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Vivement l'Ecole!

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Un ministère au double intitulé et à la double tutelle pour un double jeu ? - Par Claude Lelièvre

6 Juillet 2022 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education

Carole Grandjean - leBlog Prism'emploi

Carole Grandjean vient d'être nommée ministre déléguée en charge de l'Enseignement et de la formation professionnels auprès du ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse mais aussi du ministre du Travail. Cet intitulé et cette double tutelle n'ont pas de précédent. Serait-ce propice à un double jeu ?

L'intitulé « formation professionnelle » apparaît pour la première fois sous la Cinquième République durant le septennat de Valéry Giscard d'Estaing avec la nomination le 12 janvier 1976 de Jean-Pierre Soisson comme secrétaire d'Etat chargé de la Formation professionnelle auprès du Premier ministre, suivie en avril 1978 de celle de Jacques Legendre.

Le 23 juin 1981 Marcel Rigout est nommé ministre de la Formation professionnelle dans le gouvernement Mauroy jusqu'au 17 juillet 1984 (date à laquelle il démissionne avec ses autres camarades ministres communistes lors de la nomination de Laurent Fabius comme Premier ministre)

Roland Carraz est alors nommé secrétaire d'Etat chargé de l'Enseignement technique et technologique auprès du ministre de l'Education nationale.

Lors de la ''cohabitation'' avec un gouvernement dirigé par Edouard Balladur, on revient à la dénomination « formation professionnelle », mais avec pour la première fois une femme : Nicole Catala, secrétaire d'Etat chargée de la Formation professionnelle auprès du ministre de l'Education nationale.

La cohabitation terminée, Robert Chapuis est nommé en mars 1988 secrétaire d'Etat chargé de l'enseignement technique auprès du ministre de l'Education nationale, Jacques Guyard lui succède le 18 mai 1991 ave le même intitulé puis Jean Glavany du 5 avril 1992 au 29 mars 1993 , également avec le même intitulé : secrétaire d'Etat chargé de l'Enseignement technique.

Depuis, plus rien de cet ordre jusqu'à la toute récente nomination de Carole Grandjean comme ministre déléguée en charge de l'Enseignement et de la formation professionnelle auprès du ministre de l'Education nationale mais aussi du ministre du Travail, du plein Emploi et de l'Insertion. Comme quoi ce type de ministère ne s'impose pas à l'évidence, et encore moins sous son double libellé et sa double tutelle...

A l'exception notable (une huitaine d'années après la nomination du dernier secrétaire d'Etat chargé de l'Enseignement technique, et une vingtaine d'années avant celle qui vient d'avoir lieu) : celle de Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué chargé de la Formation professionnelle du 7 avril 2000 au 5 mai 2002 dans un gouvernement dirigé par Lionel Jospin.

On s'en souvient, car elle a été marquée par sa mise en cause publique du « collège unique » et sa « défense et illustration »  de la formation professionnelle en général et des lycées professionnels en particulier.

Dès son arrivée au ministère Jean-Luc Mélenchon s'en prend début juin 2000 devant le congrès des parents d'élèves de la PEEP au « soi-disant collège unique » et met en cause le dessein d'« un collège uniforme » en demandant en particulier qu'il soit mis fin à la suppression progressive des classes de quatrième et troisième technologiques qui avaient été mises en place au collège avant le projet de « collège unique ». Hervé Baro, le secrétaire général de la FEN, condamne « les déclarations intempestives »  de Jean-Luc Mélenchon en arguant qu'elles véhiculent « une conception passéiste et rétrograde du collège et de l'enseignement professionnel » et que le ministre propose « une voie de dégagement à des élèves qui posent problème : ça n'est pas ça l'égalit é des chances »

Le 7 mars 2001, le ministre délégué à l'Enseignement professionnel Jean-Luc Mélenchon réitère ses prises de position devant le congrès du SNETAA ( le principal syndicat des enseignants des lycées professionnels) en indiquant notamment qu'il « veut récupérer les classes technologiques à projet professionnel (quatrième et troisième technologiques de collège) dans tous les lycées professionnel s» . Et il regrette que seul le Secrétariat général à l'enseignement catholique a apporté son soutien à sa proposition de l'année précédente de mettre fin à la disparition de ces classes en collège. Il appelle les rectorats à ne plus favoriser unilatéralement l'ouverture de classes de seconde dans les filières générales et l'orientation des élèves vers ces classes.

Jean-Luc Mélenchon entend mettre fin à la diminution des effectifs dans les lycées professionnels : moins 20000 élèves à la rentrée 1999 et moins 30000 à celle de l'an 2000. « Il est intolérable , dit-il à la rentrée scolaire 2001, que les deux tiers de la baisse démographique à l'entrée du lycée soit répercutée sur les lycées professionnels »

Et Jean-Luc Mélenchon développe tout un discours centré sur le projet de « lycée des métiers ». : « la professionnalisation , à condition qu'elle ne soit pas une spécialisation étroite, n'est pas une réduction du champ intellectuel et culturel du jeune, au contraire ». Il s'agit de réunir dans un « lycée des métiers » toutes les classes, du BEP à la licence professionnelle pour, à la fois, donner aux parcours professionnels « la lisibilité » qui leur manque et assurer aux jeunes et à leurs familles qu'ils ne s'engouffrent pas dans une impasse

Pour Jean-Luc Mélenchon, la nomination d'un « ministre délégué à la Formation professionnelle » avait pour but le redressement des effectifs de la formation professionnelle en général et des lycées en particulier, et de rendre plus « lisible » leur importance et leur rôle.

Que peut-il en être, vingt ans après, de la nomination d'une « ministre déléguée en charge de l'Enseignement et à la formation professionnels » ?

Claude Lelièvre

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Le hasard existe-t-il vraiment ? - Hugo Duminil Copin/Médaille Fields 2022 (Vidéo)

5 Juillet 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Mathematiques

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Pénurie de profs: redonner le goût de l’école aux enseignants

5 Juillet 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Pénurie de profs: redonner le goût de l’école aux enseignants

Dans le casting dévoilé lundi, rien n’accrédite l’idée que la transition écologique va être le sujet central de ces cinq prochaines années.

Pour le député Nupes Rodrigo Arenas, les difficultés de recrutement dans l’enseignement imposent de repenser la formation et le statut même des profs, que ce soit en terme de perspectives d’évolution ou de reconnaissance sociale.

Insolite, l’image avait choqué. Anticipant un grave déficit d’enseignants à la rentrée prochaine, l’académie de Versailles organisait début juin une grande action de job-dating pour recruter des professeurs. CV, motivation, entretien, une affaire réglée en trente minutes. Le temps de livraison d’une pizza. A la même période, les chiffres d’admissibilité aux concours de l’enseignement tombaient, soulignant, encore une fois, l’aggravation du déficit chronique de candidats considérés comme suffisamment qualifiés pour rejoindre les rangs de l’Education nationale.

Schizophrénie totale. D’un côté l’impasse d’un système de recrutement entièrement fondé sur l’érudition académique dans un concours très sélectif sanctionnant trois à quatre années d’études difficiles, voire plus. De l’autre, une désinvolture pragmatique qui remet en question les sacrifices, le statut et le professionnalisme des enseignants. Car sous le prétexte de «rechercher des profils originaux» l’objectif reste avant tout de combler les manques d’effectifs par des personnels précaires et non formés. C’est une taylorisation du métier et un affaiblissement du service public.

Réforme au long cours

Comme une petite gifle institutionnelle à des personnels enseignants déjà malmenés par leur ministère et plusieurs décennies de dégradation de l’Education nationale. Car derrière les chiffres inquiétants des déficits de vocation, il y a aussi ces phénomènes muets, plus difficiles à mesurer. Le mépris social pour des «fonctionnaires» privilégiés d’avoir un emploi sécurisé dans une économie incertaine menacée par le chômage. Les rémunérations disproportionnellement basses pour la hauteur de la mission qui leur incombe.

Cette crise du métier dépasse les seules conditions de travail et les misérables salaires consentis par une République qui pourtant doit son existence et sa légitimité politiques à son école. Elle traduit une profonde crise de sens, dont nous souffrons tous, collectivement, élèves, enseignants, parents et société.

Contrairement aux solutions simplistes des nostalgiques du tableau noir ou aux projets cyniques de privatisation, il n’y a pas de remède miracle pour attirer et fidéliser des enseignants compétents et motivés. Au-delà de la seule rémunération, et des conditions de travail, comptent aussi le prestige et l’accessibilité de la formation, les perspectives d’évolution ou encore la reconnaissance sociale. Le chantier de la transformation de notre école sera complexe et long. Alors saisissons-nous de cette faillite des recrutements pour entamer une réforme au long cours. Je propose ainsi la mise en œuvre d’un «grand plan de recrutement» pour les cinq prochaines années, articulé sur la transformation de la formation initiale des enseignants.

Cursus rémunéré

Il s’agit de créer une nouvelle filière aussi attractive que les filières d’excellence qui elles ne connaissent pas la crise. En outre, il est devenu urgent que le corps enseignant soit aussi divers que les publics auxquels il s’adresse. Moins d’un cinquième des candidats proviennent des catégories populaires. Le recrutement doit aussi assurer la mixité des parcours de vie. Il doit donc commencer dès la première année d’études universitaires. Les futurs enseignants seront ainsi accueillis dans une filière universitaire dès l’obtention de leur bac, dans un cursus rémunéré, combinant plusieurs disciplines académiques et des études pédagogiques. Cette formation permettra une voie d’accès directe à la profession, parallèle aux concours, en contrepartie d’une obligation de service.

Dans cette filière, les étudiants seront accompagnés sur toute la durée de leur cursus, par des enseignants chevronnés et des pédagogues. La multiplication des stages pratiques pendant la durée des études permettra en outre une acclimatation progressive des futurs enseignants aux exigences pédagogiques du terrain et aux réalités du métier. En outre, on veillera à assurer à chaque étape des passerelles de validation des acquis pour accueillir les nouvelles vocations.

Enfin, ce plan de recrutement doit aussi s’accompagner de la mise en place d’une vraie gestion des carrières au sein de l’Education nationale, plus grand employeur de France. Il s’agit d’offrir aux professeurs des voies d’évolution professionnelle plus diverses et attractives, pour qu’ils se sentent libres d’expérimenter, de découvrir ou de se former en dehors de l’Education nationale, et revenir enseigner avec une motivation renouvelée et un parcours de vie enrichi.

Redonner le goût de l’école aux enseignants c’est le redonner aussi aux enfants et à leurs parents, et redresser la colonne vertébrale de la République.

Rodrigo Arenasdéputé (LFI/Nupes) de Paris

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L'enseignement professionnel exfiltré hors de l'Education nationale ?

4 Juillet 2022 , Rédigé par Le Cafe Pedagogique Publié dans #Education

Le lycée professionnel va être rénové pour mieux former aux métiers d'avenir

EXTRAIT

"Le pire est devant nous. Un tiers des jeunes lycéens vont être exclus de l'école". En mars 2022, Sigrid Gérardin, co-secrétaire générale du Snuep Fsu, s'alarmait des propos d'E Macron sur le lycée professionnel. Le cauchemar est en train de prendre forme avec la nomination de Carole Grandjean comme ministre déléguée chargée de l'enseignement et de la formation professionnels à la fois auprès du ministre du Travail et du ministre de l'Education nationale. L'enseignement professionnel se retrouve à cheval sur deux ministères avec une feuille de route qui semble annoncer le passage de l'un à l'autre et une ministre qui semble très volontaire... Bientôt un tiers des lycéens français exclus de l'Ecole ?

Des tweets révélateurs

Avec le remaniement du 4 juillet, Carole Grandjean est nommée ministre déléguée chargée de l'enseignement et de la formation professionnels auprès du ministre du Travail et du ministre de l'Education nationale. Fait inédit, elle dépend de deux ministres. Mais à la lceture de ses tweets, il semble que le Travail ait sa préférence.

Car il y a des tweets qui sont révélateurs. Le 4 juillet, Carole Grandjean, la nouvelle ministre déléguée chargée de l'enseignement professionnel en a commis deux. Dans le premier, vite retiré, elle se présente comme ministre déléguée auprès du seul ministre du Travail, Olivier Dussopt. Adieu l'Education ! Dans le second elle annonce sans état d'âme "une réforme des retraites nouvelle et nécessaire" et "une réforme des lycées professionnels sur le modèle de l'apprentissage". Deux annonces qui sont des chiffons rouges brandis devant une partie de la population, notamment les professeurs de lycée professionnel.

(...)

Cette évolution est engagée. Dès sa nomination, Pap Ndiaye reçoit comme directeur de cabinet un spécialiste de l'enseignement professionnel, JM Huart. Son conseiller enseignement professionnel, Guillaume Houzel, avait été chargé en 2019 par JM Blanquer  d'une mission visant à lever les freins à l'essor de l'apprentissage. Fin juin 2022, Pap Ndiaye, en visite au lycée des arts du bois de Moirans, dit qu'il "aura à coeur d'intensifier les liens avec le monde professionnel pour augmenter le taux d'insertion dans l'emploi. Et un décret publié le 21 juin permet aux professeurs de lycée professionnel d'enseigner en collège ou en lycée. Le gouvernement semble préparer le transfert de ces professeurs bivalents vers les collèges et les lycées dans l'hypothèse d'un transfert des lycées professionnels au ministère du Travail. Le second quinquennat d'E Macron pourrait être marqué par une privatisation de l'enseignement professionnel.

F Jarraud

Intégralité à lire en cliquant ci-dessous

 

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« C’est un mot trop ambigu » : le malaise des ministres érigés en « symboles » de la République

4 Juillet 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Politique

Pour Najat Vallaud-Belkacem, c'est "Villeurbanne mon amour" - Rue89Lyon

EXTRAITS

Quand elles ont fait partie d’un gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, Rama Yade et Rachida Dati ont été présentées comme des emblèmes de la « diversité » et de la réussite. « Le Monde » leur a demandé de raconter ce qu’elles avaient ressenti. Pour elles, le mot est « réducteur » et contre-productif.

(...)

« Je n’ai pas le souvenir d’avoir entendu cela pour Jean-Vincent Placé [il est d’origine sud-coréenne] ou Matthias Fekl [il est Franco-Allemand], mes anciens collègues de gouvernement », note Mme Vallaud-Belkacem. « Je ne me suis jamais considérée comme un symbole. J’ai le bac comme la grande majorité des Français », tonne Mme Dati. « L’insistance autour de ce mot est une manière de rappeler que vous serez seule dans cette position et que la porte sera refermée derrière vous », juge Mme Yade.

Charges des détracteurs

Il faut passer du temps à discuter avec ces trois anciennes ministres pour comprendre à quel point le terme « symbole » peut être vide de sens voire un non-sens ; qu’à force de l’entendre, il a fini par stigmatiser et renfermer tant de contradictions, de fantasmes, de lassitude.

« C’est un mot trop ambigu. Il vise des origines, une couleur de peau, un genre, une religion, une classe, un parcours ?, se demande Najat Vallaud-Belkacem. Ce mot est surtout réducteur car il permet à bon compte de gommer les inégalités et de dire que tout va bien, alors que la méritocratie ne fonctionne pas vraiment. »

Dans son bureau parisien, cernée par des tas de livres anciens, la quadra, qui dirige la branche française de ONE – une ONG internationale qui lutte contre l’extrême pauvreté, notamment en Afrique – et avant de devenir présidente de France Terre d’asile (FTA), samedi 2 juillet, prend son temps pour répondre. Entre soupirs, sourires et longs silences, elle se souvient que, dès le début de sa carrière politique, à Lyon en 2002, ses origines ont été le premier élément mis en avant pour définir son engagement et l’ériger en « symbole ». « Je m’étais vite rendu compte que la tentation naturelle des observateurs était de me ranger dans une petite case de représentante de la diversité. J’avais dû faire des efforts monstrueux pour ne pas céder à ce stéréotype-là. Si je m’étais lancée en politique, c’était pour représenter les Français dans leur ensemble, pas une communauté particulière », se remémore-t-elle.

A l’écouter, ses origines l’ont définitivement rattrapée quand elle est devenue ministre de l’éducation nationale pendant la présidence de François Hollande. Et non lorsqu’elle a été désignée, juste avant cette nomination, porte-parole du gouvernement et ministre des droits des femmes. Son entrée à l’Hôtel de Rochechouart a donc été, selon elle, « inédite » et vertigineuse, tout comme les charges de ceux qui ont dénoncé son prétendu « agenda caché » pour « idéologiser les petites têtes blondes » : selon eux, elle aurait voulu imposer l’arabe aux enfants de CP, remplacer l’apprentissage de la « chrétienté » par l’histoire de l’islam… « Il y a cette tension permanente ; une relation passionnelle et contrariée de la France avec ses enfants issus du continent africain, avance Najat Vallaud-Belkacem. Des interrogations perpétuelles sur le fait de savoir s’ils se sentent véritablement Français ou pas. Des suspicions sur leur allégeance. On a rarement de tels débats sur l’intégration des Asiatiques ou des Latino-Américains en France. »

« On vous dénie votre compétence »

Autre aspect. Lorsqu’un haut représentant de l’Etat est perçu comme un « symbole », son parcours est généralement qualifié de « singulier », comme pour marquer le caractère unique et inhabituel de sa réussite. « C’est l’exception consolante », souffle Mme Vallaud-Belkacem en paraphrasant le philosophe Ferdinand Buisson (1841-1932). Ce qui sous-entend que « les autres n’y sont pas parvenus, renchérit Rama Yade. Et c’est de leur faute. Le symbole exclut les autres. Vous les représentez et c’est tout ».

(...)

Alors justement, l’emploi du mot « symbole », que dit-il de la France ? « Ça peut vouloir dire une chose et son contraire. Ça peut être valorisant comme ça peut être une marque de l’entre-soi », s’agace-t-elle. « On n’est pas encore une évidence, on doit être explicité ; il est là le malaise : il faut nous affubler d’un qualificatif avant de nous percevoir comme légitimes à exercer une responsabilité », ajoute avec regret Najat Vallaud-Belkacem. « C’est un gâchis de continuer de pointer du doigt une partie des siens. Je veux autant représenter une jeune fille noire de banlieue qu’un homme blanc de 60 ans », renchérit Rama Yade.

Toutefois, pour ces trois anciennes ministres, tout n’est pas négatif. Etre un « symbole », c’est aussi devenir un modèle pour une partie de la société. « Plein de gens se projetaient en moi et ça leur permettait de se dire que tout est possible », se réjouit Mme Vallaud-Belkacem. « Lors d’un de mes premiers déplacements, une fille m’a dit que c’était la première fois qu’elle n’avait plus honte de s’appeler Rachida sur un CV, se rappelle Mme Dati. Tu peux générer beaucoup de choses positives. Je reçois beaucoup de courrier en ce sens. »

Alors, Najat Vallaud-Belkacem a un conseil à donner à un politique qui se retrouverait dans la même position qu’elle : ne pas trop « s’effacer »« On pourrait être tenté, quand on est issu de l’immigration, de mettre de côté ce qui fait nos racines, nos origines, notre culture d’enfance, pour essayer de se neutraliser à cause de préjugés. A vrai dire, c’est une erreur, admet-elle. Il ne faut pas s’interdire de parler de soi : ce sont autant de messages inspirants qui donnent à voir autre chose de la société française. C’est utile pour des gens de savoir qui tu es et d’où tu viens. Et plus ça se sait, et plus ça devient banal. » Jusqu’au prochain « symbole » ?

Mustapha Kessous

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Au Burundi, un proviseur français accusé de harcèlement reste en poste

4 Juillet 2022 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

AEFE | École française de Bujumbura Nelson-Mandela

EXTRAITS

Accusé de harcèlement, de sexisme et de recours à la prostitution, le proviseur de l’école française de Bujumbura est toujours en poste, malgré de nombreuses alertes à l’ambassade de France et au ministère des affaires étrangères

Sur le papier, l’école française de Bujumbura a de quoi faire rêver : un grand terrain arboré en plein centre de la capitale burundaise, plusieurs bibliothèques, une mini-ferme, un potager… Le règlement intérieur de l’école, qui compte un peu plus de 400 élèves de la maternelle au lycée, rassure sur l’ambiance qui y règne : à l’école française, on apprend et pratique « la tolérance, le respect d’autrui, l’égalité entre les sexes, le refus de toute discrimination », et « toute forme de violence psychologique, physique ou morale » est proscrite.

Une partie de l’équipe enseignante accuse pourtant la direction de l’école, et en particulier son proviseur – un personnel détaché de l’Éducation nationale française – de passer outre ces principes. Dans huit témoignages écrits que Mediapart a pu consulter, des enseignant·es et ex-enseignant·es de l’école dénoncent un « climat de peur », de dénigrement, d’intimidation, ainsi que des propos jugés sexistes et islamophobes. Un neuvième témoignage porte sur de possibles faits de recours à la prostitution et d’encouragement à la prostitution (interdits par la loi tant française que burundaise).

Un signalement a été adressé le 8 juin à la procureure de Paris par la sénatrice des Français de l’étranger Mélanie Vogel sur les agissements présumés de ce proviseur, Didier T.

Malgré cela, aucune enquête interne n’a été lancée par l’école, ni par l’ambassade de France (dont un représentant siège au comité exécutif de l’école), ni par le ministère de l’éducation nationale français (dont le proviseur est un personnel détaché), ni par l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger - l’AEFE (dont l’école est partenaire).

Alertée à plusieurs reprises, l’ambassade de France au Burundi semble avoir tardé à prendre la mesure de la gravité potentielle des faits rapportés, réduisant à plusieurs reprises, dans des documents internes, ces accusations à des problèmes de « management », et mettant deux mois à recevoir les plaignant·es

Le ministère des affaires étrangères assure que l’ambassade a « apporté écoute et accompagnement aux parties concernées ». Des fonctionnaires français ayant eu connaissance du dossier regrettent pourtant le « mépris » avec lequel ces témoignages auraient été traités. Également contactés, le ministère de l’éducation et l’AEFE n’ont pas souhaité réagir.

Le proviseur, lui, nie la plupart des faits reprochés et s’estime victime d’une « manipulation » venant d’employé·es mécontent·es des réformes qu’il aurait impulsées à la tête de l’établissement.

« Climat de peur »

Arrivé au Burundi début septembre 2020, le directeur de l’école française aurait rapidement instauré un climat singulier au sein de ses équipes, rapportent les témoignages – à l’origine destinés aux autorités françaises – dont nous avons pu prendre connaissance.

Un épisode en particulier a marqué les esprits. En 2020, alors qu’il passe ses premiers jours au Burundi en quarantaine Covid dans un hôtel de la capitale, Didier T. rencontre deux enseignantes de l’école française, confinées dans le même hôtel que lui.

Les trois expatrié·es prennent leurs repas en commun, font connaissance et échangent les anecdotes à propos de leurs précédentes expériences professionnelles sur le continent africain. À en croire ses deux interlocutrices, celles de Didier T. se révèlent glaçantes.

Le proviseur raconte successivement, selon leurs témoignages, avoir au Tchad en 2008 « tué par balles » un rebelle et « décidé de pendre [son] cadavre au portail » de la résidence qu’il occupait, puis avoir licencié une quinzaine de salariés d’une école qu’il dirigeait à Madagascar en « égorg[eant] un taureau devant le personnel aligné », avant « d’asperg[er] de gouttes de sang les membres qu’il voulait renvoyer ». Il aurait enfin « parl[é] du fait que lorsqu’il était jeune homme, il avait déjà “violé” la moitié de son village », rapporte l’une des enseignantes.

Tout en ayant conscience du fait qu’il « s’agissait là d’une façon de parler », elle note que cette remarque ainsi que les autres anecdotes déroulées par son nouveau supérieur hiérarchique causent chez elle un fort « malaise » et contribuent à installer « un climat de peur ».

Le proviseur estime, quant à lui, que les anecdotes qu’il a livrées ont été « extrapolées ». Il assure ne jamais avoir tué de rebelle tchadien mais admet avoir organisé en 2009 une « cérémonie traditionnelle » dans une école malgache qu’il dirigeait, durant laquelle un « jeune taureau » a été « sacrifié et partagé entre tous les membres du personnel » – ceci afin d’« éloigner le mauvais oeil ».

« J’ignore si ce qu’il nous a raconté est véridique, mais je constate que ces récits ont distillé un climat de peur au sein de son équipe », explique également la seconde enseignante dans son témoignage.

(...)

Recours à la prostitution et proxénétisme

Dans un dernier témoignage écrit, enfin, un ancien employé de l’école raconte de manière détaillée comment il aurait été témoin direct, fin 2021, d’un échange au cours duquel le proviseur aurait proposé avec insistance à une personne burundaise de la payer pour des services sexuels.

En droit français, « exercer une pression » sur une personne « pour qu’elle se prostitue ou continue à le faire » relève de la définition légale du proxénétisme et est punissable de sept ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende. Le code pénal burundais punit également la prostitution et l’incitation à la prostitution.

Didier T. nie fermement avoir eu des relations sexuelles tarifées ou en avoir sollicitées. « Je pense, j’espère que j’ai encore suffisamment de charme pour pouvoir entretenir une relation avec quelqu’un sans être obligé de payer », avance-t-il.

L’attestation écrite produite par ce témoin a été transmise à un conseiller des Français de l’étranger, Jean-Baka Domelevo Entfellner, qui a alerté lui-même l’ambassade le 21 mars dernier. Ce témoignage, ainsi que 13 autres, est désormais entre les mains de la procureure de la République française, à la suite du signalement qui lui a été adressé le 8 juin par une autre élue, la sénatrice Europe Écologie-Les Verts (EELV) Mélanie Vogel.

Avant l’intervention de ces élu·es, et malgré la potentielle gravité des faits reprochés, une série d’alertes semble avoir été ignorée.

(...)

« Ce dossier semble avoir été traité avec une forme de mépris. Si ces faits s’étaient déroulés en France, il y aurait déjà eu une enquête préliminaire », réagit un haut fonctionnaire français ayant, lui aussi, suivi le dossier de près. « En ayant connaissance de tels faits, un directeur des services départementaux de l’Éducation nationale basé en France aurait probablement saisi le procureur de la République sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale », qui oblige les agents de l’État à signaler à la justice tout crime ou délit dont ils ont connaissance dans l’exercice de leurs fonctions.

Pour ce haut fonctionnaire, l’étrange inertie de l’ambassade « tient à une certaine forme de nonchalance du ministère lorsqu’il s’agit de sensibiliser et former tous ses agents » aux problématiques de harcèlement, de discrimination ou encore de recours à la prostitution. Interrogées par Mediapart sur le fait de savoir si elles avaient saisi la justice en vertu de cet article 40, ni l’ambassade ni l’AEFE n’ont souhaité réagir.

La nouvelle ministre des affaires étrangères elle-même a été nommée en dépit de signalements adressés début 2022 à « Tolérance zéro », la cellule d’écoute du Quai d’Orsay sur les questions de harcèlement.

Justine Brabant

https://www.mediapart.fr/journal/international/030722/au-burundi-un-proviseur-francais-accuse-de-harcelement-reste-en-poste?utm_source=20220703&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-20220703&M_BT=16590131223

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La loi "Don't say gay" entre en vigueur en Floride, parler d'orientation sexuelle est banni à l'école

4 Juillet 2022 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education

60% des Américains opposés au projet de loi «Don't Say Gay» - Fugues

La loi avait suscité beaucoup de réactions quand elle a été promulguée en mars, elle entre en vigueur ce 1er juillet : en Floride, il est désormais interdit d'enseigner des sujets en lien avec l'orientation sexuelle ou l'identité de genre. Nombre d'enseignants et de parents sont contre cette mesure.

"C'est aux parents de parler de ces questions avec leurs enfants" : voilà comment le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis, a justifié l'interdiction, promulguée en mars et qui entre en vigueur ce 1er juillet, d'enseigner des sujets en lien avec l'orientation sexuelle ou l'identité de genre en primaire.

Au Conseil d'administration des écoles publiques du comté d'Orange, à Orlando, enseignants et militants se succèdent au micro. Dans la salle, Jen Cousins arbore un t-shirt aux couleurs arc-en-ciel de la communauté LGBT+, le même que celui d'une des militantes qui prend la parole. Elle est mère de quatre enfants, dont Saffy, 12 ans, qui s'identifie comme non binaire, c'est-à-dire qui ne s'identifie ni comme un garçon, ni comme une fille; Son frère et sa soeur, respectivement 6 ans et 8 ans, ne pourront plus en parler en classe : "Parce que cette nouvelle loi invite à les gens à poursuivre l'école en justice si ils n'aiment pas ce qui s'y dit", analyse-t-elle.

"Les élèves peuvent adopter des comportements plus risqués"

Cette situation a poussé Anita Carson à démissionner de son poste d'institutrice le mois dernier. Les études montrent que parler d'orientation sexuelle et de genre à l'école réduit le risque de suicide chez les jeunes LGBT, souligne-t-elle. "Nous savons que les élèves qui n'ont pas d'adulte de confiance, et qui s'identifient à quelque chose qui les préoccupe et qu'ils essaient de comprendre peuvent adopter des comportements plus risqués", dit l'ex-enseignante.

Mais les ambitions politiques du gouverneur de Floride dépassent cette mesure, selon le fondateur de l'association LGBT "One Orlando", Josh Bell : "Notre gouverneur a toujours misé sur les idées extrémistes : il essaie de se positionner pour la présidence en séduisant l'électorat de Trump. Plus vous êtes extrême, plus vous obtenez de votes, et il utilise la communauté LGBTQ comme une cible politique", dit le militant, qui souhaiterait que l'école reste un sanctuaire pour les enfants.

Les services de Ron DeSantis, de leur côté, n'ont pas souhaité nous répondre.

Sébastien Paour

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Enquête - La santé mentale à l'école

4 Juillet 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Enquête - La santé mentale à l'école

Dans cette enquête menée entre avril et mai 2022 auprès de 1056 enseignants, Synlab analyse plusieurs grands enjeux de la santé mentale à l’école. 

Comment la santé mentale a-t-elle évolué depuis la crise sanitaire ? Quelles sont les principales sources de stress des jeunes ? Où en est la santé mentale des enseignants ?

Découvrez les résultats de cette enquête !

 

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Diplôme national du brevet : après les « fuites », le temps des investigations et des critiques

3 Juillet 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Diplôme national du brevet : après les « fuites », le temps des investigations et des critiques

EXTRAITS

L’épreuve de troisième a été entachée par la divulgation anticipée de sujets. Une plainte contre X a été déposée, vendredi 1er juillet. La sécurisation des sujets est un défi pour l’éducation nationale, à l’heure du numérique.

Il relève généralement de la formalité. Le diplôme national du brevet fait, cette année, parler de lui : le ministère de l’éducation a déposé une plainte contre X, vendredi 1er juillet, pour « vol dans un local d’habitation ou dans un lieu utilisé ou destiné à l’entrepôt », après que les sujets d’histoire-géographie et de sciences, sur lesquels 850 000 collégiens de 3e étaient appelés à composer, ce même vendredi, ont fait l’objet de « fuites » sur les réseaux sociaux. Une enquête administrative « en interne » est également lancée, précise-t-on dans l’entourage du ministre de l’éducation, Pap Ndiaye.

Rue de Grenelle, on a commencé à reconstituer le déroulé de l’affaire. Des photos des sujets ont été repérées « au cours de l’après-midi de jeudi », sur la messagerie WhatsApp et sur d’« autres systèmes de communication » : « L’information est remontée jusqu’à la mission de pilotage des examens, à la direction générale de l’enseignement scolaire, et décision a été prise de déclencher la procédure de secours. » Autrement dit, de faire plancher les candidats sur des « sujets B ». Ceux-ci sont préparés tous les ans « au cas où », par des inspecteurs généraux, des inspecteurs d’académie et des professeurs dans une académie dite « pilote » – jamais la même d’une année sur l’autre – pour être « si besoin » distribués « partout ».

Dans des « délais très contraints », ces sujets de secours ont donc été diffusés vers les centres d’examens et imprimés par leurs soins, jeudi soir, voire, dans certaines académies, jusqu’à vendredi matin. Mais « les épreuves ont eu lieu en temps et en heure », fait-on valoir au ministère. Et sur des sujets « de même difficulté », y ajoute-t-on, même si, du côté des enseignants d’histoire-géographie et d’enseignement moral et civique, notamment, certains font état d’une « difficulté moindre ».

(...)

« L’enjeu réside dans la sécurisation du parcours des sujets, de leur conception à leur distribution, souligne Sophie Venetitay, du syndicat d’enseignants SNES-FSU. L’existence et la rapidité des nouvelles technologies plaident pour une vigilance particulière. » « Ces fuites nous interpellent sur l’organisation des examens aujourd’hui : peut-on encore les sécuriser à 100 % ?, interroge Audrey Chanonat, principale de collège à La Rochelle et porte-parole du SNPDEN. Au final, une fois les sujets redistribués, les épreuves se sont déroulées normalement, tempère-t-elle. Ici ou là, on a encore eu des petits bugs, des étiquettes mal imprimées… Les aléas communs des examens. »

Au terme de cette session mouvementée, les enseignants concernés par la surveillance des épreuves se rejoignaient, vendredi soir, sur un même constat : celui de la « viralité des réseaux sociaux ». « J’ai sondé mes élèves, beaucoup avait vu circuler les sujets fuités, certains, et ce n’est pas forcément une mauvaise chose, s’y étaient préparés », souffle un professeur de l’académie de Créteil. « A ce jeu-là, nos jeunes ont facilement un coup d’avance, rapporte un autre. Au système de s’adapter. »

Mattea Battaglia

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Professeur·e·s de Lettres en lycée : la colère gronde

3 Juillet 2022 , Rédigé par Snes FSU Publié dans #Education

Professeur·e·s de Lettres en lycée : la colère gronde

Enseigner les Lettres en lycée, avec les programmes infaisables et le format actuel des épreuves d’examen, conduit à une charge de travail démesurée. Parallèlement, les conditions de rémunération sont particulièrement défavorables. Le sentiment d’injustice est grand et la colère gagne ces enseignant.e.s. Il est urgent que le Ministère entende la détresse des professeur.e.s de Lettres exerçant en lycée et prenne des mesures de fond. Le SNES-FSU est pleinement engagé dans ce combat et œuvre, au quotidien, pour obtenir des avancées. Cet article sera remis à jour pour en faire état.

Programmes problématiques à tous les niveaux

La pression est présente dès la classe de 2nde, avec la nécessité d’explorer l’ensemble des méthodes pour préparer les lycéen.ne.s à l’épreuve du bac de fin de 1ere. Cette lourdeur débouche sur des dilemmes professionnels pesants car il est impossible d’étudier le programme dans son intégralité.

En classe de 1ere, le nombre de textes à préparer pour l’examen (porté à 16 en voie générale et à 9 en voie technologique avec les aménagements COVID mais qui doit revenir respectivement à 20 et 12) est trop important au regard des autres dimensions du programme que sont la méthodologie de l’écrit, la grammaire et le travail de l’oral. Le programme de grammaire a d’ailleurs été alourdi par l’ajout des notions vues en classe de 2nde qui doivent être approfondies. Le rythme des apprentissages suscite bien souvent l’écœurement des professeur.e.s comme des élèves.

D’autre part, le programme d’œuvres imposées à ce niveau est jugé inadapté, en décalage avec la réalité des classes, bafouant la liberté pédagogique. Il contraint par ailleurs les professeur.e.s à refaire un quart du programme tous les ans. En BTS, le programme change par moitié tous les ans. Les Lettres sont la seule discipline à laquelle une telle contrainte est imposée. Il faut revoir les épreuves du baccalauréat pour qu’il y ait moins d’exercices différents, diminuer le nombre de textes pour l’oral et revenir à un libre choix des œuvres étudiées en classe de 1ere.

Des conditions d’examens inacceptables

Les fins d’année des professeur.e.s de Lettres sont cauchemardesques. Les préconisations soutenues par le SNES-FSU en CHSCT (Comité d’Hygiène, de Sécurité et de Conditions de Travail) ministériel ont été négligées dans beaucoup trop d’académies alors même que la DEGESCO assurait qu’une « attention particulière » serait portée pour que la session d’examens 2022 ne ressemble pas à celle de 2021.

Voici les difficultés auxquelles de trop nombreux/ses collègues sont confronté.e.s en ce mois de juin et qui expliquent pourquoi la colère gronde :

  • jusqu’à 16 candidats par jour à l’oral, soit plus de 8h de travail sans compter les déplacements.
  • des délais de correction de copies bien trop courts.
  • une correction numérique imposée qui ulcère de nombreux personnels, notamment en raison des nombreux dysfonctionnements du logiciel (copies qui ne sont pas accessibles à la date prévue, copies mal scannées ou incomplètes, accès à des données ou des copies qui ne concernent pas les examinateur/trice.s…) et de son rôle de contrôle des corrections.
  • l’impossibilité matérielle de préparer correctement l’interrogation orale.
  • des convocations à des missions multiples (épreuve de spécialité HLP, BTS écrit, EAF écrit et oral, Grand Oral, rattrapage du BTS). Aucune autre discipline n’est à ce point sollicitée, surtout depuis la mise en place de la réforme du lycée.
  • des professeur.e.s convoqué.e.s, exerçant en collège ou en classe de seconde, sommé.e.s d’assurer les cours et de corriger concomitamment des copies d’examen.
  • des prises de parole entravées voire empêchées lors des réunions d’entente.

Le Ministère doit absolument prendre ses responsabilités et protéger la santé des professeur.e.s de Lettres exerçant en lycée.


Grâce aux interventions répétées, locales et nationales, du SNES-FSU, des améliorations ont été gagnées.

  • Ainsi, dans l’académie de Lille, grâce à la mobilisation syndicale, de gros efforts ont été opérés par la DEC et les IPR pour équilibrer les tâches, ce qui a fait tomber le nombre quotidien de candidats à l’oral à 11 par jour. C’est inédit.
  • Dans l’académie d’Aix-Marseille, les professeur.e.s convoqué.e.s pour l’oral et l’écrit de l’EAF ont un nombre moyen de 35 copies à corriger.
  • De plus en plus de DEC ont demandé aux chef.fe.s des établissements qui sont centres d’examen de mettre en place une salle d’attente et de préparation pour les candidat.e.s pris.e.s en charge, avant et après l’épreuve orale, par des personnels autres que les professeur.e.s convoqué.e.s.
  • Une pause qui va d’une demi-journée à un week-end, a été ménagée, au milieu de la semaine d’oraux, dans plusieurs académies, conformément à la préconisation que le SNES-FSU avait formulée en décembre dernier en CHSCTMEN.
  • En Île-de-France, le SIEC va, en urgence, convoquer d’autres professeur.e.s afin de diminuer le nombre de copies affectées aux examinateur/trice.s actuel.le.s et le délai de correction est allongé de deux jours (soit jusqu’au jeudi 30 juin au soir au lieu du 28 juin midi). C’est encore insuffisant car les oraux débutent le mercredi 29 juin mais le combat est loin d’être terminé pour le SNES-FSU, sur ce front, comme sur les autres.

Même si l’on peut comprendre que chaque académie ait ses spécificités et qu’un alignement total soit difficilement réalisable, les disparités, dans l’organisation et la façon dont les professeur.e.s sont traité.e.s, sont flagrantes, d’un territoire à l’autre. De telles inégalités sont injustifiables !

Le SNES-FSU fera un bilan complet des conditions d’organisation et de correction des examens de la session 2022 (DNB, baccalauréat et BTS) afin d’obtenir des avancées générales pour la session de l’an prochain.

Des inégalités de rémunération

À plus de 80 % des femmes, les professeur.e.s de Lettres, devant la charge de travail, se voient souvent contraint.e.s à des temps partiels pour espérer concilier vie professionnelle et vie personnelle ou protéger leur santé.

Par ailleurs, bien que la classe de 2nde soit, en français, une année de préparation au baccalauréat (les élèves passent le français en fin de Première), le niveau de Seconde est exclu du calcul de l’heure de pondération, réservée aux heures effectuées en cycle terminal, ce qui est injuste.

La charge de travail excessive décourage également la prise de missions supplémentaires et rémunératrices telle que professeur.e principal.e.

Il y a bien là des questions d’égalité salariale.

Dans l’intérêt de toutes et tous, élèves comme professeur.e.s, les programmes de Lettres, le format des épreuves du baccalauréat et les conditions de travail lors de celles-ci, doivent être revus de toute urgence. La question de l’inégalité de la charge de travail et de la rémunération doit être également prise à bras le corps. Il s’agit de mesures d’urgence pour préserver la santé et l’équilibre de personnels gagnés par le découragement et la colère devant la perte de sens de leur métier, les ruptures d’égalités professionnelles et la surcharge de travail.

Le SNES-FSU continuera à lutter pour que la situation des professeur.e.s de Lettres s’améliore de manière significative et durable.

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