d’une porte et je la trouverai. La chercher chaque fois serait assez excitant, un véritable exercice de liberté, si ce n’était si dangereux. On ruse, slalome, on gagnera, parce qu’on en a besoin, parce qu’on est d’une force considérable, parce qu’on a des capacités d’invention plus grandes que n’en auront jamais les emmureurs, les empêcheurs obéissants. Parce qu’on a du talent pour l’évasion.

(1) La harga,le «départ», seule option politique : lire article de la chercheuse Farida Souiah sur www.hal.archives-ouvertes.fr.

(2) Chez moi ou presque, de Stéphane Ngatcheu, éd. Lettres communes-les Presses du réel (octobre).

Dernier ouvrage paru : les Enfants de l’aurore, Fayard (mars), le récit d’exil de trois adolescents inspiré de l’Iliade.

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L'acquisition du langage chez le bébé... (Vidéo)

25 Décembre 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Langage, #Enfance

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Enfants en rétention : E. Macron en marche vers un sinistre record...

22 Décembre 2017 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Enfance

Enfants en rétention : E. Macron en marche vers un sinistre record...

256 enfants en centres de rétention en 2017 en métropole : tel est le chiffre communiqué hier par  La Cimade, confirmant une augmentation continue de ces placements depuis 2014 malgré les dégâts engendrés sur des enfants qui ont déjà des vies si compliquées : « cela reste une pratique maltraitante et contraire à l’intérêt de l’enfant qui se trouve plongé dans un univers carcéral, de murs, de barbelés, de policiers en armes et de vidéosurveillance » expliquait ainsi Jean-Claude Mas, secrétaire général de la Cimade en 2016.

Rien d'étonnant donc à ce que de tels enfermements conduisent la France à être condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Ainsi, en  2012, la CEDH rappelait à la France (arrêt Popov contre France du 19 janvier 2012 ) que le placement de deux enfants – âgés respectivement de cinq mois et trois ans – dans un centre de rétention administrative durant quinze jours en compagnie de leurs deux parents violait les articles 3 (interdiction des traitements inhumains et dégradants), 5 (droit à la liberté et à la sûreté) et 8 (droit au respect de la vie familiale) de la convention européenne des droits de l’homme.  

François Hollande, candidat, s’était alors engagé « à interdire les placements en rétention des familles avec enfants dès mai 2012, au nom de l’intérêt supérieur des enfants qui doit primer ». Une circulaire du 6 juillet 2012 encadrant cette pratique a de fait permis initialement de la limiter en métropole (64 mineurs en 2013 contre 312 en 2011).

Mais, après une baisse initiale, les chiffres sont ensuite repartis à la hausse. En 2015, ce sont 105 enfants ont ainsi été placés avec leurs parents en CRA pour aboutir aux 256 de 2017 (et ces  données concernent la métropole et ne tiennent pas compte, par exemple, de la situation dramatique de Mayotte, où 4 300 enfants sont passés en 2016 par des centres de rétention).

Le 12 juillet 2016, la Cour européenne des droits de l’homme  condamnait de nouveau  la France pour avoir contrevenu  à l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme selon lequel « nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants » en raison du placement  d’enfants étrangers en centre de rétention administrative. 

Le 13 juillet 2016, nous lancions un appel collectif diffusé par Politis pour que cessent ces enfermements de la honte. http://www.politis.fr/articles/2016/07/pour-en-finir-avec-le-placement-denfants-etrangers-en-centres-de-retention-35185/?override=b9f7d3a0-18d1-40ea-bb2b-5ac0a7ebc14e.

En 2017, la Cimade lançait une pétition aujourd’hui signée par 90.000 (http://agir.lacimade.org/retention ).

Mais pas plus la condamnation de la France que les appels et pétitions n’ont eu d’effet sur les gouvernements et le nombre d’enfants enfermés en CRA n’a cessé d‘augmenter.

Les mots d’humanisme et de fraternité seront peut-être prononcés par le Président de la République lors de ses vœux : tant que la politique à l’égard des migrants suivra la pente actuelle, ils auront autant de crédibilité que la « politique de civilisation » revendiquée par N. Sarkozy. Nous le rappellerons, sans répit !  

Martine Chantecaille

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Petite fille seule : vous arrêteriez-vous ? Beaucoup de gens ne l'ont pas fait #pourunmondejuste (Video)

13 Novembre 2017 , Rédigé par UNICEF Publié dans #Enfance

6 juillet 2016

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La petite société des enfants...

29 Octobre 2017 , Rédigé par La Vie des Idées Publié dans #Education, #Enfance

Comment les enfants perçoivent-ils le monde qui les entoure, du plus proche – les parents, les amis – au plus lointain – le travail, la politique ? La sociologie dialogue ici avec la psychologie pour décrire les processus socialement différenciés par lesquels les enfants en viennent à penser et se penser.

Recensé : Wilfried Lignier et Julie Pagis, L’enfance de l’ordre. Comment les enfants perçoivent le monde social, Paris, Seuil, 2017, 320 p., 23 €.

Parce qu’ils seraient en voie de socialisation, les enfants ne seraient que des êtres sociaux en devenir — tout ne serait, au fond, qu’une question d’âge, et pour parler le langage de la psychologie, de « stade de développement ». En proposant une sociologie des perceptions enfantines du monde social, Wilfried Lignier et Julie Pagis mettent à l’épreuve cette idée commune. Ils montrent, à l’appui de nombreuses données empiriques, ce que ces perceptions doivent aux interactions que les enfants, depuis leurs premiers pas, entretiennent avec leur environnement social. En entrant dans le détail des opérations mentales constitutives des habitus enfantins, à tout le moins de leur part cognitive, ce livre révèle la portée heuristique d’un regard sociologique sur un objet — le développement de l’enfant — longtemps abandonné à la psychologie.

Wilfried Lignier et Julie Pagis ont enquêté durant deux années auprès des enfants de deux classes (CP-CM1 et CM1-CM2), dans deux établissements scolaires. Ils ont déployé un dispositif méthodologique élaboré au sein duquel le recueil de la parole, par la réalisation d’entretiens avec des duos d’enfants et l’animation de discussions en classe, se double de la passation d’exercices écrits — ils ont notamment demandé aux enfants de classer des métiers, ou encore, dans le volet de l’enquête consacré aux perceptions enfantines de la vie politique, d’expliciter ce qu’ils entendent par « la droite » et « la gauche ». Les analyses que font les auteurs de ces matériaux qualitatifs sont systématiquement rapportées aux caractéristiques sociales des enfants et de leur famille, ainsi qu’à la composition socio-démographique des classes au sein desquelles ils évoluent dans le cadre scolaire — et a fortiori, dans celui de l’enquête. Si les auteurs soulignent à quelques reprises les limites d’une enquête qui, fondée principalement sur la réalisation d’entretiens, laisse de côté l’usage des méthodes ethnographiques, l’observation n’est pas totalement absente de leur démonstration. De fait, les entretiens en duo ou les discussions collectives ont aussi été l’occasion, pour les chercheurs, d’observer les interactions entre enfants. Loin d’être considérées comme des « biais », ces interactions — au cours desquelles les enfants se jaugent et se jugent, s’imitent ou se distinguent — sont appréhendées comme l’un des moyens ordinaires par lesquels les enfants forgent leurs perceptions du monde social, et leur conscience de soi.

(...)

Nicolas Salée

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