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Vivement l'Ecole!

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Penser, en enseignant, à travailler avec les élèves comment penser le futur...

14 Novembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Orientation

Penser, en enseignant, à travailler avec les élèves comment penser le futur...

Un véritable accompagnement dans l’accès à la vie professionnelle et à la réalisation de soi… c’est possible !

Le droit au « vrai choix » de son avenir (professionnel et donc personnel) est un droit inaliénable

Beaucoup trop d’élèves (collégiens principalement) sont sommés de « choisir » des voies de formation qui leur sont imposées par défaut. C’est le lot commun des élèves en échec scolaire parvenus en fin de 4ème et de 3ème. L’orientation doit être un choix offert à tous, pas une contrainte imposée à certains : ce qui suppose un travail collectif de tous les enseignants.

Penser, en enseignant, à travailler avec les élèves comment penser le futur

Une véritable culture de l’accompagnement au « projet » est à mettre en œuvre collectivement. Pour pouvoir mener à bien la réflexion sur son orientation pour le futur (à court ou moyen terme): 

- l’élève doit pouvoir avoir une vision précise de ses compétences et de ses potentialités (question déjà abordée d’une évaluation par compétence, individuelle et argumentée). Ce bilan peut permettre à l’élève, en cas de distorsion entre ses souhaits et ses capacités présentes, d’envisager une remédiation ciblée (en langues, expression écrite, etc.). Il doit pouvoir opérer en permanence des ajustements entre ce qu’il maîtrise et ce qu’il vise.

- l’élève doit pouvoir se projeter dans le futur. C’est une préoccupation enseignante peu développée alors même que les travaux portant sur les Perspectives temporelles à l’adolescence montrent que beaucoup de jeunes ont des difficultés à se projeter dans leur avenir. L’École favorise peu les activités de ce type. Ainsi une thèse récente (Leininger-Frézal, 2009), portant sur l’Éducation au développement durable, montre que les projets pédagogiques sont très rarement ancrés dans le futur, et que même des pratiques innovantes sont pensées dans et pour l’école, donc dans un cadre défini, alors même que les finalités civiques visées sont un futur à construire.

- l’élève doit pouvoir aussi se projeter dans le monde. Le problème est que l'école est fermée sur elle-même. Une ouverture vers le monde économique semble une piste importante. Cela ne signifie pas « vendre » l'école mais simplement ne pas la couper des réalités économiques et sociales.

Ainsi, « l’orientation » - comme il est dit de manière elliptique - doit être un temps de découverte, un moment structuré par un projet pédagogique. Cela peut, par exemple, revêtir la forme d’un projet artistique (écriture et représentation d’une pièce de théâtre, tournage vidéo), de la conception d’outils de communication sur les métiers (reportage sur des branches professionnelles méconnues, interviews de professionnels, enquêtes), d’un journal… Ainsi, les élèves s’approprient le projet en tant qu’acteurs et non spectateurs/consommateurs d’une « orientation » qui leur serait proposée de l’extérieur. D’ailleurs, si les enseignants eux-mêmes sont incités à concevoir leur carrière comme une dynamique, sans doute seront-ils enclins à mieux comprendre les angoisses et le stress de leurs élèves.

De toute manière, il doit exister un lien fort entre la découverte du monde du travail et les apprentissages fondamentaux : non plus comme une sorte d’assujettissement de l’école au monde du travail (considérant qu’elle doit être le « réservoir » des futurs travailleurs) mais bien au contraire en permettant à chaque élève (futur travailleur) d’interpeller l’École sur ce qu’elle peut lui « offrir » comme ressources pour accéder à son projet personnel et le construire.

Christophe Chartreux et Nicole Allieu-Mary

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Dans le labyrinthe de l'orientation... Par Luc Cédelle (2011 et terriblement actuel)

14 Novembre 2016 , Rédigé par Le Monde - Luc Cédelle Publié dans #Education, #Orientation

Dans le labyrinthe de l'orientation... Par Luc Cédelle (2011 et terriblement actuel)

Extraits

(...)

ORIENTATION BEAUCOUP TROP PRÉCOCE

Quant à l'orientation-désir, l'orientation de ceux qui ont vraiment le choix, elle reste conditionnée en amont par les stratégies parentales. Il est "très difficile de réussir des concours après le bac si on ne s'y prépare pas dès 11 ans, dès la 6e", remarquait, dans un récent entretien au Monde.fr, Jean-Charles Pomerol, président de l'université Pierre-et-Marie-Curie. Critiquant cette "orientation beaucoup trop précoce", il estimait même que "le choix d'un métier ne devrait pas être fixé avant bac+3 car on constate qu'avant, beaucoup de jeunes hésitent sur leur vocation".

Le fantasme managérial de "l'adéquation des formations aux besoins de l'économie" est opiniâtrement réaffirmé mais contredit par l'avertissement donné simultanément aux jeunes qu'ils devront "changer de métier plusieurs fois dans leur vie".

Par ailleurs, si certains employeurs se plaignent de chercher "désespérément" à embaucher, c'est que des logiques d'image, de conditions salariales ou de conditions de travail entrent en jeu, qui ne dépendent pas du système scolaire ou universitaire.

L'idée perdure néanmoins, consensuelle, de mieux faire coïncider les formations et les débouchés. "Tout le monde est d'accord aujourd'hui pour améliorer le lien entre le monde de l'éducation et celui de l'économie", estime Laure Endrizzi, qui a coordonné pour la Veille scientifique et technologique de l'ex-INRP un excellent dossier sur la relation école-emploi. "Mais, précise-t-elle, toute adéquation mécaniste est désormais perçue comme largement illusoire, dans un monde du travail caractérisé par l'incertitude et l'imprévisibilité."

Par ailleurs, l'aspect "tout au long de la vie" de la formation et de l'orientation, malgré l'intégration de ce principe à toutes les politiques publiques, se fait attendre. Les destins sociaux restent massivement conditionnés par les parcours scolaires initiaux. L'idéal d'une orientation heureuse – aide au choix, adaptée à tous les publics et à tous les âges – se heurte à de nombreux obstacles, complexes et solides.

Luc Cédelle

L'article complet est à retrouver ci-dessous

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Lutte contre le décrochage : moins de 100 000 décrocheurs en 2015-2016...

14 Novembre 2016 , Rédigé par Ministère Education Nationale Publié dans #Education, #Décrochage

Lutte contre le décrochage : moins de 100 000 décrocheurs en 2015-2016...

La ministre a annoncé ce matin les résultats très encourageants de la lutte contre le décrochage scolaire : 98 000 jeunes sont de l’école sans diplôme en 2015-2016, contre 140 000 en 2010. Quant à la proportion des 18-24 ans ayant quitté le système scolaire sans qualification, elle est passée à 9,3%, contre 11% pour la moyenne européenne. La lutte contre le décrochage scolaire est une priorité de la ministre qui s’est fixée deux objectifs clairs : prévenir plus efficacement le décrochage afin de diviser par deux le nombre de jeunes sortant sans qualification du système éducatif d’ici 2017 et faciliter le retour vers l’École des jeunes ayant déjà décroché.

Aujourd’hui se tiendra le séminaire « Décrochage, territoire et actions publiques », organisé par Najat Vallaud-Belkacem. Cette rencontre entre les chercheurs, les professionnels de l’Éducation nationale et leurs partenaires doit permettre à la ministre d’analyser les résultats de la lutte contre le décrochage scolaire et de signer une convention de partenariat avec l’association C’Possible pour renforcer l’accès des collégiens et lycéens à la culture et au monde de l’entreprise.

Retrouvez l’édito de la ministre ainsi que le dossier de présentation de l’action publique contre le décrochage :

Réduire le décrochage constitue un enjeu majeur pour notre société : ce constat est largement partagé.

L’École a évidemment un rôle important à jouer et une grande responsabilité pour prévenir et lutter contre ce phénomène. La loi pour la Refondation de l’École de la République  en a pris  la mesure. Mais si nous voulons agir efficacement contre le décrochage scolaire, et le réduire durablement, il nous faut l’envisager dans toute sa complexité. Le décrochage scolaire obéit en effet à des facteurs nombreux, variés, qui dépassent largement le cadre des enceintes de nos établissements.

L’École doit agir – mais pas toute seule. Le ministère de  l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a donc conduit en 2013, avec tous ses partenaires, une évaluation  de cette politique publique qui a permis l’élaboration d’un plan d’actions concret et ambitieux.

Ce plan « Tous mobilisés pour vaincre le décrochage » est notre feuille de route. Elle fournit, à notre action, un cadre fédérateur.

Le premier résultat de cette mobilisation c’est une coopération renforcée sur le terrain de tous les partenaires concernés, avec une coordination associant l’ensemble des acteurs au service de la prévention et de la prise en charge des jeunes et les travaux de la recherche.

Le deuxième résultat, ce sont des indicateurs positifs, qui sont autant d’encouragements à poursuivre notre action. Après des années passées à avoir le sentiment que nos efforts ne parvenaient qu’à contenir la vague, mais non à inverser la tendance, nous progressons, grâce à l’implication de tous, dans la prise en charge des jeunes sortis sans qualification. Notre taux de 18-24 ans sortants précoces, désormais inférieur à celui de l’Allemagne et du Royaume-Uni, a dépassé l’objectif européen. Un autre cap très symbolique été franchi : nous passons enfin sous le seuil des 100 000 jeunes qui sortent annuellement du système de formation initiale sans diplôme.

En tant que ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, je tiens à saluer l’engagement de la communauté éducative qui contribue fortement à ce résultat.

Bien entendu ce n’est qu’une première étape. Trop de jeunes restent encore au bord du chemin.

Nous devons poursuivre sans relâche notre action, l’amplifier et rester mobilisés pour vaincre le décrochage scolaire. Soyez assurés de ma détermination au service de cette politique publique dont l’enjeu est immense. C’est en agissant collectivement et de façon pérenne que nous ferons ressentir à chaque jeune la justesse de cette phrase de Proust, qui doit aussi nous inspirer : « Il n’y a pas de réussite facile ni d’échecs définitifs »

Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Plus d’informations avec le dossier de présentation de l’action publique contre le décrochage

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Réponses...

14 Novembre 2016 , Rédigé par Les Cahiers Pédagogiques Publié dans #Education

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Extrait de la Revue de Presse des Cahiers Pédagogiques/13 novembre 2016

(...)

Réponses

Cette semaine a aussi été marquée par une série de réponses à des textes ou des déclarations parues précédemment.

Dans Le Monde, Cécile Ladjali réagit à l’émission d’Envoyé Spécial sur le recrutement des enseignants vacataires et surtout la réponse de la Ministre sur le plateau d’Élise Lucet : “Des émissions comme celle-ci nient le travail de milliers de professeurs honnêtes et investis. L’autorité de notre discours ne peut pas tenir face à celle de parents déjà circonspects à notre endroit, si les médias diffusent à tous crins de telles émissions aux heures de grande écoute. Enfin, notre action est condamnée à mort si notre propre ministre ne nous défend pas davantage. La parole du maître et du politique aura perdu toute sa force, si elle est laissée à la seule charge des médias qui procèdent par raccourcis et par mises en scène caricaturales.

Cette tribune est une belle illustration de l’état d’esprit d’un bon nombre d’enseignants et elle doit être lue comme telle. Cécile Ladjali prend, elle aussi, comme une attaque des enseignants une critique du fonctionnement du système. On est aujourd’hui dans une forme d’hyper-susceptibilité corporatiste qui nous conduit à prendre "pour soi" toute critique de l’institution et à sans cesse fustiger "le mépris" et évoquer à tort et travers la "souffrance" des enseignants. Et on en vient même à nier des évidences comme celles montrées dans ce reportage.

Sortons des faux débats ”. Dans une lettre ouverte aux candidats à la primaire de la droite (à lire sur LeMonde.fr, la ministre de l’éducation nationale critique leur volonté de supprimer des postes de professeur. “Le débat télévisé qui devait vous permettre d’exposer vos projets pour l’école a sacrifié le thème de l’éducation : c’est regrettable. Sur ce sujet plus encore que sur tous les autres, les Français ont droit à un débat de fond qui dépasse la surenchère démagogique sur l’autorité et les mensonges sur les réformes de ce quinquennat ” commence t-elle par déplorer. Et elle poursuit en se faisant plus précise : “vous proposez le tri précoce des élèves, toujours les mêmes. Dès le CP pour Nicolas Sarkozy, en créant des classes spéciales où reléguer les élèves en difficulté. En orientant dès la 6e vers une professionnalisation rapide pour Bruno Le Maire. Ou en développant l’apprentissage précoce à 15 ans, avant la fin de la scolarité obligatoire pour François Fillon. Comme si la démocratisation scolaire était allée trop loin. Comme si l’orientation subie et imposée n’était pas la source des frustrations et de l’échec. Comme si la relégation scolaire des élèves en difficulté permettait la revalorisation de la filière professionnelle que chacun appelle par ailleurs de ses vœux. L’école du libre choix, progressif, accompagné, réversible a déjà permis, elle, de diminuer de 30 000 en cinq ans le nombre de jeunes sortant sans qualification ? N’est-ce pas préférable ? […] L’école de la République, ses enseignants, ses élèves, nos enfants, à tous, méritent mieux que le grand bond en arrière que vous leur promettez.

A qui profite l’outrance sur l’école ?” C’est la question que pose Mattea Battaglia dans Le Monde à propos du livre « Mais qui sont les assassins de l’école ? », de Carole Barjon, journaliste à L’Obs (voir les bloc-notes du 9 octobre et du 25 septembre ). Et pour la journaliste, la réponse est claire : “A six mois de l’échéance présidentielle, n’y a-t-il pas un risque à marteler, à l’adresse des Français, que leurs enfants font les frais, au sein d’une école qui a renoncé à tout, d’une lutte interne à l’éducation nationale ? Il y a là un boulevard ouvert à tous ceux qui aiment taper sur le service public et déplorer l’abandon fantasmé des « fondamentaux ». Un refrain qu’entonnent les ténors de la droite

Et cet article est une sorte de préambule pour une réponse collective à ce même livre signée par une bonne partie des personnes mises en cause dans cet ouvrage. “Le mépris et l’ignorance ne servent pas le débat sur l’école ” c’est le titre donné à cette tribune par les co-signataires : Alain Boissinot, Viviane Bouysse, François Dubet, Roland Goigoux, Michel Lussault, Philippe Meirieu, et Florence Robine. Après avoir rappelé que le complotisme est un procédé indigne, facile et ancien, les auteurs se font plus incisifs encore : “On pourrait rire de cette litanie de la déploration si elle n’était le signe d’un double problème : d’une part, le caractère systématiquement nostalgique des propos publics sur l’éducation, sans doute parce que nous regrettons toujours, peu ou prou, le temps où nous étions plus jeunes, et parce que les élites imaginent que ce qui leur a si bien réussi doit réussir avec tout le monde.” et ils poursuivent “Oui, nous prenons au sérieux le problème des inégalités dans l’école et de l’accès à la langue française : c’est pourquoi nous refusons toutes les simplifications qui abusent le public, discréditent le travail des enseignants, ignorent les recherches et les comparaisons avec des systèmes scolaires parfois plus efficaces et plus équitables, afin de rassurer l’opinion en désignant des boucs émissaires.” Ils et elles rappellent aussi le peu de rigueur du travail de la journaliste comme l’avait déjà montré un article paru sur le site des Cahiers Pédagogiques . La conclusion mérite d’être citée en entier :

En réalité, le livre de Carole Barjon est l’expression d’un triple mépris : mépris de l’étude, de la recherche et de la réflexion ; mépris des enseignants, les principaux acteurs de l’école, qui travaillent avec les élèves tels qu’ils sont ; mépris des élèves qui n’ont pas la chance d’être conformes à un hypothétique idéal et qui ont l’arrogance de réclamer un peu de sens à ce qu’on leur enseigne. L’Ecole française ne va pas bien. Mais elle mérite mieux que ce mépris et cette ignorance, ce mélange de rumeurs et de théorie du complot. Elle mérite aussi qu’on cesse de lui rabâcher qu’elle n’aurait pas d’autre avenir que le retour vers un âge d’or qui n’a jamais existé.

(...)

Philippe Watrelot

La totalité de la revue de presse est à retrouver en cliquant ci-dessous

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« Nous sommes passés sous la barre des 100 000 nouveaux décrocheurs »...

13 Novembre 2016 , Rédigé par La Croix - Denis Peiron Publié dans #Education, #Décrochage

najat-vallaud-belkacem.com

najat-vallaud-belkacem.com

Pour Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’éducation nationale, qui annonce à La Croix de nouveaux chiffres encourageants, l’objectif de réduction de moitié du décrochage scolaire sur la durée du quinquennat peut être atteint.

François Hollande s’était fixé pour but de réduire de moitié le nombre de décrocheurs. Cet objectif sera-t-il atteint ?

Najat Vallaud-Belkacem : Je le pense. Longtemps, les efforts entrepris pour lutter contre le décrochage scolaire ne permettaient que de contenir la vague. Mais en 2014-2015, le nombre de jeunes sortant annuellement du système sans qualification – le flux – est enfin passé de 140 000 à 110 000.

Et la proportion de 18-24 ans ayant quitté le système scolaire sans qualification et restant sans solution – le stock – s’est enfin réduite à 9,3 %, contre 11 % pour la moyenne européenne. En 2015-2016, nous sommes passés sous la barre des 100 000 nouveaux décrocheurs, avec 98 000 élèves concernés. Enfin pour les chiffres 2016-2017, qui seront connus l’an prochain, nous tablons sur une nouvelle baisse, à moins de 80 000.

Qu’est-ce qui justifie un tel optimisme ?

N. V.-B. : Nous avons, à la rentrée 2016, introduit de nouvelles mesures ou étendu des dispositifs prometteurs. Je pense notamment aux parcours aménagés de la formation initiale, que nous généralisons pour permettre à des élèves de plus de 15 ans qui ne se sentent plus à l’aise à l’école de faire une pause sous la forme d’un service civique ou d’un stage en milieu professionnel, tout en conservant leur statut scolaire. Je signerai d’ailleurs cette semaine une convention avec une quinzaine de nouvelles entreprises prêtes à accueillir des jeunes dans ce cadre.

De même, nous avons instauré un droit à redoubler dans l’établissement d’origine pour les candidats malheureux au CAP, au brevet de technicien ou encore au baccalauréat. On sait qu’énormément de jeunes renonçaient à repasser ces examens simplement parce qu’ils n’étaient pas accueillis.

42 microlycées ouverts aux jeunes décrocheurs

Par ailleurs, nous avons fait passer de 12 en 2012 à 42 aujourd’hui le nombre de microlycées, qui permettent à des jeunes ayant décroché de renouer avec les études, de préparer leur baccalauréat en petits groupes en bénéficiant d’un coaching personnalisé, avec des résultats exceptionnels dans l’obtention de diplômes dont l’exigence reste évidemment la même.

Enfin, s’agissant du droit au retour en formation dont bénéficie désormais le « stock des jeunes décrochés », la possibilité nouvelle de bénéficier d’une bourse en cas de reprise d’études est un encouragement de plus, à l’efficacité avérée.

Le décrochage résulte souvent d’une orientation subie. Comment agir sur ce paramètre ?

N. V.-B. : Nous avons pris différentes mesures. Pour la première fois cette année, nous permettons par exemple aux élèves de seconde professionnelle qui estiment s’être trompés d’orientation, ou l’avoir subie, de changer de domaine, voire de rejoindre la voie générale jusqu’aux vacances de la Toussaint.

Par ailleurs, mieux penser la transition entre notre lycée et notre enseignement supérieur, alors que l’objectif est d’élever à 60 % d’une classe d’âge le nombre de diplômés du supérieur, est une nécessité. On pourrait multiplier les contacts avec le monde professionnel au lycée, y compris dans la voie générale.

On le voit bien dans le supérieur, l’apprentissage répond aux aspirations d’un nombre toujours croissant de jeunes. Non pas à 14 ans, comme le suggèrent certains responsables de droite, en réalité dans l’espoir de pallier les difficultés du collège unique en triant très vite, mais à partir du lycée, lorsque l’on est suffisamment mûr pour faire ses propres choix.

Recueilli par Denis Peiron

 
 
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Eduquer après les attentats... France Inter (Audio et vidéo)

13 Novembre 2016 , Rédigé par France Inter - Philippe Meirieu Publié dans #Education

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Coup de gueule... Comment atteindre cet électorat "lepéniste de circonstances"?...

13 Novembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique

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La victoire de Marine Le Pen en 2017 est désormais possible. Le Brexit... Trump... Demain Marine?...

Il existe un noyau dur de l'électorat FN. Ceux-là sont racistes, antisémites, révisionnistes. Aucun débat raisonné n'est possible avec eux. Absolument aucun. J'ai essayé. En quelques minutes, parfois secondes, j'étais couvert d'injures, abreuvé de menaces.

Et puis il existe un autre électorat FN. Composé souvent de citoyens qui n'ont jamais voté FN de leur vie. Qui votaient même, pour un certain nombre, très à gauche. Engagés syndicalement dans des organisations que l'ont dit "marquées à gauche".

Un électorat aussi, qui s'abstenait élections après élections et qui, cette fois, ira voter. Pour la démagogie et le mensonge, pour un projet intenable mené par une équipe d'incapables, mais ils iront voter pour ceux qui leur font CROIRE à quelque chose. Ce constat-là doit être fait.

Ceux-là font partie de ces français qui subissent la mutation profonde d'un monde se transformant à très grande vitesse.

Aujourd'hui, les enfants entrant en maternelle ignorent tout - les adultes aussi -  de ces 65% de  professions nouvelles et inconnues qui existeront lorsqu'ils auront 20 ans. Ils ne savent pas car nous n'avons aucune idée de ce que seront ces professions.

En revanche, nous voyons déjà se diviser en deux le monde du travail qui s'annonce:

- d'une part des professions très peu valorisées et valorisantes, n'offrant que peu, voire pas du tout, de perspectives de progression. Professions "réservées" à celles et ceux qui auront échoué, les oubliés de l'Ecole, de cette école promise par les candidats de la droite actuelle: des élèves exclus très tôt, éliminés parce que plus éducables aux yeux des Juppé, Sarkozy ou Le Maire et Fillon. Aux yeux du FN, également, FN dont le projet Education pourrait être titré: "Le Massacre des Innocents".

- d'autre part des professions très valorisées et valorisantes, nécessitant un bagage culturel et un niveau d'expertise très élevé, résultat bien entendu d'études longues et onéreuses, donc ouvertes à des "dynasties" d'experts qui réserveront leurs "places".

Et entre les deux, tous les déclassés qui, à tort bien entendu, prêtent une oreille attentive aux discours démagogiques de Marine Le Pen et de ses amis.

Ces déclassés - et tout ce qui va suivre n'est empreint d'aucun mépris - existent en France. Je les rencontre parfois.

Ce sont ces gens exerçant une profession difficile, peu sûre car menacée par les licenciements, voire par la disparition totale. Ils habitent en ville, en périphérie. Ils ne sont pas chômeurs.

Ce sont ces ruraux, ces agriculteurs ou petits commerçants et artisans du Pays de Caux, du Pays de Bray, de tous ces "pays" qui font la France qu'on dit "profonde". Ils travaillent eux aussi, durement. Et eux aussi voient leur héritage disparaître, leurs enfants ne reprenant surtout pas des activités qui ne rapportent rien pour des heures où ils donnent tout.

Ces français-là ne sont pas racistes, ne sont pas antisémites, ne sont pas révisionnistes. Ils sont perdus. Et ils ont perdu confiance. En eux mais surtout en ceux qui à droite et à gauche n'ont pas vu ou voulu voir qu'ils existaient, étaient de plus en plus nombreux et grossissaient le flot risquant d'emmener le pays vers une catastrophe historique pas inéluctable, certes, mais possible.

Alors comment impacter ces populations qui - aucun mépris dans ce qui suit, je le redis - lisent peu la presse nationale, regardent de préférence TF1 à Arte, écoutent plus volontiers RTL à France Inter, se saoulent d'émissions présentées par des Cyril Hanouna dont la dangerosité involontaire devrait quand même faire réfléchir les patrons de chaînes, sont très éloignées des lieux de culture - cinémas; théâtres; bibliothèques; centres culturels; opéras - au point de considérer qu'une galerie marchande d'hypermarché est beaucoup plus intéressante qu'une visite de musée?

Ces populations qui n'utilisent qu'assez peu les smartphones, n'ont ni comptes Twitter ou Facebook, ne partent pas en vacances, ne voient les pistes de ski qu'au journaux télévisés et n'ont d'actualité que celle partagée le dimanche au stade pour venir encourager le fiston qui joue contre l'équipe du village d'à coté.

Ces populations qui apprennent que l'école, cette école où ils ont souvent échoué, cette école qui voit leurs enfants poursuivre dans la même voie de l' échec annoncé s'inquiète beaucoup de la disparition des classes bilangues mais très peu de celle de 150 000 (110 000 depuis l'an dernier) décrocheurs. 150 000 PAR AN depuis des décennies. Des "décrocheurs" que je préfère appeler des "décrochés". Nuance.

Oui comment impacter ces populations auxquelles on ne parle plus, sinon par le biais de l'école,  seule institution qui depuis quatre ans fait en sorte d'apporter l'EGALITE sans égalitarisme ni refus d'exigence? Et cela - que cela plaise ou non - par le travail de ministres dont la dernière titulaire du portefeuille, Najat Vallaud-Belkacem - a le COURAGE, oui le COURAGE et la LUCIDITE, de porter cette EGALITE encadrée sur les frontons de nos écoles par la LIBERTE et la FRATERNITE!

C'est par plus d'égalité, plus de partage visible, plus d'école, plus d'éducation, plus de culture, plus de services publics, plus de proximité, plus de "commun", que nous impacterons, que nous "imprimerons" les esprits inquiets de populations trop longtemps délaissées, ni fascistes, ni racistes, ni révisionnistes mais qu'on a laissées entre les mains dangereuses du Front National!

Tout cela a été commencé dès 2012. Pas assez, pas assez rapidement? Sans doute... La politique est un temps long dans une époque du "tout, tout de suite".

Est-ce une raison suffisante pour prendre le risque de cinq ans de "purgatoire", voire d' enfer?

Je pose la question...

Christophe Chartreux

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"Peut-être qu'ils se sentent exclus par l'école, par la société "... (+ commentaire)

13 Novembre 2016 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

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EXTRAITS

Près d’un mois après les émeutes devant ce lycée de Seine-Saint-Denis, des jeunes confient au « Monde » leur sentiment d’injustice, face à un système scolaire qui les malmène.

(...)

Le lycée professionnel Hélène-Boucher a été pris pour cible à trois reprises, début octobre, par des groupes de jeunes. Pour vous, que révèlent ces événements ?

Sébastien, 18 ans, ancien élève du lycée Hélène-Boucher. J’ai quitté le lycée en juin, et, pendant les trois années que j’y ai passées, il n’y a pas eu de problèmes, hormis quelques chamailleries entre élèves. Depuis le printemps, pendant les mobilisations contre la loi travail, il y a eu des « blocus » – avec caillassages, poubelles brûlées, jets de pierre, paintballs –, et les choses se sont intensifiées depuis. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-être que ce sont des élèves qui ne veulent simplement pas avoir cours.

Jonathan, 18 ans, ancien élève du lycée Léonard-de-Vinci. Pour moi, c’est sans doute lié à la proviseure, les CPE [conseillers principaux d’éducation] ou d’autres personnels qui ne cherchent pas à comprendre les élèves, qui appellent les parents pour rien, qui sont tout de suite dans la sanction plutôt que d’écouter, dialoguer.

Yacine, 21 ans, étudiant à l’université Paris-II. C’est un avertissement. Ces jeunes n’ont pas attaqué le lycée par hasard ; ils voulaient s’en prendre à l’institution, à l’Etat. Et il y a des raisons à cela. Peut-être qu’ils se sentent exclus par l’école, par la société. Peut-être qu’ils souffrent d’un manque de considération. Ce cri d’alarme, il faut essayer de le comprendre. Car si on se cantonne à l’image de jeunes qui font le bazar, on n’avancera pas.

Sukayna, 20 ans, étudiante à Paris-VIII. Bien sûr, je condamne ces violences, mais je comprends aussi un peu la colère de ces élèves. Lorsque j’étais en lycée professionnel, j’ai remarqué que beaucoup de mes camarades étaient là par défaut ; ils n’avaient pas choisi leur voie mais y avaient été orientés. Du coup, ils n’avaient plus envie d’étudier. Ils continuaient d’aller à l’école seulement parce qu’ils y étaient obligés. Si vous êtes dans une filière qui ne vous intéresse pas, si, en plus, vous avez des profs qui vous disent que ça va être dur pour vous, que vous n’aurez pas le bac, que la fac, ce n’est pas pour vous, vous baissez les bras et c’est la spirale de l’échec, du décrochage, parfois de la violence.

(...)

Quels souvenirs avez-vous de l’école ? Plutôt heureux, plutôt douloureux ?

Jonathan. Moi, je n’en garde que des mauvais. J’étais nul en français. Au primaire, je ne savais pas parler, je venais des Antilles. Je me souviens de profs gentils, mais au collège, je n’arrivais pas à les comprendre. J’avais la haine contre une prof parce que je croyais qu’elle avait quelque chose contre moi. Un jour, j’avais un problème avec un élève, elle a pris mon carnet de correspondance, pas celui de l’autre. C’était en 4e. J’ai pété un câble…

Mohammed. Moi, j’ai toujours bien aimé l’école. C’était marrant. Il y a des profs qui sont cools, mais d’autres qui font des différences, qui ont leurs chouchous. Ceux qui ne suivent pas, ils s’en foutent, ils les laissent de côté. Si tu n’écoutes pas, tu sors du cours !

Quelles solutions selon vous faudrait-il mettre en place pour que des incidents comme ceux d’octobre ne se reproduisent pas ?

Yasmine, en 1ère au lycée Léonard-de-Vinci. Il y a un vrai manque de dialogue. Les profs, souvent, ils parlent, font des discours, mais n’écoutent pas ; les élèves n’ont pas leur mot à dire. C’est ça qui conduit des élèves se révolter.

Yacine. En France, on a une jeunesse à deux vitesses ; celle de la banlieue reste dans son monde, sans avoir les codes et les valeurs de ce qu’est la réussite dans ce pays. Il faut mettre dans la tête de ces jeunes que l’école sert à quelque chose, qu’ils sont des citoyens comme les autres, pas de seconde zone, qu’ils peuvent participer à la vie sociale, faire des études et réussir, au même rang que tous les autres.

Aurélie Collas, journaliste au Monde

L'article complet est à retrouver en cliquant ci-dessous (Pour abonnés)

Commentaire:

Ce "système" scolaire décrit ici de manière vivante, "brut de décoffrage" est exactement celui:

- que la droite veut maintenir et dont elle veut amplifier les effets les plus néfastes. Il faudra m'expliquer comment on parviendra à lutter contre le sentiment d'injustice, contre les inégalités érigées en principe, en supprimant 50 000 postes d'enseignants ( a minima; il faut plutôt tabler sur 80 000), en orientant les élèves les plus en difficultés vers des filières qui ne seront plus imposées après la 3e mais dès la 6e (???!!!) niant ainsi le principe d'éducabilité.

- que la Ministre et ses prédécesseurs Rue de Grenelle ont voulu et continuent, patiemment - il en faut de la patience - de transformer en profondeur pour ne plus entendre un jeune dire:

"Sukayna. Je me souviens qu’en 3e, on me disait : si tu ne fais pas d’efforts, tu iras en pro. Même chose en 2nde : attention, tu peux être réorientée en pro. C’était une menace ! Et c’est ce qui s’est passé : on m’a réorientée dans une filière professionnelle après la 2nde. "

La réforme du collège (pour ne parler que d'elle), trop brutale pour les uns, pas assez audacieuse pour les autres, doit-elle être poursuivie, enrichie, construite ensemble pour la réussite de TOUS les élèves?

OUI!

La réforme du collège mérite-t-elle la condamnation à mort par l'arrivée de la droite au pouvoir, condamnation "justifiée" par le fait qu'elle aurait été "trop ceci" pour les uns et "pas assez cela" pour les autres? Alors qu'elle démontre DEJA, dans de nombreux domaines, son efficacité?

NON! Ne prenons pas ce risque!

Il sera temps après 2017, après l'élection d'apporter les changements nécessaires, les ajustements, de co-construire une Ecole qui doit poursuivre ses mutations (au pluriel) dans un monde que nos élèves doivent maîtriser pour ne pas être écrasés par lui...

Et quand je dis nos élèves menacés d'être écrasés, je pense à celles et ceux qui sont TOUJOURS les mêmes à subir ces écrasements!

Christophe Chartreux

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Education 2017... Les savoirs enseignés et les outils intellectuels indispensables à appréhender le monde sont à repenser de fond en comble...

12 Novembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique

Education 2017... Les savoirs enseignés et les outils intellectuels indispensables à appréhender le monde sont à repenser de fond en comble...

Deux raisons majeures pour placer la question des savoirs au cœur du futur projet pour une École du XXIe siècle :

Vivre au XXIème  siècle, dans un monde globalisé, où sciences et technologies  évoluent très rapidement, suppose l’accès à des savoirs plus  complexes : il ne s’agit plus seulement  d’additionner des savoirs de base (lire, écrire,  compter, se repérer dans le temps et l’espace), mais d’accéder  à la « pensée complexe » inlassablement décrite dans  toute l’œuvre d’Edgar Morin.

Penser  l’École aujourd’hui, c’est aussi avoir présent à l’esprit  que nos enfants entrant aujourd’hui au CP, auront 20 ans en  2024 !  Que sera-t-il pertinent  d’avoir comme « bagage » (au sens noble du terme) dans  ce monde futur ? Les connaissances sont rapidement obsolètes  dans certains secteurs. Des disciplines, aujourd’hui situées hors  du champ de la scolarité obligatoire, apparaissent (ou apparaîtront  vite) comme indispensables. Il faudra bien faire des choix dans la  masse devenue exponentielle des savoirs amassés par l’Humanité  comme devant être « transmis » ?

Les savoirs enseignés et les outils intellectuels indispensables à les appréhender sont donc à repenser de fond en comble et doivent faire l’objet d’une réflexion collective. Ces questions doivent être au cœur d’un débat de la société toute entière, dépassant les clivages partisans. Non, il ne doit pas y avoir un « discours de gauche sur les savoirs », mais la volonté partagée de « régénérer une culture humaniste laïque » permettant « d’armer intellectuellement les adolescents pour affronter le XXIe siècle » (Morin, 1998).

Il ne s’agit pas ici d’un discours incantatoire, mais de choses que nous vivons les uns et les autres (et nos enfants) au quotidien. Dans le monde actuel, un citoyen voulant comprendre son environnement, y agir en conscience et de manière responsable, est confronté à des savoirs plus complexes que par le passé. Les débats sur le réchauffement planétaire, les modèles de développement durable, les questions éthiques posées par les progrès de la médecine, la pertinence de telle ou telle technologie face à des choix écologiques, les problèmes posés par l’économie et la finance, les problématiques institutionnelles ou administratives, les questions de droit … autant de questions qui intéressent le citoyen mais nécessitent des outils intellectuels et des connaissances plus élaborés que par le passé. Nous ne sommes plus dans une conception additive de la connaissance, où il suffirait, à partir de savoirs de « base », d’accumuler jusqu’à l’encyclopédisme. D’ailleurs, ceux qui revendiquent une telle position (dans les débats contre les pédagogues en particulier), oublient – tellement ils ont intégré culturellement ces processus culturels – qu’ils manipulent des compétences de l’ordre d’un méta-savoir, un savoir sur le savoir qui leur permet sans problème de faire des liens, d’abstraire, de penser en surplomb ce qu’ils disent n’être simplement que des savoirs faciles à engranger. Si aujourd’hui, les choses étaient si simples, cela se saurait. 

Si cet enjeu (ce défi) n’est pas pris à bras le corps par l’École, afin de donner au plus grand nombre des clés de compréhension, une nouvelle fracture sociale va se développer, celle qui séparera ceux qui ont accès à la complexité et ceux qui en sont exclus. On le voit, il ne s’agit plus ici d’une simple question de l’accès à la culture ; mais de la capacité à s’emparer intellectuellement des problèmes du monde dans lequel nous vivons. Cette fracture est d’autant plus grave qu’elle sera (est déjà ?) « actée » politiquement. Il est de plus en plus fréquent d’entendre des hommes politiques, dans des interviews, indiquer que répondre de manière détaillée serait trop « technique », trop compliqué… pour l’auditeur ou le lecteur. Sous-entendu : le citoyen n’a pas les moyens de comprendre des mécanismes complexes : qu’il se contente de donner quitus sur des aspects généraux ; ensuite, les personnes compétentes feront le reste ! De telles positions sont indécentes car elles remettent en cause profondément le fonctionnement démocratique. D’ailleurs, n’est-ce pas également ce qui peut paraître irritant quand, dans des blogs, l’on lit avec stupéfaction des citoyens déverser des torrents de jugements à l’emporte pièce sur le mode « ya qu’à… », « il suffit de… » sur des questions qui mériteraient des débats approfondis ? Ces citoyens ne sont pas plus bêtes que les autres ; mais ils reflètent bien, de notre point de vue, la conséquence qu’il y a à réserver les choses compliquées (et sérieuses) à une élite.

Ainsi, l’École est au cœur de ce nouveau défi de la Connaissance afin de réconcilier ses ambitions pour les générations futures avec la réalité de la classe. Un simple exemple permettra de constater qu’il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur les enseignants mais d’inciter à une réflexion collective sur des pratiques devenues de tels habitus scolaires qu’ils ne suscitent plus guère de réflexion. Dans une discipline scolaire comme l’histoire-géographie, les finalités que poursuivent les enseignants, telles qu’elles apparaissent dans toutes les recherches didactiques, dans les évaluations de la DEPP (Image de la discipline et pratiques d’enseignement en histoire, géographie et éducation civique au collège, mars 2007), sont très ambitieuses : former des citoyens responsables, exercer l’esprit critique, comprendre le monde.  Pédagogiquement – et contrairement à ce qui est dit ça et là – ces mêmes enseignants disent être attentifs à mettre leurs élèves en activité, pour maintenir l’attention et la motivation et favoriser les apprentissages. Mais, les observations faites en classe dans le cadre de plusieurs recherches INRP montrent que sont valorisées, le plus souvent, des activités de « basse tension intellectuelle ». La métaphore peut faire sourire ; elle est pourtant claire. Colorier une carte, retrouver dans le titre d’un document un mot attendu par l’enseignant, l’échelle, reproduire sur son cahier le schéma fait par l’enseignant pour appuyer le raisonnement du cours, peuvent être autant d’activités effectuées… en pensant à autre chose ! Quel est l’investissement authentique de l’élève ? Quel enjeu y a-t-il pour lui, réellement ? En quoi cela lui pose-t-il une vraie question, un problème à résoudre ? Comme le dit Philippe Perrenoud, l’élève peut se contenter de faire son « métier d’élève ». En revanche, faire argumenter ces mêmes élèves – à partir de documents variés – sur le tracé d’une autoroute ; proposer et confronter des points de vue sur des solutions différentes, prenant en compte des contraintes géologiques, l’existence d’un patrimoine culturel (un site gaulois ?), des coûts différents, la répartition de la population, des perspectives européennes… est autrement plus mobilisateur. L’élève – considéré alors comme un futur citoyen en herbe – peut très bien comprendre les enjeux pour peu que les documents soient mis à sa portée. Tout à coup, décoder la légende d’une carte fait sens puisqu’il faut y retrouver une information qui deviendra argument. S’apercevoir que le dossier proposé ne permet pas de répondre à toutes les questions, devient un véritable entraînement à l’esprit critique, au-delà de tout formalisme scolaire. La critique vient à l’esprit parce qu’une question émerge à laquelle l’élève ne peut répondre en l’état .

On le voit, ces situations problématiques (on parle en mathématiques et en sciences de « situations problèmes »), ambitieuses, transposables à toutes les disciplines scolaires et expérimentées par certains pédagogues depuis… près de 30 ans, créent de la « tension intellectuelle », obligent à l’apprentissage et favorisent une posture responsable. Or que nous disent les mêmes recherches et évaluations énoncées plus haut du côté des élèves ? Sur les 3000 élèves questionnés par la DEPP en 2007, 86,9% considèrent que la classe d’histoire est « le lieu où l’on apprend à étudier des dates importantes » et 85,8% estiment qu’en géographie on étudie des « pays ». Les élèves ont donc finalement intériorisé le modèle dominant de l’enseignement français qui fait une large place au discours du maître et assez peu à de réelles situations d’apprentissage comme c’est le cas dans de nombreux pays européens.

De même (mais tout ne peut être développé ici), une approche de la complexité supposerait de sortir – comme le Socle commun y invite – du cloisonnement, de l’extrême compartimentation des savoirs scolaires. Peut-être faudrait-il d’ailleurs, commencer par les enseignants ! Pour avoir participé à une recherche INRP portant sur les pratiques argumentatives dans des débats oraux dans la classe au collège, l’un des auteurs peut témoigner de la méconnaissance profonde qu’ont les didacticiens même avec des champs disciplinaires voisins. Voulant étudier sur une classe de collège (5ème) les capacités des élèves à argumenter dans chacune des disciplines scolaires… ces chercheurs ont du commencer par travailler au plan théorique ce qu’est l’argumentation… en histoire, en physique, en arts plastiques, et français, etc. Sans compter la méconnaissance des problèmes spécifiques posés par les pédagogies entre disciplines, et entre niveaux d’enseignement.

Pourquoi ne pas envisager des passerelles, institutionnalisées aussi pour les enseignants !

- que les professeurs de collèges aillent à l’école élémentaire et au lycée (et vice-versa) ;

- que des enseignants d’université apprennent à découvrir les problèmes rencontrés par les enseignants de lycées;

- que des journées d’informations soient organisées à l’intention des enseignants des autres cycles

* sur les problèmes de l’apprentissage de la lecture, de l’écriture ;

* sur la présentation des grandes familles de disciplines (épistémologies comparées) ;

* sur l’interdisciplinarité pédagogique ;

* sur l’orientation à tous les niveaux …

Bref que chacun, à sa place, puisse se faire une vision plus large, plus ample, de l’ensemble du système éducatif.

Il est clair que les Universités, les IUT, les grandes écoles, les IUFM (refondés), l’IFE (Institut Français d’Éducation1) ont un « nouveau rôle » à jouer en promouvant – dans l’esprit des Universités Populaires Participatives Citoyennes – une diffusion des savoirs pour le plus grand nombre et auxquels, d’ailleurs, des étudiants même jeunes pourraient être associés ! Des UPPC, démultipliées sur le territoire, pourraient permettre le dialogue fécond avec les citoyens sur ces questions engageant l’avenir : une manière de renouer avec le projet de l’Éducation nouvelle en jetant des ponts entre société et École.

Christophe Chartreux et Nicole Allieu-Mary

Pour aller plus loin…

Le Socle commun des connaissances et des compétences. Tout ce qu’il est indispensable de maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire. MENESR. Décret du 11 juillet 2006.

http://media.education.gouv.fr/file/51/3/3513.pdf

Di Martino Annie & Sanchez Anne-Marie (2011) Socle commun et compétences. Paris : ESF.

Morin Edgar (1999) Le défi du XXIe siècle. Relier les connaissances. Journées thématiques conçues et animées par Edgar Morin, Paris du 16 au 24 mars 1998. Paris : Éditions du Seuil.

Morin Edgar (1999) La tête bien faite. Repenser la réforme, réformer la pensée. Paris : Éditions du Seuil.

Morin Edgar (2000) Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur. Paris : Éditions du Seuil.

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