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Vivement l'Ecole!

Articles avec #education tag

L'école de François Fillon...

28 Novembre 2016 , Rédigé par Les Cahiers Pédagogiques Publié dans #Education, #Politique

L'école de François Fillon...

EXTRAIT

"Ces organisations qui bloquent depuis des années les réformes de l’École commettent un crime contre la jeunesse et elles devraient en répondre devant la société française. Ce n’est pas la compétence et le dévouement des enseignants qui est en cause ; c’est la démission de l’État devant les syndicats, c’est la dictature d’une caste de pédagogistes prétentieux, et ce sont des réseaux de pouvoir au sein de l’Éducation nationale qui sont responsables de ce désastre."

François Fillon, Lyon, 22 novembre 2016

Ces mots prononcés lors d’un meeting ne sont pas uniquement des propos de tribune. On se souvient que François Fillon avait déjà parlé de pédagogues prétentieux lors de l’ultime débat du premier tour de la primaire de la droite. Et la phrase citée en exergue se retrouve presque mot pour mot (“pédagogues” au lieu de “pedagogistes”) dans une longue interview que l’ancien premier ministre (et ministre de l’éducation) a donné au mouvement SOS Éducation (il a aussi répondu aux questions de JP Brighelli... ). Je conseille d’ailleurs de faire l’effort de visionner cette vidéo où le candidat y parle des "fondamentaux”, d’un examen d’entrée en 6eme, de l’autonomie des établissements mais aussi de sa volonté de développer le secteur privé et une forte autonomie des établissements, de l’enseignement professionnel confié aux régions et au entreprises, de l’enseignement de l’histoire où il estime qu’il y a un “biais idéologique” et de la nécessité que l’École contribue fortement au sentiment d’identité nationale (conclusion de l’entretien qu’on retrouvera dans le débat télévisé de jeudi). 
L’interview est traversée aussi à plusieurs reprises par des considérations sur le poids excessif des syndicats et des “réseaux de pouvoir” où l’on peut trouver cette phrase.

Après le score “surprise” de François Fillon au 1er tour, de nombreux articles se sont penchés plus précisément sur ses propositions dans tous les domaines. Pour l’éducation, on peut déjà aller lire directement à la source sur Fillon2017.fr où la partie sur l’éducation est bien détaillée. De nombreux articles se livrent aussi à un comparatif des deux programmes (Juppé/Fillon). C’est le cas du Figaro et de 20minutes.fr, du journal Les Échos ou encore du Monde . D’autres se concentrent sur la présentation du probable vainqueur de la primaire. C’est le cas de François Jarraud dans le Café Pédagogique ou du site d’information VousNousIls qui font une présentation neutre du programme de l’ancien ministre de l’éducation de Jacques Chirac. Mais on trouvera aussi des analyses plus polémiques, comme celle de Bernard Girard sur Médiapart qui parle d’“un coup de massue pour l’école”, de Jean Michel Zakhartchouk sur son blog hébergé par EducPros qui voit une évolution “vers une école plus injuste et plus inefficace”, ou bien encore celles de Claude Lelièvre dans un billet sur Médiapart où il revient sur son action passée en tant que premier ministre et ministre de l’éducation et dans un autre billet sur le site de L’Obs où il estime que F. Fillon renie l’héritage de De Gaulle. Tous mettent en avant le ton très conservateur du discours de l’élu parisien originaire de la Sarthe mais aussi les mesures très libérales et favorables au privé qu’il prône ainsi que la brutalité de ce qui est réservé aux enseignants. On souligne aussi les renoncements qui caractérisent ce programme et surtout à l’ambition du collège unique avec la mise en place d’un tri sélectif précoce reniant l’héritage même de la loi Haby.

Et puis, il y a l’Histoire... C’est ce qui a fait le plus de bruit médiatique. Les propos outranciers et les mensonges délibérés expliquent cela mais on peut regretter que cela fasse passer au second plan tout le reste que nous venons d’évoquer et qui est tout aussi dangereux. Lors du débat du deuxième tour, en un refrain désormais familier, le favori de la primaire à droite a réitéré ses griefs contre ces “idéologues” qui rédigent les programmes d’histoire à l’école, et le truffent d’oublis. “Ce qui ne me plaît pas, c’est qu’on choisit les périodes qui correspondent à l’idéologie qu’on défend”, a-t-il expliqué, accusant les programmes scolaires actuels d’avoir éliminé “Clovis, Jeanne d’Arc, même Rousseau et Voltaire”. “Je veux que les programmes soient rédigés par des académiciens, des historiens et non pas par des politiques”, a fait préciser l’ancien Premier ministre sur son compte Twitter. Le message a aussitôt été retweeté par Sens commun, extension politique de la Manif pour Tous qui soutient le candidat. Aussitôt les réseaux sociaux ont réagi et les enseignants ont rétabli la vérité en rappelant que aucun des personnages historiques cités sont oubliés dans les nouveaux programmes de primaire et de collège. Et il est important de rappeler aussi que les programmes sont élaborés par une instance indépendante contrairement à la période précédente.

Les "décodeurs" et tous les pratiquants du “fact checking” ont donc eu du boulot avec ce débat (et pas seulement pour l’éducation mais ce n’est pas notre sujet...). On peut citer l’excellente mise au point des décodeurs du journal Le Monde qui reprend les programmes actuels tout comme le service Désintox de Libération ou une vidéo “Désintox” d’Arte .

On pourrait presque ranger dans cette catégorie la longue réponse de la ministre d’abord publiée sur Facebook puis sur son site personnel. Mais elle va au delà du rétablissement des faits pour se livrer aussi à une réponse très politique. Pour elle, le débat sur les programmes d’histoire est “un écran de fumée pour éluder les vrais enjeux de l’École”. Et elle interpelle le candidat : “S’il n’y a pas d’enseignant dans la classe, il n’y aura pas de Clovis, et il n’y aura pas de récit national transmis à qui que ce soit. Et encore moins aux élèves des établissements dans les quartiers populaires qui, si j’ai bien compris, sont soupçonnés plus que d’autres, de ne rien savoir de la France, ou pire, de ne pas l’aimer. Donc, je crois qu’à ce stade du débat public, les Français sont en droit d’exiger de François Fillon qu’il leur dise d’abord comment il prévoit l’enseignement de l’histoire aux 12 millions d’élèves français avec 500 000 fonctionnaires de moins. ”. Elle fait ensuite référence au travail mené par une équipe autour de Françoise Lantheaume dans l’ouvrage Le récit du commun, “Il y a en France, qui est un grand pays universitaire, des scientifiques qui travaillent sur ces questions et je veux rassurer tout le monde : les petits Français ont une conception très classique du récit national, très chronologique, avec les Rois de France, les dates, les lieux, les grandes guerres… ”. Et elle poursuit : “Alors, l’idéologie, qu’est-ce que c’est ? C’est justement l’histoire officielle voulue et pratiquée par François Fillon lorsqu’il a été en responsabilité. Je laisse cette conception des choses aux dictatures, aux régimes totalitaires et autoritaires. En France, l’histoire appartient aux historiens, et je compte bien défendre cette vision républicaine et démocratique de l’Éducation dans notre pays.

Sur ce point, on pourra aussi compléter la réflexion par quelques tribunes qui rappellent des principes et poursuivent la réflexion sur ce fameux “récit national” prôné par le candidat. Evoquons brièvement celle de l’Association des Professeurs d’Histoire Géopgraphie pour mettre l’accent surtout sur une tribune de Jean-Christophe Piot (blog “Déja vu”) et une autre de Sébastien Ledoux dans Libération qui s’interroge “De quoi le récit national de François Fillon est-il le nom ?”. Il faut signaler aussi la remarquable mise en perspective historique de cette notion très politique de “roman national” par Nadia Chaar sur Slate.fr pour NonFiction.

Au delà des polémiques, des tribunes indignées et des mises au point nécessaires, il y a une question, me semble t-il, qu’il convient de se poser. S’agit-il, dans le cas de l’ancien ministre de l’éducation, bardé de conseillers qui connaissent le système d’une méconnaissance qui le conduit à ces affirmations ? Ou alors d’un mensonge délibéré ? La réponse est contenue dans la question. François Fillon, pour les séduire, donne à toute une frange de la société la plus conservatrice le discours qu’ils veulent entendre sur l’École. Cela a un nom, ça s’appelle de la démagogie et du populisme...

(...)

Philippe Watrelot

Billet à retrouver ci-dessous dans sa totalité

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Ce que la droite prépare? Un massacre de l'école!...

27 Novembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique

Ce que la droite prépare? Un massacre de l'école!...

Alors que Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l'Education Nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche participait à l'émission "Le Grand Jury" sur RTL, une question posée par le journaliste du Figaro Alexis Brézet vint  cogner  à mon oreille:

"L'enseignement de l'Histoire n'est pas chronologique. Pourquoi?"

Passe encore que les trois journalistes en plateau réduise le sujet éducation à (Accrochez-vous!):

- le port de l'uniforme;

- la "disparition" des classes bilangues et du latin (qui n'ont ni les unes ni les autres disparu).

Mais que des professionnels aussi expérimentés n'aient toujours pas pris la peine d'ouvrir des manuels d'Histoire pour constater que la chronologie était respectée m'a laissé pantois, pour ne pas dire "sur le cul"!

Heureusement que la Ministre réussit, avec patience et persévérance, à élever le débat pour rappeler les menaces que font peser les projets Fillon/Juppé sur la fonction publique et donc sur les postes de professeurs, ainsi que sur les concours de recrutement.

Heureusement que la Ministre parvint, avec abnégation et conviction, à rappeler ou à faire découvrir à ces messieurs qu'il existait un dispositif appelé "Plus de maîtres que de classes". Dispositif dont la presse n'a que très peu parlé, préférant disserter sur les Gaulois, la délirante réforme de l'orthographe qui n'existe que dans l'imagination de l'Académie Française, le port de la blouse cher à François Fillon - on progresse plus vite en blouse, c'est bien connu! -, la disparition des figures de Clovis, Jeanne d'Arc, Voltaire et Rousseau - disparitions imaginaires - et l'apprentissage de l'arabe dès le CP, cauchemar de Monsieur Le Maire répété tous les jours pendant sa terne campagne.

Heureusement que la Ministre, avec pertinence et force de caractère, rappela que la réforme du collège permettait à TOUS les élèves de ce pays ce qui fut trop longtemps autorisé - réservé? - à 15% d'entre eux seulement. L'excellence, oui! Mais l'excellence pour TOUS, pas pour quelques-uns se partageant les "excellences dynastiques".

Manifestement, ce "TOUS" gène beaucoup...

Donc une fois encore merci à Najat Vallaud-Belkacem d'avoir permis à ce débat d'atteindre des hauteurs auxquelles, sans elle, il eut été difficile d'accéder!

Merci à elle d'avoir affirmé avec force que le bilan de ce gouvernement était un bon bilan. Il serait temps que chacun cesse de se soumettre à la petite musique obsédante qui, depuis quatre ans et demi, nous somme de croire, quotidiennement, à la "mort de la France" et à l' "incompétence du Président de la République"!

Merci à elle d'avoir défendu TOUS le corps enseignant, sans distinction de "chapelles pédagogiques". Ce soutien nous change des propos entendus lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Il nous rassure lorsqu'on entend ce que la droite prépare:

un massacre de l'école!

Christophe Chartreux

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La mécanique des inégalités scolaires... Vidéo...

27 Novembre 2016 , Rédigé par Université Rennes-II Publié dans #Education, #Pédagogie

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Quand une élève vous parle d' "humiliation"...

27 Novembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Pédagogie

Quand une élève vous parle d' "humiliation"...

« On nous dit tout le temps : tu n'as pas le droit de ceci, tu n'as pas le droit de cela ; c'est injuste à la fin ! On n'a jamais le droit de rien ! »

Stéphanie dans son style inimitable, s'emporte en exagérant un peu. Pas le droit... Pourtant l'enfant, l'élève a des droits. Affirmer le contraire serait avouer que l'école est un espace de « non-droit ». Ce qu'elle est parfois d'ailleurs...

« Mais si Stéphanie, tu as les droits de chaque élève dans ce collège, des droits évidemment limités par le respect des règles de vie en commun, limités par un règlement intérieur que tu dois, comme tous, connaître et accepter. »

Pas convaincue la Stéphanie... Elle me parle d' humiliation. Humiliation ? Diable ! Alors me revient en mémoire une enquête que Pierre Merle avait menée auprès d'étudiants de l' ex-IUFM de Bretagne. Elle date un peu, certes (1980). Je l' ai retrouvée et relue attentivement. Il existerait deux types d' humiliations liées aux pratiques pédagogiques, celles sans intentions et celles avec intention claire (plus ou moins consciente). Ces humiliations peuvent concerner un seul individu, le « mauvais » élève servant alors de mauvais exemple. Elles peuvent viser un groupe comme lors de division d'une classe en « bons » et « mauvais », reproduisant alors les dérives d'une hiérarchisation sociale déjà et toujours en place. Comment expliquer ces comportements ?

Pierre Merle met d'abord l'accent sur une idéologie scolaire du classement qui autoriserait la stigmatisation de l' élève jugé faible, les jugements professoraux reproduisant alors les positions sociales dans l'ordre scolaire. Puis il avance une seconde explication : l'enseignant doit maintenir un ordre dans sa classe pour assurer la transmission des savoirs, ce qui impose l'utilisation de techniques de contrôle. Or la situation de l'école (pas partout certes, mais...) a montré souvent, par le passé et encore maintenant dans tel ou tel établissement, son impuissance à faire sanctionner les règlements. L'humiliation devient alors une « sanction non réglementaire » visant à maintenir l'ordre.

« Ben vous voyez bien qu'on n'a pas le droit ! Qu'on n'a jamais le droit de rien ! »

Le droit... La reconnaissance des droits des élèves est loin de faire l'unanimité dans notre milieu. Moi même ne suis pas exempt de reproches à ce sujet, bien entendu... Pourtant c'est là une notion essentielle si l'on veut permettre aux élèves l'apprentissage des règles de la Démocratie. Sans angélisme excessif, qui ferait manquer la cible à coup sûr !

« Allez, entrez, ça a sonné... »

Et Stéphanie, dans un immense sourire de me dire :

« Vivement les vacances ! Vous devez en avoir marre aussi non ? »

Parfois... parfois... Mais pas forcément de ce que tu crois Stéphanie.

Christophe Chartreux

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Rendez-vous 10-12 mars 2017: Ce que l’école a réussi, ce qui l’interpelle encore aujourd’hui...

27 Novembre 2016 , Rédigé par Les Cahiers Pédagogiques Publié dans #Education, #Politique

Rendez-vous 10-12 mars 2017: Ce que l’école a réussi, ce qui l’interpelle encore aujourd’hui...

Séminaire commun CRAP-Cahiers pédagogiques, Education & Devenir et FESPI

Le CRAP-Cahiers pédagogiques, Éducation & Devenir et la FESPI (Fédération des établissements scolaires publics innovants) organiseront du 10 au 12 mars 2017 un séminaire commun à Paris sur le thème « Ce que l’école a réussi, ce qui l’interpelle encore aujourd’hui ». De quoi revenir sur le projet de refondation de l’école, ce qui a été fait et ce qui reste à faire.

Dans un contexte où les nations européennes, pourtant faites de multiplicité, semblent aspirées par un mouvement de « repli sur soi », où l’Europe et la France ont à relever le défi de l’arrivée et de l’accueil de nouvelles populations immigrées, déplacées sous l’effet des conflits meurtriers massifs et de changements climatiques, et alors que le quinquennat qui s’achève avait placé l’école au cœur des priorités gouvernementales, nous nous demandons quel a été le destin réel de cette détermination. À la veille de nouvelles grandes échéances politiques, il apparaît nécessaire de s’accorder un temps de réflexion pour dessiner les politiques éducatives en prenant en compte les évolutions de l’école française sur une longue durée, ne serait-ce que depuis trois ou quatre décennies.

Préoccupation fondamentale et permanente des responsables politiques, l’école en France ne cesse d’être l’objet de projets de transformation par les gouvernements et législateurs qui se succèdent, au point d’en désorienter les principaux acteurs. D’orientation ou de rénovation, se succédant ou se superposant les unes aux autres, faute d’une véritable pensée de la complexité et de prise en compte des exigences des processus de changements, ces réformes sont globalement restées inabouties.

Mise en œuvre

Si la loi de refondation, lancée par Vincent Peillon et poursuivie par ses deux successeurs, a ouvert et autorisé un certain nombre de possibles, dont l’ambition affichée est celle de doter la Nation française d’une école plus performante, plus juste, plus efficiente, une école à même d’accueillir et de former la totalité d’une classe d’âge, les démarches et pratiques institutionnelles appropriées à cette ambition de refondation de la République par l’École, qui ont été mises en œuvre, ne sont pas en correspondance avec les visées. À partir des grandes lois d’orientation aussi intéressantes soient-elles, les niveaux « intermédiaires » (recteurs, Dasen, chefs d’établissement) relais institutionnels incontournables, ont-ils permis ou entravé des avancées de la transformation de l’École de la République ?

S’il est fréquent de lire et de dénoncer les pesanteurs et les lacunes de notre école - Éducation & Devenir, le CRAP-Cahiers pédagogiques, la FESPI, et d’autres mouvements d’éducation, ne sont d’ailleurs pas en reste tout en étant force de proposition - ne faut-il pas aussi en mesurer les avancées ? Aussi nous semble-t-il essentiel de faire un bilan des réussites de l’école républicaine, afin de nous engager avec lucidité dans la prospective et dans l’élaboration des nouvelles orientations pour demain. Arrêtons-nous un peu et apprécions le chemin parcouru depuis les fondateurs.

Afficher les avancées

Essayons de rompre avec les plaintes, les flagellations habituelles et la défiance si courante dans notre modèle de pensée. Osons afficher les avancées, ce que la loi de refondation autorise et permet. Citons, entre autres, un droit reconnu à l’éducation pour tous, une scolarisation massive, un long processus de démocratisation, une structure tendant au désenclavement de l’enseignement technique et professionnel et à la fusion de l’enseignement général et technologique… Regardons aussi ce qui échappe sans doute aux statistiques et aux bilans de gestion : l’évolution des pratiques pédagogiques, la formation des acteurs, l’autonomie des établissements, les politiques locales...

Être critique n’interdit aucunement de faire le bilan des réussites et de dégager des marges de progrès ou d’identifier les chantiers inaboutis qui méritent d’être réactivés et renouvelés. Bien au contraire !

Reconnaissons que la massification a posé et pose toujours problème à l’école, interrogeant sa capacité à inclure tous les jeunes et à faire réussir tous les élèves. Notre système éducatif est toujours aussi asymétrique : le soutien aux plus fragiles est encore une des principales variables d’ajustement budgétaire. Entre les ambitions affichées, les textes législatifs et la réalité de terrain, ne faut-il pas comprendre et mesurer les tensions qui habitent l’école aujourd’hui - et parfois depuis des décennies - pour appréhender à la fois les freins et les champs du possible ? Autrement dit, l’école, aujourd’hui, se donne-t-elle les moyens d’accueillir et de faire réussir les élèves qui ne sont pas, a priori, dans les codes de la réussite des élites ?

Parmi ces nombreuses tensions, nous explorerons les plus prégnantes en évaluant leurs effets bloquants mais aussi les leviers qu’elles peuvent receler. Tension entre élitisme républicain et enseignement massifié ; tension entre gouvernance nationale et autonomie locale ; tension entre temps du politique et temps de l’école ; tension entre savoirs et compétences, entre formation et évaluation, tant pour les élèves que pour le développement professionnel de tous les acteurs ; tension entre une école conservatrice, capable de perpétuer une culture héritée, et une école ouverte à toutes les cultures capable d’inscrire chaque jeune dans un devenir mondialisé et connecté ; tension entre apprentissage du collectif - vivre et faire ensemble - et exigence de pratiques et de parcours personnalisées ; tension entre valeurs républicaines - liberté, égalité, fraternité - et contextes scolaires ségrégatifs. La difficulté actuelle de l’école à faire partager les valeurs communes indispensables à la cohésion sociale et à la vie démocratique sera bien sûr au centre des questionnements.

Dans le contexte actuel, européen et mondial, l’école doit se saisir de la question de la diversité et mettre en oeuvre des pratiques qui vont permettre de créer des liens sociaux nécessaires à la vie démocratique. Comment l’école peut-elle promouvoir des valeurs de « vivre ensemble » et de “faire ensemble” dans un contexte de ségrégation scolaire de plus en plus marqué ? Le projet d’intégration par l’école n’entre-t-il pas en tension avec les valeurs promues par une partie de plus en plus grande de l’opinion publique ?

En réponse aux attentats de 2015, la France a fait le choix d’apporter une réponse sécuritaire, et la laïcité a été promue comme une arme défensive à l’école. La question religieuse resurgit avec force dans l’espace scolaire, sous ses formes les plus radicalisées. La France a pris conscience tardivement de l’ampleur du phénomène : les enjeux sont politiques autant que pédagogiques. Comment prendre en charge ces questions dans la formation des enseignants et dans les établissements scolaires ?

Pour conduire ce travail de réflexion, ce séminaire rassemblera des chercheurs, des spécialistes des questions scolaires, mais aussi des professionnels de l’éducation, des acteurs de terrain qui forgent au quotidien des outils de réflexion et d’action sur des problématiques qui ont marqué ces dernières années et sur lesquelles nous devons encore nous mobiliser.
Désireux d’interpeller les politiques et l’ensemble de la société sur les orientations pour l’école, tout en évitant une trop forte politisation des débats, ce séminaire commun sera aussi l’occasion de mettre en lumière ce que nos associations ont su initier, de réaffirmer nos convictions et de formuler nos propositions au travers de trois axes principaux.

Axe 1 : Apprendre et se former

L’ordinaire des pratiques pédagogiques doit être interrogé à la lumière des enjeux fondamentaux de l’éducation à la citoyenneté et d’un rapport aux savoirs qui soit réellement émancipateur. Revenir sur tout ce qui peut faire évoluer en ce sens nos pratiques pédagogiques implique une réflexion de fond sur la formation professionnelle, mais aussi un changement d’échelle dans le développement des innovations pédagogiques pour qu’elles essaiment et profitent à tous. Quelles pratiques pédagogiques pour mieux apprendre et se former ?

Axe 2 : Faire ensemble

On ne pourra pas opérer les transformations pédagogiques nécessaires sans créer du commun, sans se placer au niveau des établissements et des équipes éducatives dans leur ensemble. « Faire ensemble dans la classe » est indissociable d’un « faire ensemble » dans l’établissement. Quelle autonomie des établissements et des équipes pour une meilleure gouvernance ?

Axe 3 : Pour plus d’égalité et de diversité

Il est illusoire de prétendre pouvoir “faire ensemble” sans une volonté de déségrégation sociale et scolaire. Si les réformes en cours y conduisent, il faut aller beaucoup plus loin pour mettre fin à une école qui trie et qui, non seulement reproduit, mais accentue et renforce les inégalités, sous couvert de les réduire parfois. Quelle égalité pour une école plus démocratique ?

 

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La lutte des classes dans l'Ecole: une idée neuve?...

26 Novembre 2016 , Rédigé par Cap-Education.fr Publié dans #Education, #Politique

zero.samizdat.net

zero.samizdat.net

EXTRAITS

Et si le débat politique sur l’éducation portait sur la question fondamentale, la question sociale ? Jean-Paul Delahaye nous rappelle que la question taboue est bien celle de « la lutte des classes dans l’école ».

Le débat du second tour de la primaire de la droite et du centre au sujet de l’éducation est certes marqué collatéralement par le choix entre la suppression de 500.000 ou de 250.000 fonctionnaires (soit, compte tenu du fait que les personnels d’enseignement et d’éducation représentent plus de 56% de l’effectif total de la fonction publique, la disparition en 5 ans de 142 000 à 284 000 postes). Mais la question éducative est plutôt abordée à partir de la réécriture des programmes d’histoire pour construire un récit national, du port de l’uniforme, et de la possibilité donnée aux chefs d’établissement de recruter tous les personnels, et au conseil éducatif et au conseil d'administration de chaque établissement de choisir le chef d’établissement parmi des personnels éligibles à cette fonction. Le débat éducatif part d’un diagnostic : le « désastre » de l’éducation nationale est caractérisé, selon François Fillon, par « la démission de l’Etat devant les syndicats, la dictature des pédagogistes et les réseaux de pouvoir au sein de l’Education nationale  » .

En aucune manière n’est évoquée la question la plus fondamentale : la contradiction entre une école porteuse dans son discours des valeurs républicaines - liberté, égalité, fraternité - et porteuse, dans son fonctionnement, d’inégalités scolaires renforcées.

(...)

... Comme l’analyse finement Jean-Paul Delahaye, « ceux qui  s’opposent à la transformation d’un système qui fait si bien, mais à  quel prix !, réussir leurs propres enfants se situent sur l’ensemble de  l’échiquier politique, savent se faire entendre, défendent les positions  acquises, et ont un pouvoir de retardement des réformes, voire de  blocage »

(...)

Jean-Paul Delahaye prend deux exemples emblématiques de cette lutte des classes dans l’école.

Celui de la division par deux des fonds sociaux destinés aux enfants les plus pauvres «passés de 73 millions d’euros en 2002 à 32 millions  à 2012 (pas de grève, pas de manifestation, pas la moindre pétition)» alors que dans la même période, les crédits destinés aux heures de colle des classes préparatoires aux grandes écoles étaient portés à 70 millions d’euros. Il interroge : « Qui sont vraiment les assistés dans ce pays  et quand cessera cette solidarité à l’envers où les économies faites sur les pauvres servent à préserver les positions acquises par les élites ?»

Celui de la levée de boucliers, en revanche, suscitée par « cette formidable avancée démocratique que représente une deuxième langue vivante offerte à tous les enfants en 5e et plus seulement à quelques-uns en 6e». Et il questionne : « Qui cela peut-il gêner ? A priori les deux langues vivantes pour tous ne peuvent gêner personne, sauf peut-être ceux qui utilisaient les langues vivantes pour séparer leurs enfants des enfants des autres dès la classe de 6e, mais qui ne peuvent évidemment avancer cet argument à visage découvert et qui préfèrent parler d’égalitarisme, de nivellement par le bas, le « bas », c’est-à-dire le peuple, appréciera… Proclamer le « vivre ensemble «  mais refuser de « scolariser ensemble », c’est dénoncer les inégalités en théorie mais ne rien faire pour les combattre »

(...)

On est bien loin alors des débats sur le port de l’uniforme ou sur le récit national, mais sur une question fondamentale pour qui se veut attaché à une conception républicaine -dans les faits- de l’école. On n’attend certes pas des candidats à la primaire de la droite et du centre qu’ils fassent, malgré le nom de leur parti, de cette question la question prioritaire, ni même qu'ils l'évoquent. Mais on veut encore espérer que cette question essentielle sera portée politiquement dans le débat présidentiel à venir. 

Publié par Jean-Pierre VERAN

Le texte complet est ci-dessous

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La formation à la prévention du décrochage... Vidéo...

26 Novembre 2016 , Rédigé par Youtube Publié dans #Education, #Innovation

Claude Bisson-Vaivre est Inspecteur général de l'éducation nationale et médiateur de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur depuis juillet 2015. Il est co-coordinateur (avec Anne Armand, IGEN) du rapport « Agir contre le décrochage scolaire : alliance éducative et approche pédagogique repensée », juin 2013.

C'est d'abord dans la classe que se joue la prévention du décrochage scolaire. La relation qui relie l'élève et son professeur doit être imprégnée de ce principe ; elle doit donner du sens aux apprentissages parfois incompris. C'est la raison pour laquelle la formation des enseignants prend une place centrale dans le plan de lutte contre le décrochage annoncé en novembre 2014. L'évolution des pratiques pédagogiques est en effet un puissant levier pour favoriser « l'accrochage » des élèves comme l'ont montré les travaux conduits dans le cadre de l'évaluation de la Modernisation de l'action publique.

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Non à cette France déculturée en blouse grise!...

26 Novembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique

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Les débats opposant les 7 candidats de droite à la Présidence de la République avait déjà totalement mis de coté - ou fait une place minuscule - à l'éducation, à la culture, à l'art et à l'écologie.

Le dernier débat mettant en scène - car nous sommes bien dans la société du spectacle et du spectacle médiocre - messieurs Juppé et Fillon a achevé de mettre mes nerfs à très rude épreuve:

- l'éducation fut réduite à quelques phrases prononcées par François Fillon, manifestement peu intéressé par le sujet sinon pour humilier l'Inspection Générale mais surtout pour dire sa vision de l'enseignement de l'Histoire. Une vision à hurler de rire ou de rage tant celle-ci est éloignée des réalités du terrain. La Ministre de l'Education Nationale, Najat Vallaud-Belkacem, beaucoup plus au fait des dossiers que nos deux candidats de droite, a eu raison de leur répondre par l'intermédiaire d'un texte court et fort que j'invite chacun à lire ci-dessous:

Monsieur Fillon se garda évidemment bien de dire comment il s'y prendra pour confier vos enfants à des professeurs d'Histoire-Géographie-EMC puisque notre ex-Premier Ministre (5 ans à ne rien faire sinon à être le collaborateur de Nicolas Sarkozy), supprimant 500 000 postes de fonctionnaires, interdira de fait tous les concours de recrutement. Il peut même se passer de formation à ce compte-là. Ne l'a-t-il pas déjà fait? "Enseigner, un métier qui ne s'apprend pas"!

Monsieur Fillon n'osa pas rappeler qu'il compte résoudre les problèmes de l'école en couvrant les corps de vos enfants d'une blouse, outil ô combien nécessaire vous l'avouerez. Tout cela - sans rire - dans un "souci d'égalité" quand le même Monsieur Fillon souhaite se débarrasser des élèves en difficulté - toujours issus des mêmes milieux sociaux - par une sélection la plus précoce possible et utiliser des disciplines pour mieux les interdire à celles et ceux n'ayant pas suffisamment de "quartiers de noblesse éducative" pour oser demander à les pratiquer!

- Quant à la culture, l'art et les sujets touchant à l'environnement, ce fut l'occasion d'éprouver la qualité des silences de Messieurs Fillon et Juppé!

Le candidat qui portera notre projet - et le PROJET sera au moins aussi important que le candidat élu car les français ont besoin d'IDEES! - serait TRES inspiré de consacrer une large place à TOUS les sujets oubliés, enterrés par la droite.

Car il est faux de croire que les français soient uniquement passionnés par le sécuritaire, l'identité heureuse ou pas et le port du burkini!

Réenchantons, sans démagogie, les rêves des français auxquels la droite veut imposer le gris des blouses anciennes dans un retour en arrière triste et en décalage complet avec les réalités d'un monde qui avance, qui bouge, qui crée, qui VIT!

Christophe Chartreux

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Un EPI Langues et culture de l’antiquité, mêlant français, langues anciennes et espagnol...

25 Novembre 2016 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education

expositions.bnf.fr

expositions.bnf.fr

Un EPI Langues et culture de l’antiquité, mêlant français, langues anciennes et espagnol pour travailler les mots et leurs parentés, autour du bestiaire, imaginé par une enseignante de Lettres classiques, Delphine Amice. Un projet auquel les enseignants impliqués ne voudraient pas devoir renoncer…

En ce début du premier trimestre, tous les élèves des trois classes de cinquième du collège Paul-Gauthier de Cavaillon viennent de commencer un EPI Langues et culture de l’antiquité : un travail en commun mené par Delphine Amice, jeune enseignante de Lettres classiques, dynamique et convaincue, dans deux classes, avec Laetitia Massiani, professeure de lettres modernes de la troisième classe, et en partenariat avec Marie-José Puertas, professeure d’espagnol, qui a les trois classes. L’objectif : faire découvrir aux élèves que le français, les autres langues qu’ils apprennent ont, avec le latin et le grec, des parentés, des liens, qu’elles s’éclairent les unes les autres, et donc que les langues anciennes ne sont pas «  mortes  » !

L’EPI, cette année, a pour thème le bestiaire : depuis les monstres des mythologies latine et grecque jusqu’aux animaux des romans d’anticipation. A travers eux, le but est de travailler les mots, en construire des «  arbres généalogiques  », voilà ce qui va être le centre des apprentissages des élèves et des productions qu’ils réaliseront en fin de trimestre, avec des variantes selon les classes. Bien entendu, on ne se limitera pas au latin, au grec et à l’espagnol : les vocabulaires allemand, anglais, italien, seront aussi utilisés dans le travail.

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La mise en place simultanée des nouveaux programmes à tous les niveaux, des EPI, de l’AP demande à tous les enseignants un fort investissement, dont ils ressentent l’intérêt. Ils espèrent surtout que ces changements ne seront pas remis en cause par un retour en arrière ou une suppression des moyens, et que leur investissement intense pourra être réutilisé pendant de longues années…

Françoise Colsaet
Directrice des publications du CRAP-Cahiers pédagogiques

À consulter et télécharger (pdf) :

- Les mots du bestiaire en français, latin ou grec, espagnol, anglais, allemand, italien

PDF - 69.8 ko

- Exemple d’activité d’écriture sur quatre séances

PDF - 69.4 ko

- Support utilisé lors de la séance 1 de l’activité d’écriture

PDF - 1.8 Mo

 

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