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Vivement l'Ecole!

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Un an après l’attentat, les anciens collègues de Samuel Paty se confient

12 Octobre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Un an après l’attentat, les anciens collègues de Samuel Paty se confient

EXTRAITS

Dans un entretien exclusif à «Libération» et France Inter, sept professeurs du collège du Bois d’Aulne de Conflans-Sainte-Honorine reviennent sur leurs traumatismes, leur rapport chamboulé aux élèves et la façon dont l’institution a - ou non - pris soin d’eux.

Depuis un an, ils gardent le silence. Vivent leur douleur à l’abri des micros et des caméras, des carnets et des stylos. Se sont créé un cocon, entrelacs de souffrance et d’amour, qui leur permet de tenir. Mais, depuis un an, ils suivent tout. Sont restés des heures durant scotchés devant les chaînes d’information en continu en octobre 2020, tapent régulièrement le nom de leur collègue dans la barre de recherche de Twitter, épluchent les articles de presse. Alors, aujourd’hui, sept professeurs du collège du Bois-d’Aulne de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), sept anciens collègues de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie décapité par un terroriste islamiste à proximité de son établissement scolaire le 16 octobre 2020, ont décidé de s’exprimer.

«J’en avais assez que les médias et les gens parlent à notre place. Je voulais rétablir une forme de vérité», résume Coralie. Ils ont souhaité s’exprimer, certes, mais redoutaient de voir tous les médias de France et de Navarre rappliquer. Alors leur parole est restreinte – réservée à Libération et à France Inter –, leur anonymat strictement préservé : leurs prénoms ont été changés, la matière qu’ils enseignent n’est pas renseignée. Nous avons proposé à tous les enseignants qui le souhaitaient de se joindre à cette rencontre, mais sur les cinquante que compte le collège, c’est cette poignée qui a souhaité vider son sac. Les autres soutiennent leur démarche, assurent nos interlocuteurs.

«Les élèves nous ont aidés à nous reconstruire»

«Il a été dit qu’on avait peur de faire l’hommage. Mais on a hâte de le faire ! Quand on entend ce genre de choses, on a envie de parler», souffle Hélène. Samedi, pour le premier anniversaire de l’attentat, une commémoration sera organisée au collège en présence notamment de l’équipe éducative, de la famille et d’officiels. Une étape importante, mais ce n’est pas de cet hommage que parlent les profs. Celui qu’ils attendent avec impatience, c’est le leur. Celui qu’ils préparent d’arrache-pied depuis des semaines et qui aura lieu la veille, dans l’établissement, à l’abri des regards extérieurs. Un moment de communion au cours duquel des enseignants et des élèves liront des textes écrits de leur main et dont les premiers se saisiront pour dire toute la gratitude qu’ils ont envers les seconds. «Les élèves nous ont aidés à nous reconstruire», assure Suzanne. «Ils m’ont aidée à revenir à une espèce de normalité, à un quotidien ordinaire», abonde Coralie. L’équipe n’a jamais eu l’occasion de leur dire et a hâte d’enfin pouvoir le faire.

Il y a un an, l’univers de ces professeurs volait en éclats. La France était choquée, eux traumatisés. «Ce qui était compliqué pour nous tous, c’est qu’on a été complètement dépossédés de notre collège et de Samuel. C’était notre collègue et c’est devenu un symbole», explique Hélène. Tout à coup, tout le monde connaissait «Samuel Paty» et y allait de son histoire ou de son interprétation des faits. Le sujet, il faut dire, est hautement inflammable : l’enseignant a montré des caricatures de Mahomet à ses élèves dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression et a proposé à ceux qui ne souhaitaient pas les voir de fermer les yeux ou de sortir quelques secondes. Les faits ont rapidement été déformés, supplantés par les rumeurs («un prof a exclu les musulmans du cours») et les menaces (des vidéos désignant nommément Samuel Paty ont circulé sur les réseaux sociaux). Une adolescente, absente du cours, a prétendu y avoir assisté et a brodé les premiers mensonges qui ont finalement mené à l’impensable.

«Il y a eu l’attentat et une onde de choc après, avec tout ce qu’on apprenait dans la presse. On avait l’impression de ne pas en sortir, le traumatisme continuait», se souvient Suzanne. Le plus dur, de l’avis général : découvrir petit à petit, et jamais par des canaux institutionnels, que d’autres élèves étaient impliqués. Cinq adolescents ont été mis en examen pour avoir accepté d’aider le terroriste à identifier Samuel Paty, en échange d’une somme d’argent – entre 300 et 350 euros. En compagnie ou à proximité du futur tueur, ils ont longuement patienté à la sortie du collège que le professeur d’histoire-géographie sorte, et ont désigné la victime à son bourreau.

«C’était le seul endroit où on se sentait bien»

«J’étais professeure principale d’une classe où deux élèves ont été mis en examen. Ils ont disparu du jour au lendemain, j’ai appris dans la presse pourquoi», se souvient Suzanne. Mathias, lui, découvrait en faisant l’appel, et de la bouche de leurs camarades, qu’untel ou untel était entendu par la police. «Qu’un élève soit mis en examen, ça m’a achevée. C’était un élève que j’aimais beaucoup», confie quant à elle Coralie. Dès lors, la méfiance s’est installée chez certains enseignants. «Je les regardais autrement, je me demandais “est-ce que lui n’a pas été impliqué dans l’attentat ?”» reconnaît Suzanne. La confiance mettra du temps à revenir, mais finalement, elle assure avoir créé avec les élèves «un lien plus fort qu’avant».

(...)

«Maintenant, je pèse vraiment chaque mot»

Enfin, les enseignants qui sont allés consulter des psychologues ont dû remuer ciel et terre pour pouvoir être remboursés de leurs séances, alors que cela relevait de l’«imputabilité au service» et donc que l’Education nationale devait en assurer la prise en charge. Résultat, Coralie, comme d’autres, a dû interrompre son suivi car cela lui coûtait trop cher. Après avoir saisi les syndicats, la situation s’est finalement débloquée et les sommes ont été versées. Près d’un an après l’assassinat. «Devoir se battre pour des remboursements de séances de psy, c’est inacceptable», juge-t-elle.

Les uns et les autres sont convaincus que, ce 16 octobre 2020, «c’est arrivé à Samuel, mais ça aurait pu arriver à n’importe qui d’entre nous». Aujourd’hui, une partie assure faire cours comme avant, d’autres reconnaissent y réfléchir à deux fois avant de s’exprimer. La plupart enseignent pourtant des matières moins sensibles que l’enseignement moral et civique (EMC). «Ce qui me fait peur, c’est de dire des choses, que les élèves les interprètent mal et que ce soit relayé comme ça l’a été avec Samuel. Maintenant, je pèse vraiment chaque mot devant eux», admet Hélène. Lors de leur visite au Bois-d’Aulne l’an passé, le Premier ministre, Jean Castex, et le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, ont enjoint les professeurs à ne pas s’autocensurer, faute de quoi les terroristes auraient gagné. Un conseil qui passe mal. «C’est tellement facile quand on n’est pas sur le terrain», glisse Hélène.

Depuis plusieurs semaines se murmure que l’établissement pourrait être rebaptisé «collège Samuel-Paty». Impensable, pour ses anciens collègues. «Le changement de nom serait insupportable à gérer. Je suis contente qu’il y ait une école Samuel-Paty à Cap d’Ail [dans les Alpes-Maritimes, une école maternelle a été renommée ainsi cet été, ndlr] mais, pour nous, c’est violent. C’est trop tôt», affirme Hélène. «Il faut nous laisser le temps de nous reconstruire. Pour nous, c’est encore un traumatisme, insiste Suzanne. Ce serait nous renvoyer à quelque chose de mortifère. Les élèves et nous, on doit se tourner vers la vie. On n’oubliera jamais Samuel, mais on ne peut pas toujours être renvoyés à l’attentat, sinon on ne peut pas se reconstruire.» Les uns et les autres jugent qu’attendre quelques années serait le minimum, le temps au moins que les élèves qui étaient en sixième l’an passé aient quitté l’établissement. Et suggèrent autre chose. A quelques centaines de mètres du collège se trouve la «place de la Liberté» : pourquoi ne pas la renommer «Place de la Liberté - Samuel-Paty» ?

Elsa Maudet

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Philippe Meirieu : Un dictionnaire inattendu de pédagogie

12 Octobre 2021 , Rédigé par Le Cafe Pedagogique Publié dans #Education

EXTRAIT

A tous ceux qui attendent un traité de pédagogie, Philippe Meirieu impose le détour. Ce "Dictionnaire inattendu de pédagogie" (ESF Sciences Humaines) parle télécommande, cinématographe, anachorète, frontière, missel et placebo. Mais ne vous y trompez pas : ce sont autant d'entrées (une cinquantaine) vers la pédagogie. Pas de traité. Encore moins de manuel. Philippe Meirieu s'amuse et nous invite à penser l'Ecole de façon originale et libre. Une balade pédagogique et engagée pour tous ceux qui s'intéressent à l'Ecole.

Dans ce « Dictionnaire inattendu », l'inattendu c'est que je n'ai trouvé que quatre mots (parmi les cinquante qui font l’objet d’une notice) qui renvoient directement à l'enseignement : « explicite, préalable, fondamentaux et traces écrites ». D'ailleurs vous dites qu’il n'y a peut-être pas de dictionnaire de pédagogie possible. Alors c'est quoi cet ouvrage ?

Je regrette presque d’avoir laissé échapper quatre mots qui peuvent paraître renvoyer directement à l’enseignement ! Car mon projet était, en effet, d’aborder les questions éducatives de manière décalée, à travers des entrées qui, a priori, n’ont aucun rapport avec l’éducation, comme « anachorète », « frontière », « curseur », « placebo », « village », « trajet » ou encore « télécommande ». Je voulais écrire une sorte de « manifeste pédagogique » pour une éducation qui laisse la place à l’inattendu, contre toutes les tentations de réduire l’éducation à la programmation et la pédagogie à un ensemble de processus standardisés. Je voulais montrer que « l’éducation est de tous les instants », qu’elle est présente dans tous nos comportements d’adultes, se manifeste à travers « le moindre geste »… et qu’il nous faut toujours, pour comprendre « ce que nous fabriquons » dans nos classes, nous situer du point de vue de l’enfant et de l’adolescent, de ce qu’ils vivent, des événements qui déterminent leurs apprentissages et leur développement…

Et puis, je voulais tenter aussi de sortir des discours convenus pour regarder les réalités éducatives de manière originale, aborder des questions qu’on traite rarement dans nos discours de « spécialistes » et nous permettre ainsi de réinterroger ainsi nos pratiques…

Cela dit, il y a quand même, à la fin du livre, un index thématique où je reprends les termes classiques des dictionnaires de l’éducation et où je renvoie aux articles dans lesquels je les aborde directement ou indirectement.

Il y a deux mots que vous associez très directement à la pédagogie c'est « abyme » et « deuil ». Pourquoi ? Voulez-vous dire qu'on assiste au crépuscule de la pédagogie ?

Non pas du tout ! J’espère montrer, au contraire, que nous avons, plus que jamais, besoin de pédagogie. Mais j’ai essayé de regarder ce que vivaient les enseignants et, plus généralement, les éducateurs en-deçà ou au-delà des référentiels et des didactiques, des déclarations d’intention et des routines institutionnelles… C’est pourquoi je consacre aussi un article à « découragement » et un autre à ce qu’est « parler » dans notre métier. Certes, il existe de beaux textes littéraires et des films qui décrivent le quotidien des enseignants, mais je crois que, si l’on veut comprendre ce qui se passe aujourd’hui en matière de recrutement des enseignants ou de fuite vers d’autres métiers, il faut tenter de comprendre toute la part de négativité de ce métier. Non pour s’en plaindre mais, au contraire, parce qu’elle permet de nourrir des engagements plus lucides.

(...)

Propos recueillis par François Jarraud

Philippe Meirieu, Dictionnaire inattendu de pédagogie, ESF Sciences Humaines, ISBN 2710144352, 26€. En librairie le 14 octobre.

Philippe Meirieu va enrichir ce Dictionnaire inattendu de pédagogie en mettant régulièrement à disposition de nouveaux articles en téléchargement sur le site d’ESF Sciences Humaines.

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Seine-et-Marne : l'enseignante agressée par son élève porte plainte

12 Octobre 2021 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

https://images.bfmtv.com/LQodUgv2x0Bt8pgEydpS-bZrBho=/0x0:1280x720/1280x0/images/Une-enseignante-agressee-en-plein-cours-a-Combs-la-Ville-en-Seine-et-Marne-1144456.jpg

Suite à son agression survenue vendredi 8 octobre et largement diffusée sur les réseaux sociaux, une enseignante a porté plainte contre l'élève. L'adolescent majeur a été placé en garde à vue.

La scène d'une extrême violence a laissé les enseignants du lycée de Combs-La-Ville (Seine-et-Marne) sous le choc. Sur la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, une enseignante est violemment bousculée et projetée au sol en plein cours, par son élève. Plusieurs plaintes ont été déposées contre l'élève majeur, dont celle de son enseignante, et du proviseur au nom de son lycée.

24% des professeurs ont déjà été insultés par un élève

Depuis son agression, l'enseignante bénéficie d'un soutien psychologique. De nombreux professeurs tirent la sonnette d'alarme face à une violence qui se banalise. Selon une étude réalisée sur l'année scolaire 2018-2019, plus de 24% d'enseignants déclarent avoir fait face à des insultes tandis que plus de 3% d'entre eux avouent avoir déjà été bousculés ou frappés intentionnellement : "Lorsqu'il y a des difficultés et que le personnel se plaint, on leur renvoie la responsabilité de leurs difficultés en disant 'peut-être qu'il faudrait modifier votre pédagogie'", déplore Sigrid Gérardin, secrétaire générale du SNUEP-FSU, un syndicat d'enseignants.  

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D'hommages ministériels ... "Merci" monsieur Blanquer...

11 Octobre 2021 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

Avez-vous dit Merci aujourd'hui ? | by Raphael Hunold | Medium

Le ministère de l'Éducation Nationale est si bon de nous autoriser, cette année, de rendre un hommage à notre collègue Samuel Paty. La précision « cette année » est importante car l'an passé c'était plutôt du mépris qui nous était adressé. Alors disons merci à notre ministre pour toute son œuvre.

Merci pour les quelques heures initialement prévues pour nous concerter à la rentrée des vacances de à Toussaint 2020 qui ont finalement été annulées sans explication.

Merci de nous avoir fourni un support pour l'hommage à Samuel Paty avec la lettre de Jaurès et merci de l'avoir écourtée en supprimant des passages portant sur notre liberté pédagogique de peur que nous nous y attachons alors que votre projet est de liquider celle-ci. 

Merci d'avoir empêché l'hommage à notre collègue Christine Renon et d'avoir effectué une retenue sur salaire pour les collègues qui avaient tenu malgré tout de lui rendre hommage.  

Merci d'avoir assuré que la continuité pédagogique était prête le 13 mars 2020 alors que vous déclariez la veille que la fermeture des écoles n'avait jamais été envisagée. 

Merci d'avoir accusé les hackers russes ensuite et pour avoir réutilisé cet argument un an plus tard sans jamais apporter la moindre preuve à part votre fameux "tout le monde sait cela". 

Merci d'avoir affirmé que 200 000 enseignants avaient été formés aux outils de l'école à distance alors que vous avez imposé la réduction de la formation continue aux maths et au français. 

Merci d'avoir feint de ne rien comprendre aux chiffres de contamination qui ne vous arrangeaient pas et que vous préfériez falsifier. 

Merci d'avoir refusé d'acheter des purificateurs d'air en prétextant leur inefficacité

Merci d'avoir déclaré qu'aucun pays au monde ne fournissait des masques gratuitement aux élèves.

Merci d'avoir annoncé la vaccination des enseignants pour le mois de "mars au plus tard" pour finalement la repousser pour le mois de juin 2021. 

Merci d'avoir promis des masques transparents pour les enseignants travaillant en maternelle ou avec des enfants en situation de handicap dont bon nombre de ces enseignants n'ont jamais vu la trace.

Merci d'être dans l'incapacité d'organiser des tests massifs dans les écoles

Merci d'avoir fourni des masques potentiellement toxiques aux enseignants.

Merci d'avoir refusé l'achat de masques chirurgicaux ou FFP2, préférant les masques en tissu.

Merci d'avoir organisé l'école basée sur le volontariat des familles en mai et juin 2020 créant ainsi une rupture d'égalité entre les classes sociales.

Merci d'avoir demandé aux amis ou voisins des familles concernées de convaincre les parents de mettre leurs enfants à l'école alors que c'est vous-même qui aviez mis en place le principe du volontariat.

Merci d'avoir joué en permanence avec les protocoles sanitaires, les allégeant ou les durcissant sans aucune logique apparente, ceux-ci étant toujours respectés car truffés des expressions telles "éventuellement" ou "dans la mesure du possible" : où essayer c'était déjà gagner.

Merci d'avoir déclaré :"Assumer ce risque (de contamination) quand on est parent me paraît peu de choses par rapport à l’importance qu’un enfant ne se déscolarise pas." tout en ayant toujours clamé que les enfants n'avaient pas été déscolarisés en France (cf continuité pédagogique).

Merci d'avoir de nombreuses fois utilisé les médias pour faire des annonces avant d'en informer le personnel par voie officielle.

Merci d'avoir posté une vidéo parodique le 28 mars 2021 pour dénoncer la souffrance des enfants engendrée par l'école à la maison trois jours seulement avant l'annonce de M Macron sur le retour de celle-ci.

Merci d'avoir fourni aux médias des chiffres sur les enseignants "disparus" pendant le confinement.

Merci d'avoir estimé que la plainte du collectif "Stylos rouges" était un coup de "poignard dans le dos", contre vous, si bon, si protecteur, si paternaliste envers les enseignants.

Merci d'avoir promis une revalorisation "historique" des salaires enseignants, parlant même d'en faire "les mieux payés d'Europe" pour finalement réduire cette historicité uniquement à une prime informatique de 150 euros annuels pour la majorité des enseignants.

Merci d'avoir voulu priver les professeurs documentalistes de cette prime en expliquant que celle-ci est réservée aux enseignants qui sont "devant les élèves".

Merci d'avoir promis le recrutement massif d'enseignants pour la rentrée 2020 sans préciser qu'il s'agit pour la plupart de contractuels, donc précaires et dont les contrats n'iraient même pas jusqu'à la fin de l'année scolaire.

Merci d'avoir soutenu un syndicat lycéen monté de toutes pièces pour soutenir votre politique , faisant ainsi croire à une adhésion des lycéens à votre projet et en minimiser les oppositions.

Merci d'avoir balayé, lors de la médiatisation de l'affaire, toutes les accusations d'un revers de main en parlant d'une "affaire à partir de rien" ou encore de "beaucoup de sauce et peu de lapin".

Merci d'avoir tenté de supprimer l'EPS et l'éducation artistique des programmes de l'école primaire et de confier celles-ci aux municipalités (avec une rupture d'égalité que cela entrainerait) à travers votre projet 2S2C.

Merci d'avoir demandé une "tenue républicaine" aux collégiens et lycéens.

Merci d'avoir instrumentalisé notre collègue Samuel Paty en flirtant avec l'extrême droite et en dénonçant "les ravages de l'islamo-gauchisme dans les universités"

Merci d'avoir continué de flatter l'extrême droite en prétendant que des enfants musulmans refuseraient de s'asseoir sur des chaises rouges car ce serait la couleur du diable.

Merci d'avoir eu le culot de dire que vous avez failli perdre la vie en ayant exercé des fonctions au service de l'école républicaine! (S'agissant d'un accident de pirogue en Guyane, je peux vous opposer le cas d'un collègue qui a été victime d'un accident de la route en se rendant dans une école du 15ème arrondissement de Marseille pour y effectuer un remplacement auprès des élèves parmi les plus défavorisés de France. L'administration lui avait dit qu'il ne fallait pas trop trainer avec la reprise car les remplaçants étaient devenus une denrée rare.)

Merci d'exercer la répression contre les enseignants récalcitrants à vos réformes comme avec les 3 de Melle, ceux de BordeauxHélène Careil, ou encore Edouard Descottes.

Merci de prôner la méritocratie qui fait endosser la responsabilité de l'échec aux seuls non méritants car notre institution ne peut rien pour ceux-là.

Merci d'avoir permis aux écoles privées de bénéficier de quelques millions supplémentaires grâce à la loi sur la scolarité obligatoire dès trois ans.

Merci d'imposer une école basée sur les fondamentaux car une bonne partie du programme scolaire est en effet secondaire. La réalité étant qu'une bonne partie de nos élèves a vocation à rester en bas de l'échelle sociale, il n'y a aucune raison de gaspiller des moyens humains et matériels pour leur apprendre des choses qui ne leur seront d'aucune utilité. Ces connaissances superflues risqueraient même de mettre en danger notre république si ces connaissances venaient à éveiller chez eux une compréhension du monde réel, si cruel et pourtant si nécessaire à la croissance de notre PIB et à l'enrichissement de nos élites.

Merci d'imposer en ce sens des évaluations nationales à l'utilité réelle incertaine mais avec une valeur certaine en tant que prétexte.

Merci d'avoir acté la fin des commissions paritaires et donc l'exclusion des représentants des personnels des instances qui examinent la transparence et l'équité dans les opérations de mutations et de promotions.

Merci de ne pas vous avoir insurgé lorsque le président avait déclaré que les enseignants ne servaient pas à redresser le pays.

Merci d'avoir stigmatisé la partie de la population la plus pauvre en déclarant que l'allocation de rentrée scolaire était utilisée pour l'achat des écrans plats.

Merci d'avoir instrumentalisé les victoires françaises aux Jeux Olympiques pour essayer de redorer votre blason, vous qui tentez de supprimer l'EPS (cf 2S2C). Mais aussi pour essayer de brouiller le rôle de l'EPS, encore une fois.

Merci enfin pour votre plus grande œuvre : la précarisation, la prolétarisation du monde enseignant à travers la loi Rilhac, l'expérimentation des 50 écoles marseillaises ainsi que les recommandations du Grenelle de l'éducation, à travers lesquels vous tentez de faire de l'école une entreprise comme les autres. C'est à dire celle où on est surveillé et contrôlé de près, où les consignes ministérielles sont appliquées à la lettre, même celles contraires aux intérêts de nos élèves, celle où règne la peur des sanctions et où la hiérarchie est omniprésente. Celle aussi ouverte au marché privé (du numérique ou pas). Cette école est notre futur proche si on n'y prend pas garde.

Il est temps de se lever pour dire stop

Jadran Svrdlin

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"Nous avons tout appris par la presse, y compris sa mort" - La soeur de Samuel Paty...

11 Octobre 2021 , Rédigé par L'Express Publié dans #Education

 "Nous avons tout appris par la presse, y compris sa mort" - La soeur de Samuel Paty...

"Mort de Samuel Paty: "il cherchait le meilleur moyen de faire réfléchir", selon sa soeur

Paris - Une soeur de Samuel Paty, assassiné il y a un an pour avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves, décrit son frère comme un "puriste", "courageux", qui "cherchait le meilleur moyen de faire réfléchir", dans un entretien lundi au quotidien La Croix.

Il s'agit du premier entretien accordé à la presse par un membre de la famille du professeur d'histoire-géographie, poignardé puis décapité le 16 octobre 2020 près de son collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) par un jeune réfugié tchétchène radicalisé, tué peu de temps après par la police. 

"Samuel avait passé quinze jours de vacances chez nos parents dans l'Allier, avant la rentrée. Il avait discuté de cet EMC (enseignement moral et civique, sur les caricatures) avec ma mère, qui a été elle aussi institutrice", explique Gaëlle Paty, une libraire de 46 ans.  

"Il lui avait dit: "voilà, je ne sais pas trop comment présenter les choses..." Il cherchait le meilleur moyen de faire réfléchir", ajoute-t-elle. 

Selon sa soeur, personne dans la famille n'a "jamais été au courant de rien de ce qu'il a vécu durant la première quinzaine d'octobre". "Il n'en avait pas parlé à mes parents. Ma mère avait seulement relevé qu'il appelait un peu moins régulièrement", rapporte Gaëlle Paty.  

Interrogée sur le choix de son frère de montrer les caricatures à ses élèves, elle a répondu: "je ne les aurais pas montrées. Ou alors pas celles-là. Parce que je ne suis pas très courageuse... Je n'aurais pas osé aller à l'opposition frontale avec certains élèves. Samuel l'a fait, parce que c'est un puriste". 

Le jour de sa mort, elle affirme avoir eu son premier contact avec les autorités après minuit. "Nous avons tout appris par la presse, y compris sa mort. C'est l'une des choses que nous n'allons jamais digérer", regrette-t-elle. 

L'Express (Avec AFP)

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Les mystères du voile - Réponse à Eric Maurin

11 Octobre 2021 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

Pour avoir renoncé au hidjab: une enseignante du primaire harcelée à Béjaïa  - Algérie infos

Dans son dernier ouvrage, l’économiste Eric Maurin soutient que l’interdiction du voile à l’école a engendré une amélioration spectaculaire des résultats scolaires des filles d'origine musulmane. Ces conclusions très fortes ne me semblent pas suffisamment étayées ni par l’appareil statistique mis en œuvre, ni par les travaux sociologiques invoqués.

Dans la première « leçon » de son dernier ouvrage par ailleurs passionnant, Trois leçons sur l’école républicainei, Eric Maurin affirme avoir mis en lumière des effets massifs et émancipateurs de la prohibition du voile islamique à l’école par la circulaire Bayrou de 1994, qui interdisait les signes religieux ostentatoires dans le cadre scolaire. En réduisant les pressions familiales sur les jeunes filles qui ne voulaient pas du voile, cette circulaire aurait provoqué une hausse de 7 points du taux de bachelières parmi les « jeunes filles du groupe musulman »ii.

Plus extraordinaire encore, selon le document technique qui sous-tend la « leçon », co-rédigé avec Nicolas Navarrete, la circulaire aurait permis de multiplier par deux le nombre de mariages mixtes. Mais ces conclusions très fortes ne me semblent pas suffisamment étayées ni par l’appareil statistique mis en œuvre, ni par les travaux sociologiques invoqués.

Les faits

Eric Maurin et son coauteur mettent en lumière une forte progression du taux de bachelières, pour les générations nées entre 1971 et 1983, parmi les jeunes filles dont l'un des parents est né dans un pays majoritairement musulman (ce qu'ils appellent le « groupe musulman »). Surtout, l'écart de performance scolaire entre les jeunes filles du groupe musulman et les autres jeunes filles commence à se resserrer à partir de la génération 1979, la première impactée par la circulaire Bayrou de 1994. Les auteurs remarquent en outre que les garçons du groupe musulman n’ont pas connu un tel rattrapage vis-à-vis des autres garçons, ce qui confirme selon eux le rôle décisif de la circulaire Bayrou.

Les traitements statistiques effectués par Eric Maurin et son co-auteur confirment que la réussite scolaire des jeunes filles du groupe musulman – et leur probabilité de se marier – s’améliorent relativement après la génération 1979. Selon eux, d’autres indices viennent conforter le rôle de la circulaire Bayrou : l’amélioration relative post-1979 du taux de bachelières est plus nette pour les filles d’origine maghrébine, presque toutes de culture musulmane, que pour les Subsahariennes, seulement pour moitié de culture musulmane. En outre, l’amélioration est plus forte pour les filles dont la mère n’a jamais travaillé, indice d’une culture familiale conservatrice où les conflits autour de la religion sont potentiellement plus vifs.

Dans le document d’études de 2021, en utilisant de nouvelles donnéesiii, les auteurs introduisent un nouveau thème, le mariage des jeunes filles du groupe musulman, en particulier la probabilité de mariage mixte. Il en ressort que leur probabilité de se marier augmente de 23 % après 1994 et va même jusqu’à doubler pour les mariages mixtes (c’est-à-dire avec un homme non musulman).

L'interprétation des auteurs

Eric Maurin et son coauteur proposent l’interprétation suivante : à partir de la génération 1979, les jeunes filles du groupe musulman bénéficient de la circulaire Bayrou qui, en instaurant une norme publique extérieure à la famille, réduit la pression des parents traditionalistes pour qu’elles portent le voile. Ce contexte familial apaisé favorise leur réussite scolaire.

Concernant le doublement de la probabilité de contracter un mariage mixte, il est « cohérent avec l’idée que la circulaire a contribué à accroître le vivier d’époux potentiels (particulièrement non musulmans) pour les jeunes femmes du groupe musulman, peut-être parce que la circulaire les a fait rester plus longtemps dans le système scolaire supérieur et intégrer de nouveaux réseaux amicaux, ou peut-être parce que ne pas porter le voile et être plus éduquées leur a rendu plus facile l’établissement de relations avec des nouvelles personnes extérieures au cercle familial » [ma traduction, TC].

(...)

Thomas Coutrot, économiste et statisticien

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Du lycée aux grandes écoles, la fabrique des élites - Vidéo

11 Octobre 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education

Que se passe-t-il derrière la porte d’un grand lycée parisien ?

Elles nous font entrer à Henri-IV :

Sarah Pochon, socio-ethnologue et auteure de "Derrière la grande porte" (Editions du Détour, 2021), et Laure-Elisabeth Bourdaud, co-scénariste du téléfilm d'Arte "Les Héritières", sont nos invitées.

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Dans les smartphones des écoliers : « TikTok, ça nous rend fous…

11 Octobre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

https://i.la-croix.com/1400x933/smart/2021/01/23/1201136570/adolescent-presente-smartphonele-reseau-social-chinois-Tik-Tok-21-janvier-2021-Photo-LOIC-VENANCE-AFP_0.jpg

EXTRAITS

Plusieurs journalistes de l’AFP, membres de l’association Entre les lignes, ont animé des ateliers d’éducation aux médias dans des écoles primaires. Retour sur leur expérience.

L’éducation aux médias et à l’information (EMI) est une course contre la montre. En intervenant auprès des collégiens et lycéens, on se demande souvent si ce n’est déjà pas trop tard. Ne sont-ils pas déjà enfermés dans leurs pratiques et dans une bulle d’algorithmes ? Alors nous avons eu envie d’aller voir les plus jeunes cette fois-ci : les 9-10 ans. Nous nous doutions que le chantier serait vaste, mais pas à ce point.

Par le biais de l’association Entre les lignes, nous, journalistes de l’AFP et du groupe Le Monde, avons créé un collectif de plus de 200 journalistes qui interviennent avec des adolescents partout en France. Nous animons des ateliers d’éducation aux médias et tentons de développer l’esprit critique de ces jeunes publics. L’an dernier, nous avons décidé de mener une expérimentation dans cinq écoles primaires en région parisienne, à Marseille et dans un territoire rural, l’Ain.

« C’était notre troisième séance avec cette classe de CM1 à Marseille et l’idée était de travailler sur la différence entre une information et une opinion. Comme d’habitude en début d’atelier, j’installe le matériel et teste les vidéos que je vais projeter. Quand soudain j’entends “Ah mais c’est Swan et Néo”, “Trop bien Swan et Néo”… Je me retourne et je leur demande qui connaît ces deux enfants youtubeurs. Réponse unanime avec une forêt de doigts levés », raconte Olivier Guillemain, cofondateur et directeur d’Entre les lignes.

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Une des choses les plus compliquées pour nous, comme pour les enseignants, est de pouvoir transmettre aux élèves des réflexes immuables et applicables sur tout support. Car leurs usages évoluent tellement vite que, forcément, nous avons toujours un train de retard.

Alors que nous commencions à peine à comprendre les ressorts de leur utilisation de Snapchat, TikTok est monté en force pendant le premier confinement en France, au printemps 2020. Comme si la fermeture des écoles et le temps suspendu de cette période avaient permis à l’application chinoise (propriété du groupe ByteDance) de s’implanter sur les écrans des adolescents français. Mais aussi des plus petits, sans doute attirés par le côté très ludique de son usage initial de vidéos de play-back et de chorégraphie. D’ailleurs, en août, une étude du cabinet spécialisé App Annie soulignait que TikTok avait pris la place d’application mobile la plus téléchargée au monde en 2020, devant Facebook.

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Tout à coup, un élève du fond de classe lève le doigt : « Avant, j’avais TikTok mais c’est une énorme erreur. On ne se rend pas compte mais on fait défiler les vidéos et ça peut durer des heures et des heures alors que sur YouTube, parfois, je regarde des vidéos d’actualité. »

Un autre enchaîne : « TikTok, ça nous rend fous… Tu t’inscris, tu te dis ça va être bien quand t’auras rien à faire. Tu regardes une vidéo, t’aimes bien, tu scrolles, tu regardes une autre vidéo et t’aimes de plus en plus et tu veux pas t’arrêter. C’est tellement dangereux que TikTok a mis une annonce toutes les quinze minutes, quand tu scrolles, qui te dit “Reposez-vous”. Moi, je préfère mille fois YouTube parce que les vidéos sont longues. Sur TikTok, les vidéos durent quelques secondes et si on aime trop les vidéos et qu’elles durent que quelques secondes, ça va être nul. Je regarde des vidéos drôles. Je veux désinstaller TikTok. Je n’en ai pas discuté avec mes parents mais je crois que je vais leur en parler. »

Sandra Laffont est alors partagée : « D’un côté, je me dis : est-ce qu’on en vient vraiment à faire la promotion de YouTube en classe ? De l’autre, j’ai l’impression que ces échanges entre élèves sont terriblement efficaces et vont sans doute tous les faire réfléchir. 

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« Un carburant pour les journalistes »

Comme leurs aînés collégiens et lycéens, les questions des minorités, de l’égalité femme-homme et de l’environnement sont clairement celles qui les intéressent le plus. Et c’est très net quand ils doivent s’attaquer à l’épreuve de la caricature, a constaté Marion Thibaut pendant ses interventions.

« Je suis surprise par l’intérêt qu’ils portent à Kamala Harris, la vice-présidente américaine, dont ils connaissent déjà assez bien le profil. En revanche, la crise sanitaire, ils sont déjà comme nous, ils ne veulent plus en entendre parler… », complète Daphné Rousseau, journaliste à l’AFP au service des informations générales.

Pour elle, ces interventions en classe étaient une première. « J’ai bichonné mon premier atelier sur la hiérarchie de l’information où chaque groupe doit réaliser sa propre “une” de journal. J’ai remué toute une soirée mes souvenirs du BAFA, préparé mes supports, “décomposé” l’atelier en séquences les plus courtes et les plus dynamiques possibles : Vous avez cinq minutes pour trouver le nom de votre journal. Vous avez six minutes pour coller en “une”, les trois informations les plus importantes du jour. Vous avez dix minutes pour ajouter trois informations qui vous tiennent à cœur en les dessinant et ajouter une publicité.” Les élèves de CM1-CM2 couraient partout, n’étaient pas d’accord, espionnaient l’équipe d’à côté. Au sol, une trentaine de journaux de la semaine se transformait peu à peu en tapis de papier journal froissé. La maîtresse semblait terrifiée. On rangera après… Je passe entre les tables pour espionner leurs mini conf’de rédac à cinq ou six. Mais non, ça, on va pas le mettre, personne connaît, on s’en fout, lance un élève. Bah, c’est pour ça qu’on doit le mettre dans le journal alors, répond du tac au tac une petite fille à son camarade. »

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Billet de blog écrit collectivement par Fabienne Bruere (ancienne journaliste à l’AFP désormais chef de projet chez Entre les lignes), Olivier Guillemain (cofondateur d’Entre les lignes), Sandra Laffont (journaliste à l’AFP), Daphné Rousseau (journaliste à l’AFP), Caroline Taïx (journaliste à l’AFP) et Marion Thibaut (journaliste à l’AFP). Ce laboratoire à l’école primaire est financé par la Fondation EDF.

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Blois : l'enseignement de la laïcité abordé aux Rendez-vous de l'histoire

9 Octobre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Laïcité, #Education

Professeur à l’université Paris-Nanterre, Ismaïl Ferhat a donné une conférence sur la laïcité objet d’enseignement, mercredi, dans le cadre des RVH.

Membre de l’Observatoire de l’éducation de la fondation Jean-Jaurès, Ismaïl Ferhat est l’auteur des Foulards de la discorde. Retours sur l’affaire de Creil, 1989. Son intervention entre en résonance avec la volonté des Rendez-vous de l’histoire de lancer une série de rendez-vous sur le thème « La laïcité, de son histoire à son actualité ».

À quand remonte l’apparition d’un enseignement de la laïcité dans les établissements scolaires ?

« Pendant très très longtemps la laïcité n’était même pas un thème d’enseignement : ce mot n’apparaissait même pas dans les manuels scolaires. La “ laïcité ” est devenue un mot des programmes au moment des conflits sur les signes religieux, en l’occurrence le foulard. Devant une situation un peu compliquée, le ministère de l’Éducation nationale a progressivement décidé (circulaire Bayrou de 1994, loi de 2004) de bannir les signes religieux ostensibles de l’école, mais il fallait l’expliquer aux élèves. Ce n’est que dans les années 2010 que le principe de la laïcité est entré dans les programmes beaucoup plus fortement. »

Quelles sont les principales atteintes à la laïcité à l’école ?

« Tout d’abord, il n’y a pas de définition claire dans la loi de l’atteinte à la laïcité. De 1989 à 2004, on quantifiait le nombre de foulards à l’école : c’était assez aisé. Après 2004, on a eu une vraie difficulté car les signes religieux ostensibles étaient bannis : par définition, ce qui était visible avait disparu. La question était alors : qu’est-ce que l’on compte ? Là, on voit apparaître une panoplie de thèmes – atteintes à la laïcité en cours, contestations de programmes, refus de faire telle sortie – très compliqués à définir et à compter. En 2015, avec les attentats de Paris, la question d’un outil statistique des atteintes a été posée.
Deux ans plus tard, M. Blanquer a décidé d’ouvrir un comptage : on demande aux personnels eux-mêmes de remplir une page Internet. Ces remontées ministérielles montrent qu’il y a chaque année entre 800 et 900 cas d’atteintes à la laïcité pour 12 millions d’élèves. Mais quand on demande directement aux enseignants on se rend compte que les chiffres sont plus élevés : ceux de Rep et Rep + déclarent plus de contestations que les autres. Il y a donc une géographie. Deuxième élément, il y a beaucoup d’enseignants qui déclarent avoir rencontré au moins une fois des difficultés avec la laïcité dans leur carrière. »

Quelles sont les matières concernées par les contestations des enseignements pour motifs religieux ?

« Concernant la natation, l’idée que les jeunes filles, notamment musulmanes, n’iraient pas à la piscine parce que cela leur est interdit par leurs parents, est un discours qui existe depuis trente ans mais on n’a pas de chiffre qui infirme ou corrobore ce sujet. Il y a indéniablement des matières qui sont plus sensibles car elles portent “ les questions socialement vives ” : l’histoire-géographie, l’enseignement moral et civique (EMC), les SVT et donc probablement le sport car il y a un rapport au corps. La frontière entre atteinte à la laïcité et violence scolaire est très limitée. »

Comment, après l’assassinat de Samuel Paty, aborder l’EMC ?

« La matière a l’avantage de permettre une approche très souple. Mais il peut y avoir une crainte chez certains enseignants, qui évitent tel ou tel sujet. Dans l’affaire de Creil ou celle de Samuel Paty, ce qui relève des micro-affaires, de peccadilles, dégénère en situations dramatiques : dans le premier cas, cela crée une crise nationale, et dans le deuxième cela débouche sur un assassinat. Une des craintes, à la fois des personnels et de l’institution, est que les sujets sont tellement inflammables que même des situations anodines peuvent dégénérer. »

Propos recueillis par Adrien Planchon

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Mort de Samuel Paty : un hommage sous tension dans son ancien collège

8 Octobre 2021 , Rédigé par RTL Publié dans #Education

Samuel Paty : hommage dans les établissements scolaires le 15 octobre - Le  Point

REPORTAGE - À Conflans-Sainte-Honorine, les parents des élèves de l'ancien collège de Samuel Paty craignent les conséquences psychologiques et sécuritaires d'un hommage au professeur.

C'était il y a un an, presque jour pour jour. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie, était assassiné. Les commémorations sont en pleine préparation.

Le ministère de l'Éducation nationale a annoncé ce jeudi 7 octobre qu'un temps serait consacré à l'échange autour de cet assassinat dans tous les établissements de France le 15 octobre. À Conflans-Sainte-Honorine, lieu du drame, le malaise est encore présent. Il y aura une cérémonie le 16, en petit comité au sein du collège.

À une semaine de l'évènement, le fils d’Estelle est revenu de l'école avec un papier. Il doit cocher une case : participe ou ne participe pas. Estelle vient d'apprendre l'existence d'un hommage dans le collège du Bois d'Aulne, réservé aux élèves et professeurs.

Dans un premier temps, son fils ne veut pas y aller. Psychologiquement, il craint de revivre l'évènement. "Du jour au lendemain, on nous annonce qu'il va y avoir un hommage. On en parle qu'au mois d'octobre, on nous remet dedans. Reparler de la mort, ça fait un choc émotionnel pour les enfants", explique la mère de famille.

Des soucis de sécurité

Puis, il y a des craintes de sécurité. Les parents d'élèves ont demandé à ce que le dispositif de police soit relevé autour de l'établissement. Il est mieux surveillé depuis quelques jours, mais il a fallu batailler. L'organisation de l'hommage s'est faite sans réel dialogue avec un programme encore flou*. Laetitia Bellon, représentante des parents d'élèves qui ont écrit une lettre à Jean-Michel Blanquer, évoque le "grand désarroi" présent "moins de dix jours avant l'évènement. Le manque de réel communication s'est très vite fait jour*".

Valentin Boissais

* Le surlignage en rouge est réalisé par le webmaster

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