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Vivement l'Ecole!

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"Construire ensemble l'école d'après" - Par Claude Lelièvre (+ ajout personnel)

8 Octobre 2021 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education

Construire ensemble l'école d'après - La librairie des Cahiers pédagogiques

Une construction d'après la crise sanitaire bien sûr. Ce livre collectif est d'autant plus intéressant qu'il part d'expériences effectivement menées dans le cadre du ''non-présentiel'', selon des modalités et dans des secteurs différents.

Il a été coordonné par Jean-Michel Zakhartchouk (professeur de lettres honoraire), Jean-Charles Léon (professeur d'éducation musicale) et Sylvain Connac (enseignant-chercheur en sciences de l'éducation), tous trois membres du comité de rédaction des « Cahiers pédagogiques ». Il ne vient donc pas de nulle part. Il rassemble les communications (et les expériences) d'une soixantaine de contributeurs.

Le premier chapitre ( « Leçons du confinement »est introduit par un chapeau tout à fait significatif : « Donnons la parole à des acteurs qui, de leur place, s'efforcent d'analyser surtout ce qui peut servir à ''l'après'', modestement, loin des tribunes enflammées ou des jugements à l'emporte pièce qui se cantonnent dans la ''colère'' ou l'ironie ou au contraire l'angélisme. Du constat, on passe très vite à des propositions pour l'avenir » (p. 21)

Le deuxième chapitre ( « Vertus et limites de l'enseignement à distance ») est introduit aussi par un chapeau non moins emblématique de ce qui est tenté : « La communication à distance avec les élèves, et surtout en direct, a été pour beaucoup une grande découverte. Une confirmation pour les pionniers du numérique qu'il fallait vraiment prendre en compte les nouvelles technologies dans l'enseignement […] Nous présentons ici des regards d'acteurs engagés depuis plusieurs années dans l'aventure du numérique, la passion n'excluant pas la raison, bien au contraire. Des acteurs qui savent bien que, pour autant, rien ne remplace le contact ''en vrai'' » (p. 35)

Suivent ensuite une douzaine de chapitres aux titres évocateurs : « Plus que jamais les relations humaines » ; « Vivre le groupe » ; « Des savoirs pour comprendre le monde » ; « Déconfiner nos manières d'enseigner ; « L'environnement, naturellement ! » ; « Esprit critique , es-tu là ?; « On est en débat !; « Arts : du défi à de nouvelles perspectives » ; « Ouvrir l'école » ; « De nouvelles relations aux familles » ; « Du métier solitaire au travail collectif ; « Pour une école plus solidaire ».

L'Ecole d'après ? ( François Dubet et Philippe Watrelot)

L'Avant-propos situe explicitement quel est l'enjeu à la fois pédagogique et politique de ce livre singulier dans sa teneur et sa facture : « ''Changer la société pour changer l'école, changer l'école pour changer la société'', le slogan du CRAP-Cahiers pédagogiques est à l'ordre du jour comme il ne l'a jamais été avant.[...] Poser les bases d'un débat fécond pour des changements radicaux, anticipés par les mouvements d'éducation nouvelle, mais encore plus d'actualité. Les exemples donnés ici font en plusieurs occasions références à cette actualité de la crise sanitaire mais le plus souvent suggèrent des pistes qui vont bien au-delà […] D'autres aspects sont ici soulignés, qui sont trop peu présents dans notre école telle qu'elle fonctionne aujourd'hui : le développement de l'esprit critique, des contenus qui abordent davantage des questions sensibles, une éducation à l'incertitude parce que l'on voit bien que le monde à venir ne peut plus être fidèlement anticipé ni par les politiques, ni par les scientifiques et encore moins par les devins... »

Claude Lelièvre

« Construire ensemble l'école d'après », éditions ESF, 235 pages, 18 euros

Et pour compléter... 14 propositions pour une "Ecole d'après"...

1- Le droit à l'éducation pour chacun est inaliénable.

 

http://demain-lecole.over-blog.com/2020/04/une-ecole-pour-ce-xxie-siecle-qui-commence-aujourd-hui.1.html

 

2- La nécessité d'un réel volontarisme politique. Pour la refondation d'un autre rapport Parents/École

 

http://demain-lecole.over-blog.com/2020/04/une-ecole-pour-ce-xxie-siecle-qui-commence-aujourd-hui.2.html

 

3- Pour une politique de formation pédagogique des personnels éducatifs et des acteurs sociaux en général

 

http://demain-lecole.over-blog.com/2020/04/une-ecole-pour-ce-xxie-siecle-qui-commence-aujourd-hui.3.html

 

4- Tendre à l'excellence de tout enseignement, pour chacun, c'est possible ! Le droit à l'excellence pour chacun est inaliénable

 

http://demain-lecole.over-blog.com/2020/04/une-ecole-pour-ce-xxie-siecle-qui-commence-aujourd-hui.4.html

 

5- Les savoirs du XXIème siècle

 

http://demain-lecole.over-blog.com/2020/04/une-ecole-pour-ce-xxie-siecle-qui-commence-aujourd-hui.5.html

 

6- Une formation des enseignants, ambitieuse et continue... c'est possible !

 

http://demain-lecole.over-blog.com/2020/04/une-ecole-pour-ce-xxie-siecle-qui-commence-aujourd-hui.6.html

 

7- La notion d'équipe enseignante au cœur du système d'enseignement pédagogique

 

http://demain-lecole.over-blog.com/2020/04/une-ecole-pour-ce-xxie-siecle-qui-commence-aujourd-hui.7.html

 

8- La formation doit aussi être un projet personnel

 

http://demain-lecole.over-blog.com/2020/04/une-ecole-pour-ce-xxie-siecle-qui-commence-aujourd-hui.8.html

 

9- Pour que tout acte d'enseignement soit un temps d'activité et d'apprentissage pour l'élève

 

http://demain-lecole.over-blog.com/2020/04/une-ecole-pour-ce-xxie-siecle-qui-commence-aujourd-hui.9.html

 

10- Les échanges entre pairs

 

http://demain-lecole.over-blog.com/2020/04/une-ecole-pour-ce-xxie-siecle-qui-commence-aujourd-hui.10.html

 

11- L’unité scolaire de référence : les « unités éducatives »

http://demain-lecole.over-blog.com/2020/04/une-ecole-pour-ce-xxie-siecle-qui-commence-aujourd-hui.11.html

12- La notion de " programme " doit être profondément transformée

http://demain-lecole.over-blog.com/2020/04/une-ecole-pour-ce-xxie-siecle-qui-commence-aujourd-hui.12.html

13- Une architecture scolaire à la mesure des enjeux éducatifs et environnementaux

http://demain-lecole.over-blog.com/2020/04/une-ecole-pour-ce-xxie-siecle-qui-commence-aujourd-hui.13.html

14- Penser, en enseignant, à travailler avec les élèves comment penser le futur

http://demain-lecole.over-blog.com/2020/04/une-ecole-pour-ce-xxie-siecle-qui-commence-aujourd-hui.14.html

Christophe Chartreux

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Nous, directrices et directeurs, refusons la proposition de loi Rilhac ! Pétition

7 Octobre 2021 , Rédigé par https://www.stop-loi-rilhac.org/ Publié dans #Education

Nous, directrices et directeurs, refusons la proposition de loi Rilhac ! Pétition

La proposition de loi « créant la fonction de directrice ou de directeur d’école » dite « loi Rilhac » a été votée à l’Assemblée nationale en deuxième lecture le mercredi 29 septembre. Elle vise à donner au directeur ou à la directrice « une délégation de compétences de l’autorité académique » et « une autorité fonctionnelle ». Nous, directeurs et directrices, n’en voulons pas.

Pour signer cet appel

Nous ne voulons pas de cette « délégation de compétences » : nous ne voulons pas imposer les choix de formations, nous ne voulons pas décider seul·es de l’organisation de l’école. Nous voulons continuer à travailler en équipe et refusons d’être isolé·es au sein du collectif de travail.

Nous ne voulons pas avoir un droit de regard sur les pratiques pédagogiques des enseignant·es, sur la validation de leurs projets, sur leur « manière de servir ».

Nous ne voulons pas non plus recruter nos collègues comme le prévoit l’expérimentation lancée par le président de la République à Marseille, qui pousse à son terme la logique de la loi Rilhac.

Nous, directrices et directeurs, dénonçons un changement profond de nos missions et de notre statut. Il est totalement illusoire de croire que cette loi facilitera le fonctionnement des écoles. Être chef·e ne diminuera pas notre temps de travail, n’améliorera pas le relationnel avec les équipes. C’est bien de temps et de moyens de fonctionnement plus conséquents dont les écoles et les directeurs et directrices ont besoin.

Nous refusons de passer d’un fonctionnement démocratique et collectif avec un rôle d’animateur·trice  et de coordinateur·trice de l’équipe enseignante à un fonctionnement vertical et directif. Nous estimons que si cette « délégation de compétences » nous est attribuée, cela ne sera pas une reconnaissance supplémentaire mais constituera plutôt le moyen de renforcer les exigences gestionnaires à nos dépens et aux dépens de nos collègues. Nous refusons de devenir une courroie de transmission entre le ministre et nos collègues.

Nous dénonçons l’absence de réponses après le suicide de Christine Renon, notre collègue directrice qui a mis fin à ses jours le 21 septembre 2019 et qui, déjà, dénonçait les conditions de travail insupportables qui étaient les siennes. Ce n’est pas la loi Rilhac qui permettra d’améliorer nos conditions de travail, bien au contraire. Ce que nous demandons, ce sont des mesures et des réponses concrètes pour mener à bien nos missions et nous donner les moyens de travailler.

Nous refusons que la crise sanitaire serve de prétexte à l’installation d’une nouvelle hiérarchie dans les écoles. Les écoles ont tenu en dehors de toute hiérarchie, grâce aux équipes et ce qu’elles ont mis en place sur le terrain, le plus souvent livrées à elles-mêmes. Alors qu’il y aurait tant à faire pour améliorer le service public d’éducation, pour mieux prendre en compte les inégalités scolaires creusées par la crise sanitaire et pour garantir vraiment la réussite de tous·tes les élèves, la solution promue par le gouvernement est contre-productive et aboutirait à un véritable bouleversement du fonctionnement de l’école publique.

La situation actuelle est loin d’être satisfaisante : nous manquons de temps pour échanger avec nos collègues et nous sommes de plus en plus isolé·es avec une avalanche de tâches administratives, plus ou moins utiles. Depuis des années, les directrices et directeurs d’école voient leurs tâches s’alourdir (augmentation du nombre d’interlocuteurs et interlocutrices, place du numérique, injonctions administratives diverses et variées). Ainsi, à chaque promesse d’allègement ou de simplification, c’est l’inverse qui se produit et que nous subissons.

Pour nous, la solution ce n’est donc pas de renforcer la coupure entre les collègues d’une même école. Nous sommes attaché·es au fonctionnement démocratique de l’école, dans laquelle les décisions sont prises collectivement au sein du conseil des maîtres et des maîtresses.

Nous demandons:

  • L’abandon de la proposition de loi Rilhac et de l’expérimentation Macron à Marseille
  • Une aide administrative statutaire dans chaque école ;
  • Un réel allègement des tâches administratives ;
  • Une décharge garantie pour chaque école et l’augmentation des quotités hebdomadaires de décharges de direction par l’attribution de postes spécifiques.

Nous appelons toutes les directrices et tous les directeurs qui se reconnaissent dans cette tribune à la signer à leur tour et à la diffuser pour faire entendre le fait que nous, directrices et directeurs, refusons la proposition de loi Rilhac !

Pour signer cet appel

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L’Éducation nationale ouvre un peu plus sa porte au privé

7 Octobre 2021 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

Montage photo LA PORTE OUVERTE - Pixiz

EXTRAITS

Six établissements catholiques ont intégré une expérimentation autour de l’éducation prioritaire. Les spécialistes jugent que cette initiative est un « galop d’essai » qui vise, à terme, à créer une concurrence entre établissements et à privatiser l’Éducation nationale.

L’enseignement catholique en rêvait, Blanquer l’a fait. C’est désormais officiel, le ministre de l’éducation nationale et la secrétaire d’État chargée de l’éducation prioritaire, Nathalie Élimas, ont intégré six établissements de l’enseignement catholique privé dans l’expérimentation à l’œuvre dans trois académies (Aix-Marseille, Lille et Nantes) depuis la rentrée. Ceux-ci ont ainsi signé un contrat local d’accompagnement (CLA), ce nouveau dispositif né de la volonté de réforme de l’éducation prioritaire. 

Dorénavant, et pour trois ans, le groupe scolaire Saint-Joseph-Viala et le collège Saint-Mauront à Marseille (Bouches-du-Rhône), le groupe scolaire Saint-Benoît au Mans (Sarthe), le groupe scolaire Saint-Jacques-de-Compostelle à Nantes (Loire-Atlantique), le collège La-Salle-Sainte-Marie à Roubaix (Nord) et le lycée professionnel Sainte-Marie à Bailleul (Nord) se verront attribuer des moyens supplémentaires. De leur côté, ils devront proposer des projets.

Philippe Delorme, secrétaire général de l’enseignement catholique, confirme sa satisfaction devant cette intégration, justifiée par le profil très social de certains élèves dans quelques établissements. Il explique que certains remplissent les critères pour être en éducation prioritaire. « L’expérimentation voulue par Jean-Michel Blanquer et portée par Nathalie Élimas ne répartit plus l’éducation prioritaire par zones mais par établissements, ce qui nous rend éligibles. Nous allons contre l’idée souvent véhiculée que l’enseignement privé catholique n’est que pour les riches. Il y a des familles en difficulté dans des territoires urbains et ruraux. »

Au cabinet de Nathalie Élimas, on tient à préciser que ces contrats locaux d’accompagnement n’ont pas vocation à remplacer l’éducation prioritaire, qui reste en place avec ses moyens assignés. Les CLA de l’enseignement catholique concernent six « unités éducatives », selon le jargon de l’éducation nationale, sur 172 au total, et ne forment « que 3 % » des CLA.

(...)

Pour le sociologue Choukri Ben Ayed, spécialiste de la mixité sociale à l’école, la question est délicate et il est difficile de prévoir les conséquences à long terme d’une telle décision. Il relève d’abord un manque de concertation de la part du ministère de l’éducation nationale. « On ne sait pas pourquoi ces décisions sont prises, dans quelles conditions ni comment elles ont été négociées. S’agissant de la politique de Jean-Michel Blanquer, on ne parle que d’expérimentations sur l’éducation prioritaire ou d’autres sujets. »

Le sociologue rappelle que l’enseignement privé sous contrat – 95 % des établissements relèvent de l’enseignement catholique – ne forme pas un ensemble homogène. Certains établissements privés sont en effet situés dans des zones d’éducation prioritaire ou des quartiers politiques de la ville, recrutent un public parfois plus populaire que certains établissements publics, mais il ne faut pas s’y tromper.

« L’enseignement privé est stratifié, on y retrouve des établissements très élitistes, d’autres avec des élèves en grande précarité sociale et scolaire. Certains récupèrent même des élèves refusés par l’enseignement public. Ce qui en fait des établissements ségrégués mais non mixtes. Lorsque l’enseignement privé se targue de faire de la mixité sociale, il cite ces établissements minoritaires mais, globalement, il est bien moins mixte que l’enseignement public. »

(...)

Choukri Ben Ayed pointe également les pratiques très actives de lobbying de l’enseignement privé pour obtenir des moyens de l’État de toutes les manières, y compris « en jouant sur la carte sensible de la précarisation de certains de ces publics, même minoritaires, mais pour mieux sauvegarder son statut. Il s’agit clairement d’une stratégie de diversion ».

Le Cnal reproche au privé de bénéficier de crédits qui auraient pu être alloués au public, notamment aux écoles orphelines, ces écoles isolées non liées à un collège. « Ainsi, la célérité du ministère à voler au secours d’établissements privés dans le cadre des CLA contraste avec son inaction à contrecarrer les effets délétères de l’effet d’aspiration des élèves issus de familles favorisées, par des écoles et collèges privés sous contrat, dans chaque petite, moyenne et grande ville. » Enfin, le Cnal se plaît à rappeler que Blanquer, qui se veut le chantre de la laïcité dans ce gouvernement, se trouve soudain moins regardant face à cette incursion de l’enseignement privé catholique.

(...)

Pour Jean-Yves Rochex, cette expérimentation montre enfin que l’enjeu d’égalité et le rejet de la méritocratie individuelle qui sous-tendent l’éducation prioritaire sont balayés par Jean-Michel Blanquer et Nathalie Elimas. Pour lui, ces petites offensives s’inscrivent dans un continuum de privatisation et de marchandisation de l’école publique. Et de citer en exemple la brèche ouverte par le président de la République lors de son discours à Marseille début septembre.

En effet, Emmanuel Macron a annoncé qu’à la rentrée 2022, dans 50 écoles de la ville, des directeurs d’école pourront choisir leur équipe pédagogique autour d’un projet innovant, aides financières à la clé pour les enseignants, comme le prévoit la loi Rilhac, examinée en ce moment en deuxième lecture à l’Assemblée nationale. Pour Jean-Yves Rochex, là encore, les parents et leurs enfants vont devenir les consommateurs d’une école de plus en plus libérale.

À terme, explique encore le professeur en sciences de l’éducation, les conséquences ne peuvent être que l’exacerbation de la concurrence. « Les uns seront assignés à des boutiques de riches et les autres à des officines de pauvres. Les établissements huppés et efficaces auront les meilleurs enseignants et les autres auront, au mieux, juste appris le socle minimum, au pire, les internats de réinsertion sociale. C’est un puzzle dont on verra le résultat à la fin. »

Faïza Zerouala

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

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Moins de décrocheurs qu'il y a quatre ans, comme l'affirme Jean-Michel Blanquer ?

7 Octobre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Moins de décrocheurs qu'il y a quatre ans, comme l'affirme Jean-Michel Blanquer ?

Le ministre de l'Éducation nationale affirme que le décrochage scolaire a baissé sous le quinquennat Macron, alors que la France était le mauvais élève de l'Europe il y a une dizaine d'années. La baisse du décrochage scolaire est en réalité enclenchée depuis une décennie et la France était loin d'être le pire élève il y a dix ans.

Le ministre de l'Éducation nationale Jean Michel Blanquer, interrogé mercredi 6 octobre sur BFM Business, s'est félicité des résultats de la France en matière de lutte contre le décrochage scolaire. "On était le mauvais élève de l'Europe il y a dix ans, nous sommes maintenant plutôt bon élève", a assuré le ministre. "Il y a des décrocheurs en France, mais il y en a moins qu'il y a quatre ans", a-t-il argumenté.

S'il a effectivement légèrement décliné pendant le quinquennat d'Emmanuel Macron, le décrochage scolaire baisse en réalité depuis une dizaine d'années. La France n'a par ailleurs jamais vraiment été le plus mauvais élève de l'Europe en la matière, les pays du sud de l'Europe affichaient déjà des taux bien plus mauvais il y a dix ans.

Décrochage scolaire: "On était le mauvais élève de l'Europe il y a 10 ans, nous sommes maintenant plutôt bon élève" - Jean-Michel Blanquer, Ministre de l'Education nationale

@chrisjaku pic.twitter.com/w5zE2wxLOo

Sorties précoces du système scolaire chez les 18-24 ans. (INSEE)

Une baisse enclenchée depuis dix ans

La baisse du décrochage scolaire en France n'a toutefois pas débuté avec l'arrivée de Jean-Michel Blanquer au ministère de l'Éducation nationale. Cela fait une dizaine d'années que cette baisse est enclenchée (comme le montre d'ailleurs également le graphique de l'INSEE ci-dessus), notamment parce que la France s'est engagée en 2011 à atteindre l'objectif européen de passer sous les 10% de décrochage à l'échelle de l'UE. Pour y arriver la France avait un objectif personnel de descendre à 9,5% en 2020. Cette mission a été remplie.

Espagne, Portugal, Malte, plus mauvais élèves il y a dix ans

Il y a dix ans, la France n'était pas le mauvais élève de l'Europe contrairement à ce que dit Jean-Michel Blanquer. Il y a dix ans, les plus mauvais élèves étaient principalement des pays du sud de l'Europe comme le Portugal, l'Espagne, l'Italie ou encore Malte avec des taux de décrochage qui tournaient autour de 20 à 30%.

La France, elle, avec un taux de 11% était déjà en-dessous de la moyenne européenne, à l'époque établie entre 13 et 14% selon les sources.

Joanna Yakin

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Sortir les plus humbles du silence de l’histoire

7 Octobre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Histoire

etre ouvrier en france du 19eme au 21eme siecle

Jusqu’au XIXe siècle, la parole des ouvriers et ouvrières fut rarement consignée. C’est l’un des enjeux d’une histoire du travail «par le bas» qui documente la fatigue des corps, les temporalités ou les conflictualités.

Si la parole des ouvriers et des ouvrières devient un peu plus prolixe au cours du XIXe siècle, elle est difficile à traquer pour les périodes antérieures. Quand elle existe, celle des plus humbles est rarement consignée, n’évoque qu’exceptionnellement la peine au travail et reste cantonnée aux hommes, tant à la ville qu’à la campagne. Plutôt que de se contenter d’en faire le constat, mieux vaut tenter de forcer ce mutisme des sources pour retrouver les multiples facettes de leur vécu. C’est tout l’enjeu d’une nouvelle histoire du travail que les Rendez-Vous de Blois donnent l’occasion de présenter au grand public. Celle-ci a en effet retrouvé en France, comme un peu partout dans le monde, de nouvelles couleurs depuis un peu plus d’une décennie. Dresser la liste des thèmes qui la parcourent est ici impossible. Mais une des postures méthodologiques forte qui la traverse est celle d’une «histoire par le bas» lancée dans les années 60 par l’historien britannique Edward Palmer Thompson, revigorée et reformulée.

Le bruit des machines

Certains aspects de la pénibilité du travail peuvent être une évidence dont personne ne parle. La pauvreté des sources a longtemps porté les chercheurs à redoubler leur silence. Il en est ainsi de la fatigue des corps mal nourris, mal soignés et usés par le labeur quotidien. Même les ouvriers d’usine du XIXe siècle, qui commencent à dire «nous souffrons parce que nous produisons trop», passent sous silence quantité d’agressions qu’ils subissent (1). Le bruit assourdissant des machines dans une filature ou un tissage mécaniques est de ceux-là. Le plus souvent, la pression sonore se situe au-delà de ce que peut supporter l’ouïe humaine. Elle provoque des lésions douloureuses, vite irréversibles. Elle est de surcroît source de fatigue extrême, enfermant l’ouvrier dans une solitude qui rend encore plus éprouvant l’écoulement du temps de travail quotidien. Pourtant, on cherche en vain l’évocation de cet épuisement sensoriel auquel peu de contemporains ont prêté attention. Sortir de ce théâtre d’ombres est néanmoins possible dès lors que l’on est attentif aux indices qui parsèment, y compris bien avant l’industrialisation, des documents très divers (2).

Ce «paradigme de l’indice», pour reprendre les mots de l’historien Carlo Ginzburg, peut également servir à reconstituer l’histoire longue des temporalités et des rythmes du travail de façon à mieux mettre en perspective les débats actuels sur ces sujets. En effet, les questionnements autour du temps de travail remontent bien en deçà du XIXe siècle. Dans la première utopie de l’époque moderne (1516), Thomas More imagine un monde où le temps de travail serait réduit à six heures quotidiennes. Presque un siècle plus tard, Tommaso Campanella propose, lui, quatre heures par jour (3).

Le contraste est saisissant avec les réalités de leur temps où «le triste sort de l’ouvrier» est de s’atteler «au travail comme des bêtes de somme depuis le grand matin jusque bien avant dans la nuit», une «vie abrutissante pour l’esprit et pour le corps […] pire que la torture et l’esclavage (4)». Treize, quatorze, quinze heures de travail, dix-sept heures parfois à la campagne sont les amplitudes horaires que l’on peut alors reconstituer dans bien des secteurs. La question des pauses est déjà un enjeu de certaines relations de travail, tout comme celle du travail de nuit, structurel dans certains métiers. Ces questions deviennent aussi politiques car les autorités s’en mêlent ou sont prises à partie dans les conflits.

Les autorités sollicitées

Ainsi, les propriétaires de vignes d’Auxerre, dans un mémoire bien connu des médiévistes, accusent en 1493 leurs employés d’«apeticer l’heure» en repartant chez eux à «l’heure de none», soit vers 3 heures de l’après-midi, et non pas à «vêpres basses», autrement dit vers 8 heures du soir. Les travailleurs rétorquent, par la plume d’un avocat et devant le Parlement de Paris, que : «Même s’ils sont de pauvres gens, ce sont des hommes, et on ne peut exiger d’eux le travail d’un bœuf ou d’un cheval (5).» La protestation révèle comment, à la fin du Moyen Age, les autorités sont sollicitées pour régler le conflit entre ceux qui vendent et ceux qui achètent du labeur et, plus largement, pour imposer des normes temporelles au travail. Les cloches de travail installées dans les grandes villes textiles le sont par les municipalités. Et le roi s’en mêle lorsqu’il impose aux tisserands de Troyes de ne pas s’arrêter pour manger (1372), lorsqu’il ratifie (1688) le nombre de feuilles de papier que doivent fournir les papetiers chaque jour ou avalise (1698) le nombre de gestes que les tondeurs de draps de la manufacture royale de Sedan doivent faire chaque heure. Ces exemples révèlent que les horaires ne sont pas tout : interviennent aussi l’urgence saisonnière liée à un moment de presse, le contenu même du travail, son intensité, bref, la totalité des rythmes qui le composent et permettent d’en restituer l’épaisseur (6). Contre cela, les ouvriers n’ont eu de cesse d’affirmer leur fierté, leurs coutumes, dans l’espoir de garder, ou de retrouver, la maîtrise de leur travail.

Aussi, l’histoire du travail peut conduire à rêver d’un monde nouveau, où l’utopie ne pécherait pas par son excès, mais par son insuffisance. Le mythe du pays de Cocagne n’est-il pas apparu au XIIe siècle ? Il peut être réinterprété à la lumière du présent en invitant à une culture de l’otium. Elle passerait nécessairement par la contestation d’un capitalisme débridé, la promotion d’une décroissance soutenable, équitable, et la valorisation du travail au service du bien commun.

par Corine Maitte, Professeure d’histoire moderne, directrice du laboratoire Analyse comparée des pouvoirs, présidente de l’Association française d’histoire des mondes du travail, université Gustave-Eiffel

(1) Archives départementales du Nord, M 607-4 /115, non daté (fin 1848).

(2) Histoire de la fatigue. Du Moyen Age à nos jours, de Georges Vigarello, Paris, Seuil, 2020.

(3) La Cité du Soleil, de Tommaso Campanella, Paris, Aden, 2016. Le livre écrit en 1602 sera publié en 1604.

(4) L’Utopie, de Thomas More, Editions sociales, «Essentiel 7», Paris, 1982, pp. 61-62.

(5) Les Rythmes au Moyen Age, de Jean-Claude Schmitt, Gallimard, Paris, 2016, pp. 669.

(6) Les Rythmes du labeur. Enquête sur le temps de travail en Europe occidentale, XIVe-XIXe siècle, de Corine Maitte, Didier Terrier, Paris, La Dispute, 2020.

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Pour les élèves contraints de s’isoler, une continuité pédagogique défaillante

6 Octobre 2021 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

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Depuis la rentrée, les élèves non vaccinés doivent s’isoler quand ils se retrouvent cas contacts. Or, nombre d’enseignants n’ont pas les moyens de les accompagner correctement.

Lorsque Leslie* apprend que sa fille ne pourra pas partir en voyage scolaire sans être vaccinée, le ciel lui tombe sur la tête. Sa fille est allergique au vaccin. L’information vient de « la professeure organisatrice, qui a dit que la structure d’accueil n’acceptait que la vaccination… » Pour cette mère de famille, c’est donc la double peine. Elle décide d’alerter le principal. Après quoi, l’enseignante rétropédale et se contente du passe sanitaire : « Ils avaient juste mal compris le système mis en place », relativise cette habitante de l’est francilien.

Mais bien des confusions de ce genre ont été provoquées par le protocole sanitaire mis en place à la rentrée, qui a imposé, pour la première fois, l’isolement des élèves cas contacts non vaccinés.

« On a toujours dénoncé cette mesure car elle est discriminatoire, clame Christophe Merlino, secrétaire de la FCPE des Bouches-du-Rhône, département métropolitain au taux d’incidence le plus élevé (117 pour 100 000 habitants au 5 octobre). Même en mettant en place une continuité pédagogique, automatiquement l’élève ne suivra pas de la même façon que s’il était en cours. » Ce père de famille alerte sur les enfants ayant des difficultés d’apprentissage ou en situation de handicap : « Quand les élèves ont des besoins particuliers, l’aide que pouvait fournir le collège n’existe plus. Et les parents doivent aussi se débrouiller pour la garde. »

« J’ai l’impression que l’Éducation nationale n’a pas tiré les leçons du début de la crise », relève Nageate Belahcen, co-présidente nationale de la FCPE et mère d’une collégienne. Concernant la vaccination, « c’est très obscur »« Suivre les cours à distance, d’accord. Mais encore faut-il avoir un équipement informatique. Et au niveau de la connexion internet, ce n’est pas la même chose de vivre dans une campagne isolée que de vivre en ville. » Elle souhaite notamment que les collégiens, une fois testés négatifs, puissent retourner en cours, car elle est bien consciente que « les enseignants ne vont pas faire de journées à rallonge ». Or, s’agissant des tests, « rien n’est mis en place dans les établissements », selon elle.

Pour Sophie Vénétitaysecrétaire générale du Snes-FSU (le premier syndicat enseignant) et professeure d’économie (SES) dans un lycée de l’Essonne, c’est globalement « le protocole de la grande débrouille ! » Parce que « Jean-Michel Blanquer a sous-estimé le rôle de l’école dans la circulation du virus », il n’y a toujours « ni les moyens ni l’impulsion nationale nécessaire pour appliquer correctement le protocole sanitaire et lutter contre l’épidémie ». Au 1er octobre, 8 structures scolaires et 1 692 classes étaient fermées en France. Des chiffres qui concernent majoritairement l’enseignement primaire.

Pour sa part, Sophie Vénétitay envoie les cours et les devoirs aux élèves qui doivent s’isoler, afin de maintenir un lien « dans la mesure du possible »« On doit à chaque fois respecter le protocole sanitaire “dans la mesure du possible” », rappelle la syndicaliste. « On a toujours dit qu’on n’avait pas le don d’ubiquité. »

D’après le dernier protocole, les modalités de la continuité pédagogique sont laissées à l’appréciation des enseignants. Si l’hybridation est possible, c’est généralement l’envoi de cours et de travaux par mail qui l’emporte : « Et je comprends totalement [les enseignants –ndlr] », assure Didier Georges, principal de lycée à Paris et secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale (SNPDEN, principale organisation). « Quand on était en confinement total, il n’y avait pas de soucis pour faire des cours en visio. Le problème, c’est l’hybridation. C’est techniquement impossible. »

L’insuffisance des moyens techniques est en cause : « Si vous avez 10 élèves de 10 classes différentes qui sont en quatorzaine, il ne peut pas y avoir 10 profs qui utilisent le débit en même temps. » Et puis, avec le travail de correction et de préparation des cours, « on arrive facilement à 35-40 heures de travail », rappelle le proviseur, qui comprend les réticences des enseignants et les difficultés que ces derniers peuvent rencontrer pour gérer deux salles de classe à la fois.

Mais certains parents ne comprennent pas le sort réservé à leur enfant. Fatiha, mère de famille en Nouvelle-Aquitaine, vaccinée tout comme son mari, a dû faire face à l’isolement précoce de son fils, tout début septembre. « Il a eu 12 ans le jeudi de la rentrée [l’âge d’éligibilité à la vaccination –ndlr]. Après son anniversaire le week-end, sa tante a été testée positive et on a tous été déclarés cas contacts. »

Après deux jours de classe seulement, il doit donc s’isoler pendant une semaine. « La directrice nous a dit que rien dans le protocole n’indiquait qu’il fallait que les profs fassent cours en visio, que c’était au bon vouloir des profs. Mon fils avait du travail à faire, certes, mais pas de cours en direct. » Cela lui a porté préjudice, selon elle.

Interrogée, la directrice de l’établissement confirme l’absence de cours en visio : « C’est malheureusement le cas pour la majorité des élèves. Il faut comprendre que les enseignants ont déjà beaucoup de travail pour faire respecter les gestes barrières. Cela, en assurant leur cours et en surveillant le comportement des élèves en présentiel. »

Dans sa voix, on sent poindre la lassitude, liée à un protocole « pas assez préparé », une fois encore. Elle estime malgré tout que « les rapports entre équipe pédagogique et parents d’élèves ne se sont pas tendus du tout avec la crise. On a à chaque fois essayé d’expliquer le pourquoi du comment. »

James Grégoire

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Naja Vallaud-Belkacem : « Je suis une obsessionnelle de la lecture »

6 Octobre 2021 , Rédigé par Ernest Publié dans #Education

Photo : © Tim Douet / L'Alternative 2021

Photo : © Tim Douet / L'Alternative 2021

EXTRAITS (Octobre 2020)

(...)

Najat Vallaud-Belkacem:

... Au fond, si je devais résumer ce que j’ai fait ces trois dernières années, je dirais que depuis 2017 j’ai délibérément refusé d’être dans le commentaire de la petite phrase d’actualité. Parce que cela empêche de penser. De la même façon que les heures que vous passez à scroller votre fil twitter ne font pas avancer vos analyses d’un pouce, passer sa vie à regarder le monde par le petit bout de la lorgnette du traitement de l’actualité immédiate vous rend myope aux grands mouvements, aux tectoniques de plaques en cours, aux idées reçues ou aux résistances structurelles toujours présentes dans les sociétés sur un nombre de sujets … Après les années gouvernementales que j’avais vécues, j’avais besoin de réfléchir plus longuement, plus posément, à tout cela.

A l’Education nationale, notamment ?

Najat Vallaud-Belkacem : Oui. Par exemple, pourquoi certaines de nos réformes qui visaient à élever le niveau général de l’éducation en France et pour tous les élèves passaient immédiatement pour de l’égalitarisme niveleur par le bas ? Qu’est-ce qui se joue ? Comment aurait-il fallu les amener, les présenter ?  Parce que je reste convaincue que le rôle d’une Education Nationale est bien d’élever le niveau de tous les élèves et que tous sont éducables. Clairement, il y a sur ces sujets des nœuds profonds dans la société qu’il faut apprendre à dénouer, sauf à baisser les bras et céder à la fatalité actuelle d’une école de moins en moins mixte socialement, et d’un destin scolaire gravé dans le marbre de votre condition sociale dès le plus jeune âge.

La question de l’enseignement du latin et du grec était typique de cette hystérisation des débats …

Najat Vallaud-Belkacem : L’hystérisation, oui. Ce qui aide à relativiser c’est de comprendre la permanence et la récurrence d’un certain nombre de procès et de débats. Peut-être le savez-vous, j’ai une admiration sans borne pour Jean Zay. Figurez-vous qu’à lui aussi on faisait les mêmes procès – y compris sur le latin. Ce sont toujours les mêmes les mêmes accusations qui sont portées aux ministres qui cherchent à introduire de l’équité dans les opportunités de réussite offertes par le système scolaire. C’est dur, évidemment, ces procès, c’est injuste, mais comprendre les intentions de ceux qui vous les font, vous aide à ne pas perdre de vue vos objectifs.

(...)

En tant qu’ancienne ministre de l’Education, en tant que mère aussi et surtout, estimez-vous que le combat des livres contre l’écran et les divertissements faciles est mal engagé ?

Najat Vallaud-Belkacem : Malheureusement, oui. Je ne peux pas vous dire le contraire, c’est un vrai problème. D’ailleurs, ce n’est pas parce que, quand j’étais ministre de l’Education, j’ai œuvré sur la question du numérique à l’école que je suis fan du tout écran ! Au contraire, je suis la première à être sévère sur cette question – mes enfants en savent quelque chose. Et c’est précisément pour cela que je pense si important que l’école apprenne aux enfants à utiliser le numérique à bon escient et à réguler cette utilisation. Je suis partisane aussi de mettre les développeurs de jeux vidéo et créateurs de contenus devant leurs responsabilités en la matière : cesser de pousser toujours plus loin les mécanismes visant à créer l’addiction, y compris pour des publics très jeunes et puis aussi développer sérieusement des jeux vidéo à la fois attractifs et instructifs, parce que franchement ça manque et, croyez-moi, ce n’est pas faute d’avoir cherché …

(...)

Quand vous étiez ministre, parveniez-vous à dégager du temps pour la lecture ?

Najat Vallaud-Belkacem : Pas suffisamment, et franchement j’en souffrais. Vous l’aurez compris d’après ce que je vous raconte, la lecture est ce qui permet de refermer la porte sur les bruits du monde et de se détendre. Or précisément, c’est au moment où vous êtes le plus envahie par les bruits du monde – parce que vous êtes ministre et que le boucan règne autour de vous toute la journée – que vous ne trouvez pas le temps de refermer cette porte. Tout simplement, parce que vous tombez de sommeil quand enfin vous atteignez votre lit. Donc oui, c’est un vrai problème que ne pas avoir ce sas de respiration.

(...)

Quel est le discours qui vous a le plus marqué ?

Najat Vallaud-Belkacem : Mon discours d’introduction de la loi de lutte contre le système prostitutionnel, à la tribune de l’Assemblée nationale. Un discours essentiel, qui commence par cet emprunt à Victor Hugo : « On croit avoir mis fin à l’esclavage. La réalité, c’est qu’il est encore là et qu’il porte le nom de prostitution. » Certains discours plus légers m’ont également marquée. A un période, souvenez-vous, j’étais en proie à des fake news permanentes. Un jour, j’organise  une journée sur le thème des complotismes et j’y prononce un discours d’introduction sur le ton de la dérision, en reprenant toutes les rumeurs me concernant. Je reviens par exemple sur la fausse réforme  de l’orthographe qu’on me prête en reconnaissant y travailler depuis fort longtemps et avoir réussi à l’âge de 13 ans à en convaincre l’Académie Française – puisque la seule réforme de l’orthographe qui aie existé est due à cette dernière et date de… 1993, quand j’avais 13 ans, donc. Je passais en revue toutes ces choses plus absurdes les unes que les autres, et les gens riaient de bon cœur. En usant de la dérision, on met les rieurs de son côté. Je continuais sur mon faux nom, sur le fait que j’étais enceinte – parce ce que j’avais pris quelques kilos de trop ! (Rires) –, ou encore que j’étais divorcée.

(...)

Guillaume Gonin

L'intégralité est à lire en cliquant ci-dessous

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"Le "plus de maitres que de classes" évalué positivement en Belgique" - En France, M. Blanquer l'a supprimé.

5 Octobre 2021 , Rédigé par Le Cafe Pedagogique Publié dans #Education

C'était Mieux Avant • A podcast on Anchor

EXTRAIT

Ajouter un enseignant supplémentaire dans une école pour aider les enseignants à mieux suivre les élèves, cela a été essayé en France dans le premier degré sous le quinquennat Hollande. Mais avec l'arrivée de JM Blanquer, ces maitres surnuméraires (ou "maitres +") ont été supprimés sans que leur action soit évaluée. C'est ce que font S. Biémar, A Corfdir et A Libert, dans un article de Education et socialisation (n°60). "La Fédération Wallonie Bruxelles de Belgique est engagée dans une réforme visant notamment à développer la différenciation en mettant en place un accompagnement personnalisé.

(...)

François Jarraud

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous

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L'école sous Eric Zemmour...

5 Octobre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique

https://www.leparisien.fr/resizer/wUdVVfw1YI9fZBzPF9Ta5Tsj6Fg=/932x582/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/leparisien/4QZ7IUYDURDTDBVZZMBREECAB4.jfif

C'était un printemps comme tous les printemps. Il flottait dans l'air cette douceur oubliée pendant l'hiver. Un jour de 2022...

Après un quinquennat Macron ponctué d’affaires et de mesures sans résultats, le visage d' Eric Zemmour était apparu sur l’écran des télévisions. La France, après le populisme de l’extrême-centre sombrait dans celui de l’extrême droite.

« Eric Zemmour est élu Président de la République »…

2022… 2023… 2024...  L’école se mit à l'heure du duo Zemmour/Maréchal. Pas Pétain... Marion, devenue "Premier ministre"...

Après un coup d'oeil distrait et machinal à la caméra vidéo surplombant le portique électronique filtrant les entrées, puis au drapeau tricolore qui flottait dans le vent, je retrouvai quelques collègues dans la salle des professeurs. Celle-ci avait été redécorée par notre chef d'établissement, arrivé après le cataclysme électoral… Un portrait du président, un drapeau tricolore (encore !) et les photographies des élèves "méritants", ceux ayant obtenu des moyennes supérieures à seize sur vingt. Les "tableaux d'honneur". Sur le mur faisant face à celui des brillants élèves, les photographies de ceux n'ayant pas dépassé sept sur vingt. Le "mur du déshonneur". Et puis sur un troisième support, la liste des professeurs "cités à l'ordre du collège" pour leurs résultats au Brevet. Ceux-là touchaient une « prime de mérite .

Chaque matin, je ressentais ce même écœurement, ce même dégoût… Et j'enrageais devant l'inutilité de telles méthodes. Les pourcentages de réussite n'avaient pas évolué depuis cette "Révolution Nationale" qui se disait éducative et les résultats des élèves de notre établissement rural présentaient même de bien inquiétants signes de faiblesse aggravée. Mais il ne fallait pas en parler. C'eût été prendre le risque d'une convocation et d'un blâme de la part de notre hiérarchie qui avait tout pouvoir, y compris celui de nous licencier sur-le-champ ! En toute discrétion, je prenais un malin plaisir pourtant à railler ces absurdités. Résistance…

À la sonnerie du matin, les élèves, en uniformes, se rangeaient deux par deux dans la cour face au drapeau (encore !). Cette fois au pied du mât. Gare aux retardataires, aux récalcitrants. Les surveillants, tous ayant dépassé la trentaine - il était loin le temps des "étudiants pions" - munis d'un sifflet, "chassaient" les trublions. Une fois le calme et l'ordre obtenus, une fois les rangs militairement formés avec prise de distance réglementaire, une Marseillaise était diffusée par la sono de l'établissement, reprise - c'était la règle - par tous les élèves. Deux d'entre eux, désignés la veille pour leurs classements remarquables, avaient l'honneur de hisser les trois couleurs, lentement, en gestes mesurés. La cérémonie terminée, et au coup de sifflet du Chef d'établissement lui-même, les rangées pouvaient rejoindre leur salle respective, accompagnées des enseignants, tous en costume-cravate et tailleur strict. Chaque salle portait un nom. Il y avait la salle "Bayard", la salle "Du Guesclin", la salle "Charlemagne", la salle "Jeanne d'Arc"… A l'intérieur, au-dessus de chaque tableau, trônait le portrait du Chef de l'Etat. Une fois par semaine, il intervenait sur toutes les chaînes de télévision !

Les cours devaient, c'était la règle et les inspecteurs nouvellement nommés y veillaient avec rage, être "frontaux". Des tables rangées en colonnes, un bureau sur une estrade faisant face aux élèves, les surplombant. Le maître sait ! Le maître domine ! Le "pédagogisme" n'avait plus droit de cité. Les seules méthodes tolérées étaient celles imposées par Michel Onfray, Ministre de l'Education Nationale,  Désormais, il faisait appliquer ses rêves : l'école du par cœur, de l'obéissance absolue, du silence imposé y compris par les châtiments corporels, de la notation chiffrée et uniquement chiffrée, avec classements et tableaux d'honneur ou de déshonneur. Il fallait bien alimenter les murs de la salle des professeurs. Chaque fin d'année se terminait, y compris en collèges et lycées, par une distribution des prix en présence des autorités de la commune. Les "cancres" n'étaient pas oubliés ce jour-là. Un bonnet d'âne leur était remis sous les huées de leurs camarades. C'est ainsi que s'opérait la sélection précoce. Qui commençait dès le primaire ! Il fallait mériter la sixième. Les plus "mauvais" étaient impitoyablement obligés de redoubler puis, s'ils échouaient encore, se voyaient imposer des orientations - à neuf ans ! - pré professionnalisantes. Les autres avaient droit à l'apprentissage du français, des mathématiques et de l'Histoire (celle des héros et des "grandes dates" surtout et exclusivement), les matières nobles dont les horaires avaient été singulièrement alourdis. Cela correspondait à l'aberrant projet du parti de notre Président, copié-collé du programme RN : 

« Le français, langue latine s’écrivant dans un alphabet latin, seule la méthode syllabique est appropriée pour apprendre à le lire et à l’écrire correctement. Son enseignement comprend le vocabulaire, l’orthographe, la grammaire et l’approche des grands auteurs. (…) S’y ajoutent d’une part des notions solides sur l’histoire de France, à partir de la chronologie et de figures symboliques qui se gravent dans les mémoires, d’autre part une connaissance de la géographie du pays, reposant sur des cartes. À l’école primaire, s’ajoute encore l’apprentissage du calcul. Tout au long de la scolarité, les enseignements doivent être délivrés dans une langue limpide, d’où sont bannis les termes jargonnant et les dernières modes qui peuvent agiter légitimement les spécialistes. L’objectif n’est pas un savoir de spécialistes, mais un viatique pour vivre ensemble. » (Extrait du programme RN)

"Vivre ensemble"… Oui bien entendu… Mais voilà… Depuis l'arrivée au pouvoir des extrémistes "nationaux-populistes", nous ne vivions "ensemble" qu'à condition d'exclure. Bien étrange vision de l' "ensemble". Année après année, les étrangers outre-méditerranéens, les français musulmans, les français qui n'étaient pas "de souche", avaient été écartés par divers moyens, ou s'étaient exclus d'eux-mêmes, les uns en retrouvant leur pays d'origine. Les départs en charters étaient diffusés en direct à la télévision. 

À vouloir vivre ensemble mais entre "blancs catholiques français", notre Ecole se vidait de ses sangs… 

Cela faisait plaisir aux quelques collègues membres du "Collectif Racine" et autre "Agir pour l’Ecole"...

Christophe Chartreux

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