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Vivement l'Ecole!

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Vers un enseignement du fait laïque? - Par Claude Lelièvre

12 Février 2021 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Laïcité

Vers un enseignement du fait laïque? - Par Claude Lelièvre

Blanquer vient de confier à Jean-Pierre Obin une mission destinée à unifier et améliorer la formation à la laïcité des enseignants et chefs d'établissements. En restera-t-on à une énième mouture de l'enseignement du ''fait religieux'' ou bien ira-t-on au cœur du sujet à savoir l'enseignement du ''fait laïque'' ?

Les conclusions de la mission qui va être conduite par l'ex-inspecteur général Jean-Pierre Obin doivent être rendues rapidement, en avril. Elles sont déjà en principe fort orientées si l'on en juge par ce qu'a déclaré Jean-Pierrre Obin au « Figaro » de jeudi dernier :« La conclusion du dernier rapport de l'Inspection générale rendu à l'automne, pointe un défaut d'unité sur la conception même de la laïcité parmi les enseignants et même parmi les cadres de l'Éducation nationale. Il faut donc se recentrer sur une conception d'ensemble de la République, qui est celle du gouvernement et celle du Conseil des sages »

Il y a bien sûr lieu de se méfier pour des raisons qui vont de soi, mais aussi parce qu'il y a tout un passé et un passif qui sont généralement inaperçus mais qui sont fort étranges quand on y songe.

Au cours de la campagne présidentielle du printemps 2012, François Hollande avait en effet évoqué que l’on devrait enseigner le «fait laïque» à l’Ecole. Le 17 mars  2012, la FCPE  (la principale fédération de parents d’élèves de l’Education nationale) avait  invité les candidats à répondre à une batterie de questions sur l’Ecole. Et, lors de son audition, François Hollande avait déclaré qu’il serait opportun d’enseigner le « fait laïque » à l’Ecole (à l’instar du ‘’fait religieux’’ avait-il dûment précisé).

Cette idée était alors portée en particulier par  Vincent Peillon qui était chargé du thème de l’éducation dans l'équipe de campagne de François Hollande. Le 1er mars 2012, dans un entretien sur "France Culture", Vincent Peillon avait d'ores et déjà plaidé pour une « reconquête de la laïcité à l'Ecole». Interrogé sur l'enseignement du «fait religieux» il avait estimé que cet enseignement était mieux mis en place que l'enseignement du « fait laïque ». Et il avait  même déclaré « découvrir qu'il n' y avait aucun enseignement de la laïcité pour les élèves », et que l'«on ne préparait pas les enseignants à ces valeurs ».

On en est toujours là pour l'essentiel ; et il serait souhaitable de ne pas louper, une fois encore, le cap essentiel..

Pourtant cette question de la laïcité et de ses conditions de possibilité ne peut être que centrale dans une école républicaine et laïque. Et, depuis longtemps, comme on peut le saisir par exemple dans l’extrait suivant de l’article « laïcité » du célèbre Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, dirigé par Ferdinand Buisson et paru en 1911. « Que faut-il entendre par laïcité de l’enseignement ? […] C’est la séparation de l’église et de l’école. L’instituteur à l’école, le curé à l’église, le maire à la mairie […]. Mais est-il possible de s’en tenir à ces lignes générales ? Le culte de la logique, que nous professons plus peut-être qu’un autre peuple, n’exige-t-il pas que nous disions où commence et où finit la laïcité ? Suffit-il que le prêtre n’entre pas dans l’école, que le catéchisme n’y soit pas enseigné ni les prières récitées, pour que l’enseignement soit laïque ? »

Encore faudrait-il en la matière non seulement former les professeurs (et les élèves) au « fait religieux », mais aussi et surtout au « fait laïque ». C’est certes difficile et ce serait inédit. Mais il est temps d'en finir avec cette configuration très étrange où la question de l'enseignement du ''fait religieux'' l'emporte (voire occulte) celle de l'enseignement du ''fait laïque'' !

Claude Lelièvre... 

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« Préservons les enfants de 3 ans d’une anthropométrie performative et comportementale »

11 Février 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

« Préservons les enfants de 3 ans d’une anthropométrie performative et comportementale »

EXTRAITS

Soumettre des enfants de maternelle à une grille d’observation comportementale pour déceler de potentielles futures déviances est une dangereuse dérive, dénonce un collectif de pédiatres, psychologues et spécialistes de l’éducation dans une tribune au « Monde ».

Tribune. Il y a seize ans était lancé un appel « Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans », bientôt signé par 200 000 personnes, face aux velléités du ministre de l’intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, de repérer dans les crèches et les écoles maternelles les enfants censés porter dès 3 ans dans leur comportement les « avant-stigmates » d’une évolution délinquante ultérieure. Le ministre invoquait les recommandations d’une expertise de l’Inserm préconisant notamment d’ « introduire quelques items adaptés à l’âge [de 36 mois] dans le cadre des bilans figurant dans le carnet de santé pour repérer les signes précurseurs du trouble des conduites : (...) refuse d’obéir, n’a pas de remords, ne change pas sa conduite, ne peut rester en place, n’attend pas son tour ».

Effet Pygmalion

Outre l’instrumentalisation politique et la déviation « sécuritaire » de la prévention, outre sa vision déterministe concernant le devenir anti-social, les performances scolaires, voire la santé mentale de très jeunes enfants, la critique portait sur les impacts délétères de l’effet de prophétie auto-réalisatrice, largement démontrés par la recherche sociologique, pédagogique et psychologique, autrement nommé effet Pygmalion. Dans la foulée de l’expertise Inserm, des grilles d’évaluation comportementale étaient apparues en école maternelle, les enseignants étant incités à compléter des items tels que : « Pleure ou rit trop, facilement triste », « suce son pouce, se sépare difficilement d’un objet familier »« accuse les autres, ne reconnaît pas ses erreurs »« pense qu’il ne pourra pas réussir »...

(...)

Retour à la case départ

Et voici que seize années plus tard, les supposés délinquants d’hier devenus avant tout une jeunesse confrontée à une crise sanitaire majeure, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, forme le projet de constituer un suivi longitudinal portant sur une cohorte de 35 000 enfants à partir de leurs 3 ans, à l’aide notamment d’une grille d’observation confiée aux enseignants. Ces derniers devraient ainsi caractériser le comportement de chaque tout jeune élève en indiquant si, souvent, parfois, jamais, celui-ci « coupe la parole », « quitte l’activité avant de l’avoir achevée »« est contrarié si les plans ont changé »« a facilement les larmes aux yeux »« trouve des idées pour jouer ou s’occuper », « est facilement distrait par ce qui se passe autour »...

Des attitudes somme toute parfaitement banales et habituelles à cet âge, ne pouvant raisonnablement pas être séparées du contexte dans lequel elles apparaissent. Retour pourtant à la case départ pour ces enfants qui, dès trois ans, subiraient cette anthropométrie performative et comportementale à haut risque pour leur devenir scolaire et social comme le démontrent, encore une fois et parmi tant d’autres, les travaux de recherche en psychologie sociale de Robert Rosenthal et ceux rapportés par le Comité consultatif national d’éthique.

(...)

Il est encore temps pour le ministre de l’Éducation nationale de renoncer à l’usage de tels outils et de construire avec l’ensemble des acteurs de l’école et de l’enfance de véritables projets de recherche qui ne mettent en péril ni l’avenir scolaire de chaque enfant ni la validité scientifique des résultats qui en sont attendus. L’enjeu qui consiste à toujours faire crédit aux jeunes enfants d’un avenir ouvert est de taille pour tous les praticiens et les chercheurs en santé, en pédagogie et en psychologie, ainsi que pour les familles et pour le monde de l’école et de l’éducation.

Laurent Chazelas, président de l’Association française des psychologues de l’Éducation nationale; Agnès Florin, professeure émérite de psychologie de l’enfant et de l’éducation, université de Nantes; Sylvain Grandserre, maître d’école et auteur; Christine Hélot, professeure en sciences du langage, université de Strasbourg; Evelyne Lenoble, pédopsychiatre, ex-responsable du centre référent pour les troubles du langage et des apprentissages, hôpital Sainte-Anne; Sophie Marinopoulos, psychologue, psychanalyste, présidente de la Fédération nationale prévention promotion santé psychique, directrice de l’association Les Pâtes au Beurre; Philippe Meirieu, professeur en sciences de l’éducation, président des Céméa (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active); Pierre Suesser, pédiatre en protection maternelle et infantile, co-président du Syndicat national des médecins de PMI; Chantal Zaouche, professeure de psychologie de l’enfant, université de Toulouse

Tribune complète en cliquant ci-dessous

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83% des profs exercent leur métier «avec plaisir»...

11 Février 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

83% des profs exercent leur métier «avec plaisir»...
«Libération» publie en exclusivité un sondage Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès, qui montre que les enseignants prennent toujours du plaisir dans leur métier, se sentent globalement en sécurité dans leur établissement, malgré des burn-out et des difficultés de discipline.
 
Les profs aiment-ils toujours autant leur métier ? Parmi eux, 83 % répondent exercer leur travail d’enseignant «avec plaisir», même si dans le même temps… presque un sur deux (46 %) déclare avoir déjà été en situation de burn-out dans sa carrière, selon un sondage Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès que Libération publie ce jeudi. Ces deux résultats peuvent paraître contradictoires. En réalité, ils s’expliquent assez facilement : l’épuisement professionnel peut être provoqué par un trop grand décalage entre la mission demandée (ou attendue par la société) et les moyens concrets dont on dispose pour la réaliser. A la question «aller au collège ou au lycée permet-il d’apprendre à vivre en société ?» 87 % des profs acquiescent. Un peu plus de la moitié des interrogés (58 %) considèrent que l’école «prend bien en compte les évolutions de la société». Et les trois quarts estiment que les collèges et les lycées traitent les élèves à égalité.
 
«Bases de réflexion» pour la présidentielle
 
Ce sondage a été réalisé fin décembre auprès d’un échantillon représentatif de 801 enseignants, de la maternelle au lycée. «Nous avions déjà en projet de réaliser une enquête d’ampleur sur le métier d’enseignant, après le suicide de Christine Renon [cette directrice d’une école de Pantin retrouvée morte dans son école en septembre 2019, ndlr]. Le choc de l’assassinat de Samuel Paty, en décembre, est venu accélérer notre projet. Il y avait urgence», explique Jérémie Peltier, directeur des études à la Fondation Jean-Jaurès.
 
Ce think tank, qui se définit comme social-démocrate, aimerait «offrir à un candidat à la prochaine élection présidentielle des bases de réflexion dans l’objectif de la rédaction d’un projet lucide à l’attention de cette «clientèle électorale» [les enseignants, ndlr] par le passé longtemps acquise à la gauche», lit-on dans la note qui accompagne le sondage, écrite avec Iannis Roder, responsable du pôle «éducation» de la fondation. Il fait partie du Conseil des sages de la laïcité, une instance du ministère de l’Education. Il est aussi l’un des auteurs des Territoires perdus de la République, un livre qui avait suscité beaucoup de débats à sa sortie en 2002, dépeignant des établissements où régneraient antisémitisme et racisme.
 
«Nouveaux standards»
 
Dans ce sondage, une batterie de questions porte sur la discipline et la sécurité : la grande majorité des profs (87 %) affirment «se sentir en sécurité dans leur établissement» et s’estiment «respectés par leurs élèves». Pourtant, 22 % disent avoir du mal à maintenir la discipline dans leur classe et près de la moitié (45 %) indique avoir déjà fait l’objet d’insultes ou de propos calomnieux de la part d’élèves ou de parents d’élèves. Et 28 % ont même déjà reçu des menaces d’agression sur des biens ou leur personne.
 
Pour Iannis Roder et Jérémie Peltier, ce paradoxe entre un sentiment global de sécurité et des agressions pourtant bien réelles, s’expliquerait par une forme d’habitude «à vivre des situations difficiles, comme s’ils avaient intégré de «nouveaux standards» en matière de climat scolaire et de violences, sans que cela n’entame − pour le moment – leur état d’esprit». Une autre donnée de ce sondage interpelle car elle recoupe un ressenti souvent constaté dans les salles des profs : un peu plus de 60 % seulement estiment avoir le soutien de leur hiérarchie en cas de problème avec les élèves (63 %) ou leurs parents (62 %). «Un manque de soutien – donc de reconnaissance – de la part de leur hiérarchie», commente la Fondation Jean-Jaurès, appelant «à engager une réflexion».
 
Marie Piquemal et Cécile Bourgneuf
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Écoles, collèges et lycées face aux variants : système D et fermetures sur le terrain face à la surdité au sommet

10 Février 2021 , Rédigé par Nos Lendemains Publié dans #Education

Écoles, collèges et lycées face aux variants : système D et fermetures sur le terrain face à la surdité au sommet

EXTRAIT

La France fanfaronne et s’enorgueillit d’être la seule nation du monde à laisser ses établissements scolaires ouverts. Bravo. Super. On oublie quand même que non loin de nous, la Belgique a fait le même choix, un peu pour les mêmes motifs. On l’élude peut-être parce que ce pays est celui qui détient par ailleurs à ce jour le triste record du plus grand nombre de morts en Europe.

On notera tout de même que ce cocorico outrancier est surtout déployé par des politiques ou autres experts un peu déconnectés des réalités, qui squattent les plateaux télé pour relayer en boucle une satisfaction en trompe-l’oeil. Dès qu’un témoignage émane du terrain, la tonalité est différente. Plus grave, plus pragmatique, sans que soit perdus de vue l’intérêt des jeunes, petits et grands, et de leurs familles, ainsi que la nécessité d’éviter un décrochage massif d’élèves déjà éprouvés.

Pas question, à ce stade, de rallonger les vacances scolaires, a confirmé dimanche Gabriel Attal. Pendant que Blanquer se remettait de son aérobic outdoor exhibitionniste entouré d’une grappe de bambins masques sous le nez. Il ne conduira pas la liste de la majorité présidentielle en île de France, le ministre de l’Éducation nationale, vous voyez bien qu’il est trop occupé. Au fait, quelqu’un lui a dit qu’il avait tort de penser que les enfants étaient moins contagieux que les adultes ? Oui. Depuis longtemps. Mais le ministre semble un peu sourd. Il n’intègre pas que dans la vraie vie, là où il ne va pas faire de la com, là où tout n’est pas dûment préparé en amont pour sa venue avec une nuée de caméras, c’est l’enfer. La médecine scolaire est sortie de sa boîte lundi pour l’alerter.

(...)

Françoise Bayard

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Défendons la maternelle...

10 Février 2021 , Rédigé par Snuipp - FSU Publié dans #Education

Défendons la maternelle...

Un collectif de syndicats enseignants et de quelques associations professionnelles dénonce la réorientation profonde du programme de la maternelle qui cantonnerait les enseignements à un «bachotage» pour préparer les tests en CP.

Le SNUipp-FSU, le SE-UNSA, le SGEN-CFDT, l'AGEEM, le GFEN, l'ICEM pédagogie Freinet, les Ceméa, la ligue de l'enseignement, le SNUTER-FSU, la FCPE et bien d'autres encore ont publié ensemble dans Libération, une tribune afin d'alerter l'opinion publique sur les projets de réorientation de l'école maternelle prévus par la rue de Grenelle. 

La tribune 

Nous sommes enseignantes et enseignants de l’école maternelle, Atsem, parents d’élèves, chercheur·e·s, militantes et militants de syndicats enseignants, d’associations complémentaires de l’école, de mouvements pédagogiques. Nous faisons vivre l’école maternelle… et pourtant notre expertise n’a pas été jugée digne d’intérêt par le conseil supérieur des programmes (CSP) qui, sur instruction du ministre, propose une réorientation profonde du programme de la maternelle transformant ses missions jusqu’à les réduire à la seule préparation du CP et à ses tests d’entrée. Cette rupture avec l’équilibre trouvé en 2015 autour du triptyque «accueil, éducation, préparation à la scolarité future» dessine le portrait d’une maternelle où l’importation brutale de contenus inspirés d’une certaine vision de l’école élémentaire et recentrés sur les seuls «fondamentaux» ne peut que nuire au bien-être et aux apprentissages des jeunes enfants, en particulier des plus éloignés de la culture scolaire.

Le programme de 2015 avait été plébiscité et approprié par les équipes pédagogiques. Toutes se retrouvent dans le projet d’une école maternelle accueillante, bienveillante, exigeante où la place centrale du langage et le rôle du jeu comme l’une des entrées dans les apprentissages ont été réinstaurés. Une école, soucieuse du développement de l’enfant dans toutes ses dimensions : langagières, cognitives, sociales, affectives, physiques, artistiques… Une école attentive aux progrès et réussites de chaque élève, aux objectifs communs ambitieux, mais avec le respect des différences de rythmes et de développement si prégnantes chez les plus jeunes, sans mise en compétition ni culte de la performance. Cette école est caricaturée et accusée de ne pas préparer suffisamment aux évaluations standardisées d’entrée au CP. Il est vrai que ces tests fondés sur une conception appauvrie de la lecture et des mathématiques, réalisés en format papier-crayon et instaurant des normes arbitraires sans rapport avec le programme en vigueur sont éloignés de ses objectifs actuels et de la richesse des apprentissages menés dans tous les domaines. Une richesse qui a valu à la maternelle la confiance sans faille des familles, bien avant que l’instruction à 3 ans soit rendue obligatoire, cette dernière servant aujourd’hui de prétexte à la révision du programme, alors qu’elle a surtout permis une augmentation du financement public des écoles privées par les collectivités territoriales.

Des fondamentaux «étriqués»

Absence de consultation, volonté de mainmise sur l’école, reprise sans condition du projet ministériel de resserrement de l’école sur les «fondamentaux» étriqués… témoignent que l’élève est perçu comme un perroquet docile. Le service public d’éducation, réduit dans ses missions, ne formerait plus à une citoyenneté éclairée. Cette réorientation aboutirait à des propositions qui confinent à l’absurde : instruire les élèves de 3 ans à l’organisation grammaticale de la phrase ou à la phonologie (relation entre les lettres et les sons)… Comme si le langage pouvait se réduire à l’étude de la langue, avant même que d’être un moyen de communiquer et de penser le monde, comme si la priorité n’était pas de mettre en confiance tous les enfants pour qu’ils et elles osent s’exprimer et s’approprier les pratiques langagières de l’école. De même, sous prétexte que la connaissance des nombres de 1 à 20 est difficile pour beaucoup d’élèves au CP, il faudrait obtenir des élèves de la Grande Section le comptage jusqu’à 100, de 10 en 10… Comme si rapprocher l’obstacle permettait de le franchir plus facilement ! Exercices systématiques de transformation de phrases, cahier de mots, carnet d’expériences scientifiques… comme si reproduire les formes scolaires de l’élémentaire permettait la réussite de toutes et tous, quand la recherche démontre que «faire trop vite, trop tôt» génère l’échec, en particulier des élèves issus des classes populaires !

La mesure systématique de compétences en fin d’école maternelle cantonnerait les enseignements à des séances répétées d’entraînement à des techniques puis à un «bachotage» pour préparer les tests en CP. Comment cette note du conseil supérieur des programmes qui évoque une évaluation standardisée des élèves non seulement en fin de grande section mais également dès 3 ans peut-elle prétendre prendre en compte le bien-être du jeune enfant découvrant l’école ? Les contenus proposés et la performance précoce induite font de la bienveillance une injonction paradoxale intenable pour les personnels enseignants.

De plus, l’idée d’apprendre ensemble disparaît et c’est au contraire un renforcement de l’individualisation qui se profile, renvoyant chaque enfant, chaque élève à lui-même, ses prérequis et son adaptation anticipée à une forme scolaire empruntée à l’école élémentaire. Ainsi, par exemple, le jeu est vidé de sa composante sociale, et est sommé de se mettre au service exclusif d’apprentissages «sérieux». Est-ce ainsi que peut se construire l’école du plaisir et du goût d’apprendre ensemble ?

Sous la pression du résultat dès l’entrée en petite section

Nous refusons fermement cette école qui soumet les plus jeunes enfants et leurs familles à la pression du résultat dès l’entrée en petite section. Quitte à faire assumer au seul apprenant et à sa famille la responsabilité d’une inadaptation à une norme scolaire renforcée et uniformément imposée à toutes et tous, le plus tôt possible. Nous refusons cette école de la perte de sens des savoirs, de la performance précoce à tous crins, qui tourne le dos à la spécificité de l’école maternelle française. C’est en étant soucieuse de faire grandir les enfants qu’elle accueille, en explorant à l’égal tous les champs d’apprentissage, en multipliant les découvertes, les expériences de l’échange, de l’esprit et du corps, en construisant un langage réflexif et des savoirs ambitieux, que l’école maternelle cultivera l’envie d’apprendre et contribuera à une émancipation future. Nous refusons cette école où les équipes enseignantes ne seraient que des exécutantes sommées de «se conformer à des protocoles précis». Enseigner est un métier de conception.

L’école maternelle que nous voulons porte une tout autre ambition. Elle suppose un investissement à la hauteur des besoins : des effectifs réduits dans toutes les classes, des locaux et du matériel adaptés pour favoriser accueil et apprentissages, la présence d’une Atsem garantie à temps plein dans chaque classe, la reconstitution des Réseaux d’aide spécialisés aux élèves en difficulté (Rased) et leur intervention dans toutes les écoles, à des fins de prévention… Cela implique également une formation initiale et continue d’ampleur et de qualité. Seul le maintien du programme de 2015 permet aux équipes pédagogiques de poursuivre en continuité les enseignements au cours des trois années du cycle d’une école maternelle, en préservant son identité.

Nous portons ainsi l’ambition d’une école maternelle œuvrant à former des enfants désireux d’apprendre et de comprendre le monde. Former des citoyennes et citoyens éclairés et critiques, oui, cela commence à l’école maternelle !

La liste complète des organisations signataires 

AFEF – Association française des enseignants de français
AGEEM – Association générale des enseignants des écoles et classes maternelles publiques
ANCP&AF – Association nationale des conseillers pédagogiques et autres formateurs
CAPE – Collectif des associations complémentaires de l’école publique
CEMEA – Centre d’entrainement aux méthodes d’éducation active
CGT Educ’Action – Confédération Générale du Travail Éducation
CNT-SO – Confédération national des travailleurs – solidarité ouvrière Collectif éducation 94
DEI-France – Défense des enfants International - France FCPE – Fédération des conseils de parents d’élèves
GFEN – Groupe français d’éducation nouvelle
ICEM-Pédagogie Freinet – Institut de l’école moderne – Pédagogie Freinet
INTERCO-CFDT – Inter-collectivités territoriales – CFDT
La Ligue de l’enseignement
SE-UNSA – Syndicat des enseignants – Union nationale des syndicats autonomes
SGEN-CFDT – Syndicat général de l’éducation nationale – Confédération française démocratique du travail
SUD Éducation – Solidaire unitaire démocratique Éducation
SNPI-FSU - Syndicat national des personnels d’inspection – Fédération Syndicale Unitaire
SNUipp-FSU – Syndicat national unitaire des instituteurs et professeurs des écoles et PEGC – Fédération syndicale unitaire
SNUTER-FSU – Syndicat national unitaire territoriaux – Fédération Syndicale Unitaire

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Grenelle de l’éducation : T’en as du leadership, toi ?

10 Février 2021 , Rédigé par Questions de Classe(s) Publié dans #Education

Résultat de recherche d'images pour "leadership"

EXTRAIT

Les « accords de Grenelle » négociés en 1968 avec les syndicats, s’ils avaient servi le gouvernement pour mettre un terme à la contestation de sa politique, avaient aussi permis des avancées sociales importantes (salaires, sections syndicales d’entreprise, …).

Rien de tel avec le « Grenelle de l’Education » organisé ces derniers mois par Blanquer, et qui vient de rendre ses propositions. A côté d’une « opération de communication » menée à l’aide d’une quantité de personnalités et d’« experts » soigneusement choisis par le ministère (ce qui a conduit la FSU et la CGT, parmi les syndicats invités, à le quitter début décembre), c’est à préparer un bouleversement du système éducatif conforme à la vision libérale du ministre qu’ont travaillé les dix « ateliers ».

Quelques traits se détachent nettement dans ces propositions.

D’abord, ce qui frappe, c’est l’omniprésence des termes « management », « gouvernance », « objectifs », « compétences », « culture managériale », « leadership », « profils », « missions », et la quasi absence de mots comme « statut » ou « connaissances ».

Autonomie

Une notion phare est l’autonomie des établissements. Chacun devra définir un « Plan d’autonomie et de réussite d’établissement (PARE) » d’une durée de 5 ans, qui « énoncera notamment les objectifs pédagogiques, les organisations décidées, les valeurs de l’établissement, les actions collectives, les rapports entre acteurs. » Un « Document d’Objectifs (DOCOB) sera adressé par la tutelle (l’académie), et la collectivité le cas échéant, à l’établissement précisant la feuille de route à observer ». Cette autonomie s’accordant mal avec des cadres nationaux, ceux-ci disparaissent au profit de la contractualisation locale : « Le PARE et le DOCOB constitueront donc les deux piliers du contrat académie-établissement » et de l’évaluation des établissements.

Dans ce cadre, plusieurs mesures sont souhaitées : «  la possibilité d’un recrutement hors mouvement dans la limite de 25 % des postes par le chef d’établissement » pour les établissements Rep+ ; la possibilité pour un professeur principal de devenir principal adjoint dans le même collège comme faisant fonction ; la création d’ « une CVthèque indiquant les compétences diverses des personnels de l’établissement » ; dans les écoles, la « création d’un statut fonctionnel pour les directeurs ».

(...)

Alain Chevarin

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Coronavirus : l'inquiétude dans les écoles face à la circulation des variants

9 Février 2021 , Rédigé par Europe 1 Publié dans #Education

Face à la circulation des variants du coronavirus, un nouveau protocole renforcé est entré en vigueur dans les établissements scolaires lundi. Des mesures qui s'accumulent mais qui ne seront pas "assez rapidement efficaces" pour casser les chaînes de contamination, selon les médecins scolaires, qui plaident pour une fermeture des classes pendant un mois. 

Lundi entrait en vigueur le nouveau protocole sanitaire renforcé dans les écoles, exigeant notamment les masques de catégorie 1 pour le personnel et pour les enfants, ainsi qu'une distanciation à la cantine de deux mètres. Face à la circulation des variants du Covid-19, anglais, sud-africain ou brésilien, une nouvelle mesure est également entrée en vigueur : lorsqu'un enfant sera cas contact d'un membre de sa famille (père, mère, frère, sœur) contaminé par l'un des variants, alors sa classe devra automatiquement fermer.

Des mesures qui s'ajoutent à celles prises la semaine dernière dans l'Education nationale, à savoir la fermeture automatique d'une classe de primaire, collège ou lycée, dès qu'un élève a un cas de variant et la fermeture d'une classe de maternelle dès l'apparition d'un cas de Covid "simple". Pour le Syndicat National des médecins scolaires et universitaires (SNMSU) - le syndicat majoritaire - , il va être très compliqué d'augmenter la recherche de cas contact sur le terrain avec toutes ces nouvelles mesures.

Une fermeture des classes pour un mois préconisée

 "L'ensemble des mesures qui ont été proposées par l'Education nationale peinent à se mettre en place et donc ne seront pas assez rapidement efficaces pour ralentir la circulation du virus", explique Jocelyne Grousset, secrétaire générale adjointe du Syndicat National des médecins scolaires et universitaires.

"On est dans une circulation extrêmement importante au niveau des écoles, il vaut mieux suspendre l'activité scolaire pour permettre une rupture de la chaîne", ajoute-t-elle. 

Actuellement, toutes les écoles ne sont pas ouvertes puisque les vacances de février ont débuté vendredi soir dans la première des trois zones. Le syndicat préconise une fermeture des classes durant un mois, dès cette semaine. Interrogé par Europe 1, le ministère de l'Education nationale indique être entré en contact avec l'organisation syndicale. 

Europe 1
Par Virginie Riva, édité par Mathilde Durand
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Pour travailler avec les élèves sur les "théories du complot"... Lycée Madeleine Vionnet de Bondy (Vidéo)

9 Février 2021 , Rédigé par Lycée Madeleine Vionnet de Bondy Publié dans #Education

Quels sont les mécanismes à l’œuvre dans les vidéos conspirationnistes ? Comment ces dernières manipulent-elles les procédés logiques ? Comment faire pour soulever le doute par l’association de l’image, du texte et du son ?

Les élèves de 2nde Gestion Administration du lycée Madeleine Vionnet de Bondy ont répondu à ces questions par un minutieux travail de décryptage de vidéos conspirationnistes trouvées sur internet. Après avoir identifié leurs mécanismes récurrents, les élèves ont écrit le scénario d’une vidéo qui vise à semer le doute sur l’origine des chats.

Le but de cette démarche : transmettre aux élèves les outils de vérification des données, et ainsi éclairer leurs usages numériques.

La vidéo présentée ici est composée de deux parties : une première qui restitue le film réalisé pendant l’atelier et qui vise à semer le doute sur l’origine des chats ; et une deuxième qui met en lumière les 10 techniques utilisées pour que ce doute s’installe chez celui qui regarde.

Les élèves de Seconde Gestion Administration du lycée Madeleine Vionnet de Bondy :

Yassin Adjim, Abran Claude Marlène Agnini, Imane Bekkal, Wilmaile Blaise, Henrique Francisco Chaves Batista, Aida Chougui, Mohamed Debbouza, Daouda Diawara, Anais Fenniche, Julien Fernandes Teixeira, Feirielle Fitouri, Ayicha Mbaraka, Diana Montrond de Pina, Maria-Adelina Pop, Andrinirina Rafiakarana, Jessy Rosbif, Akshana Sathiyaruban, Diaba Siby, Mariana Tatar, Sylvain Thill, Marianna Zaccardelli
Direction d’atelier : William Laboury
Enseignante référente : Sakina Benazzouz, enseignante de lettres et d’histoire-géographie et professeure principale de la classe
Direction de projet : Marie Doyon, Hugo Fonseca pour Le BAL / La Fabrique du Regard

Ce film a été réalisé dans le cadre du programme « Mon Œil ! ».

En lien avec l’équipe enseignante et sur le temps scolaire, quatre ateliers de découverte et de réflexion permettent aux lycéens d’interroger les enjeux de création, diffusion, réception des images fixes et en mouvement autour d’une thématique, « Repenser l’histoire ». Dernier temps du programme, l’atelier de recherche et de création propose aux jeunes de participer collectivement à la conception et réalisation d’un projet avec un artiste invité.

« Mon Œil ! » est un des programmes pilotes menés par la Fabrique du Regard – plateforme pédagogique du BAL, lieu dédié aux enjeux de la représentation du monde par l’image. Il est mené en partenariat avec le Ministère de l’Éducation Nationale, la Région Île-de-France, la Préfecture de Paris et d’Île-de-France – Direction régionale des affaires culturelles, la Préfecture de Paris et d’Île-de-France – Direction départementale de la cohésion sociale, la Fondation BNP Paribas, la Fondation d’entreprise KPMG France, la Fondation Total, PMU, le Cinéma des Cinéastes, le Louxor et la Fémis et en collaboration avec les DAAC des rectorats des académies de Paris, Créteil, Versailles, Amiens et Rouen.

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Quelques liens vers "Le Monde de l'éducation"

9 Février 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Quelques liens vers "Le Monde de l'éducation"
Trop courte, trop hors-sol : les faiblesses de la formation continue des enseignants

Des étudiants en Licence 1 participent à un cours de sciences du langage par l’enseignant chercheur Nicolas Guillot à l’université Bordeaux Montaigne. Une partie de la classe, suit le cours en distanciel.
A l’université Bordeaux Montaigne le 25 janvier 2021.

Rapport après rapport, les faiblesses de la formation continue des enseignants sont pointées du doigt, alors même qu’elle est régulièrement mise en avant comme levier d’amélioration du système éducatif. Pourquoi ce paradoxe ? Comment améliorer la formation continue des professeurs ? Le Centre national d’étude des systèmes scolaires publie ce mardi 9 février un rapport de synthèse sur le sujet. Lire l’article.

Noémie Le Donné, analyste à l’OCDE, souligne les pratiques enseignantes favorisant la réussite des élèves. Le chercheur Vincent Troger rappelle les débats scientifiques sur l’enseignement des mathématiques. Marie Gaussel, de l’Institut français de l’éducation, s’intéresse à la « dimension réflexive » du métier d’enseignant. La sociologue Anne Muxel évoque la confiance en elle-même de la « génération Covid »

TRIBUNE

icon abonné« Comment former des élèves performants et enthousiastes ? »

Noémie Le Donné

TRIBUNE

icon abonnéBaisse du niveau en maths : « La formation des enseignants est au centre des préoccupations, mais son contenu ne fait pas consensus »

Vincent Troger

TRIBUNE

icon abonné« Apprendre aux enseignants à réfléchir sur leurs habitudes pédagogiques »

Marie Gaussel

ENTRETIEN

icon abonné« Les jeunes ont confiance en leur capacité à s’en sortir grâce à la débrouillardise, à leur résilience »

Propos recueillis par Nathalie Brafman

A nos lecteurs

« Le Monde de l’éducation » fait une pause pendant les vacances d’hiver. Prochain rendez-vous : mardi 2 mars. Si vous souhaitez d’ici là partager une information, votre expérience, une tribune ou une idée d’enquête : écrivez-nous à mondedeleducation@lemonde.fr

DÉCRYPTAGES

icon abonnéCovid-19 : dans les écoles, un énième protocole sanitaire et des questions

Depuis le 1er février, les fermetures de classes sont plus nombreuses. De nouvelles dispositions vont entrer en vigueur pour les variants sud-africains et brésiliens. La stratégie repose sur l’efficacité du dépistage, qui inquiète les enseignants.

A teacher wearing a mask is at work in a classroom of a school on May 14, 2020 on its reopening day in Lyon, as primary schools in France re-open this week and the country eases lockdown measures taken to curb the spread of the COVID-19 (the novel coronavirus). (Photo by JEFF PACHOUD / AFP)

Violaine Morin

icon abonnéDes enseignants de maternelle s’inquiètent d’une pression accrue sur les résultats

Depuis son arrivée en 2017, le ministre de l’éducation nationale revient à petites touches sur l’école maternelle, ses objectifs, ses enjeux. Une gestion jugée trop verticale sur le terrain, et qui fait craindre la fin de cette école à part.

Violaine Morin

RÉCIT

icon abonnéLa « génération Covid », stoppée dans son envol, entre angoisse et résilience

« Une génération à l’arrêt » 1|3. « Le Monde » consacre une série à l’impact de la crise due au Covid-19 sur la jeunesse. Aujourd’hui, des témoignages recueillis de Paris à Saint-Brieuc, de Lyon à Wambrechies, expriment des inquiétudes mais surtout du volontarisme.

France, Bretagne, Côtes d’Armor, Pont-Melvez, Février 2021, Athéis Guégan, étudiant à l'heure du Covid

Collectif

ENQUÊTE

icon abonnéInterpellée pour une meilleure prise en compte des enfants transgenres, l’école tâtonne

Confronté aux interrogations des équipes éducatives, le ministère de l’éducation nationale a lancé un groupe de travail pour tenter de définir des lignes directrices sur les questions relevant de la transidentité.

Mattea Battaglia et Solène Cordier

icon abonné Trois podcasts pour mettre les enfants en action

Chaque mois, « La Matinale » propose une sélection de podcasts pour pimenter séances de jogging, longs trajets en train... Aujourd’hui, trois idées pour les 6-12 ans.

CRITIQUE

icon abonné« Paris Police 1900 », sur Canal+ : la face obscure de la Belle Epoque

En huit épisodes violents, tourmentés, captivants, la série de Fabien Nury propose une genèse de l’institution policière, doublée de la résolution d’une énigme historique. Elle est diffusée à compter de lundi 8 février.

Evelyne Brochu (Meg Steinheil) VALIDEE

Thomas Sotinel

1998

« Classes surchargées, programmes trop lourds, moyens limités » ; les profs jugent le lycée

En 1997, le ministère de l’éducation nationale lançait auprès des 250 000 enseignants du secondaire la consultation « Quels savoirs enseigner dans les lycées ? ». Classes surchargées, programmes trop lourds, moyens limités, baisse du niveau et hétérogénéité des élèves interrogeaient déjà. Lire l’archive

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