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Vivement l'Ecole!

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Pour la renaissance du dispositif « Plus de maitres que de classes »... (Roland Goigoux + Vidéo)

9 Juin 2020 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

EXTRAITS

« L’école de demain », publication du SE-Unsa, interroge Roland Goigoux qui propose de relancer le dispositif « Plus de maitres que de classes » et l'aide personnalisée, deux heures par semaine, à la rentrée prochaine.

L’école de demain : comment va se passer la prochaine rentrée des classes pour les élèves du cycle 2 ? Êtes-vous inquiet pour eux ?

RG. Les écarts entre élèves qui commenceront le cours préparatoire au mois de septembre seront plus forts que jamais : certains n’auront pas été scolarisés depuis mars, d’autres auront été instruits et entrainés par des parents, devenus leurs précepteurs. Ce sera d’ailleurs une des nouveautés de la rentrée pour les enseignants : ils devront construire des relations d’un type nouveau avec les parents qui se seront professionnalisés pendant le confinement et qui auront probablement des curiosités et des exigences accrues envers eux. Il faudra aussi rassurer les autres, inquiets pour leurs enfants.

L’école de demain : que dire à tous ces parents ?

RG. Faites confiance à la maitresse (ou au maitre!), c’est son métier. Elle va mettre sa classe en route avec une attention particulière pour les élèves qui ont été moins stimulés pendant le confinement. Elle prendra tout le temps nécessaire pour installer des cadres et des habitudes de travail propices aux apprentissages. Elle ira, sans doute, plus lentement que d’ordinaire et veillera à ne pas se laisser entrainer par les élèves le plus avancés qui sont souvent aussi les plus impatients et les plus loquaces. Elle aura besoin, en particulier, d’accorder la plus extrême importance aux bases de l’écriture : geste graphique, calligraphie, copie, etc. Bon nombre d’élèves seront fortement pénalisés sur ce plan par une grande section tronquée.

L’école de demain : devra-t-elle les évaluer avant dès la rentrée ?

RG. Non, elle commencera par enseigner, pas par évaluer. Elle guidera pas à pas les élèves dans les tâches qu’elle proposera. Elle sera attentive à leurs actions et à leurs tentatives, en réponse à ses sollicitations. C’est comme ça qu’elle circonscrira progressivement leurs habiletés mais aussi leurs difficultés et leurs besoins singuliers auxquels elle répondra par des dispositifs de différenciation en petits groupes lorsque ce sera nécessaire.

L’école de demain : est-ce spécifique à la rentrée 2020 ?

RG. Non, bien sûr. Les enseignants expérimentés cernent mieux les besoins de leurs élèves en les regardant travailler et en leur proposant de l’aide qu’en les testant à l’aide de batteries prédictives. Ils savent ainsi s’ils profitent de leur étayage. Quand ce n’est pas le cas, ils modifient les tâches, le mode de guidage, leurs explications. Les enseignants ne doivent pas se contenter d’évaluer ce que les enfants sont capables de faire seuls. Il faut qu’ils observent comment ceux-ci répondent à leurs sollicitations et à leur guidage, comment ils imitent des actions et des raisonnements qui dépassent parfois leurs capacités actuelles mais qui renseignent sur leur potentiel de développement. Ce que l’enfant sait faire aujourd’hui avec l’aide du maitre, il pourra l’accomplir demain seul.

(...)

Deux dispositifs anciens qui ont fait leurs preuves, mais qui ont été supprimés pour de très mauvaises raisons, gagneraient à être réactivés.

L’aide personnalisée sur le modèle instauré en 2008[2]: au sortir du déconfinement, certains élèves auront besoin de plus d’école. Il me semble indispensable que les professeurs titulaires leur proposent deux heures de classe supplémentaire chaque semaine afin de renforcer les enseignements dispensés en grand collectif.

Le dispositif « Plus de maitres que de classes », sur un modèle voisin de celui de 2013[3]: il pourrait faciliter l’indispensable différenciation pédagogique. Les moyens alloués aux classes dédoublées en GS, CP et CE1 (dispositif très couteux et peu efficace[4]), gagneraient à être reventilés dans un plus grand nombre d’écoles pour bénéficier à beaucoup plus d’élèves (environ 6 fois plus) sur la base des avancées pédagogiques des années 2013-2017[5].

[1]https://www.education.gouv.fr/l-organisation-et-la-passation-des-evaluations-nationales-dans-le-premier-degre-41684

[2] https://www.education.gouv.fr/bo/2008/25/MENE0800496C.htm

[3] https://www.education.gouv.fr/bo/13/Hebdo3/MENE1242376C.htm

[4] https://blogs.mediapart.fr/roland-goigoux/blog

[5]https://www.education.gouv.fr/note-du-comite-national-de-suivi-du-dispositif-plus-de-maitres-que-de-classes-8249

L'intégralité est à lire en cliquant ci-dessous

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“École au ralenti : où sont les profs ?” - Réponse à L'Opinion...

9 Juin 2020 , Rédigé par Prof en scène Publié dans #Education

“École au ralenti : où sont les profs ?” - Réponse à L'Opinion...

EXTRAITS

La pensée la moins débile que j’ai eu ces derniers mois est la suivante : de nos jours, le silence est un acte de courage immense. Ne pas s’indigner devant les tonnes de bouse que nous déversent en permanence la trouzaine de canaux de communication est un acte d’hygiène mentale impressionnant.

Et je vous avoue que je ne m’en sens pas encore capable. Pas quand je lis, dans le journal L’Opinion, un article intitulé “École au ralenti : où sont les profs ?”

L’article en question est une ribambelle de clichés, soutenus par des phrases entre guillemets dont on n’a jamais les sources, à tel point que j’en ai déduit qu’il ne s’agissait pas de citations mais juste de la journaliste qui doit être une de ces personnes qui fait des guillemets avec les doigts et mérite donc le supplice de la roue.

Ce papier pourrait prêter à rire, si, justement, les profs n’avaient pas été exactement là où il faut, ces derniers mois. Alors Mme Lombard-Latune, puisque vous êtes infichue, en un article, de répondre à votre question liminaire, laissez-moi vous dire où ont été les profs, durant le temps du confinement.

(...)

Vous sentez-vous puissante, à “dénoncer”, guillemets avec les doigts, ce corps de métier que, visiblement, vous abhorrez ? Vous sentez-vous juste ?

Ou peut-être, peut-être, est-ce uniquement un problème de vision. Vous ne nous voyez pas. Parce que nous ne cherchons pas à briller. Jour après jour, nous avons tenté d’avancer. Et surtout de faire avancer nos élèves. Vos enfants. C’est une occupation du quotidien, une tâche très humble, quand on y pense. Pour la voir, il faut juste s’approcher un peu.

Pensez-y, la prochaine fois.

L'intégralité est à lire en cliquant ci-dessous

https://profenscene.tumblr.com/post/620378435705044992/la-pens%C3%A9e-la-moins-d%C3%A9bile-que-jai-eu-ces-derniers

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"... contre l’illusion que l’école pourrait se faire entièrement avec le numérique..." - Philippe Meirieu

9 Juin 2020 , Rédigé par Europe 1 Publié dans #Education

 "... contre l’illusion que l’école pourrait se faire entièrement avec le numérique..." - Philippe Meirieu

Pour Philippe Meirieu, chercheur en pédagogie spécialiste de l'éducation, le développement de l'enseignement à distance peut être complémentaire à l'apprentissage en classe, mais ne doit pas le remplacer. "On l'a vu pendant le confinement : les élèves décrochent quand il n'y a plus de collectif", affirme-t-il lundi au micro d'Europe 1.

"Les enfants ne peuvent pas se satisfaire de l’école à distance." À la suite de la crise du coronavirus, certains élèves français n'ont toujours pas retrouvé le chemin de l'école, ou n'y suivent que quelques heures de cours par semaine. Une situation problématique pour Philippe Meirieu, chercheur en pédagogie spécialiste de l'éducation, qui remet en cause l'efficacité de l'école à distance. "Les élèves ont besoin les uns des autres, ils ont besoin d'entraide, de coopération, et de voir leur enseignant présent avec eux dans l'espace classe", soutient-il lundi au micro d'Europe 1, dénonçant un dangereux "engrenage".

Un apprentissage complémentaire, mais pas interchangeable

D'après lui, le développement de l'enseignement à distance peut être complémentaire à l'apprentissage en classe mais ne doit surtout pas le remplacer. "Si on doit développer l'enseignement à distance à la rentrée prochaine pour aider chacun plus individuellement, il faut que ce soit en complément d’un enseignement en présentiel obligatoire... On l'a vu pendant le confinement : les élèves décrochent quand il n'y a plus de collectif", affirme-t-il.

À ceux qui pointent la réussite des élèves inscrits au Cned, dont la scolarité entière peut se dérouler loin des salles de classes et des cours de récré, il rétorque : "Il s'agit d'élèves qui sont mobilisés, motivés, et qui ont une interaction personnelle avec chaque enseignant qui les suit... On ne peut pas généraliser cela à tous les élèves français."

"On va rouvrir les cinémas... Pourquoi pas les amphis ?"

Un raisonnement qu'il applique aussi aux universités, fermées depuis mars et qui le resteront au moins jusqu'en septembre. Certaines facultés s'interrogent en ce moment sur le maintien, ou non, des cours en amphithéâtres à la rentrée. "On va rouvrir les cinémas... Pourquoi pas les amphis ?", pointe Philippe Meirieu.

Il redoute que l'enseignement à distance ne creuse des inégalités déjà visibles à l'université. "Les étudiants qui peuvent suivre un enseignement à distance, en autonomie, ont acquis, en raison de leur environnement culturel, familial et social, des capacités de travail, d’initiative, et de recherches personnelles qui ne sont pas acquises par tous les élèves...", souligne-t-il. Et conclut : "Avec les cours à distance, certains élèves seront laissés sur le bord du chemin."

Lætitia Drevet

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Revue de Presse Education... Colères — Septembre — Numérique — Supérieur — Ressources...

9 Juin 2020 , Rédigé par Les Cahiers Pédagogiques Publié dans #Education, #Médias

Revue de Presse Education... Colères — Septembre — Numérique — Supérieur — Ressources...

On commencera par quelques coups de gueule. L’horizon de septembre se pointe. Et puis il sera question de numérique, de supérieur et d’une ressource.

Colères

Je veux pas faire de devoirs de vacances, pas de vacances apprenantes !!! De Bruno Devauchelle
Nation apprenante, vacances apprenantes !!!! comment comprendre ce jargon auquel il faut ajouter les E3C, les 2S2C et autres inventions médiatiques créées par un cabinet qui ne sait pas s’y prendre autrement et un ministre qui pense ainsi, au travers d’une omniprésence médiatique, redevenir crédible aux yeux de tous.”

Aulnay : colère des profs après la « directive sexiste » du principal du collège
Faire revenir les garçons décrocheurs avant les filles : l’idée émise par le principal du collège Victor-Hugo a mis les profs en colère. « Une maladresse », indique la direction académique.”

Les directeurs et directrices d’école au bord du burn-out par Louise Tourret
Le confinement a mis à rude épreuve les personnels de direction des établissements scolaires, déjà sous pression auparavant. Loin de les soulager, le déconfinement empire leur situation.”

“L’enseignement de l’économie dans nos lycées n’est ni objectif ni impartial”
L’enseignement de l’économie dans les lycées français, que l’on pourrait croire objectif et neutre, ne l’est pas, et distille une vision négative de l’entreprise et de la finance, selon notre chroniqueur Alain Lemasson, qui enseigne l’économie et la finance via des livres, un site de e-learning et des séminaires.”

Septembre

L’avenir de l’école primaire décidé cet été
Finalement c’est le 22 juin que la proposition de loi Rilhac sur les directeurs d’école sera étudiée par l’Assemblée nationale. Pour un texte déposé le 12 mai, c’est une accélération record. Soutenue par tout le groupe LREM, la proposition de loi bénéficie aussi de l’appui du ministre de l’Education nationale, par ailleurs engagé dans une concertation sociale sur le métier de directeur. Si le texte contient quelques avancées matérielles pour des directeurs d’école qui en ont bien besoin, s’il abandonne l’idée de confier les écoles aux principaux de collèges ou de créer un corps de directeurs d’école, la proposition de loi veut créer des emplois fonctionnels de directeurs d’école. C’est une autre façon d’installer une hiérarchie dans les écoles.”

Déconfinement : "Si on ne trouve pas de vaccin en septembre, le protocole sanitaire, même assoupli, ne permettra pas d’accueillir tous les enfants à l’école", selon la FCPE
Rodrigo Arenas, coprésident de la Fédération des conseils de parents d’élèves réagit aux propos de Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, qui s’est dit favorable à l’allègement du protocole sanitaire à l’école, notamment lors de la cantine et de la récréation.”

École, université : quelles solutions pour septembre ?
Apprentissages à distance, classes allégées, l’Éducation nationale réfléchit à ce que sera la prochaine rentrée. La préfiguration d’une transformation qui pourrait être structurelle. À quoi va ressembler la rentrée de septembre ? Peut-elle préfigurer l’école de demain, faite de pédagogies revisitées et d’un espace scolaire repensé, à l’heure de la « distanciation sociale » ? « Les difficultés nous obligent à nous dépasser », martèle le ministre de l’Éducation, qui invoque « le progrès ». Il voudrait sortir par le haut de cette crise qui l’a politiquement malmené. « L’école de demain sera à distance » et devra « articuler présentiel et distanciel », a indiqué en mai Jean-Michel Blanquer, qui organisera des assises sur le numérique en octobre.”

Numérique

Le numérique reconfigure l’école de demain
Après un premier temps de sidération, coupés du sens de leur métier qui est la relation à l’élève, les enseignants ont mis en place la « pédagogie à distance » que l’on attendait d’eux.” Abonnés

Servitude numérique volontaire : je « like » (400è billet) Par Jacques Vauloup sur son blog Une autre orientation
On imagine assez l’analyse qu’aurait faite Etienne de La Boëtie s’il lui avait été donné de vivre en 2020 dans nos sociétés mondiales pan-connectées, ou, pour reprendre la terminologie de Bernard E. Harcourt, hyperexposées. Le moindre de nos déplacements utilisant un GPS, la consultation de la météo localisée, le plus anodin message individuel, la présence sur les réseaux sociaux, la publication des photos de nos proches sur le cloud planétaire, la banque en ligne, l’impôt en ligne, les achats en ligne, la livraison d’un repas via une plate-forme numérique, la réservation en ligne d’une place de cinéma, d’une table de restaurant, d’un rendez-vous médical, application Track-virus dans le cas du COVID-19 ou toute autre application équivalente, le jugement sans appel de toute prestation commerciale sur un mode binaire like vs unlike, etc.”

Supérieur

Panthéon Sorbonne : le « 10 pour tous » est annulé par le tribunal administratif Par Sophie de Tarlé
Ceux qui refusaient « la moyenne pour tous », et un « diplôme dévalorisé » ont obtenu gain de cause. Saisi par le recteur de l’académie de Paris, le tribunal administratif a annulé ce vendredi 5 juin les délibérations votées par la Commission formation et vie universitaire (CFVU) de l’Université Paris 1. Cette instance interne composée d’étudiants, d’enseignants et de personnels administratifs avait décidé les 18 avril et 5 mai derniers, que tous les étudiants valideraient le premier semestre et le suivant avec la note de 10 sur 20.”

Recherche : le gouvernement persiste sur sa ligne Par Olivier Monod
Le projet de loi de programmation pluriannuelle (LPPR) est enfin dévoilé. Le gouvernement n’a pas pris en compte les critiques émises avant le confinement.”
“L’exposé des motifs est ci-dessous, le texte de loi derrière ce lien
.”

« Une gigantesque machine à précariser et privatiser. »
Le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche a enfin été envoyé aux membres du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ils doivent l’étudier en séance vendredi pour une présentation en Conseil des ministres prévue le 8 juillet, mais « aucune date d’inscription à l’agenda parlementaire n’est prévue pour les prochaines semaines », précise la ministre Frédérique Vidal dans son courrier. « Le temps de concertation est réduit au minimum, ce qui est inacceptable pour une loi de cette importance », s’indigne Franck Loureiro, secrétaire général adjoint du Sgen-CFDT. Ce projet de loi contient un volet ressources humaines avec des propositions dont l’évocation avait mis une partie de la communauté des chercheurs dans la rue l’hiver dernier. Le Covid n’a pas rendu le gouvernement plus à l’écoute. « Les éléments qui faisaient un large consensus contre eux sont encore présents. Alors que ce n’est pas ce qu’attendent nos collègues et encore moins ce dont a besoin la recherche française », regrette Franck Loureiro, secrétaire général adjoint du Sgen-CFDT.”

Ressources

Un e-café organisé le 2 juin 2020 par le Printemps de l’économie. Vidéo sur Youtube
En France, comme dans d’autres pays comparables, l’école a connu des transformations majeures depuis 1945. L’instruction obligatoire s’étend désormais pour tous les enfants de 3 à 16 ans, et ce n’est pour la plupart qu’à la fin du collège que des orientations vers différentes filières et spécialités se dessinent. L’école joue donc un rôle croissant dans les années de jeunesse, et jusqu’à un âge croissant. Mais l’école n’est pas seulement le lieu de la formation de tous. Elle est un lieu d’évaluation des savoirs et compétences de chacun, un lieu d’orientation et de sélection, donc un lieu de production d’inégalités de résultats scolaires qui produisent des inégalités de position sociale. Quel rôle spécifique l’école joue-t-elle dans la production des inégalités ? Dans l’explication des inégalités de résultats scolaires, quelle part revient aux efforts des élèves, de leurs enseignants, au fonctionnement du système éducatif et au milieu social d’origine ? Parler de mérite a-t-il un sens ? Intervenants : Marie Duru-Bellat, professeure de sociologie émérite à Science Po Philippe Watrelot, professeur de SES et formateur à l’Inspé Sorbonne.”

Bernard Desclaux

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A lire... Ce que l’école peut encore pour la démocratie - Philippe Meirieu - Sortie le 26 août...

8 Juin 2020 , Rédigé par Editions Autrement Publié dans #Education, #Pédagogie

A lire... Ce que l’école peut encore pour la démocratie - Philippe Meirieu - Sortie le 26 août...

En librairie le 26 août 2020

Philippe Meirieu

Ce que l’école peut encore pour la démocratie

Deux ou trois choses que je sais (peut-être) de l'éducation et de la pédagogie

« Il ne s’agit pas seulement d’apprendre, mais d’apprendre ensemble »

Après La Riposte, Philippe Meirieu revient dans un essai plus personnel dans lequel il raconte la grande histoire de la pédagogie.  Une réflexion passionnante qui montre les grandes avancées, les allers-retours aussi, de cette science très humaine et faite de nuances.

De la Troisième République aux « enfants sauvages », de Bergson à Montessori, il montre aussi comment chaque enseignant est aussi et avant tout une personne qui s'implique, tâtonne, avec son cœur et son histoire personnelle.

Ce que vivent les Français au printemps 2020 en est la preuve éclatante : l'innovation et l'implication sont constantes dans l'éducation, et cet essai accorde une large place à cette actualité.

Un livre bilan, mais aussi un livre actuel, dans lequel Philippe Meirieu prend de la distance ; un essai qui mélange expériences de terrain,  références précises, et autocritique personnelle aussi. Un livre sincère qui parvient à naviguer entre les époques, les pratiques, en retraçant l’histoire de la pédagogie et de l’éducation.

Militant engagé pour une école plus juste, Philippe Meirieu est professeur émérite en sciences de l’éducation à l’université  Lumière-Lyon-2 et auteur de nombreux ouvrages, notamment Le Plaisir d’apprendre (Autrement, 2014), Lettre à un jeune professeur (ESF sciences humaines, 2016) et La Riposte. Écoles alternatives, neurosciences, bonnes vieilles méthodes : pour en finir avec les miroirs aux alouettes (Autrement, 2018).

Claire Fercak

Responsable presse et communication

Editions Autrement

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Le casse-tête des organisateurs de colonies de vacances : “on perdra plus d'argent en ouvrant qu'en fermant”...

7 Juin 2020 , Rédigé par FR3 Nouvelle-Aquitaine Publié dans #Education

Le casse-tête des organisateurs de colonies de vacances : “on perdra plus d'argent en ouvrant qu'en fermant”...

Alors que le protocole sanitaire est en attente de validation par le gouvernement, en Charente-Maritime, les organisateurs de centres de vacances alertent sur les difficultés de mettre en œuvre les mesures.

Alors que l'Education nationale vient de lancer le dispositif "vacances apprenantes", qui doit permettre à "un million" d'élèves de rattraper pendant l'été le retard accumulé depuis le début du confinement, en Charente-Maritime, les associations qui gèrent les colonies de vacances appréhendent la mise en oeuvre des mesures sanitaires.

Les organisateurs des colonies de vacances font face à un véritable casse-tête. L'application des mesures sanitaires dans les centres de vacances s'annonce très compliquée selon les responsables de ces structures. 

En Nouvelle-Aquitaine, la Ligue de l'Enseignement s'interroge d'ailleurs sur le bien fondé de l'ouverture des colonies de vacances au point que le président régional conseille à ses directeurs de centres de ne pas ouvrir cet été. La Ligue de l'Enseignement gère 18 centres dans la région.

Plus de femmes de ménage que d'animateurs

"Il y a des choses aberrantes sur les activités, sur le port des masques par les salariés, voir même par les plus de 11 ans, sur le fait de mettre à disposition le gel hydroalcoolique partout, de tout désinfecter, les couvertures, les oreillers", prévient Kehl Dadou, le président de la Ligue de l'enseignement qui considère qu'au vu des conditions imposées, "il est impossible d'ouvrir sans perdre énormément d'argent. Ce serait mieux de dire : il y a le Covid-19, on ne fait pas de colonies de vacances".

"On va avoir bientôt plus de femmes de ménage que d'animateurs dans notre structure. Un enfant qui joue au ballon une fois, quand il a fini de jouer, il faut nettoyer le ballon
- Kehl Dadou, président de la Ligue de l'Enseignement Nouvelle-Aquitaine"

Si la Ligue de l'Enseignement Nouvelle-Aquitaine décidait de ne pas ouvrir ses centres, 3.000 animateurs pourraient se retrouver sans emploi, 13.000 enfants qui partent chaque année dans les structures de l'association pourraient aussi être privés de colonies de vancances.

Ce qui déconcerte les organisateurs, c'est la réglementation sanitaire des colonies de vacances dont le dispositif doit être validé la semaine prochaine par le gouvernement. Selon les informations actuelles, la Ligue de l'Enseignement a déjà repéré des mesures difficiles à mettre en oeuvre.

Les jeunes devront être moins nombreux par table pour prendre leurs repas, les activités en intérieur devront se faire en tout petit groupe et surtout les enfants devront être moins nombreux dans les chambres. À titre d'exemple, le lit superposé sera interdit.

Des effectifs divisés par deux

A Fouras, le Centre International de Séjour a une capacité d'accueil de 128 personnes. Les gestionnaires du centre considèrent que dans le cadre du protocole, il faudrait diviser par 2,5 les effectifs avec des charges fixes aussi conséquentes. Le président de la Ligue de l'Enseignement est formel : "l'association perdra plus d'argent en ouvrant qu'en fermant les colonies de vacances cet été".

"Dans une chambre classique, il y a 5 lits dont 2 lits superposés. Avec les mesures de distanciation, on pourrait mettre maximum 3 enfants par chambre au lieu de 5", explique Eric Toupet, directeur du Centre international de Séjour de Fouras. 

Par Valérie Prétot avec Frédéric Cartaud

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Des Inégalités sociales à l’école (comment démocratiser la réussite?) et du décrochage scolaire...

7 Juin 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Des Inégalités sociales à l’école (comment démocratiser la réussite?) et du décrochage scolaire...

Au moment où le ministre de l'Education Nationale lance un projet baptisé "Vacances apprenantes", semble-t-il destiné aux élèves les plus en difficultés et décrocheurs, arrêtons-nous un instant sur le sujet des inégalités socio-scolaires et sur ces "fameux" décrocheurs. Que j'appelle souvent aussi les "décrochés".

I- Inégalités sociales à l’école / comment démocratiser la réussite ?

Réponses possibles (et à développer):

- organiser un "grand débat" (un vrai celui-là!) pour obtenir une définition consensuelle de ce que doit être la "justice scolaire". Les notions essentielles d'équité, de "discrimination positive" (attention à l'expression; elle véhicule pas mal de fantasmes erronés), de socle commun doivent être débattues, clarifiées pour pouvoir être acceptées;

- davantage faire confiance aux "experts de terrain", aux équipes pédagogiques. Mettre en lumière et diffuser en y mettant les moyens les "bonnes pratiques". Celles qui fonctionnent et font progresser TOUS les élèves à LEUR rythme.
Mais aussi: une formation continue obligatoire; des maîtres spécialisés à demeure dans le 1er degré; des outils d’évaluation à dimension nationale facilement disponibles pour les enseignants;

- un suivi et une évaluation des moyens attribués aux élèves socio/scolairement en difficultés. Non dans un but de contrôle administratif mais dans le souci d'améliorer toujours l'existant;

- poursuivre les efforts de remédiation des difficultés MAIS d'abord et surtout augmenter de manière très importante les moyens (matériels et humains) de PREVENTION. Les difficultés socio/scolaires d'un élève, sauf TRES rares exceptions, ne se découvrent pas une fois que celui-ci est en 6e ou en 3e;

- donner à l'élève son importance d'ENFANT. Un enfant qui vit une bonne partie de son existence dans l'enceinte scolaire à l'intérieur de laquelle le "climat scolaire" doit être amélioré en permanence et viser l'excellence pour TOUTES et TOUS. Aucun enfant ne doit être laissé de coté sous prétexte de difficultés socio-scolaires.

II- Décrochage / comment promouvoir la persévérance scolaire ?

A propos de la persévérance scolaire, voir le site du Crépas. Le Canada/Québec est à l'origine de quasiment tout ce qui touche à ce concept de "Persévérance scolaire".

https://crepas.qc.ca/

Voir aussi, entre autres, ce qui a été mis en place par l'Académie de Caen

https://www.ac-caen.fr/mediatheque/calvados/orientation/50action_perseverance.pdf

Il existe sur ce sujet une multitude de projets et de réalisations. Je ne peux pas ici en dresser la liste. Ce serait contre-productif par la masse de documents.

Je préfère donner mon ressenti sous forme d'idées, de constats, d'expériences . Sans perdre de vue que la persévérance scolaire est vue comme un DES outils de remédiation au décrochage scolaire qu'il conviendra de définir préalablement car lui-aussi est "multi-formes".

1- La persévérance scolaire - pour toute ma réflexion, je me fonde sur la définition qu'en donne le Crépas - commence dès la maternelle. Et ne doit JAMAIS s'arrêter. Y compris pour cet élève "parfait", toujours félicité, "sans problèmes". Jusqu'au jour où... Et ce "jour où" peut se produire à tous les âges de la carrière scolaire d'un enfant, quel que soit son "niveau", quel que soit son milieu social. Même si le décrochage scolaire est plus souvent constaté en milieu social défavorisé.

Donc: Persévérance scolaire = toujours et pour TOUS les élèves.. Les moyens pour promouvoir la persévérance scolaire sont une prévention, une anticipation. C'est capital.

2- La persévérance scolaire sera donc facilitée/promue par:

- une attention, une bienveillance - qui n'est en aucun cas un laxisme! - de tous les instants. Sans être envahissante, écrasante, cette attention doit être portée sur tous les moments de la vie scolaire: en cours; entre les cours; en étude; au CDI; en salle informatique; lors des récréations; lors des sorties scolaires; à la cantine. Partout où l'élève est en situation de travail, de jeu, de réflexion, de repos. Qu'il soit seul - ce qui est rarissime dans le système scolaire français et c'est dommage parfois- ou "confronté" aux autres (camarades et adultes);

- un dialogue permanent entre les membres des équipes pédagogiques qui ne peuvent - en collèges/lycées c'est flagrant - se rencontrer qu'aux récréations en partageant un café ou lors des conseils de classes qui ont atteint - à mes yeux - un degré de ridicule et d'inutilité absolument gigantesque! Pour cela, le système éducatif français devra faire sa "révolution" et permettre institutionnellement des temps de concertation qui sont possibles dans le premier degré (par tradition) mais quasiment inconcevables dans le second degré (par tradition aussi) sauf dans les établissements dits "expérimentaux" ou dans ceux dits "difficiles". Ailleurs, ces temps de dialogue, d'échange, de partage d'expérience sont inexistants ou restent embryonnaires ne concernant que deux ou trois enseignants construisant ponctuellement un projet;

- une co-éducation avec les parents (et/ou responsables légaux). Le système éducatif français, héritier de Ferry, admirateurs des "hussards noirs de la République", considère encore trop souvent les parents comme des empêcheurs de travailler en rond, voire des personnes "à éduquer"! Les réunions parents/professeurs sont devenues des "cérémonies obligées" et si un parent s'avise de demander un RV avec un enseignant, celui-ci est accepté mais en général vite expédié. Pire même, les outils informatiques permettent désormais les échanges virtuels. Certes pratiques mais déshumanisants. L'élève/enfant DOIT sentir qu'il existe une complicité positive entre son/ses enseignant-s et ses parents/responsables légaux. S'il les voit "adversaires", il en jouera, en souffrira et sa persévérance scolaire en sera fragilisée;

- l'utilisation raisonnée de "rituels" très simples à mettre en place. Je donne quelques exemples mais ils sont personnels. Chaque enseignant doit avoir les siens en fonction de la classe, du moment, etc.

Les élèves/enfants sont très sensibles à des habitudes simples:

* dire bonjour à chaque élève lorsqu'ils entrent en classe. Et les gratifier d'un sourire. Cela peut sembler simpliste, caricatural, démagogue ou très "pédagogiste". Et pourtant, "ça marche"!
* offrir aux élèves la possibilité de prendre des initiatives, en relation avec le cours, pendant la séance. Nos élèves sont, dans le système éducatif français, beaucoup trop passifs. Lever la main pour demander l'autorisation d'aller jeter une cartouche d'encre vide ne sert strictement à rien sinon à renforcer l'austérité magistrale du professeur omnipotent. C'est ridicule!
* s'offrir le luxe - c'en est un - de ralentir le rythme, de ne pas être esclave du "programme à tenir". Il le sera, de toute façon. Mais passer une heure, comme cela m'arrive parfois, à lire un extrait (long) de texte puis "simplement" échanger oralement à propos de deux ou trois thèmes repérés à l'avance et la littérature devient vivante, proche d'eux. Je l'ai réalisé une fois encore très récemment avec un extrait d' "Au bonheur des dames" de Zola. Et nous avons "débordé" avec appétit sur les problèmes de consommation, du "black friday", des petits commerces face aux grandes surfaces, etc. Ce sont des temps nécessaires et formateurs;
* laisser les élèves décorer leur salle de classe (en relation avec la discipline enseignée évidemment)

Ect. Il y a tellement à faire!

- favoriser la connaissance des arts et les échanges internationaux. Jamais je n'ai eu plus belles et enrichissantes relations avec des élèves que lors de visites de musées ou autres lieux chargés d'Histoire et d'émotions, que lors de voyages à l'étranger (Chicago; Rome, Ostie et Herculanum; Londres...). Nous (élèves et enseignants) en revenons transformés. Beaucoup d'élèves en difficultés, très agités en classe ont un comportement très différent lors de ces "sorties" et leur persévérance scolaire s'en trouve TOUJOURS renforcée. La rencontre avec les musées - qu'ils rejettent au départ - est pour eux une découverte et une découverte d' eux-mêmes!

- favoriser la construction de "projets". Avec quelques règles très simples à tenir:

* prendre le temps de s’approprier un projet;
* ne pas promettre la lune; rester humble et accepter l'échec, les petites baisses de régime; en parler;
* faire le point régulièrement; ne jamais perdre de vue les objectifs fixés initialement;
* être attentif à la réussite de toutes et tous et non à celle de quelques-uns;
* montrer sa motivation, son implication personnelle. Rien de pire qu'un enseignant sans enthousiasme!
* ne jamais croire les donneurs de leçons ni de recettes-miracles. Cela n'existe pas

- accorder une place à l'erreur. Le système éducatif français - même si des progrès sont constatés dans ce domaine - favorise d'abord les bons élèves. Ceux qui donnent les bonnes réponses. Ceux qui connaissent les codes et ont des parents informés. Ceux qui savent "jouer" avec les disciplines optionnelles.
L'erreur est toujours sanctionnée par le retrait de points dans un système de notation obsolète. Comment promouvoir la persévérance scolaire d'élèves proches du décrochage si rien ne leur est jamais, non pas "pardonné", mais autorisé. Oui l'erreur est possible et doit être utilisée pour avancer.

- enfin - mais il y aurait un livre à rédiger - et c'est un peu mon "dada": les élèves seront incités à persévérer plus facilement dans un cadre de vie scolaire agréable, calme, propre, soucieux du bien-être de tous. L'architecture scolaire en France est un sujet laissé de coté. Hélas, beaucoup de collègues encore aujourd'hui admirent les vieux bâtiments des lycées Henri-IV, Fermat à Toulouse, François-1er au Havre. Une nostalgie permanente. Mais une nostalgie qui n'incite que les meilleurs à travailler.

Christophe Chartreux

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Comment parler du racisme et des discriminations aux enfants

7 Juin 2020 , Rédigé par Slate Publié dans #Education

Comment parler du racisme et des discriminations aux enfants

Les spécialistes recommandent de présenter en douceur la réalité d'un monde pas toujours juste dès le plus jeune âge.

Il est parfois difficile de trouver les mots pour parler à notre entourage des événements en lien avec les violences policières ou le racisme, et les expliquer aux enfants paraît encore moins aisé.

Les expert·es de la psychologie enfantine recommandent pourtant d'évoquer ces sujets dès l'enfance. Howard Stevenson, professeur d'éducation urbaine, affirme même que «le plus tôt est le mieux pour avoir ce genre de conversation».

Pas de panique: les petits sont souvent plus matures que ce que l'on pense. Il est malgré tout important de bien réfléchir à l'avance à la forme que prendront ces discussions et au niveau de détail que vous voudrez y ajouter, en fonction de l'âge et de la personnalité des enfants. Un ton posé et un air rassurant sont idéaux pour avoir «LA» conversation.

Donner des clés

Selon l'Académie américaine de pédiatrie, les bébés sont capables de remarquer des différences ethno-raciales dès l'âge de 6 mois et peuvent commencer à intérioriser des préjugés racistes entre 2 et 4 ans. Dès 12 ans, les croyances sont profondément ancrées dans leur esprit. Le laps de temps pour agir est donc assez réduit.

Il ne s'agit pas de se lancer dans une tirade pessimiste et violente face à votre progéniture, mais de présenter en douceur la réalité d'un monde pas toujours juste. Vous pouvez donner à vos enfants des clés pour répondre à des injures raciales ou agir s'ils sont témoins d'actes de discrimination, conseille le professeur Stevenson.

Les enfants posent parfois des questions auxquelles on peine à répondre: ce n'est pas grave. Des réponses du type «C'est une bonne question, je ne sais pas, nous allons chercher ensemble» vous offrent un délai de réflexion tout en donnant à votre enfant le sentiment d'être écouté.

L'essentiel est d'engager une conversation ouverte et d'insister sur le fait qu'aucune question n'est stupide. «Il n'y a pas de sujet tabou», rappelle Reena Patel, psychologue spécialiste de l'éducation.

Montrer l'exemple

Les enfants prêtent une attention toute particulière aux comportements de leur entourage: assurez-vous de leur inculquer les bonnes attitudes.

L'engagement militant est primordial dans certains foyers, et il est peut être intéressant d'inclure les plus petits dans la démarche. Reena Patel invite les parents à interroger leurs enfants sur ce qu'ils ressentent, afin de les sensibiliser à la cause défendue.

«Demandez-leur: “Est-ce que tu as déjà eu l'impression que tu devais t'exprimer quand quelque chose n'allait pas ou n'était pas juste?”», suggère la psychologue.

Mais montrer l'exemple, c'est aussi s'éduquer soi-même –lire des livres, écouter les récits d'expérience, s'interroger sur ses privilèges. «Le silence en dit long pour les enfants, affirme Reena Patel. Il est important de nouer le dialogue.»

Louise Beda-Akichi

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"Vacances apprenantes"... Au Canada aussi... Et c'est un NON massif!

7 Juin 2020 , Rédigé par Le Devoir Publié dans #Education

Le réseau scolaire a atteint son « point de rupture ». Dans une rare mise en garde au ministre de l’Éducation, les gestionnaires du réseau ont averti cette semaine qu’ils ont en ont assez des annonces surprises qui les forcent à chambouler les classes, après deux mois de volte-face et à deux semaines de la fin de l’année scolaire.

Selon ce que Le Devoir a appris, les directions d’école ont adressé un sérieux avertissement au ministre Jean-François Roberge après l’annonce de la mise en place de camps pédagogiques pour les élèves vulnérables, faite en toute hâte en fin de journée lundi.

Nos sources confirment que des dirigeants de commission scolaire ont aussi fait part au ministre de leurs réserves à ce sujet. Devant la levée de boucliers, M. Roberge a fait volte-face mercredi et a annoncé que les camps de rattrapage seraient facultatifs. Mais dans plusieurs écoles, les invitations avaient été lancées aux parents. La recherche d’enseignants avait commencé. Et les réserves d’énergie du personnel étaient à zéro.

« La dernière annonce des camps pédagogiques a vraiment déplu à tout le monde. Ça nous a irrités profondément. On aurait aimé être considérés », dit Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDESS).

« Je n’ai jamais vu autant de gens insatisfaits, ajoute la représentante de 620 directeurs et directrices d’école et leurs adjoints. Ils ont atteint la limite de ce qu’ils pouvaient faire. Je vous le dis : on a atteint le seuil de désobéissance. Nos membres ont dit : “La prochaine affaire, je ne la fais pas. Je vais sauver ma peau”. »

Il s’agit d’une rare sortie publique des directions d’école, qui observent normalement un devoir de réserve à toute épreuve. Mais les directeurs et directrices n’auraient pas accepté que leur représentante garde le silence.

Les directions d’école sont « à bout », épuisées, après avoir travaillé jusqu’à 70 heures par semaine, souvent sept jours sur sept, à implanter une série de directives annoncées par le ministère de l’Éducation depuis le début de la pandémie : enseignement à distance facultatif, puis obligatoire, préparation à la réouverture des écoles primaires (avec installation de plexiglas, de flèches au sol et déplacement des meubles pour la distanciation de deux mètres), puis réouverture uniquement hors du Grand Montréal, ouverture de classes spécialisées pour les élèves handicapés, gestion des services de garde d’urgence, organisation du transport scolaire, embauche de personnel pour répondre aux directives de dernière minute, gestion des plaintes des parents, et ainsi de suite.

« Certains font des pétitions ; nous, on a interpellé le ministre. On a eu son écoute. Il n’avait pas compris à quel point on était presque au bris d’équilibre dans le réseau. Il faut arrêter les pirouettes, sinon la machine va briser », dit Hélène Bourdages.

Préparer la prochaine année

Le cabinet du ministre Roberge confirme qu’il n’y aura plus de nouvelles directives d’ici la fin de l’année scolaire, le 19 juin. Le mot d’ordre est de finir l’année et de préparer la rentrée scolaire de l’automne, malgré l’incertitude entourant l’évolution de la pandémie.

« Le milieu de l’éducation a hâte que l’année finisse. Le ministère doit se concentrer sur la prochaine année scolaire », dit Steve Bissonnette, professeur au Département d’éducation à la TELUQ.

Ce vétéran du monde de l’éducation raconte une blague qui circule dans le réseau : « N’appliquez jamais une directive du ministère, parce que dans deux jours elle va changer. »

La crise a « miné » la crédibilité du ministre Roberge, selon lui. « Si j’étais ministre de l’Éducation, je serais inquiet. La perception ne lui est pas favorable, à tort ou à raison. »

Ce n’est pas un hasard si une pétition réclamant la démission du ministre Roberge a été lancée cette semaine, soulignent les observateurs. Au moment où ces lignes étaient écrites, plus de 8000 personnes avaient signé.

Les employés du réseau sont « à bout », et les plus malmenés sont les directions d’école, estime Steve Bissonnette. « La prise de décision se fait à Québec, loin des milieux. Les intentions du ministère sont nobles, mais les directions d’école et les gestionnaires des commissions scolaires doivent faire un travail colossal pour implanter ces mesures », dit-il.

Sylvain Dancause, professeur au secondaire qui tient un blogue de référence dans le milieu de l’éducation, constate que le réseau « a atteint un point de rupture cette semaine. Le vent souffle de tout bord et de tout côté. Le réseau fait deux pas en avant et deux pas en arrière. Ça use ».

Impossible unanimité

Ces turbulences surviennent pourtant au moment où l’enseignement à distance, au primaire et au secondaire, prend un rythme de croisière. Des enseignants confirment que leurs élèves s’adaptent aux exercices en ligne. Les profs apprennent aussi à maîtriser la technologie.

« Mes élèves commencent à prendre goût à l’enseignement à distance », dit Luc Papineau, enseignant au secondaire dans une école de la région de Montréal.

La route pour arriver à ce relatif confort a été remplie d’obstacles. « Le ministre a pris un chemin rempli de bonnes intentions, mais qui étaient trop compliquées pour ce que la machine peut livrer. Ça a créé des insatisfactions très grandes. Les parents nous posaient des questions et on était embêtés de répondre », dit-il.

Serge Striganuk, doyen de la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke, souligne le contexte imprévisible de la pandémie. « Avec la COVID, les scénarios changent tous les jours et même plus qu’une fois par jour. Avoir des décisions qui font l’unanimité dans un tel contexte, c’est pratiquement impossible. Est-ce que ça aurait pu être mieux ? Peut-être. Est-ce que ça aurait pu être pire ? Peut-être aussi », dit-il.

Marco Fortier

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« Vacances apprenantes, c’est ridicule » : des annonces fraîchement accueillies par des enseignants...

6 Juin 2020 , Rédigé par Ouest France Publié dans #Education

« Vacances apprenantes, c’est ridicule » : des annonces fraîchement accueillies par des enseignants...

EXTRAIT

Le ministre de l’Éducation nationale a présenté ce samedi le dispositif mis en place cet été par le gouvernement pour favoriser les vacances d’un million d’enfants. Des annonces fraîchement accueillies par certains enseignants. Tour d’horizon des réactions sur Twitter.

Permettre à « un million » d’élèves de rattraper pendant l’été 2020 le retard accumulé depuis le début du confinement lié au coronavirus, c’est l’objectif du dispositif « Vacances apprenantes », présenté ce samedi par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer et le secrétaire d’État à la jeunesse Gabriel Attal.

Le dispositif doit permettre aux enfants de partir en vacances pour « s’amuser tout en rattrapant une partie de ce qui n’a pas pu être fait pendant l’année scolaire », a expliqué Jean-Michel Blanquer à Ouest-France.

Vacances apprenantes ? Drôle d’expression

Un nouveau concept qui n’a pas manqué de faire réagir les enseignants sur Twitter, comme cette internaute qui trouve « ridicule » l’expression « vacances apprenantes ».

Le ministre a annoncé un budget de « 200 millions d’euros » pour permettre à un million d’enfants d’avoir des « vacances épanouissantes et éducatives, entièrement gratuites pour les familles les plus modestes, dont les enfants seront prioritaires ».

Parmi les opérations mises en place, le dispositif des « écoles ouvertes », qui existe déjà dans les quartiers prioritaires et que le gouvernement veut étendre aux villes et aux territoires ruraux. Le ministre table sur l’ouverture de 2 500 établissements scolaires, de la maternelle au lycée, pour assurer du soutien scolaire auprès de 400 000 élèves. Il sera mis en place sur la base du volontariat des communes et des enseignants.

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