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Vivement l'Ecole!

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Les enseignants, hussards noirs de la République ou moutons noirs de la laïcité ? - Par Najat Vallaud-Belkacem

21 Octobre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Une dernière rentrée marquée par les réformes pour Najat Vallaud-Belkacem

Pour Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer tente d’instrumentaliser la défense de la laïcité et la transmission des valeurs de la République au profit d’un combat politique.

Il y a quelques jours seulement, j’étais présente à la cérémonie d’hommage à Samuel Paty, au ministère de l’Education nationale, aux côtés du Premier ministre et de Jean-Michel Blanquer. Ce moment d’unité autour d’une plaque commémorative en l’honneur d’un enseignant assassiné en raison même de son engagement laïque et républicain de professeur s’imposait. Pour la mémoire, mais aussi pour aujourd’hui et pour demain. Il s’agissait, dans mon esprit, d’adresser un message simple et fort à toute la communauté enseignante de notre pays : vous avez notre reconnaissance, notre confiance, notre soutien. Et cela, par-delà les différences politiques, puisque tous les anciens ministres de l’Education étaient présents, de droite comme de gauche.

Dans un moment politique lourd de menaces et de dangers par ailleurs, l’essentiel nous réunissait ce jour-là, autour de l’école et des valeurs de la République. C’est, en effet, mon souhait le plus ardent que nous sachions protéger l’école des dérives actuelles du débat public, et qu’elle reste cet «asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas», passionnément voulu par Jean Zay.

Mais voici que quelques jours plus tard, Jean-Michel Blanquer vient adresser à ces mêmes enseignants un message fort différent qui tient en trois mots parfaitement incompatibles avec la reconnaissance, la confiance et le soutien que nous leur devons, et que nous leur avons promis : suspicion, défiance et menace.

Les voici passés bien vite de hussards noirs de la République à moutons noirs de la laïcité, dans l’esprit et les propos d’un même ministre, le leur.

En les accusant explicitement de ne pas toujours adhérer aux valeurs de la République, de parfois militer contre, ou de ne pas vouloir les transmettre à leurs élèves pour certains, non seulement il manque du respect le plus élémentaire envers tous les professeurs, mais il insulte l’institution scolaire tout en jetant l’opprobre sur son propre ministère. Car quoi ? Ou bien des faits graves sont avérés sur des bases solides, et personne ne comprendrait qu’ils ne soient pas déjà sanctionnés par la justice, ou bien il s’agit d’une dénonciation sans aucun fondement, et, dans ce cas, il est indigne de faire planer une quelconque suspicion, et encore moins une menace morale et disciplinaire, sur l’ensemble d’une profession.

Une profession, rappelons-le, qui ne demande rien tant que d’être formée et accompagnée dans la pédagogie de l’enseignement moral et civique, n’ayant pas demandé à ce que celle-ci soit supprimée deux fois par le même Jean-Michel Blanquer, sous Nicolas Sarkozy, puis sous Emmanuel Macron.

«En les accusant explicitement de ne pas toujours adhérer aux valeurs de la République, de parfois de militer contre, ou de ne pas vouloir les transmettre à leurs élèves pour certains, non seulement il manque du respect le plus élémentaire envers tous les professeurs, mais il insulte l’institution scolaire tout en jetant l’opprobre sur son propre ministère.» —  Najat Vallaud-Belkacem

Stupéfaite et choquée par les propos réitérés du ministre, je dénonce avec la plus grande fermeté un double discours qui tente odieusement d’instrumentaliser la défense de la laïcité et la transmission des valeurs de la République au profit d’un combat politique qui n’intéresse nullement ni l’école ni la République, encore moins l’éthique des enseignants, mais la seule carrière d’un ministre en mal de reconnaissance et d’avenir.

Nul besoin de discuter ici de sa vision de la laïcité, ni des objectifs qu’il cherche à atteindre avec son club politique sur le sujet : c’est son droit le plus strict, et la bataille des idées contre ce qu’il appelle le «wokisme» ou «l’islamo-gauchisme» tient, tous les jours, le haut du pavé médiatique. Il suffit de rappeler, haut et fort, que l’Education nationale n’est pas son laboratoire personnel d’expérimentation idéologique, et exiger solennellement qu’elle ne le devienne jamais, ni pour lui ni pour personne. La liberté pédagogique est une pierre angulaire de l’école républicaine, elle ne saurait être remise en cause à la faveur d’une pré-campagne présidentielle en mal de repères.

Ouvrir ainsi un débat sur la loyauté républicaine des professeurs, dans ce contexte, serait tomber dans le piège qui nous est tendu. Personne n’est dupe du combat qui est mené par le gouvernement contre les sciences sociales et les humanités qui permettent à de nouvelles générations de chercheurs, d’étudiants et de militants associatifs de comprendre les formes de domination à l’œuvre dans nos sociétés, et de lutter contre les discriminations qu’elles engendrent. C’est le combat de la droite identitaire et conservatrice contre la gauche égalitaire et émancipatrice, un débat politique auquel nos principes et nos valeurs démocratiques garantissent à chacun le droit de prendre part, librement. Le ministre, comme les enseignants, mais sans tout mélanger.

Najat Vallaud-Belkacem,  ex-ministre de l’Education nationale

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Faut-il épurer la fonction publique enseignante ? - Par Paul Devin

21 Octobre 2021 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

La station d'épuration du futur valorisera tout le potentiel des effluents  - le blog à jojo

À en croire le ministre de l’Éducation nationale, il y a d’un côté ceux qui respectent les valeurs de la république et de l’autre côté ceux « qui ont des problèmes avec... » On savait que les conceptions du ministre étaient des plus autoritaristes mais une étape nouvelle est franchie qui semble en appeler, cette fois-ci, à une épuration de la fonction publique.

À en croire le ministre de l’Education nationale, il y a d’un côté ceux qui respectent les valeurs de la république et de l’autre côté ceux « qui ont des problèmes avec ». Or, explique-t-il, avoir des problèmes avec les valeurs de la république, c’est autorisé si vous êtes citoyen mais pas si vous êtes fonctionnaire, parce que dans ce cas vous devrez quitter votre métier ! Et de menacer que si « ça n’avait pas été assez clair dans le passé, ça allait être désormais très clair dans le présent et dans le futur »

C’est ce que Jean-Michel Blanquer a exprimé cet après-midi devant les référents laïcité, chargés de former les enseignants sur le sujet.

La radicalité de la formulation n’a pas pour autant exclu quelque simplisme démagogique et fruste : « si vous voulez devenir plombier et que vous avez un problème avec les tuyaux, vous devez choisir un autre métier ».

On savait que les conceptions du ministre étaient des plus autoritaristes, on avait bien perçu les ambiguïtés de l’article 1 de la loi Blanquer[1] qui en appelait à l’exemplarité des enseignants, on avait constaté le traitement particulièrement coercitif de militants syndicaux accusés d’irrespect de la neutralité … mais une étape nouvelle est franchie qui semble en appeler, cette fois-ci, à une épuration de la fonction publique.

Car les formulations choisies par le ministre ne visent manifestement pas la seule situation de fonctionnaires qui bafoueraient ouvertement les lois républicaines et les valeurs démocratiques. Elle se situe dans la droite ligne de déclarations préalables évoquant ces enseignants « qui avancent masqués » et dont Jean-Michel Blanquer estimait devoir dénoncer, dans un inquiétant amalgame, « la violence politique, l’antisémitisme, le radicalisme et le racialisme[2] »

La question va se poser concrètement désormais de devoir définir ce que c’est qu’avoir des « problèmes avec la république » pour que l’administration puisse décider en conséquence qui est légitime à continuer à exercer sa fonction enseignante et qui ne l’est plus ?

Est-ce qu’enseigner la responsabilité de notre république dans les violences et les dominations coloniales et post-coloniales relèvera désormais d’enseignants ayant des problèmes avec la république ?

Est-ce que montrer que notre république est loin d’être capable de rendre effectifs les principes d’égalité qu’elle énonce désignera un enseignant devant quitter son métier ?

Est-ce que considérer que l’accueil des migrants relève du principe de fraternité sera passible de sanctions ?

Les statuts de 1946 et de 1983 ont cherché à construire une dialectique des droits et des obligations qui permet l’existence de fonctionnaires citoyens. Y renoncer, nous ramènerait vers le statut d’avant, celui de 1941 qui définissait la discipline des subordonnés comme une soumission nécessaire, une obéissance pleine et entière. « Plus d’angles morts », a dit le ministre cet après-midi pour caractériser le nouvel état d’esprit qui devra être engendré par les formations à la laïcité lancées aujourd’hui.

À nouveau, me revient la phrase de Condorcet que je ne cesse de citer dans cette période : « Aucun pouvoir public ne doit avoir ni l’autorité, ni même le crédit, d’empêcher […] l’enseignement des théories contraires à sa politique particulière ou à ses intérêts momentanés [3]».

Puisque Jean-Michel Blanquer aime citer Jean Jaurès… recommandons lui la lecture du commentaire que Jaurès a écrit de cette affirmation de Condorcet : « à vrai dire, c’est la liberté intellectuelle, le sens partout développé de la dignité de la science et du droit de la pensée qui ôteront aux pouvoirs politiques la tentation d’opprimer la vérité, comme ils ôteront aux maîtres la tentation d’avilir, au-delà de ce qu’exige la force du vrai, les pouvoirs en qui ils trouvent le respect pour la liberté[4] ».

Manifestement tous les républicains n’ont pas la même conception des valeurs de la république.

Paul Devin, Syndicaliste FSU, inspecteur de l'Education nationale, ancien secrétaire général du SNPI-FSU, président de l'Institut de Recherches de la FSU
Paris - France

[1] Paul DEVIN, Des finalités ambiguës de l’exemplarité dans l’article 1 de la loi Blanquer, Carnets Rouges, n°17, oct.2019 (en ligne)

[2] Le Figaro, 4/12/2021

[3] CONDORCET, Projet de décret sur l’organisation générale de l’enseignement public, 1793

[4] JAURES, Histoire socialiste, II, p.390

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Education nationale : L’entretien d’embauche pour les profs, en expérimentation, fait débat

20 Octobre 2021 , Rédigé par Radio Classique Publié dans #Education

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L’expérimentation d’un entretien d’embauche pour les professeurs occupe la page 10 du Parisien-Aujourd’hui en France. Emmanuel Macron a révélé le dispositif il y a un mois à Marseille pour répondre à l’usure des agents de l’Etat dans les quartiers difficiles.

La proposition d’un entretien d’embauche permettrait aux chefs d’établissement de savoir avec qui ils vont travailler

Pour vous dire à quel point cette idée d’un entretien d’embauche pour les profs est tabou, 80 établissements ont déjà fait savoir qu’ils étaient contre. Le Parisien vous explique donc comment les enseignants sont aujourd’hui recrutés et affectés : les néo titulaires autrement dit les titulaires du CAPES et du CRPE ainsi que les profs en poste font part de leurs souhaits selon les postes vacants. Ce que l’Education nationale appelle « un mouvement » s’étire d’avril à mai.

Puis le choix se fait selon un algorithme qui prend en compte : l’ancienneté du candidat, sa situation familiale, etc. Alors évidemment, la proposition d’un entretien d’embauche qui permettrait aux chefs d’établissement de savoir avec qui ils vont travailler, d’évaluer une motivation, de savoir tout simplement avec qui ils vont travailler, ça fait dresser les cheveux sur la tête de tous ceux qui se sont habitués à l’usine à gaz qui gère les ressources humaines de l’Education nationale. Les réactions sont mitigées, c’est le moins qu’on puisse dire. Le simple fait qu’on puisse se rapprocher de pratiques en vigueur dans l’entreprise et l’enseignement privé, c’est péché vous imaginez bien.

« Quand quelqu’un est parachuté contre son gré c’est un enfer pour tout le monde, les profs et les élèves »

Faustine, directrice d’école dans le nord de la France : « Nous ne sommes pas directeurs des ressources humaines » confie-t-elle au Parisien. « On cumule les casquettes » ajoute Nathalie, qui dirige un établissement dans l’Eure. Ils ne sont pas tous contre. Par exemple Cathie, qui est directrice d’école en Charente, explique au Parisien qu’elle a un projet d’école bien particulier et que recruter elle-même les enseignants voudrait dire qu’ils y adhèrent, et elle ajoute « quand quelqu’un est parachuté contre son gré c’est un enfer pour tout le monde, les profs et les élèves. Dans le privé, ce droit de regard permet une adéquation entre l’expérience et les zones où les publics sont les plus fragiles ». Le Parisien a posé la question de cet entretien d’embauche à d’anciens ministre de l’Education nationale.

Luc Chatel, ancien DRH, est pour, expliquant que tout ce qui rapproche les décisions du terrain va dans le sens d’un meilleur management. Et il ajoute, « même si ce mot est un gros mot ». Najat Vallaud-Belkacem estime que l’autonomie c’est bien, mais « cette mesure est plus une provocation qu’une proposition ». Enfin Luc Ferry, qui participe à Esprits libres sur Radio Classique chaque lundi à 8h40« c’est une idée qui plait aux libéraux qui pensent que l’école fonctionne comme une entreprise, ce qui est absurde à tous égards ». Quand je vous dis que l’entretien d’embauche, qui est la norme française, s’arrête aux portes de l’école de la République, parce que c’est un tabou, je ne vous mens pas.

David Abiker

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La FSU exige que Jean-Michel Blanquer revienne publiquement sur ses propos insultants pour l’École et les personnels

20 Octobre 2021 , Rédigé par Snes FSU Publié dans #Education

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Nous n’avons pas de problèmes avec les valeurs de la République, le ministre en a-t-il avec les fonctionnaires ?

Suite aux propos de Jean-Michel Blanquer, la FSU exige que le ministre revienne publiquement sur ses propos insultants pour l’École et les personnels qui la font vivre.

Communiqué de la FSU
Nous n’avons pas de problèmes avec les valeurs de la République,
le ministre en a-t-il avec les fonctionnaires ?

Non, les suspicions et les propos menaçants du ministre à l’endroit des enseignant-es qui ne transmettraient pas les valeurs de la République ne sont pas recevables ! Ils sont même indignes de sa fonction !

Depuis des mois, le ministre de l’Éducation nationale s’invente des supposés ennemis de l’intérieur pour se construire une stature politique et un destin personnel.

Comment un ministre de la République peut-il s’abaisser à de si basses manœuvres, en particulier en instrumentalisant une nouvelle fois la laïcité dont il fait un outil de division plutôt que de concorde ?

Le piège est grossier, le tuyau bien connu et ne parviendra pas à masquer les échecs de sa politique éducative :

  • Payer les AESH en dessous du seuil de pauvreté, est-ce digne des valeurs de la République ?
  • Affaiblir le service public en supprimant des milliers de postes, est-ce digne des valeurs de la République ?
  • Saccager pour la seconde fois la formation de celles et ceux dont la mission est de former des citoyennes et citoyens libres et éclairé-es, est-ce digne des valeurs de la République ? 

La FSU rappelle au ministre que c’est en reconnaissant aux fonctionnaires leur qualité de citoyen qu’on leur permet de faire vivre et de transmettre les valeurs de la République.

La FSU exige que Jean-Michel Blanquer revienne publiquement sur ses propos insultants pour l’École et les personnels qui la font vivre.

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«Valeurs de la République» : l’école de Blanquer, tu l’aimes ou tu la quittes

20 Octobre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Valeurs de la République, avec Zep - Charivari à l'école

                   Valeurs de la République, avec Zep - Charivari à l'école (charivarialecole.fr)

Le ministre de l’Education nationale, qui présentait ce mardi son plan de formation à la laïcité, a estimé que les enseignants devaient «adhérer aux valeurs de la République et les transmettre», ou «sortir de ce métier».

Le message envoyé par le ministre de l’Education ce mardi lors du lancement de plan de formation des enseignants à la laïcité est on ne peut plus clair. Dans un bel élan zemmourien, Jean-Michel Blanquer a estimé que les profs devaient «adhérer aux valeurs de la République et les transmettre», ou sinon, roulement de tambour, «sortir de ce métier». Voilà sa citation exacte : «Si vous voulez devenir plombier et que vous avez un problème avec les tuyaux, vous choisissez un autre métier. Il faut en faire un autre. Si vous devenez professeur, vous transmettez les valeurs de la République. Et si vous ne les transmettez pas et si même vous militez contre les valeurs de la République, éventuellement sortez de ce métier», a-t-il martelé. En résumél’école de Blanquer, tu l’aimes ou tu la quittes.

Obsession

Qu’entend-il exactement par les «valeurs de la République», invoquées à tout bout de champ ? Sur le site du ministère de la rue de Grenelle, il est indiqué qu’elles désignent «la laïcité, la citoyenneté, la culture de l’engagement et lutte contre toutes les formes de discrimination». Mais il y a fort à parier que Blanquer vise ici la laïcité, son grand cheval de bataille. Son obsession même, lui qui a été le premier à soutenir la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, sous le feu des critiques en février après avoir demandé une enquête sur la présence d’un «islamo-gauchisme» dans les universités. Le ministre affirmait alors, sans aucun fondement, qu’il s’agissait «un fait social indubitable». L’annonce était très mal passée auprès des profs, encore traumatisés quatre mois après l’assassinat du professeur Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine.

Avec cette nouvelle sortie, le ministre, accuse sans détour les enseignants, qu’il représente, de laxisme. Affirmer cela est une façon d’instiller cette idée dans la tête des parents qui risquent fort de regarder les profs d’un air soupçonneux. Que cherche Blanquer ? A définitivement se mettre tous les enseignants à dos ? Fallait-il encore jeter le discrédit sur ces profs trop souvent mal aimés qui se battent chaque jour pour faire travailler les jeunes dans le respect des autres ? Libé en a interrogé beaucoup, dans toute la France, dans toutes les matières, de tous niveaux scolaires. Les profs ne forment pas un bloc unanime. Ce sont des citoyens comme les autres, qui savent très bien qu’ils doivent laisser leurs opinions personnelles à l’entrée de leur établissement. Des profs qui n’ont jamais été contre la laïcité mais s’embrouillent parfois sur la définition exacte du concept, comme beaucoup. D’où la nécessité de les former sur la question.

Reconnaissance

Des profs qui racontent comment la laïcité pose parfois problème dans certaines écoles, collèges et lycées, avec des élèves et parents de toutes les croyances. Mais qui insistent sur le fait que cela reste très à la marge, comme le prouve le faible taux de remontées de signalement d’«atteintes à la laïcité» – 935 cas enregistrés entre septembre 2019 et mars 2020, sur 60 000 établissements scolaires et 12 millions d’élèves. C’est loin d’être le principal problème d’une éducation qui souffre surtout d’un manque de moyens humains et financiers. Ah oui, et de reconnaissance.

Sur sa lancée ce mardi, Blanquer a carrément prévenu d’un ton menaçant : «Ça n’a peut-être pas été assez clair dans le passé, ça va être désormais très clair dans le présent et dans le futur, au travers de la formation comme de la gestion de la carrière des personnes.» Et de poursuivre en mettant en avant son plan de formation à la laïcité sur quatre ans pour qu’«il n’y ait pas de trous dans la raquette, pas d’angles morts». Pourtant, ce plan de formation existait déjà avant son arrivée. Il l’a ensuite supprimé lui-même en 2018, avant de nous le ressortir triomphalement. Alors, ils sont où les trous dans la raquette ?

Cécile Bourgneuf

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L’éducation civique ne peut être fondée principalement sur les cours et les discours - Par Claude Lelièvre

20 Octobre 2021 , Rédigé par Hypthèses Publié dans #Education, #Histoire

Haguenau - Droits et devoirs. L'importance de l'éducation civique

EXTRAIT

LE CELEBRE Plan Langevin-Wallon de 1947 commence le chapitre consacré à cette question par une citation tout à fait caractéristique de Paul Langevin, l’un des hérauts du Groupe français de l’éducation nouvelle (GFEN) : « L’école est une véritable entreprise de culture dont l’individu ne profite pleinement que s’il est entraîné et soutenu par le milieu scolaire. L’école fait faire à l’enfant l’apprentissage de la vie sociale et, singulièrement, de la vie démocratique. Ainsi se dégage la notion du groupe scolaire à structure démocratique auquel l’enfant participe comme futur citoyen et où peuvent se former en lui, non par les cours et les discours, mais par la vie et l’expérience, les vertus civiques fondamentales: sens de la responsabilité, discipline consentie, sacrifice à l’intérêt général, activités concertées et où on utilisera les diverses expériences de  »self-government » dans la vie scolaire […]. »

Et le texte du Plan Langevin-Wallon poursuit : « L’éducation morale et civique n’aura sa pleine efficacité que si l’influence de l’enseignement proprement dit se complète par l’entraînement à l’action. Le respect de la personne et des droits d’autrui, le sens de l’intérêt général, le consentement à la règle, l’esprit d’initiative, le goût des responsabilités ne se peuvent acquérir que par la pratique de la vie sociale. L’école offre aux enfants et aux adolescents une société à leur mesure, où ils vivent au milieu de leurs pairs. L’école devra donc s’organiser pour leur permettre de multiplier leurs expériences, en leur donnant une part de plus en plus grande de liberté et de responsabilité, dans le travail de la classe comme dans les occupations de loisir.[…] Chaque citoyen, en régime démocratique, est placé dans la vie professionnelle en face d’une double responsabilité : responsabilité du dirigeant, responsabilité de l’exécutant. Il sera donc nécessaire que les activités scolaires s’organisent de telle sorte que tous aient alternativement des responsabilités de direction et d’exécution. Il importe en effet d’éviter de cultiver en certains l’absolutisme du chef prédestiné et en d’autres l’habitude paresseuse d’une aveugle soumission. »

Eh bien, il faut le dire, soixante-dix ans après, « éviter de cultiver en certains l’absolutisme du chef prédestiné et en d’autres l’habitude paresseuse d’une aveugle soumission » apparaît (plus que jamais ?)  »à l’ordre du jour ». Et les  »réseaux sociaux » apparaissent comme les lieux dominants de la  »socialisation civique » des jeunes : entre  »pairs » dans une certaine mesure certes, mais avec leurs risques plutôt incontrôlés.

(...)

Claude Lelièvre, historien de l'éducation

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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«L’enseignement moral et civique est devenu presque patriotique»

19 Octobre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Patriotisme, peut-on encore aimer son pays ? - L'économiste

Le ministre de l’Education lance ce mardi son plan de formation sur la laïcité pour tous les enseignants qu’il avait pourtant supprimé en 2018, explique la chercheuse Kéren Desmery, qui revient aussi sur les changements apportés à l’enseignement moral et civique.

Comment aborder l’enseignement moral et civique (EMC), un an après l’assassinat de Samuel Paty, qui avait montré des caricatures de Mahomet dans le cadre de ce cours ? Ce mardi, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, lance un plan de formation des personnels «à la laïcité et aux valeurs de la République». 1 000 professeurs, personnels administratifs et de direction, inspecteurs ou encore psychologues de l’Education nationale doivent ainsi bénéficier d’une formation renforcée sur ces questions, et organiseront ensuite des formations dans les écoles, collèges et lycées. Objectif : former le personnel scolaire en quatre ans. Selon Kéren Desmery, chercheuse postdoctorale (1) à l’Ecole pratique des hautes études et spécialiste de l’enseignement moral et civique, cette formation n’a en fait rien de nouveau.

Ce plan de formation vous semble-t-il assez ambitieux ?

Il n’a rien de nouveau ! Le ministère remet en place ce qui existait déjà et qu’il a lui même supprimé. En 2015, des formations à la laïcité avaient en effet été mises en place, avec 1 300 formateurs. Entre 150 000 et 170 000 enseignants, sur un objectif de 300 000, avaient été formés avant que tout ne s’arrête en 2018, sans arguments scientifiques valables. Il n’empêche que la moitié de la cible avait été atteinte donc il est difficile de comprendre pourquoi tout avait été stoppé quand on voit le travail qui avait été fait.

L’enseignement moral et civique (EMC) a-t-il évolué sous le quinquennat Macron ?

C’est un enseignement transversal, abordé une heure par semaine en primaire et une fois tous les quinze jours au collège et au lycée, toutes filières confondues. Mais dans 80 % des cas, il n’est fait que par les professeurs d’histoire-géographie à partir du collège et lorsque ces derniers ont réussi à boucler leur programme. C’est dire à quel point l’EMC passe souvent à la trappe.

On dit souvent que l’enseignement moral et civique, tel qu’on le connaît aujourd’hui, a été instauré du CP à la terminale, en 2015, après les attentats contre Charlie Hebdo. Mais il a commencé entre 2012 et 2013. L’objectif était de remplacer l’instruction morale en primaire, l’éducation civique au collège et l’éducation civique juridique et sociale (ECJS), au lycée, par un seul et unique EMC. En 2015, le gouvernement a en revanche suggéré aux enseignants de nombreuses ressources pour parler avec les élèves et développer leur esprit critique, avec notamment des pédagogies actives et attractives nouvelles. Il y avait par exemple la discussion à visée philosophique ou les dilemmes moraux adaptés à l’âge de l’enfant. Mais en 2018, sous le quinquennat Macron, il y a eu des ajustements, que je considère plutôt comme une réécriture. Toute la colonne qui correspondait aux exemples de mises en pratique a été enlevée, au nom de la liberté pédagogique. Résultat, les pédagogies actives novatrices ont été abandonnées.

C’est-à-dire ?

En 2015, l’EMC était rédigé de telle sorte que les élèves puissent développer leur esprit critique et leur jugement moral. Dorénavant, on ne préconise aucune technique qui va en ce sens, on est vraiment dans une dimension presque patriotique. On ne forme pas les esprits critiques, on veut les formater. Plusieurs exemples : en 2018, le mot «respect» apparaît 59 fois dans les programmes de l’EMC au lieu de 14 fois avant. Le mot «règle» apparaît 46 fois au lieu de 11, ou le mot «cadre» 16 fois, soit deux fois plus qu’avant. A l’inverse le verbe «comprendre» était utilisé à 122 reprises jusqu’en 2018 et seulement 48 fois aujourd’hui. On demande aux élèves d’apprendre la Marseillaise par cœur à partir du CP. Les élèves travaillent bien plus tard, à partir du CM1, sur le sens des mots de l’hymne. Ils apprennent donc au départ à chanter la Marseillaise comme une comptine, sans comprendre les paroles.

Les enseignants qui étaient habitués à ce type d’enseignement avec leurs élèves ont continué comme avant, mais ceux qui ne le faisaient pas n’appliquent pas ces méthodes actives et les élèves sont beaucoup plus passifs dans cet enseignement. On favorise donc beaucoup plus l’apprentissage plutôt que la compréhension. On n’illustre plus la dimension morale de cet enseignement. Dans les programmes de 2020, d’ailleurs, on parle d’une culture civique et plus d’une culture civique et morale.

Cécile Bourgneuf

(1) Pour une éducation à la liberté responsable : les perspectives d’un enseignement moral et civique. Editions Libermirabilis. Préface de Jean Baubérot, 2020.

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Inégalités scolaires : « Notre croyance dans une école méritocratique nous empêche en partie de nous emparer du problème »

19 Octobre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Inégalités scolaires : « Notre croyance dans une école méritocratique nous empêche en partie de nous emparer du problème »

EXTRAITS

Pour la sociologue de l’éducation Barbara Fouquet-Chauprade, l’école a besoin de « politiques d’envergure qui dépassent le temps du quinquennat » et d’une « approche transversale » pour réduire les inégalités scolaires.

Barbara Fouquet-Chauprade est sociologue de l’éducation et maître d’enseignement et de recherche à l’université de Genève. Elle coprésidera à la mi-novembre, à Paris, avec d’autres chercheurs, une conférence de comparaison internationale sur la gouvernance des politiques éducatives organisée par le Centre national d’étude des systèmes scolaires (Cnesco). Elle interroge la « complexité » à faire campagne pour une école plus juste, moins inégalitaire.

L’école s’est imposée comme un thème fort de ce début de campagne présidentielle. Comment l’analysez-vous ?

(...) On entend raisonner, un peu comme des slogans, des mesures emblématiques – « l’école du futur » dans la bouche du chef de l’Etat, le « doublement des salaires » dans celle d’Anne Hidalgo [candidate du Parti socialiste], des propositions communes à Xavier Bertrand et à Valérie Pécresse [candidats à l’investiture du mouvement Les Républicains] sur le recrutement ou les « fondamentaux »… Mais sur la capacité à concrétiser de telles promesses et à les insérer dans de réels projets, on est encore dans le flou.

(...)

Ces postures, par ailleurs, ne sont pas tout à fait inattendues : en puisant, à droite, dans une inspiration libérale, en misant, à gauche, sur les questions des ressources humaines, les premiers candidats (ou les candidats pressentis) sont chacun à leur place, chacun dans leur rôle. Il n’y a pas pour le moment de rupture radicale avec les positionnements passés.

Si l’on s’en tenait à ce que nous disent les enquêtes nationales et internationales, il y aurait une logique à ancrer ce discours politique sur la réduction des inégalités. Or ce n’est pas, ou rarement, le cas…

La recherche montre une augmentation continue des inégalités. La France est le pays où on explique le plus les inégalités scolaires par l’origine sociale des élèves. La crise sanitaire est venue le rappeler, et peut-être même l’exacerber.

Il semble donc non seulement essentiel mais inévitable que les politiques s’en emparent. Or cela n’est possible qu’en entrant dans la complexité du problème pour toucher aux sources systémiques du phénomène : celles-ci sont scolaires mais aussi urbaines, économiques, etc. ; elles touchent au logement notamment. C’est une approche transversale qu’il faut porter. Cette complexité explique, en grande partie, les limites du discours politique.

(...)

Quel regard portez-vous sur les politiques de réduction des écarts de réussite durant ce quinquennat ?

(...)

Bien sûr que les fameux « dédoublements » de classe, la redéfinition de l’allocation des moyens vers les réseaux d’éducation prioritaire sont des mesures qui peuvent être intéressantes. Mais s’attaquent-elles aux racines de ce mal français qu’est la ségrégation ? Il faudra le mesurer précisément, et sur le temps long. L’école a besoin de politiques d’envergure qui ne soient pas seulement portées par l’éducation nationale et qui dépassent le temps d’un quinquennat.

(...)

Le fait pour certains candidats de ne se centrer presque exclusivement que sur les « fondamentaux » à l’école, sans penser les dimensions non cognitives des apprentissages comme le bien-être de l’élève par exemple, ou sa créativité, revient à laisser de côté tout un pan de l’expérience scolaire sur lequel il faut, pourtant, aussi travailler.

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Pour les décideurs, l’enjeu sera dans la coconstruction d’un programme : comment parler aux enseignants ? Comment ne pas leur donner l’impression qu’on leur impose des mesures qui viennent d’« en haut », pour réussir à construire avec eux (et pourquoi pas, de manière tripartite, en incluant les chercheurs) des réformes perçues comme légitimes ? Qui tiennent compte de leurs savoir-faire, de leur éthique, de leur vision de l’avenir. On touche là, aussi, la problématique de la représentativité et du traitement des syndicats d’enseignants. Comment les futurs candidats s’adresseront-ils à eux ? Tout cela est devant nous.

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Propos recueillis par Mattéa Battaglia

Entretien complet à lire en cliquant ci-dessous

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"De plus en plus d'élèves, de moins en moins d'heures" : les AESH de nouveau en grève

19 Octobre 2021 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education

"De plus en plus d'élèves, de moins en moins d'heures" : les AESH de nouveau en grève

Pour la quatrième fois cette année, les accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) seront en grève ce mardi. Ils dénoncent leur situation précaire et les conditions de la rentrée 2021-2022 : toujours plus d'enfants à suivre, moins d'heures et sur différents établissements.

Les AESH sont de nouveau en grève ce mardi. Les accompagnants des élèves en situation de handicap protestent contre leur situation précaire et dénoncent les conditions de la rentrée. Malgré une très légère revalorisation salariale et l'instauration d'une grille indiciaire nationale annoncées cet été, ces personnels font face à un surcroît de travail, avec toujours plus d'enfants à suivre. Questions à Manuel Guyader, représentant de l'intersyndicale pour SUD-Education et lui-même AESH à Paris.

"Une réelle augmentation, pas une poignée d'euros"

FRANCE INTER : Quelle est votre première revendication ?

MANUEL GUYADER : "Les raisons de de cette grève sont nombreuses mais la première concerne les salaires et les statuts. On est payé en moyenne 750€. On demande une réelle augmentation de salaire, pas une augmentation d'une poignée d'euros comme le gouvernement l'a fait cet été. Par exemple, à l'échelon 1, c'est-à-dire au bout de trois ans de carrière, on touche 14 euros en plus par mois ! Et l'annonce de l'augmentation du SMIC au 1er octobre a fait passer l'indice de l'échelon 1 sous le niveau du SMIC, donc de toute façon, cette grille a été rendue complètement caduque par les annonces du gouvernement sur le SMIC.

C'est quand même une bonne chose qu'il y ait une grille, parue par décret fin août, de revalorisation indiciaire au niveau national pour les AESH, avec un changement d'indice tous les trois ans, car auparavant, les revalorisations étaient décidées par les académies. Mais les différences de salaires en fonction des échelons sont encore minimes. On est des personnels contractuels de la fonction publique et ce que l'on revendique, c'est d'avoir un statut de fonctionnaire. On a des contrats de 24 heures à peu près qui nous sont imposés. On est tous et toutes quasiment à temps partiel imposé, par conséquent notre salaire correspond non pas à un salaire à taux plein mais à 60%."

"On se retrouve dans une situation où on accompagne quatre, cinq ou six élèves, parfois sur plusieurs écoles ou sur plusieurs établissements, parfois de manière simultanée."=

Vous dénoncez aussi les conditions de cette rentrée scolaire ?

"La deuxième raison de notre mobilisation porte en effet sur les conditions de travail et les conditions d'accompagnement des élèves puisque cette année, à cette rentrée, il y a eu la généralisation des PIAL, les pôles inclusifs d'accompagnement localisés qui sont des regroupements d'écoles et d'établissements et qui sont un outil de la mutualisation des moyens d'accompagnement. On nous demande d'accompagner de plus en plus d'élèves pour de moins en moins d'heures. Donc on se retrouve dans une situation où on accompagne quatre, cinq ou six élèves, parfois sur plusieurs écoles ou sur plusieurs établissements, parfois de manière simultanée. Les élèves se retrouvent avec un nombre d'heures d'accompagnement qui a drastiquement baissé cette année, à savoir cinq ou six heures hebdomadaires, sur les 24 heures de classe à l'école primaire, ou plus s'ils sont au collège ou au lycée."

La mobilisation sera-t-elle très suivie ?

"Oui, il y a une colère qui dure puisque c'est notre quatrième journée de grève nationale depuis le début de l'année 2021, à l'appel d'une intersyndicale. On sent que la mobilisation va de nouveau être massive. À peu près 90 rassemblements ou manifestations sont prévus sur l'ensemble du territoire. Et nous sommes soutenus par les enseignants et les parents d'élèves."

Sonia Princet

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« Une éducation à la laïcité vécue comme un rappel à l’ordre risquerait d’alimenter les crispations »

18 Octobre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Laïcité

« Une éducation à la laïcité vécue comme un rappel à l’ordre risquerait d’alimenter les crispations »

EXTRAITS

L’enseignement de la laïcité n’a été instauré qu’après l’affaire des collégiennes voilées de Creil, à l’automne 1989, rappelle, dans une tribune pour « Le Monde », Ismaïl Ferhat, professeur à l’université Paris-Nanterre.

Tribune. L’assassinat de Samuel Paty, le 16 octobre 2020, a remis à l’ordre du jour, tragiquement, la question des rapports parfois frictionnels entre religieux et institution scolaire. Comme de 1989 à 2004 après les crises à répétition autour du foulard islamique à l’école, comme en 2003 après la commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité, présidée par Bernard Stasi [ministre et parlementaire, disparu en 2011], et comme elle l’avait fait à la suite des attentats de janvier 2015, l’éducation nationale a répondu à cet acte terroriste par la nécessité d’éduquer à la laïcité. Une telle affirmation pédagogique, qui paraît aujourd’hui évidente, est en réalité très récente.

En effet, jusqu’aux années 1980, la laïcité n’a constitué qu’un aspect très marginal des programmes scolaires – y compris dans les programmes d’éducation civique, rétablis en tant que tels en 1985 dans le premier degré. Les mesures de sécularisation de l’institution scolaire, prises un siècle plus tôt à partir des années 1880, furent progressives et centrées sur la laïcisation des enseignements, des locaux et des maîtres de l’école publique. La laïcité a été, dans ce cadre, bien plus un principe d’organisation qu’un objet pédagogique. La fin des écoles normales d’instituteurs, en 1989, fit même reculer la formation au principe laïque des maîtres, qui tendit à refluer au sein des instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) où furent formés les enseignants de 1990 à 2013.

Passage obligé

La « pédagogisation » de la laïcité, c’est-à-dire sa transformation en objet d’éducation, doit beaucoup aux tensions introduites par l’affaire de Creil, à l’automne 1989, où trois collégiennes voilées nourrirent aussi bien le débat politique que les passions médiatiques. Car l’interdiction progressive des signes religieux dits ostensibles à l’école publique, à partir de la circulaire Bayrou en 1994, devait être expliquée aux élèves, premiers concernés par ces mesures. De même, a joué la crainte croissante des contestations religieuses de cours, au sein de l’institution scolaire, présente dans l’ouvrage collectif d’enseignants intitulé Les Territoires perdus de la République (Mille et une nuits, 2002), le rapport Stasi en 2003 et le rapport dirigé par l’inspecteur général de l’éducation nationale, Jean-Pierre Obin [ancien inspecteur général de l’éducation nationale], en 2004.

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Cependant, la « pédagogisation » de la laïcité porte de véritables défis. Une partie des jeunes perçoit ce principe d’abord sous l’angle des interdits qu’il semble devoir imposer. Ainsi, le sondage IFOP commandité par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme et publié en mars 2021, auprès d’un millier de lycéens montre qu’une – courte – majorité d’entre eux est hostile à la loi du 15 mars 2004 bannissant les signes religieux ostensibles des écoles publiques. Or, le lien, voire la causalité, entre la nécessité accrue d’une éducation à la laïcité et cette interdiction est, on l’a vu, particulièrement fort d’un point de vue chronologique.

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De ce point de vue, peut-être une solution serait celle apportée par un des tout premiers théoriciens de l’école laïque, le philosophe Edgar Quinet (1803-1875). Celui-ci souhaitait dans son court ouvrage L’Enseignement du peuple (1850), que celle-ci soit avant tout libératrice pour les enseignants comme pour les élèves. Une éducation à la laïcité qui soulignerait combien celle-ci a ouvert la société française – et, ceci ne saurait être trop rappelé, protégé les droits des croyants comme des non-croyants – serait un bel hommage au projet de séparation porté par les républicains du XIXe siècle.

Ismaïl Ferhat, professeur en sciences de l’éducation à l’université Paris-Nanterre, a publié Les Gauches de gouvernement et l’école (Presses universitaires de Rennes, 2019).

Texte intégral à lire en cliquant ci-dessous

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