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Vivement l'Ecole!

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Une génération sacrifiée sur l’autel du nouveau bac: le naufrage du Grand Oral

15 Juillet 2021 , Rédigé par Huffington Post Publié dans #Education

Fichier:JEAN LOUIS THÉODORE GÉRICAULT - La Balsa de la Medusa (Museo del Louvre, 1818-19).jpg

EXTRAITS

Candidats "à terre", parents "choqués, indignés, tristes, en colère" et professeurs désabusés.

BAC 2021 - “Je ne comprends pas”. Tels sont les mots de nombreux candidats du bac à la publication des résultats. Alors que les journaux titrent sur la bienveillance démesurée des jurys, des lycéens ont lu leur relevé de notes avec stupéfaction: ils y ont découvert des 7, 5, 2 voire 1… alors qu’ils avaient travaillé toute l’année et obtenu des moyennes honorables aux trois trimestres dans le contexte que l’on sait. Du côté de leurs professeurs, c’est la consternation: comment comprendre de tels résultats? Depuis l’intérieur du mammouth, nous levons le voile sur les raisons d’un carnage qui avait tout de prévisible.

Certains ironisent sur un bac “facile à avoir” et proclament que le niveau des élèves serait en baisse. L’humiliation est d’autant plus grande pour les élèves qui ont découvert des notes infamantes comme “récompense” du travail de toute une année. Dans ce ratage, deux épreuves sont à la dérive: le Grand Oral (GO) et l’épreuve anticipée de français (EAF).

(...)

“Des questions étranges”

Les récits que font ces élèves des entretiens menés naviguent ainsi entre Ionesco et Kafka. Claire*, 17 ans, témoigne : « On m’a posé des questions étranges. Un des jurys m’a demandé un exemple d’algorithme, j’ai répondu Parcoursup en détaillant cette plateforme comme je pouvais. Il m’a demandé un autre exemple d’algorithme, j’ai répondu la calculatrice, il m’a demandé de préciser pourquoi et d’un coup, toujours en regardant la fenêtre, le jury me pose cette question : En quelle année la calculatrice a-t-elle été inventée ? J’ai été choquée et très déstabilisée par cette question ». En plus de questions sans rapport avec la spécialité évaluée, la candidate, qui a présenté une question transversale à la spécialité HLP (humanités, littérature et philosophie, NDLR) et à la spécialité Sciences Economiques et Sociales (SES), a aussi relevé une absence d’interrogations sur ses matières : « Je n’ai reçu aucune question de cours sur chacune de mes spécialités ; je parlais pourtant d’œuvres littéraires ou encore de certains philosophes ainsi que de certains termes économiques. Ils n’ont jamais été relevés ». Cerise sur le gateau : des attitudes d’intimidation : « Un des membres du jury m’a demandé la date de l’Intelligence artificielle, ce qui est assez difficile à déterminer… Ma réponse ne lui a sûrement pas plu car il a fait une drôle de tête, à demi dégoûté. Les exemples que j’ai cité comme le transhumanisme (au programme de la spécialité HLP, NB) semblait aussi l’énerver étrangement. »

(...)

Même retour du côté de profs qui échangent sur les groupes fermés des réseaux sociaux : « Je suis un peu amère (…) ; beaucoup de 9 et de 10 et une collègue de HLP qui se montre narquoise, soupire, lève les yeux au ciel et rit même quand vient le sujet de l’orientation… Je ne vous raconte pas à quel point mes élèves en ressortent avec un sentiment de honte et d’incompréhension… » L’attitude de certains jurys se révèle en effet problématique : « Des collègues de mon lycée d’« élite » se sont gobergés de la « nullité » des candidats qu’ils ont fait passer dans un établissement rural avec un mépris et une méchanceté odieux. Je ne suis pas très étonnée que certains aient eu de mauvaises notes si j’en juge par ces deux spécimens. » Les cas de notes infamantes sont aussi constatés par les professeurs pour leurs élèves : « Une de mes élèves, excellente et qui a tout de même obtenu la mention très bien, a eu 6 à son grand oral. Et apparemment les élèves passés par son jury ont tous des notes très basses. Est-ce parce qu’ils viennent d’un petit lycée rural privé ? Est-ce la question histoire-géo sur l’évolution de la place des femmes dans l’histoire qui n’a pas plu ? ». Car oui, la grande majorité des élèves confrontés à ce problème sont… des filles.

(...)

“Il y a des cons partout et certains sont profs”

Mais des raisons plus obscures sont à soulever : comment expliquer l’attitude odieuse de certains jurys ? A cette question, la réponse « il y a des cons partout et certains sont profs » ne suffit pas. Bien plus tôt, la session 2021 a été marquée par un sabotage en règle des conditions d’évaluation des candidats.

Le contexte était difficile : convoqués au dernier moment, parfois très loin de chez eux, certains jurys se sont vus catapultés face à des élèves dont il n’enseignaient pas la matière et ont été sommés de les évaluer sans charte d’évaluation, à l’aide d’une seule grille d’appréciation dépourvue de barème officiel. S’y est ajoutée une particularité cette année : tous les professeurs convoqués en tant que jury ont dû reconduire leur dossier de prise en charge financière pour être payés, l’année dernière ayant été une année blanche. Ledit dossier devait être complété avant le 2 juillet, soit alors que les corrections n’étaient pas achevées et que le serveur sur lequel téléverser les documents était, comme tous les autres serveurs de l’Education nationale (saleté de Russes), sujets à des bugs à répétition. Résultat : l’espoir d’être rémunéré un jour s’envole vite… Et pour certains, leur motivation avec. Le taux horaire de 14,72€ par heure d’interrogation orale a en aigrit, légitimement, plus d’un. Et la perspective de n’être payé, si l’on l’est, qu’au bout de 6 mois à 2 ans, ne constitue pas non plus une bonne manière pour l’Education Nationale de soigner ses troupes.

On peut donc comprendre que les conditions de réalisation de la mission de jury aient été particulièrement difficiles. Mais, pour citer une mère d’élève abasourdie par la manière dont son enfant a été traitée lors du Grand Oral, « comment un jury peut manquer de respect à ce point à un élève ? ».

(...)

Le ras-le-bol de certains correcteurs les a-t-il conduits à prendre les élèves pour bouc-émissaires ?

La piste n’est malheureusement pas à écarter. Mais une autre doit être dévoilée : pour la première fois dans l’histoire du baccalauréat, il n’y a pas eu, cette année, de réunion d’harmonisation à l’issue des corrections. Cette réunion sert habituellement à faire dialoguer les différents membres d’un jury pour parvenir à des moyennes de lots de copies ou de prestations orales cohérentes et uniformes. Pour le bac de français cette année par exemple, cette réunion a été portée sur les convocations, puis annulée, puis a fait l’objet d’une nouvelle convocation, puis a été annulée de nouveau… L’harmonisation des notes a été conduite par le seul coordinateur de jury (équivalent d’un président de jury) « au fil de l’eau ». Faut-il préciser que ce coordinateur, nommé par les inspecteur académiques, effectue ce travail supplémentaire contre… zéro rémunération ? Question financière mise à part, la question des principes d’harmonisation se posent, surtout lorsque c’est un même jury qui a distribué des notes humiliantes (le numéro du jury est porté sur la convocation, NB).

Ce sont donc des candidats « à terre », des parents « choqués, indignés, tristes, en colère » et des professeurs désabusés qui ont reçu hier l’annonce d’une nouvelle réforme de la réforme du bac. - Professeurs qui ont appris la nouvelle par les médias, une fois de plus. « Je prônais cette réforme qui mettait en avant la place de l’oral au baccalauréat », déclare une mère d’élève. « Je suis outrée ; au lieu d’apprécier d’avoir obtenu leur baccalauréat, nos enfants n’auront retenu que cet échec à l’oral, se remettant en question injustement ». Ironie du sort, sa fille a pour projet professionnel de devenir professeure des écoles.

Entre génération sacrifiée et professeurs au pilori, que reste-t-il de nos vocations ?

Par Esther P. - Professeur de lettres modernes

* Les prénoms ont été modifiées.

​​​​​​​Le billet complet est à lire en cliquant ci-dessous

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Précarité étudiante : à Paris, les files d’attente pour la distribution alimentaire ne faiblissent pas

14 Juillet 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Université

https://images.bfmtv.com/VpmXR5_cB73gQyjxdPSRvYnxybk=/7x0:1191x666/1184x0/images/Face-a-la-crise-laide-alimentaire-est-devenue-indispensable-pour-les-etudiants-965522.jpg

EXTRAITS

L’association Linkee, qui prépare des colis avec des invendus alimentaires, vient en aide à 15 000 étudiants d’Ile-de-France depuis un an, notamment à Ground Control, dans l’est de la capitale.

La pluie s’abat sur le préau de l’ancien entrepôt de la SNCF, où plus de 200 étudiants font la queue. Ce soir du mardi 13 juillet, c’est à Ground Control, lieu culturel et branché de l’est parisien, que la distribution a lieu. Le principe : sur présentation de sa carte, tout étudiant inscrit en amont sur le site de l’association Linkee peut recevoir gratuitement un colis de 7 à 8 kilos de produits bio, issus des invendus des supermarchés, chaînes de vente à emporter et autres cantines collectives – dont les stocks s’écoulent plus ou moins bien en fonction du recours au télétravail.

« Chaque année, dix millions de tonnes d’aliments partent à la poubelle », rappelle Julien Meimon, fondateur de Linkee en 2016. Sur les étals, des choux rouges, du fenouil, des ananas, des avocats et des œufs permettront de cuisiner pendant plusieurs jours. Parfois, des chefs bénévoles remettent eux-mêmes aux étudiants leurs petits plats.

Depuis un an, l’association essaime auprès de 15 000 étudiants ces marchandises dans vingt points de distribution en Ile-de-France, des « tiers-lieux » tels des bars ou espaces culturels, qui rendent le moment moins formel. En plus d’un colis, chacun peut bénéficier des conseils d’associations présentes sur place, pour trouver un logement, rencontrer un psychologue ou encore se faire couper les cheveux par une coiffeuse bénévole.

A Ground Control, le pic de fréquentation lors du confinement a atteint les 900 personnes. « Au début, je suis venue pour la nourriture et après, j’y suis restée car il fallait absolument que je voie du monde. Un bonjour, un sourire… J’ai l’impression d’être une clocharde en disant cela, mais c’est pourtant ce dont nous avons besoin », relate Delphine, étudiante en master à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

Dans la file d’attente, se dévoilent des visages marqués par la fatigue ou la gêne de recourir à l’aide alimentaire. « Mon père n’a qu’une petite retraite et ma mère ne travaille qu’irrégulièrement. Je suis obligée de les aider », témoigne une jeune fille, en deuxième année d’études de médecine à l’Université de Paris, qui a perdu son job de serveuse à cause du confinement.

(...)

Lors de son discours du 12 juillet, Emmanuel Macron a eu un mot pour « une jeunesse qui a tout sacrifié » mais la promesse d’agir est restée évasive, le chef de l’Etat renvoyant à la rentrée pour présenter « la garantie jeune universelle », dispositif financier qui, jusqu’ici, est réservé aux jeunes sans qualification.

« Quid des étudiants ? », réagit le syndicat L’Alternative, qui souligne que les 2,8 millions d’étudiants ne sont donc pas concernés par cette annonce. Et quid de la réforme des bourses promise à trois reprises depuis le début du quinquennat ? La Fédération des associations générales étudiantes, première organisation représentative, demande en urgence une allocation de rentrée ainsi qu’une revalorisation et une extension des bourses à un plus grand nombre de bénéficiaires.

(...)

Soazig Le Nevé

Article complet en cliquant ci-dessous

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Covid : le gouvernement envisage des vaccinodromes dans les collèges et lycées à la rentrée

13 Juillet 2021 , Rédigé par Les Echos Publié dans #Education

Covid : le gouvernement envisage des vaccinodromes dans les collèges et lycées à la rentrée

L'exécutif prépare la vaccination de masse en milieu scolaire, tout en incitant les 12-18 ans à se faire piquer cet été. Un nouveau protocole sanitaire doit être publié dans les prochains jours pour préparer la rentrée scolaire.

Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, n'y est pas franchement favorable, mais l'idée de transformer des collèges et des lycées en vaccinodromes fait bel et bien son chemin. « C'est envisageable et envisagé », confie Bruno Bobkiewicz, à la tête du principal syndicat de chefs d'établissement, le SNPDEN.

Tout va dépendre de la situation sanitaire et de l'état de vaccination des 12-18 ans, à la rentrée. « Il s'agit potentiellement d'installer des vaccinodromes dans les établissements scolaires, mais qui seraient gérés par les professionnels, indique-t-il. Nous mettrions seulement à disposition les locaux, nous pourrions éventuellement distribuer des autorisations parentales, mais pas plus. Ensuite, les autorités de santé se débrouillent. Il n'est pas question que nos personnels soient mobilisés pour cela. »

« Une mutualisation »

Tous les proviseurs gardent un mauvais souvenir des autotests qu'ils avaient dû gérer seuls. L'opération avait viré au casse-tête logistique. Entre eux, les chefs d'établissement imaginent déjà une « mutualisation », avec un établissement par ville qui mettrait à disposition une salle polyvalente ou un gymnase. « Je ne suis pas certain qu'il y ait besoin d'avoir un vaccinodrome par établissement », estime Bruno Bobkiewicz.

Interrogé sur France Info le 1er juillet, le ministre de l'Education nationale s'était montré réservé sur le déploiement de la vaccination en milieu scolaire. « Nous ne l'excluons pas, mais ce n'est évidemment pas mon souhait principal parce que ça crée une charge de plus et ça peut donc troubler le cours normal de l'organisation des établissements », avait déclaré Jean-Michel Blanquer. Cela « désorganiserait un peu le système et ça veut dire moins de cours pour les élèves », ajoutait le ministre, jeudi matin, sur LCI.

Atteindre les parents

De son côté, le « monsieur Vaccin » du gouvernement, Alain Fischer, insiste pour que la vaccination des adolescents soit déployée en milieu scolaire à la rentrée. Et les choses vont « plutôt dans le bon sens » avec les services du ministère de l'Education nationale, affirmait-il, jeudi, dans « Le Monde ». « On peut y arriver », indiquait-il, en suggérant de « monter des équipes mobiles avec médecins et infirmiers » volontaires. En touchant les enfants, Alain Fischer entend aussi « atteindre indirectement les parents ».

"90 % des professeurs ont l'intention de se faire vacciner."

Jean-Michel Blanquer, Ministre de l'Education nationale

« Plus tout le monde arrivera vacciné à la rentrée, plus cela permettra d'avoir une année scolaire sereine », insiste pour l'instant Jean-Michel Blanquer. Quant aux « modalités de vaccination après la rentrée, tout est sur la table pour le faire, cela peut se passer parfois en milieu scolaire mais pas forcément », concède-t-il. « La question est de savoir ce qu'il y a de plus efficace. Si c'est ça qui est le plus efficace, c'est ce qu'on fera. »

La vaccination obligatoire des enseignants n'est pas à l'ordre du jour. « 70 à 75 % des professeurs ont reçu une primo-vaccination et, selon nos enquêtes, 90 % ont l'intention de se faire vacciner », plaide Jean-Michel Blanquer. Mais, à la question de savoir si un professeur non vacciné pourra faire classe devant ses élèves, le ministre indiquait toutefois jeudi : ce genre de sujet « continuera à être sur la table jusqu'à la rentrée ».

Quatre scénarios

Pour faire face à la circulation épidémique, le ministère de l'Education doit publier dans les prochains jours son protocole sanitaire. Quatre scénarios ont été préparés, pour coller à l'état de la situation sanitaire.

Par ailleurs, sur le plan pédagogique, le dispositif « Devoirs faits » déjà en place dans les collèges sera étendu aux lycées, avec une enveloppe annoncée de 1.500 heures supplémentaires pour permettre aux enseignants volontaires de faire du soutien scolaire.

Marie-Christine Corbier

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Covid-19: aux Etats-Unis, rentrée sans masque pour les profs et élèves vaccinés

10 Juillet 2021 , Rédigé par Huffington Post Publié dans #Education

Comment fabriquer de meilleurs profs | Slate.fr

Les élèves et les professeurs américains vaccinés contre le Covid-19 ne seront plus contraints de porter le masque pendant les cours.

MASQUES - Les élèves et enseignants vaccinés contre le Covid-19 n’auront plus besoin de porter de masque dans les classes américaines à la rentrée, selon les nouvelles recommandations des autorités sanitaires du pays, mises à jour ce vendredi 9 juillet.

Ces nouvelles recommandations pour les écoles et lycées sont ainsi alignées sur celles concernant les adultes. Les Centres de lutte et de prévention des maladies (CDC) avaient annoncé dès mai que les Américains vaccinés pouvaient tomber le masque, mais les conseils sanitaires à l’adresse des écoles n’avaient pas immédiatement été modifiés en conséquence. 

“A l’intérieur, l’usage du masque est recommandé pour les personnes n’étant pas entièrement vaccinées”, selon les nouvelles recommandations. “Cela inclut les élèves, les enseignants et le personnel”, écrivent les CDC, principale agence fédérale de santé publique du pays. 

Les établissements restent toutefois libres de suivre ou non ces consignes.

Une “priorité”

“Selon les besoins des habitants, les responsables scolaires peuvent décider de rendre le port du masque requis de façon universelle (c’est-à-dire requis indépendamment du statut de vaccination)”, précisent les CDC. Ces raisons peuvent inclure un fort taux de transmission du virus localement, ou même “des difficultés à faire respecter des consignes sur les masques qui ne sont pas universelles”. 

Les autorités sanitaires soulignent que la réouverture des écoles pour une instruction “en personne” est “une priorité”.

Elles mettent pour cela l’accent sur le besoin de vacciner le plus largement possible, “l’une des stratégies les plus importantes pour aider les écoles à reprendre en toute sécurité leurs activités.” 

HuffPost avec l'AFP

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Retour de l'uniforme dans les écoles ? Une ânerie historique renouvelée - Par Claude Lelièvre

10 Juillet 2021 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Histoire

Montlouis-sur-Loire : les collégiens règlent les conflits entre eux.. et ça  marche !

Cette fois-ci c'est la secrétaire d'Etat chargée de la Jeunesse et de l'Engagement qui prône un « retour de l'uniforme à l'école » alors qu'il n'a jamais été ni obligatoire ni généralisé. Jusqu'ici ce type de déclaration avait été l'apanage de dirigeants de droite patentés. Et c'est l 'ânerie historique qui se généralise.

Sur Sud-Radio, Sarah Helhouri (secrétaire d'Etat chargée de la Jeunesse et de l'Engagement) a trouvé une idée lumineuse pour se mettre en valeur :« Le retour de l'uniforme dans les écoles ? Pourquoi pas. L'uniforme permet une certaine énergie, un sentiment d'appartenance collectif »

Depuis le début du XXIème siècle, on assiste régulièrement à des tentatives de mettre en plein débat public la question de l'uniforme à l'Ecole . Le plus souvent, afin de s'appuyer sur l'autorité d'une tradition qui serait perdue, il est prétendu qu'il s'agirait d'un retour à un passé regretté . Et assez souvent, il est affirmé que ce '' retour'' serait à faire au nom de « l'égalité ».

Cependant, il suffit de regarder les photos de classe d'époque - et il y en a des milliers sur Internet - pour constater de visu qu'il n'y a jamais eu d'uniformes dans le primaire public métropolitain et que si beaucoup d'élèves portaient des blouses, elles étaient plus ou moins disparates. Or c'était pourtant dans ces écoles communales qu'il y avait le plus de diversité socioculturelle et où aurait pu se poser le plus la question de ''l'égalité'' que l'on invoque comme raison supposée de l'imposition fantasmée d'uniformes ou de blouses uniformes.

Dans un passé assez lointain, beaucoup ont porté des blouses disparates à l'école communale, certes. Mais beaucoup d'enfants portaient également la blouse à la maison. En réalité les mères de famille préféraient laver la blouse que le pull, d'autant que planait alors à l'école la menace constante des crachotis d'encre de la "plume sergent major''. Les blouses ont commencé à disparaître dans les années 1960 lorsque la pointe Bic l'a remplacée. Rien à voir avec quelque imposition que ce soit de l'Ecole républicaine dans ce domaine..

Des uniformes scolaires (ou des blouses uniformes) ont été portés au contraire dans les établissements où il y avait une certaine sélection socio-culturelle: à savoir dans beaucoup des établissements privés, mais aussi dans certains établissements secondaires publics (généralement les plus huppés). Ces uniformes étaient avant tout un signe de distinction d'établissement (dans tous les sens du terme), la mise en avant d'une appartenance à une communauté sélectionnée. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l''égalité d'éducation" n'était pas le souci dominant en l'occurrence.

En janvier 2015, le député UMP Bernard Debré (avec le concours d'une quarantaine de députés de droite, dont Eric Ciotti et Nicolas Dupont-Aignan) a déposé un projet de loi aux attendus significatifs (et erronés historiquement) : « L'Ecole doit être le lieu où se forme le sentiment d'appartenance à notre communauté nationale et à la République française […] Le port d'une tenue commune dans les établissements scolaires du premier et du second degré doit redevenir la règle ».

La seule période où il y a eu un uniforme identique porté par des élèves de l'enseignement secondaire dans un ensemble d'établissements publics est celle du Premier Empire : dans les lycées qui avaient été créés en 1802 par Napoléon Bonaparte, alors Premier Consul. Les élèves de tous les lycées de France devaient porter un uniforme fixé par arrêté : habit vert, culotte bleue, collet et parement bleu céleste, chapeau rond et boutons jaunes métal. Les déplacement dans le lycée comme à l'extérieur se faisaient en rang par deux. Les mouvements et la fin des cours étaient scandés par le tambour Et chaque jour, au réfectoire, on lisait le bulletin de la Grande armée. Mais on était alors clairement sous un régime bonapartiste militaire.

En fait, la plupart des propositions actuelles allant dans le sens de l'obligation du port d'un uniforme précisent que ce serait à la direction de chaque établissement de préciser lequel. Par exemple, deux ans avant la proposition de loi de Bernard Debré, en janvier 2013, une quinzaine de sénateurs de droite (dont Serge Dassault) avaient déjà déposé une proposition de loi rendant « obligatoire le port de l'uniforme ou de la blouse à l'école primaire et au collège ». L'article 2 précisait qu'il appartiendrait « à la direction de l'établissement de déterminer le vêtement, blouse ou uniforme, qui doit être porté en son sein », avec des attendus non moins significatifs : « L'uniforme a depuis toujours été utilisé pour symboliser un lien d'appartenance. Il n'est pas une panacée mais un outil permettant de gommer symboliquement les différences sociales, religieuses et ethniques»

Dès l'automne 2003 les dirigeants politiques de droite François Baroin et Renaud Donnedieu de Vabres ont évoqué le retour des « tabliers gris » pour lutter contre les enfants « fashions victims » et surtout combattre la « montée des communautarismes et le voile à l'école ».

« Patriotisme d'établissement », « sentiment d'appartenance », abolition dans les apparences des « différences sociales, religieuses et ethniques » , combat contre la « montée des communautarismes et le voile à l'école » : l'antienne du « retour à l'uniforme » qui serait une restauration d'une rassurante école d'antan républicaine relève de la supercherie en vue de manœuvres des plus actuelles.

Et la supercherie de la secrétaire d'Etat chargée de la Jeunesse et de l'Engagement n'est pas mal non plus.

Claude Lelièvre

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Comment vos enfants voient votre travail

9 Juillet 2021 , Rédigé par Slate Publié dans #Education

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Après un an passé à vous observer en télétravail, voici leurs témoignages.

Ils ont assisté à presque toutes vos conférences, sont parfois intervenus dans vos appels vidéo et vous ont entendu râler après votre patron. Avec l'explosion du télétravail et l'école à distance, toute une génération d'enfants ont eu l'occasion sans précédent d'observer leurs parents au travail, changeant ainsi leur perception du monde adulte. Voici le témoignage de cinq petits Américains, recueillis par le Wall Street Journal.

Moseti Phelps, 6 ans

Durant le confinement, Moseti a suivi l'école à distance, aux côtés de sa mère Brigit, qui travaillait à la maison en tant que directrice adjointe de banque. Il a ainsi pu l'observer gérer les requêtes de la clientèle, former les nouveaux employés, travailler sur un tableur ou encore organiser des appels vidéo. «Elle essaie d'avoir de l'argent pour une banque», résume Moseti. «Des fois, il y a des urgences», se rappelle-t-il lorsque Brigit montait dans une chambre en emportant son ordinateur pour effectuer un appel dans une pièce silencieuse. Quand on lui demande s'il voudrait lui aussi travailler dans une banque plus tard, il répond: «Peut-être. Mais ce qui ne m'intéresse pas, c'est que ça dure toute la journée.»

Kaili Milano, 8 ans

«Il écoute et tape beaucoup sur son clavier. Des fois, il recherche des trucs sur son téléphone.» Kaili n'est pas sûre d'avoir compris ce que son père, employé d'une société de gestion de contenus, fait pour gagner sa vie. «Il y a un grand écran sur son bureau, un ordinateur portable et son téléphone. Et beaucoup de papiers en désordre», décrit l'enfant. Aimerait-elle faire le même travail que son père plus tard? «Non, il ne fait que taper sur son clavier toute la journée.» Kaili préfèrerait devenir vétérinaire.

Leo Alexander, 10 ans

Avant la pandémie, Leo accompagnait souvent sa mère actrice à des auditions, mais il ne pouvait jamais la voir en action. L'année dernière, tous deux à la maison pendant le confinement, il a enfin pu la regarder passer ses castings, sur Zoom. «Je la vois sous un nouveau jour», s'émerveille l'enfant. Pour l'aider à se préparer, Leo lui lisait des lignes de script. L'enfant confie être surpris par le talent de sa mère: «Parfois, j'avais l'impression de parler au personnage et que ma mère avait été emportée sur une autre planète.»

Gian Spadaro, 10 ans

Grâce au confinement, Gian a découvert une nouvelle facette de sa mère, qui alterne entre son métier d'agente immobilière et un site web où elle vend des produits pour animaux de compagnie. «Elle travaille très dur», dit-il fièrement. Ce qu'il préfère observer, c'est sa technique de vente immobilière. «Les gens lui disent ce qu'ils veulent dans une maison et elle leur dit qu'elle trouvera ce qui leur faut. Elle est très douée pour trouver des maisons.»

Donovan Garrido, 11 ans

«Les mots qu'il emploie sont différents de ceux qu'il utilise quand il me parle», raconte Donovan, qui aime écouter son père, conseiller financier, quand il est au téléphone. À force de l'observer, il a compris ce qu'était un délai. «Parfois, il a beaucoup de choses à gérer. Et d'autres jours, il n'a presque pas de travail.» Même si son père semble apprécier son métier, Donovan n'est pas sûr de vouloir exercer le même plus tard. «Des fois ça a l'air amusant, et d'autres fois non. Puis je n'aime pas l'idée de me lever à 6h et de rentrer chez moi à 20h.»

Emma Barrier

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"Sur quoi se base Blanquer pour affirmer que 75% des enseignants sont primo-vaccinés ?" (Sur rien...)

9 Juillet 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

75 ans images libres de droit, photos de 75 ans | Depositphotos

Contacté, le ministère de l’Education n’a pas été en mesure de fournir la méthode utilisée pour évaluer la couverture vaccinale des professeurs.

Bonjour,

L’obligation vaccinale pour les professeurs ? Ce n’est pas à l’ordre du jour, pour le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, qui assurait jeudi matin sur LCI que «l’immense majorité des professeurs se fait vacciner». «Au moins 70, je pense qu’on est maintenant à 75 %, des professeurs ont eu une primo-vaccination», a-t-il affirmé, tout en indiquant que cela faisait partie «des sujets qui continueront à être sur la table jusqu’à la rentrée».

A noter qu’en France, au 5 juillet, 64 % de la population majeure (autour de 60 % pour la population d’âge active) avaient reçu une première dose du vaccin et 47 % étaient entièrement vaccinés, d’après les derniers chiffres du ministère de la Santé.

Contacté sur le chiffre avancé par Blanquer, le ministère de l’Education n’a pas été en mesure de fournir plus de détails sur la méthode utilisée. Ces chiffres, «non exhaustifs», sont issus «de remontées en interne des académies», nous indique-t-on. Avant de préciser que «le taux de primo-vaccinés était de 70 % il y a dix jours et atteint désormais 75 %». Aucun chiffre, par ailleurs, pour le taux d’enseignants complètement vaccinés.

Difficile, dans ces conditions, d’expliquer sur quoi s’appuie Jean-Michel Blanquer. D’autant que, comme le rappelle le ministère lui-même, «il n’y a pas d’obligation de déclaration» pour les professeurs, de leur statut vaccinal.

Emma Donada

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Oullins : virée pour avoir parlé d’extrême droite au lycée Saint-Thom

9 Juillet 2021 , Rédigé par Rue89 Lyon Publié dans #Education

Censure & liberté d'expression - Cartooning for Peace

Censure & liberté d’expression - Cartooning for Peace

[Info Rue89Lyon] Fin mai, une journaliste qui commençait des interventions en éducation aux médias a été remerciée par la direction du lycée Saint-Thomas d’Aquin-Veritas, à Oullins, à la suite d’une séance sur l’extrême droite.

Le 31 mai dernier, la journaliste Fabienne Guedy intervient dans une classe de seconde SNT (Sciences numériques et technologique) au lycée Saint-Thomas d’Aquin-Veritas d’Oullins.

Ce centre scolaire catholique privé bien connu dans la région lyonnaise (lire par ailleurs), sous contrat avec l’État, doit l’accueillir pour trois séances de deux heures d’éducation aux médias. Le but de sa venue ? Décortiquer les mécanismes de manipulations numériques chez les jeunes. Deux heures après le début de son travail, celle qui fait de l’éducation aux médias depuis 2013 va être remerciée. En cause : une partie de son intervention concernant l’extrême droite.

« C’est la première fois que ça m’arrive ! », s’exclame-t-elle. 

Quelques semaines après, elle s’interroge toujours sur ce qui a motivé l’établissement d’Oullins. Cette première séance à « Saint-Thom » s’était pourtant déroulée normalement, assure-t-elle. 

« À la fin du cours, j’ai eu une rapide discussion avec la professeure de SNT et avec la professeure documentaliste. Elles avaient l’air satisfaites. Mais, quand je suis revenu à 13h, le discours avait changé. » 

Trente minutes avant sa deuxième rencontre avec les élèves, les enseignantes lui expliquent que l’intervention de l’après-midi n’aura pas lieu. En cause : un contenu « trop politique », selon elle. 

« Elles m’ont dit que certains élèves partageaient « ces idées » et que les parents risquaient de faire des vagues. » 

Un reportage sur l’extrême droite gêne l’équipe enseignante d’Oullins

« Ces idées », ce sont des idées d’extrême droite. Durant son intervention, la journaliste est revenue sur l’action de groupes comme QAnon, le réseau conspirationniste d’extrême droite américain, mis sous le feu des projecteurs après l’attaque du capitole, le 6 janvier 2021. Selon le rectorat de Lyon, la séance a accroché sur la diffusion d’un reportage. 

Contacté par mail, le rectorat explique : 

« La journaliste a décidé d’utiliser comme support un reportage de « Complément d’enquête » consacré à l’ultra-droite, ce qui n’avait pas été évoqué avec la professeure au moment de la préparation de la séance. »

Interrogée à ce sujet, Fabienne Guedy confirme :

« J’ai utilisé le reportage de complément d’enquête car c’était l’actu, la petite Mia [enlevée dans les Vosges avec l’appui d’un militant d’extrême droite] venait d’être retrouvée, indique-t-elle. Mais j’avais eu l’accord des enseignants, à l’oral. » 

Le 30 mai, veille de la séance, Rémy Daillet-Wiedemann, complotiste classé à la droite de la droite, soupçonné d’être impliqué dans l’enlèvement de la petite Mia, est arrêté en Malaisie. Revenir sur l’affaire paraît donc logique pour la journaliste. D’ailleurs, les enseignants ne lui font aucune réflexion à la fin du reportage.

Selon elle, personne ne s’est plaint de l’intervention sur le moment. Elle soupçonne les élèves en visio-conférence de s’être plaint de l’intervention. 

« Je n’ai senti aucune hostilité dans la classe. Mais l’autre moitié des élèves étaient chez-eux, je ne sais pas ce qu’il s’est dit. » 

Une intervention non « conforme aux modalités préalablement établies » ?

Les enseignants ont-ils considéré que la présentation n’allait pas dans le bon sens ? Ont-ils reçu des mauvais retours d’élèves ? De parents d’élèves ? Ou ont-ils même anticipé ces potentiels retours ?

Contacté par mail, le directeur général du centre scolaire, Xavier Gouët, s’est défaussé sur le rectorat : 

« Je n’ai personnellement rien à ajouter à ce qui vous a été transmis [par le rectorat], tout étant clairement explicité. »

Un rectorat qui renvoie lui-même… à la responsabilité de l’enseignant le jour-même.

« L’intervention du professionnel [la journaliste] se déroule sous la responsabilité de l’enseignant qui peut interrompre à tout moment celle-ci, s’il estime qu’elle ne se conforme pas aux modalités préalablement définies ou que l’attitude est contraire aux engagements. » Cabinet du recteur de l’Académie de Lyon

Avec ces réponses, difficile d’établir précisément le motif de l’arrêt des interventions. De son côté, Fabienne Guedy assure ne pas avoir eu d’autres échanges avec l’établissement depuis. La direction de Saint-Thom lui a payé les deux autres séances prévues, sans lui donner de nouvelles explications.

Celle qui est déjà intervenue dans les établissements Juliette-Récamier et Saint-Exupéry à Lyon a écrit au rectorat et au ministère de l’Éducation nationale. Sans réponse, elle a également posé une réclamation auprès du Défenseur des droits le 4 juillet.

La liberté d’expression mise entre parenthèse pour ne pas froisser les élèves ?

« Mon objectif n’est pas de faire le buzz, se défend-elle. Je veux montrer que ce qui s’est passé est grave, marque-t-elle. Ce que traduit cette situation : c’est que les élèves choisissent ce qui doit être enseigné. »

Elle rappelle le cas de Samuel Paty, assassiné par un terroriste islamiste en début d’année. Là aussi, l’enseignant avait été mis en difficulté par des paroles d’élèves, après avoir montré des caricatures du prophète Mahomet de Charlie Hebdo. Dans les deux cas, elle relève des atteintes à la liberté d’expression.

Fabienne Guedy a reçu des nouvelles du rectorat la veille de notre entretien, jour où notre demande presse a été traitée par l’Académie de Lyon. Le rectorat nous a précisé qu’elle prendrait attache prochainement avec la journaliste pour aborder la question en rappelant, une fois de plus, que la décision finale revient à l’établissement. Un nouvel échange entre l’intervenante et le centre scolaire « Saint-Thom » pourrait avoir lieu sous l’égide du rectorat.

Pierre Lemerle

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8 Juillet 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Jeunesse, #Philosophie

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Suicide d’une principale de collège : «Une pression de travail à la limite du supportable»

8 Juillet 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Suicide d’une principale de collège : «Une pression de travail à la limite du supportable»

La cheffe d’établissement d’un collège de l’académie d’Orléans-Tours a mis fin à ses jours il y a une semaine. Le rectorat reconnaît qu’il s’agit d’un accident lié au travail et vient d’ouvrir une enquête administrative.

La stupeur, l’incompréhension et la colère. Dans l’académie d’Orléans-Tours, les chefs d’établissement sont sonnés depuis la mort d’un des leurs, à la veille des vacances scolaires. La principale d’un collège de l’académie (sa famille souhaite préserver son anonymat) s’est suicidée il y a une semaine, après un conflit au sein de son collège. «Ce qui peut relever de la gestion quotidienne d’un établissement peut être très pénible à supporter après une année très dure, pendant laquelle les personnels de direction ont eu une énorme charge de travail, avec des protocoles sanitaires à répétition et des injonctions ministérielles», insiste Julien (1), son adjoint au collège, qui la décrit comme étant «extrêmement professionnelle, avec de grandes valeurs d’humanisme». Alexandre (1), chef d’établissement dans un lycée de la même académie, évoque avec émotion une collègue «extrêmement brillante et reconnue par ses pairs, engagée dans la réussite des jeunes»

Selon les témoignages de plusieurs chefs d’établissement recueillis par Libération, tout est parti d’un conseil de discipline, au mois de mars. Cette procédure est engagée lorsqu’un élève commet un acte grave (violence physique ou verbale). Ce conseil est composé de quatorze membres au collège : neuf de l’établissement (dont le chef d’établissement), trois représentants des parents d’élèves élus et deux représentants des élèves élus. A l’issue de ce conseil de discipline, l’élève convoqué n’a pas été exclu définitivement de l’établissement, ce qu’aurait souhaité la Fédération des parents d’élèves, selon Philippe Sauzedde, secrétaire académique du SNPDEN (Syndicat national des personnels de direction de l’Education nationale), principal syndicat des chefs d’établissement : «La Fédération estimait que cet élève était dangereux et qu’il fallait l’exclure définitivement. Selon elle, la cheffe d’établissement était responsable de cette décision alors que sa voix ne compte pas davantage que celle des autres au sein du conseil de discipline où le vote se fait à bulletin secret.» La Fédération des parents d’élèves aurait alors envoyé un courrier au rectorat et au procureur de la République. «Je me garderai bien de commenter quoi que ce soit et de tirer des ficelles pour pointer des responsables, défend Martine Rico, coordinatrice régionale de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) en Centre-Val-de-Loire. Tout est compliqué dans la vie d’un établissement, on ne peut pas prendre un élément pour le mettre en exergue et en tirer des conclusions.»

«Imputabilité de cet accident au service»

Des professeurs auraient ensuite manifesté, à leur tour, leur opposition. «Un enseignant s’est senti en porte à faux avec les parents et a contacté la section syndicale locale du personnel enseignant qui a mobilisé les professeurs du collège», poursuit Philippe Sauzedde. Selon le SNPDEN, dix-sept enseignants ont alors signé un courrier, sous la forme d’une pétition, adressé à la principale et mettant dos à dos l’ingérence des parents au collège et le manque de soutien à leur égard de leur cheffe d’établissement. «Face aux agissements de certains, non respectueux des procédures administratives, face aux accusations graves et diffamatoires portées par d’autres à son encontre», cette principale a répondu «par le dialogue et l’apaisement», écrit le SNPDEN dans un communiqué. La cheffe d’établissement aurait ensuite proposé un temps de réunion aux enseignants. Une démarche «qui ne sera ni vue, ni entendue, ni reconnue, ni acceptée et ce, notamment, par une partie des enseignants», poursuit le SNPDEN.

Dans un courrier envoyé aux chefs d’établissement de la région le 2 juillet, et consulté par Libération, la rectrice de l’académie Katia Béguin reconnaît que l’acte de désespoir de la principale est bien lié au travail : «Les éléments portés à ma connaissance m’ont conduite à reconnaître l’imputabilité de cet accident au service.» Une cellule d’écoute psychologique a été mise en place dans le collège et restera active tout l’été. Trois réunions du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail académique (CHSCTA) se sont tenues dans l’établissement ce mardi. Ce dispositif avait été jugé «insuffisant» par le SNPDEN, qui réclamait une enquête administrative afin que les personnels du collège et les représentants syndicaux soient convoqués, ce que ne permet pas un CHSCTA. La rectrice a finalement accédé à cette demande. «C’est indispensable pour que la lumière soit faite sur ce qu’il s’est passé, assure Philippe Sauzedde. On doit comprendre comment on en est arrivé là pour identifier le rôle et la responsabilité de chacun.»

«Petits soldats de l’éducation»

«Certains représentants du personnel enseignant dépassent les bornes, font ce qu’ils veulent en toute impunité, fulmine le proviseur de lycée Alexandre. Ils veulent se taper du chef d’établissement et tous les coups sont permis.» C’est aussi ce que ressent David (1), un autre proviseur de l’académie : «Il y a chez nous des structures syndicales très agressives. Tout est bon pour lancer une chasse aux sorcières. Il y a déjà eu des précédents, avec le même opus operandi. Et derrière, le rectorat ne nous soutient pas», affirme-t-il. Contacté, le rectorat ne souhaite pas répondre à des accusations «sur des faits qui pourraient être liés, ou non, à l’affaire alors que l’enquête démarre».

Après cette deuxième année sous pandémie, Alexandre l’admet : «On est des petits soldats de l’éducation, donc on fait bien les choses mais ça a un impact fort dans notre quotidien avec les mécontentements des enseignants, des élèves, des parents. On est entre le marteau et l’enclume et on est épuisés, à bout.» Les premiers résultats d’une étude publiée en juin dernier montrent qu’il n’est pas le seul chef d’établissement à souffrir après cette année marquée par la crise sanitaire.

Plus de 4 400 d’entre eux ont répondu à cette enquête commandée par le SNPDEN-Unsa à l’ancien inspecteur de l’Education nationale Georges Fotinos et au médecin psychiatre José Mario Horenstein. Résultats : la moitié des personnels de direction indiquent une «nette dégradation du travail en équipe et des relations avec les parents» depuis le début de la pandémie. Quelque 80 % éprouvent un sentiment «d’abattement ou de désespoir». Et 12,5 % disent même avoir eu «des pensées suicidaires ou d’automutilation». «Les personnels de direction sont plus que jamais dans une situation de pression de travail à la limite du supportable, dénonce Julien (1), l’adjoint de la principale du collège. Et, quand on craque, cela peut aller au-delà du burn-out, jusqu’au suicide. C’est une réalité sur laquelle il ne faut pas fermer les yeux.»

Cécile Bourgneuf

(1) Les prénoms ont été modifiés.

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