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Vivement l'Ecole!

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« Wokistes et environnementalistes ont en commun d’être la cible des mêmes procédés rhétoriques »

10 Juillet 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Politique

Culture G | Qu'est-ce que le wokisme ? | Ausha

EXTRAITS

Dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », établit un parallèle entre le sort réservé à ceux qui dénoncent les inégalités des sociétés occidentales et ceux qui alertent sur les conséquences pour la planète des politiques économiques libérales. Tous étant victimes des mêmes milieux conservateurs.

L’affaire était grave, très grave. Suffisamment pour que le ministre de l’éducation nationale lui-même, Jean-Michel Blanquer, participe au colloque, aux côtés de membres de la communauté académique, d’écrivains ou d’essayistes. Tout ce monde était inquiet. Dans l’amphithéâtre Liard de la Sorbonne, à Paris, les 7 et 8 janvier, il fut question de « théorie du genre », d’« idéologie décoloniale », de « cancel culture », de « militants intersectionnels », de « néoféminisme », c’est-à-dire de toute une galerie d’épouvantails soigneusement confectionnés, rassemblés sous le qualificatif infamant de « wokisme » et présentés comme autant de graves dangers pour les démocraties libérales.

Qu’est-ce que le wokisme ? Qui sont ces dangereux wokes, ou wokistes ? On lira avec profit le petit livre d’Alex Mahoudeau sur le sujet (La Panique woke, Textuel, 160 pages, 16,90 euros), un décryptage subtil (et souvent très drôle) de la généalogie et de la construction, surtout médiatique, de ce phénomène. Ce qu’il faut retenir est que tout discours perçu comme radical et virulent, questionnant les rapports de hiérarchie et de domination dans les sociétés européennes, relève peu ou prou de ce fameux wokisme. Ce serait, selon M. Blanquer – interrogé sur l’antenne d’Europe 1 à l’automne 2021 –, « un nouvel obscurantisme » venu des campus américains et des militants pour les droits des minorités, un danger « qui vient saper la démocratie et la République », qui « prépare la marche vers le totalitarisme ». Il y a donc de quoi avoir très peur.

(...)

Ce ne sont pas les wokistes qui représentent un danger pour la démocratie (et potentiellement pour la vie de millions de femmes) – et ce quoi qu’on pense des outrances parfois bien réelles de certains militants. C’est tout le contraire. Aux Etats-Unis, dans sa forme la plus aiguë et la plus immédiate, le danger politique est plutôt incarné par les plus farouches adversaires du wokisme, en l’espèce une droite conservatrice de plus en plus colonisée par ses marges extrêmes, qui après avoir mis un pied à la Maison Blanche, trouve des relais jusqu’au sommet de l’édifice institutionnel américain.

(...)

Hiérarchie des dangers

Dans la presse conservatrice et sur les chaînes de télévision « tout-info », les militants environnementalistes les plus engagés sont fréquemment présentés comme des « ayatollahs verts » en proie à de dangereuses lubies, des « marchands de peur » menaçant notre prospérité collective, des éco-anxieux pathologiques, partisans du « retour à la bougie » ou de l’« écologie punitive ». Tout cela est martelé avec une telle intensité que toute la hiérarchie des dangers qui pèsent sur nos sociétés s’en trouve brouillée, voire inversée.

Qui, ou quoi, nous menace en premier lieu ? Est-ce vraiment une protestation d’étudiants contre un cours de sociobiologie ou le déboulonnage d’une statue sur un campus ? Est-ce une jeune femme qui s’enchaîne au filet d’un cours de tennis, en pleine demi-finale du tournoi de Roland-Garros, comme l’a fait, le 3 juin, une militante du mouvement Dernière rénovation, pour protester contre l’inaction climatique du gouvernement ? Ou est-ce plutôt la sécheresse précoce, les canicules et les phénomènes extrêmes qui ravagent depuis un mois l’Europe, détruisent les récoltes et les écosystèmes et font gronder un vent de révolte dans le monde agricole ?

(...)

Stéphane Focart

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/07/09/l-environnementalisme-est-dans-une-large-mesure-une-sorte-de-wokisme_6134121_3232.html#xtor=AL-32280270-[default]-[android

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Une formation des enseignants, ambitieuse et continue… c'est possible !

10 Juillet 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Suivre une formation continue dans le domaine des MITIC | Boite à Outils SEM

 

 

Le droit des enseignants à une formation avant et pendant toute leur carrière est un principe inaliénable.

 

 

Un principe fondamental


Tout enseignant a droit, en entrant dans le métier et tout au long de sa carrière, à l’accès à des formations diplômantes, prises en compte dans l’avancement et le calcul de son traitement et de sa retraite (moyen de compenser l’accès tardif au métier et juste retour sur investissement comme c’est le cas dans toute profession).

 

Trois piliers essentiels doivent constituer cette formation tout au long de la vie professionnelle

 

  • Celui concernant les savoirs de référence (dits savoirs « savants » ou académiques)

 

Il s’agit du droit essentiel à une permanente mise à jour de savoirs qui évoluent très rapidement dans tous les domaines ; ainsi que de la réflexion théorique, plus proprement didactique, sur ces savoirs dès qu’ils doivent être enseignés. Universités, grandes Écoles, etc. doivent recevoir aussi comme mission d’offrir aux professeurs des enseignements de qualité, en prise avec les programmes scolaires et de s’ouvrir à des problématiques nouvelles portant sur toutes les grandes questions de sociétés (développement durable ; éducation à la santé ; questions de citoyennetés…) qui sont aujourd’hui inscrites dans les programmes. Si la spécialisation extrême est légitimement l’apanage des travaux universitaires, il n’est pas concevable que des enseignants en soient réduits à de « l’autodidactisme » sur des questions fortes, sociétales… parce que n’intéressant pas les chercheurs spécialistes. Universités et grandes Écoles ont aussi une fonction sociale, et ce d’autant plus, que la disparition des MAFPEN a créé un vide considérable dans la formation continuée des enseignants.

 

 

  • Celui concernant la pédagogie proprement dite

 

Les IUFM (rénovés) doivent être chargés – parallèlement à leur rôle en formation initiale – de proposer des modules de formation continuée sur toutes les questions touchant à la connaissance de l’élève et des problématiques d’apprentissage (approches psychologique, cognitive, théories de l’apprentissage et du développement, sociologie du curriculum, etc.). L’hétérogénéité des publics, la complexification de certains savoirs imposent de considérer ces apports théoriques comme indispensables, à réactualiser en permanence, et totalement imbriqués aux savoirs eux-mêmes. Le suivi personnalisé des élèves suppose que les enseignants soient outillés pour penser des remédiations efficaces : les difficultés des élèves dans l’acquisition de savoirs fondamentaux ne sont pas imputables à ce qui serait une « mauvaise pédagogie » ; mais, à la nécessité de prendre en compte des profils d’élèves très différents, des manières d’apprendre diverses, des obstacles parfois personnels face à tel ou tel apprentissage. Une formation très pointue sur ces questions (en lien avec des Universités de psychologie, de psycho-sociologie) ; une information large de tous les outils, écoles, méthodes existants déjà (avec des forums ou journées d’études faisant partie du service enseignant) est une priorité à mettre en œuvre rapidement.

 

 

  • Celui concernant les savoirs professionnels transversaux à toutes les disciplines

 

Tous les cycles d’enseignement sont concernés ; on pourrait même y inclure les enseignants d’Université qui découvrent les difficultés à enseigner face à de jeunes bacheliers. De telles formations/informations doivent prendre en compte la complexité de besoins professionnels couvrant des champs de plus en plus vastes. Ces derniers peuvent être purement personnels (tel enseignant ayant conscience d’un « manque » dans sa pratique et souhaitant se former) ; émaner d’équipes enseignantes (pour assurer efficacement un projet pédagogique d’établissement) ou émerger ponctuellement dans un contexte spécifique (situation de crise particulière ou terrain difficile).

 

Les thématiques sont de plus en plus variées : communication, travail sur la voix, gestion du stress, gestion des conflits, travailler en équipe, gérer des groupes, accompagner des projets, connaître les nouvelles technologies et leurs usages pédagogiques, faire face aux violences scolaires, aider les élèves dans la construction de leur projet professionnel … la liste est sans limite.

 

Chaque enseignant doit pouvoir trouver dans l’Institution des réponses à ses problèmes professionnels qu’il se pose – ce qui n’est pas incompatible avec des démarches personnelles - et que l’Institution lui pose par sa nécessaire adaptation aux demandes du temps.

 

Christophe Chartreux

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L’évaluation des écoles suscite la méfiance des enseignants

10 Juillet 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

L'évaluation par les pairs - Tactileo

Dans le cadre de la loi de 2019 «Pour une école de la confiance», le dispositif d’évaluation des établissements scolaires démarre doucement. Les enseignants et les inspecteurs, débordés, sont réticents à s’y plier et craignent que ces évaluations entraînent un classement entre les écoles.

«Boucler ça en cinq ans, on n’y arrivera pas, sauf si on fait du grand n’importe quoi. Si c’est pour faire de ce dispositif un pur objet technocratique, ce sera sans nous», lâche Patrick Roumagnac, secrétaire général du SI.EN-Unsa. La position de son syndicat, le premier chez les inspecteurs de l’Education nationale, est claire : il ne prendra pas part aux évaluations d’écoles.

Cette mesure, inscrite dans la loi de 2019 «Pour une école de la confiance», prévoit qu’environ 20% des établissements scolaires français soient évalués chaque année, donc que chacun y passe tous les cinq ans. Charge d’abord aux personnels, aux parents et aux élèves d’auto-évaluer les points forts et les axes d’amélioration de leur école, selon une grille propre à chaque établissement, basée sur les recommandations du Conseil d’évaluation de l’école, créé pour l’occasion. Puis, trois ou quatre évaluateurs extérieurs (directeur d’école d’une autre circonscription, inspecteur, élu local, représentant de parents d’élèves…) viennent confronter cette auto-évaluation à leur propre analyse. Le tout doit permettre de définir le projet d’école, feuille de route de l’établissement. Objectif : «Améliorer l’apprentissage des élèves, leur bien-être à l’école, et améliorer le service public d’enseignement», résume Béatrice Gille, présidente du Conseil d’évaluation de l’école, un organisme rattaché au ministère de l’Education nationale.

Les collèges ont ouvert le bal des évaluations l’an passé et celles-ci poursuivent leur route, les écoles primaires s’y mettront à partir de septembre, après une première expérimentation dans quelques établissements depuis le début de l’année. Dans l’enseignement du premier degré, ça coince. Si les inspecteurs sont plutôt séduits par le principe, ils craignent une logistique intenable pour le mettre en place. «Permettre aux enseignants d’avoir un regard sur leur école, avoir des éléments objectifs et pas uniquement affectifs, c’est positif, défend Patrick Roumagnac. Mais c’est une charge de travail considérable.» Début mai, la Cour des comptes jugeait dans un référé les missions des inspecteurs des premier et second degrés (évaluation et accompagnement des enseignants, contrôle de l’instruction en famille…) trop «morcelées» et appelait à les recentrer. Pas à en ajouter.

L’utilité du dispositif contestée

Les enseignants aussi témoignent de leur réticence, voire de leur hostilité. Fin juin, une intersyndicale a appelé à «l’arrêt définitif de ces évaluations d’écoles» et plusieurs boycotts se sont organisés dès la phase expérimentale, cette année. A La-Queue-en-Brie (Val-de-Marne), les personnels des trois écoles initialement choisies ont argué du travail colossal que leur demandait la fusion imminente de leurs établissements pour y échapper. Ce qui fut entendu. Mais, «en septembre, il y aura la même opposition», prévient Christelle, enseignante dans cette commune et représentante FO. Parce que, fusion ou pas, l’équipe est débordée et aimerait déjà avoir des remplaçants lorsque des professeurs s’absentent avant de songer à se lancer dans une mission supplémentaire. «Ça demande du temps, mais c’est prévu une fois tous les cinq ans et ça débouche sur le projet d’école», relativise néanmoins Béatrice Gille.

«Comme toutes les écoles devront le faire», celle de Florian (1), dans l’académie de Normandie, a accepté de se plier à l’exercice dès cette année. «On a pris cela comme un petit pas de côté pour voir un peu ce qu’on faisait et comment on pouvait s’améliorer», explique ce directeur. Techniques d’apprentissage, bien-être de l’élève, fonctionnement de l’école, partenaires…, l’équipe enseignante s’est livrée à l’analyse de sa propre situation, lors de réunions et d’ateliers, avant de recevoir la visite d’évaluateurs extérieurs «très bienveillants». Mais Florian s’interroge : «A quoi servent ces évaluations ? Les efforts à faire, on les connaissait. On a un problème de numérique, mais on n’a pas la main dessus, c’est la mairie. Je ne comprends pas trop la plus-value de la venue [des évaluateurs extérieurs], car on s’était déjà dit les choses entre nous.»

«Usine à gaz»

Au sein de l’académie de Normandie, Catherine (1) a fait partie des évaluateurs, «pour voir un peu comment ça se passait». Finalement, elle ne voit pas cela «d’un bon œil» «C’est une usine à gaz. On ne peut pas s’absenter des journées complètes plusieurs fois dans l’année. Et je ne vois pas bien la finalité de l’initiative, glisse la directrice d’école. Pour évaluer, on s’est appuyés sur les réponses des enseignants et on est passés dans les classes, mais c’est superficiel, en un quart d’heure, une demi-heure, on peut montrer un peu ce qu’on veut.» Conclusion, «on dirait un audit pour une entreprise».

La critique est récurrente. «Le questionnaire parents, on le voit davantage comme un questionnaire de satisfaction, or, on n’est pas une entreprise qui fait des bénéfices, ni qui rend des services mesurables. Et les conseils d’école jouent déjà ce rôle : les parents peuvent s’exprimer sur les projets pédagogiques qui sont menés», détaille Guislaine David, porte-parole du SNUipp-FSU, syndicat majoritaire dans le premier degré. «C’est important pour n’importe quel service public de prendre en compte l’avis de ceux qui en sont bénéficiaires», rétorque Béatrice Gille.

«L’objectif est de se dédouaner de toutes les responsabilités des problèmes de l’école. Dire “c’est de la faute des équipes” alors qu’on manque de remplaçants, d’accompagnants d’élèves en situation de handicap et de réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté. On n’a pas besoin d’évaluation, on a besoin de temps, de confiance et de plus de personnel», plaide David Futerman, enseignant de CM2 syndiqué à la CNT-FTE Paris.

«La confiance viendra»

La plus grande crainte des enseignants : que ces évaluations aboutissent à la mise en concurrence des écoles. Lors de la présentation de son programme de candidat, mi-mars, Emmanuel Macron avait déclaré vouloir «plus de transparence pour les élèves et les parents», en mettant à leur disposition «les résultats de toutes les évaluations». Le président de la République désirait, à terme, assouplir la carte scolaire, faisant craindre un creusement des inégalités scolaires en encourageant les classes sociales les plus favorisées à faire leur marché parmi les meilleurs écoles.

«C’est une évaluation, mais on ne fait pas de comparaison, pas de classement, c’est fait pour l’école, avec l’école», veut rassurer Béatrice Gille. Dans un document fourni par le Conseil d’évaluation de l’école consacré au cadre d’évaluation des établissements, il est précisé que «l’évaluation externe se distingue de l’audit, de l’inspection, du dialogue de gestion ou de pilotage, du contrôle qui constituent une vérification de la conformité à un cahier des charges. Elle est une aide apportée à chaque école, dans sa singularité. En aucun cas, elle n’aboutit à un classement quel qu’il soit.» Le document mentionne aussi que le rapport d’évaluation final n’a pas vocation à être diffusé au grand public.

La présidente du Conseil d’évaluation de l’école estime que la frilosité actuelle à l’égard du dispositif est due à la méconnaissance de ce dernier, encore naissant. «Je pense qu’au fur et à mesure, la confiance viendra. On est très attentifs à ce que ça ne dérape pas», assure-t-elle. Confiance qu’il ne sera pas simple de gagner tant les cinq années de Jean-Michel Blanquer ont fragilisé les relations des enseignants avec leur ministère de tutelle. Christelle, l’enseignante de La-Queue-en-Brie, demeure méfiante : «Tant que mes obligations de service ne m’obligent pas à le faire, c’est du volontariat.» Ce sera donc sans elle.

Elsa Maudet

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Pourquoi le système de recrutement des enseignants ne fonctionne plus

9 Juillet 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Pourquoi le système de recrutement des enseignants ne fonctionne plus

Le concours, à forte valeur symbolique pour la communauté éducative, attire de moins en moins. Une pénurie de professeurs est annoncée pour la rentrée.

A quoi bon passer un concours difficile quand on peut être embauché en trente minutes par le biais d’« un job dating » ? Nombre de candidats aux concours de l’enseignement se sont posé cette question un brin provocatrice, lorsqu’ils ont vu ces événements fleurir pour recruter des professeurs contractuels ces dernières semaines. Même s’ils ont conscience de la précarité de cette situation, « ils ont ressenti l’essor de ces dispositifs de recrutement comme une gifle », raconte Philippe Watrelot, professeur de sciences économiques et sociales.

Mais le constat est là : les concours de l’enseignement attirent de moins en moins de candidats : 4 000 postes restent à pourvoir à l’issue des sessions 2022, soit environ un poste sur six. Pap Ndiaye l’a reconnu sur France Inter, jeudi 7 juillet : « Nous avons un problème de recrutement des professeurs. C’est un problème ancien mais qui s’est aggravé avec le passage du concours de la fin de la première année de master à la fin de la deuxième année de master et avec cette question des rémunérations qui ne sont objectivement pas à la hauteur de ce que l’on peut attendre. » Le ministre de l’éducation nationale appelle à « un choc d’attractivité »« Les carrières d’enseignants peuvent être repensées, tout cela doit être réfléchi, ça va prendre du temps », a-t-il cependant prévenu.

Ce n’est pas le moindre des paradoxes du désamour pour le métier d’enseignant. Alors que l’Etat fait de plus en plus appel à des contractuels, le ticket d’entrée dans la profession a augmenté pour les candidats aux concours, appelés à devenir fonctionnaires. Pour la première fois, à l’aune d’une énième réforme de la formation, ces derniers ont passé les épreuves à l’issue de leur master. Une manière d’achever la « mastérisation » de la formation des enseignants mise en place en 2010 pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Pour les inscrits en master Métiers de l’enseignement, de l’éducation et la formation (MEEF) – environ la moitié des admis aux concours en 2020 –, la tâche est immense. Ils doivent en un an tout à la fois se préparer au concours, obtenir leur master, rendre un mémoire et effectuer des stages ou une alternance dans les établissements scolaires. Une année jugée « trop lourde » par l’ensemble des acteurs. « On fait tout pour les dégoûter », se désole Philippe Watrelot.

(...)

« La machine s’est grippée »

Au-delà des épreuves elles-mêmes et du niveau requis, ce mode d’affectation à l’issue du concours devient un frein. Dans le second degré, les jeunes enseignants peuvent être envoyés dans une académie très éloignée de leur domicile. Dans le premier degré, où le recrutement se fait par académie, cette mobilité peut aussi poser problème. « C’était acceptable quand ces jeunes enseignants passaient deux ans loin de chez eux puis pouvaient rentrer. Aujourd’hui, le système des mutations est verrouillé. La machine s’est grippée », reconnaît Stéphane Crochet, responsable du SE-UNSA. Dans le premier degré, seules 20 % des mutations entre départements ont abouti en 2022. Ce taux atteignait 45 % en 2013, selon le Snuipp-FSU.

(...)

Postes vacants, contractuels, disparités… les concours enseignants en quelques données

Près de 4 000 postes vacants

Ce sont plus de 3 700 postes qui n’ont pas été pourvus sur les 23 570 ouverts sur l’ensemble des concours de l’enseignement public, en 2022. Le taux de remplissage est de 83 % cette année contre 94 % en 2021. L’enseignement privé sous contrat compte, lui, 280 postes vacants sur 3 760 ouverts, tous concours confondus.

De fortes disparités

La situation est très variable selon les académies et les disciplines. Dans les écoles primaires, les difficultés se concentrent dans les académies de Paris, de Créteil et de Versailles. Au sein des académies elles-mêmes, certains territoires ruraux ont également des difficultés à trouver des candidats au moment des affectations. Dans le second degré aussi, tous les postes sont pourvus en histoire-géographie, en espagnol, en sciences et vie de la Terre ou en éducation physique et sportive, alors que les lettres classiques, les lettres modernes, les mathématiques, la physique-chimie et l’allemand sont déficitaires.

Des causes multiples

Avec la réforme de la formation des enseignants, les étudiants passent désormais le concours en fin de deuxième année de master et non plus en fin de première année. Les candidats cette année sont donc pour beaucoup des recalés de 2021. La reprise économique met aussi en concurrence le métier d’enseignant avec d’autres professions. A ces facteurs conjoncturels s’ajoute la désaffection pour le métier, en raison notamment de salaires peu attractifs.

Un recours accru aux contractuels

Pap Ndiaye aimerait « que l’on n’ait plus à recruter des contractuels », a-t-il déclaré sur France Inter, jeudi 7 juillet. Mais pour qu’il y ait « un professeur devant chaque classe à la rentrée », le ministère n’a pas d’autre choix cette année. Il assure avoir « anticipé la situation ». Ainsi, dans l’académie de Versailles, 400 personnels contractuels ont été renouvelés et 600 déjà recrutés pour les écoles primaires, fait-on savoir au ministère. Aujourd’hui, les contractuels représentent 1 % des effectifs enseignants dans le premier degré et 8 % dans le second degré, avec, là encore, de fortes disparités géographiques.

Des syndicats inquiets

Les syndicats sont moins optimistes que le ministère pour la rentrée. « Il faudrait déjà savoir si le nombre de postes à pourvoir a été bien calibré. Il peut y avoir davantage de départs en retraite, de démissions, sans compter les candidats admis qui ne se présenteront pas », prévient Stéphane Crochet, du SE-UNSA. Pour Catherine Nave-Bekhti, du SGEN-CFDT, « c’est une rentrée sous haute surveillance. Il faudra aussi voir comment la situation évolue au fil de l’automne. »

Sylvie Lecherbonier

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A lire... "Grandir en humanité - Libres propos sur l'école et l'éducation"/sortie le 30 août

8 Juillet 2022 , Rédigé par Gallimard Publié dans #Education

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"Nous avons voulu avec Abdennour Bidar dialoguer par écrit et librement sur les enjeux éducatifs d'aujourd'hui et l'avenir de notre école. Le livre de ces entretiens paraît le 30 août..."

Philippe Meirieu/@PhilippeMeirieu

Face au constat d'une France « fracturée », les auteurs ouvrent un dialogue autour de la notion, très vaste, de faire société. La question centrale de leurs échanges est l'éducation, et ses enjeux contemporains fondamentaux.

Quelle mission confèrent les citoyens à leur école ? Comment celle-ci parvient-elle à donner confiance à l'individualité tout en faisant la part belle au collectif ? Quels sont les bouleversements à l'oeuvre pour l'apprentissage avec l'arrivée du numérique ?

Avec « humanité » pour mot d'ordre, les deux auteurs appellent à une réflexion autour de ce qui constitue le socle du vivre-ensemble :

L'éducation. Ils tentent ainsi de proposer des pistes concrètes afin de se battre pour un avenir commun.

Gallimard Ed.

https://www.librairie-gallimard.com/livre/9782080294777-faire-societe-quelle-ecole-pour-grandir-en-humanite-philippe-meirieu-abdennour-bidar/

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« Les conservateurs d’aujourd’hui pensent que le collège unique était une erreur »

8 Juillet 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

« Les conservateurs d’aujourd’hui pensent que le collège unique était une erreur »

EXTRAITS

Jean-Paul Delahaye s’inquiète des attaques contre le collège unique portées par certains candidats de droite à l’élection présidentielle. Pour l’ancien directeur général de l’enseignement scolaire, ce collège pour tous permet de « donner à tous les futurs citoyens une culture commune ».

Tribune. Dans un pays qui promeut le « vivre-ensemble » mais qui a bien du mal à lui donner une réalité vécue par tous, le « scolariser-ensemble » pendant le temps de la scolarité obligatoire est un point de passage obligé pour donner à tous les futurs citoyens une culture commune.

Veut-on faire du collège unique un moment de la scolarité qui prolonge l’école primaire et qui prépare à des formations ultérieures d’égale dignité (formations générales, technologiques ou professionnelles), car basées sur un fonds commun d’instruction donné à tous dans des classes hétérogènes ? Ou veut-on utiliser le collège unique comme un petit lycée qui sélectionne précocement une partie de la jeunesse et rejette ceux à qui l’on va demander de traverser la rue pour aller voir ailleurs ? Il suffit alors de quelques « exceptions consolantes », enfants du peuple exfiltrés car jugés « méritants » et scolarisés dans des parcours dits « d’excellence », pour espérer cacher l’injustice à l’œuvre dans notre système éducatif.

Certains propos tenus dans cette campagne électorale indiquent qu’une partie de la classe politique de droite prépare la mise à mal d’une démocratisation du second degré pourtant largement inachevée. En 2022, on assiste avec consternation au retour de la pensée des conservateurs du XIXsiècle qui voulaient, déjà, protéger le second degré de la présence des enfants du peuple au moyen d’une « digue ». Le nouveau monde a un air de déjà-vu. Car ce sont bien les enfants du peuple qui sont visés avec le retour d’un examen d’entrée en 6e ou avec une orientation précoce en fin de 5e. Les conservateurs d’aujourd’hui pensent que le collège unique était une erreur. Au lieu de déployer les moyens – postes d’enseignants, certes, mais aussi réflexion sur les savoirs enseignés et formation des personnels – qui permettaient de faire vivre un collège pour tous, ils préfèrent rassurer les classes moyennes et favorisées et mettre fin à un prétendu nivellement « par le bas », le « bas » c’est-à-dire le peuple, ceux qui « ne sont rien ». Quel mépris !

(...)

Il est à souhaiter que la partie de la population française qui a organisé l’école pour ses propres enfants comprenne qu’il est dans son intérêt de ne pas persister dans son projet séparatiste. Dans le cas contraire, nous allons au-devant de grandes difficultés.

Derniers livres parus de Jean-Paul Delahaye : Exception consolante (Librairie du Labyrinthe, 2021) et L’école n’est pas faite pour les pauvres (Le Bord de l’eau, 140 p., 14 €).

Jean-Paul Delahaye, ancien directeur général de l'enseignement scolaire

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Tentatives de suicide chez les ados: la «pandémie silencieuse»

7 Juillet 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

 Tentatives de suicide chez les ados: la «pandémie silencieuse»

Les pédopsychiatres sont confrontés depuis des mois à une forte hausse des gestes suicidaires chez les mineurs. Une explosion longtemps mise sur le compte du Covid mais qui perdure dans un contexte globalement anxiogène.

«Nous n’avions jamais été autant sous tension.» Pédopsychiatre au service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent des hôpitaux universitaires de Strasbourg, Julie Rolling se désole. Depuis bientôt deux ans, partout en France, elle et ses collègues pédopsychiatres sont sous l’eau, confrontés à une vague qui n’en finit pas d’hospitalisations d’enfants et d’adolescents anxieux, dont les idées noires les poussent parfois à tenter de mettre fin à leurs jours. «Prioriser en fonction des situations les plus urgentes et sévères, savoir quel ado on va choisir d’hospitaliser et quel ado on va devoir faire attendre, réévaluer la liste d’attente… C’est devenu un exercice quotidien, confirme Julie Rolling. Cette situation est clairement inédite.»

A plusieurs reprises ces derniers mois, Libération a mis au jour l’ampleur du mal-être des plus jeunes, documentant une hausse sans précédent des admissions d’adolescents aux urgences pour des troubles de l’humeur ou gestes suicidaires. La plupart des pédopsychiatres attribuaient cette explosion au climat anxiogène de la pandémie : de plus en plus d’enfants mal dans leur peau débarquaient dans leurs services à mesure que les contaminations au Covid-19 grimpaient et que les menaces de restrictions sanitaires planaient. Une hausse en grande majorité portée par des jeunes filles.

Selon Santé publique France, le nombre de passages aux urgences pour des gestes suicidaires a augmenté de 35 % chez les 11-17 ans sur l’année 2021 par rapport à 2018 et 2019, avec une hausse plus marquée encore chez les 11-14 ans (+52 %). Quant aux hospitalisations pour des troubles de l’humeur, l’augmentation atteignait même 60 % sur la même période chez les 11-17 ans, dont 79 % chez les 11-14 ans.

Un «plateau très haut» qui perdure

Avec la levée progressive des restrictions sanitaires depuis février et la relégation de la pandémie au second plan de l’actualité, on pouvait espérer que la situation s’améliore mais il n’en a rien été. «On est arrivés à une sorte de plateau très haut, qui ne semble pas vouloir redescendre», témoigne Julie Rolling à Strasbourg. «Il y a toujours un flux énorme de jeunes patients, on est encore une fois dépassés, souligne Richard Delorme, chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital parisien Robert-Debré. A la mi-juin, j’ai envoyé un courrier à l’Agence régionale de santé pour leur dire qu’on était une nouvelle fois au bord du craquage.»

Au centre hospitalier Guillaume-Régnier de Rennes, on sort les chiffres : avant l’arrivée du Covid, le pôle de pédopsychiatrie accueillait en moyenne 25 enfants par mois pour des idées suicidaires ou tentatives de suicide. Au cours des trois derniers mois, le service a continué sur ce rythme (au moins 50 patients) avec une très forte proportion de filles (environ 80 %) et un rajeunissement global, beaucoup ayant entre 10 ans et 12 ans. Alors que la pandémie, sur cette période, semblait loin.

Pour la cheffe du pôle pédopsychiatrie, Sylvie Tordjman, au stress chronique de la crise sanitaire qui «est toujours là» sont venus s’ajouter d’autres événements anxiogènes. A commencer par la guerre en Ukraine : «En février, on avait eu une légère accalmie. Mais juste après le début de la guerre, les admissions sont reparties à la hausse. Des guerres, on en a déjà vu dans le monde, sans que nos services flambent. Mais alors que les systèmes de régulation de stress de beaucoup de jeunes sont déjà en grande difficulté, que les ados sont déjà vulnérables avec le Covid, le moindre événement peut être celui de trop.»

A Strasbourg, Julie Rolling évoque aussi un «effet cumulatif» entre la crise sanitaire, ce conflit aux portes de l’Europe, la menace d’une crise économique ou encore le réchauffement climatique. Autant de facteurs qui font que «beaucoup d’adolescents montrent des difficultés à se projeter vers l’avenir, avec une perte de confiance globale envers les adultes à qui ils reprochent ce qu’il arrive à la planète». La pédopsychiatre note par ailleurs que «les troubles psychiques ont toujours une temporalité secondaire», apparaissant après l’événement traumatisant. «On dit en général que, pour un temps de stress, il faut au moins deux fois plus de temps pour que la situation s’améliore, confirme Richard Delorme. Si on compte deux ans de Covid, ça ne va pas s’améliorer tout de suite.» D’autant que, depuis quelques jours, les contaminations repartent à la hausse dans l’Hexagone.

La dégradation de la santé mentale des adolescents sur le long terme vient mettre à genoux tout le secteur de la pédopsychiatrie, déjà en très mauvais état avant la pandémie. Et alors que les centres médico-psychologiques saturent – les délais d’attente pour une consultation peuvent atteindre dix-huit mois – et que l’hôpital souffre d’une pénurie de personnel, la situation ne va pas en s’améliorant. «On est dans un état d’engorgement jamais atteint, déplore Julie Rolling. On a tout optimisé chez nous, on ne peut pas le faire davantage. Sans moyens supplémentaires sur la table, ça continuera d’être préjudiciable pour les adolescents.

«Pandémie silencieuse»

«Dans mon service, 27 % de nos lits sont fermés depuis l’été, notamment à cause d’un manque d’infirmiers, alors que parallèlement on a beaucoup plus de besoins. Ça fait vingt ans que j’y travaille, je n’avais jamais vu ça», explique Angèle Consoli, spécialiste de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière et membre du Conseil scientifique. Elle aussi demande plus de moyens pour ne pas «continuer d’hospitaliser des adolescents en pédiatrie, dans des services de psychiatrie pour adulte, ou de les renvoyer chez eux». Début juin, Claire Hédon, la Défenseure des droits, appelait une fois de plus le gouvernement à mettre en place un plan d’urgence pour la santé mentale des jeunes face à «la gravité de la situation», estimant que des moyens déployés sont «largement insuffisants». Contacté à plusieurs reprises à ce sujet, le ministère de la Santé n’a pas répondu à nos sollicitations.

Outre une augmentation du personnel et du nombre de lits, les pédopsychiatres interrogés plaident pour une prévention renforcée, en impliquant au maximum les parents. «On ne peut pas simplement remettre des jetons dans la machine urgences face à cette pandémie silencieuse», dit Richard Delorme, insistant pour une meilleure détection et un meilleur suivi permettant d’éviter que les situations s’aggravent. Les professionnels conseillent notamment aux parents d’aller consulter s’ils constatent un changement de comportement chez leur enfant, une plus grande irritabilité, des troubles du sommeil, une tristesse et un repli sur soi ou encore la consommation de drogues ou d’alcool. Car, selon la métaphore de Richard Delorme : «Il vaut mieux s’inquiéter tôt pour une petite écharde dans le doigt que d’attendre trois mois que ça devienne une infection pour amputer la main.»

Julien Lecot

Lignes d’écoute anonymes et gratuites : 3018 contre le cyberharcèlement, 3114 pour la prévention des suicides. Fil santé jeunes : 0 800 235 236 ou par chat sur le site (tous les jours de 9 heures à 23 heures). En cas d’urgence, contacter le 15.

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Des substances chimiques « dangereuses » dans les fournitures scolaires, alertent les autorités sanitaires

7 Juillet 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

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EXTRAITS

L’Agence nationale de sécurité sanitaire alerte sur la présence de nombreuses familles de substances chimiques « préoccupantes » dans la composition des stylos, feutres, effaceurs et surligneurs utilisés à l’école comme à la maison.

A peine la fin de l’année scolaire « sifflée », les grandes surfaces ont déjà installé les fournitures en tête de gondole. Avant de se précipiter dans les rayons, la liste de rentrée en main, élèves et parents devraient se munir de l’avis publié jeudi 7 juillet par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).

Stylos, feutres, effaceurs, surligneurs, crayons, colles, gommes, cahiers, classeurs… L’organisme alerte sur la présence de nombreuses familles de substances chimiques « dangereuses » dans les fournitures utilisées à l’école comme à la maison. Inhalées, ingérées ou en contact avec la peau, elles peuvent avoir des « effets sur la santé », met en garde l’Anses. Parce qu’ils ont tendance à mettre les objets à la bouche et à les « mâchouiller », les enfants sont les premiers exposés, d’autant que ces articles sont utilisés au quotidien.

La liste des substances chimiques « préoccupantes » identifiées par l’autorité sanitaire est longue. On y retrouve des produits classés cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction (CMR) ou suspectés d’être des perturbateurs endocriniens. Parmi les familles les plus souvent identifiées, des noms déjà connus du grand public : les phtalates contenus dans les plastiques, le bisphénol A (interdit dans les biberons et les emballages alimentaires), le benzène, les composés organiques volatils dont le formaldéhyde, le chloroforme et le toluène ou encore les métaux lourds comme le chrome hexavalent, le cadmium ou le plomb.

Sur cette liste noire figurent également les ultratoxiques et ultrapersistants composés perfluorés : ces polluants dits éternels sont abondamment utilisés par l’industrie notamment pour leurs propriétés ignifuges, imperméabilisantes ou antiadhésives. Autres familles chimiques présentes dans les fournitures scolaires, les hydrocarbures aromatiques polycycliques, les conservateurs, les colorants ou encore les substances parfumantes.

Pour établir cette liste non exhaustive, l’Anses a passé en revue la littérature scientifique, les tests réalisés par les associations de consommateurs ou encore les alertes répertoriées dans le système européen Safety Gate sur les produits dangereux non alimentaires. Depuis la mise en place de ce système d’alerte rapide, en 2004, une centaine de notifications ont concerné de la colle (principalement pour du chloroforme, du toluène et du benzène) ; plus de soixante-dix ont porté sur des stylos (phtalates), feutres, crayons de couleur (substances parfumantes) et peinture (métaux lourds) ou encore une cinquantaine sur des produits de papeterie variés (gomme, marqueur, blocs-notes…).

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Stéphane Mandard

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Ecole «42»: derrière le cool, le moule du libéralisme

6 Juillet 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

https://www.challenges.fr/assets/img/2015/04/20/cover-r4x3w1000-587cce255436b-les-etudiants-de-l-ecole-informatique-42.jpg

Dans une enquête de terrain détaillée, les sociologues Camille Dupuy et François Sarfati racontent de l’intérieur l’école gratuite fondée par Xavier Niel et expliquent la vision politique portée par cette institution.

C’est le livre qu’on avait déjà envie de lire lorsqu’on a appris, début 2013, l’ouverture de la première école «42» à Paris. On avait déjà envie de comprendre ce qui se tramait au-delà de cette annonce surprenante de la part de Xavier Niel, patron milliardaire de Free et évangéliste du start-upisme, envie de comprendre ce qui pouvait motiver la création d’une grande école privée et gratuite prévoyant d’accueillir des centaines d’étudiantes et d’étudiants sans exiger le moindre diplôme à l’entrée. Le discours était séduisant et, même si on pouvait déjà percevoir une certaine violence dans le processus de sélection avec l’épreuve dite de «la piscine», l’engouement qui a suivi l’annonce, avec plusieurs centaines de milliers de candidatures, ne pouvait laisser indifférent. Ecole 42 se présentait et se présente encore aujourd’hui comme l’incarnation de la sacro-sainte disruption. Dans les premières pages de Gouverner par l’emploi. Une histoire de l’école 42, les sociologues Camille Dupuy et François Sarfati écrivent : «Pour mieux asseoir ce qui est présenté comme une rupture avec l’Etat et l’école traditionnelle, avec ses méthodes, avec ses règles, la rhétorique de l’innovation est partout présente à 42, au point où l’école ne proposerait rien de moins qu’une “révolution” pédagogique.»

Si cette enquête sociologique est critique sur l’institution, elle n’est pour autant jamais conduite à charge. Au contraire, même. En immersion dans ces lieux (ils ont eu leur badge d’accès aux locaux de l’école parisienne et ils ont pu visiter d’autres établissements de ce qui est aujourd’hui un réseau international), les deux sociologues ne peuvent que constater l’efficacité de la structure dans la réalisation de son objectif affiché : former des codeuses et des codeurs capables de répondre aux besoins de développement informatique des entreprises, et ce, sans condition préalable de ressources ou de diplômes. Une vision qu’on pourrait qualifier d’«inclusive» symbolisée par un mantra, «Gratuit, c’est encore trop cher» (pour rappeler que les frais d’inscription ne sont pas les seuls coûts potentiellement bloquants liés à une formation longue). «Beaucoup d’étudiantes et d’étudiants nous expliquent leur chance d’avoir fait 42», rapportent les chercheurs.

Des études tournées vers les besoins des entreprises

Ce qui est remis en cause par les observations, c’est surtout l’angélisme du discours qui a accompagné le lancement de 42 et qui accompagne toujours le réseau d’écoles, un discours de modernité absolue où la pertinence du modèle éducatif serait validée de façon incontestable par le taux d’emploi (très bon) des ex-étudiants. Les travaux des deux sociologues montrent qu’il s’agit, au contraire, d’une initiative qui se situe d’une part dans la continuité d’une vision très installée des études supérieures tournée avant tout vers les besoins des entreprises, et d’autre part dans la droite lignée d’une défiance historique des grands acteurs économique envers ce qu’ils considèrent comme étant un système éducatif dépassé par essence. Les auteurs rappellent ainsi les travaux de la chercheuse Olivia Chambard qui a montré que les premières critiques de l’inadéquation entre école et vie réelle apparaissent dès le XVIIIe siècle en France et évoquent la création, en 1919, de l’école d’entreprise Renault à Boulogne-Billancourt.

Au fil des pages, Camille Dupuy et François Sarfati nous embarquent au cœur du système éducatif de 42 basé sur deux piliers. D’un côté, l’épreuve de sélection, la piscine donc, où tous les candidats vont passer plusieurs semaines dans les locaux pour effectuer en autonomie une série d’exercices et, de l’autre, le système éducatif de pair à pair où les étudiants apprennent sans prof en travaillant ensemble et en se corrigeant les uns les autres. «L’entrée dans l’école repose sur la capacité des jeunes à s’engager corps et âme dans une formation intense, analysent les sociologues. Cet engagement bénéficie d’un cadre et d’une contre-culture geek que les étudiants sont venus chercher.» Concernant la piscine, ils parlent d’une «épreuve initiatique» permettant avant tout de s’assurer du degré de soumission des candidats aux règles du lieu. Il faut «sélectionner ceux qui tiendront».

On y apprend à «consentir à la discipline»

Et cette logique vaut aussi pour les années qui vont suivre. Les étudiantes et les étudiants vont aussi apprendre, au-delà du code informatique, à correspondre parfaitement aux canons du bon petit soldat de l’économie numérique, où «les bons élèves sont ceux qui ont acquis une capacité à se conformer aux attentes temporelles de l’institution scolaire». Car c’est aussi un lieu où tout se mélange : «42 constitue un espace d’apprentissage des horaires à rallonge et des brouillages des frontières entre ce qui constitue du travail et du loisir.» On y apprend à «consentir à la discipline» avec notamment un système de surveillance panoptique depuis le «bocal», salle réservée à l’équipe encadrante constituée principalement d’anciens élèves de l’institution. «Former des travailleurs “cool” et directement aptes aux missions qui leur sont confiées, prêts à s’engager sans limite pour un projet, des travailleurs capables de mettre à jour leurs connaissances pour rebondir de projet en projet, telle est bien la vision de l’ordre social défendue à 42, racontent Camille Dupuy et François Sarfati. Cet apprentissage se fait alors par la menace de la sanction.» Des sanctions le plus souvent sous la forme de travaux d’intérêt général, comme l’obligation de nettoyer les écrans des centaines d’ordinateurs utilisés par les étudiants.

Les sociologues invitent donc à dépasser l’image idéalisée d’une initiative philanthropique destinée à donner une seconde chance à des personnes que le système scolaire aurait abandonnées sur le bord de la route. C’est aussi, selon eux, «une opération politique qui décrédibilise la puissance publique». Par ailleurs, écrivent-ils, «42 propose un discours sur l’économique et le social fidèle à la conception néolibérale de la formation au service du marché.» Faire de l’emploi l’alpha et l’oméga, c’est aussi choisir de laisser de côté des pans entiers (culturels ou sociétaux notamment) de ce que devrait être une formation supérieure dédiée au numérique. «L’école 42 s’inscrit dans un mouvement général de mise à l’emploi qui s’intéresse aux dimensions quantitatives (taux d’emploi) et en oublie les dimensions qualitatives (émancipation, épanouissement santé, bonheur, etc.).» 42 est donc avant tout une réponse aux besoins des entreprises. Pour la vie, l’univers et le reste, on repassera.

Erwan Carlo

Gouverner par l’emploi. Une histoire de l’école 42, par Camille Dupuy et François Sarfati, PUF, 238 pp., 22€ (e-book : 17,99€).

Gouverner par l'emploi - Camille Dupuy - Hors collection - Format Physique  et Numérique | PUF

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Le retour du "c'était mieux avant" à propos du BAC

6 Juillet 2022 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education, #Baccalaureat

Le retour du "c'était mieux avant" à propos du BAC

C’est un marronnier décliniste ‘à quoi bon 80% d’une classe d’âge au BAC, si c’est pour brader l’examen national’. C’est le même refrain chaque année début juillet. Ce matin, la question sondage du Figaro c’est Le niveau du BAC est-il trop faible ? Je parie sur la réponse demain ! Entendez, c’était mieux avant la victoire du pédagogisme post 68 et la culture du tout-écran. S’il est vrai, comme l’a montré le sociologue Gérald Bronner, qu’Internet, les algorithmes, ont tendance à s’adresser plus à notre cerveau archaïque, il est aussi vrai, comme le montre de nombreux tests de connaissances, qu’un adolescent d’aujourd’hui acquiert beaucoup plus d’informations qu’un adolescent du siècle dernier. Et qu’il sait aussi les traiter, les analyser. Internet n’a pas tuer la connaissance ni la capacité à raisonner, seul l’abus des écrans est néfaste. Le déclinisme qui accuse la modernité d’acculturer nos enfants rappelle le mythe de Theuth (Platon). Le Dieu Theuth invente l’écriture et propose sa trouvaille au roi d’Egypte qui la refuse parce que bien sûr, cette nouvelle technique va tuer la culture orale et atrophier le cerveau, puisque la mémoire ne sera plus nécessaire !

Mais le niveau baisse-t-il vraiment?

Si l’on prend l’orthographe, la syntaxe en français (pour les sciences c’est plus sujet à caution), si l’on prend la connaissance des grands classiques de la littérature, il y a une baisse certaine du niveau telle qu’on le mesure avec nos critères académiques. appelons ça la culture verticale. et c’est préoccupant puisqu’il s’agit de notre culture commune, qui faisait que nos grands-parents, partout en France, savaient 3 ou 4 fables de la fontaine… et les grandes dates de l’histoire, du baptême de Clovis à jusqu’à Valmy. mais ils ne savaient pas grand-chose du vaste monde, des idées et des cultures des autres. nos enfants ont une large culture horizontale, internet leur a développé des capacités, des agilités intellectuelles très puissantes, même si –en cas d’abus d’écran- leur capacité de concentration sur des formes plus classiques d’acquisition des connaissances se détériore. l’idéal serait d’arriver à restaurer de la culture verticale sans perdre la culture horizontale, c’est l’éternel dilemme entre le nombre d’heures de français et calcul (les savoirs fondamentaux) et les nécessaires apprentissages de notre temps. ce débat très politique mérite mieux que les anathèmes pavloviens sur le bradage du bac qui, de toute façon, n’est plus le bon instrument de mesure des savoirs. les réactions aux résultats du bac dépendent de ce que l’on veut faire dire au réel… ce n’est pas parce qu’on rehausse les notes, que le niveau baisse. et d’ailleurs qu’est-ce que le niveau global? une somme de connaissances classiques ou la capacité à s’adapter à un monde devenu complexe ? le plus préoccupant, c’est que la maitrise des savoirs verticaux dépend à nouveau du capital culturel de chacun. donc les inégalités se creusent. mais que chaque année une controverse existe souligne un aspect positif : l’éducation reste un enjeu central des préoccupations françaises. et ce n’est pas le cas dans tous les pays.

 
Thomas Legrand
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