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Vivement l'Ecole!

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Les « écoles du futur » de Marseille, fragile outil face aux inégalités scolaires

28 Juin 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Comment Emmanuel Macron a fait de Marseille sa destination fétiche | Le  HuffPost

EXTRAITS

L’expérimentation menée dans la ville des Bouches-du-Rhône doit être généralisée sur le plan national. Mais elle est loin d’avoir encore fait ses preuves.

Analyse. A peine commencée, déjà généralisée. Emmanuel Macron a surpris la communauté éducative en annonçant, le 2 juin, lors d’un déplacement avec son nouveau ministre de l’éducation nationale, Pap Ndiaye, l’extension nationale de l’expérimentation « école du futur » conduite depuis quelques mois à Marseille. La décision de généraliser l’expérience intervient alors que les 59 écoles qui y participent sont, pour la plupart, encore dans une phase d’élaboration, avant une mise en œuvre effective à partir de la rentrée, et qu’il est difficile d’en mesurer l’impact sur la réussite des élèves. Preuve, s’il en est, que le tempo éducatif ne correspond pas au tempo politique.

L’expérimentation est présentée par le chef de l’Etat comme une manière d’accorder « plus d’autonomie » aux équipes pédagogiques plutôt que comme un programme de lutte contre les inégalités, alors que le système éducatif français peine à les réduire. L’initiative marseillaise ​​dresse néanmoins des lignes de force – et de faiblesse – du « changement de méthode » promis par Emmanuel Macron pour son second quinquennat.

Dans une institution telle que l’éducation nationale, souvent qualifiée de verticale et centralisatrice, renverser les perspectives et partir des besoins exprimés par le terrain sonne, il est vrai, déjà comme une rupture. Les écoles volontaires ont eu toute liberté pour proposer le projet de leur choix autour de quelques thèmes prédéfinis : les langues, le sport, la culture, l’environnement… Elles se sont, le plus souvent, inspirées d’idées déjà dans les tiroirs, mais qui n’ont pas pris vie, faute de financement.

(...)

L’expérimentation concerne in fine un élève de primaire sur huit à Marseille. Il s’agit ici de mettre en place un laboratoire de mathématiques pour les élèves de maternelle, là d’adapter les apprentissages au rythme de chaque élève en décloisonnant les classes, ailleurs de développer les enseignements en anglais. Une manière d’apprendre autrement et de prendre en compte l’enfant dans sa globalité.

(...)

Risque d’une fracture

Laisser l’initiative aux projets locaux tout en généralisant l’expérimentation à l’échelle nationale relève d’une gageure pour une institution centralisée. A Marseille, le budget de 2,5 millions d’euros alloué à l’expérimentation a été réparti entre les 59 écoles, en fonction de leurs demandes et non d’enveloppes prédéterminées. Le ministère de l’éducation nationale travaille à la création d’un fonds spécifique pour 2023, en partie délégué aux académies « pour être au plus près du terrain ». Entre-temps, l’appel à projets « innovation de la forme scolaire », lancé dans le cadre de France 2030, doit permettre de faire émerger des projets au-delà de Marseille.

Comment dès lors conjuguer ces moyens alloués sur la base du volontariat et la politique d’éducation prioritaire ? Comment garantir de donner plus à ceux qui ont moins pour rétablir une équité de traitement, alors que le système scolaire français ne comble pas les inégalités de naissance ? A Marseille, 80 % des projets « école du futur » relèvent de l’éducation prioritaire. Depuis plus de quarante ans, cette politique a été conçue pour donner des moyens aux établissements qui concentrent les élèves les plus défavorisés, selon une carte, certes imparfaite, mais établie nationalement. « La lutte contre les inégalités part d’initiatives de terrain au plus près des élèves, mais doit relever d’un Etat central qui fixe le cadre et oriente les moyens », défend Marc Douaire, le président de l’Observatoire des zones prioritaires.

(...)

Comment cela se passera-t-il avec la généralisation ? Nul ne le sait encore. Mais le risque d’une fracture entre les enseignants volontaires et les réfractaires est réel. Or, sans la participation d’au moins une partie significative de la communauté éducative, cette politique fondée sur la mobilisation de terrain ne permettra pas au système dans son ensemble de réduire les inégalités. Susciter l’adhésion n’est pas le moindre des défis qui attend Pap Ndiaye, chargé de mettre en musique la volonté présidentielle.

Sylvie Lecherbonnier

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Orthographe : pourquoi le niveau baisse-t-il ?

28 Juin 2022 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education, #Orthographe

Orthographe : pourquoi le niveau baisse-t-il ?
Orthographe : pourquoi le niveau baisse-t-il ?
Christophe Benzitoun, Université de Lorraine

Ces temps-ci, on entend parler du thème de la baisse alarmante du niveau en orthographe chez les étudiants et plus largement des difficultés que rencontrent les élèves en français. Mais cela fait bien longtemps que l’on déplore en France l’absence de maitrise de l’orthographe. En guise d’illustration, dans un article rédigé en 1993 par le linguiste Jean-Marie Klinkenberg sur le thème récurrent de la Crise du français, l’auteur mentionne une citation de Nicolas Audry datant du XVIIe siècle :

« Il est ordinaire de trouver des rhétoriciens qui n’ont aucune connaissance des règles de la langue française, et qui en écrivant pèchent contre l’orthographe dans les points les plus essentiels. »

Et il arrive souvent que ce constat prenne la forme d’une dénonciation de la baisse du niveau. La commission ministérielle d’études orthographiques, présidée par Aristide Beslais, a rédigé un rapport en 1965 en vue d’une réforme de l’orthographe commençant en ces termes :

« De toutes parts, dans les administrations comme dans l’enseignement, on se plaint de la dégradation rapide de l’orthographe. Au cours de la période d’information qui a précédé la création de la Commission, aucune des personnalités consultées n’a contesté ce fait, que confirment les statisticiens. »

On le voit, le thème de la baisse du niveau ne date pas d’hier, y compris de la part d’instances officielles. Mais est-ce vrai que le niveau en orthographe baisse ? Et si oui, depuis quand ?

L’orthographe en baisse

Un premier ouvrage paru en 1989 a montré que le niveau orthographique en contexte scolaire avait augmenté entre la fin du XIXe siècle et la fin du XXe siècle. Une autre étude, publiée en 1996, a quant à elle mis en évidence une baisse du niveau en orthographe entre les élèves des années 1920 et ceux de la fin du XXe siècle. On peut donc émettre l’hypothèse d’une forte augmentation du niveau pendant quelques décennies avant une régression progressive au cours du XXe siècle.

Enfin deux études sont venues compléter ce tableau. Un ouvrage en 2007 et une note du service de statistiques du ministère de l’Éducation nationale en 2016. Le constat est sans appel : entre 1987 et 2005, les élèves ont perdu 2 années, c’est-à-dire que ceux de 5e de 2005 ont le même niveau que leurs camarades de CM2 de 1987. Et l’étude de 2016 est venue confirmer le caractère continu de cette baisse. On peut donc raisonnablement dire que le niveau baisse depuis au moins une cinquantaine d’années en contexte scolaire. La cause de cette situation est connue et dénoncée par des linguistes depuis plus d’un siècle : c’est l’orthographe elle-même.

La « faute » de l’orthographe ?

Depuis la fin du XIXe siècle, des linguistes alertent sur la nécessité de réformes régulières de l’orthographe afin de l’adapter à son temps. Historiquement, nous savons que le choix fait par l’Académie française est celui d’une orthographe élitiste réservée à une poignée de personnes. Mézeray, le secrétaire perpétuel de l’époque, l’a explicitement écrit :

« L’Académie déclare qu’elle désire suivre l’ancienne orthographe qui distingue les gens de lettres d’avec les ignorans et les simples femmes. »

À l’époque où ce choix a été fait, la langue française écrite s’apprenait à partir du latin. Toutefois, dès les premières tentatives de standardisation, il y a eu de fortes oppositions et certains grammairiens souhaitaient une plus grande régularité et une proximité plus importante avec la langue orale.

Avec les lois Ferry votées en 1881-1882 instituant l’école gratuite et l’instruction primaire obligatoire et laïque, il apparait clairement que l’orthographe française n’est pas adaptée à ce nouveau contexte. Les siècles précédents, l’Académie française a commencé à la régulariser mais sans mener le projet à son terme, ce qui explique la persistance d’anomalies. Nous avons conservé peu ou prou une orthographe élaborée pour une élite dans un contexte où il s’agissait de l’enseigner à tous. Nous sommes donc passés d’une infime partie d’experts en orthographe à une myriade d’amateurs, sans avoir au préalable adapté l’orthographe.

Conscients du désastre qui s’annonce, des linguistes engagent dès cette époque des campagnes pour faire adopter une réforme de l’orthographe, mais en vain. Ce procédé se répétera à plusieurs reprises, parfois à la demande d’associations d’enseignants, de sociétés savantes, de ministres ou de l’Académie des Sciences comme dans les années 1950, mais en vain. Dès lors, aucune réforme significative n’a été appliquée et l’orthographe française nécessite un temps d’apprentissage considérable.

Bon an mal an, une partie des élèves ont eu un niveau convenable durant quelques décennies, mais cela se faisait au prix d’un très grand nombre d’heures et au détriment d’autres compétences comme la rédaction. Ainsi, on faisait de quelques élèves des virtuoses de la dictée, sans pour autant leur apprendre à rédiger des textes personnels. Et seuls les meilleurs en dictée étaient présentés au certificat d’études vers l’âge de 12-13 ans avec, par voie de conséquences, des résultats appréciables. Les autres élèves (la majorité) arrêtaient leurs études à cet âge.

Cependant, avec la réduction du temps scolaire (de 1338 heures par an au début du XXe siècle à 864 heures aujourd’hui et la diversification des matières enseignées, le niveau a régulièrement baissé. Il faut ajouter à cela, plus récemment, une nouvelle révolution de l’écriture (comparable à l’imprimerie) avec l’arrivée d’internet et des dispositifs de conversations par écrit, qui a changé le statut de l’écrit. Il n’y a jamais eu autant de personnes capables d’écrire et de lire qu’aujourd’hui, ce qui montre que l’école remplit son rôle. Pour autant, une mauvaise orthographe représente un handicap social important dans la société contemporaine.

Nous avons donc devant nous un défi historique : faire, enfin, de la démocratisation de l’orthographe une réalité. Or, sans intervenir sur l’orthographe elle-même, cet objectif restera une chimère. Le travail colossal d’André Chervel, linguiste et historien de l’enseignement, couronné par le prix Guizot de l’Académie française en 2007, l’a très bien montré. Il faut choisir entre, d’un côté, une orthographe réservée à une élite de plus en plus réduite, une discipline de luxe, jouant le rôle sélectif autrefois dévolu au latin, ou une orthographe pour tous. L’amélioration des méthodes d’enseignement, même si celles-ci sont prometteuses, ne suffira pas à elle seule à venir à bout de ce problème séculaire.The Conversation

Christophe Benzitoun, Maitre de conférences en linguistique française, Université de Lorraine

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Rattraper les arrêts de maladie ? L'incompréhension des enseignants après la proposition de Pap NDiaye

27 Juin 2022 , Rédigé par bfmtv Publié dans #Education

À Marseille, Emmanuel Macron et son ministre de l'Éducation Pap Ndiaye vont  visiter « l'école du futur »

Dans Le Parisien dimanche, le nouveau ministre de l'Éducation nationale s'est prononcé pour qu'un professeur puisse s'emparer des heures d'un collègue absent et qu'à son retour, celui-ci compense en rattrapant le temps perdu sur l'emploi du temps du premier. Organisations syndicales et enseignants y voient la menace d'une dégradation de leurs conditions de travail, voire une solution impraticable.

Recrutement de contractuels, revalorisations salariales des enseignants débutants. Dans Le Parisien dimanchePap NDiaye, ministre de l'Éducation nationale, a dit son intention de multiplier les initiatives pour s'assurer qu'il y ait "un prof devant chaque classe" à la rentrée. Il a aussi abordé le sujet des absences de moins de quinze jours non-remplacées, proposant un système de compensations des heures entre collègues. Une solution qui n'en serait pas une selon les principaux intéressés qui dénoncent une fausse piste, aussi impraticable que menaçante pour leurs conditions de travail.

Un échange de bons procédés ?

Au moment de faire son exposé devant Le Parisien, Pap NDiaye a d'abord posé:

"Il faut réfléchir à la meilleure manière de faire que les absences - qui sont légitimes - soient compensées."

"Nous voulons faire en sorte qu'une absence du professeur d'histoire-géographie par exemple soit compensée par, disons, son collègue de français. Mais attention, pas pour que le professeur de français fasse de l'histoire-géographie! Il utilisera ces heures pour faire une double dose de français, et quand le collègue d'histoire-géo reviendra, il compensera en prenant sur les heures de français."

Le scepticisme enseignant

Un échange de bons procédés apparent qui ne convainc pas les enseignants à ce stade. Sur Twitter dimanche, Françoise Cahen, professeure de lettres à Alfortville dans le Val-de-Marne, s'est étonnée d'une "idée bizarre". La suggestion est en effet baroque à double titre selon elle. "Déjà pour une raison technique d'emploi du temps: nous avons cours avec d'autres classes pendant les cours de nos collègues absents", a-t-elle souligné, avant de déplorer avec une forme d'amertume:

"Si quelqu'un est malade en France, quel que soit son travail, personne ne lui demande de rattraper ses heures..."

Côté syndical, le SNUEP-FSU - qui représente les professeurs de l'enseignement professionnel public - a adopté un ton plus offensif. Après avoir mis en exergue les propos du ministre, l'organisation a ainsi fustigé:

"Monsieur le ministre, il faut recruter des enseignantes et des enseignants formés et qualifiés. Et non pas dégrader les conditions de travail".

Au cours du même entretien, Pap NDiaye a dit sa volonté de "renouer un dialogue sincère et respectueux qui s'était distendu ces dernières années" entre la rue de Grenelle et "les organisations syndicales et la communauté enseignante". À en juger par les réactions suscitées par cette feuille de route, l'affaire n'est pas encore gagnée.

Robin Verner

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Pap Ndiaye promet une « évaluation mensuelle » des atteintes à la laïcité en milieu scolaire à la rentrée

27 Juin 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Laicité

Pap Ndiaye promet une « évaluation mensuelle » des atteintes à la laïcité en milieu scolaire à la rentrée

EXTRAITS

(...)

L’absence de chiffrage récent interrogeait. Dimanche 26 juin, le ministère de l’éducation nationale a communiqué le nombre d’atteintes à la laïcité, entre décembre 2021 et mars 2022, qui lui ont été signalées, relançant l’exercice du bilan trimestriel auquel s’était engagé Jean-Michel Blanquer.

Ce recensement, nourri des alertes données par les directeurs d’école et les chefs d’établissement, fait état de 627 situations problématiques déclarées, la moitié émanant de collèges (50 % exactement), l’autre moitié de lycées et d’écoles (respectivement 28 % et 22 %). C’est 9 signalements de moins que lors du précédent bilan divulgué, début décembre 2021, par l’institution, qui insiste, à ce stade, sur une « stabilisation » des faits.

(...)

... port de signes ou de tenues jugées non conforme à la loi de 2004 (proscrivant, dans les établissements publics, le port de signes religieux ostentatoires). Avec 139 faits, cette catégorie « devient majoritaire », écrit le ministère dans un communiqué diffusé dimanche, et représente 22 % des signalements (+7 points). Devant, par exemple, les refus d’activités scolaires (8 %) ou les contestations d’enseignements (10 %), deux catégories qui sont, elles, en baisse de deux points chacune.

On est loin de l’« épidémie » de « tenues islamiques » évoquée par le journal L’Opinion, le 2 juin, expression qui avait fait réagir, ce même jour, le chef de l’Etat, interpellé lors d’un déplacement à Marseille.

(...)

... à partir de la rentrée, le ministère publiera mensuellement le bilan de l’action des équipes « valeurs de la République », ces référents déployés partout sur le terrain pour venir en appui aux établissements. Le nouveau locataire de la rue de Grenelle, Pap Ndiaye, s’y est engagé dans l’entretien donné au Parisien dimanche : « J’ai décidé d’avoir une évaluation mensuelle à partir du mois de septembre plutôt que trimestrielle, pour avoir moins d’attente sur ces chiffres », y explique le ministre, suspecté, notamment à droite et à l’extrême droite, de ne pas rendre publiques ces données.

« Les chiffres bruts ne disent pas tout, réagit Remy-Charles Sirvent, porte-parole du Comité national d’action laïque (CNAL), une instance qui réunit l’UNSA-Education, la Ligue de l’enseignement et la fédération de parents FCPE. Ils sont par exemple aveugles aux réactions des équipes éducatives et aux solutions apportées. » Selon une enquête menée par le CNAL en 2018, dans le cas précis des entorses à la loi de 2004, la quasi-totalité des situations (98 %) ont pu trouver une résolution grâce au dialogue entre les parties impliquées.

Mattea Battaglia

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Face à la pénurie de profs, l’Education nationale reine du bricolage

26 Juin 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Focus sur les chiffres 2019 du Marché Français du Bricolage

Le manque d’enseignants est plus critique que jamais, mais l’institution ne peut se permettre de laisser trop d’élèves sans instruction. Alors elle cherche des solutions, jusqu’à parfois retenir des volontaires au départ contre leur gré.

L’Education nationale peine plus que jamais à recruter des enseignants, l’affaire est entendue. Les résultats d’admission au Concours de recrutement de professeurs des écoles (CRPE) tombés cette semaine le confirment : dans certaines académies, il y a moins d’admis que de postes, et parfois beaucoup, beaucoup moins. Il en manque 11 dans l’académie de Grenoble, 14 dans celle de Nancy-Metz, 62 à Paris, mais surtout 660 à Créteil et 1 006 à Versailles. En lycée, le Capes de sciences économiques et sociales n’a pas non plus fait le plein : seuls 102 candidats ont été retenus, pour 121 postes disponibles. Les résultats des Capes de mathématiques, pour lequel il y avait déjà moins d’admissibles (donc pas encore admis) que de places, et qui tomberont début juillet, ne devraient pas être plus reluisants. A la rentrée prochaine, il manquera donc des enseignants devant les élèves, une situation certes pas nouvelle mais qui n’a jamais été aussi critique.

Le mammouth, toutefois, ne compte pas se laisser abattre : à l’échelle nationale ou académique, des solutions sont trouvées pour ne pas laisser des enfants et adolescents sans enseignement. Solutions souvent décriées par les professeurs, qui appellent inlassablement à une revalorisation profonde et pérenne de leur métier, tant au niveau de la rémunération que des conditions de travail et de l’image. Tour d’horizon.

Des remplaçants en visio

Il n’est pas toujours aisé de trouver des professeurs contractuels pour assurer des remplacements dans les zones rurales et isolées de l’académie de Nancy-Metz. Avaler des dizaines de kilomètres en voiture coûte du temps et, de plus en plus, de l’argent. Le rectorat a donc eu une idée : embaucher des remplaçants… en visio. Sept personnes sont en cours de recrutement pour la rentrée prochaine à cet effet. Sept enseignants titulaires qui seront chacun affilié à un collège ou un lycée «le plus proche possible de leur domicile», depuis lequel ils assureront des cours face caméra, avec du matériel fourni par l’Education nationale. Les élèves dont le professeur habituel est absent seront, eux, réunis dans leur salle, supervisés par un assistant d’éducation.

«Il y a des professeurs qu’on n’arrive pas à remplacer. C’est un peu comme trouver un médecin dans une zone rurale, indique le rectorat. On préférerait vraiment, vraiment, avoir un professeur devant les élèves. C’est le dernier recours si on ne trouve personne d’autre.» Ces sept enseignants (de maths, allemand, anglais, français, histoire-géographie et, en lycée professionnel, lettres/histoire et maths/sciences) couvriront des remplacements de sept semaines maximum.

Le rectorat envisageait initialement d’ouvrir davantage de postes dans cette «brigade numérique de remplacement», mais les syndicats ont mis le holà. «Nous sommes à 100% pour un enseignement en présentiel, parce qu’on a tous vécu cette expérience [du distanciel] à pas forcés pendant le confinement. On a eu divers soucis techniques, des intrusions dans les visios, des élèves qui décrochaient et avaient du mal sans présence physique…» alerte Patrik Wallbom, secrétaire général du SE-Unsa dans l’académie de Nancy-Metz. Sans compter qu’il n’est pas forcément passionnant pour un professeur de faire cours face à son ordinateur. D’ailleurs, à ce jour, seuls quatre postes ont été pourvus, alors que le dispositif a été annoncé au mois de mars. «Dans notre académie, il y a eu 495 suppressions de postes d’enseignants sous Blanquer, et ensuite on nous explique qu’on a des difficultés pour remplacer», s’agace Bruno Henry, secrétaire général du Snes-FSU dans la même académie. L’expérimentation doit durer deux ans au maximum et sera soumise à l’évaluation d’un conseil de surveillance dans lequel siégeront les partenaires sociaux.

Empêcher les départs

«J’enchaîne les nuits blanches, au téléphone avec vous je n’ai qu’une envie c’est de pleurer, je compte les jours jusqu’à la fin de l’année. Je ne pourrai pas reprendre en septembre. Vraiment, je n’en peux plus.» Le mal-être de Rafael (1) est indubitable. Depuis un an et demi, ce professeur de langues vivantes dans l’académie de Versailles est suivi par un psychologue et a été arrêté cinq semaines à cause d’un syndrome anxio-dépressif réactionnel. «J’ai repris contre l’avis du médecin parce que, financièrement, ça devenait très compliqué», confie celui qui, à temps partiel (80%), touche 1 700 euros par mois et habite à Paris. Le premier confinement l’a essoré, puis des problèmes de violence entre élèves, d’accusations mensongères contre lui et d’insultes homophobes face auxquelles sa hiérarchie ne l’a pas soutenu ont fini de le dégoûter. «Quand l’heure de cours commence, je n’attends qu’une seule chose, c’est qu’elle se finisse au plus vite», dit-il. Sa décision est prise : il désire se reconvertir dans le marketing digital. Problème : l’Education nationale ne semble pas prête à le laisser partir.

Rafael a formulé une demande de rupture conventionnelle, comme la loi le permet aux agents de la fonction publique depuis 2020. Au cours de son entretien au rectorat, «ils m’ont expliqué qu’on était en sous-effectif d’enseignants, que l’Education nationale avait beaucoup investi en moi donc il fallait bien que ça rapporte, raconte cet homme de 29 ans, dont six comme professeur. Je peux entendre qu’on soit en sous-effectif, mais ce n’est pas de ma faute».

Les «départs définitifs volontaires» – démissions et ruptures conventionnelles – des enseignants du public ne cessent d’augmenter : de 364 en 2008-2009, ils sont passés à 2 286 en 2020-2021. Une paille au regard du bataillon de professeurs que compte l’Education nationale : 0,05% de l’effectif en 2008-2009, 0,32% l’an passé. Il n’empêche, le chiffre augmente. Mais, surtout, il ne dit rien de toutes les demandes non satisfaites, de ces professeurs qui veulent partir, ou même obtenir un temps partiel ou une disponibilité, mais que l’on retient contre leur gré. Contacté par nos soins, le ministère affirme ne pas connaître le nombre de demandes de démissions et ruptures conventionnelles rejetées. L’association Aide aux profs, spécialisée dans l’accompagnement des enseignants qui veulent se reconvertir, les évalue, elle, à «80-85%».

Un même argument est souvent opposé à ceux qui ont des velléités de départ : l’Education nationale manque de bras et ne peut pas se permettre d’en perdre encore. «En entretien, on leur dit que s’ils vont dans le privé, ils vont perdre des vacances, s’ils veulent créer leur entreprise on leur sort les chiffres de toutes celles qui se cassent la figure… C’est totalement démoralisant», constate Rémi Boyer, président d’Aide aux profs.

A Nice, Jérôme Sandor, professeur des écoles de 45 ans, souhaite se reconvertir dans le théâtre. Son projet est bien ficelé, il a même des promesses d’embauche. «J’ai une fatigue professionnelle. Et puis ce que devient l’école ne me donne pas envie de continuer là-dedans. Ça ressemble de plus en plus à une gestion privée», juge-t-il. En début d’année, il a fait sa demande de rupture conventionnelle, plus intéressante que la démission car elle donne droit à des indemnités. En entretien, il s’est vu répondre que «l’Education nationale n’[avait] aucun intérêt à laisser partir des enseignants formés». Plus officiellement, le courrier de refus qu’il a reçu par la suite expliquait que, «en raison de la rareté de la ressource enseignante dans le département», sa demande était refusée.

En Seine-Saint-Denis, Rima (1) aussi s’est pris un mur. Après «trois, quatre ans» de sérieuse réflexion pour s’assurer qu’elle voulait réellement quitter l’Education nationale, elle a demandé une rupture conventionnelle, en janvier. «J’ai une certaine lassitude, une certaine fatigue, je suis moins épanouie. A partir du moment où je n’ai plus la même motivation, je suis moins performante. Et je sens que je manque de patience avec les enfants. Je veux le meilleur pour eux, donc il faut savoir s’arrêter», défend cette professeure des écoles de 44 ans. Réponse du rectorat : son projet de se lancer dans le soutien scolaire, privé, présente un «conflit d’intérêts» avec sa position de fonctionnaire. Elle reboutique son projet, en accord avec les réserves de ses interlocuteurs. Nouveau refus. «Je pense que c’est plus une nécessité de service et qu’ils veulent me garder», affirme-t-elle.

Pour Jérôme Sandor comme pour Rima, l’association Aide aux profs est montée au créneau, en faisant des recours auprès du rectorat, en sollicitant le cabinet du ministre de l’Education. Sans succès pour l’heure. Rémi Boyer a l’habitude de procéder ainsi. «En général, sur cinq recours, trois sont acceptés. Je parlemente, je négocie. On a l’impression qu’on leur arrache les dents, une par une», regrette-t-il. Rafael, lui, n’est pas accompagné. Il est persuadé qu’on lui refusera la rupture conventionnelle. Et, faute d’argent, il ne peut se permettre de démissionner. «Ce n’est pas par plaisir que je fais ça. J’ai besoin de changer de métier», souffle-t-il.

Confier des classes à des étudiants

«La crise de recrutement fait qu’ils sont totalement aux abois et ils trouvent des gens où ils peuvent», tacle Nathalie Faivre, secrétaire générale du Snes-FSU dans l’académie de Besançon. A partir de la rentrée prochaine, dans son académie comme dans celle de Toulouse, des étudiants auront en charge, de façon autonome, six heures de cours par semaine dans les collèges et les lycées. Pas n’importe quels étudiants, mais ceux engagés dans leur troisième année de pré-professionnalisation, un contrat qui leur permet de découvrir petit à petit le métier d’enseignant en assumant de plus en plus de tâches, accompagnés par un tuteur, et moyennant rémunération (entre 707 et 980 euros).

Jusqu’alors, ces étudiants en première année de master Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation (Meef) pouvaient assurer certains cours dans les classes de leur tuteur ou en remplacement d’un enseignant absent. Mais ils n’avaient pas à leur charge une classe tout au long de l’année. «Ce sont des jeunes qui sont encore très largement en formation. On peut leur confier une séquence pédagogique, ça rentre dans un processus d’apprentissage, mais, là, on considère qu’ils sont déjà formés», dénonce Pierre Priouret, secrétaire général du Snes-FSU dans l’académie de Toulouse. «On les pousse dans la piscine et on leur dit “Vas-y, nage”», complète Nathalie Faivre.

Outre les risques pour les élèves d’avoir devant eux des enseignants pas encore à la hauteur, les syndicats craignent surtout les effets sur les étudiants. «Ça les met en difficulté de devoir préparer des cours pour la première fois de leur vie. Même si ce ne sont que six heures, ça prend beaucoup de temps la première fois. Ils ont besoin d’être accompagnés, de faire des choses réfléchies», assure Sylvain Demonchy, représentant de SUD-Education dans l’académie de Besançon. «On prend le risque d’en dégoûter un certain nombre. C’est une dénaturation du dispositif et on craint que ça le rende nettement moins attractif, à un moment où on peine à recruter», alerte Pierre Priouret. Certains tuteurs ont déjà annoncé qu’ils le boycotteraient l’an prochain.

Le rectorat de Besançon, lui, ne voit pas le problème. «On ne fait qu’appliquer la circulaire, rien de plus», nous a répondu le service communication. Car tout est affaire d’interprétation. La circulaire en question dit que «l’exercice de missions d’enseignement en complète responsabilité n’intervient qu’au cours de la troisième année du contrat». Le rectorat estime désormais – ce n’était pas le cas jusqu’à maintenant – que cela permet de confier des classes entières aux étudiants, durant toute une année scolaire. Les professeurs, eux, continuent de considérer que les «missions d’enseignement» désignent des séquences, autrement dit certaines parties du programme. Nathalie Faivre en est convaincue : «Le texte de loi est volontairement rédigé de façon imprécise.» Pour que chacun y voie ce qui l’arrange.

Elsa Maudet

(1) Les prénoms ont été modifiés.

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Une nécessité : refonder la légitimité du « métier » d’enseignant

26 Juin 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Une nécessité : refonder la légitimité du « métier » d’enseignant

Un malaise profond et insidieux atteint aujourd’hui le corps enseignant. Si l’aggravation des conditions de travail - souvent mise en avant - est loin d’être négligeable, les débats permanents dont s’empare la société civile à son encontre sont un élément de fragilisation essentiel qui brouille l’image de la mission des enseignants qui devrait être au contraire clarifiée et renforcée aujourd’hui.

 

En effet, opposer de façon rhétorique « instruction » et « éducation » , faire croire que les savoirs sont porteurs intrinsèquement de leur « transmission » et que l’érudition du maître suffit à assurer des apprentissages efficaces , considérer comme antinomiques les aspects savants et pédagogiques du métier enseignant sont des propos d’un autre temps, voire irresponsables.

 

D’ailleurs, souvent, ce ne sont pas ceux qui les tiennent qui assument au quotidien ce métier. Soyons clairs : c’est bien la société et sa représentation politique qui choisissent les savoirs à enseigner en fonction de finalités culturelles, sociétales, sociales… et politiques. Les objets de savoirs à transmettre incorporent nécessairement des valeurs qu’ils sont censés représenter. Les disciplines scolaires ont leur propre logique, culturelle et civique, avec les tensions inhérentes à cette double nature. Pour ne citer qu’un exemple, l’histoire-géographie-éducation civique doit aider à construire en même temps l’esprit critique du futur citoyen actif dans la cité, et, un patrimoine culturel commun, socle d’un sentiment d’appartenance à la France et … à l’Union européenne1.

 

D'un point de vue purement cognitif, les outils intellectuels dont disposent les élèves se construisent selon une genèse beaucoup plus longue qu’on ne le pense souvent et varient considérablement d’un élève à un autre. Enseigner est un métier qui s’apprend, certes. Mais la société des citoyens doit aussi faire confiance à son École.

 

Pour construire cette autre École du XXIème siècle, il convient par conséquent de refuser les débats réducteurs, de tracer une troisième voie : celle d’une École offrant à chacun, quelle que soit son origine, une véritable éducation populaire alliant les fondamentaux essentiels, l’héritage culturel, aux savoirs nécessaires pour le monde de demain. Seule la clarté de ce message politique courageux peut refonder la légitimité des enseignants à assumer sereinement leur mission intellectuelle, éthique et civique.

 

Christophe Chartreux

 

1Pilier 5 du Socle commun des connaissances et des compétences, p. 17.

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Des Lumières à nos élèves...

26 Juin 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Des Lumières à nos élèves...

Les vacances, souvent reprochées -et de plus en plus par temps de crise économique et financière- aux enseignants, permettent néanmoins, au-delà du repos, de prendre du recul. Ce recul que les événements qui s'accumulent par dessus nos têtes écrasent, empêchent. A force d'être «le nez dans le guidon», ceux qui de temps à autres négligent de relever la tête risquent la chute...

 

Cette chute, si elle se généralisait à l'ensemble du corps enseignant, pourrait nous ramener en des temps obscurs, antérieurs aux Lumières d'un Rousseau et de son "Emile". Or, à bien observer, l'Esprit même des Lumières de la Révolution, de la République, des Droits de l'Homme et du Citoyen, de la Démocratie, plus tard de la Laïcité, cet esprit-là subit depuis environ 2007 les assauts de plus en plus violents risquant de l'être plus encore.

 

La chute en fait n'a-t-elle pas DEJA eu lieu?

 

L’école publique est certes toujours républicaine et laïque. Mais du roman des Lumières à nos salles de classes, il devrait exister un pont enjambant les siècles, un pont où se rencontraient Voltaire et nos élèves. Hélas la France de 2022 ne lit plus, ou très mal, les Philosophes et n'aiment plus ses Lumières. Pourtant il serait bon de les relire toujours. Ils n'ont été ni remplacés ni surpassés. L'époque que nous vivons est aussi mutante que les années 1760-1790. Car il ne s'agit pas de «crise» mais bien de «mutations»: technologique, écologique, politique. Tant d'autres et de plus en plus rapides.

 

Pour la seule institution qu'est l’École, il serait nécessaire, vital même, de la réconcilier avec son passé révolutionnaire tout en l'arrimant à la locomotive du progrès respectueux de "mère nature". Hélas, citant Spinoza, «elle persévère dans son être», refusant obstinément tout changement véritable et se contentant de cataplasmes successifs sur des blessures sanglantes. Avec la complicité souvent de ceux qu'on attendrait pourtant à la pointe de la révolte, à l'origine des métamorphoses.

 

Nos élèves attendent les Lumières de demain. Mais elles tardent. Alors appuyons-nous sur celles, universelles, d'hier. Elle «valent» encore...

 

Des Lumières à nos élèves... Ce serait une belle rencontre...

 

Christophe Chartreux

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Apprendre tout au long de la vie scolaire... Un droit et des devoirs...

26 Juin 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Apprendre tout au long de la vie scolaire... Un droit et des devoirs...

Affirmer qu’apprendre tout au long de la vie scolaire est un droit entraîne, de la part des pouvoirs publics, des engagements forts.

- Engagement à mettre en place un « Service National de la Petite Enfance» (Idée, entre autres, de Philippe Meirieu)

 

L’enfant serait accompagné dans sa découverte du langage (et de la langue française), dans sa découverte du «vivre et faire ensemble», deux fondements de la citoyenneté débutante. Il pourrait, quand c’est possible et particulièrement dans les premiers mois de sa scolarité, être accompagné de ses parents dans cet apprentissage.

 

- Engagement à reprendre et appliquer le principe des cycles à l’école primaire. Une évaluation précise des acquis de cette réforme ambitieuse, de ses blocages devra être faite. Des réajustements seraient à envisager.

 

- Engagement à mettre tout en œuvre pour une mise en place des pédagogies différenciées. Leur promotion, depuis le milieu des années quatre-vingt, pour rendre plus efficace l’enseignement-apprentissage dans des classes devenues parfois très hétérogènes, n’a pas été suivie d’une réelle généralisation. Si des approches différenciées ont fini par infiltrer les pratiques, elles sont trop souvent le fait d’enseignants « innovants » en raison du surcoût de travail demandé, des problèmes liés à l’évaluation, des effectifs parfois pléthoriques. La restructuration des établissements en «unités éducatives» devraient, notamment en réduisant les effectifs pour certaines activités, en permettre la généralisation.

 

Un mémorandum des pratiques innovantes et de leur efficacité devrait faire l’objet d’une évaluation globale. Des moyens devraient être mis en place, au plan national et local (niveaux départementaux et régionaux) pour favoriser la diffusion des pratiques pédagogiques innovantes : mutualisation grâce à la mise en réseau internet des établissements ; journées d’études ; presse professionnelle spécialisée (ce qui n’existe pas dans notre métier contrairement à d’autres, les revues étant le plus souvent l’œuvre d’associations militantes).

 

- Engagement à offrir à tous les élèves la possibilité de capitaliser des acquis afin d’éviter les redoublements inefficaces.

 

- Engagement à supprimer tous les critères d’âge et à systématiser la « scolarisation par récurrence ».


L’École deviendra alors une «maison d’éducation» ouverte sur tous les apprentissages destinés à un public diversifié. Pour le moment, nous en sommes très loin. L'institution se contentant de gérer l'ingérable et de faire reposer le poids des problèmes engendrés par des décennies d'immobilisme sur les épaules des enseignants.

 

Pire même, le quinquennat qui s'achève a rendu ces derniers responsables des difficultés alors que les professeurs tentent, tant bien que mal, d'appliquer des directives contradictoires, souvent inutiles et en tout cas en décalage total avec les réalités du terrain.

 

Christophe Chartreux

 

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Pénurie d’enseignants dans les zones rurales : des “visio-remplaçants” prévus à la rentrée, vraiment ?

25 Juin 2022 , Rédigé par Télérama Publié dans #Education

Etudier à distance sans jamais rencontrer ses camarades de promo, une  épreuve | Les Echos Start

Les académies anticipent la rentrée tant bien que mal. Dernière trouvaille pour pallier le manque de remplaçants dans l’Éducation nationale : des enseignants en visioconférence. C’est ce que Nancy-Metz a décidé d’expérimenter dès septembre.

Les académies ne savent plus quoi inventer. À l’approche des grandes vacances, ça turbine pour pallier la pénurie chronique d’enseignants remplaçants. Parmi les trouvailles locales, on a beaucoup glosé sur les opérations « job dating » lancées par Versailles, puis Amiens, qui visent à créer un vivier susceptible de venir renflouer les effectifs de contractuels.

Mais les « innovations » dépendent aussi des spécificités locales. L’académie de Nancy-Metz, qui a perdu 495 postes d’enseignants du secondaire depuis 2017, a ainsi opté pour le recrutement d’une brigade de sept visio-remplaçants. Le rectorat souhaite qu’elle soit composée majoritairement de TZR volontaires – des professeurs titulaires affectés sur une zone de remplacement –, sans toutefois exclure la présence de contractuels. Dès la rentrée scolaire, ils seront prêts à venir en renfort, en cas d’absences dans l’académie.

Le principe a un air de déjà-vu : accueillis dans un établissement proche de leur domicile, ces enseignants feront cours à distance, devant un écran d’ordinateur fourni par l’Éducation nationale, à des élèves surveillés par des assistants d’éducation. Une formation est prévue pour leur apprendre à manier le logiciel, parler devant la caméra, projeter des contenus… Leurs missions dureront maximum sept semaines, ce qui correspond au laps de temps entre deux petites vacances scolaires. Par exemple pour remplacer au pied levé un enseignant qui doit subir une intervention chirurgicale non prévue et donc impossible à anticiper. Les absences de plus longue durée, liées à des congés maternité ou des arrêts maladie, seraient plus faciles à gérer, selon l’académie, qui affirme que l’expérimentation présentée en comité technique académique le 10 mars 2022 devrait être testée pendant deux ans maximum.

Des déserts éducatifs ?

Du côté des syndicats, le scepticisme domine. « Penser que l’on peut assurer des remplacements par visioconférence est une illusion qui dénote une méconnaissance de la réalité du travail fait en classe : comment un enseignant pourrait-il enseigner à une classe qu’il ne connaît pas et dans une salle où il n’est pas ? » déplore le Snes-FSU Lorraine dans un communiqué. L’expérience du confinement prouve combien il est difficile en distanciel de motiver les élèves, de réajuster son enseignement au fil de la séance, de créer du dialogue avec la classe, de proposer une aide individuelle pour lever un blocage, d’instaurer un climat de confiance… Au niveau national, les syndicats craignent que ce ne soit qu’un premier pas destiné à être élargi à l’ensemble du territoire. Ce que dément l’académie, qui reconnaît volontiers que c’est un pis-aller : « On aurait préféré mettre des profs en présentiel, mais on ne trouve personne dans les zones rurales isolées de la Meuse ou des Vosges. Les profs habitant dans les grandes villes n’ont pas envie de faire une heure et demie de voiture pour aller travailler. On a un problème d’attractivité. Donc on préfère des brigades numériques que rien du tout. » Après les déserts médicaux, les déserts éducatifs…

Marion Rousset

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Ecoles primaires : les résultats des concours confirment la pénurie d’enseignants

25 Juin 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Ecoles primaires : les résultats des concours confirment la pénurie d’enseignants

EXTRAITS

Les postes aux concours ne seront pas tous pourvus. A Versailles et à Créteil, des centaines d’entre eux pourraient même rester vacants, alertent les syndicats. Face à l’urgence, les académies engagent des contractuels.

L’alerte avait été donnée à la mi-mai. Elle est désormais confirmée : les résultats définitifs des concours de recrutement des enseignants du premier degré, qui ont commencé à circuler dans toutes les académies – ou presque –, vendredi 24 juin, confirment, pour la rentrée 2022, les pires craintes agitées par les syndicats d’enseignants : à Paris, 62 enseignants manquent à l’appel (219 postes ouverts pour 157 admis). Il manque 660 postes à Créteil (1 079 postes, 419 admis) et 1 006 à Versailles (1 430 postes, 424 admis), selon les calculs du SNUipp-FSU.

Seulement un poste sur trois pourvu en Ile-de-France ? A ce stade, le « ratio choc » avancé, vendredi matin, par le site d’informations spécialisé Café pédagogique reste à confirmer : on attend encore, pour le 5 juillet, les résultats des deux concours complémentaires du premier degré instaurés, sous la gauche, à Créteil et à Versailles, pour, à l’époque déjà, tenter d’endiguer la tendance.

Mais difficile d’imaginer qu’ils puissent, à eux seuls, fournir les contingents nécessaires : ces deux concours n’offriraient, à eux deux, que 700 postes – 500 à Créteil, 200 à Versailles, de source syndicale. De son côté, l’éducation nationale préfère attendre les résultats de tous les concours (y compris du second degré) pour communiquer.

(...)

« Les élèves des quartiers populaires vont payer le prix fort »

En guise de solution « d’urgence », les rectorats misent, à ce stade, sur le recours aux contractuels. Ces dernières semaines, les académies en tension ont, pour certaines, organisé des « job datings », des opérations de recrutement express à leur intention. Le nombre de postes ouverts révélait, déjà, l’ampleur des besoins : à Versailles, on recherchait 700 contractuels pour les écoles primaires (1 300 personnels, en tout, en comptant le second degré). A Paris, quelque 250 postes étaient ouverts.

Une méthode qui inquiète la communauté éducative, en particulier dans les académies les plus touchées par la pénurie. « Les élèves des quartiers populaires vont payer le prix fort, s’alarme Guislaine David, secrétaire générale du SNUipp-FSU. Mais, à court terme, on n’a pas d’autre choix que de recruter des contractuels » pour pallier l’urgence.

(...)

Mattea Battaglia et Violaine Morin

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