Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

education

Faut-il parler l'anglais depuis toujours pour bien l'enseigner?

29 Septembre 2021 , Rédigé par Slate Publié dans #Education

Comment apprendre l'anglais en dehors de la salle de classe - Collège Alain  Fournier - Clamart

Certains profs font intervenir dans leurs classes des locuteurs natifs, souvent considérés comme un modèle linguistique idéal. Mais en situation d'enseignement, tout ça semble relatif.

Alors que les rapports d'évaluation sur les résultats des élèves français en langues étrangères sont traditionnellement décevants, la dernière publication du ministère de l'Éducation sur les acquis en fin d'école et de collège apporte une lueur d'espoir: entre 2004 et 2016, le niveau d'anglais aurait globalement progressé, à l'oral et à l'écrit.

Faut-il y voir une conséquence des dernières évolutions du système scolaire? Depuis une quinzaine d'années, en effet, l'apprentissage de langues et cultures étrangères (LCE) fait partie des programmes de l'école élémentaire. Mais, loin d'être une évidence pour l'ensemble des professeurs des écoles, cette solution génère parfois bien des angoisses.

À l'école primaire, le métier d'enseignant se caractérise par sa polyvalence. Tous n'ont pas approfondi l'étude d'une langue étrangère au cours de leur formation, et ne se sentent donc pas vraiment légitimes pour la partager. Certains sont même profondément convaincus de ne pas être doués dans ce domaine. Ce sentiment d'insécurité linguistique est assez largement partagé chez les enseignants de l'école primaire, quelle que soit leur ancienneté dans le métier.

Comment enseigner une langue et une culture étrangère qu'on ne pratique qu'imparfaitement? Pourquoi demander à des enseignants non spécialistes d'être un modèle en expression orale quand débute l'apprentissage d'une langue? Face à ces questions, certains enseignants sont tentés de faire intervenir dans leurs classes des locuteurs natifs –c'est-à-dire des personnes dont la langue maternelle est la langue enseignée. Est-ce la solution idéale?

Comprendre les difficultés des élèves

Prenons l'exemple de Madame Dupont, enseignante en CE1 depuis vingt-sept ans. Il ne va pas de soi, pour elle, d'enseigner une langue étrangère. Les séances d'anglais lui demandent une lourde préparation, sans lui garantir d'être fiable: elle sait qu'elle n'a pas le «bon accent» pour être un «bon modèle» pour une «bonne pratique» de l'anglais oral.

Souhaitant permettre à ses élèves de mieux réussir qu'elle en langues, elle voudrait leur présenter un modèle et une prononciation authentique de l'anglais. En cela, elle rejoint la pensée sociale contemporaine française qui se réfère bien souvent au locuteur natif comme un idéal linguistique à reproduire ou imiter pour «bien parler» ou «bien écrire», comme s'il s'agissait de devenir bilingue.

Souvent considéré comme un modèle idéal, le locuteur natif se caractérise avant tout par rapport à la langue qui lui est première, sa langue dite maternelle (encore appelée langue 1 ou L1) alors que le locuteur non natif se définit par rapport aux autres langues de sa biographie quel que soit son niveau de pratique. Le caractère natif, cependant, ne saurait à lui seul garantir au locuteur d'être «bon» ou «meilleur» enseignant de sa langue 1 en tant que langue 2, même auprès de jeunes élèves.

Sans l'effort d'une réelle prise de distance sur sa pratique, la sécurité linguistique du natif peut devenir bien relative en situation d'enseignement et se défiler tout autant dans un univers dans lequel il n'a pas non plus de repère. L'enseignant non natif a non seulement l'avantage de connaître ses élèves, mais aussi de partager avec eux les difficultés de l'apprenant à passer d'une langue à l'autre. Il pourra offrir à ses élèves des observations et des comparaisons entre les langues étudiées.

Une curiosité à éveiller

En interrogeant la notion de locuteur natif, on en vient à interroger les compétences nécessaires pour enseigner les langues et cultures étrangères à l'école élémentaire. En tout état de cause, il ne peut être montré que l'apprentissage d'une langue étrangère soit rendu particulièrement plus difficile à l'école uniquement parce que l'enseignant ne serait pas un locuteur natif.

Il ne s'agit pas non plus de reproduire à l'infini les débats qui opposent les pratiques du locuteur natif à celles du non natif. Il pourrait plutôt s'agir de profiter des qualités des uns et des autres. L'enseignant natif est ainsi légitimé par sa compétence linguistique (il est un modèle dans la pratique de la langue), et l'enseignant non natif par sa compétence d'enseignement (il est un modèle d'apprentissage, ayant réussi lui-même à apprendre). L'enseignement le plus efficace serait celui où les uns et les autres coopèrent.

Une année, madame Dupont avait accueilli dans sa classe le jeune Elliott, bilingue, dont la mère est anglaise. Madame Dupont a donc sollicité la maman d'Elliott pour venir dans la classe de son fils chaque mardi matin lors du cours d'anglais. La mère d'Elliott s'est souvent demandé comment agir en tant que modèle pour ces jeunes apprenants, qui par définition, ne pourront jamais devenir des locuteurs natifs anglais eux-mêmes.

Dès les premiers contacts avec les élèves, la mère d'Elliott remarque que ce n'est pas tant la justesse de la langue qui les préoccupe. Comme elle s'est présentée en leur disant qu'elle était née à Londres, ils ont voulu savoir comment elle vivait là-bas, à quoi ressemblait son école, la cantine, quels étaient les sports pratiqués… Allait-elle aux musées? Avait-elle déjà pu elle-même apercevoir la Reine lors de la parade de «Trooping the colour»? Et est-ce vraiment une grande fête?

Diversifier les modèles

Finalement, les préoccupations des jeunes élèves ne sont pas tout à fait celles de leur enseignante. Nous pourrions réinterroger le contrat didactique que madame Dupont propose à ses jeunes élèves: est-il vraiment différent de celui qu'elle a connu? Si madame Dupont pense que, pour bien apprendre l'anglais, ses élèves ont besoin d'un modèle, pourquoi ne pas leur offrir DES modèles?

D'autres parents anglophones pourraient également être invités dans sa classe, qu'ils aient vécu dans la banlieue de Londres ou ailleurs, qu'ils parlent l'anglais de la capitale, du nord, du sud ou d'ailleurs. Les modèles donnés à entendre à ses élèves gagneraient bien sûr à être non seulement plus nombreux et variés, mais également non exclusivement réservés à une seule langue.

L'introduction de l'enseignement des LCE à l'école primaire n'a jamais prétendu être une sorte d'adaptation des enseignements du secondaire en format miniature, ou en version simplifiée des programmes d'une LCE de spécialité du secondaire. L'évolution de cet enseignement peut sembler certainement plus rapide actuellement qu'elle ne l'a jamais été.

Les attentes sont fortes parce que la pression sociale l'est aussi, mais les dérives seraient-elles déjà si proches? Les derniers résultats d'enquête devraient enfin contribuer à voir disparaître le mythe selon lequel les Français ne sont pas doués en langues –la pratique d'une langue ne relève pas d'un don. Mais cela doit-il se faire au détriment d'autres paramètres? Concernant l'aisance à prendre la parole ou le plaisir de chanter, la tendance est au recul. Mais on ne semble pas s'en alarmer déjà!

Séverine Behra

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

Lire la suite

Dire "fascisme" en 2021 : abus de langage ou clairvoyance ?

29 Septembre 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Histoire, #Education

5 lieux de l'architecture fasciste à Rome - Vanupied

EXTRAIT

Depuis les années 1970, des historiens tentent de bousculer la définition du fascisme pour dilater ses frontières dans le temps et dans l'espace. Aujourd'hui, une nouvelle génération d'intellectuels envisage le fascisme contemporain en esquivant la comparaison stérile avec les années 30.

S’il existait un indice Orwell, il aurait sans doute pulvérisé tous les records depuis quinze ans tant la circulation de l’auteur britannique antifasciste a explosé. Et avec sa circulation, c’est son usage, ou plutôt son appropriation qui s’est étrangement élargie. Car l’auteur engagé de 1984 ou de La Ferme des animaux, mort en 1950, est à la fois très à la mode, et souvent ventriloque : son œuvre riche et foisonnante, ses positionnements subtils et réflexifs, nous sont aujourd’hui accessibles sans testament. Au point qu’on peut facilement se réclamer de George Orwell. Y compris en faisant dire bien des choses à l’ancien militant du POUM, engagé dans la guerre d’Espagne, qui pendant des décennies fut d’abord un marqueur affinitaire pour l’extrême-gauche antifasciste. Plus un terreau qu’un credo sans doute, mais en tous cas un langage commun : Orwell était celui qui avait vu que marcher au pas de l’oie n’est pas une condition liminaire du fascisme, avait explicité que l’habit ne fait pas le moine en matière de chemises brunes, et que le fascisme peut aussi se décliner sous des dehors policés. 

Ces affinités métisses dont Orwell fait l’objet post mortem (et par exemple son appropriation par Natacha Polony qui récemment avait tenté brièvement de lancer une web-télé “Orwell”) sont en fait révélatrices d’un floutage des lignes plus vaste. Un floutage qui, justement, embarque aussi le mot “fascisme”, et que vient révéler cet Orwell polysémique - ou cacophonique. 

A chacun son Orwell puisqu’à chacun son fascisme ? On entend désormais taxer de fascisme des gens, des idées et par exemple des lois issues de bords politiques tout à fait variables, et même antagonistes :

  • "Fasciste !", c’est Emmanuel Macron sur des pancartes d’opposants au pass sanitaire qui battent le pavé, le samedi, dans des cortèges dont le recrutement trouble les frontières partisanes et où fleurissent des pancartes pour réclamer un nouveau procès de Nuremberg ; 
  • le fasciste, c’est aussi Jean-Luc Mélenchon dans le viseur d’une candidate écologiste qui estimait sa rhétorique fascistoïde ou aux yeux de Umberto Ecco qui distinguait en lui un fascisme tendance Robespierre dans Reconnaître le fascisme (en 2017 en français, chez Grasset) ; 
  • un “film fasciste”, c’était Bac Nord dans les colonnes de critique cinéma de Libération à l’été 2021 ; 
  • et puis la fasciste, c’est encore Marion Maréchal - Le Pen, désormais jeune mariée avec un eurodéputé italien qui s’affiche aux côtés de groupuscules nostalgiques de Mussolini.

(...)

Cholé Leprince

Suite et fin en cliquant ci-dessous

Lire la suite

Coronavirus : Pourquoi la nouvelle expérimentation dans les écoles est-elle déjà critiquée ?

29 Septembre 2021 , Rédigé par 20 Minutes Publié dans #Education

Jean-Michel Blanquer s'embrouille dans les chiffres sur le Covid-19 à  l'école

EPIDEMIE Les classes ne seront plus systématiquement fermées en primaire et en maternelle si un élève est testé positif au Covid-19

Afin de conforter l’un des mantras du gouvernement durant toute la crise du coronavirus, à savoir garder au maximum les écoles ouvertes et les cours en présentiel, le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer a dévoilé ce mardi un nouveau dispositif expérimental pour éviter au maximum les fermetures de classe.

Jusque-là, toutes les classes d’école maternelle et de primaire fermaient au premier cas positif au Covid-19, pour un total de 2.366 classes fermées lors du dernier décompte officiel vendredi dernier, soit 0,45 % des classes nationales. Ce chiffre était en baisse par rapport à la semaine précédente, où on dénombrait alors 3.299 classes fermées. Une expérimentation locale vise, en cas d’élève positif dans une classe de maternelle ou de primaire, à tester toute la classe : les élèves positifs, et ceux refusant de se faire tester, seraient contraints de faire du distanciel, mais les élèves négatifs pourraient continuer à suivre le cours en présentiel. Cette nouvelle règle devrait s’appliquer « dans une dizaine de départements, probablement dès le début de la semaine prochaine », a annoncé le ministre sur France Info.

Un timing critiqué

Jean-Michel Blanquer justifie sa mesure par une meilleure situation épidémique et une incidence en baisse sur toutes les classes d’âge, même chez les enfants malgré la rentrée. S’il s’agit pour le moment d’une expérimentation, celle-ci ne fait déjà pas l’unanimité. A commencer par son timing. L’automne arrive, une période propice à une nouvelle vague selon le Conseil scientifique : avec la multiplication des lieux clos et le retour de la population en présentiel au travail et en classe, l’épidémie peut reprendre. Mais au-delà de la saisonnalité, l’annonce de Jean-Michel Blanquer tombe aussi moins d’une semaine après la décision du gouvernement de retirer le masque chez les élèves de primaire dans les départements où l’incidence est inférieure à 50. « C’est très curieux de multiplier les mesures favorisant l’épidémie. Il serait plus logique d’y aller une par une et petit à petit, de se montrer prudent », se désespère Michaël Rochoy, chercheur en épidémiologie.

Au rayon des points positifs, le médecin en relève deux : déjà évidemment, le fait de garder les classes ouvertes, et la multiplication des tests chez les enfants. Cela rejoint le dernier avis du Conseil scientifique, publié le 13 septembre, qui recommande de tester hebdomadairement les enfants, « permettant alors de ne renvoyer chez eux que les enfants détectés positifs, et non tous les élèves de la même classe ».

Un seul test, vraiment suffisant ?

Sauf que l’expérimentation de Jean-Michel Blanquer n’évoque pour le moment qu’un seul test, ce qui en fait un élément peu fiable pour connaître l’épidémie dans la classe. En effet, la contamination au coronavirus prend plusieurs jours à se traduire par un test positif. Si un élève A est testé positif un lundi et contamine un élève B le jour même, un test le mardi sera négatif pour l’élève B. Elève qui pourra alors contaminer le reste de sa classe par la suite, voire même d’autres élèves d’autres classes. « En réalité, il faudrait tester les élèves avant le moindre cas positif. Les tester après n’a pas vraiment de sens, surtout avec l’abandon du masque. Bien sûr que le voisin d’un élève positif sans masque sera contaminé, ce n’est même pas le temps de tester », clame Michaël Rochoy.

Un plan qui donc laisse de nombreux trous potentiels dans la raquette, et peut entraîner une flambée des cas selon le chercheur : « L’avantage d’une classe fermée, c’est que les contaminations étaient de fait impossibles. » Là, tout faux négatif peut devenir contaminant pour le reste de la classe, mais aussi de l’école.

Inquiétude auprès des enseignants

Les enseignants de primaire et de maternelle n’accueillent pas nécessairement bien la nouvelle non plus. « On expérimente une circulation haute du virus chez les enfants, et donc sur notre lieu de travail », peste André*, enseignant en primaire. Double vacciné mais faisant partie des populations à risque, il s’inquiète de ce dispositif : « Si ça arrive dans ma classe, je me demanderai toujours si les enfants présents sont contaminés ou non. Un test peut facilement être faux, surtout que le test n’a même pas été précisé ! ». Difficile effectivement de savoir s’il s’agira d’un test salivaire, antigénique ou PCR, qui n’ont pas la même fiabilité.

A ce risque sanitaire s’ajoute une autre contrainte de taille : faire classe avec des élèves à la fois en présentiel et à la fois en distanciel. « Je ne peux pas me diviser », plaide André. L’expérimentation n’a pas encore commencé qu’elle semble déjà impopulaire.

Jean-Loup Delmas

*Le prénom a été modifié.

Lire la suite

« La lutte contre l’échec scolaire, une priorité toujours secondaire »

28 Septembre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

« La lutte contre l’échec scolaire, une priorité toujours secondaire »

EXTRAITS

Une chose est de dire que la lutte contre l’échec scolaire est une priorité ; une autre est de faire advenir une telle réalité, estime, dans une tribune au « Monde », l’historien de l’éducation Yann Forestier.

Tribune. L’Ecole de la IIIe République, déjà, était confrontée à l’échec scolaire. Mais si les « hussards noirs » qui y officiaient le déploraient et remarquaient même qu’il était fortement corrélé à l’origine sociale, initiant ce qu’on n’appelait pas encore la théorie de la reproduction, ils ne s’interrogeaient que très rarement sur les moyens de le combattre. Les remises en cause d’un modèle institutionnel et pédagogique produisant ordinairement une importante part d’échec étaient alors marginales, révélant le fait que la démocratisation de la réussite dans l’Ecole française n’est devenue que très tardivement un objectif prioritaire.

La première polémique significative agitant les médias autour de l’échec scolaire date d’octobre 1987, lorsque le rapport Andrieu, présenté au Conseil économique et social, en estime le coût à 100 milliards de francs. L’Ecole et ses maîtres n’ont bien sûr pas attendu cette révélation pour s’activer auprès des élèves en difficulté, mais cet engagement résulte d’évolutions lentes et insensibles, d’adaptations et d’ajustements improvisés, et non d’un choix politique qui y aurait donné sens : les chances que cette vocation nouvelle de l’Ecole soit pleinement assumée en sont d’autant plus minces.

Alors même qu’il s’agit d’un choix politique extrêmement fort, la mise en place des zones d’éducation prioritaires, à partir de 1982, est révélatrice. Instituée par une circulaire, c’est-à-dire le texte le plus bas dans la hiérarchie des textes réglementaires, la remise en cause de l’égalité formelle par un système appuyé sur un principe de discrimination positive en faveur de territoires en difficulté s’opère hors du Parlement. Cette étrange façon de procéder renvoie en fait à une volonté d’évitement du débat politique par un Parti socialiste, fraîchement élu, craignant qu’un tel changement de paradigme suscite des conflits dans ses réseaux. Là encore, on a manqué une occasion de mettre en débat le projet d’une Ecole faite d’abord pour les élèves en difficulté.

(...)

Un appel à la bienveillance qui « agace »

Le réflexe de repli sur un cadre familier inchangé garantit d’ailleurs que les pratiques nouvelles introduites dans ces niches ne contamineront jamais les pratiques ordinaires : ces dispositifs viennent s’ajouter au système, l’alourdissant et le complexifiant un peu plus, faisant primer les lourdeurs procédurales sur les finalités égalitaires, bien peu perçues sur le terrain.

L’injonction institutionnelle répétitive finit d’ailleurs par agacer. L’appel à la « bienveillance », par exemple, illustre jusqu’à la caricature la contradiction entre l’extrême directivité du pilotage administratif et la nécessité de l’autonomie des acteurs. La bienveillance, évidemment indispensable pour lutter contre l’échec scolaire, est une attitude volontaire que chaque enseignant doit adopter au quotidien, en s’ajustant à chaque instant aux réalités changeantes de ses classes. Imposée d’en haut, la bienveillance n’a de sens que si elle prend la forme de mesures concrètes susceptibles d’apporter un changement institutionnel significatif. Ainsi codifié et transformé en circulaire, ce qui devait être une attitude spontanée court le risque d’être perçu comme un choix fort entretenant une fausse alternative, comme si, par exemple, un coup de barre en faveur de la bienveillance devait nécessairement se faire au détriment de l’exigence.

Mais au-delà, beaucoup d’enseignants peuvent comprendre des discours ministériels aussi intrusifs comme une mise en cause : s’il est nécessaire que les directives ministérielles soient mobilisées pour leur ordonner une attitude aussi personnelle que la bienveillance, serait-ce que la hiérarchie serait convaincue qu’ils ne feraient pas déjà preuve de bienveillance ? Ce serait faire un bien mauvais procès aux professeurs confrontés au quotidien à l’échec scolaire que de prétendre qu’ils ignorent la nécessité de cette attitude…

(...)

Quand le ministre signe personnellement des circulaires expliquant comment un élève doit tenir un crayon ou à quelle méthode il faut recourir pour enseigner la lecture, il décourage l’initiative des équipes enseignantes. Or la lutte contre l’échec scolaire est d’abord affaire d’initiatives décidées au plus près du terrain, dans l’ajustement permanent à des contraintes multiples dont la complexité décourage toute prétention à un pilotage vertical. L’histoire nous montre qu’il faudrait faire advenir l’Ecole de la confiance, dont il est plus que temps qu’elle cesse de n’exister que sous la forme de slogan.

Yann Forestier(Historien de l’éducation, chercheur associé au Centre amiénois de recherche en éducation et formation (CAREF), auteur de « L’École en perspective » (L’Harmattan, 2020))

 

Lire la suite

De retour à l’université, la lassitude des enseignants-chercheurs face à la « gestion de la pénurie »

28 Septembre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Université

De retour à l’université, la lassitude des enseignants-chercheurs face à la « gestion de la pénurie »

EXTRAITS

Chaque année, le nombre d’étudiants à l’université augmente, mais les moyens ne suivent pas. Les enseignants observent, impuissants, la détérioration de leur environnement de travail et des conditions d’études pour les jeunes.

C’est tout juste la rentrée, mais la voilà déjà essoufflée. Oriane Petiot, 32 ans, est pourtant agrégée d’éducation physique et sportive (EPS) : l’endurance, elle connaît. Au printemps, elle a démissionné de sa fonction de responsable pédagogique de la licence 1 du département sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps) de l’université Rennes-II. Comme la totalité de ses collègues.

Habituellement, ce sont eux qui organisent la scolarité des étudiants. Mais cette année, ils ont refusé de préparer les emplois du temps et les groupes : la rentrée est donc reportée, pour le moment, au 4 octobre. « Aujourd’hui, personne ne veut me remplacer pour remplir cette mission : il faudrait être fou pour accepter. » La normalienne endossait seule la responsabilité des 650 étudiants de première année. Son unité de formation et de recherche (UFR), particulièrement sous-dotée, compte quatre membres du personnel administratif et 60 enseignants titulaires pour 2 800 étudiants. Soit un professeur pour 44 étudiants. A l’échelle nationale, on dénombre un titulaire pour 35 étudiants en Staps. Et un pour 17, toutes filières confondues.

Un rythme « monstrueux »

D’où, à Rennes-II, une « impression de bricoler en permanence » qui s’est répercutée sur la santé des enseignants, et sur la qualité de la formation. « On a des collègues qui craquent, avec des cas de burn-out sévères, raconte Oriane Petiot. On n’a pas les forces vives pour faire face collectivement. On gère la masse, c’est l’usine en permanence. » Elle décrit un rythme « monstrueux » : les mails le jour et la nuit, la gestion des salles et des emplois du temps, la formation des vacataires, la répartition des groupes de langues, le remplacement des congés maladie, l’annulation de certains cours faute d’enseignants disponibles… En 2020, Oriane Petiot a renoncé à une partie de son congé maternité et cumulé 160 heures supplémentaires, en plus des 384 heures prévues dans son statut. « J’ai fait double service, avec mon bébé sur les genoux. On est tellement obnubilé par toutes les tâches parasites et organisationnelles que le cœur de notre métier en est complètement altéré. »

(...)

« Sous respiration artificielle »

L’un des nœuds du problème est humain : le recrutement d’enseignants-chercheurs permanents. Leur nombre stagne (– 1 %) depuis dix ans. Les universités, autonomes, pourraient-elles en recruter davantage ? « Le ministère nous y invite, mais c’est impossible », expose la professeure Georgette Dal, vice-présidente de l’université de Lille, par ailleurs à la tête de l’association des VP-RH, regroupant tous les vice-présidents responsables des ressources humaines dans les universités.

Elle et ses homologues font face à la même problématique : à mesure que leurs personnels progressent dans leur carrière et que celles-ci s’allongent, leur masse salariale augmente. « Chaque année, à Lille, on a 3 millions d’euros en plus, simplement en raison de la progression des salaires liée à l’ancienneté et à l’avancement de grade. On arrive à négocier la moitié de cette somme auprès du rectorat. Pour le reste, on doit se débrouiller. Et donc, la solution c’est de ne pas recruter de nouveaux enseignants », regrette la vice-présidente de ce méga établissement – 70 000 étudiants, 7 000 membres du personnel.

(...)

« La France ne traite pas ses enseignants-chercheurs comme elle le devrait », abonde Manuel Tunon de Lara, le président de la Conférence des présidents d’université. Il estime que « si une partie des enseignants-chercheurs est désabusée, c’est à raison : ils sont moins bien payés, moins bien considérés que leurs homologues étrangers ». Les burn-out d’enseignants-chercheurs, s’ils sont peu recensés, existent. Florence, 44 ans (qui a requis l’anonymat), maîtresse de conférences, en a fait un. Elle s’est absentée pendant plusieurs mois, « épuisée » par ses conditions de travail à l’université. De retour dans son établissement, elle évoque aujourd’hui la « souffrance » de recruter des enseignants contractuels « qui gagnent 44 euros brut de l’heure pour une vacation, ou 800 euros net par mois », et qui effectuent le double de son service d’enseignement.

(...)

En licence d’informatique à l’université de Reims, à défaut de pouvoir trouver des enseignants, des heures de cours disparaissent. « A Reims, il est difficile de trouver des vacataires en informatique. Surtout pour 25 euros l’heure de travaux pratiques ! Alors, forcément, parfois, certains cours ne sont pas assurés », explique Hacène Fouchal, enseignant-chercheur. Cette année, son département compte près de 500 étudiants de la licence au master – ils étaient 374 quatre ans plus tôt. Et pas un seul enseignant permanent supplémentaire, ils en ont même perdu deux en cours de route.

A l’université d’Aix-Marseille, plus de 2 000 heures d’enseignement en mathématiques étaient non pourvues au moment de la rentrée. « J’étais assez surpris que la situation soit aussi catastrophique en maths : on a l’image d’une discipline historiquement privilégiée et même là ça se dégrade, s’inquiète un enseignant vacataire qui a souhaité garder l’anonymat. On va combler les trous comme on peut au premier semestre, mais après ? »

Jessica GourdonMarine Miller et Léa Iribarnegaray

Lire la suite
Lire la suite

Revue de Presse Education...

27 Septembre 2021 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Médias

Revue de Presse Education...

Au sommaire cette semaine : du bien-être mal perçu, des failles dans le système, le gymkhana de l’enseignement supérieur, l’école interdite pour les filles afghanes et des élèves du Nigéria, et une invitation à la créativité collective.

Entre déclaration du ministre et protestation des personnels de l’éducation : « je t’aime, moi non plus »

Les personnels de l’éducation battaient le pavé ce jeudi. « L’intersyndicale FSU – FO – SUD – CGT Educ’Action demande « un plan d’urgence dans l’éducation » et dénonce « une rentrée de nouveau marquée par une absence d’anticipation ». Selon les syndicats, l’école est mise « à rude épreuve », en raison de la crise sanitaire. » explique Sud-Ouest. Le décevant Grenelle de l’éducation n’a pas adouci la colère des enseignants qui attendent désespérément le dégel du point d’indice des fonctionnaires. Le système éducatif se dégrade, les inégalités face à la réussite scolaire sont criantes, aggravées encore par les périodes successives d’école confinée. La longue liste de revendications n’a pourtant pas attiré les foules, avec « des taux de grévistes de 3,96 % dans le primaire et 6,19 % dans le secondaire, selon le ministère, mais de respectivement 15 % et 32 % d’après les syndicats. » peut-on lire dans Le Monde. Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, temporise dans le même quotidien : « Toutes ces actions de rentrée traduisent la colère, l’amertume et l’agacement après cinq années très difficiles pour les personnels, confrontés à une avalanche de mesures qui ont dénaturé leur métier et affaibli le service public d’éducation. »

France 3 Provence Alpes Côte d’Azur est allée voir les manifestants marseillais dont la colère s’est corsée depuis les annonces du Président de la République sur le futur recrutement des enseignants par les directeurs d’école. « Ce qu’on veut vraiment faire comprendre au président de la République, c’est qu’une école ne se gère pas comme une entreprise du CAC 40 », résume Virginie Akliouat, secrétaire générale du SNUIPP des Bouches-du-Rhône.  « Le président de la République a donné le cap à Marseille le 2 septembre en annonçant une véritable libéralisation de l’école publique avec des directeurs choisissant les professeurs et disposant des rythmes scolaires et même des enseignements. La loi Rilhac est un premier pas. Elle fait des directeurs d’école de vrais supérieurs hiérarchiques mais ne disposant ni de la formation ni du statut protecteur vis à vis de leur supérieur immédiat (l’IEN). » explique François Jarraud dans le Café Pédagogique. A noter que la contestée loi Rilhac est adoptée au Palais Bourbon, deux ans quasiment jour pour jour après le suicide de Christine Renon dont le souvenir est fortement présent dans les esprits des enseignants et dans les cortèges.

Ministre incompris ?  Jean-Michel Blanquer affirme  au micro d’Elisabeth Martichoux sur LCI « Le bien-être des professeurs c’est mon but ». Dis tonton prof, pourquoi tu tousses ? Les bonnes intentions énoncées par le ministre semblent se traduire par des actes ressortant de l’amour vache, en particulier pour le secondaire.  « On supprime des postes alors que la démographie augmente dans les collèges et les lycées. Mais on ne peut pas bien faire son travail quand on a deux ou trois classes en plus, poursuit le secrétaire général du FSU. Et aujourd’hui, la classe à 37 élèves est devenue quasi la norme, notamment en première et terminale.», peut-on lire sur le site de Libération.

Illustration de Fabien Crégut

Ellen Salvi a lu l’ouvrage du ministre et en souligne l’autosatisfaction dominante sur le site de Mediapart.  « Exercice d’autosatisfaction oblige, le ministre de l’éducation nationale n’avait plus assez d’encre pour rappeler les manquements de son administration, les bugs des outils numériquesla solitude des enseignants, leur accès tardif à la vaccination, ou encore le creusement des inégalités scolaires. Trop occupé à se désoler des critiques qui « prennent le chemin de la facilité » et à esquisser sa vision d’une école du futur, guidée par un impératif de compétitivité, il en oublie d’écouter les opinions qui traversent le monde éducatif. »

Remettre le métier à l’ouvrage … politique

« Qui va gagner le million (de voix de profs) : guerre de com’ sur le salaire des enseignants »le titre choisi par Lucien Marboeuf pour son article de blogest particulièrement percutant et pertinent, le contenu de l’article aussi. « Bienvenue au pays de l’esbroufe. » écrit-il en décryptant les annonces des différents camps, entre « revalorisation historique de cacahouètes », promesse d’augmentation fracassante et répliques en tous genres, le tout en concomitance avec un rapport de l’OCDE qui affiche des chiffres accablants. « En France, le cout d’un prof des écoles est de 2092 $ par élève, contre 3680 $ en moyenne dans l’OCDE, 3881 $ en Espagne et 5097 $ en Allemagne. Un prof de collège français coute 2843 $ par élève, contre 3680 $ en moyenne dans l’OCDE, 5209 $ en Espagne et 6514 $ en Allemagne. » L’heure est à la pêche aux voix en vue de l’élection présidentielle. « Dites, les collègues, vous ne vous sentez pas instrumentalisés, au final ?… », conclut le professeur des écoles bloggeur.

Le sociologue François Dubet explore pour Alternatives Economiques les questions laissées en suspend par la promesse d’Anne Hildago de doubler les salaires des enseignants. « Il faudrait dire ce qui serait attendu « en échange » d’une élévation aussi radicale des salaires : engagement dans la vie des établissements et des activités tenues aujourd’hui pour périscolaires ? Allongement du temps scolaire pour les élèves et pour les maîtres ? Changement dans les modes d’affectation des enseignants dans les établissements ? Obligation de formation continue des maîtres ? Ou que sais-je encore ? ». Claude Lelièvre, dans son blog, rappelle d’autres revalorisations annoncées dans un passé proche. « L’annonce faite par Anne Hidalgo en est une, et de taille. Mais il y en a eu d’autres, qui méritent d’être rappelées même si on les a quelque peu oubliées, bien à tort. Car elles donnent à réfléchir dans notre situation complexe actuelle. » « La question des salaires des enseignants est centrale mais faut-il focaliser le débat sur seulement ceux-ci ? » s’interroge le sociologue Pierre Merle en soulignant lui aussi les interrogations qui se posent dans le sillage de la proposition de la maire de Paris.  Et parmi, les questions fondamentales, figure celle de l’attractivité du métier. « Dans les disciplines dites en tension, trop de postes aux concours du CAPES ne sont pas pourvus (7% en anglais, 12% en mathématiques, 14% en économie et gestion en 2020) (RERS, 2021). », des chiffres exposés par Pierre Merle pour illustrer la difficulté de recrutement. Violaine Morin, dans un article réservé aux abonnés , Le Monde, s’intéresse aux agrégés qui quittent le navire. « Quelques membres de ce « corps d’élite » des professeurs choisissent, temporairement ou définitivement, de renoncer à faire cours. Un phénomène que l’éducation nationale qualifie de « minoritaire ».

 Et pourtant : « Education : La richesse de l’école ce sont les profs, non pas les tuyaux ! ». L’affirmation est de Dominique Wolton lors de l’ouverture de la dernière édition de Ludovia. « Face à l’injonction de s’adapter toujours plus aux techniques de la communication numérique, Dominique Wolton reconnaît aux enseignants un pouvoir de résistance, au moins passive. C’est d’abord parce que la relation pédagogique prévaut sur la technique. Mais, c’est aussi parce que l’école, plutôt que de chercher vainement à rattraper un hypothétique retard, doit transmettre le patrimoine de l’humanité. », relate Ludomag.  Oui, le métier d’enseignant est beau et mérité mieux qu’une surenchère électoraliste, il vaut bien un débat profond sur l’école.

Des brèches dans le système

Pendant ce temps-là l’école du en même temps s’infiltre dans les failles du système. Là, c’est l’association « Le choix de l’école » qui place dans les établissements scolaires de jeunes diplômés de grandes écoles pour des postes en CDD. « Sous couvert d’un discours généreux, Le Choix de l’école correspond bien à la vision d’Emmanuel Macron d’un système éducatif qu’il faudrait bousculer et « manager » à la façon d’un entrepreneur – vision qui a dicté aussi les annonces du président de la République sur la liberté de recrutement accordée à certains directeurs d’école de Marseille. », explique Fanny Marlier dans son article pour Mediapart. Un enseignant contractuel du  collège Vigo d’Epinay sur Seine a fait les frais de ce placement. « L’un de leurs collègues de mathématiques, contractuel depuis quatre ans dans l’établissement, a été remercié cet été, tandis qu’une débutante, diplômée d’une grande école ayant songé sur le tard à l’Éducation nationale, était recrutée pour enseigner les mathématiques », raconte le même article.

Ici, dans l’éducation prioritaire, c’est l’enseignement catholique qui prend place avec six établissements sous sa coupe, quitte à interpréter à sa façon le principe de laïcité, comme le raconte le Café Pédagogique. « La laïcité n’est pas l’absence de religions mais ce qui permet leur coexistence harmonieuse”, explique P Delorme. “Nous souhaitons vivre pleinement la laïcité mais en ayant quelque chose de différent à proposer”. Aussi l’enseignement catholique refuse les formations de l’éducation nationale “car on ne vit pas la laïcité de la même façon”. L’enseignement catholique développera ses propres formations. Elle sera proposée “à tous nos personnels éducatifs”.

Le premier ministre a quant à lui joué l’apaisement avec les réseaux d’écoles d’enseignement en langue régionale secoués par la décision au printemps du Conseil Constitutionnel de remettre en cause une grande partie de leur approche pédagogique. Opération de déminage de Jean Castex alors que, comme l’explique La Gazette des Communes, « Jean-Michel Blanquer et les réseaux associatifs s’opposent diamétralement sur la méthode pédagogique par immersion pratiquée depuis longtemps par les écoles privées et également, par un certain nombre d’enseignants d’écoles publiques bilingues, selon le chercheur Gwenole Larvol ».

 Les écoles Diwan ont essuyé les critiques de l’Inspection dans un rapport publié cet été « À la fin de l’été 2021, un rapport de l’Éducation nationale a fuité sur les réseaux sociaux. Son contenu en substance ? Les élèves de l’enseignement Diwan obtiennent de bons résultats, que ce soit en français ou en breton. Mais derrière ce constat positif, le rapport pointe du doigt l’illégalité de la méthode Diwan. Pour rappel, l’enseignement immersif consiste à faire l’école dans une langue. Soit le breton pour Diwan. Dans le rapport, les inspecteurs préconisent de baisser les heures d’enseignement en breton à la faveur du français : le nombre d’heures assurées en breton ne devrait à terme pas dépasser 12 heures ​par semaine, estiment-ils. », explique Ouest France qui signale au passage l’organisation d’une journée immersive par les écoles Diwan le 20 septembre . L’enjeu de l’enseignement d’une langue régionale, comme le breton, se situe également au niveau économique avec des emplois directement liés à la maîtrise de la langue. «  Brezhoneg = Postoù-Labour, langue bretonne = emplois ! » peut-on lire sur une pancarte dans une manifestation photographiée par Ouest-France.

Du côté de l’enseignement supérieur

« Un total de 239 bacheliers, contre 591 l’an dernier, sont encore sans affectation à l’issue de la procédure Parcoursupa indiqué ce mercredi 22 septembre le ministère de l’Enseignement supérieur. », relaie France BleuL’Etudiant modère le constat en indiquant : « Mais tous les candidats n’ont pas obtenu satisfaction : le 16 juillet 2021, deux mois avant la fin de la procédure complémentaire, au moins 31.512 candidats avaient quitté la plateforme sans avoir reçu de proposition de formation. »

Camille Peugny, professeur de sociologie, dresse un plaidoyer pour les premiers cycles universitaires dans un article (réservé aux abonnés) disponible sur le site d’Alternatives Economiques“Au cours des vingt dernières années, le nombre d’étudiantes et d’étudiants dans l’enseignement supérieur a augmenté de plus de 600 000 pour atteindre près de 2,8 millions en 2020. Parmi ces derniers, 60 % sont inscrits à l’université – cette proportion n’a diminué que de quatre points depuis 2000 –, tandis que les autres établissements continuent d’accueillir des fractions relativement modestes des nouvelles cohortes étudiantes.”

Une fois le premier cycle franchi, le parcours du combattant continue pour accéder en Master. Ainsi, à Montpellier, « entre l’université Paul-Valéry et les “sans master”, la tension monte », relate le Midi Libre. « Avoir sa licence ne garantit pas la poursuite de ses études en master. Lors de cette rentrée universitaire, un peu partout en France, des milliers d’étudiants se retrouvent dans cette impasse. À Montpellier, ils seraient plusieurs centaines. Depuis la réforme des masters en 2016, ce sont en effet les universités qui fixent leurs capacités d’accueil et leurs critères de sélection. Et il n’y a pas assez de place pour tous les étudiants qui y ont théoriquement le droit de poursuivre leurs études. »

« Vacataires de l’enseignement supérieur : des profs attendent d’être payés depuis un an », titre RTL sur son siteLa colère monte et le problème semble insoluble tant qu’une disposition réglementaire ne sera pas prise.  « Comment expliquer de tels retards dans le versement de leur salaire ? Deux raisons. Il y a d’abord une bizarrerie du statut qui prévoit des payes trimestrielles, parfois même après la fin du contrat. Et il y a surtout une lourdeur administrative terrible qui ajoute des mois de retard au retard. »

L’école ailleurs

« Les Afghanes disparaissent de l’espace public dans leur pays, derrière des burkas », RFI illustre ce sinistre contrat avec le témoignage de Farshi âgée de 26 ans. « Une de mes soeurs est en 3e, donc elle est à la maison puisqu’elle n’a plus le droit d’aller à l’école, raconte-t-elle, jointe par Carlotta Morteo, du service International de RFI. Nous sommes très tristes, parce qu’elle va rester sans instruction, alors qu’elle est très intelligente, elle est la deuxième de sa classe. Tout ce qu’elle peut faire, c’est étudier les livres à la maison. » Face à cette relégation des femmes, la solidarité s’organise.  « La colère gronde dans les rangs des étudiants Afghans. Sur les réseaux sociaux, des dizaines d’étudiants masculins témoignent de leur refus de retourner à l’école sans leurs camarades féminines. En effet, le vendredi 17 septembre dernier, le gouvernement taliban a publié un décret annonçant la réouverture des écoles secondaires pour “les élèves masculins et enseignants masculins”, laissant sur le carreau toutes les filles et femmes Afghanes. Les lycées et collèges pour filles demeurent donc fermés. » peut-on lire sur le site de la Dépêche

France 24 nous alerte : « Au Nigeria, un million d’enfants vont manquer l’école en raison de l’insécurité » . De nombreuses familles craignent d’envoyer leurs enfants en classe. En effet : « Selon l’Unicef, il y a eu cette année vint attaques contre des écoles au Nigeria, plus de 1 400 élèves ont été enlevés et 16 sont morts. Enlevés par des bandes criminelles dans les États du nord-ouest et du centre du pays, la plupart ont été libérés après négociation d’une rançon, après des semaines ou des mois de captivité, souvent dans des conditions épouvantables dans des camps ruraux. »

En Amérique du Nord, les mesures sanitaires suscitent les débats. Aux USA, « La situation sur les campus américains grouillant d’étudiants sans masques est telle que des membres du corps professoral, craignant pour leur santé, protestent, pétitionnent et même démissionnent. » , indique le Courrier International . Au Québec, les enseignants semblent être confrontés aux mêmes difficultés et incrédulités que leurs collègues français concernant l’arrivée des tests dans les écoles. « Les directions d’école ont déploré l’arrivée « chaotique » des tests, avec des directives reçues à la dernière minute, du matériel manquant et une pénurie de personnel pour faire les tests. Daniel Paré et les ministres Christian Dubé (Santé) et Jean-François Roberge (Éducation) ont assuré mardi qu’ils comptent faire tous les ajustements nécessaires à la mise en place des tests dans les écoles. », explique Le Devoir. « « Nous sommes fiers d’avoir pris toutes les mesures pour garder nos écoles ouvertes tout en protégeant la santé des élèves et du personnel. Nous gardons le cap, écoutons les gens sur le terrain et faisons les ajustements nécessaires. On le fait pour nos enfants. » a indiqué le ministre Roberge sur Twitter. Tiens, tiens, ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?

Et pour finir, une invitation à la créativité collective

La prochaine édition de la Grande Lessive®« installation artistique éphémère faite par tou·te·s autour de la Terre » aura lieu le 14 octobre avec comme thème « Tous des oiseaux ? ». A Saint-Gildas des Bois, c’est l’association Al’Fa Répit qui propose ce projet fédérateur aux autres structures locales et notamment des écoles. « Des fils seront tendus dans diverses places et rues et les réalisations de leurs auteurs accrochées avec des pinces à linge. Des dessins sur le thème de l’année : Tous des oiseaux ? ».  A La Chapelle Neuve, « l’école participera à la Grande Lessive, une installation artistique éphémère intergénérationnelle et internationale ». Ce sont deux exemples parmi tous les collectifs déjà inscrits. Alors, pourquoi pas à votre tour envisager de tendre un grand fil pour, l’espace d’une journée, contribuer en collectif à apporter couleurs et poésie. Pour s’inscrire : ttps://www.lagrandelessive.net/participer/

La revue de presse a été brassée cette semaine par Monique Royer avec une récolte d’actualités moissonnée par Bernard Desclaux

Lire la suite

Comment comprendre l'annonce de la suppression de l'Inspection générale ?

27 Septembre 2021 , Rédigé par Le Cafe Pedagogique Publié dans #Education

Fin d'un film : comment terminer votre récit

EXTRAITS

Comment comprendre l'annonce de la suppression de l'Inspection générale ? Historien de l'Ecole, Claude Lelièvre remet cette décision dans la longue histoire de l'Inspection et analyse ce qu'elle implique comme conception de l'Etat. Pour lui, cela renvoie au bonapartisme.

(...)

Que change l'annonce faite par C Pascal ?

C'est une mesure qui vient d'E Macron. Elle a été préparée par le regroupement des inspections générales effectuée par JM Blanquer. Les inspecteurs généraux tiraient leur légitimité d'une expertise reconnue par leurs pairs. Plus on réunit de personnes venues de corps différents moins cette légitimité joue. Et plus on dépend de celui qui nomme. Ainsi JM Blanquer avait regroupé plusieurs inspections générales (archives, sports, éducation nationale etc.) en une seule. Cela préparait la réforme annoncée. Mais celle-ci va plus loin.

Justement la mesure annoncée change quoi ?

L'inspection comme contre pouvoir va être très affaiblie. On n'aura plus un inspecteur nommé par un corps d'inspecteurs. Mais une personne nommée à titre personnel pour une mission temporaire. A partir de là on n'est plus qu'un expert à disposition du pouvoir. Il n'y a plus de corps organisé pour conseiller le ministre mais des expertises individuelles. On peut aussi se demander qui sera l'oeil du pouvoir central dans les rectorats et qui pourra remonter ses observations pour informer le ministre.

E Macron accomplit ce qui était un élément de son programme qu'il n'a pas mené à bien sous ce mandat. Il le remet en perspective pour le mandat suivant.

(...)

Propos de Claude Lelièvre recueillis par F Jarraud

Entretien complet à lire en cliquant ci-dessous

Lire la suite
Lire la suite

Ecole en crise : « Le mal-être des enseignants déteint sur les jeunes »

25 Septembre 2021 , Rédigé par Elle Publié dans #Education

Ecole en crise : « Le mal-être des enseignants déteint sur les jeunes »

Décrochage, échec scolaire, fracture numérique, manque de moyens… Les difficultés et inégalités, aggravées par la crise sanitaire, touchent élèves comme enseignants. Patrick Rayou, professeur émérite en sciences de l’éducation, décrypte les secousses que traverse l’école républicaine.

Mercredi 22 septembre a eu lieu la 14ème Journée du refus de l’échec scolaire, une journée nationale de mobilisation et de « lutte contre les inégalités éducatives ». L’enjeu ? Éviter que la crise sanitaire se métamorphose en une crise éducative incurable. On estime que chaque année un peu plus de 80 000 jeunes sortent du système scolaire sans diplôme ou juste avec le brevet en poche. L’inquiétude actuelle est que ces élèves en « décrochage scolaire » se multiplient à cause du Covid-19. Pendant cette année et demie de pandémie, les difficultés et inégalités se sont en effet accrues, tant pour les élèves que pour les enseignants. Patrick Rayou, professeur émérite en sciences de l’éducation à l'Université Paris VIII, et auteur de « Faire ses devoirs : Enjeux cognitifs et sociaux d'une pratique ordinaire » (éditions des Presses Universitaires de Rennes) revient sur le malaise que vit l’école.

ELLE. Les confinements successifs et « l’école à la maison » ont-ils aggravé les inégalités et généralisé le décrochage scolaire ? 

Patrick Rayou. Savoir précisément combien d'élèves ont décroché depuis début 2020 est très difficile à dire, mais il est sûr que l’école à distance n’a pas amélioré le niveau des élèves. Le Covid a perturbé les cours et les manières d’enseigner. On pourra mesurer dans les années à venir l’impact de la crise sanitaire sur l'échec scolaire. Ce qu’on voit c’est que les familles sont très inégalement dotées en matériel et culturellement, elles n’ont donc pas toutes les moyens d’éviter que leurs enfants décrochent du système scolaire. 

Lors des entretiens que j'ai menés avec mon équipe pour déterminer les manières de faire l’école à la maison au début de la pandémie*, on a rencontré des familles très peu dotées en matériel numérique. Chez certaines il n'y avait qu'un seul téléphone pour toute la famille, pas d’imprimante ou alors des forfaits internet rapidement épuisés. Alors quand on entend le ministre Jean-Michel Blanquer dire qu’avec l’allocation de rentrée les parents achètent des écrans plats… c’est le mythe du pauvre et de l’assistanat. C’est justement à travers l'école que les familles les moins aisées espèrent l'ascenseur social pour leurs enfants. Les inégalités de dotation culturelle et financière, devenues beaucoup plus criantes avec la crise, contribuent en effet au décrochage scolaire. 

ELLE. Les enseignants ont le sentiment d’être une profession déclassée (80% d’entre eux soulignent la difficulté de leur métier, selon un sondage OpinionWay en 2019) et mal payée (30% de moins que la moyenne de l’OCDE). L'enseignement attire moins, en quinze ans on note une baisse de 30% des inscrits au concours du secondaire, doit-on craindre une perte de vocation ? 

Patrick Rayou. La désaffection pour le métier d’enseignant est évidente et assez ancienne. L’idée de « vocation » qui existait jusqu’à la fin du 20e siècle est en train de s'amenuiser, on voit beaucoup de profs quitter l’enseignement et se reconvertir dans un tout autre domaine. Le métier attire de moins en moins de jeunes et bons étudiants et candidats, surtout dans des disciplines comme les matières scientifiques et techniques du second degré. Pourquoi ? Parce qu'on redoute les bas salaires et des conditions d’enseignement peu agréables. 

Moi-même étant formateur dans l'académie de Créteil, je ne suis parfois pas fier des nouveaux enseignants qui sortent de formation, certains ont des notes inférieures à la moyenne dans des disciplines jugées fondamentales au CAPES (le certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré, NDLR). C’est le cas dans les rectorats de Créteil, Versailles, Lille ou encore Amiens. Dans ces académies dites difficiles, c’est aussi là où l’on recrute le plus de contractuels parce qu'on n’arrive pas à embaucher assez de professeurs à temps plein. Mais lorsque les élèves changent trois fois de profs dans l’année, ils doivent s’adapter à chaque fois à des nouvelles méthodes d’enseignement et des nouvelles attentes. Le mal-être des enseignants déteint alors sur les jeunes, qui ne sont plus autant motivés pour participer en classe ou simplement pour apprendre. C’est un cercle vicieux… 

ELLE. Si les élèves décrochent et les profs se reconvertissent, peut-on dire que l’école est, elle aussi, en échec scolaire ?

Patrick Rayou. Croire que l’école est uniforme et efficiente sur tout le territoire, c’est le mythe républicain. Depuis le XIXe siècle on a découvert la géographie de l'école et on a vu que les établissements n'étaient pas les mêmes, que les dotations financières et matérielles n'étaient pas du tout les mêmes, etc. Aujourd’hui avec le Covid-19, on a vu les difficultés des familles à intervenir pour les devoirs et les leçons apprises à distance. On a compris que faire l’école à la maison n’était pas du tout évident et que le rôle du professeur est primordial : on ne peut pas exporter les techniques d’enseignement et d’apprentissage hors de l’école. 

Et paradoxalement avec la crise sanitaire, dans les collèges et les lycées les professeurs ont recréé du lien en proposant des classes ouvertes aux parents. Grâce à la communication par téléphone portable avec les familles, une communication moins officielle que lors des traditionnelles réunions parents-profs, les enseignants ont mis en place des filets de sécurité pour éviter un décrochage massif des jeunes. Ils s’assuraient auprès de ses parents que l’élève a bien compris les devoirs et qu’il les fait. C’est un éloignement forcé qui a permis un rapprochement. Les enseignants ont vraiment pris le relais pour soutenir des familles désemparées et démunies par un enseignement délocalisé à la maison.

Emma Ruffenach

*« La forme scolaire en confinement. Enseignants et parents à l'épreuve de l’enseignement à distance », Ria Luc, Patrick Rayou, novembre 2020.

Lire la suite