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Vivement l'Ecole!

education

De Zemmour à Blanquer, la naphtaline en guise de pensée scolaire

14 Janvier 2022 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

https://images.ladepeche.fr/api/v1/images/view/616031b38fe56f748e237955/large/image.jpg?v=1

Raillé pour ses accents rétrogrades, le programme d’Éric Zemmour sur l’école fait pourtant écho aux slogans réactionnaires brandis depuis cinq ans par Jean-Michel Blanquer. L’école mérite mieux que ces plats rances, inlassablement resservis depuis des décennies.

« Rétablir le port de la blouse », recréer des postes de « surveillants généraux » pour ramener la discipline ou mettre en place des « internats de réinsertion » pour les élèves posant des problèmes de comportement… Le projet pour l’école d’Éric Zemmour si caricaturalement réactionnaire a déclenché des torrents de commentaires mi-amusés, mi-consternés.

Certain·es ont rappelé, comme l’a fait précisément l’historien de l’éducation Claude Lelièvre, que ce fantasme d’une école idéale d’avant Mai-68 où auraient régné l’ordre et le mérite, avant la grande destruction « pédagogiste », n’a jamais existé.

Et que, dans cette école rêvée, une minorité d’élèves accédait – petit détail sans doute – au certificat d’études.

Aussi absurdes qu’elles soient – qui peut croire que le rétablissement du port de la blouse, ou le fait que les CPE s’appellent désormais les « surveillants généraux », change quoi que soit au fait massif que l’école française aggrave les inégalités –, ces propositions imbibées de naphtaline reviennent pourtant avec constance.

Elles sont devenues les figures imposées d’un débat public sur l’école qui évite soigneusement les vrais sujets : la ségrégation scolaire qui a accompagné la massification, des décrochages massifs et silencieux d’élèves qui quittent sans aucun diplôme l’école, un mal-être enseignant qui s’aggrave d’année en année, une compétition qui mine les élèves… au profit de chimères sépia, à l’arrière-goût assez rance.

Ces fables réactionnaires sont pourtant considérées comme attendues par des familles gagnées par l’angoisse scolaire. Elles sont aussi un inépuisable filon éditorial pour certains journaux qui paraissent ne pas se lasser de resservir jusqu’à l’écœurement ces vieux plats moisis depuis des décennies.  

À ce jeu, Jean-Michel Blanquer aura été, ces cinq dernières années, un maître - ses sorties rétrogrades n’ayant rien à envier aux niaiseries d’Éric Zemmour sur l’école.

À peine arrivé rue de Grenelle, Blanquer assure qu’avec lui les élèves français vont rechanter La Marseillaise puis que le drapeau tricolore devra être présenté dans chaque classe.  

L’ancien directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO) de Nicolas Sarkozy – sous le mandat duquel près de 60 000 postes d’enseignant·es ont été supprimés – rappelle aussi qu’il est favorable au port de l’uniforme à l’école. Des slogans, rarement suivis d’effet, et qui n’ont que peu à voir avec sa politique scolaire (réforme du bac, de l’éducation prioritaire…) mais qui sont autant de clins d’œil à un électorat qui raffole de ces petites sorties nostalgiques.

Puisque cela n’engage à rien, Blanquer a d’ailleurs ressorti en septembre son couplet sur l’uniforme à l’école sur la chaîne C8, propriété de Vincent Bolloré, période électorale oblige.

Quand Éric Zemmour appelle à faire de l’école un « sanctuaire de l’assimilation » pour « redonner la France à aimer », il ne dit pas foncièrement autre chose qu’un Blanquer qui n’a cessé de pourfendre « la culture de la repentance » censée avoir gagné les programmes. « Tous les programmes d’histoire de lycée ont changé pour être dans un ordre chronologique. Il n’y a pas de dimension de repentance dans ces programmes », se défendait-il, en octobre, devant Sonia Mabrouk sur Europe 1.

Et lorsque Zemmour annonce dans son « programme » pour l’école qu’il protégera « nos enfants de la propagande en interdisant la diffusion à l’école des idéologies », on croit entendre un Blanquer parti en croisade contre le « wokisme » après « l’islamo-gauchisme », et qui a entretenu à la rentrée des jours durant une navrante polémique sur l’introduction du pronom « iel » dans Le Robert… Un pronom en passe de saper les piliers de l’éducation française, voire de « déconstruire » les bases de la civilisation occidentale.

C’est à cette aune démagogique qu’il faut comprendre les multiples déclarations du ministre sur son envie de renforcer l’apprentissage du grec et du latin, déclarations purement électoralistes et sans rapport avec les difficultés propres à ces disciplines qui attirent de moins en moins d’élèves et de moins en moins d’enseignant·es.

Outre la référence, face au « wokisme », à une Antiquité aussi modèle que factice, ces annonces permettent également de rassurer un public qui sait combien les options sont un moyen de reconstruire une ségrégation sociale dans les collèges.

Face à Zemmour qui prône les « primes et la progression au mérite » des enseignant·es – laissant entendre que l’école irait mieux si on savait motiver ces fainéants de profs si éloignés de l’abnégation des hussards noirs de la République –, difficile de ne pas voir que Blanquer n’a cessé de brandir cette même recette ces dernières années.

Pour le polémiste d’extrême droite, comme pour Blanquer, l’école privée reste enfin la référence ultime : un sanctuaire où le chaos du monde contemporain ne serait pas encore entré. Éric Zemmour annonce qu’il souhaite la soutenir financièrement parce qu’elle reste une « alternative efficace au public gangrené ». Sans le dire aussi frontalement, Blanquer, à travers toutes ses réformes, n’a cessé lui aussi de défendre les écoles privées – grandes gagnantes, notamment, de sa réforme de l’éducation prioritaire.

À moins de trois mois de l’élection présidentielle, la lassitude gagne à voir qu’un sujet aussi majeur que l’éducation donne lieu, une fois de plus, à des débats si grotesquement caricaturaux.

Lucie Delaporte

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Profs, élus, ils bricolent pour faire tenir l’école en temps de pandémie

13 Janvier 2022 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

Déco : les objets indispensables pour bricoler soi-même

EXTRAIT

Parmi les ressorts de la colère contre le ministre de l’éducation nationale, l’impression de devoir composer depuis des mois avec des bouts de ficelle arrive en bonne place. Pour pallier les manques et retards de l’État, enseignants et élus locaux se mobilisent comme ils peuvent.

Dans le collège Aliénor-d’Aquitaine de Bordeaux, la pratique est ancienne. Lassés de ne pouvoir ouvrir les fenêtres d’un bâtiment conçu pour « s’autoventiler », enseignantes et enseignants puisent depuis un certain temps dans leur propre boîte à outils pour poser ici ou là des poignées aux fenêtres, poignées achetées sur leurs deniers.

Le besoin d’aération, essentiel à la lutte contre le Covid-19, a remis le problème en lumière il y a deux ans, explique une professeure de l’établissement. « Certains collègues ont peur de l’infection et réclament de pouvoir ouvrir largement. Mais les fenêtres ne sont pas faites pour ça, elles sont immenses et donc il fait très froid. Moi, faire cours en manteau, honnêtement, c’est ma limite. » Des capteurs de COont également été promis, nous apprend cette même enseignante, mais ils ne sont pas encore arrivés. Et de temps en temps, la direction fournit deux ou trois poignées en attendant une solution pérenne.

« Au niveau de l’aération, on a la chance d’être dans un collège ancien, bourré d’amiante mais dont des fenêtres s’ouvrent, ironise Romain, professeur d’histoire-géographie en Seine-Saint-Denis, syndiqué à Sud-éducation. Mais pour les masques, on se paye des chirurgicaux, et depuis un certain temps, nous sommes nombreux à être passés au FFP2, à nos frais bien sûr. » Jean-Michel Blanquer a promis une fournée de masques chirurgicaux à ses troupes fin janvier, vraisemblablement après le pic de la vague Omicron, s’inquiètent les syndicats.

Sophie Vénénitay, secrétaire adjointe de la SNES-FSU, critique « cette grande enseigne de bricolage qu’est devenue l’Éducation nationale ». Depuis dix jours, raconte la professeure de sciences économiques et sociales dans l’Essonne, les conditions d’exercice sont ubuesques : « Nous jonglons avec des morceaux de classe. On commence l’heure, 3 ou 4 élèves sont absents pour cause de Covid, puis le surveillant arrive et vient en chercher encore deux ou trois autres pour les faire tester ou les isoler à l’infirmerie. On multiplie les devoirs, un pour les présents, un autre pour ceux qui reviennent d’isolement et qui ont travaillé comme ils ont pu à distance. C’est infernal. »

Le personnel soignant dans les établissements n’est guère mieux loti. « Au début de l’épidémie, nous avons été les seules professionnelles de santé à faire des examens cliniques avec des masques grand public, s’insurge Saphia Guereschi, infirmière scolaire et responsable du SNICS-FSU (syndicat national des infirmier·es conseiller·es de santé). Certaines en ont récupéré en pharmacie, dans des zones qui n’étaient pas en tension, mais c’était au bon vouloir de l’officine. » Depuis, il y a eu quelques dotations d’urgence, « 5 ou 6 masques par infirmière, pas de quoi tenir la semaine », poursuit Saphia Guereschi, qui travaille en Bourgogne, partageant ses 44 heures par semaine entre trois collèges et trente-trois écoles rurales.

Saphia Guereschi rappelle que 2 000 infirmières scolaires (sur les 7 700 que compte le pays) ont été réquisitionnées pour mener des campagnes de tests ou de vaccination, afin de venir en aide aux agences régionales de santé. Pendant ce temps, une bonne part des consultations et de la prévention sont passées à la trappe, notamment, dans les collèges, la visite obligatoire pour les enfants de 12 ans. À Grenoble, selon des informations obtenues par Mediapart, depuis début janvier, c’est désormais aux directeurs et directrices non seulement de récupérer les résultats des tests mais également de réaliser le « tracing » des élèves et de le mettre en tableau (date de début des symptômes, date et résultat du test, durée de l’isolement, etc.) afin de venir au secours des services de santé municipaux et étatiques débordés par l’ampleur des contaminations chez les enfants.

Les parents d’élèves, de leur côté, multiplient les interpellations pour survivre à la doxa de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale : garder les écoles ouvertes coûte que coûte. Depuis décembre, les classes ferment, et les enfants sont renvoyés chez eux, faute de pouvoir répartir les élèves, le brassage étant interdit dans le protocole.

« Heureusement que la solidarité entre les familles demeure pour à tour de rôle pouvoir conjuguer la garde des enfants et le travail... Mais toutes les familles n’en bénéficient pas, raconte une mère d’élève de Haute-Garonne, membre de la FCPE (Fédération des conseils de parents d’élèves). Le lien entre parents est également plus dur à créer avec tous ces protocoles et le port du masque, qui ne favorise pas les rencontres. » Comme dans de nombreuses communes, les parents d’élèves ont en désespoir de cause sollicité la mairie et demandé que le personnel municipal soit réaffecté pour garder les élèves, afin de « répondre à une situation d’urgence vis-à-vis des familles ». Sans succès.

(...)

Mathilde Goanec

Suite et en cliquant ci-dessous

https://www.mediapart.fr/journal/france/120122/profs-elus-ils-bricolent-pour-faire-tenir-l-ecole-en-temps-de-pandemie?utm_source=20220112&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-20220112&M_BT=16590131223

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"On ne parle plus des décès", déplore un médecin qui se demande "quel est le nombre de morts qui a été jugé acceptable ?"

13 Janvier 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

https://focus.nouvelobs.com/2021/04/15/647/0/6016/3008/966/466/75/0/4a3e0f8_141301249-080-hl-rlongieras-1069838.jpg

Le docteur Michaël Rochoy, membre du collectif "Du côté de la science", plaide pour une fermeture des écoles et un reconfinement pour "laisser un peu de temps" pour vacciner.

"Quel est le nombre de morts qui a été jugé acceptable lors des conseils de défense [sanitaire] secrets ?", se demande ce mercredi sur franceinfo le docteur Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau (Pas-de-Calais), membre du collectif "Du côté de la science" et co-fondateur de "Stop-Postillons", alors que les chiffres de contaminations continuent de battre des records.

"Il y a quand même eu 339 décès du seul Covid hier, mais on n'en parle plus… Ça n'intéresse plus", déplore-t-il en rappelant qu'habituellement la mortalité en France est de "1 600 à 2 000 décès par jour", toute cause confondue. Michaël Rochoy s'inquiète également des trois décès d'enfants survenus mardi.

1 lycéen sur 19 testé positif

"Trois décès d'enfants en un jour alors qu'on en est à 33 depuis le début de l'épidémie, ce n'est pas de bon augure pour les semaines à venir." Le docteur Michaël Rochoy alerte également sur le taux d'incidence "de 5 261" dans les lycées. Ce qui veut dire qu'au cours des sept derniers jours, 1 lycéen sur 19 a été testé positif. 

"Dans cette situation, il n'y a pas de passage en distanciel", déplore Michaël Rochoy qui pense que la solution est "peut-être de fermer les écoles et paralyser le pays pour revenir à des taux d'incidence plus bas, pour mieux contrôler le virus et ne pas avoir 300 décès". Cela permettrait, selon lui, de "laisser un peu de temps pour que les élèves soient vaccinés et pour que les parents puissent aussi se faire vacciner avec une troisième dose".

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Rentrée sous Covid : le journal de bordel de trois directeurs d’écoles marseillaises

12 Janvier 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Quel Bordel De Merde Gifts - CafePress

Protocoles, enseignants malades, casse-tête des tests… Trois chefs d’établissement de Marseille nous racontent leur quotidien en temps de pandémie, alors que Jean Castex a annoncé de nouvelles mesures lundi.

Pas sûr que le nouveau protocole sanitaire dans les écoles, annoncé lundi soir par le Premier ministre, Jean Castex, leur redonne le sourire. Mathias, Clara et Marie – les prénoms ont été modifiés – sont directeurs d’écoles à Marseille. Libération les a sollicités pour tenir, au cours d’une semaine très particulière, le carnet de bord d’une vie professionnelle soumise au joug d’omicron. Et qui sera marquée, jeudi, par une grève déjà qualifiée d’«exceptionnelle» par l’unité qu’elle suscite au sein de la communauté éducative.

Mathias, directeur d’une école élémentaire d’un quartier paupérisé du centre-nord

Lundi, 6 h 45. «J’ai pris l’habitude d’arriver tôt à l’école depuis que j’ai pris la direction il y a deux ans. Je n’ai qu’un quart de décharge [son temps d’enseignement est allégé d’un quart, mais il conserve une classe en plus des tâches de direction, ndlr], cela me permet de gérer tous les dossiers avant ma classe. Je regarde mes mails et je m’occupe surtout de rédiger un document-type pour les parents : l’attestation sur l’honneur qu’ils doivent fournir pour les autotests à J + 2 et J + 4 – du moins, c’est ce que prévoyait jusqu’à présent le protocole, modifié le 6 janvier.»

«Beaucoup de parents ne savent pas quoi écrire, et dans le quartier, ce ne sont pas forcément de bons lecteurs. Je prépare aussi la distribution des autotests fournis par l’Education nationale pour les collègues, ainsi que celle des masques en tissus qui ne sont pas très appréciés par les enseignants… Je vais ensuite ouvrir le portail. Ce matin, je n’ai pas de nouveau cas de Covid. J’ai pu rejoindre ma classe et faire des fractions avec mes CM1-CM2. On va aussi travailler sur des exposés à partir de livres que j’étais allé récupérer ce week-end à la bibliothèque.»

A la récréation du matin. «On organise un basket et un foot dans une zone spécifique que l’on a mise en place pour que les enfants ne courent pas de partout – il y a aussi une zone calme, pour la lecture. A chaque récréation, les élèves rentrent et se lavent les mains. On a de la chance : dans notre vieille école rénovée, il y a des lavabos dans les salles, ça simplifie les choses.»

A midi, durant le temps cantine. «C’est le moment où l’on discute notamment avec les collègues du capteur CO2 que nous a fourni la mairie. Comme on n’en a qu’un pour les sept classes de l’école, on se le fait passer dans la journée et on surveille régulièrement les mesures. C’est bien utile : on voit bien qu’au bout de quarante-cinq minutes, on passe à l’orange et il faut aérer la salle. Sauf qu’en ce moment, comme il fait trop froid, on attend la récréation pour ouvrir les fenêtres.»

A la sortie de l’étude, à 17 h 30. «Une mère vient de m’apprendre qu’un élève était testé positif. Comme je le fais à chaque nouveau cas, j’envoie un mail à tous les parents doublé d’un texto. Depuis que j’ai pris la direction de l’école au début de l’épidémie, j’ai pris une deuxième ligne de portable, dédiée à l’école, car les appels sont trop nombreux. Il faut aussi que je prépare un affichage : les enfants de la classe ne pourront revenir ce mardi que s’ils ont un test PCR négatif. Il devrait y avoir moins de monde demain…»

Mardi. «C’était ma journée de décharge, j’ai donc pu répondre au téléphone à beaucoup de parents. Il a fallu aussi s’occuper de ceux qui attendaient des attestations pour obtenir des autotests gratuits à la pharmacie. Sauf qu’on n’a pas reçu de document-type à leur fournir, je vais donc goupiller quelque chose. Je n’ai appris les annonces du Premier ministre qu’en différé, je n’étais pas devant la télé. Rien ne nous satisfait là-dedans. Nous simplifier la tâche ? Antigénique ou PCR, il faut quand même vérifier les tests. Et puis beaucoup de parents hésitent à réaliser les autotests, de peur de faire mal aux enfants. Et vont-ils bien le faire ? On ne se sent pas vraiment en sécurité, ces nouvelles règles vont plus énerver les enseignants qu’autre chose. Finalement, on va fermer l’école. Ce n’était pas prévu, mais les annonces d’hier, ça a été la goutte d’eau.»

Clara, directrice d’une école élémentaire des quartiers sud

Lundi, 7 h 40. «J’arrive toujours à cette heure pour préparer ma classe – je n’ai qu’une journée de décharge par semaine pour la direction –, mais en ce moment, je n’ai pas le temps. Je suis directement passée à mon bureau pour regarder mes mails et écouter les messages sur le répondeur. Deux nouveaux cas positifs… C’est comme ça depuis le premier jour de la rentrée. Les deux tiers des classes sont concernés, et à l’ouverture du portail, à 8 h 20, il faut vérifier les tests de tout le monde. Et comme ils ne l’ont pas tous fait en même temps, il faut se souvenir si on est à J + 2, ou à J + 4. Pour chaque classe, j’ai relevé les mails les concernant et chaque enseignant est chargé de vérifier l’entrée de ses élèves.»

«Ce matin, je me suis rendu compte que l’on s’était trompé : on avait compté les sept jours d’isolement à partir de J + 1 alors qu’il fallait compter à partir de J-0… Il faut aussi gérer les questions des parents, ceux qui ont du mal à comprendre le protocole, ceux qui sont arrivés sans le test et qui ont dû repartir avec leurs enfants. Trois élèves sont aussi arrivés seuls et sans test, j’ai donc demandé à mes collègues de garder ma classe le temps d’aller appeler les parents. On a fermé le portail à 8 h 36. De retour dans ma salle, au moment de l’appel, je me suis aperçue qu’un élève que j’avais fait rentrer parce que son test était négatif n’aurait pas dû être là, puisqu’il était positif depuis moins de sept jours. Il a donc fallu rappeler ses parents.»

«D’habitude, je ne garde pas le téléphone avec moi dans la classe mais là, comme il sonne sans cesse, ce n’est pas possible. Les petits m’épatent, même dérangés tout le temps, ils restent concentrés ! On a pu démarrer le travail à 9 heures, mais comme j’ai onze absents, je ne peux pas avancer trop vite.»

A la récréation du matin. «Je fais le tour de ma messagerie mail et je m’occupe de déclarer les cas du matin sur le site de la cellule Covid de l’inspection académique.»

A midi, durant le temps cantine. «J’envoie du travail à faire aux absents, je le fais en deux fois chaque jour parce que ça prend beaucoup de temps. J’apprends qu’une enseignante absente aujourd’hui – elle se sentait malade la veille, on avait pu prévenir les familles – a finalement été testée négative… Mais dans la foulée, sa fille, elle, s’est révélée positive. L’enseignante est donc cas contact, mais comme elle est vaccinée, elle revient demain. On a aussi discuté avec les collègues de la grève de jeudi. D’ordinaire, on n’est pas forcément toujours mobilisés, mais cette fois-ci, on ferme l’établissement. Tout le monde est épuisé une semaine seulement après la reprise, on ne voit pas comment on peut continuer comme ça. On n’a plus l’impression d’être à l’école.»

A la sortie de l’école, à 16 h 30. «A nouveau, les parents demandent des explications. Pour l’instant, ils ne s’énervent pas, ils sont plutôt compatissants… Dans l’après-midi, on a eu un cas positif de plus, qu’il a fallu déclarer à la cellule Covid, mais c’était dans une classe où le protocole était engagé, donc ça ne change rien. Il a fallu encore envoyer la suite du travail à la maison pour les absents. Demain, il y a des classes qui ont fini leur J + 4, ce devrait être plus calme.»

Mardi. «C’était une journée plus tranquille. Aucun nouveau cas en ouvrant mes mails, du moins dans des classes qui ne suivaient pas déjà le protocole. Il y avait juste un message du directeur académique après les annonces du Premier ministre, indiquant que nous aurions prochainement les documents formalisant le nouveau protocole. Mais ce soir, en partant à 17 heures, toujours rien. Or, on n’est pas censés regarder la télé, c’est un mépris de notre travail. Je ne vois pas en quoi ça nous allège. Les familles à la limite, mais pour nous, il faudra quand même tout vérifier. J’ai fait coller des mots dans les cahiers pour prévenir les parents : l’école sera fermée jeudi. Ils ne comprennent pas toujours nos grèves, mais là, si. D’ailleurs avant, quand ils laissaient les enfants le matin, ils nous souhaitaient une bonne journée. Maintenant ils nous disent bon courage.»

Marie, directrice d’une école primaire dans l’un des quartiers les plus pauvres

Lundi, 8 heures. «Avec l’élémentaire, nous accueillons 400 élèves, je suis donc déchargée à temps complet pour mon poste de direction. Je commence ma journée en accueillant les remplaçants – deux enseignants sont absents pour cause de Covid – avant de partir ouvrir le portail des maternelles. Il y avait un certain nombre d’élèves sans masque, je leur en ai donné. La veille, nous avions appelé tous les parents et pourtant, certains avaient amené leurs enfants sans test, ils ont donc dû les ramener. Mais on leur a donné la possibilité de revenir dans la matinée, une fois le test réalisé. Bien sûr, il faut réexpliquer le protocole, mais ça, on le fait presque de manière automatique.»

«A 8 h 40, une fois le portail fermé, je reçois une mère venue inscrire ses trois enfants. En même temps, il faut répondre au téléphone qui sonne en permanence. J’ai aussi reçu des enfants qui étaient chauds, j’ai pris leur température, on les a isolés et on a appelé les parents.»

Après la récréation du matin. «Je pars vers 11 heures récupérer des autotests fournis par l’Education nationale pour les collègues. Ce sont des boîtes de dix : on me dit “Vous avez vingt-cinq enseignants, prenez-en trois…” J’en ai pris cinq ! Je repars aussi avec deux cartons d’évaluation de CP qu’on va devoir faire passer bientôt.»

A midi, pendant le temps cantine. «Il faut gérer le cas d’enfants qui normalement mangent à la cantine, mais ne sont pas inscrits aujourd’hui. Je négocie avec le cantinier pour qu’il les garde quand même. Deux enseignants m’avaient annoncé ne pas se sentir bien dans la matinée. A midi, leurs tests se révèlent positifs. Il faut joindre une quarantaine de parents avec des numéros pas mis à jour, d’autres qui ne répondent pas, encore d’autres qui ne peuvent pas se rendre disponibles tout de suite. Je passe manger chez moi, tout près de l’école, avant l’ouverture du portail pour les élèves de l’élémentaire, à 13 h 20. J’ai un autre rendez-vous pour une inscription, il faut prévenir les maîtresses, les nouveaux enfants inscrits commencent demain.»

A la sortie de l’étude, à 17 h 30. «Je viens de finir l’étude. Dans l’après-midi, j’ai suivi en visio une réunion pédagogique durant deux heures, tout en répondant au téléphone et aux sollicitations de mes collègues. J’ai soigné des élèves qui s’étaient fait mal en tombant, j’ai gardé une petite fille qui avait de la fièvre le temps que ses parents viennent la chercher, j’ai reçu trois parents pour faire des attestations car ils n’avaient pas pu se rendre au travail la semaine dernière pour garder les enfants. On m’a annoncé qu’une accompagnante d’élève en situation de handicap s’était blessée au genou, elle sera absente ce mardi.»

«J’ai aussi envoyé les formulaires pour les deux enseignants testés positifs à midi. Mais pour demain, il n’y a plus de remplaçants disponibles… Il a donc fallu prévenir les familles : pas d’école ce mardi puisque la répartition [des élèves dans d’autres classes] n’est pas autorisée. Je quitte l’établissement et j’ai encore du travail : je n’ai toujours pas eu le temps de faire une fiche explicative du nouveau protocole pour les parents.»

Mardi. «Je n’ai reçu aucun document concernant le nouveau protocole annoncé par le Premier ministre et, faute de texte officiel, on ne sait pas quand on va devoir l’appliquer. Alors il faut aller sur notre boîte mail pro le soir, le matin, le mercredi, jeudi quand on sera en grève… En ce moment, il faut toujours qu’on soit branché sur l’école. On est des girouettes, on doit s’adapter. On est entre le désarroi et la colère. Ce nouveau protocole, c’est alléger sans alléger, il y a toujours des papiers à demander aux parents, des tests à faire, on garde les enfants toute la journée s’il y a un nouveau cas… mais on ne protège pas les enseignants. Il faut être cohérent : soit le gouvernement lutte contre la propagation du virus et du coup il faut être plus strict, soit il ouvre les vannes et il nous laisse tranquille. Ils nous font travailler pour que l’économie tourne. Qu’ils le disent clairement et qu’ils arrêtent avec leurs masques et leurs tests !»

Stéphanie Harounyan

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Le nombre d’élèves contaminés communiqué par le ministère est-il sous-estimé?

12 Janvier 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Employment Verification – Welcome to the City of Fort Worth

Il y aurait actuellement «autour de 50 000 cas positifs cumulés», parmi les élèves, selon Jean-Michel Blanquer. Un chiffre très sous-estimé au regard des statistiques publiques pour cette tranche d’âge : 398 137 cas de Covid pour la semaine de la rentrée.

Question posée sur Twitter, le 9 janvier,

Bonjour,

Alors que le protocole sanitaire ne cesse d’être réaménagé afin de faire face à l’explosion des contaminations (et à l’exaspération des professeurs et des parents d’élèves), vous nous interrogez sur la fiabilité du nombre de cas de Covid chez les élèves communiqué par le ministère de l’Education nationale. Au total, 47 453 cas ont été déclarés chez les élèves, «sur des remontées allant du 3 au 6 janvier à 13 heures», était-il précisé à la presse la semaine dernière. De source syndicale, le ministère aurait aussi recensé 75 000 élèves isolés, pendant cette période. Chiffre que l’Education nationale n’a pas souhaité confirmer. Ce mardi, sur BFM TV, Jean-Michel Blanquer évoquait «autour de 50 000 cas positifs cumulés» pour 12 millions d’élèves, sans préciser si ces chiffres avaient été réactualisés.

Dans le même temps, le secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction de l’Education nationale, Bruno Bobkiewicz a indiqué à nos confrères de Franceinfo, que 15% des élèves dans le secondaire avaient été absents la semaine passée, soit environ 860 000 adolescents.

 

 

Comment expliquer cet écart ? Contacté par CheckNews, Bruno Bobkiewicz explique que le taux d’élèves absents a été estimé via un sondage effectué auprès d’une centaine d’établissements sur la base du nombre d’absences totales enregistrées par la vie scolaire. Le périmètre pris en compte est bien plus large que les cas de Covid confirmés. «Cela comprend donc les cas positifs, les cas contacts mais aussi d’autres types d’absences. L’absentéisme toute cause confondue est trois à quatre fois plus important que d’habitude», explique le proviseur de la cité scolaire Hector-Berlioz de Vincennes. Ce taux ne correspond donc pas à l’ensemble des absences liées au Covid.

Changement de méthode de traçage

Toujours est-il que selon le syndicat, les chiffres du ministère de l’Education nationale sont sous-estimés car les remontées du nombre de cas confirmés à l’inspection académique ont été fortement perturbées la semaine de la rentrée. «Jusqu’ici, pour chaque situation, il fallait remplir une fiche de signalement [sur la base des déclarations effectuées par les parents, ndlr] et un tableau excel avec les coordonnées et les cas contacts», détaille-t-il. Si ce système permettait d’«avoir une visibilité proche de la réalité jusqu’en décembre, selon Bruno Bobkiewicz, le flot d’élèves contaminés a été tellement élevé à la rentrée, qu’il n’y avait plus la capacité de remonter tous les cas.» «Nous avons demandé à ce que la procédure soit allégée. Nous faisons désormais une enquête quotidienne avec quatre chiffres : le nombre de cas positifs et de cas contact parmi les élèves et parmi les enseignants», explique-t-il. Ce changement aurait été mis en place progressivement selon les départements, d’après le proviseur. Contacté, le ministère n’a pas été en mesure de nous renseigner sur cette évolution des méthodes de recensement.

Dans le primaire, les remontées sont effectuées par les directeurs d’école, en charge par ailleurs de leur propre classe (sauf dérogation). D’après Guislaine David, cosecrétaire générale et porte-parole du SNUipp-Fsu, la forte circulation du virus et l’application du protocole sanitaire (modifié depuis) a perturbé les remontées. «Nous sommes submergés. La priorité ce n’est pas de remonter les cas, mais d’assurer l’accueil, gérer les autres élèves, appeler tous les parents… Et bien souvent, il y a plusieurs étapes de remontées dans les écoles. Nous n’arrivons pas à faire remonter les chiffres très vite», explique-t-elle. En conséquence, «les chiffres du ministère sont en deçà de la réalité», selon Guislaine David.

Pour estimer le nombre de cas parmi les élèves du primaire et du secondaire, on peut s’appuyer sur les données publiées par Santé publique France. Ces chiffres ne distinguent pas la situation scolaire de chaque enfant, mais permettent de connaître le taux d’incidence par tranche d’âge pour la semaine du 1er au 7 janvier.

En reconstituant le nombre de cas sur cette période en fonction de la population, voici ce que l’on obtient :

44 137 cas positifs parmi les enfants de 3 à 5 ans,

127 000 de 6 à 10 ans ;

110 000 chez les 11 à 14 ans ;

117 000 pour les 15 à 17 ans.

En tout, 398 137 cas de Covid ont ainsi été recensés la semaine de la rentrée dans la tranche d’âge correspondant aux enfants scolarisés dans le premier et second degré, soit 3,25 % des élèves (même si les deux effectifs ne se recoupent totalement).

Emma Donada

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« C’est infernal ce qu’on nous demande » : dans le bureau d’un directeur d’école, en pleine crise du Covid-19

12 Janvier 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

M. Blanquer, derrière les résultats des évaluations en CP, il y a des  professeurs des écoles débordés et des directeurs épuisés - BLOG | Le  Huffington Post LIFE

EXTRAITS

Le directeur d’une école élémentaire de Cergy, dans le Val-d’Oise, a accepté de nous recevoir dans son bureau, théâtre de sa gestion quotidienne des conséquences de l’épidémie à l’école.

Il est 7 h 45, les trottoirs de Cergy (Val-d’Oise) sont plongés dans un épais brouillard. Devant l’école élémentaire du Hazay, Olivier Flipo s’affaire dans le froid autour de l’écriteau qui accueillera les familles dans quelques minutes. Directeur de l’établissement depuis cinq ans, il a passé le week-end à gérer les mauvaises nouvelles qui se sont accumulées depuis vendredi. Les affiches qu’il est en train de placarder en font le résumé : en ce lundi 10 janvier, sur les onze classes de l’école, une est fermée en raison de l’absence d’une enseignante, et six comptent au moins un cas de Covid-19 parmi leurs élèves.

Olivier Flipo, dont l’école avait été relativement épargnée la semaine dernière, se prépare à une longue journée. Egalement délégué du Syndicat des enseignants-UNSA du Val-d’Oise, il a accepté de nous recevoir entre les quatre murs de son bureau, théâtre de sa gestion quotidienne des conséquences du Covid-19 à l’école.

140 absents sur 250 élèves

Il est à peine 8 heures quand, alors qu’il passe en revue ses e-mails matinaux, une mère appelle pour lui annoncer que son fils a été testé positif au Covid-19. Un rapide coup d’œil à ses listes d’élèves : « C’est une nouvelle classe », conclut cet homme de 57 ans, directeur depuis vingt ans, en se levant rapidement. Il faut aller chercher les élèves déjà arrivés à l’accueil périscolaire, les isoler, prévenir les parents afin qu’ils reviennent pour les faire tester. A tous les autres, ceux qui arriveront d’ici à 8 h 30 avec leurs parents, une enseignante expliquera sur le parvis qu’ils doivent repartir. Lundi matin, le protocole en vigueur depuis une semaine prévoit qu’à chaque cas positif, tous les enfants de la classe fassent un test antigénique ou PCR le jour même pour pouvoir revenir à l’école, puis deux autotests à J + 2 et à J + 4.

« Allez, on ouvre les portes sinon on en a jusqu’à 10 heures à vérifier toutes les attestations », lance-t-il peu après 8 heures, alors que les premières familles se penchent déjà sur l’écriteau, en évidence sur le parvis. Certaines n’avaient pas eu connaissance des e-mails envoyés ce week-end pour les informer de la situation et repartent aussitôt, faute de test. Ceux qui ont leurs attestations de test négatif font la queue devant une entrée réservée aux classes touchées par le Covid-19.

(...)

Changement de protocole

Au milieu de la journée, un appel de l’inspecteur sur les prévisions d’effectifs de classes de l’an prochain vient rappeler que le travail du directeur d’école ne se limite pas au Covid-19. La liste des tâches qui patientent, supplantée ce jour-là par la gestion de l’épidémie, est longue : des dossiers de suivi des élèves à compléter, la préparation du prochain conseil des maîtres, la mise à jour de la compatibilité, l’organisation de la bibliothèque, les évaluations de CP…

Pour l’enseignante malade, un remplaçant est annoncé, mais, alors que la journée d’école touche à sa fin, M. Flipo ne sait toujours pas avec certitude s’il sera là mardi. Au moment de quitter l’établissement pour un rendez-vous professionnel à l’extérieur, il prend ses listes colorées dans son cartable : « J’aurai d’autres mails, d’autres questions, peut-être d’autres cas positifs [10 ont été détectés depuis vendredi], il va falloir gérer ça ce soir », explique-t-il. Chez lui, lundi soir, il découvre surtout l’assouplissement du protocole scolaire annoncé à la télévision par le premier ministre, Jean Castex. L’obligation de faire un premier test antigénique ou PCR pour les cas contacts est supprimée et la réalisation de trois autotests est désormais autorisée, avec attestation sur l’honneur à fournir.

(...)

... Jeudi, jour d’appel à la grève des enseignants, plus d’une classe sera fermée à l’école du Hazay : pour dénoncer la gestion de la crise sanitaire, la quasi-totalité des enseignants a décidé lundi de suivre le mouvement.

Eléa Pommiers

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Voilà à quoi ressemble la journée dantesque d’un directeur d’école à l’heure d’Omicron

12 Janvier 2022 , Rédigé par lobs Publié dans #Education

Ecole primaire du Petit Paris

EXTRAIT

Avec la vague Omicron qui déferle à l’école, encadrée par un protocole sanitaire complexe et évolutif, les directeurs d’établissement doivent gérer parents, enfants, enseignants et institution au détriment de leurs missions principales.

Depuis la rentrée de janvier, pour faire face à la vague de variant Omicron, le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer a durci le protocole sanitaire dans les établissements scolaires. Celui-ci prévoit que lorsqu’un enfant est déclaré positif dans une classe, les autres élèves, cas contacts, doivent réaliser 3 tests en 4 jours : un premier test PCR ou antigénique à faire immédiatement en pharmacie ou en laboratoire à J0 ; puis deux autotests, l’un à J + 2 et l’autre à J + 4, accompagnés d’attestations sur l’honneur.

Des mesures très contraignantes, qui font endosser aux directeurs d’école une surcharge de travail intenable. « L’Obs » a retracé la journée type de Julien (le prénom a été modifié), directeur d’école primaire à Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, où le taux d’incidence dépasse les 1 500 cas pour 100 000 habitants.

Dimanche, 18h30 : premier point Covid de la semaine

La semaine n’a pas commencé pour les élèves, mais pour les directeurs d’école, oui. Dès le dimanche en fin d’après-midi, le téléphone commence à sonner : des parents ont fait tester leurs enfants – qui se sont révélés être positifs au Covid – et ne pourront pour cette raison pas aller en cours le lendemain. « Je suis obligé d’être en veille le week-end, parce que si un cas positif est déclaré dans une classe, je dois contacter tous les autres élèves de la même classe pour leur demander d’aller se faire tester », résume Julien.

Lundi, 7h15 : préparation des arrivées à l’école (et deuxième point Covid)

Depuis le début de la pandémie, le début de la journée à l’école se fait à 7h15, pour avoir le temps de consulter tous les mails des parents. Vérifier qu’il n’y a pas de nouvelle classe à envoyer se faire tester à cause d’un cas positif.

Il faudra donc aussi s’assurer que les maîtres et maîtresses de l’école ne sont pas contaminés. S’ils le sont, il faudra fermer la classe et renvoyer les élèves chez eux, faute de remplaçant.

8h20 : vérification des attestations à l’entrée

Les cours commencent à 8h30, mais avant, il faut s’assurer que tous les élèves ont bien le droit de venir. Vérifier les tests PCR de ceux qui sortent tout juste d’isolement, de ceux qui ont été cas contacts et les attestations sur l’honneur qui doivent être rédigées par les parents après chaque autotest à J + 2 (après avoir été cas contact) et J + 4. Pas simple.

Il faut donc renvoyer chez eux les enfants qui ne peuvent présenter leur test négatif ou leur attestation sur l’honneur à jour.

9h00 : les cours commencent… sauf pour les enfants qu’il faut renvoyer chez eux

Les élèves venus avec leurs tests-attestations-sur-l’honneur-et-autre-document-à-présenter sont entrés en classe et les autres ont été renvoyés chez eux.

Entre-temps, il faut aussi gérer les autres cas de Covid qui se déclarent dans la matinée. Vider les classes, appeler les parents, leur demander d’aller faire tester leur enfant. « Une fois que j’ai fait tout ça, j’ai perdu toute ma matinée », s’agace Julien.

Pourtant, il faudra en plus faire ce qui est initialement son métier : s’occuper des dossiers d’entrée en sixième (dont les dates d’échéance n’ont pas été décalées), de ceux des enfants aux besoins particuliers, gérer le matériel et les équipes pédagogiques.

(...)

Emma Poesy

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Situation des écoles - Pourquoi se retrouve-t-on dans une telle situation ?

11 Janvier 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Pourquoi envoyer une candidature spontanée ? - Cadremploi

EXTRAITS

La France a choisi de ne pas fermer les classes malgré les nombreuses contaminations chez les plus jeunes et les enseignants. Une décision qui aurait mérité que l’on s’interroge davantage sur la qualité de l’air respiré par les élèves.

Avec 300 000 ou 400 000 cas constatés chaque jour, il devient difficile de prétendre que la situation est sous contrôle. Les conséquences sanitaires, sociales et économiques de l’actuelle flambée de l’épidémie de Covid-19 seront lourdes, et les décisions à prendre sont redoutables. Certes, chaque variant arrive avec son lot de nouveautés et d’incertitudes. Mais comment en est-on arrivé là ? (...)

(...)

Air pur

Car un élément est connu depuis longtemps, sur lequel il aurait été possible d’agir. La qualité de l’air respiré dans les salles de classe est cruciale pour limiter la transmission d’un virus respiratoire. Par ailleurs, plusieurs études montrent qu’un niveau élevé de gaz carbonique, mais aussi d’autres polluants, dans l’air respiré par les enfants, est très préjudiciable à la qualité de l’apprentissage scolaire. Les bénéfices d’un air plus pur vont donc bien au-delà de la pandémie en cours. Aérer, ventiler le plus souvent possible : cela n’est pas toujours simple, et peut nécessiter des travaux de rénovation. De tels investissements sont nécessaires. Pourtant rares sont les communes qui ont rendu leurs écoles moins propices à la circulation des virus, nombre d’entre elles estimant que le coût des travaux d’aménagement devrait être pris en charge par l’Etat. Nous payons aujourd’hui au prix fort cette désorganisation.

Pierre-Yves Geoffard

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La continuité pédagogique, parent pauvre de la crise sanitaire

11 Janvier 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Outils de la continuité pédagogique : les conseils de la CNIL | CNIL

EXTRAITS

La « continuité pédagogique », le nom donné par l’éducation nationale à l’enseignement à distance en temps de Covid-19, est-elle devenue un principe sans traduction concrète sur le terrain ? Certains, dans la communauté éducative, le dénoncent : avec des absences perlées liées à la circulation du SARS-CoV-2, les effectifs varient dans les classes depuis la rentrée de janvier, parfois même sur une demi-journée – puisque chacun devait, jusqu’ici, se faire tester en pharmacie dès la déclaration d’un cas positif de Covid-19 dans son entourage.

Lundi 10 janvier, le premier ministre, Jean Castex, a cependant annoncé l’abandon du test PCR ou antigénique le jour de la révélation du cas contact : à la place, les élèves réaliseront trois autotests, expliquait-il au « 20 heures » de France 2 lundi soir. Une décision qui devrait réduire l’attente des élèves et enseignants avant de pouvoir retourner en classe.

Cette annonce va-t-elle pour autant simplifier l’organisation de l’école à distance ? Dans un contexte d’explosion du nombre de cas positifs – plus de 300 000 par jour – les flux d’élèves et les absences d’enseignants vont continuer à varier d’un jour à l’autre. Il semble toujours difficile de tenir cet engagement pris en mars 2020, aux premières heures du confinement, par le ministre de l’éducation nationale. Il est pourtant toujours prévu, officiellement, en cas d’isolement pour cause de Covid-19.

« Cela fait deux ans que ça dure », s’agace Manuella Delbecq, élue de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) d’un collège de Montpellier classé REP +, dont le fils a raté plusieurs mois de cours de français – le Covid-19 a mis une pression trop forte sur le vivier de remplaçants. « Si les parents ne harcèlent pas le collège, il ne se passe rien, dénonce-t-elle. C’est comme si on recommençait une nouvelle crise sanitaire à chaque vague, sans avoir rien appris de la précédente. »

(...)

« Avec une partie des enfants chez eux, les enseignants ne peuvent pas se dédoubler et on le comprend très bien », explique Rémy Landri, président de la FCPE des Pyrénées-Orientales. « Il n’empêche qu’en ce moment, une semaine à la maison c’est une semaine de perdue ». Dans ce département, la FCPE réclame des « équipes mobiles » qui assureraient un suivi de l’enseignement à distance pour les enfants restés confinés. Une aide qui éviterait aux enseignants d’assurer à la fois le suivi des absents et les cours pour les présents.

Car, pour eux, c’est bien souvent de cela qu’il s’agit. Si certains se disent « prêts » à « rallumer la Webcam » quand les absents seront majoritaires, nombre d’entre eux dénoncent des conditions intenables. « J’ai des collègues qui préparent trois versions du même contrôle, rapporte Sophie Venetitay, du syndicat des enseignants SNES-FSU. Un pour les présents, un pour les absents qui reviendront quelques jours plus tard et un troisième pour ceux qui sont à distance et n’ont pas vu les mêmes points de cours. »

(...)

« Une chose est sûre : rien ne rentre dans les cases prévues par le ministère, et il y a autant de classes que de situations », rapporte Benjamin Grandener, directeur d’une école à Vaulx-en-Velin (Rhône) et délégué du syndicat SNUipp-FSU. Dans son école, il comptait trois classes en fonctionnement « normal » vendredi 7, et cinq ce lundi 10. Pour les autres, soit l’enseignant est absent, soit les cas positifs parmi les élèves font fluctuer les effectifs.

« Il n’y a pas d’un côté des présents, de l’autre des absents, insiste ce directeur. Certains enseignants envoient du travail, d’autres sont trop malades pour le faire, d’autres font la queue pour un test et reviennent ensuite. Il y a des demi-journées, des quarts de journées… » Dans ce contexte, la capacité à assurer l’école à distance ne dépend pas du « bon vouloir » des uns et des autres ou de leur appétence pour la chose numérique, défend le syndicaliste. Elle dépend des situations. « Un enseignant qui va avoir trois élèves en classe aura le temps d’envoyer du travail aux autres, quand celui qui en aura quinze aura tout juste le temps de faire un mail le soir pour dire ce qui a été fait. »

(...)

Le site du ministère précise dorénavant que « l’enseignant veillera a minima à transmettre aux élèves absents les polycopiés distribués, informera les familles sur les exercices réalisés en classe et les devoirs donnés ». Une façon de dire que la classe à distance doit être assurée, selon Guislaine David, du SNUipp. « Donner des devoirs aux absents, c’est faisable quand il y en a quelques-uns, assure-t-elle. Quand ils sont quinze et qu’ils ne sont pas tous partis en même temps, c’est plus compliqué. »

Violaine Morin

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Grève de l’Education nationale de jeudi: «Cette journée et cet appel sont historiques»

11 Janvier 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Education: deuxième jour de la grève du CNAPESTE | INTERLIGNES Algérie

Toutes les fédérations de l’Education nationale du public appellent à faire grève ce jeudi, dans une «journée blanche». Une unité de la communauté éducative «exceptionnelle», selon l’historien de l’éducation Claude Lelièvre, qui estime que Jean-Michel Blanquer n’a pas «mesuré l’exaspération du personnel».

Au fil des jours, la liste des fédérations de l’Education nationale appelant à la grève jeudi n’a cessé de s’allonger. La traînée de poudre parvenant même jusqu’aux chefs d’établissements et inspecteurs, connus pour se tenir habituellement à l’écart de ce genre de mouvement social. Faisant fi de leurs désaccords, toutes les fédérations du public ont ainsi répondu présentes, épaulées par les infirmières, plusieurs syndicats du privé et les parents d’élèves. La FCPE s’est jointe ce lundi à l’action en appelant les parents à ne pas envoyer leurs enfants à l’école et à sanctuariser une «journée blanche»Submergée par la vague omicron, la communauté éducative compte bien faire entendre son mécontentement face à un protocole faiblard en forme de girouette, une gestion chaotique des absences d’enseignants, un manque de moyens criant et un mépris sous-jacent. Historien de l’éducation, Claude Lelièvre revient sur cet appel unanime «historique».

Toutes les fédérations syndicales de l’Education nationale appellent à la grève jeudi. En quoi est-ce historique ?

Depuis de très nombreuses années, nous n’avons pas vu un ensemble aussi compact et unitaire de syndicats, à la fois du premier, du second degré, mais aussi de l’encadrement. C’est tout à fait exceptionnel. De ce point de vue là, cette journée et cet appel sont manifestement historiques. C’est indiscutable. Jusqu’alors il y a eu des moments particulièrement mobilisateurs, mais, souvent, on retrouvait le premier degré d’un côté, le second degré de l’autre. Cet ensemble de tous les syndicats du public avec, en plus, le soutien de l’encadrement, c’est tout à fait inédit pour une journée de mobilisation.

Comment expliquer cette unité ?

Je pense qu’il y a plusieurs éléments : les personnels ont le sentiment que la situation sanitaire ne peut pas être maîtrisée, que les consignes données sont à la fois tardives et éventuellement précipitées, qu’on ne s’adresse pas à eux. Mais surtout, les personnels se sont sentis au fond de la troisième roue du chariot dans cette affaire. Ce sentiment n’a pas arrêté de monter, le ministre s’est toujours adressé d’abord à l’opinion, avec des mesures souvent improvisées et légères.

A quoi s’ajoute le sentiment, pour la communauté éducative, de ne pas être reconnue, avec une cerise sur le gâteau : avoir parlé des absences pour contaminations au Covid-19 des enseignants sous le label d’«absentéisme». Ça, c’est une véritable muleta pour le personnel. C’était délibéré de la part de Jean-Michel Blanquer, ce qui n’est pas neutre. Il se décharge ainsi d’un certain nombre d’absences et de non-remplacement sur les personnels en les accusant d’être coutumiers du fait. Il ne faut jamais oublier que Claude Allègre [ministre de l’Education nationale de 1997 à 2000, ndlr] a été détesté dans le secondaire pendant tout son mandat justement car il avait commencé par accuser les enseignants d’absentéisme. Ce n’est pas un détail.

Blanquer a choisi entre deux maux ce qu’il croyait être le moindre, à savoir s’adresser à l’opinion. Je pense qu’il n’a pas mesuré l’exaspération du personnel. Dans ces cas, le symbolique compte. Un exemple avec Xavier Darcos, particulièrement détesté dans le primaire. En parlant des 2-3 ans – ce qui n’avait pas été compris comme ça – il avait dit qu’il n’y avait pas besoin d’avoir un master pour changer des couches. L’ensemble de la corporation s’est senti non reconnu et méprisée. Ce sentiment a également monté pendant tout le quinquennat Macron.

Cela va bien au-delà de la gestion de la crise sanitaire…

Oui. Le fait que l’appel se soit propagé à ce point, que même la CFDT ait rejoint le mouvement, montre bien à quel point il y a exaspération. Au fond, celui qui n’est pas dans la grève est traître à sa corporation. Sur quoi tout cela peut-il déboucher ? A minima, que le ministre change de ton.

A-t-on connu dans le passé un mouvement aussi large ?

La corporation n’est, en général, pas unanime. Il y a souvent des divisions au niveau syndical, les sujets d’éducation étant plus clivants que rassembleurs. Mais la communauté éducative peut être unanime en revanche si elle se sent délaissée, agressée ou abaissée. Ce qui est le cas ici. Avec Allègre, on n’était pas loin de ça aussi. On avait de très fortes mobilisations, mais tout de même, pas aussi unanimes qu’aujourd’hui.

Marlène Thomas

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