Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

education

Lutter contre la triche dans l’enseignement supérieur : la sanction ne suffit pas

1 Juillet 2022 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education, #Université

Lutter contre la triche dans l’enseignement supérieur : la sanction ne suffit pas
Lutter contre la triche dans l’enseignement supérieur : la sanction ne suffit pas
Yoann Bazin, EM Normandie

Le basculement de l’enseignement supérieur vers le numérique, fortement accéléré par la pandémie et ses contraintes sanitaires, soulève des enjeux éthiques majeurs en matière de triche et de plagiat. Or « on ne peut pas résoudre les problèmes actuels d’intégrité avec les outils du passé. Le droit et les règlements universitaires ne sont pas adaptés », comme l’affirmait Michelle Bergadaà à l’occasion de la labellisation par la Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises (FNEGE) de son ouvrage L’urgence de l’intégrité académique, coordonné avec Paulo Peixoto.

Mais comment créer et renforcer une culture d’intégrité académique dans l’enseignement supérieur ? Que nous dit la recherche à ce sujet ? Donald McCabe et ses collègues y consacrent un chapitre entier dans leur excellent Cheating in college, où ils insistent sur le besoin d’aligner les différents systèmes en place. En cela, ils font écho au livre de Michelle Bergadaà et Paulo Peixoto, ou encore à Craig Scanlan pour qui cet alignement requiert « une stratégie globale faisant la promotion d’une culture de l’intégrité académique ».

Les systèmes formels

Les politiques contre la triche et le plagiat se concentrent en général sur les aspects formels de procédures et sanctions, menant (trop) souvent à ce que nous avons appelé ailleurs un « angle policier ». Or les études montrent que les conseils de discipline, codes d’honneur et autres règlements intérieurs n’ont qu’une efficacité limitée s’ils ne sont pas articulés à d’autres dispositifs.

Dans les aspects formels, on trouve également le rôle central des personnes en charge dans l’administration, qui doivent incarner et mettre en pratique les politiques et codes qui sont adoptés. Et l’ensemble doit être structuré de manière logique autour de valeurs claires et explicites. Ces dernières doivent ensuite alimenter les processus de recrutement et de formation des étudiants, mais aussi des enseignants et du personnel administratif. Bref, une attention particulière doit être prêtée à l’intégrité des acteurs autant qu’à celle des procédures.

Les formes de tricheries évoluent dans le temps et l’espace, mais le phénomène concerne tous les établissements du supérieur. Shutterstock

Enfin, le processus de décision, les responsabilités et les sanctions éventuelles doivent être explicités pour en montrer la logique et la transparence. Les conséquences des comportements problématiques doivent être formalisées à l’avance, proportionnées et dites « réparatrices ».

L’importance de la cohérence d’ensemble de ces systèmes formels peut sembler évidente, mais les études montrent qu’en pratique ces dispositifs sont souvent peu couplés, et parfois même contradictoires. Or, chaque incohérence affaiblit les autres processus. De plus, une cohérence d’ensemble permet de renforcer un « curriculum invisible » qui transmet aux étudiants des principes et valeurs dans les amphithéâtres autant qu’entre les cours.

Les systèmes informels

Ceci étant dit, « l’éthique formelle et les programmes de conformité ne représentent que la partie émergée de “l’infrastructure éthique” d’une organisation », notent Max H. Bazerman et Ann E. Tenbrunsel. D’où l’insistance de Donald McCabe et de ses collègues à articuler les systèmes formels aux normes informelles et autres rituels et mythes qui circulent au sein de chaque institution d’enseignement supérieur.

Ils soulignent en particulier l’importance des idoles, héros et autres modèles qui sont partagés par les étudiants, mais également par leurs professeurs et par le personnel administratif. Lorsque des présentations et exposés font l’apologie d’entrepreneurs et hommes d’affaires sans souligner certains aspects éthiques problématiques de leurs parcours, les professeurs doivent compléter les portraits. De même, lorsque certaines personnalités sont invitées pour des conférences, une attention particulière doit être prêtée aux valeurs qu’elles véhiculent.

Si certains cas sont clairs (le copier-coller sans guillemets ni référence), le territoire du plagiat est surtout un vaste dégradé de gris. Image by Gerd Altmann /Pixabay, CC BY

Sans noircir systématiquement le tableau, il est essentiel de comprendre que tous les cours d’éthique des affaires et de responsabilité sociale des entreprises ne pourront jamais complètement contrebalancer l’influence d’une société et de médias qui encensent certaines figures et certains mythes malgré leur caractère parfois problématique. C’est le rôle de l’enseignement supérieur que d’apporter aux étudiants les clés de lecture éthiques et critiques pour prendre du recul face à ces tendances.

Par où commencer ?

Tous les acteurs de l’enseignement supérieur tendent à partager le constat que l’intégrité académique n’est que rarement la préoccupation centrale de leurs institutions. Certes, toutes ont des règles et règlements relatifs à la fraude ou à la triche, et beaucoup d’entre nous siègent régulièrement dans des jurys, comités et autres conseils de disciplines.

Pour autant, un état des lieux rigoureux impliquant l’ensemble des parties prenantes montrerait probablement plutôt une architecture globale où les couplages sont en général lâches – au mieux. Ces découplages pourraient expliquer « l’inaptitude des hommes et des systèmes à surmonter les défis de l’intégrité. Car ces deux ordres ne cessent de se renvoyer la responsabilité de la prise en charge réelle des manquements à l’intégrité ».

Cependant, en s’armant « de détermination, de patience et de persévérance », nous pouvons collectivement et progressivement développer et maintenir une culture d’intégrité académique grâce à une stratégie globale et cohérente.

Développer une culture d’intégrité académique.

Pour faire émerger cet alignement toujours précaire, l’implication de l’ensemble des acteurs et parties prenantes est absolument nécessaire. Donald McCabe et ses collègues abonderaient dans le sens de Michelle Bergadaà et Paulo Peixoto :

Cessons une bonne fois pour toutes de segmenter la population académique entre étudiants d’un côté et chercheurs de l’autre ! La formation, en cette époque de changement profond, concerne aussi bien les professeurs, les bibliothécaires, les responsables des commissions d’éthique, les services juridiques que les étudiants. »

La formation, mais aussi l’implication et la collaboration de tous les acteurs de l’enseignement supérieur, en amont comme en aval de la construction d’une stratégie globale, est nécessaire à renforcer une culture d’intégrité académique dans nos institutions.The Conversation

Yoann Bazin, Professeur en Ethique des affaires, EM Normandie

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Lire la suite

Manque d'enseignants : "C'est une année catastrophique sur le recrutement dans le premier et le second degré", s'alarme un syndicat

1 Juillet 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

Manque d'enseignants : "C'est une année catastrophique sur le recrutement dans le premier et le second degré", s'alarme un syndicat

La rentrée scolaire s'annonce mal, selon le Snalc. "On n'a pas pourvu les postes à Créteil, à Versailles, à Paris et même dans d'autres académies", affirme l'un de ses représentants.  

"C'est une année catastrophique sur le recrutement dans le premier degré comme dans le second degré", s'alarme vendredi 1er juillet sur franceinfo Jean-Rémi Girard, président du Syndicat national des lycées et des collèges (Snalc), alors que des parents lancent une procédure coordonnée de recours contre l’État pour dénoncer les heures de cours non assurées faute d'enseignants. L'Éducation nationale doit faire face à une crise des vocations et à une série de démissions. Il faut dire qu'"on n'est pas très bien payé", souligne l'enseignant. 

Jean-Rémi Girard s'inquiète pour la rentrée prochaine : "Dans le second degré, les résultats qui arrivent sont abyssaux", indique-t-il. Les académies de Versailles et de Dijon, notamment, mettent en place des "job dating" pour recruter des contractuels dans l'urgence. Cela donne une "image catastrophique" du monde de l'enseignement, déplore-t-il. "Payez-nous ! On n'attire pas les profs sans les payer correctement", lance-t-il.

franceinfo : Comprenez-vous ces parents qui passent par la voie judiciaire ?

Jean-Rémi Girard : Ça me paraît assez normal qu'à un moment, certains parents puissent en arriver là parce que l'Éducation nationale, c'est un service public. C'est même plus que ça, c'est une institution. Il y a un certain nombre de choses que l'on doit aux élèves et donc, par conséquent, aux familles. Et le fait d'avoir des enseignants qui ne sont pas remplacés, parfois pendant de longues périodes de temps, c'est quelque chose d'absolument anormal. Ce n'est pas juste du remplacement de courte durée, parfois, c'est un mois, deux mois, trois mois sans professeur d'une discipline. Donc, des parents, à un moment, n'ayant plus d'autres solutions, en arrivent à la solution judiciaire qui est celle du dernier recours.

Comment expliquer qu'il soit aussi difficile, dans un pays comme la France, de trouver suffisamment de professeurs à mettre en face des élèves ?

On n'est pas très bien payés ! On a les comparaisons internationales, on a les comparaisons internes aussi par rapport aux fonctionnaires de même catégorie qui sont en moyenne beaucoup mieux payés. Quand on commence stagiaire, on touche à peine plus que le Smic. Et même après, les collègues arrivent à toucher 2 000 euros nets et ils ont 40 ans.

"Pour un bac+5, concours de catégorie A, en moyenne dans la fonction publique, on est 900 à 1 000 euros de moins que la moyenne par mois." Jean-Rémi Girard, président du syndicat enseignant Snalc à franceinfo

Donc, effectivement, ce n'est pas très attractif. Et il y a non seulement ceux qui ne viennent pas, mais il y en a de plus en plus aussi qui partent.

Comment s'annonce le recrutement pour la rentrée ?

Cette année est une année catastrophique sur le recrutement. C'est catastrophique dans le premier degré comme dans le second degré. On n'a pas pourvu les postes à Créteil, à Versailles, à Paris et même dans d'autres académies. On n'a pas pourvu tous les postes des professeurs des écoles. Dans le second degré, les résultats qui arrivent sont abyssaux. On a évidemment les lettres classiques, l'allemand, les mathématiques, qui sont des matières structurellement en déficit. Mais les lettres modernes, l'anglais sont aussi des disciplines où on est très en retard. On va vers de grandes difficultés à la rentrée prochaine. C'est pour ça qu'il y a des "job dating" pour essayer de recruter un peu en désespoir de cause. Le "job dating", c'est une image catastrophique. Enseignant, c'est un métier qui s'apprend. C'est un métier sérieux qui demande de grandes compétences. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des contractuels compétents.

"On ne peut pas organiser des 'job dating', et en plus s'en féliciter comme si c'était formidable alors qu'en fait, ça montre la crise structurelle du système." Jean-Rémi Girard à franceinfo

Que dites-vous au gouvernement ?

Payez-nous ! Payez-nous ! On n'attire pas les mouches avec du vinaigre. On n'attire pas les profs sans les payer correctement.

Lire la suite

Edwige Chirouter, philo pour les marmots

1 Juillet 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Philosophie

Edwige Chirouter - Nouveaux ateliers de philosophie à partir d'albums et autres  fictions : cycles 2 et 3

L’agrégée de philosophie pense que les enfants peuvent philosopher et parcourt le monde au nom de l’Unesco pour former élèves et enseignants.

Elle a toujours, fourrées dans son sac, des marionnettes. Un petit Kant, vêtu de gris, et un petit Platon, barbu vêtu de blanc. Ses doigts s’animent. «On peut parler des auteurs aux enfants, leur dire : “Tu vois, Kant, il pensait qu’il faut toujours dire la vérité, que c’est pas bien de mentir, quelles que soient les circonstances. Et lui, Platon, il est pas d’accord”.» Ses petits bouts de tissu sont son bâton de pèlerin. Depuis plus de vingt ans, Edwige Chirouter, athée jusqu’à l’os, évangélise : oui, on peut faire philosopher les enfants. Oui, on doit faire philosopher les enfants. Pour les équiper intellectuellement face aux vicissitudes du monde, les prémunir de la manipulation, des fake news, du dogmatisme et du relativisme. Certains puristes ont un principe : la philo n’existe que si l’on peut se plonger dans du Heidegger ou du Nietzsche dans le texte.

La titulaire de la chaire Unesco sur la pratique de la philosophie avec les enfants cumule les preuves du contraire, malgré un amour profond pour ces penseurs qui ont changé sa vie. «Tu peux commencer la philosophie dès 5 ans», tranche cette petite brune pêchue. Son catalogue d’expériences en témoigne. Notamment la première, face à des élèves de CP de la Sarthe. Le thème : «Faut-il toujours dire la vérité ?» «Ils m’ont épatée. J’ai retrouvé, dans leur discussion, une controverse philosophique entre Kant et Rousseau», dit en souriant l’agrégée de philo de 51 ans, depuis le septième étage de l’Unesco, qui offre une vue splendide sur Paris. Désormais, elle parcourt le monde pour former les bambins et, surtout, leurs enseignants à cette discipline.

Mais attention : l’affaire est sérieuse. «C’est pas le café du commerce, balaie Edwige Chirouter. C’est un travail, il y a des critères, une rigueur de pensée, une façon d’aborder les concepts. C’est pas un truc ésotérique, il y a des risques de dérive. Tu abordes la mort, l’amour, la violence, il ne faut pas le faire n’importe comment. Ce n’est pas parce que la philo est facile qu’on en fait avec les enfants, c’est parce que c’est difficile qu’il faut commencer tôtOn s’entraîne à réfléchir, à penser, à remettre en cause nos idées toutes faites. Ça ne se décrète pas magiquement en une année de terminale.»

De terminale… générale et technologique, pourrait-on préciser. Car les lycéens d’établissements professionnels restent, à quelques exceptions près, exclus de cette matière. «L’objectif principal de la philosophie est de permettre à chacun d’accéder à une liberté et à un processus d’émancipation. Ce qui est au cœur de l’école. Donc je ne comprends pas pourquoi la philosophie est aussi élitiste dans notre système scolaire, déplore-t-elle. Qu’on me dise qu’à 17 ans, il y a des gamins qui peuvent philosopher et des gamins qui ne peuvent pas, c’est scandaleux. Tu leur renvoies l’idée que : un, ils sont trop cons ; deux, penser est une activité qui ne pourrait pas les intéresser, voire qui ne leur serait pas utile.» Petite-fille de communiste, fille de soixante-huitard, cette adepte de La France insoumise (LFI), a «toujours été militante». «Tu ne défends pas la philo avec les enfants par hasard, il y a des valeurs derrière. Ça fait partie d’un projet politique humaniste», revendique la professeure.

Sans surprise, sa rencontre avec la philo eut lieu en terminale. En 1989, lycée Baudelaire de Roubaix. Premier cours : sa prof, Marie-Hélène Gauthier, évoque Heidegger et la mort. «Un coup de foudre.» La jeune Edwige rentre chez elle, annonce sa décision à son père : elle sera prof de philo. «En fait, je voulais être elle.» Cette même enseignante donnera, quelques mois plus tard, un nouveau tour à la vie d’Edwige Chirouter, en lui conseillant de postuler à la prestigieuse prépa d’Henri-IV, à Paris. Là-bas, l’ado nordiste, fille d’un instit devenu directeur de la Ddass et d’une secrétaire, se prend une gifle. Le décalage avec les Parisiens des beaux quartiers, «la violence institutionnelle». Elle pleurera en voyant sa première copie sanctionnée d’un «-30». Se félicitera de son premier «0». Si, «intellectuellement, [elle doit] tout à ces années-là», elle préférera finir sa khâgne à Lille. Moins éprouvant.

Après deux petites années en tant que prof de philo en lycée, dans le Nord, elle saute sur un poste à l’université et commence à enseigner à de futurs enseignants, à l’Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) du Mans, depuis devenu Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspe), où elle officie toujours. C’est là qu’elle entendra parler pour la première fois de philo avec les enfants. «Mon premier réflexe était de dire : “C’est pas de la philo !”» confesse-t-elle. Classique. C’est finalement sa fille, 25 ans aujourd’hui mais 4 à l’époque, qui la fait changer d’avis. Pour accompagner les questionnements incessants de sa mouflette – elle aura un fils ensuite –, Edwige Chirouter se plonge dans les livres pour enfants.

Elle a une épiphanie : «C’est beau, c’est profond.» Balayés, ses préjugés sur la vacuité de T’Choupi et Martine ; la philosophe découvre Claude Ponti et Grégoire Solotareff. «L’enfant n’est pas un con, il est capable de grands récits», défend celle qui vient de sortir Nouveaux Ateliers de philosophie à partir d’albums et autres fictions, pour aider enseignants et parents à philosopher avec les enfants grâce à la littérature jeunesse. Cette spécialiste de Jean-Jacques Rousseau – jonction parfaite entre ses passions pour la philosophie et la littérature – a longtemps poursuivi la quête du livre qui changerait sa vie. Moins maintenant, mais elle vit toujours ensevelie sous les bouquins, une boulimie héritée de cette enfance «nomade et solitaire» due aux nombreux déménagements de ses parents.

Aujourd’hui encore, elle se dit «nomade», une maison au Mans, l’autre à Paris, des voyages incessants grâce à l’Unesco, des histoires d’amour sans grande stabilité – «et c’est très bien comme ça». Cette enfance sans ancrage, «ça te donne une super force : l’indépendance et la capacité d’adaptation. Je suis un vrai caméléon, je suis à l’aise partout», défend celle qui reconnaît avoir «une belle vie» avec ses 3 000 euros mensuels. «C’est une nomade qui va quand même dans les beaux hôtels», tacle gentiment le metteur en scène de théâtre Gérald Dumont, le père de sa fille, dont elle est séparée depuis plus de vingt ans. Qui lui reconnaît cette faculté à «faire son travail on ne peut plus sérieusement, mais en s’amusant». Son ami le philosophe Frédéric Lenoir salue en elle une «bonne vivante», qui «picole bien», bourrée d’humour. «Il y a des universitaires ennuyeux, elle, c’est tout l’inverse, loue-t-il. Elle n’est pas que studieuse, elle n’est pas enfermée dans ses bouquins, dans le passé, elle est là pour faire bouger la société.» En éveillant ses plus jeunes sujets.

3 juillet 1970 Naissance à Lille.

1998 Premier poste à l’université.

2016 Titulaire de la chaire Unesco sur la pratique de la philosophie avec les enfants.

2021 Conte pour enfants Personne (L’Initiale).

15 juin 2022 Nouveaux ateliers de philosophie à partir d’albums et autres fictions (Hachette).

Elsa Maudet

Lire la suite

A lire - «On ne naît pas mec» de Daisy Letourneur, le mascu entre deux chaises

30 Juin 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

L’essai sur les masculinités de l’autrice se veut pédagogique et inconfortable.

Pourquoi parler des «mecs» ? «L’impulsion première, pour étudier les masculinités, c’est la volonté d’inverser le point de vue, de braquer le spot sur celui qui jusque-là menait l’interrogatoire.» Derrière la lampe, Daisy Letourneur, «une femme blanche, trans et lesbienne», «ni une grande théoricienne, ni une chercheuse», militante à l’origine du blog la Mecxpliqueuse, «le blog qui mecxplique la vie aux mecs» – en référence au best-seller Ces hommes qui m’expliquent la vie (l’Olivier, 2018) de l’essayiste américaine Rebecca Solnit.

Dans la lumière, différents spécimens de mâles, du vingtenaire avec «sa canette Red Bull» prêt à chanter Seven Nation Army «en mode popopopopopo» à «l’homme actif, avec du fric» et «un beau costume» («Emmanuel Macron, représentant par excellence de la masculinité managériale») en passant par le «nouveau papa» pseudo-déconstruit avec son man bun (qui «change les couches lavables que vous lavez»). En chemin, des dessins rigolos (par l’autrice elle-même) permettent mise en situation et pas de côté.

On ne naît pas mec est un essai pédagogique : au bout de chaque chapitre, une bibliographie propose d’«aller plus loin». On y retrouve aussi bien bell hooks et Monique Wittig que des liens vers des chaînes YouTube et des podcasts. Le ton est celui d’un stand-up bien troussé (à la Hannah Gadsby), blagueur au début et de plus en plus personnel à mesure qu’on avance. L’autrice s’appuie en partie sur son expérience trans («Je suis tout ce qui ne va pas dans le monde d’aujourd’hui. Je suis la féminisation de la société») et interroge chiffres à l’appui les liens entre violence et masculinité. Il ne s’agit pas d’un guide «pour homme féministe», mais d’un «petit traité». Son objectif ultime : «Pas une simple “égalité hommes-femmes”, mais l’abolition du genre.» A ceux et celles que ça ferait frissonner, tant mieux : «Si vous êtes un homme, il y a de fortes chances pour que la lecture de ce texte vous soit inconfortable.» Il y a surtout de fortes chances pour que le principal lectorat se sente en terrain connu – ce qui est loin d’être désagréable.

Thomas Stélandre

Daisy Letourneur, On ne naît pas mec. Petit traité sur les masculinités, Zones, 224 pp., 18 € (ebook : 12,99 €).

Lire la suite

"Tous les ans, la rentrée est un petit miracle" : on a passé une journée avec un proviseur confronté au "casse-tête" des emplois du temps

30 Juin 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

Emploi du temps

EXTRAITS

Avec la dernière réforme du bac, l'élaboration des emplois du temps devient encore plus complexe pour les chefs d'établissements.

Franceinfo s'est rendu dans un lycée de Clermont-Ferrand pour comprendre le long et difficile exercice que doit résoudre l'équipe de direction. 

Dans un silence religieux, les élèves de terminale planchent sur leur sujet de philosophie, dans l'un des bâtiments du lycée Ambroise-Brugière, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). A quelques mètres de là, en cette matinée du mercredi 15 juin, le proviseur Richard Commeau et son équipe de direction, installés depuis plusieurs mois dans des préfabriqués en attendant la livraison de nouveaux bâtiments, travaillent, eux, sur les emplois du temps de la rentrée.

"Tous les ans, la rentrée est un petit miracle", confie Richard Commeau. Pourtant aguerri à l'exercice depuis une quinzaine de rentrées, le proviseur reconnaît que l'élaboration des programmes "se complexifie d'année en année" avec la réforme du baccalauréat dont le grand oral prend fin le 1er juillet. Et plus encore avec l'annonce, faite par Emmanuel Macron début juin, du retour des mathématiques en option dès septembre. Le SNPDEN, syndicat national des personnels de direction de l'Education nationale dont Richard Commeau est l'un des secrétaires académiques, appelait à cette réintroduction. "Mais nous demandions une année pour la mettre en œuvre", précise le proviseur auvergnat. Résultat : il ne reste plus que quelques semaines aux chefs d'établissements pour réajuster des emplois du temps quasi coulés dans le marbre depuis de nombreux mois. 

L'option maths, une "bombe" sur l'emploi du temps

A l'ombre des stores tirés, Richard Commeau est loin d'en avoir fini avec ses emplois du temps. La décision de réintroduire les mathématiques a eu "l'effet d'une bombe" pour lui et ses deux proviseures adjointes, Ghislaine Mege et Carine Batifol : "Depuis on s'arrache les cheveux !"

"Nous n'avons pas eu le temps d'informer correctement les familles sur cette option et les conseils de classe étaient déjà passés pour relever les choix des élèves." Richard Commeau, proviseur à Clermont-Ferrand à franceinfo

Dans ces conditions, difficile de savoir précisément combien d'élèves de première vont prendre cette option à la rentrée. Pas facile non plus de caser un créneau horaire où tous ces élèves seront disponibles, avec un professeur qui, en plus, aura eu peu de temps de préparation. Car à la mi-juin "le programme n'est toujours pas sorti", fait remarquer le chef d'établissement.

Pour certains élèves, qui suivent un cursus sportif ou artistique de haut niveau, entre les entraînements et les cours, "il n'y a pas ne serait-ce qu'une demi-heure de battement dans leur emploi du temps, souligne le proviseur. C'est impossible d'y ajouter cette option." 

(...)

Une rentrée sans suffisamment de professeurs ?

Si le lycée Ambroise-Brugière est, pour l'instant, épargné par des problèmes d'effectifs, Richard Commeau n'exclut pas le risque d'une rentrée sans le nombre d'enseignants suffisant. "Parfois, ce n'est pas avant la fin août, voire après la rentrée, que nous avons les arrivées des contractuels ou des professeurs stagiaires", souligne le directeur.

Lors de sa première déclaration, le 14 juin, le nouveau ministre de l'Education nationale, Pap Ndiaye, s'est engagé à ce qu'il y ait "un professeur devant chaque classe", quitte à faire appel à des professeurs contractuels. Problème : impossible de confier à ces derniers des cours de spécialité, insiste Richard Commeau, car ce sont des enseignements "complexes" et il y a toujours le risque que ces professeurs "partent du jour au lendemain si leur emploi du temps ne leur convient pas", selon le proviseur.

Dans quelques semaines, l'équipe de direction partira en congés avec une version "base de survie" des emplois du temps qui devra permettre l'accueil de tous les élèves à la rentrée. D'ici là, Richard Commeau s'attend à recevoir quelques coups de fil du rectorat ou de professeurs mécontents. Une fois la rentrée passée, les emplois du temps seront affinés durant trois semaines avant d'être définitivement figés. Il anticipe, encore : "Nous aurons alors un mois pour souffler avant de commencer les emplois du temps de l'année suivante..."

Guillemette Jeannot

Lire la suite

Ile-de-France : Des parents attaquent l’Etat contre le non-remplacement des profs absents

29 Juin 2022 , Rédigé par 20 Minutes Publié dans #Education

Lamballe-Armor - À Lamballe, trois fermetures de classes et une ouverture à  l'étude pour la rentrée 2021 - Le Télégramme

L’action en justice a pour but de pousser l’Etat à remplacer plus promptement ses professeurs absents, en demandant une indemnisation pour le préjudice subi.

- Née dans un groupement de collège du 18e arrondissement de Paris, une initiative vise à rassembler des plaintes contre l’Etat pour non-remplacement de professeurs et professeuses absentes.

- A Paris, près de 3.200 heures de cours ont été perdues, selon des signalements recueillis sur la plateforme Ouyapacours de la FCPE.

- Les parents demandent à l’Etat 10 euros par heure de cours non remplacée pour le collège et lycée et 50 euros par jour pour le primaire.

Ils sont tout un collectif de parents, venus du Val-de-Marne, de Seine-Saint-Denis ou de Paris, clamant leur colère devant le non-remplacement de professeurs à l’école. Après avoir lancé un hashtag, #Onveutdesprofs, les voilà maintenant prêts à aller en justice, et à demander des comptes à l’Etat. « Nous vous proposons de changer de stratégie en déposant, de manière coordonnée, partout dans le pays, des milliers de demandes d’indemnisations contre l’État », écrit la Fédération des Conseils de Parents d'Elèves (FCPE) de Paris dans un article posté sur son site, interpellant directement les parents.

Ces parents en colère font valoir que leurs enfants ont parfois manqué plus d’une centaine d’heures de cours, sans aucun remplacement. Selon des signalements effectués auprès de la FCPE, au moins 79.000 heures de cours ont été perdues en France depuis le début de la rentrée scolaire, et plus de 3.200 rien qu’à Paris. La FCPE Paris relève qu’il manque déjà 200 enseignants à Paris dans le premier degré pour la rentrée prochaine.

110 heures de cours non assurées

« J’ai un enfant qui était en 3e, il a eu deux mois de français sur son année de 3e, il n’avait presque pas de prof de techno. Mon autre fils qui est en 5e n’a pas eu de cours d’espagnol pendant dix semaines… On a calculé qu’entre septembre et avril cette année, il avait 110 heures de cours non assurées », explique Nadège, dont les enfants sont ou ont été scolarisés dans le groupement de collège Marie Curie – Gérard Philipe, dans le 18e arrondissement de Paris, d’où est partie l’initiative, rapidement rejointe par Montreuil.

L’action en justice a pour but de pousser l’Etat à remplacer plus promptement ses professeurs absents, en demandant une indemnisation pour le préjudice subi, explique à 20 Minutes Me Joyce Pitcher, avocate spécialiste de contentieux de masse, chargée avec Me Louis le Foyer de Costil de représenter le collectif. Les parents demandent à l’Etat 10 euros par heure de cours non remplacée pour le collège et lycée, et 50 euros par jour pour le primaire.

150 demandes formulées

« On veut que l’Etat mette les moyens suffisants pour remplacer les profs et que les parents qui ont dû mettre en place des cours particuliers pour remédier aux absences soient indemnisés », fait valoir Me Joyce Pitcher, qui précise que l’action en est à ses « balbutiements ».

Environ 150 demandes ont été formulées pour l’instant, avec des parents de toute la France qui se sont joints aux parents d’Ile-de-France. Les avocats attendent d’avoir « plusieurs milliers de personnes » avant de lancer la procédure, durant l’été, auprès du rectorat dans un premier temps, puis au tribunal dans un second temps.

A.L.

Lire la suite

Dorlotée sous Blanquer, l’école privée prospère

29 Juin 2022 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

https://www.causeur.fr/wp-content/uploads/2018/10/macron-blanquer-ecole-pas-vague.jpg

EXTRAITS

L’enseignement privé n’a guère eu à souffrir du quinquennat écoulé, protégé par la figure tutélaire d’un enfant du système, le ministre Jean-Michel Blanquer lui-même. La gauche, tout à la défense d’un service public malmené, tâtonne sur sa remise en cause.

« Depuis l’abandon du projet d’unification de l’école privée et de l’école publique en 1984, l’immense majorité des dirigeants sont tétanisés par la question du dualisme scolaire, en expliquant, les jambes tremblantes, qu’ils ne veulent pas ranimer la guerre scolaire. Sauf que cette guerre scolaire est perdue, en défaveur des élèves les plus pauvres. »

Rémy Sirvent, secrétaire national du syndicat des enseignants Unsa, secrétaire général du Cnal (comité national d’action laïque), pose, en évoquant la persistance du « dualisme » entre les établissements publics et privés, la seule question qui vaille : les premiers pâtissent-ils de la persistance des seconds ?

Après cinq ans de macronisme, cette interrogation, sous-jacente aux politiques de l’éducation, a repris de la vigueur. D’abord par la personnalité de Jean-Michel Blanquer, ministre indéboulonnable du quinquennat précédent – depuis remplacé par Pap Ndiaye. Pur produit de l’école catholique – il a effectué toute sa scolarité au collège Stanislas (lire notre enquête sur cet établissement sous contrat) –, il a ensuite longtemps dirigé l’Essec, une business school assez éloignée des préoccupations des universités françaises.

De quoi, pour l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon, le qualifier de « loup dans la bergerie », malgré plusieurs années passées au service de l’administration de l’éducation nationale, comme directeur général de l’enseignement scolaire.

Certaines proximités, comme celle de Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne connu pour son analyse très sévère et libérale de l’école publique, n’ont rien arrangé, ni le choix de nommer, le 10 février dernier, le philosophe chrétien Mark Sherringham à la tête du très stratégique conseil supérieur des programmes. Ayant œuvré comme conseiller pédagogique auprès de plusieurs ministres de droite, l’homme n’a jamais caché son envie de « réintroduire explicitement le christianisme » dans l’école publique française.  

Mais Jean-Michel Blanquer n’a pas été que l’incarnation d’un parcours ou le ministre des symboles, il a également donné un certain nombre de gages sonnants et trébuchants à l’école privée, composée à 94 % d’établissements catholiques.

Dans une période vécue comme celle de la disette pour nombre de fonctionnaires, les chiffres du ministère de l’éducation sont éloquents. Selon une enquête d’Alternatives économiques, le budget dévolu à l’enseignement privé sous contrat a augmenté de 3 %, atteignant 8 milliards d’euros pour 2022 selon la loi de finances, quand la hausse de celui accordé à l’école publique oscille entre 1,5 % et 2 % selon les degrés. Le magazine révèle également que les effectifs enseignants ont davantage crû dans le privé que dans le public.

Selon les données les plus récentes, sur la rentrée 2020, les écoles des secteurs public et privé sous contrat du premier degré scolarisaient 6 565 800 élèves en France, soit 1,3 % de moins par rapport à 2019. Si les effectifs ont eu tendance à chuter dans le public, ils restent stables dans le privé. Même dynamique au collège (3 414 400 élèves sont scolarisés au collège, 2 691 500 dans le secteur public et 722 900 dans le secteur privé sous contrat). Seul le lycée accueille de plus en plus d’élèves, et pour une fois, la hausse est plus soutenue dans le secteur public.

Le gros du financement public provient du ministère de l’éducation, qui finance le salaire des enseignant·es. Mais deux autres lignes, mineures, restent très opaques : le budget versé par les collectivités locales à l’école privée (sous forme de forfait par élève, boursier ou non), ainsi que les aides indirectes liées aux déductions d’impôts auprès de la pléthore de fondations la soutenant. Le Cnal a demandé en 2020 à la Cour des comptes d’évaluer ces montants, en vain.

Le plus gros cadeau date de 2019, dans le cadre de la loi sur « L’école de la confiance ». Le texte rend obligatoire l’instruction dès 3 ans sur tout le territoire, sous prétexte de donner une « nouvelle jeunesse » à l’école maternelle, mais aussi de scolariser plus tôt certaines populations défavorisées, d’outre-mer notamment.

(...)

Une école publique en détresse

Selon le service statistiques du ministère, la baisse démographique qui fait chuter la fréquentation des établissements scolaires publics de premier degré (1,2 % d’élèves en moins) épargne le secteur privé, qui lui voit ses effectifs se stabiliser, notamment grâce à la loi sur l’instruction obligatoire dès 3 ans.

Mais les mécanismes de financement (fixés dans la loi Debré) et les usages ont pour le moment empêché la bascule du système, fixant à environ 20 % le nombre total d’élèves pouvant être scolarisés en dehors de l’éducation nationale pour les collèges et lycées. C’est donc moins un transfert d’un secteur à l’autre que l’on observe, qu’un système de vases non communicants, le privé captant les meilleurs élèves, et le public perdant en mixité sociale.

« Il y a deux types de ségrégation scolaire, rappelle Pierre Merle. À l’intérieur du secteur public, entre ceux de l'éducation prioritaire et les collèges du centre ville, et entre le public et le privé avec des établissements privés qui ont un recrutement sélectionné et une localisation surtout dans les capitales régionales, spécifiquement dans les quartiers privilégiés de ces mêmes capitales régionales. » 

L’état de délabrement assez avancé de l’école publique, mis au jour à la lumière de la crise sanitaire, encore plus criant cette année en raison du grand nombre de professeur·es non remplacé·es, favorise ces deux mécanismes. Pour beaucoup de familles, l’école ou le collège de quartier deviennent repoussoirs. Mais le choix d’un établissement privé, que l’on va chercher parfois à des kilomètres de son domicile, reste le fait des catégories les plus aisées de la population.

« Après le premier confinement notamment, on a vu le privé très à l’offensive, assurant que chez eux, “tous les cours avaient été assurés”, et on a même vu, à l’occasion de Parcoursup, des lycées privés qui pouvaient “certifier” que tous les cours avaient eu lieu en présentiel, se souvient Marine Roussillon (PCF). Dans un univers scolaire de plus en plus concurrentiel, toute dégradation du public pousse vers le privé. »

(...)

Un petit groupe rassemblant des personnalités de l’éducation ainsi que différentes forces de la Nupes, le nom donné à la coalition parlementaire entrée à l’Assemblée nationale lors des dernières législatives, travaille et souhaite « rouvrir ces débats à gauche, y compris dans l’espace médiatique », explique Marine Roussillon. « Mais si les offensives gouvernementales demeurent aussi fortes contre l’école publique, on va continuer à être sur la défense, à être en permanence dans l’urgence. »

Rémy Sirvent rappelle une évidence : pour faire adopter des lois, il faut avoir une majorité. « Et même avant ça, il y a une bataille des idées à mener, insiste le syndicaliste enseignant. Il y a des jeunesses en France qui ne se côtoient plus, ne se connaissent pas, peut-être ne s’aiment pas… Or c’est à l’école que l’on tisse les liens les plus forts. La séparation des enfants en raison d’un rang réel ou supposé est un vrai crève-cœur républicain. »

Mathilde Goanec

Lire la suite

Des députés dénoncent un "négationnisme historique" après les déclarations du député RN José Gonzalez sur l'Algérie française

29 Juin 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Histoire, #Politique

https://photos.tf1info.fr/images/1280/720/jose-gonzalez-f0033b-0@1x.jpeg

Le doyen des députés, José Gonzalez, 79 ans, a donné le coup d'envoi des travaux de la nouvelle Assemblée, mardi, provoquant une polémique après une courte allocution au "perchoir".

Comme le veut la tradition, c'est lui qui a pris la parole en premier. Et il a déjà déclenché une polémique. La première séance à l'Assemblée nationale, récemment élue à l'issue des élections législatives, a été marquée par une première sortie déjà dénoncée par les différentes oppositions.

Peu de temps après avoir déclaré "ouverte la XVIe législature de l'Assemblée nationale", le député du Rassemblement national, José Gonzalez, au "perchoir" pour quelques heures en tant que doyen de l'Assemblée, a tenu un discours introductif avec des références appuyés à l'Algérie française qui a choqué parmi les députés.

Ainsi, à 79 ans, José Gonzalez prend d'abord la parole et évoque l'unité des députés et se lance dans une parenthèse sur son histoire personnelle.. Sa voix s'étrangle alors quand il évoque l'Algérie. Il se présente comme "L'enfant d'une France d'ailleurs arrachée à sa terre natale par le vent de l'histoire. En 1962, j'ai laissé là-bas une partie de ma France", dit ce pied noir né à Oran. 

"Le premier stigmate d'une lecture de l'Histoire différente"

Avant d'aller plus loin devant la presse. Lorsqu'on lui demande si l'armée française a commis des crimes en Algérie, il répond : "Crimes de l'armée française, je ne pense pas, crimes contre l'humanité encore moins. Si je vous emmène avec moi en Algérie, dans le Djebel, beaucoup d'Algériens qui n'ont jamais connu la France disent 'quand est-ce que vous revenez ?'". Avant de conclure "ne pas savoir ou presque pas ce qu'est l'OAS", l'Organisation de l'armée secrète, bras armé des défenseurs de l'Algérie française, responsables de plus de 2200 morts en Algérie et de 70 morts en France. 

Un discours choquant pour de nombreux députés de gauche, à commencer par Alexis Corbière de la France Insoumise. "Dire 'je ne sais pas s'il faut juger les crimes, réels ou non de l'OAS', ça s'appelle du négationnisme historique. L'Assemblée nationale, aujourd'hui, était présidée par un homme qui fait du négationnisme historique sur un moment difficile de l'histoire de France", a ainsi dénoncé l'Insoumis, rejoint par Sébastien Jumel du Parti communiste. "C'est inévitablement le premier stigmate d'une lecture de l'Histoire différente de nous autres." Les députés de la Nupes y voient là, la fin de la "dédiabolisation" du Rassemblement National.

Audrey Tison

Lire la suite

Laissons aux enfants le plaisir d’aimer, non pas la lecture, mais les mots qu’ils liront, l'histoire qu'ils vivront...

29 Juin 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Litterature

Le décolleté de Micheline Boudet un jour de 1969…

Celles et ceux de ma génération - je suis né en 1958 – se souviennent des longues heures passées à étudier des extraits d’œuvres littéraires dans le Lagarde et Michard. Un manuel qui saucissonnait les romans, les pièces de théâtre, parfois même les poèmes. Ce découpage me semblait criminel. Donnerait-on à observer la moitié d’un Rubens, les deux tiers d’un Cézanne, les trois quarts d’un Picasso ? Messieurs Lagarde et Michard, que je ne connaissais pas, avaient pris soin de collationner des « morceaux choisis » et, après chacun d’entre eux, d’y ajouter des questions et exercices d’une stupidité rare. Combien de fois ai-je pesté contre tout cela !

« Divisez le texte en trois parties et donnez un titre à chacune d’entre elles … » Mais il y a DEJA un titre ! Et puis ces trois parties ! Pourquoi pas deux ou quatre ou six ? Mes « parties », je les imaginais, j’arrêtais ma lecture quand bon me semblait, où bon me semblait, parfois au milieu de la phrase pour suspendre le temps, et puis la reprendre si bon me semblait. Que je me suis ennuyé à tronçonner des œuvres réduites en morceaux par ces messieurs Lagarde et Michard ! Je les haïssais !

Et il y avait pire !

« Que veut dire l’auteur ligne 23 paragraphe 2 ? »… Ah non ! Cà, je ne pouvais pas ! Je protestais à haute voix ! « L’auteur ne VEUT pas dire ! Il DIT ! ». Pourquoi à tout prix faire - souvent mal - dire à un écrivain illustre ce qu’il avait si joliment écrit, offrant à son lecteur l’occasion privilégiée de quitter l’endroit choisi pour passer quelque temps à lire. Simplement lire ! Et "partir" avec les personnages dans de folles aventures !

Je me souviens aussi de cet exercice – qui existe encore :

« Imaginez le dialogue entre les deux personnages – Lignes 12 à 32 ». Pourquoi diable imposer à de jeunes esprits ce stupide travail consistant à mettre dans la bouche des héros des mots qu’ils n’auraient jamais prononcés ! Quand l’auteur, à ce moment du livre, ne veut pas leur donner la parole. « Fichons la paix aux écrivains ! » ai-je dit un jour à un de mes professeurs. Ce devait être en seconde. Deux heures de colle. J’ai passé beaucoup de temps en permanence. Ce qui me permettait de lire sans découper les œuvres…

La seule joie que me procurait le Lagarde et Michard étaient les illustrations : reproductions de tableaux, photographies.

Voici par exemple le Lagarde et Michard, édition 1969… Année érotique d'après Gainsbourg… Il est une chose certaine : le Lagarde et Michard 1969 n'avait rien, mais vraiment rien, d'érotique !... Quoi que… Feuilletant l'ouvrage d'un doigt distrait, je retrouve le sourire de Micheline Boudet page 257, dans Le Bourgeois Gentilhomme ! Et que dire du décolleté de la même, page 273, dans Le Malade Imaginaire, au côté d'un Jean Piat, la lèvre sensuellement humide et ne sachant où donner de la prunelle !

Prunelle que je prends le temps de jeter, aussi, au bas des textes. Force est de constater la répétition des questions, les mêmes qu'en 1948 dans le Chevaillier, Audiat et Aumeunier… Pourquoi ?... Comment ?... Quel sentiment ?... Relevez… Dieu que j'ai pu « relever » ! Distinguez les trois parties du récit, comme je viens de m’en souvenir…

Par hasard, je tombe sur un de ces « morceaux choisis ». Question 6, page 219 :

« Quelle doit être, à votre avis, l'attitude d'Elise ? »

Mais je ne voulais pas donner mon avis sur l'attitude d'Elise, moi ! Je voulais qu'Elise m'emmène avec elle, qu'elle ait l'attitude de son choix, qu'elle me parle, m'aime, m'embrasse ou me gronde, bref qu'elle vive sa vie ! J'aurais adoré écrire à Elise… Pourquoi diable Lagarde et Michard voulaient-ils à tout prix me faire dire des choses que je ne voulais pas dire ? 

Elise, je la voulais libre ! Libre d'être ce que le texte nous donnait à rêver et non ce qu'il nous était imposé de lire et de penser ! « Quelle doit être, à votre avis, l’attitude d’Elise ? »… Question idiote ! Deux heures de colle !

Hélas, notre Ministère de l’Education Nationale semble apprécier ce temps passé. Il ne fut pour moi et pour l’immense majorité de mes condisciples que du temps perdu. Ce n’est pas ainsi que j’ai été initié à l’amour de la lecture, ni à celui des grands auteurs.

« Mon » Camus… Celui commençant « Noces » par ces mots :

« Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. »

Pourquoi vouloir « faire dire » autre chose à Camus que ces mots-là ? Chacun d’entre eux porte la lumière tragiquement sublime de l’Algérie. Sa lumière, ses couleurs, ses parfums. Tout est là… Et la mer, chevalier protecteur d’une Histoire multi millénaire. En lisant ces lignes, j’épousais le monde…

« Mais peut-être un jour, quand nous serons prêts à mourir d’épuisement et d’ignorance, pourrai-je renoncer à nos tombeaux criards, pour aller m’étendre dans la vallée, sous la même lumière, et apprendre une dernière fois ce que je sais » écrit encore Camus, dans « Retour à Tipasa ».

Et de conclure - mais l’écrivain ne conclut jamais – dans « La mer au plus près »:

«J’ai toujours eu l’impression de vivre en haute mer, menacé, au cœur d’un bonheur royal. »

Laissons aux enfants le plaisir d’aimer, non pas la lecture, mais les mots qu’ils liront, l'histoire qu'ils vivront.

Un bonheur royal !

_________________________________________

"Si je ne rêve pas, je n’ai pas de lieu en moi où puisse s’espérer le temps. Le temps est comme le sang du rêve."

Anne Dufourmantelle

_________________________________________

Lire la suite

Grand oral du Bac, petits brouillons...h

28 Juin 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Baccalaureat

Grand oral du bac : non, «l'éclat du regard» ne sera pas évalué par le jury  - Le Parisien

Grand oral du bac: «J’avais préparé mes élèves à ce que ça ne se passe pas comme prévu»

Epreuve à repasser, absence de jury, manque d’examinateurs de spécialité: le grand oral du baccalauréat ne se déroule pas de façon idoine pour certains élèves. Si certains syndicats déplorent des problèmes d’organisation, le ministère de l’Education nationale assure que ces dysfonctionnements restent marginaux.

Camille (1), en terminale STMG, l’assure : son grand oral s’est bien déroulé. Pourtant, elle fait partie de ces élèves qui vont devoir le repasser. Lundi 20 juin, quand elle s’est présentée dans un lycée du Val-de-Marne, un seul examinateur l’attendait, au lieu des deux attendus. Deux jours plus tard, elle est reconvoquée pour le 28 juin. «J’étais dans l’incompréhension totale. Mon prof de spécialité m’a dit que c’est parce que je n’avais eu qu’un seul membre de jury. J’ai trouvé ça injuste.» La voilà obligée de plancher à nouveau. «Ce que je redoute le plus, c’est de ne pas faire aussi bien que le premier, que les questions soient plus difficiles ou le jury plus dur», s’inquiète la jeune femme. Sollicité, le ministère de l’Education nationale affirme que cette situation a pu arriver «dans quelques rares cas», mais qu’un «rappel a été fait en quelques heures et la situation ne s’est pas reproduite». A voir.

Certains élèves n’ont même pas eu la chance de voir un examinateur. En Seine-Saint-Denis, un lycéen, convoqué le 20 juin, a été renvoyé chez lui moins de deux heures plus tard. Le jury ne s’était pas présenté. «Il s’était préparé assidûment, témoigne sa mère. C’est une situation déstabilisante pour nos enfants. Le lycée nous a dit que 24 élèves étaient concernés mais personne ne nous a contactés pour nous informer ou nous rassurer, on ne savait même pas quand ils seraient reconvoqués.» Si leur oral n’a pas été annulé, d’autres lycéens n’ont pas pu le passer dans les conditions normales de l’examen. «En raison d’erreurs de convocation, des professeurs d’établissements privés ont pu faire passer leurs propres élèves», observe Audrey Chanonat, secrétaire nationale pédagogie du SNPDEN, le syndicat national des personnels de direction. Certains élèves ont également été évalués par des examinateurs dont aucun n’enseignait leur spécialité.

Disparités territoriales

Du 20 juin au 1er juillet, un peu plus de 540 000 candidats doivent passer le grand oral, nouveauté du bac Blanquer mis en place en 2019 et chamboulé par deux années de Covid. Cette épreuve, qui consiste à interroger les élèves sur des questions préparées en amont en lien avec leurs spécialités et sur leur orientation postbac, avait lieu pour la première fois l’année dernière. Déjà, l’organisation avait été chaotique : jurys absents, convocations de dernière minute, manque de professeurs de spécialité. «On se disait que c’était normal parce que c’était la première fois, se rappelle Lucie (1), enseignante en anglais dans les Yvelines et examinatrice du grand oral. Mais on pensait que ce serait réglé.»

Les retours de chefs d’établissements font état de disparités territoriales. A Lille, «moins de couacs d’organisation» ont été relevés cette année et les «quelques absences ont pu être facilement remplacées», salue Florence Delannoy, proviseure au lycée Montebello. Secrétaire académique du SNPDEN Créteil, Sébastien Volpoet est lui formel : «C’est mal organisé, pire que l’année dernière.» Audrey Chanonat dresse, elle, un bilan plus contrasté. «Il semble que ça a été globalement mieux que l’an dernier mais nous avons en effet eu des remontées d’absence de jurys», déroule-t-elle. Elle ajoute : «Certains établissements ont pu pallier ces difficultés avec des enseignants du lycée mais parfois ça n’a pas été possible.» Des «bugs académiques» qu’elle est dans l’impossibilité de chiffrer. La structure même de cette nouvelle épreuve – avec un jury dit naïf et un autre devant obligatoirement enseigner dans l’une des deux spécialités de l’élève – complexifie, selon elle, ces remplacements.

Le ministère de l’Education nationale assure que «dans la quasi-totalité des cas, [les épreuves] se sont déroulées sans aucune difficulté». Même mot d’ordre du côté du Siec (Service interacadémique des examens et concours dans les académies de Créteil, Paris et Versailles), qui reconnaît qu’«il arrive à la marge que le nombre de professeurs absents en dernière minute soit supérieur au nombre de professeurs de réserve» pouvant engendrer une attente, voire un report exceptionnel. Aux absences imprévisibles s’en ajoutent d’autres, plus évitables. Certains enseignants ont été sollicités à la fois pour évaluer le grand oral et pour des oraux de concours comme le Capet (Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement technique). «Des bugs liés au fait que ce ne sont pas les mêmes services qui organisent les différentes convocations», analyse Audrey Chanonat.

«Au moindre grain de sable, ça peut jouer très fort»

Samy, professeur de SES dans l’académie de Créteil, avait pris les devants. «En tant que prof de spé, j’avais préparé mes élèves à ce que ça ne se passe pas comme prévu.» Les conséquences pour les candidats ne sont pas à balayer. «Tous les élèves ne sont pas bien armés pour gérer des dysfonctionnements de dernière minute. Pour ceux qui ne savent pas bien rebondir, au moindre grain de sable, ça peut jouer très fort», s’alarme l’enseignant.

Lucie, professeure d’anglais, a été sollicitée le lundi pour le lendemain 8 heures : «Je remplaçais une prof prévenue elle-même au dernier moment et qui ne pouvait pas annuler un rendez-vous médical pris de longue date.» Une organisation bancale que le ministère, là aussi, conteste. «Toutes les convocations ont été envoyées dans les délais», écrivent-ils, rappelant que les remplaçants peuvent être «convoqués au fil de l’eau». Sébastien Volpoet s’agace que son travail mené auprès du Siec n’ait pas porté ses fruits : «Au moins un professeur de réserve par spécialité doit être sollicité par centre d’examen. Dans la réalité, on s’est aperçu que certains n’avaient personne en réserve sur certaines matières.» L’Education nationale concède que «selon les disciplines, il peut être plus difficile d’intervenir, notamment lorsqu’il s’agit [de spécialités] pour lesquelles il y a peu d’enseignants sur tout le territoire de l’académie». Le Siec avance pour l’Ile-de-France le chiffre de «8 000 enseignants convoqués dont environ 1 200 sur les commissions de réserve». Une marge visiblement insuffisante pour ne laisser aucun élève sur le carreau.

Marlène Thomas

(1) Les prénoms ont été changés.

Lire la suite