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Vivement l'Ecole!

education

Coronavirus : Pourquoi le retour du masque à l’école dans de nombreux départements fait grincer des dents

4 Novembre 2021 , Rédigé par 20 Minutes Publié dans #Education

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Avec cette décision, une soixantaine de départements sur 101 seront concernés par le port du masque à l’école

- Le masque sera à nouveau obligatoire dès lundi dans les écoles de 39 départements, en raison du regain de l’épidémie de Covid-19.

- Une décision mal accueillie par les syndicats d’enseignants, qui craignent que ces allers-retours dans le protocole sanitaire ne soient pas bien compris par les familles et que les règles sanitaires ne soient pas forcément bien appliquées.

« Tu as des masques dans ton cartable ? ». Voilà la question que les parents vont devoir reposer à leurs enfants après ces vacances scolaires de la Toussaint. Le masque sera en effet à nouveau obligatoire à partir de lundi dans les écoles primaires de 39 départements, en raison du regain de l’épidémie de coronavirus, a annoncé mercredi le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. Une décision qui intervient car dans ces départements, le taux d’incidence est passé au-dessus de 50 cas pour 100.000 habitants.

Avant même les vacances de la Toussaint, le masque était déjà redevenu obligatoire pour les élèves de primaire en Lozère. Cela va donc porter à une soixantaine, sur 101, le nombre de départements où les élèves doivent le porter. Interrogé par 20 Minutes, le ministère de l’Education a indiqué qu’il communiquerait rapidement la liste des territoires concernés, un Conseil de défense ayant lieu ce jeudi.

Le protocole « yoyo » critiqué

Cette décision est d’autant plus mal accueillie par les syndicats enseignants qu’ils l’avaient vue venir : « Elle n’est pas surprenante. Lorsqu’en octobre, le masque avait été abandonné dans plusieurs départements, nous avions dit qu’il fallait être prudent car la situation sanitaire pouvait évoluer rapidement », déclare Stéphane Crochet, secrétaire général du syndicat enseignant SE-Unsa. « Les prévisions des scientifiques nous laissaient penser que le taux d’incidence allait remonter. D’autant qu’avec les températures en baisse, il devient difficile d’aérer les classes et que les enfants sont la seule population non vaccinée », abonde Ghislaine David, porte-parole du SNUipp-FSU.

Le mode de bascule du protocole de niveau 1 (non port du masque) à celui de niveau 2 (masque obligatoire pour les élèves) est aussi critiqué : si le seuil des 50 cas pour 100.000 habitants est dépassé cinq jours consécutifs, le protocole passe du niveau 1 au 2, comme c’est le cas dans les 39 départements concernés. « Cela nous semble trop court. Il faudrait que ce seuil soit dépassé pendant deux à trois semaines afin d’éviter ce phénomène de yoyo permanent », estime Ghislaine David.

Déstabilisant pour les enfants

Chez les parents d’élèves, la nouvelle fait aussi râler : « Les familles sont épuisées de devoir s’adapter sans cesse aux annonces brusques du gouvernement », indique Carla Dugault, coprésidente de la FCPE. Et le retour de règles sanitaires plus strictes risque de ne pas couler de source chez tout le monde : « On s’attend à ce que certains parents discutent du bien-fondé du retour du masque à l’école car ils ne perçoivent pas la reprise épidémique. Comme on l’a vu récemment en Lozère. Cela peut entraîner des tensions que les directeurs d’école devront tenter d’apaiser », anticipe Stéphane Crochet.

Ce retour du masque risque de déranger aussi les élèves, selon Ghislaine David : « En enlevant le masque, ils avaient oublié le Covid-19. Le fait de le remettre est déstabilisant pour eux. Sans compter les problèmes de discipline que cela va entraîner, car les enseignants vont devoir rappeler à l’ordre ceux qui ont perdu l’habitude de le mettre ou qui le portent sous le menton ».

Des inquiétudes pour les prochains mois

Ce retour du port du masque dans 39 départements est aussi interprété comme un signal inquiétant par la communauté éducative : « Plus on va entrer dans l’hiver, plus le nombre de départements dépassant le taux d’incidence de 50 pour 100.000 habitants risque d’augmenter. Cela veut-il dire qu’on est au début de la 5e vague ? On ne veut surtout pas revivre ce que l’on a subi l’an dernier », redoute Stéphane Crochet. Avant les vacances de la Toussaint, le nombre de classes fermées à cause du Covid-19 était légèrement remonté pour la première fois depuis la mi-septembre, pour s’établir à 1.246, soit 0,24 % des classes du pays, selon les chiffres du ministère de l’Éducation nationale.

Pour éviter un scenario noir, les syndicats appellent le ministère à prendre de nouvelles mesures : « Depuis la rentrée, environ 200.000 tests ont été faits dans les écoles, au lieu des 600.000 prévus. On passe à côté de cas positifs chez les élèves. Il faut augmenter le nombre de tests et que les établissements soient équipés de purificateurs d’air », insiste Ghislaine David.

Delphine Bancaud

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« Bons en maths : gare aux stéréotypes de genre à l’école primaire »

3 Novembre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Comment être fort en maths ? [Méthode] - Les Sherpas

EXTRAITS

Dans sa carte blanche, Etienne Ghys met en garde vis-à-vis des mécanismes qui peuvent induire des différences de performances en maths et en français en classe de CP, entre filles et garçons.

(...)

Une note récente du conseil scientifique de l’éducation nationale, intitulée « Qu’apprend-on des évaluations de CP-CE1 », tire quelques conclusions de cette masse de données. Certaines ne surprendront pas les professeurs des écoles. Par exemple, dans une même classe, les enfants nés en janvier réussissent significativement mieux que ceux qui sont nés en décembre de la même année. Il fallait s’y attendre : quand on a six ans, un an de plus ou de moins, c’est une énorme différence. Il va de soi que les professeurs le savent et en tiennent compte. Une autre observation, hélas évidente, est que les écoles situées dans des zones défavorisées ont des résultats inférieurs. Pour se rassurer sur le rôle de l’école, on vérifie heureusement qu’à la rentrée en CE1 ce déficit s’est en partie résorbé, même s’il subsiste.

Une constatation surprenante est la rapidité extrême avec laquelle une différence se met en place entre les garçons et les filles en matière de mathématiques. Les chiffres sont vraiment alarmants. À l’entrée en CP, les garçons et les filles ont exactement les mêmes compétences en mathématiques. A peine cinq mois plus tard, les garçons ont des résultats nettement meilleurs, et un an plus tard, à l’entrée en CE1, l’écart s’est encore creusé. Cela ne dépend ni du type d’école, ni de la position sociale, ni de l’âge des élèves.

(...)

Le but principal de ces évaluations à l’école élémentaire n’est pas seulement de déterminer un état des lieux des compétences des enfants au niveau national : un simple sondage suffirait. Il s’agit avant tout de proposer aux enseignants un outil qui leur permet de mesurer le plus objectivement possible les progrès de chacun de leurs élèves, et de détecter à temps des difficultés qui peuvent se présenter dans leur apprentissage. Pour l’instant, seule une petite moitié des professeurs des écoles déclarent que ces évaluations leur ont permis de déceler des problèmes chez leurs élèves. On ne sera pas surpris de leur méfiance face à ces évaluations nationales un peu trop normatives : qui connaît mieux les élèves que les maîtres et les maîtresses ?

Etienne Ghys(secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, directeur de recherche (CNRS) à l’ENS Lyon)

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Mixité scolaire : à Toulouse, un cas d’école

3 Novembre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Tourisme à Toulouse : Vacances, Séjours et Sorties - Visite de la ville  Rose | Toulouse Tourisme

En 2017, dans le sillage d’expérimentations encouragées par l’Education nationale, la préfecture de Haute-Garonne fermait deux «collèges ghettos» du quartier du Mirail et affrétait des bus vers des établissements mieux cotés. Un pari audacieux qui, quatre ans plus tard, a fait mentir les sceptiques.

Une ola s’imposerait presque. Voilà qu’une expérimentation locale, pour améliorer la mixité sociale au collège, semble porter ses fruits. Cela se passe à Toulouse, en Haute-Garonne. Un projet qui avait tout d’un casse-pipe : fermer deux collèges enclavés du quartier du Mirail et acheminer les ados, par bus, dans les collèges chics du centre-ville et des zones pavillonnaires. Le temps de reconstruire deux nouveaux établissements, mieux situés et permettant plus de mixité. «Un dispositif d’une telle ampleur, avec une cohorte entière que l’on a pu suivre, c’est rarissime, s’enthousiasme Choukri Ben Ayed, professeur de sociologie. Les résultats chiffrés, de réussite au brevet et de ce que nous voyons sur le terrain, sont extrêmement positifs. Ça marche.» En fait, il n’en doutait pas une seconde : «Je l’ai toujours dit. Il n’y a pas de fatalité.»

«Tout est dépassable»

Choukri Ben Ayed suit, depuis le début le projet, ses hauts et ses bas. Et déteste ce discours sur «les blocages insurmontables» dès qu’on parle de mixité sociale à l’école : «On ne peut rien tant qu’il y a de la ségrégation résidentielle», «les familles ne voudront jamais», «les syndicats enseignants sont contre». Non, répond le sociologue : «Tout est dépassable. La preuve.» Dès les prémices du projet toulousain, Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l’Education nationale, le soutient à fond. L’objectif de mixité sociale et scolaire est inscrit dans l’article 1 de la loi de refondation de l’école de 2013, mais restait jusque-là une promesse de papier. Cette expérimentation était le moment ou jamais de la concrétiser. La ministre lance un appel à projet, promettant à toute collectivité locale motivée un soutien sans faille. La fenêtre politique est grande ouverte : les attentats de 2015 ont remis l’école face à ses enjeux. Notamment la nécessité d’apprendre le plus tôt possible à se connaître et faire société. Les chiffres, publiés le 28 mai 2015 par le Conseil national de l’évaluation du système scolaire (Cnesco), parlent d’eux-mêmes : 10 % des élèves de troisième sont scolarisés dans un «collège ghetto», avec plus de 60 % d’enfants d’ouvriers, au chômage ou inactifs alors qu’ils ne représentent en tout que 37 % des élèves. Dans les autres établissements, où la répartition entre élèves de différentes origines sociales est a priori meilleure, des biais persistent : un collège sur deux en 2015 comporte des classes bilangues ou avec des options rares. Ce qui peut reproduire, à l’intérieur des murs, une forme de ségrégation avec des effets tout aussi néfastes pour les élèves les plus défavorisés.

«La mixité n’est pas un sujet pour Jean-Michel Blanquer»

A la veille de la présidentielle de 2017, la ministre se félicitait du lancement de 82 expérimentations locales pour plus de mixité, dans le sillage de Toulouse. En réalité, le chiffre tournait plutôt autour de quinze, selon Choukri Ben Ayed. Mais depuis le changement de majorité, le ministère n’a plus fait de suivi. «La mixité n’est pas un sujet pour Jean-Michel Blanquer. Il a laissé les choses se faire, mais sans impulsion.» Une opération menée depuis 2017 dans six collèges du nord de Paris a aussi donné des bons résultats, s’appuyant notamment sur la tactique du secteur multicollège. L’idée est de modifier la carte scolaire pour que l’adresse du domicile de l’élève ne dépende non pas d’un, mais de deux collèges avec des compositions sociales différentes. Les premiers chiffres ont été dévoilés au printemps par Julien Grenet et Youssef Souidi de l’Institut des politiques publiques (IPP).

Dans une interview à Libération, Julien Grenet se réjouissait de constater que la mixité avait bien progressé sans faire fuir les familles CSP + vers le privé. Il racontait aussi les galères du démarrage, ces parents fous de rage, qui demandaient à être indemnisés pour la perte de capital sur leur logement qui allait, selon eux, perdre de la valeur parce qu’il n’était plus sectorisé dans le bon collège. Avec le temps, les colères se sont tassées. A Toulouse aussi, les premiers résultats persuadent les plus sceptiques. Et encouragent peut-être d’autres à essayer. Peut-on copier-coller ces expérimentations ? A cette question, Choukri Ben Ayed répond d’abord par un silence. Rien n’est jamais simple. Mais «la dynamique locale, oui, elle peut inspirer et être copiée. Les façons de travailler aussi : coopérer entre services du département et du rectorat, comme cela a été fait à Toulouse». Il rêve de l’acte II. En optimiste, il y croit. «Ces expérimentations montrent que c’est possible. Continuons. S’il est un domaine où la continuité de l’Etat doit être affirmée, c’est bien celui de la lutte contre les ségrégations.»

Marie Piquemal

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Benoît Payan enterre le projet d’Emmanuel Macron du libre recrutement d’enseignants dans des écoles

3 Novembre 2021 , Rédigé par 20 Minutes Publié dans #Education

Marseille, l'audit qui fait peur | Les Echos

Début septembre, le président de la République avait annoncé l’expérimentation du libre recrutement des enseignants par les directeurs d’école.

L’annonce avait surpris son monde et avait été mal reçue par le monde enseignant. En septembre, Emmanuel Macron déclinait son plan «  Marseille en grand » dans lequel il avançait l’expérimentation du libre recrutement d’enseignants dans cinquante «  écoles laboratoires » de Marseille.

« Ça ne se fera pas », a répondu Benoît Payan, dans une interview accordée à La Marseillaise / Maritima. « Je pense que c’est une mauvaise idée. Je le lui ai dit », a poursuivi le maire de Marseille. « Je pense que cette idée est oubliée », s’est-il avancé.

Pour autant, le partenariat avec l’Etat au sujet de la rénovation des écoles est en bonne voie avec le vote, la semaine dernière, d’une première enveloppe de 254 millions d’euros par les députés

Alexandre Vella

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Comment parler du changement climatique aux enfants

2 Novembre 2021 , Rédigé par Slate Publié dans #Education, #Enfance

Dénoncer les effets du changement climatique en images | Lense

Dénoncer les effets du changement climatique en images | Lense

Une discussion nécessaire pour prévenir et limiter leurs inquiétudes.

Fonte des glaces, inondations, incendies, hausse des températures: le monde se trouve chaque jour confronté un peu plus à une réalité anxiogène, celle du changement climatique. Une réalité qui préoccupe toutes les générations, notamment la jeunesse. Près de 45% d'entre eux disent même souffrir d’éco-anxiété, selon une étude menée sur les jeunes du monde entier.

En tant que parents, une question se pose: quelle attitude adopter face aux potentielles angoisses que peuvent ressentir ses enfants, jeunes ou adolescents, face au réchauffement climatique et à ses conséquences? Le média Wired s'est penché sur le sujet, en interrogeant plusieurs spécialistes.

Tout dépend de l'âge

Tout d'abord, il faut savoir que votre enfant a probablement déjà entendu parler du changement climatique, même les plus jeunes. Pour autant, les quelques informations que ces derniers ont pu intercepter sont souvent partielles, et, mal comprises, elles peuvent être source de détresse émotionnelle. Raison de plus pour aborder le sujet.

Ensuite, il est important d'adapter son discours en fonction de l'âge de l'enfant. Pour les moins de 6 ans, Leslie Davenport, autrice d'un cahier d'exercices pour aider les jeunes à comprendre le changement climatique, préconise de plutôt cultiver l'amour de l'enfant envers la nature à travers, par exemple, la beauté des plantes ou l'observation des changements de saison. Étant trop jeune pour comprendre ce qu'est véritablement le changement climatique, mieux vaut donc lui apprendre le respect de l'environnement par le biais de phrases telles que «la planète est notre maison, nous devons donc en prendre soin.».

Dans les discussions, l'important est surtout d'être le plus rassurant possible, ajoute le média américain, en expliquant, par exemple, «que le changement climatique est un gros problème, mais qu'il y a beaucoup de gens qui travaillent ensemble pour le résoudre.». Rester dans du positif.

Connexion, action, honnêteté

Entre 7 et 12 ans, les enfants peuvent commencer à être particulièrement intéressés par la science du climat. Un moment charnière, où un sentiment d'angoisse peut aussi survenir. Pour aborder le sujet, il est conseillé de demander ce que votre enfant sait déjà sur le changement climatique. L'objectif ici est surtout de créer une connexion entre les deux interlocuteurs pour, ensuite, trouver ensemble des actions à mettre en place pour changer les choses à votre échelle. L'occasion parfaite pour stimuler son désir d'agir, tout en vous rapprochant de lui.

Passé l'âge de 13 ans, les discussions autour du climat changeront sûrement du tout au tout, prévient Wired: l'enfant aura ses propres sources. À cet âge-là, la meilleure des choses à faire est de répondre à ses questions, ses interrogations, tout en s'appuyant sur des sources fiables et vérifiées. C'est aussi l'occasion pour vous d'être véritablement honnête, en avouant peut-être vos propres craintes sur le sujet, ou même que vous n'avez pas toutes les réponses. Engager une conversation transparente, basée sur des données justes.

De manière générale, il faut toujours rester positif. «Essayer de les rassurer en les sensibilisant sans être dans le déni, en leur disant que nous allons faire notre part et être raisonnables dans la mesure du possible»explique au HuffPost la pédopsychiatre Christine Barois. Faire sa part, c'est aussi être exemplaire dans son comportement, en essayant de changer les choses au quotidien, pour donner de l'espoir.

Robin Tutenges

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Le « Dictionnaire de pédagogie » de Meirieu est vraiment « inattendu » par Claude Lelièvre

2 Novembre 2021 , Rédigé par Médiapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Pédagogie

 

On a vérifié : seules 6 de ses 48 entrées figurent parmi les entrées de l'un au moins de trois dictionnaires importants spécialisés . Cela lui permet de faire des ''pas de côté'' significatifs et d'étonner son lecteur . A lire en ces temps moroses voire délétères.

Seulement quatre de ses entrées figurent  parmi les 1550 articles du célèbre « Nouveau dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire » paru en 1911  sous la direction de Ferdinand Buisson : adolescence, catéchisme, poésie, théâtre. Uniquement trois de ses entrées peuvent être retrouvées parmi les 450  du « Dictionnaire encyclopédique de l'éducation et de la formation » paru chez Nathan en 1994 : adolescence, cinéma, théâtre. Enfin seulement deux entrées figurent parmi les 210 du « Dictionnaire de l'éducation » paru sous la direction d'Agnès Van Zanten en 2008 : adolescence et attention.
Finalement 42 des entrées sur 48 du «Dictionnaire inattendu de pédagogie » qui vient d'être rédigé par Philippe Meirieu ne figurent pas parmi les entrées des trois dictionnaires cités, pourtant très nombreuses. Ce « Dictionnaire pédagogique » mérite donc bien son qualificatif : « inattendu ». 

Certaines de ces entrées paraissent au premier abord ésotériques voire incongrues dans ce « Dictionnaire pédagogique » . Mais elles piquent notre curiosité et Philippe Meirieu sait y répondre . On peut citer par exemple :  anachorète, clinamen, obscène, placebo, puzzle, village.

D'autres entrées au contraire peuvent être situées dans le monde mental on physique ordinaire et familier des enseignants dans leur vie professionnelle quotidienne. Cinématographe, curseur, découragement, dépistage, deuil, émotion, ennui, étonnement, fondamentaux, frontière, glissement, imputation, médecine, obéissance, objection, parler, photocopieuse, résistance, télécommande, trajet. Philippe Meirieu a le mérite de les choisir, de les développer et de les commenter alors qu'elles ne sont généralement pas présentes telles quelles dans les débats plus ou moins savants, en tout cas dans les « Dictionnaires » de références.

Enfin quelques autres entrées relèvent ordinairement de débats savants ou spécialisés, mais ne sont pas le plus souvent invoquées dans les réflexions pédagogiques : abyme, algorithme, différance, intelligibilité, universalisme, utopie.

La plupart de ceux qui s'en prennent à Philippe Meirieu ne l'ont pas lu ou à peine. C'est l'occasion pour eux de se rattraper. Quant aux autres, ils ne perdront pas leur temps car , comme le dit lui-même Philippe Meirieu, il continue ainsi à « creuser obstinément le sillon » tout en se renouvelant. Eh bien, ce n'est pas facile ; mais il le fait.

Claude Lelièvre

Philippe Meirieu, « Dictionnaire inattendu de pédagogie » paru aux éditions ESF en septembre 2021, 525 pages, 26 euro

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La jeunesse à genoux vue par Emmanuelle Bayamack-Tam : «Le vocabulaire de la soumission et de l’humiliation est toujours le même»

1 Novembre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

A partir de la vidéo glaçante de jeunes gens interpellés par les forces de l’ordre à Mantes-la-Jolie en 2018, l’autrice d’«Il est des hommes qui se perdront toujours» réfléchit sur tout ce que l’autoritarisme policier, les réformes Blanquer ou les mesures sanitaires infligent à une jeunesse sommée de se tenir «sage».

 

À l’occasion des 10 ans du BAL, plateforme indépendante d’exposition et de pédagogie dédiée à l’image contemporaine, une ou un écrivain s’empare chaque semaine d’une image pour porter un regard sur notre histoire collective, que celle-ci touche au politique, au social, au corps, qu’elle témoigne des derniers bouleversements ou fasse appel à une mémoire plus lointaine en résonance avec notre actualité.

Le 6 décembre 2018, 151 jeunes sont arrêtés, mis en rang, agenouillés, mains dans le dos, sur la tête ou sur la nuque. Ils resteront plusieurs heures dans cette position – de midi à seize heures pour certains. Le plus jeune a 12 ans, le plus âgé 21. Bien que tous ne soient pas lycéens, leur arrestation intervient en marge de contestations lycéennes contre la réforme du bac et celle de Parcoursup. Ces images proviennent d’une vidéo, sans doute filmée par un représentant des forces de l’ordre. On y entend distinctement un homme prononcer une formule qui fera florès : «Voilà une classe qui se tient sage !» Diffusée le soir même sur les réseaux sociaux, la vidéo sera massivement relayée et provoquera une vague d’indignation compréhensible, en France mais aussi à l’étranger. Chargée d’enquêter sur les faits, l’IGPN conclut à un non-lieu en juillet 2019. Un collectif de familles déposera plainte avec constitution de partie civile, histoire que soit ouverte une information judiciaire – qui à ce jour n’a pas abouti et semble traîner en longueur.

Les trois vidéogrammes que j’ai sélectionnés, parmi d’autres tout aussi saisissants, ont le mérite de montrer la scène sous différents angles et avec différents protagonistes. Sur le premier, les jeunes sont de dos, face à un mur qui pourrait être d’exécution. En dépit de la piètre qualité de l’image, on peut voir que les jeunes sont menottés au serflex. Sur le deuxième, ils sont de profil, agenouillés sur ce qui semble être de la terre battue. Au premier plan, un policier est campé sur une dalle de béton, jambes légèrement écartées, matraque à la main. À quelques mètres de lui, on distingue une dizaine d’autres policiers, équipés de la même façon. Au dernier plan, on aperçoit un établissement scolaire. Il s’agit du lycée Saint-Exupéry, dont sont originaires une bonne partie des 151 jeunes gens arrêtés. Sur le troisième, la plupart sont de face. La doudoune siglée de l’un, et les trois bandes du jogging de l’autre ancrent la scène dans une réalité très contemporaine – et très familière. L’arsenal du policier au deuxième plan sur la droite remplit la même fonction : nous convaincre que ces photos n’appartiennent pas à l’Histoire. Car la posture imposée aux jeunes relève d’un imaginaire intemporel – et qu’on le veuille ou non, ces images en font resurgir d’autres, plus anciennes, peintures ou photos : celles de l’exécution des Fédérés au cimetière du Père-Lachaise, ou celles de jeunes résistants durant la Seconde Guerre mondiale, par exemple.

«Bend the knee»

Il ne nous échappe pas qu’aucun jeune n’est mort le 6 décembre 2018 à Mantes-la-Jolie, mais si la mémoire collective produit involontairement ces associations, c’est que le vocabulaire de la soumission et de l’humiliation est toujours le même. «Bend the knee», intime Daenerys Targaryen à Jon Snow, dans la série la plus populaire de tous les temps. On plie beaucoup le genou dans Game of Thrones, et si on s’y refuse, on finit généralement très mal – à part Jon Snow, évidemment. Mais GOT se déroule dans un univers fictif de fantasy pseudo médiévale, un univers ultra-violent et a priori très éloigné du nôtre, où il s’agit sans cesse d’imposer sa domination et d’obtenir de l’autre qu’il traduise sa soumission et son allégeance en signes immédiatement intelligibles : mettre genou à terre, courber la tête.

Les images filmées à Mantes-la-Jolie relèvent donc à mon sens d’un anachronisme perturbant, mais il faut croire que l’on trouvera toujours des gens pour en faire s’agenouiller d’autres, au nom du maintien de l’ordre, mais surtout en vertu d’un principe de jouissance beaucoup moins avouable. Car si la vidéo dont elles sont extraites a paru scandaleuse à beaucoup, elle a également suscité une vague de jubilation narquoise : finalement, ils l’avaient bien cherché, ces jeunes, banlieusards de surcroît, qui auraient dû être à l’école au lieu de manifester et de faire brûler des poubelles. C’est cette jubilation narquoise que l’on entend dans la phrase prononcée (sans doute par l’auteur même de ces images), et si la formule a eu un tel succès, c’est probablement aussi parce qu’elle traduit une sorte d’idéal pédagogique – à la fois fantasmatique et réactionnaire. S’il y a des gens pour croire qu’une bonne classe, c’est précisément «une classe qui se tient sage», les enseignants savent que c’est exactement l’inverse.

Une classe, des élèves, ça s’agite, ça remue, ça discute. Une classe dans laquelle on a «figé la situation», pour reprendre les mots d’un représentant de l’UNSA Police, est une classe dans laquelle il ne se passe rien, hormis l’ingurgitation passive de contenus privés de sens. Sans compter que des classes, il n’y en a quasi plus dans les lycées généraux, la réforme Blanquer ayant pulvérisé ce qui relevait somme toute d’un collectif, soit un groupe d’une trentaine de jeunes gens, réunis pour deux ou trois ans, partageant des cours, des enseignants, des horaires, et donc du temps de réflexion, des questionnements et des émotions. Aujourd’hui, par le jeu des options, les élèves de première et de terminale n’appartiennent plus vraiment à des groupes-classes. Ils ont cours tantôt avec certains, tantôt avec d’autres, et se croisent sans avoir le temps de se connaître vraiment.

Répression de plus en plus brutale

Les faits datent de presque trois ans, et le moins qu’on puisse dire, c’est que les classes (enfin, ce qu’il en reste dans les lycées généraux) ne se sont jamais tenues plus sages qu’en ces deux dernières années scolaires, pandémie aidant. On m’objectera que les virus ne relèvent pas d’une intentionnalité humaine, et que personne n’a souhaité confiner la jeunesse, entraver à ce point sa liberté d’action et de mouvement. Certes, mais cela n’enlève pas leur caractère étrangement prémonitoire à ces images. Pour «figer une situation», rien de tel que la maladie, la mort, et les mesures sanitaires que l’on prend pour s’en prémunir. Évidemment, c’est tout le pays (voire tous les pays) que la pandémie a contraint à l’obéissance et à l’immobilité, mais c’est bien le sort fait à la jeunesse qui est le plus préoccupant.

Qu’on la mette à genoux pendant des heures, ou que l’on accepte qu’elle ne puisse plus aller en cours, sortir, voir ses amis, manger dehors, aller danser, j’y vois un effarant continuum de violence et de mépris. On a continué à maltraiter cette jeunesse. On a continué à la préférer «sage», soumise, arrêtée dans ses projets, enrayée dans ses désirs. Et c’est très grave. Car ce n’est pas la même chose d’être confiné à 18 ans et de l’être à 40 ; il est beaucoup plus délétère d’être privé d’émulation, de rencontres et d’échanges imprévus, alors que l’on est un être en pleine mutation et en pleine formation.

Si ces images dérangeantes nous ont finalement trop peu dérangés, elles ont été jugées suffisamment emblématiques pour que le journaliste David Dufresne intitule Un pays qui se tient sage (2020) le documentaire qu’il a consacré aux violences policières, opérant par ce titre un changement d’échelle tout à fait éclairant : si les jeunes des quartiers sensibles subissent quasi quotidiennement ces violences, ils n’en ont pas, ou plus, l’apanage, puisque des manifestations de citoyens lambda, pas forcément jeunes ni issus des banlieues, font l’objet d’une répression de plus en plus brutale. Notons d’ailleurs que dans les jours qui ont suivi l’interpellation des jeunes de Mantes-la-Jolie, la posture qui leur a été imposée a été reprise et mimée par ces manifestants lambda (gilets jaunes, lycéens de tous milieux sociaux…), qui entendaient transformer la posture humiliante en manifestation de solidarité et finalement, en acte d’insoumission.

En ces temps de rentrée scolaire et universitaire, souhaitons-nous de retrouver des classes qui ne soient pas trop «sages», parce que la sagesse qui s’obtient par la coercition et l’humiliation n’a aucune valeur et aucun intérêt. Et souhaitons-nous aussi de retrouver des jeunes que les mesures prophylactiques n’auront pas conditionnés à l’atonie, à l’immobilisme, à l’isolement, au confort apparent du «distanciel» et de ce qu’Alain Damasio appelle la «grande couveuse» ou le «techno cocon» – et dont il a très justement dénoncé le caractère préjudiciable. Une situation figée, ça ressemble quand même furieusement à la mort…

Emmanuelle Bayamack-Tam

Dernier ouvrage paru (sous le pseudonyme Rebecca Lighieri) : Il est des hommes qui se perdront toujours (éd. POL, 2020)

«En présence des images» est une série conçue par la Fondation Evens et LE BAL, en partenariat avec Libération, avec le soutien du ministère de la Culture.

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LE « GRAND REMPLACEMENT » DE LA POPULATION FRANÇAISE. UNE THÉORIE FUMEUSE, ALARMISTE ET DE GUERRE CIVILE

1 Novembre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Sociologie, #Histoire

Que se passe-t-il dans le cerveau du menteur ?

EXTRAIT

HISTOIRE D’UNE NOTION. Asinus asinum fricat. L’âne se frotte aux ânes. Cela promet pour les mois à venir une surenchère dans la tirade haineuse, l’appel à la guerre civile, le raccourci historique depuis que la course à l’échalote a commencé entre le vice-président du Rassemblement National, Jordan Bardella, et le polémiste Eric Zemmour, improbable candidat probable à l’élection présidentielle. C’est depuis la rentée à qui avancera la plus grosse énormité tapageuse sur l’immigration pour pouvoir, l’un, flatter les voix de ses électeurs les plus belliqueux, l’autre, apparaître comme un identitaire pur et dur et les lui dérober. Une joute haute en couleuvres.

Depuis plusieurs semaines, cette escalade tourne autour de la récupération de la théorie complotiste du « grand remplacement » développée par l’écrivain d’extrême-droite Renaud Camus condamné en 2014 pour incitation à la haine raciale, très influencé par les thèses identitaires et antisémites de Maurice Barrés sur « la voix du sang et l’instinct du terroir » et de l’ « action française » de Charles Maurras (qui finit collaborateur). On connaît cette spéculation outrée, reprise par toute l’extrême-droite, qui prétend que la population européenne et française va, dans sa démographie même, être bientôt submergée par l’immigration africaine et maghrébine musulmane – être majoritairement, démographiquement, « remplacée » par une « invasion » bien sûr imprudemment orchestrée par les élites libérales, mondialistes et « islamogauchistes« .

Une thèse extrême, extrémiste, régulièrement battue en brèche par la majorité des démographes, des statisticiens et des historiens, qui n’est pas, malheureusement, sans conséquence. La doctrine du « grand remplacement » a directement inspiré Anders Behring Breivik, l’auteur des attentats d’Oslo et d’Utoya en Norvège le 22 juillet 2011 (77 morts, en majorité des adolescents travaillistes norvégiens jugés complices, 151 blessés), signataire d’un manifeste exaltant le nationalisme blanc, appelant à l’arrêt par des actions violentes de l' »Eurabia « (l’Europe submergée par les arabes). Un texte explicitement repris par le suprémaciste blanc Brenton Tarrant, responsable de l’attaque terroriste des mosquées de Christchurch (Nouvelle Zélande) en mars 2019 (49 morts), lui-même signataire du manifeste « The Great Replacement » où il justifie son acte criminel.

En France même, le groupe identitaire Action des forces opérationnelles (AFO)affirmait sur la page d’accueil de son site Internet « Guerre de France » : « Le grand remplacement est réel, visible partout en France et en Europe. Notre nation s’éteindra sous peu si nous n’y prenons pas garde. Rejoignez les rangs des Patriotes. »...

Treize de ses membres ont été interpellés en juin et juillet 2018, soupçonnés de vouloir empoisonner la nourriture halal dans plusieurs supermarchés pour tuer des musulmans français. Quant à l’OAS, l’Organisation des Armées Sociales (inspirées par l’OAS de la guerre d’Algérie, l’Organisation de l’armée secrète), dont plusieurs membres passaient en justice ces dernières semaines, ils voulaient terroriser les Français d’origine arabe ou africaine, les musulmans, les migrants, en s’attaquant à des restaurants, des mosquées, des épiceries, des marchés de rue,  mais aussi à des personnalités politiques de gauche comme Christophe Castaner ou Jean-Luc Mélenchon.

Leur but affirmé, pousser les « envahisseurs » à quitter d’eux-mêmes la France, provoquer une « remigration » – arrêter le grand remplacement par la terreur; une sortir de djihad à l’envers dans la lignée du groupuscule Génération Identitaire dissous en mars par le ministère de l’intérieur. Il n’est pas un hasard qu’un des membre de cette OAS ai été l’administrateur de la page Facebook « les admirateurs d’Anders Breivik » et de son manifeste. Quant à Rémi Daillet, figure des milieux complotistes et anti-vax de l’ultra-droite, mis en examen à Nancy dans l’affaire de l’enlèvement de la petite Mia, il a été entendu par la DGSI dans le cadre des projets d’attentat du groupuscule d’ultra-droite Honneur et Nation – lui aussi adepte et promoteur de la théorie du « grand remplacement »… N’oublions pas non plus la multiplication des actions violentes de l’extrême-droite notamment à Lyon, comme l’attaque de la libraire libertaire de la Croix Rousse, La Plume noire, ou les menaces physiques contre des activistes des mouvements LGBT… 

Tous  ces projets criminels, ces passages à l’acte par des groupes factieux s’inquiétant d’un « grand remplacement de peuple« , révèlent combien le terrorisme d’extrême-droite devient de plus en plus menaçant en France et en Europe (comme l’assure le Renseignement allemand et français ) – dangereux pendant du terrorisme islamiste. Hélas, depuis l’horrible XXe siècle, l’influence néfaste des idéologies d’exclusion et totalisantes (les « langages totalitaires » comme les appellent Hannah Arendt et Jean-Pierre Faye) et leur rôle moteur dans la violence partisane sont parfaitement renseignés : ce qui interroge la responsabilité de celles et ceux qui les popularisent, des médias qui offrent plateaux et colonnes à leurs  thuriféraires…

Le 25 août, Jordan Bardella, bientôt président du Rassemblement national, ouvre le bal des remplacistes avec un tweet alarmiste – le RN est dans l’alarme permanente jamais la résolution crédible (sortie de l’euro en 2017, retraite à 60 ans aujourd’hui) – assurant sans sourciller que de récentes « données de l’Insee nous confirment ce que nous disons depuis longtemps : l’immigration entraîne un changement de population, inédit dans notre histoire par sa rapidité et son ampleur. Il nous reste peu de temps pour choisir le visage qu’aura demain la France ». C’est la première fois que le RN revendique ouvertement de la théorie du grand remplacement de population – même si Bardella assure que cela fait « longtemps » (en coulisse peut-être, entre « nous »)..

Eric Zemmour, à qui certaines télévisions offrent de façon irresponsable une tribune permanente sans lui tenir la dragée haute, reprend la main à Mirabeau (Vaucluse), invité à s’exprimer par l’entrepreneur Rafik Smati, président du mouvement Objectif France. Il martèle avec le sens de la nuance qui le caractérise, lui qui a été lourdement mis à l’amende de 200000 €  avec la chaine CNews par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) pour des propos racistes outranciers  : « En 2100, nous serons une République islamiqueLe grand remplacement (…) est un processus inéluctable qui, si on ne l’arrête pas, nous emportera tous. » 

(...)

Frédéric Joignot

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Quelques idées reçues l’école battues en brèche par un historien de l’éducation - Par Lucien Marboeuf

31 Octobre 2021 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Histoire

L'École d'aujourd'hui à la lumière de l'Histoire Contre-vérités et  surprises - broché - Claude Lelièvre - Achat Livre ou ebook | fnac

EXTRAITS

Dans leur livre « A nous le français ! » (voir le post précédent), les linguistes Maria Candea et Laélia Véron déconstruisaient les clichés et idées reçues sur la langue, nous invitant à nous émanciper. Dans « L’école d’aujourd’hui à la lumière de l’histoire », l’historien de l’éducation Claude Lelièvre nous propose de prendre du recul sur les représentations que nous avons de l’école. En multipliant les sources historiques, Lelièvre vient bousculer la vision dominante sur les fondamentaux, sur Jules Ferry, sur la pédagogie, le bac, les notes, les vacances…

Impossible de tout aborder ici, ce qui suit est donc un condensé de notes prises au fil de la lecture.

Fondamentaux : Jules Ferry voulait affranchir l’école primaire du « Lire, écrire, compter »

Dans l’imaginaire collectif, l’école de Jules Ferry est centrée sur les fondamentaux. Or, Ferry n’a de cesse de promouvoir « tous ces accessoires auxquels nous attachons tant de prix, que nous groupons autour de l’enseignement fondamental et traditionnel du "lire, écrire, compter" : les leçons de choses, l’enseignement du dessin, les notions d’histoire naturelle, les musées scolaires, la gymnastique, les promenades scolaires, le travail manuel, le chant, la musique chorale. Pourquoi tous ces accessoires ? Parce qu’ils sont à nos yeux la chose principale, parce que ces accessoires feront de l’école primaire une école d’éducation libérale. Telle est la grande distinction, la grande ligne de séparation entre l’ancien régime, le régime traditionnel, et le nouveau ».

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La baisse du niveau en orthographe, 1830

Claude Lelièvre rapporte cette remarque du ministre de l’instruction publique datant de 1830 : « Nous avons quelquefois reçu des lettres ou des réclamations d’individus pourvus du grade de baccalauréat, et dont le style et l’orthographe offraient la preuve de la plus honteuse ignorance ».

Puis, en 1886 : « l’orthographe des étudiants en lettres est si défectueuse que la Sorbonne s’est vue réduite à demander la création d’une nouvelle maitrise de conférence, dont le titulaire aurait pour principale occupation de corriger les devoirs de français des étudiants de la faculté de lettres ». On le voit, le niveau baisse depuis un bon moment déjà…

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Les « hussards noirs » n’étaient pas des instituteurs

Alors qu’il est si souvent fait référence à ces fameux « hussards noirs » pour désigner ces instituteurs dévoués à l’enseignement républicain, Claude Lelièvre nous apprend que l’expression, signée Charles Péguy, ne désignait en réalité pas du tout les instituteurs (qui n’ont jamais porté d’uniforme, noir ou autre) ! Péguy utilise ce mot pour désigner les normaliens de l’époque, alors que lui-même était élève de l’école annexe de l’école normale primaire du Loiret : « Un long pantalon noir, avec un liseré violet. Un gilet noir.  Une longue redingote noire, bien droite, bien tombante ; mais deux croisements de palmes violettes aux revers. Cet uniforme civil était une sorte d’uniforme militaire […]. Quelque chose comme le fameux cadre noir de Saumur […]. Porté par ces gamins qui étaient vraiment les enfants de la République. Par ces jeunes hussards noirs de la République. Par ces nourrissons de la République. Ils avaient au moins quinze ans ».

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Lucien Marboeuf

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L’École et la République des chefs : 1. le fiasco de la « troisième voie »

31 Octobre 2021 , Rédigé par Médiapart Publié dans #Education

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EXTRAITS

Comment interpréter la longévité exceptionnelle de Jean-Michel Blanquer pour un ministre de la Ve République ? Intelligence visionnaire en matière de politique scolaire ? Homme providentiel pour « réformer le mammouth » ? Autres explications ? Pour commencer à répondre, prenons le temps d'examiner sa stratégie de la « troisième voie », formulée avant et après sa prise de fonction.

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La stratégie de la « troisième voie » pour l’École

Étonnamment, en matière d’intelligence visionnaire, les commentateurs, en général favorables au ministre, n’ont pas fait montre d’une grande curiosité pour une thématique « stratégique » développée par le ministre dès avant son intronisation. D’après lui, « l’École de France » se devait d’adopter une « troisième voie » pour réussir son « rebond », après des décennies de déclin, mesuré par plusieurs tests comparatifs internationaux dont PISA est le plus connu. Cette notion de « troisième voie » fut reprise également, comme on va le voir, dans le discours d’Emmanuel Macron sur l’École.

Il est donc légitime d’essayer de comprendre ce que cette « voie » a pu signifier en termes de lucidité stratégique de la part d’un ministre qui a eu l’habileté à deux reprises d’agrandir son domaine de gouvernance à la Jeunesse puis aux Sports, lors des remaniements gouvernementaux. Cette vision d’une « troisième voie » a-t-elle servi de boussole à des mesures ministérielles au cours du quinquennat ou n’a-t-elle été qu’un storytelling d’habile « réformateur » qui dissimule ses mesures autoritaires et ses coupes budgétaires sous le voile d’un discours œcuménique ?

Dans L’Ecole de demain (Odile Jacob, p.9), son livre programmatique de 2016, Jean-Michel Blanquer a esquissé sa stratégie de la « troisième voie » : « […] plusieurs pays, en Asie notamment, obtiennent de très bonnes performances éducatives en misant sur une certaine rigueur pédagogique. Par ailleurs, d’autres pays au nord de l’Europe mais aussi sur le continent américain, réussissent parce qu’ils ont su promouvoir l’épanouissement de l’enfant et une certaine ‘modernité pédagogique’. »

Il conclut ce propos qu’on peut qualifier de « comparatiste » (puisqu’il met en regard les systèmes scolaires de plusieurs pays) en affirmant qu’une « confluence de ces deux modèles de réussite, que l’on a tendance à opposer » est possible en France pour « dessiner un modèle éducatif équilibré, mélange réussi de tradition et modernité, d’épanouissement et de rigueur, d’effort et de liberté. » Trois ans plus tard, dans un discours repris dans un livre (Préparer les petits à la maternelle, Odile Jacob, p.16), Emmanuel Macron exprime la même idée : « […] la France est en mesure de s’engager dans une troisième voie éducative : celle qui sait concilier l’exigence cognitive qu’on observe par exemple dans les pays asiatiques et l’exigence affective que l’on voit s’exercer dans les pays du Nord de l’Europe. ».

Pour comprendre ce que recouvre cette thématique de la « troisième voie », décortiquons ces extraits et interrogeons leur sens.

Donc « une certaine rigueur pédagogique », affirme-t-on, produit de « très bonnes performances éducatives ». On ne sait au juste de quelle rigueur il est question. Est-ce un niveau d’exigence à atteindre ou une forme particulière de pédagogie à pratiquer, comme dans les « pays asiatiques » où le bachotage pour réussir aux tests est généralisé ? Il est à noter aussi que les performances obtenues sont explicitement qualifiées d’« éducatives » et non pas rapportées au seul « scolaire ».

On peut penser qu’il s’agit là d’une allusion implicite à la supposée prédisposition des « Asiatiques » à la « discipline ». Par ailleurs, « une certaine ‘modernité pédagogique’ » produit aussi de la réussite en promouvant « l’épanouissement de l’enfant ». On ne dispose pas d’éléments permettant de savoir pourquoi la modernité pédagogique est entourée de guillemets. S’agit-il de contester la nature même de cette « modernité » ou bien de prendre du recul avec une expression proche de l’oxymore selon son auteur dans la mesure où la recherche de l’épanouissement de l’enfant serait en quelque sorte contraire à la bonne « pédagogie » faite de tradition et de rigueur ?

À l’heure où la pensée binaire est constamment vilipendée pour son manichéisme et son inaptitude à penser la complexité, comment donc comprendre cette volonté de synthèse entre des voies mises en opposition ? Dans un premier temps, les propos des tenants de la « troisième voie » mettent en scène des oppositions binaires : entre « rigueur » et « modernité » à propos de la pédagogie, entre « performances éducatives » et « épanouissement de l’enfant » à propos de la réussite des systèmes scolaires.

On discerne ici le vieux dualisme entre « tradition/rigueur/effort » et « modernité/épanouissement/liberté », qui depuis au moins deux siècles structure la vision conservatrice.

Mais une pensée conservatrice qui serait gagnée par la tentation de s’ouvrir au pôle opposé. Car si la « modernité » est bien mise en opposition à l’effort (c’est-à-dire au travail !) ou à la rigueur (au sens de la discipline ou de la rigueur intellectuelle), comme il est de coutume du point de vue conservateur, la tradition est quand même mise explicitement en opposition à l’épanouissement et à la liberté, ce qui est peu flatteur pour des tenants déclarés du « libéralisme » !

(...)

Au moment où la politique ministérielle prétend se sourcer à la science avec un grand S, plutôt qu’à l’idéologie, elle gagnerait donc en crédibilité à ne pas reprendre des stéréotypes ethnoculturels pour le moins éculés, bien qu’ils permettent d’être facilement entendu par des cadres de l’Etat ou des élus locaux éloignés de ces problématiques, comme d’une large partie de l’opinion publique qui partage ces stéréotypes.

Si l’on examine les principaux axes de la politique scolaire de l’actuel quinquennat, on peine à trouver des mesures qui puissent d’ailleurs incarner l’équilibre et la synthèse annoncés. L’impression d’ensemble est plutôt que la tradition et la « rigueur pédagogique » (au sens hiérarchique) sont les mots d’ordre dominants au primaire, comme l’attestent l’extrême focalisation sur les « fondamentaux » et notamment avec ladite « méthode syllabique » de lecture au CP.

Que l’épanouissement individuel et la liberté ont été davantage des éléments de langage accompagnant la réforme du lycée d’enseignement général et technologique que des leviers pour mettre fin au traitement différencié des trajectoires sélectives qui prennent d’autres voies que les anciennes filières sont remplacés par des choix judicieux, réservés aux initiés, dans les cocktails gagnants des enseignements de spécialité qui permettent d’accéder aux filières élitaires de l’enseignement supérieur.

Le lycée professionnel est maintenu dans sa seconde zone, bien à l’écart, comme à l’habitude, considéré souvent comme un sas coûteux retardant l’entrée sur le marché du travail. Et les quatre années de collège qui précèdent les tests PISA sont restés dans un no man’s land qu’on ne saurait positionner entre les deux voies évoquées.

Philippe Champy

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